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dimanche 13 septembre 2015

(Pr, Co) Comme Syrien n'avait changé... Narration du 13.9.15

Narration du 13.9.15  -  « L’aveugle de Damas » 
 
Lecture biblique: Esaïe 42, 5-12 + 14-16

A Damas, le Grand Boulevard est au centre-ville. C’est l’avenue chic de la capitale. On y voit les boutiques les mieux garnies, les restaurants les plus huppés, les hôtels 5 étoiles... les meilleurs magasins... les banques...

C’est là que mon ami Daniel se trouvait, l’autre jour. Il y a observé une scène étrange, devant la boutique “Aux trésors d’Orient” (vous savez, les bijoux, les foulards, les parfums exotiques!).
 


En face de Daniel, un groupe étonnant est arrivé: une dizaine d’hommes armés jusqu’aux dents, à pied, qui portaient, ou plutôt qui soutenaient, guidaient quelqu’un qui semblait être leur chef. Ce drôle de gaillard tâtonnait; visiblement, il était aveugle. Et pas depuis bien longtemps, il avait l’air tout désemparé. Le visage hagard, les habits pleins de terre... Etrange équipage!

Le groupe est entré dans la boutique juste devant Daniel, qui allait acheter un cadeau pour sa fiancée. C’est Lévy, le propriétaire, qui était au comptoir. Un dur en affaires, celui-là. Bref! Il a levé un regard méfiant sur ces hommes en piteux état: “Messieurs? Vous désirez?”

- Shalom! ils ont dit. Salut! Nous sommes de la même religion que toi, Lévy. Pourrais-tu nous loger quelques jours, selon la tradition d’Israël? Notre chef, Saoul, que voici, a été victime d’une étrange aventure, sur la route, pas très loin! Il est tombé, sans s’être encoublé pourtant. On l’a entendu discuter, comme s’il parlait avec Dieu, béni soit son saint nom. Et puis, quand il s’est relevé, il était aveugle. Il nous a dit: “J’ai vu le Seigneur!” - puis il s’est plongé dans un état bizarre; il est comme une poupée de son. Alors, nous l’avons conduit jusqu’ici. Il a besoin de quelques jours de repos, avant de repartir. Peux-tu nous aider, Lévy, au nom du Seigneur d’Israël?
 


Le patron de la boutique n’avait pas l’air enchanté. Son regard restait scotché sur l’espèce de vagabond crotté que ces hommes soutenaient. Visiblement, Lévy était partagé entre deux sentiments: d’une part la fidélité à la tradition juive, c’est-à-dire loger des coreligionnaires de passage; et d’autre part le souci que ces gaillards poussiéreux ne salissent son magasin chic et ne ternissent sa réputation. Mais un mot lui a fait dresser l’oreille: “Saoul? Le pharisien zélé qui combat la secte du Christ? C’est lui?”

- Bien sûr, il n’a pas l’air très vaillant, aujourd’hui, ont dit les autres. Mais c’est lui. LE célèbre Saoul! Et c’est pour ça que nous sommes si fortement armés: nous venions à Damas pourchasser quelques sectaires disciples de Jésus.

Les yeux de Lévy s’arrondirent. (“Tout compte fait, cela pourrait attirer du monde chez moi, un homme si connu! Et si utile à notre religion!”) - “Bien, entrez, mes amis, installez-vous! Que votre chef se repose tant qu’il voudra!”

Daniel est ressorti, son cadeau sous le bras. Mais vous savez comme il est bavard: deux heures plus tard, toute la ville était au courant de l’histoire. Les curieux ont afflué chez Lévy. Mais c’est surtout la brigade anti-terroriste qui s’est manifestée. Les autorités voulaient savoir s’il y avait du danger... Hélas, Saoul n’a rien dit. Ou presque. Il ne faisait que répéter: “J’ai vu le Seigneur, Jésus, qu’on a crucifié à Jérusalem. Il est vivant! Il me pardonne! Il m’aime, malgré tout le mal que je lui ai fait!”
 

Du coup, ses compagnons de route étaient très embarrassés, vous imaginez! Ils ont attendu trois jours: aucune amélioration! Saoul refusait toute nourriture.

Alors, un homme s’est présenté chez Lévy: Ananias. Un bon juif, mais qui aurait, paraît-il, de grandes sympathies avec la secte de Jésus. Plus que ça, même. Bref, Ananias est venu, paraît-il sur l’ordre de Dieu; il a posé les mains sur Saoul, et voilà que notre gaillard a été guéri aussitôt. Fantastique! L’oeuvre du Seigneur, disait-il. Oui, mais: du Seigneur Jésus! Ouyouyouille, le foin que ça a fait, dans toute la ville et ses synagogues! Saoul répétait, dix fois plus fort qu’avant: “J’ai vu le Seigneur, Jésus, qu’on a crucifié. Il est vivant! Il me pardonne! Il m’aime, malgré tout le mal que je lui ai fait!”

Du coup, la ville était divisée en deux, ça se voyait jusque dans le courrier des lecteurs de la Tribune de Damas! Il y avait les juifs, qui criaient au scandale, qui traitaient Saoul de traître, avec toutes sortes de noms d’oiseaux de poubelle! Les plus excités offraient de l’argent pour le tuer, ils parlaient de fatwa, je crois, un nom bizarre, comme ça!

Et puis, il y avait les autres: surtout des païens, Syriens de souche; et quelques juifs rattachés à la secte du Christ. Ceux-là parlaient d’amour, de lumière intense, de présence de Dieu. Ils disaient que Saoul avait repassé par le chemin de Jésus: vous savez, trois jours sous la terre, et puis, on a dit que Dieu l’avait... ressuscité; oui, ramené à la vie! Vous croyez que c’est possible?
 

Moi... je ne sais plus, maintenant. Et si Saoul avait raison? Si c’était réellement ce Jésus, vivant, qu’il avait vu?

Pourquoi je me pose la question? C’est vrai, je ne vous l’ai pas encore dit. Depuis qu’il a retrouvé la vue, Saoul parle, parle, comme s’il voulait rattraper ces trois jours de silence... ou ces trente ans d’obéissance à la loi des pharisiens? Il fait des discours puissants, étonnants. Il dit:
“J’étais aveugle, pendant trente ans, j’étais aveugle, je me suis trompé! Je croyais qu’on pouvait imposer la vérité de Dieu par la force, par les persécutions, ou les menaces... Je croyais surtout que je pouvais me rendre juste moi-même, en obéissant à la loi de Moïse. Et tout à coup, sur le chemin de Damas, j’ai rencontré une personne qui n’est faite que d’amour et de pardon. Ce n’était plus des connaissances, ce n’était plus des règles, des commandements, ce n’était plus une religion... c’était la relation avec une personne. Avec un Dieu qui n’est que bonté et lumière; et qui veut nous habiter de sa tendresse; et qui veut vivre en nous.

Saoul ajoute: “Je me suis fait baptiser pour le laisser diriger ma vie. Dorénavant, je sais que je n’ai plus peur de mériter ou de ne pas mériter d’être sauvé. Son amour est infiniment plus grand que tout ce qui pourrait m’éloigner de lui. Son amour est infiniment plus grand aussi que tout ce qui pourrait m’éloigner des autres. Devant cette présence incroyable, les belles et grandes idées tombent par terre, comme je suis tombé là-bas, sur la route. La religion, ce n’est plus des choses à faire ou à ne pas faire; c’est une amitié, d’une puissance fabuleuse, passionnée, qui est pour vous, aussi!”
 

Voilà. Je vous ai tout raconté de cette étrange histoire de Saoul. Si vous venez chez moi, à Damas, je vous montrerai le Grand Boulevard, et la boutique de Lévy, “Aux trésors d’Orient”. Et peut-être, je vous emmènerai dans une communauté de disciples de Jésus. Ils sont étonnants... Je n’arrive pas encore à me décider: me faire, moi aussi, baptiser? J’ai comme le pressentiment que ça peut m’emmener loin. Trop loin?

Amen

                             Jean-Jacques Corbaz



dimanche 6 septembre 2015

(Pr, SB, Vu) Dent pour dent, perdant!

Prédication du 6 septembre, « Oeil pour oeil... La vengeance »

Lectures:  Matthieu 5, 38-39 + 43-45; Lévitique 24, 17-20



Il y a quelques années, un attentat à la bombe a été commis en Iran. Au bilan de cette terrible tragédie: 13 morts, et une centaine de blessés.

Les auteurs ont été retrouvés peu après. Et condamnés, selon la loi coranique, à la peine de mort.

Précisions étonnantes pour nous Européens: la sentence a été exécutée en public, sur les lieux même de l’attentat. De plus, avant l’exécution capitale, ceux qui avaient été blessés par la bombe ont eu le droit de se venger personnellement de leurs souffrances. Ils ont pu frapper les terroristes, à une condition: ils ne devaient pas leur infliger de blessure plus grave que celle qu’ils avaient eux-mêmes subie. Le droit de crever un oeil pour celui qui avait perdu un oeil. Le droit de casser une dent pour une dent fracturée. Le droit de couper un bras pour celui qui avait dû être amputé de son bras...

C’est la loi du “donnant-donnant”. Celle qu’on appelle, d’un mot savant, la loi du talion: telle blessure pour telle blessure, oeil pour oeil, et dent pour dent.

Ce système nous paraît cruel, il est pourtant en vigueur dans l’Ancien Testament. Nous l’avons entendu, le livre du Lévitique le prône, de même que d’autres passages de l’Exode ou du Deutéronome. Et c’est Jésus qui va s’en distancer, dans le Sermon sur la montagne, et qui va demander de renoncer à la vengeance.

Avant de nous révolter contre la barbarie de certains textes de l’AT, je vous invite à réfléchir quelques minutes.
 


Vous savez probablement que les sociétés primitives, dites “tribales”, fonctionnaient toutes selon un autre principe, celui de la “vendetta”: la vengeance qui se répercute à l’infini d’un clan à l’autre, à chaud le plus souvent. La gravité des actes augmentait au fur et à mesure des répliques. C’était la fameuse spirale de la violence. On en arrivait souvent, pour un coup de poing sur le nez, à casser un bras, puis à commettre un meurtre (c’est un peu la “morale” de certaines bandes de jeunes aujourd’hui encore...).

Dans un tel contexte, vous réalisez que la loi du talion est un progrès. La peine infligée au coupable ne doit pas être plus grave que le mal qu’il a fait: pas plus d’une dent pour une dent, et ainsi de suite. Ce système a donc pour but de limiter la vengeance, et non de l’encourager. ...

Mais aujourd’hui, dans nos sociétés dotées de police et de tribunaux relativement efficaces, qui rendent la justice à partir d’un code pénal précis et détaillé, la situation est bien différente. Nos lois prévoient des peines, non d’abord pour venger les victimes, mais surtout pour corriger les délinquants et favoriser leur réhabilitation dans la société; pour prévenir la violence et limiter au maximum les risques de récidive.

Il est intéressant de voir que nos lois modernes s’inspirent de l’enseignement de Jésus dans le Sermon sur la montagne! Lui qui remplace le “oeil pour oeil” par cette demande étrange d’aimer ses ennemis; de ne pas se venger; de prier pour ceux qui nous font du mal...

Pas faciles du tout à mettre en pratique, ces principes du Christ! À l’image du Sermon sur la montagne entier, nous avons là une éthique exigeante, énorme, presque utopique!

Car évidemment, notre passage ne concerne pas que la violence physique et les agressions. Vous qui m’écoutez ou me lisez en ce dimanche, je ne vous imagine pas trop dégainer la mitraillette ou faire le coup de poing pour riposter à une attaque qui vous aurait blessé. Mais nous sommes toutes et tous tentés, parfois, de répondre à une injure par une autre injure; de prolonger une mesquinerie subie par une autre; un coup tordu, une rancune... Dur dur de résister à ce genre de tentation!
 


Trois précisions à ce sujet. D’abord, les exégètes soulignent que cet enseignement s’adresse aux disciples de Jésus; ce ne sont pas des principes pour Monsieur et Madame Tout-le-monde. Ce sont des exigences qui soulignent la nécessaire rupture, totale, des croyants de la première Eglise par rapport à la société de leur époque; assez exactement comme aussi le fameux “Laisse les morts enterrer leurs morts” dont nous avons parlé avec le groupe de partage biblique mercredi dernier. Exigences de rupture totale. Aujourd’hui, dans un monde chrétien, ou du moins recouvert d’un vernis de christianisme, la donne n’est plus la même!

Deuxième remarque: cette éthique n’est pas une loi; ni une morale! N’en faisons pas un commandement qui, en cas de contravention, nous ferait sanctionner par Dieu. Le Nouveau Testament a rejeté le principe de la punition divine. Nous vivons sous le régime de la grâce.

Et c’est d’ailleurs exactement cette dimension du pardon qui motive le Sermon sur la montagne: Car “oeil pour oeil”, c’est un principe qui bloque le coupable dans sa faute. Quand la main du voleur a été coupée, comment voulez-vous que le pardon agisse et libère?

Le Dieu de l’évangile, au contraire de celui du Coran ou de certains passages de l’AT, ne veut pas la mort du pécheur... mais qu’il change de vie, et qu’il vive! J’aime cette boutade de Martin Luther King: “Oeil pour oeil... et le monde finira aveugle!”
 


Troisième précision, “l’autre joue”. J’en parlais l’année dernière: le Nouveau Testament, écrit en grec, exprime là quelque chose d’intraduisible en français. Pour dire “autre”, il y a en grec deux mots: “allos” et “heteros”. “Heteros”, c’est l’autre parmi deux choses, ou deux personnes; quand il n’y a que deux possibilités. “Allos”, c’est l’autre parmi plus de deux objets ou personnes.

Or, dans “tendre l’autre joue”, pour “l’autre”, ce n’est pas “heteros” qui est employé par l’évangile (alors qu’on n’a que deux joues, pourtant); ce n’est pas “heteros”, c’est “allos”. Présenter l’autre joue, c’est donc tendre une autre joue, une joue différente. C’est réagir d’une manière nouvelle, qui aide à sortir du cercle vicieux de la violence.

Vous l’avez tous expérimenté: de répondre à l’agressivité par l’agressivité, ça engendre l’escalade de la violence. Mais à l’opposé, un mot, un geste, un acte à contre-courant peut tout changer; désamorcer l’agression, dés’armer la haine.

Rompre la symétrie. Encore faut-il beaucoup de courage et d’à-propos. Et de force intérieure, pour résister à la tentation de la colère qui monte! C’est en cela, et en cela seulement, que nous osons nous demander les uns aux autres, selon les termes de l’évangile, d’être parfaits comme l’est notre Père céleste. C’est-à-dire non pas de nous abstenir de toute faute -c’est impossible, évidemment- mais, avec Dieu, de tout imaginer, de tout mettre en oeuvre pour désamorcer la violence, la sortir des mécanismes qui la font se reproduire et se multiplier à l’infini...

Et ça, vous l’imaginez bien, c’est exactement le contraire de la passivité! Il ne s’agit pas de se laisser frapper sans répondre; mais de mettre en action un amour, un respect, une espérance dont nous ne sommes capables que parce que Dieu nous les donne, d’abord, en Jésus-Christ.

Ainsi, l’attitude chrétienne dans un conflit, ce n’est ni céder ni riposter avec les mêmes armes. L’attitude chrétienne, c’est rompre la symétrie, en puisant nos forces dans celles de Dieu.  En effet, vous vous en rendez bien compte, si Dieu ne nous avait pas “tendu une autre joue”, en Christ, face à nos péchés, si Dieu nous avait donné la réciproque, eh bien, nous serions morts!

Voilà le chemin nouveau que Jésus nous appelle à parcourir, derrière lui. Savoir que la violence existe, en moi, en nous; et tout faire pour la maîtriser en cherchant toujours à regarder l’autre avec une passion qui s’inspire de celle de Dieu pour lui. Et pour moi. Vouloir son bien, et non me venger.
 

Pour conclure, écoutez ce beau passage de Charles Baudoin, cité dans une brochure des Editions Ouvertures (“Tu es venu de loin...” p. 31). Il est tout aussi utopique que le Sermon sur la montagne! J’aime comme il renverse la notion de vengeance.

“Oeil pour oeil, dent pour dent. Pour chaque enfant qu’ils assassinent en riant, comme un homme ivre, je chercherai un enfant pauvre, un enfant malade, et je l’aimerai, et je lui rendrai la joie de vivre.

Oeil pour oeil, dent pour dent. Pour tous les yeux qu’ils crèvent, j’essuierai des larmes. Aux morsures de leur rage, là-bas, je répondrai ici par des baisers, et ce sera mon arme.

Oeil pour oeil, dent pour dent. À tous les gestes de mort dont je suis entouré, je répondrai par autant de paroles de vie, et je les sèmerai dans les âmes que la douleur a labourées.

Oeil pour oeil, dent pour dent, et l’amour pour la haine, ce sera là mon talion. Ce sera ma vengeance et ma volupté, ce sera ma joie de protestation, d’entêtement et de rébellion.

Obstinez-vous, et je m’obstinerai. Répondez, et je riposterai. Acharnez-vous, j’aurai le dernier mot pourtant.

Oeil pour oeil, dent pour dent! Oeil pour oeil, dent pour dent!”

Charles Baudoin



Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz  


 

dimanche 30 août 2015

(Pr, FA) Le père perd... et gagne! - Prédication du 30 août, « La stratégie subtile de Jésus »

Lectures:  Luc 15, 1-10; Luc 15, 11-24; Luc 15, 25-32

Vous êtes chez des connaissances, en visite. Tout à coup, vos hôtes commencent un discours virulent contre les chrétiens, en disant que, de toute façon, “ceux qui vont au culte sont des hypocrites, ils n’y assistent que pour observer le chapeau de leur voisine” etc, vous connaissez le refrain! Alors, que faites-vous?
 


Moi aussi, je me pose souvent la question... Ça dépend...

- Dire fermement qu’on n’est pas d’accord? Mais souvent, alors, l’autre durcit sa position, le ton monte, et on finit par se fâcher... Chacun repart avec son opinion encore plus profondément ancrée, et avec aussi le sentiment que l’autre est un imbécile!

- À l’inverse, éviter de répondre? Parler d’autre chose? Approuver plus ou moins lâchement son interlocuteur? On ne l’aidera pas non plus à dépasser ses préjugés, et on gardera en plus une bien piètre image de soi!

Heureusement, Jésus nous donne un excellent exemple. Il s’est trouvé quelquefois dans des situations semblables. Bien plus dramatiques d’ailleurs, car, là, c’était sa vie même qui était en jeu! En contredisant les traditions juives, il savait qu’il risquait la mort.

L’évangile de Luc, au chapitre 15, nous raconte une de ces controverses. Les scribes et les pharisiens s’indignent contre Jésus, à cause de ses fréquentations: car il partage le repas de collecteurs d’impôts ou de prostituées, il touche des lépreux et des mourants, tous considérés comme impurs. Ces contacts mettent Jésus lui-même en état d’impureté. Et, au lieu d’offrir des sacrifices pour obtenir le pardon du Seigneur, pour se purifier, voilà que c’est lui-même qui pardonne les autres, et qui se prétend fils de Dieu!

Pour un bon scribe ou pharisien, c’est aussi intolérable que pour vous un pasteur qui cambriolerait ses paroissiens. Inacceptable! Révoltant!

Que fait Jésus, ce jour-là? Il n’entre pas dans la polémique. Il ne fuit pas non plus la discussion. Mais il leur raconte une histoire. Mieux encore, il leur raconte trois histoires! Et c’est là sa subtilité:  avec ces trois contes, Jésus propose aux scribes et aux pharisiens un cheminement, un cheminement qui peut déboucher sur un progrès dans l’échange, au lieu d’un affrontement stérile.

Première histoire: c’est du tout proche, du connu. Beaucoup de scribes et de pharisiens sont de la campagne, et possèdent des bêtes. Ou en tout cas viennent d’une famille terrienne. “Si quelqu’un parmi vous a cent moutons...”, situation courante. La joie du berger qui retrouve sa brebis, ils connaissent bien. Ils s’identifient facilement à cet homme et à sa fête.

Notez que ce n’était pas du tout extraordinaire de laisser les 99 moutons dans leur pâturage: ils y sont en sécurité, ils ne sont pas abandonnés. Ce qui est mis en évidence, ici, c’est la joie: celle du berger qui ramène sa brebis; et de même celle qu’il y a, au Ciel, pour un seul pécheur qui commence une nouvelle vie!
 


Deuxième histoire: “Si une femme...”; également une situation courante. Mais plus ménagère, plus féminine. Pourtant, Jésus ne s’adresse pas à des dames! Il est toujours en train de répondre à la polémique des pharisiens.

Le schéma est le même: un objet perdu; on le cherche; on le trouve; et on souligne la joie, également par deux fois, “puisque ce qui était perdu est retrouvé”.

Il n’y a que deux petites différences entre la parabole de la pièce d’argent et celle de la brebis: l’objet perdu est un sur dix, au lieu de un sur cent; et la propriétaire est une femme. Ces deux différences éloignent très doucement les pharisiens de leur domaine à eux; ils doivent faire un plus grand effort pour s’identifier à la maîtresse de maison, à ses voisines et à leur joie. Mais il le font, cet effort, à cause de la première histoire, si parallèle à la seconde.

Ce deuxième conte nous entraîne doucement, sans violence, vers le troisième, celui qui appellera à changer de perspective.
 


Troisième parabole donc: celle du fils prodigue perdu, ou plutôt celle des deux fils; parabole qui va, en fait, décrire le changement de perspective chez ces fils à l’égard de leur père. On est à nouveau entraîné dans une situation parallèle, bien que nettement moins courante. En plus, la proportion devient ici de un sur deux!

Un père voit partir son fils cadet; ce jeune homme se perd; puis il revient à la maison, accueilli par son papa qui déclare: “Mon fils était perdu, et je l’ai retrouvé!”. Et encore une fois, on souligne la joie des retrouvailles, avec le festin, la musique et le veau gras. Ce schéma presque identique pour les trois paraboles est d’ailleurs souligné par les titres de la traduction en français courant: le mouton perdu et retrouvé; la pièce d’argent perdue et retrouvée; et le fils perdu et retrouvé.

Vous avez remarqué? Notre histoire ne s’intéresse absolument pas aux détails tels que cette bizarre demande d’héritage du cadet, et quel sera son statut après son retour. L’essentiel, il est à nouveau dans cette invitation adressée aux scribes et aux pharisiens, invitation à s’identifier au père, heureux de retrouver son enfant, et qui l’accueille dans la fête, sans poser de conditions, sans même réfléchir: il n’écoute que son coeur!

Ce cadet revenait à la maison poussé par la faim, prêt à s’écraser pour trouver un emploi décent. Il demandait un statut de domestique. Or le père ne s’intéresse pas à la justice, à combien tu as droit, au pourquoi, au comment. Il n’est pas juste: il aime!
 


Happy end? Ben non. Car il y en a un qui ne trouve pas son compte dans ce retour. C’est le frère aîné. Le plus jeune est rétabli dans tous ses droits (c’est ce que signifient les symboles de l’anneau et des sandales); alors, c’est l’autre qui trouve injuste! Lui, il a toujours obéi; toujours bossé; toujours été là; toujours été honnête. Et voilà ce chenapan qui reçoit autant... mais non: encore plus que lui! Avec la fête en prime! C’est inacceptable. Révoltant.

C’est presque une quatrième histoire qui nous est racontée ici. La plus intéressante, dans le débat avec les pharisiens. Celle qui est décisive. L’aîné s’indigne. Il refuse d’entrer dans la maison pour la fête. À son tour, il se coupe du père. Ce dernier, pense-t-il, est un homme sévère, qui ordonne, qui fait travailler, qui administre... Il devrait être équitable. Il devrait punir le cadet. La colère de l’aîné et ses préjugés sur son père le perdent!

Et alors, une seconde fois, papa sort de la maison et court vers le fils perdu. Il écoute son indignation, et il laisse parler son coeur en l’invitant à entrer. Pas seulement pour festoyer, mais pour retrouver son cadet, et du même coup reprendre sa place dans la famille: “Ton frère est retrouvé”, dit le père. Alors que l’aîné avait dit: “ton fils que voilà...”. Non! Pas pas mon fils, mais ton frère! Viens fêter, viens être heureux avec nous, avec ton frère!

Du coup, les scribes et les pharisiens se retrouvent impliqués jusqu’au chignon! Car évidemment, leur attitude envers les percepteurs d’impôts et les prostituées ressemble beaucoup à celle du fils aîné pour son cadet!

Si Jésus avait commencé par cette histoire, il n’y aurait eu aucune hésitation: les pharisiens se seraient sentis attaqués, culpabilisés; et le dialogue aurait été bloqué.

Mais voilà que, par cette suite de contes, les scribes ont été amenés à voir les choses avec l’oeil du père, et non celui de l’aîné. Comme les deux fils de la parabole, les pharisiens sont invités à changer de regard sur le Père céleste; ou plutôt à entrer dans sa perspective à lui: celle d’un homme qui aime ses enfants passionnément, encore plus qu’un père terrestre; encore plus qu’une femme ses pièces d’argent; encore plus qu’un berger ses moutons... Immensément plus heureux de les retrouver quand, sur le chemin de la maison, survient l’occasion de les embrasser.
 


Je suis impressionné par la réponse de Jésus. Emerveillé par le temps, la disponibilité; l’ingéniosité, la patience qu’il montre envers ses opposants. Il ne leur fait pas la morale, mais il les amène, sans violence, à voir les choses autrement!

Les 99 justes, les 99 moutons, le fils aîné, donc les juifs eux-mêmes ne sont pas dévalorisés: il y a de la joie pour eux, cela est souligné à chaque fois. Mais cette joie existe aussi, et plus grande encore, quand quelque chose ou quelqu’un qui était perdu est retrouvé!

Et cette suite d’histoires, elle n’a pas de conclusion! Jésus ne dit pas ce que fait le fils aîné, s’il rentre ou s’il reste dehors. De même, l’évangile ne dit pas ce que font les scribes et les pharisiens, s’ils entrent dans la perspective du Christ ou non. On reste comme sur des points de suspension, avec une invitation! Une invitation qui nous est adressée aussi, lecteurs ou auditeurs de ces paraboles. Ce sera à nous, à chacun(e) de nous, d’y répondre...

Au fond, Jésus témoigne, même dans la forme de sa réponse, de tout l’amour qu’il y a dans le contenu de chaque histoire. Tout le respect; toute l’absence de préjugés.

Je suis impressionné par la réponse de Jésus. Et je me dis que peut-être, grâce à cet exemple du Christ, peut-être pourrions-nous vivre un peu mieux nos polémiques, nos différends: en essayant d’accompagner comme Jésus l’a fait nos opposants dans leurs réactions négatives, voire dans leurs colères. En tentant de débloquer la situation sans faire la morale, sans dire ce qui est bien et ce qui est mal. En nous regardant et en nous faisant regarder comme des frères, des proches, sans cesse appelés à le redevenir! Tout cela, surtout, parce que d’abord Dieu fait de même avec nous, au moment même de nos polémiques, parce que son amour est infiniment plus grand que sa justice!

À tous il nous dit: “Viens, entre fêter avec nous! Si tu es fâché, quitte ta pote et viens rejoindre ton pote!” 



 

Voilà un bel échantillon de la diplomatie de Jésus. Mais il n’a pas toujours agi ainsi. Nous savons qu’il a aussi, en d’autres occasions, invectivé les pharisiens et chassé les marchands du Temple!

Alors, que répondrait-il à vos connaissances, quand elles vitupèrent comme tout-à-l’heure sur la prétendue hypocrisie des chrétiens?

Ça m’intéresserait de le savoir! Je l’imagine bien commencer en tout cas par remarquer malicieusement qu’aujourd’hui, les dames qui viennent au culte ne portent plus guère de chapeau?
Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz  




lundi 24 août 2015

(Ci, Ré) Croyant ou non?

"En notre siècle où, comme jadis, on tue au nom de Dieu, il importe de ne pas amalgamer les croyants et les imposteurs : les amis de Dieu restent ceux qui Le cherchent, pas ceux qui parlent à Sa place en prétendant L'avoir trouvé."


(La nuit de feu - Eric-Emmanuel Schmitt)

samedi 22 août 2015

dimanche 16 août 2015

(Pr) Les dons de l’Esprit, le parler en langues - prédication du 16.8.15

Lectures:  Esaïe 11, 1-5; Actes 2, 1-8; 1 Corinthiens 12, 1-7


L’écrivain Montesquieu vivait en un temps où la France était particulièrement égocentrique et intolérante, elle se prenait pour le nombril du monde. Alors, pour ces Français qui croyaient que tout irait beaucoup mieux si le monde entier était comme eux, Montesquieu écrit ses fameuses “Lettres persanes”. Un Persan, établi à Paris, observe nos voisins d’un oeil extérieur et critique; et, devant les différences qu’il découvre immanquablement avec la vie à Téhéran, il se pose la question: “comment, mais comment peut-on ne pas être Persan?”

L’humour de Montesquieu et son ouverture d’esprit feraient beaucoup de bien, aujourd’hui, dans nos contrées où on se crispe face à tout ce qui est différent de soi: les étrangers; les autres religions; les jeunes; les vieux... Nous avons si souvent le réflexe de fermeture face aux “autres”: “comment, mais comment peut-on ne pas être de Grandson, ou de Giez?” nous disons-nous de temps en temps...

Et la foi chrétienne, qui devrait normalement aider à cette ouverture, la foi chrétienne augmente encore cet esprit de tranchées parfois (par foi?!). Il arrive que notre religion devienne un repère pour se démarquer des autres différents; qu’elle engendre des séparations, des conflits, et des rancunes... Pas besoin d’aller jusqu’au Proche-Orient ou en Irlande; la région de Grandson a bien connu cela, au temps du “plus”, entre catholiques et protestants. Voire beaucoup plus près de nous!

C’est ce qui se passait aussi à Corinthe au 1er siècle: la communauté chrétienne était divisée. La majorité était on dirait aujourd’hui “pentecôtiste”, c’est-à-dire se réclamant des dons du St-Esprit (puisque Pentecôte est le jour où les apôtres ont reçu l’Esprit de Dieu, selon le livre des Actes). Pentecôtiste ou charismatique, car les dons du St-Esprit s’appellent souvent des charismes, soit en grec des cadeaux.

Cette majorité, avide de manifestations spectaculaires, méprisait la minorité qui, elle, vivait sa foi davantage comme nous.

Quelles étaient ces manifestations qui marquaient la frontière entre les chrétiens de “première catégorie” et les autres?

Eh bien, il y avait surtout le “parler en langues”. Il s’agit d’une manière de parler sans articuler de mots existants, un peu comme si on déconnectait la parole du cerveau, qu’on la laissait aller totalement libre, sans que l’intelligence ne commande quoi que ce soit. Le “parler en langues” est un peu à la parole ce que le gribouillage est à l’écriture, si vous voulez.

Cette manifestation étrange existe dans beaucoup de cultures différentes, et aussi dans des religions autres que le christianisme. Elle n’a donc rien de spécifiquement chrétien. Elle apparaît chez de nombreuses peuplades du monde à peu près dans les mêmes conditions que les transes mystiques.

Le hic, c’est qu’on a fait un rapprochement entre cette manifestation d’enthousiasme religieux et le don du St-Esprit à Pentecôte, en se disant que les langues étranges parlées par les apôtres, c’était la même chose. Selon la Bible pourtant, les apôtres s’exprimaient dans la langue maternelle des gens qui étaient là, et qui venaient de toutes sortes de pays étrangers. Le don du St-Esprit, dans les Actes, c’est donc de communiquer l’évangile à des personnes qui ne le connaissaient pas; alors que le “parler en langues” est incompréhensible aux non-initiés.

Si je vous parle beaucoup du “parler en langues”, c’est que ce phénomène a été bien étudié, et qu’il est emblématique de nombreuses autres “manifestations du St-Esprit”; il y a par exemple ce qui s’était produit il y a quelques années dans un groupe de jeunes d’Orbe. Ces jeunes vivaient des prières marquées par des tremblements, des chutes, des symptômes ressemblant à ceux de l’ivresse ou à des transes. On appelait cela “bénédiction de Toronto”; là, c’était le corps entier qui était comme déconnecté du cerveau, en roue libre.

Les gens qui ont étudié le “parler en langues” n’ont jamais pu trouver une traduction. Il y a bien sûr toujours des croyants qui disent pouvoir traduire ce langage; mais, si l’on isole cinq personnes qui se disent capables de traduire, on aura cinq traductions totalement différentes!

Vous le voyez, il est donc impossible d’être sûr que ce “parler en langues” vient de Dieu, du St-Esprit. On peut tout à fait penser qu’il s’agit de phénomènes purement humains, nés dans des atmosphères propices, dans des groupes chaleureux, mystiques, enflammés. Idem bien entendu pour les autres “manifestations de l’Esprit”, comme la “bénédiction de Toronto”.

Je dis bien “il est impossible d’être sûr” et “on peut penser”. Car la Bible enseigne aussi que le St-Esprit, et Dieu, et le Christ, peuvent se manifester de toutes sortes de manières, certaines très communes, et d’autres plus étonnantes. Ne tranchons donc pas trop vite, pour ne pas tomber nous-mêmes sous l’ironie de Montesquieu (“comment peut-on ne pas être comme nous?!”). Ce n’est de toute façon pas à nous de juger si ces phénomènes sont vraiment d’origine divine. Je préfère attendre et voir venir les fruits.

Si les chrétiens qui affectionnent ces dons du St-Esprit extraordinaires se mettent à oeuvrer pour la paix sur terre, pour le dialogue et le respect entre les humains; s’ils aident les plus faibles; s’ils ouvrent des Magasins du Monde ou des écoles de mission, alors ce sera signe que ça vient de Haut! ...

Ne tranchons pas trop vite. Mais ce qui ne va pas, surtout, ce qui est anti-biblique, c’est lorsque des phénomènes particuliers deviennent LE critère absolu pour distinguer les vrais chrétiens des autres, comme à Corinthe. “Vous n’avez pas le don du Parler en langues? Mes pauvres amis, quel chemin il vous reste à parcourir!”


C’est pour ça que le Nouveau Testament (NT) parle des dons du St-Esprit d’abord pour dire qu’il y en a de toutes sortes, et que la plupart sont infiniment moins étranges et tarabiscotés que le Parler en langues. Don de diriger une assemblée; don de gérer une communauté; don de servir; d’enseigner... Voilà qui est tout à coup beaucoup plus proche de nous! Le St-Esprit n’est plus un “machin” exotique, il devient notre voisin!

Le savez-vous? Dans le NT, il y a par trois fois un passage qui dit en substance: “le don du St-Esprit le plus important, c’est...”

Evidemment, les trois fois, c’est quelque chose de différent, ça ne rate jamais!

Dans le livre des Actes, le don du St-Esprit le plus important, c’est de prêcher l’évangile aux autres, aux étrangers de langue.

Selon le chapitre 12 de la lettre aux Corinthiens, que nous avons entendu tout à l’heure, le don le plus important, c’est de croire! “Nul ne peut dire Jésus Christ est seigneur s’il n’est pas guidé par l’Esprit”!

Et un tout petit peu plus loin, dans 1 Corinthiens 13, le don du St-Esprit le plus important, c’est l’amour. Vous connaissez ce passage, qu’on lit souvent dans les mariages. L’amour, c’est ce qui manque aux chrétiens de Corinthe, qui se croient les seuls vrais, les croyants de première catégorie, à cause de leur Parler en langues.

La foi; l’évangélisation; et l’amour. Voilà donc dans quelle zone se trouve de préférence l’Esprit de Dieu. Voilà où il agit le plus volontiers. Et voilà donc les critères pour examiner tout ce qui, aujourd’hui, s’affirme venir du St-Esprit. La foi; l’évangélisation; et l’amour.


Dans le temps de discussion, tout à l’heure, il m’intéressera de vous entendre à ce sujet. Vos expériences, si vous êtes d’accord de les partager; votre avis; vos connaissances, qui complèteront les miennes; vos questions et vos craintes, peut-être. J’aime que nous puissions être Eglise en partageant tout cela, dans le respect que nous rappelle fort à propos notre ami Montesquieu! Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz



P.S. Discussion très riche; 15 personnes, certaines ayant vécu des expériences charismatiques (eux ou des proches), d’autres non. Beaucoup citant des choses positives que ces manifestations leur ont apporté, mais aussi du négatif, des choses à éviter. Tous se rejoignent pour relever l’importance du respect des autres quand leurs pratiques sont différentes des nôtres. Merci!

dimanche 9 août 2015

(Pr, SB, FA, Vu) « Pour ne pas être nu » - prédication du 9 août

Une pomme, deux poires et bien des pépins...

Lectures:  Genèse 3, 1-24; Matthieu 5, 3-9

 


L’histoire d’une découverte. Dans les deux sens du terme, une découverte!

D’abord, parce que l’homme et la femme apprennent à connaître leur condition humaine. Ils se découvrent tels qu’ils sont.

Et une découverte ensuite parce que cette condition humaine, c’est qu’ils sont nus. Ils sont à découvert! Fragiles. Périssables. Exposés.

Vous avez entendu, combien de fois l’expression “péché originel” apparaît dans notre passage? ... Oui, elle n’apparaît pas du tout! À aucun moment. Vous ne la trouverez d’ailleurs jamais dans la Bible, ni dans l’Ancien ni dans le Nouveau Testament.

Et ma seconde question posée en introduction aux lectures bibliques? Vous l’avez remarqué aussi: Dieu ne maudit pas l’homme. Ni la femme. Il n’y a que le serpent qui est l’objet d’une malédiction. Et puis le sol; la terre, qui est dure à travailler.

Dans les paroles de Dieu, il n’y a donc aucune colère (comme on le croit trop souvent). Il n’y a aucune volonté de punir ni de faire souffrir les humains. Non, Dieu ne fait que constater le malheur de notre condition. Il ne dit pas “Je vous envoie au diable!”, mais il annonce plutôt: “La transgression que vous venez de vivre, eh bien elle a des conséquences. Vous êtes maintenant dans la situation où vos actes vous ont conduit. Votre désir de connaissance et de puissance vous a menés, en fait, à découvrir votre vulnérabilité! En croyant devenir les maîtres du monde, vous vous êtes découverts petits, fragiles; éphémères. Bref: tout nus!”.

Précisons bien qu’en ce temps-là, il n’y a aucune connotation sexuelle dans le fait d’être nu. Aux temps bibliques, la nudité est le plus souvent une image de faiblesse; de précarité; ou de soumission à quelqu’un de plus fort. Elle représente aussi le dénuement des pauvres; ainsi que la fragilité du nouveau-né ou du mourant.

Oui, l’histoire d’une découverte: les humains se rendent compte qu’ils sont tout cela. - Alors qu’ils pensaient, eux, acquérir ce que l’AT appelle la connaissance du bien et du mal! Ce qui veut dire la connaissance universelle.

Et d’ailleurs, le mot hébreu qu’on traduit par connaissance, il veut dire beaucoup plus que cela. Il signifie le savoir, mais aussi le pouvoir. On pourrait le traduire par “prise de possession”, ou mieux encore par “maîtrise”.

Ainsi, c’est en voulant devenir maître de l’univers que l’être humain se découvre vulnérable et dérisoire dans le cosmos. Dites, n’y aurait-il pas quelques parallèles à tirer avec aujourd’hui? En voulant posséder la planète, et la lune, et l’énergie, et les ressources, et le temps, nous détraquons le climat, nous déréglons les équilibres du monde...
 


L’homme découvre qu’il est nu. Exposé. Alors, il essaie de se protéger: il fabrique des espèces de pagnes, avec des feuilles. Rudimentaire, mon cher Watson!

Avez-vous remarqué? Dieu ne laisse pas l’homme et la femme au fond de leur précarité. Il leur fait des vêtements plus résistants que les feuilles: avec des peaux de bêtes, il leur offre de quoi se protéger plus efficacement.

J’aime ce Dieu paternel, voire maternel, qui se soucie du bien-être des humains, et qui les accompagne, proche dans leur fragilité. Ce n’est pas “la chute”, il ne les laisse pas tomber!

Bien sûr, il les “met dehors” du jardin qu’il avait créé pour eux. Mais, là aussi, comprenons bien le mot hébreu que la Genèse emploie ici: le verbe “shalah" n’a pas un sens négatif a priori. Il signifie aussi “envoyer”, “envoyer en mission”, ou “renvoyer”, et même “laisser libre”. Mais oui, c’est le même verbe que dans le fameux “let my people go” de Moïse: “laisse mon peuple s’en aller libre”! Dieu n’est pas décrit ici comme celui qui punit, mais comme celui qui donne une nouvelle mission; qui ouvre un nouveau chapitre de vie. L’histoire d’une découverte! Comme une naissance.

Oui, il y a dans notre récit bien des parallèles avec l’accouchement: le bébé quitte lui aussi un monde où il est protégé, réchauffé, nourri sans effort. Obligé d’en sortir, il découvre un univers où règnent la douleur; le froid; la faim et la soif; la peur, la peur de manquer!

Vous le voyez, notre passage est un mythe au vrai sens du terme: c’est-à-dire un récit qui n’est pas exact historiquement, mais qui est rempli de vérités générales sur l’humanité dans son ensemble. Un mythe n’est pas une invention pure, c’est une oeuvre empreinte de réalité, qui rejoint l’être humain en tout lieu et en tout temps. C’est une réponse imagée et poétique, une réponse aux grandes questions qui habitent chacun(e): pourquoi sommes-nous venus au monde? Et pour quoi, en deux mots?
 

On pourra lire dans notre passage également bien des parallèles avec un autre âge-clé: je pense à l’adolescence (nouvelle naissance!). Là aussi, le jeune quitte un cocon, une existence tissée de sécurité, pour entrer dans une vie de travail, de peine. C’est un âge ultra-sensible, où nous ressentons tout spécialement notre fragilité; notre nudité. Un âge également où on a envie de transgresser les interdits, de désobéir, pour devenir... comme des dieux (euh, je veux dire: comme des adultes!).

J’aime le Dieu de notre récit, à la fois ferme et à la fois plein de compréhension pour cet Adam et cette Eve boutonneux, qui sont convaincus qu’ils vont créer un monde meilleur!

Bien sûr, notre passage est très marqué par quelques préjugés de l’époque: le travail à la sueur de son front, c’est la réalité de la Palestine d’il y a 3000 ans, essentiellement agricole. Et puis, surtout, mesdames, la soumission féminine aux mâles! C’est parce que ce sont là les manières de vivre de l’époque. C’est cette existence-là que notre mythe veut expliquer. L’expliquer, mais pas la pérenniser.
 

Car depuis, il y a eu Jésus Christ. Avec son message d’amour et de pardon, infiniment moins culpabilisant. Il y a eu le Sermon sur la montagne, qui prône la proximité avec Dieu, mais qui commence par dire “Heureux ceux qui se savent pauvres”; donc ceux qui ont conscience de leur nudité. Il y a eu aussi le superbe passage de Paul aux Galates, que nous avons entendu il y a deux semaines: “Devant Dieu, il n’y a plus ni Juif ni Grec; ni homme ni femme; ni esclave ni homme libre”.

Le NT veut nous aider à ne pas nous achopper aux particularités juives de ce récit de Genèse 3; mais à nous laisser guider dans une méditation bienfaisante (pour nous-mêmes) sur ces questions:
Comment vivons-nous notre vulnérabilité aujourd’hui?
... et nos désirs de changer le monde? ou de le maîtriser?
Quelles sont nos feuilles de figuier, c’est-à-dire ce que nous nous façonnons pour être moins exposés? Nos “cache-misère”?
Dans une société du paraître, qui prône la jeunesse, la santé, la performance... où va notre priorité?
Et puis enfin: quels sont les vêtements de peau que Dieu nous offre, pour améliorer notre sécurité?.

Je trouve que ce passage vieux comme le monde et connu comme le loup blanc nous donne à réfléchir! Je le crois, cette histoire de paradis qu’on disait perdu, elle peut nous rejoindre, aujourd’hui et demain. Cette vérité mystérieuse peut s’avérer pour nous un puissant levier d’espérance.

Le chanteur français Joël Favreau nous a donné ces belles paroles: “Le paradis sur terre, c’est pas ailleurs, c’est pas hier ou dans un an. Le paradis sur terre, c’est un chemin qui s’ouvre, ici et maintenant.” Amen                                          

 


(Puis, en introduction à la Cène):
Dieu ne nous laisse pas tomber. Pour nous donner force et sécurité, il nous relie les uns aux autres dans la communion des croyants, par son Esprit, afin de nous entraider. Et il nous relie à lui, à ses promesses, à son amour et son pardon infinis. À tous ceux qui se croient maudits sur cette terre à cause de leur sort, il offre Jésus, pendu sur la croix, image de malédiction, pour leur ouvrir les portes du Ciel!

Jean-Jacques Corbaz  



samedi 1 août 2015

(Ci, Ré, Vu) De notre réactivité ou quand Brutus prend les commandes dans la relation

combat coqs

Nos architectures neurologiques sont fascinantes! Je vais vous expliquer en quelques lignes comment notre cerveau est en risque de disjoncter dans le conflit.

En situation de stress l’amygdale (un noyau gros comme une cerise logé dans le cerveau émotionnel ) prend les commandes dans notre tête et « débranche » notre néocortex (surtout la partie du lobe préfrontal).

Le néocortex est le siège (entre-autres) de la raison, du langage, de nos capacités à penser le monde ou à mettre en perspective, de notre conscient. C’est dans notre lobe frontal que se logent des règles comme  « tu ne tueras point » et autres lois humaines et sociales, nos valeurs. Il est notre cerveau « pensant ».

Mettre sur « pause » cette partie du cerveau en cas de grand stress permet de court-circuiter la pensée pour apporter une réponse rapide, ce qui peut nous sauver la vie…  Mais cette amygdale peut manquer de discernement!

Vous êtes vous déjà entendu dire « j’ai pété les plombs, un fusible a sauté, j’ai disjoncté, je ne sais pas ce qui m’a pris… » .

Et c’est exactement cela: votre cerveau émotionnel surchargé par le stress a coupé le contact avec votre cerveau rationnel, vous êtes passé en mode « fight for life », l’autre est devenu l’ennemi à combattre. Plus rien n’existe de l’empathie, de la connexion, des sentiments que vous éprouvez , ni de vos valeurs et règles de vie personnelles ou sociales…

Votre petit « Brutus » intérieur a pris les commandes et déverse dans l’organisme des flots d’ hormones qui vous préparent au combat (cortisol, noradrénaline…)

(voici une petite vidéo de David Servan Schreiber  illustrant parfaitement ce mécanisme  https://www.youtube.com/watch?v=CO-b5Y8jo14 )

C’est ce qui peut nous conduire à émettre des mots, commettre des actes dommageables ou irréparables , même avec ceux que nous aimons profondément, simplement parce qu’une partie de notre cerveau est inhibée….

Des mots ou des gestes que nous regrettons sincèrement dès que le néocortex peut refaire son travail…Or les dommages sont là!  Nous pouvons devenir  d’une grande violence psychique ou physique car toute notre énergie est canalisée pour mettre l’autre (qui est désormais le danger, l’ennemi) à terre.

Brutus est contagieux! C’est à dire que quand l’une des personnes impliquées passe en mode « Brutus » dans la discussion (dispute), l’autre ne va pas tarder à faire de même!

Imaginez le tableau: nous avions deux amoureux essayant d’aborder un sujet sensible, nous voilà avec deux dinosaures prêts à tout; nous avions deux conducteurs dans leurs voitures (et une priorité à gérer) et nous voilà avec deux coqs en combat à la vie à la mort….(sans néocortex notre cerveau est proche de celui des animaux!)

Il nous faudra alors 20 mn de calme pour redevenir un être qui pense et qui est en lien avec son amour et quitter le mode Brutus, c’est ce que montrent les recherches par IRM (22 minutes exactement sans stimulation de l’amygdale).
Mon conseil aux couples (et à tous d’ailleurs) est de quitter la discussion dès que vous sentez que l’un ou l’autre « disjoncte »; non pas pour fuir le sujet mais bien pour protéger le lien, la sécurité avec l’autre, la santé de la relation.

Nous ne sommes pas tous égaux devant Brutus, certains d’entre nous ont un « sang-froid » remarquable (techniquement des liaisons synaptiques super performantes entre néocortex et cerveau archaïque), d’autres sont plus réactifs…

La fatigue, la faim, le cycle hormonal, l’insécurité influencent notre réactivité .

Une bonne nouvelle dans ce monde de Brutus: ça s’entraîne!

Par le dialogue intentionnel Imago par exemple (mon dada), mais aussi par la méditation, la respiration consciente et autres, il existe de nombreuses façons de solidifier notre réponse corticale; autrement dit de rester en contact avec nos belles aptitudes à l’échange et ne pas nous laisser embarquer dans la peur et la réactivité lorsque notre partenaire vient toucher des zones sensibles chez nous. La plasticité du cerveau est réelle et d’un potentiel incroyable.

Mon conseil aux couples en pleine crise : pour protéger le lien, l’autre et vous-même, quand vous sentez que ça « disjoncte », partez vous ressourcer 20 mn au moins. Quittez la scène du conflit. Souvent la reconnexion dans le cerveau passe par une activité dans le Corps (douche, jogging, yoga…), la Nature (balade, contemplation…) ou une activité sollicitant très directement le néocortex (lecture, méditation, sudoku….). L’idée étant vraiment de retirer de l’énergie de notre cerveau archaïque. Trouvez ce qui marche pour vous.
Il est inutile et illusoire de penser que nous réglerons quoi que ce soit dans la relation lorsque nous sommes en « Brutus », nous ne traitons pas avec la bonne partie de notre cerveau, tout ce qui peut arriver alors est de la bouillie relationnelle!


Florentine d’Aulnois-Wang


(ps 1: j’ai volontairement caricaturé et simplifié le fonctionnement cérébral pour illustrer mon propos)

(ps 2: mon champ de prédilection est le couple, cependant cette note s’applique vraiment dans nos relations plus étendues: avec nos parents, nos enfants, nos amis, nos collègues bien plus encore.)

(ps3: voici une photo de moi en mode « Brutus » ;-)

colere!

jeudi 30 juillet 2015

(Ci, Ré) par les sourds



«Ceux qui dansent sont pris pour des fous par ceux qui n'entendent pas la musique»
 
Nietzsche

dimanche 26 juillet 2015

(Ci) N'allez pas à l'église...

DON'T GO TO CHURCH,  
     BE THE CHURCH

David Allisson

(Pr) « Couverture ou taux-plancher qui craque » - prédication du 26 juillet



Lectures bibliques:  Matthieu 7, 24-27; Ephésiens 4, 1-6; Galates 3, 26-29

Depuis quelque temps, on voit fleurir dans nos journaux des publicités qui montrent un billet de banque imprimé. Supposez qu’un petit malin découpe un de ces billets et qu’il essaie d’acheter quelque chose avec, on lui dira que ça ne vaut rien. Pourtant, les vrais billets ne sont, eux aussi, que des bouts de papier. Mais il y a une différence fondamentale.

Cette différence, on l’appelait autrefois la “couverture or”. Les vrais billets, ceux émis par la Banque Nationale, correspondaient à une certaine quantité d’or que possédait cette Banque. Leur valeur venait de cet or qui les “couvrait”, qui garantissait leur pouvoir d’achat. Sans cette couverture or, le billet ne valait rien.

Aujourd’hui, les mécanismes sont un peu plus complexes. La Banque Nationale a vendu une partie de son or. Et puis, les monnaies dépendent les unes des autres, et aussi de l’offre et de la demande; le fameux “taux plancher” avec l’euro nous l’a bien rappelé. Mais toujours, ce qui détermine leur valeur ne vient pas d’elles, il vient de ce qui les couvre, de ce qui les garantit.

Si je vous parle de cela ce matin, ce n’est pas pour discourir sur les réalités moroses de l’économie. Mais c’est pour souligner le parallèle avec les promesses devant Dieu, et donc avec l’accueil des deux enfants que nous allons baptiser tout à l’heure.
 


Car nos sacrements d’Eglise ne sont pas non plus quelque chose qui flotte, sans lien, sans garantie. Les engagements pour Mélia et pour Aïden, et pour chacun(e), ils ont de la valeur, et de la solidité, parce qu’ils bénéficient aussi d’une couverture or: c’est Dieu lui-même qui met tout son poids, toute sa force dans ces promesses. En Jésus, Dieu s’engage lui-même tout entier pour nous ouvrir les portes du bonheur éternel; pour nous sauver.

Avec lui, pas de taux-plancher qui craque! Et pas de mauvaise surprise, de monnaie trop légère ou trop lourde. Quand il nous rachète, ce n’est pas avec des chèques en bois!

On raconte que, juste après avoir créé l’argent, Dieu a entendu frapper à sa porte. C’était Jésus. “Qu’est-ce que tu veux, mon fils?” a demandé le Créateur. “Eh bien, a répondu le Christ, j’aimerais de l’argent.” “Ah, ces jeunes, tous les mêmes, toujours à quémander des pépettes! Mais qu’est-ce que tu veux en faire?”, a soupiré Dieu. “Eh ben, a fait Jésus, tu sais, j’aimerais racheter le monde”!

Depuis ce jour-là, oui, le Père et le Fils mettent le paquet pour nous faire savoir qu’ils nous aiment. Entièrement. Passionnément. Sans aucune condition. C’est cet amour fou qui assure les nôtres. Qui couvre nos cérémonies, nos serments, nos alliances.

Avec lui, pas de fluctuation monétaire. Car, même si tout se modifie, voire si tout bascule, lui ne changera jamais. “Il y a un seul Dieu, un seul baptême, une seule promesse”, dit la Bible aux Ephésiens.

Dès lors, peu importe pour leur salut que Mélia et Aïden soient baptisés dans une église ou au bord du lac. Voire qu’ils le soient dans le cadre d’une communauté protestante ou catholique. Ce n’est pas l’acte lui-même qui nous sauve. Ni la pureté de l’eau, ni la qualité de la promesse; ni la piété du pasteur, ni l’affection des parrains et marraines! C’est l’amour de Dieu, le Père de tous, qui agit à travers tous et qui nous regarde tous avec la même tendresse. Et qui nous le prouve en allant jusqu’au bout de sa solidarité avec nous, au prix de sa vie! “Le Christ lui-même l’a formé en mourant sur la croix, ce peuple... qu’il soit puissant, qu’il soit petit, couvert de gloire ou de mépris, Jésus l’ayant racheté, il est certain de subsister jusqu’en l’éternité”, comme nous venons de le chanter (Ps et Ct 347).


Voilà le rôle que Dieu veut jouer pour nous, dans nos vies, dans nos familles: nous donner toujours plus de raisons de nous aimer les uns les autres, nous stimuler à travailler pour la justice, pour la dignité des hommes, des femmes et des enfants; pour la paix.

Dieu, c’est un inlassable pourvoyeur d’espérance, un infatigable compagnon qui nous appelle à lutter contre le mal, contre la souffrance, la solitude. Une source qui veut arroser les déserts de nos vies pour que nous y fassions éclore les fleurs de l’amitié, du sourire, grâce à son modèle. Une source d’amour et de respect pour tous qui se voudrait tant contagieuse.

Mais voilà, la réciproque est vraie aussi: sans nous, Dieu non plus n’est rien. De même que l’or qui reposait dans les coffres de la Banque Nationale n’avait aucun pouvoir si tu ne faisais pas circuler les billets; de même, Dieu ne peut rien faire si les croyants ne mettent pas en pratique sa passion. Son amour solidaire.

Tant qu’il n’est qu’un amour solitaire, Dieu est cul-de-jatte et deux fois manchot. Comme un entraîneur de foot: si son équipe sur le terrain n’écoute pas ses indications, le meilleur coach est impuissant!


Voilà pourquoi la personne qui bâtit sur le roc, ce n’est pas celle qui croit en Dieu seulement, non. C’est celle qui met les indications du Christ en pratique! Celle qui fait circuler sa monnaie de rachat! Cette personne-là construira solidement, parce que sa vie entière sera enracinée en Christ, jusque dans les détails du quotidien. Surtout dans les détails du quotidien!

Alors, chers amis, chers paroissiens, que ce culte nous aide à tremper nos racines dans l’engrais et dans les vitamines du Christ. À écouter les instructions de l’entraîneur, et... à nous laisser entraîner, oui, sur les chemins de l’amour solidaire parce que solide, qui veut nous épanouir dans les jardins de la passion!

C’est comme une fois, y avait un riche promoteur qui racontait sa vie, et ses succès, à un pasteur lors d’un banquet. Il se vantait:
- Je peux vous dire une chose, c’est que je me suis fait entièrement moi-même.

- Ah, fit mon collègue en souriant; fort bien: voilà qui décharge le Créateur d’une lourde responsabilité!

Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz