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dimanche 24 mai 2026

(SB, FA, Vu) Esprit, pneu etc.

C'est gonflé !
Au cours d'une des scènes inaugurales des Actes des Apôtres [2, 1-13], lors de la fête juive de «Pentecôte» [= cinquante (jours après la Pâque)], il y eut comme un violent «coup de vent» [πνοή (pnoè), v.2] et les Apôtres se trouvèrent «remplis de l’Espri [πνεῦμα (pneûma)*, v.4], comme s’ils étaient «gonflés à bloc» pour affronter les épreuves à venir. La Pentecôte est donc, pour les Chrétiens, la fête de l’effusion l’«Esprit»... mot à l’histoire passablement complexe.
Le latin spīrĭtŭs** traduit le grec πνεῦμα [pneûma], qui lui-même traduit l’hébreu רוֺחַ [Rouaḥ].
Ainsi, tout commença dans la Torah. Le Dieu biblique est présenté comme créant le monde par la puissance de son seul Dire et dans sa רוּחַ [Rouaḥ]***. Ce mot hébreu désigne «tout ce qui est agité par un souffle» ; ce qui va de l’haleine à la tempête, en passant par le vent et même la colère. Renvoyant à une puissance invisible que rien n'arrête, il a fini par signifier le «souffle vital» et, par suite, l’«esprit».
Les traducteurs de la Bible en grec ont naturellement choisi de rendre רוּחַ [Rouaḥ] par πνεῦμα [pneûma], terme qui avait à peu près le même sens**** : «souffle», «air», «vent». En grec classique, l’adjectif πνευματικός [pneumatikos] signifiait «qui concerne la respiration». Dans la langue chrétienne, il prit le sens de «spirituel» [= «mû par la puissance de l’Esprit saint»]*****.
Mais revenons sur terre ! Au XVI°s., πνευματικός [pneumatikos] a fait un remarquable retour à son sens originel. Le français a, en effet, adopté, via le latin pneumătĭcus [= «relatif à l’air»], l’adjectif «pneumatique», pour désigner «ce qui contient de l’air» ou «ce qui fonctionne avec de l’air»******. Popularisé par Michelin [brevet de 1891], le substantif «pneumatique» [devenu «pneu», par apocope] est alors entré dans notre vie quotidienne.
De la Pentecôte à Michelin, c'est sacrément gonflé 😉 !
 
* la parenté des mots πνοή [pnoè] et πνεῦμα [pneûma] saute aux yeux
**qui donnera en français «esprit», «spirituel», «spiritueux», etc.
*** ce mot apparaît dès le deuxième verset de la Genèse : «le Souffle [ רוֺח ] de Dieu planait sur les eaux».
**** de même pour le latin spīrĭtŭs, qui signifiait originellement «souffle de l’air» [cf. « respirer »] et qui a fini par désigner le saint Esprit !
***** Première épître de Paul aux Corinthiens 2, 15.
****** jusqu’en 1984 [je travaillais alors à la Poste], les Parisiens pouvaient communiquer grâce à des «pneumatiques» [familièrement appelés «pneus» = tubes contenant un message écrit, propulsés par la force de l’air comprimé].
 
 
  

jeudi 14 mai 2026

(FA, Vu, SB) L’Ascension, ou l’éclipse de Dieu

Rembrandt [1606-1669] : L’Ascension du Christ [1636]


Les disciples de Jésus prétendaient avoir fait une expérience inouïe : ils auraient renoué avec leur maître par-delà sa mort. Peu importe ici la réalité de ce fait. L’important est qu’ils y ont cru et qu’ils ont voulu annoncer cette «heureuse nouvelle» [εὐαγγέλιον (euangélion) = «évangile»] au monde entier. Et ça a marché !
Mais comment dire l’indicible ? Comment faire entendre l’inaudible ? Le langage ordinaire se révèle impuissant devant cette «présence autre» du maître. Les chrétiens ont donc opté pour des registres de langage, que nous appelons aujourd’hui mythologiques, qui pouvaient être assez familiers de leurs contemporains.
Le premier registre est celui du réveil. Dans le Nouveau Testament, il y a pléthore de formules qui évoquent l’idée de réveil ou de lever. Mort et enterré, Jésus a été «réveillé» [ἐγείρω (égeïrô)] ou «se met debout» [ἀνίστημι (anistèmi)]. On traduit habituellement ces verbes par «ressusciter»*.
Mais cette image du «réveil»/«lever» risquait d’être mal interprétée, dans la mesure où elle pouvait faire penser à la réanimation d’un cadavre. D’où le recours à :
Un second registre, moins utilisé mais tout aussi important : celui de la montée au ciel. Cette fois, il ne s’agit plus d’un mort qui se réveille et se lève mais du Seigneur, élevé [ἐπαίρω (épaïrô)] au ciel; exalté [ὑψόω (hupsoô)] par Dieu dans la gloire**.
Une scène de ce genre inaugure le livre des Actes des Apôtres [il relate les premiers temps de l’Église] : quarante jours après Pâques***, le Ressuscité est élevé au ciel [1, 9]. Mais, si on le lit attentivement, ce passage ne raconte pas vraiment une «performance ascensionnelle». L’essentiel réside dans le fait que le Seigneur se trouve désormais «soustrait»**** aux yeux des disciples. Le message central semble bien être celui-ci : Dieu s’éclipse pour laisser place à l’Histoire : «Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?» [1, 11].
 
* ἐγείρω [égeïrô] : Mt 10, 8 ; Jn 5, 21 ; etc. ; ἀνίστημι [anistèmi] : Jn 6, 39 ; Ac 2, 24, etc.
** ce thème était connu de l’Ancien Testament : on raconte que le prophète Élie avait été enlevé au ciel par Dieu [deuxième livre des Rois 2, 1]. D’autre part, cette image pouvait être aussi comprise par un «païen». Par exemple, selon Tite Live [Histoire romaine I, 16], le roi Romulus disparaît au regard de ses soldats au cours d’un violent orage.
*** dans l’évangile selon Luc, l’Ascension a lieu juste après Pâques [Luc 24, 51]. Cette contradiction embarrassa certains copistes.
**** verbe assez violent : ὑπολαμβάνω [hupolambanô] = littéralement, «saisir» [λαμβάνω (lambanô)] pour mettre «dessous» [ὑπό (hupo)].

lundi 11 mai 2026

(SB, FA, Vu) - L'homme, terre à terre

C’est au verset 26 du chapitre 1 de la Genèse, le premier livre de la Bible, que l’«homme» fait son entrée*. Le mot hébreu traduit par «homme» est אָדָם [ādām] [= «être humain» (homme et femme ; sens individuel et collectif], lui-même dérivé de אֲדָמָה [ădāmāh] [= «sol», «terre», «argile»]. L’«humain» de la Bible est un être terre à terre, «tiré de la glaise». Et Dieu serait une sorte de potier**.

Saint Jérôme [347-420] traduisit la Bible en latin*** à partir de l’hébreu. Tout naturellement il rendit אָדָם [ādām] par hŏmō, -ĭnis [= «être humain»]. Or, par un heureux hasard, le latin, comme l’hébreu, établit un lien essentiel entre l’«homme» et la «terre». En effet, le terme hŏmō vient de la même racine que son cousin hŭmus [= «sol», «terre»].

Malheureusement pour eux, les traducteurs de la Bible en grec**** n’eurent pas la chance de Jérôme. Pour traduire אָדָם [ādām] ils ne disposaient que d’ἄνθρωπος [anthrôpos] [= «être humain»], mot qui, lui, n’a aucun rapport avec la «terre».

 

* «Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance»

** comme le suggère Genèse 2, 7 : «Le Seigneur Dieu modela l’homme [ādām] avec de la terre tirée du sol [ădāmāh]». Pour rendre un peu le jeu de mots, il faudrait dire «modela l’homme avec de la terre tirée de l’humus».

*** version dite Vulgate

**** version dite Septante  

 

Benoit Grimonprez

 

«Saint Jérôme en son étude» [1521]. Albrecht Dürer [1471-1528]

 

mercredi 28 mai 2025

(SB, Vu, FA, Ci) Ancien et nouveau "Testament"

Benoit Grimonprez 

 CONTRESENS BIBLIQUE
Parler d'ancien et de nouveau "Testament" est un contresens !
Dans la Torah, l'Alliance conclue entre Dieu et les hommes se dit בּרית [BeRiT] [= "pacte" : ce terme était en usage pour désigner les traités établis entre Etats]. Il s'agit donc d'un engagement réciproque.
Quand il a fallu traduire l'hébreu en grec, on a choisi le terme διαθηκη [diathèkè]. Composé à partir du verbe τιθημι [tithèmi] [= "placer", "poser", "ranger"], διαθηκη [diathèkè] signifiait d'abord "disposition", "arrangement". Mais il finit par prendre le sens particulier de "dispositions testamentaires".
Διαθηκη [diathèkè], à son tour, fut traduit en latin par TESTAMENTUM. Purement juridique, ce terme désignait à l'origine une "prise à témoin [TESTIS]" et a évolué vers le sens exclusif de "testament" [= acte par lequel une personne dispose des biens qu'elle laissera en mourant"].
Malheureusement "faire son testament" [acte individuel et unilatéral] n'a pas grand chose à voir avec "faire alliance" [engagement collectif et réciproque].
Dans l'acte de traduction et de transmission, le contresens nous guette à chaque instant
Benoit Grimonprez 
🙁

lundi 4 novembre 2024

(Pr, FA, SB, Vu) Les mystères de l’Apocalypse. Prédication du 4 novembre 2024


Introduction aux lectures:

Apocalypse. Mot galvaudé, traité à toutes les sauces. Si souvent synonyme de catastrophe, de déchainements violents, d’anéantissement final.

Pourtant, en grec, apocalypse signifie «ouverture», ou «révélation». 

Écoutez cet extrait de l’introduction que donne à ce livre biblique la traduction en français courant :

«Ce livre se compose en grande partie de visions et de révélations. Il les exprime dans un langage symbolique et imagé, que les croyants, familiers de l’Ancien Testament, pouvaient plus facilement comprendre, alors qu’il restait mystérieux pour les autres lecteurs. (…)

L’affirmation centrale du livre est claire : en opposition au triomphe momentané des forces du mal, la victoire totale et définitive sera remportée, pour Dieu et pour les siens, par Jésus. (…) 

Les lecteurs d’aujourd’hui comprendront mieux ce livre difficile s’ils n’y cherchent pas les détails d’un avenir catastrophique. L’intention de l’auteur n’est pas de faire peur aux croyants (ni de décrire exactement ce qui viendra), mais de leur donner du courage dans les temps difficiles».

 

Lectures: Apocalypse 4, 1-11; Apocalypse 5, 1-10; Psaume 4, 2-9



Prédication

Le livre de la Genèse, qui raconte la Création, souligne un fait curieux: chaque fois qu’il invente quelque chose, Dieu dit que c’est très bon. Même quand il crée l’être humain! Ça vous étonne?

D’autres pages de la Bible sont plus réservées à ce sujet. Elles soulignent plutôt que notre espèce est aussi capable du pire. Car, oui, le Livre sacré est à notre image, et il décrit les faces sombres de l’humanité autant que les côtés ensoleillés!

L’Apocalypse appartient à la catégorie des plus pessimistes, vous l’avez deviné sans peine. C’est bien normal: elle a été composée dans une époque troublée, tissée de violences, d’injustices et de persécutions pour les chrétiens. Oui, un peu comme aujourd’hui!

En ce temps-là, ce sont les Romains qui tiennent le couteau par le manche. Les légions italiennes sèment la terreur au nom d’un empereur qui demande qu’on s’agenouille devant lui. Quiconque refuse est massacré sans pitié.

En particulier ce sont les disciples du Christ qui sont persécutés. Pourquoi? Parce que l’évangile est une force de résistance supérieure aux autres religions ou philosophies. Et une force de résistance qui donne des boutons de fièvre aux despotes, eh bien il faut l’abattre, ça ne rate jamais!

Dans ces temps opaques, il y a près de 2000 ans, un chrétien écrit un livre mystérieux qu’il nomme l’Apocalypse. Ce n’est pas le premier, loin de là. À cette époque, des quantités d’apocalypses sont rédigées, soit par des juifs soit par des chrétiens. Il y en a plusieurs centaines! La plupart ne sont pas dans la Bible.

Apocalypse veut dire «révélation»; ou «ouverture». L’auteur veut nous dire que, dans un sens imagé, Dieu ouvre dans l’Apocalypse un paquet fermé, caché. Et dans ce paquet, les croyants trouvent des réponses à leurs questions. Ou bien ils trouvent des consolations. Ou ils trouvent quelque chose qui donne un sens à leur vie, au milieu de leurs souffrances.

Leurs questions? Vous les devinez. «Pourquoi la violence a-t-elle le dessus? Pourquoi Dieu laisse-t-il tous ces gens qui croient en lui se faire massacrer par les djihadistes... euh pardon, par les Romains?»...

L’Apocalypse dite de Jean essaie de répondre à ces questions. Ou plutôt, de dire comment Dieu y répond. Nous verrons tout-à-l’heure qu’il y a là une nuance fondamentale. Elle le fait de manière imagée et codée, comme toutes ses semblables. Elle s’exprime par le biais de symboles, d’images, de chiffres; de fantasmagories. Mais on peut voir trois différences importantes entre notre Apocalypse et les autres. Trois différences qui vont correspondre aux trois dernières parties de cette prédication.


Première différence (montrer le «livre»): le livre qui donne les réponses, ce livre est fermé. Il y a sept sceaux qui empêchent de l’ouvrir. Impossible! Et on nous dit que personne de chez personne n’est capable de le desceller et d’en permettre la lecture.

Ainsi donc, les explications à nos mystères, elles restent cachées. Personne sur la terre, vraiment personne, ne peut donner des réponses justes aux questions des victimes, aux «pourquoi». C’est essentiel.

Il y a des quantités de gens qui croient savoir répondre à toutes ces interrogations. Ceux qui ont le pouvoir pensent détenir aussi le savoir. L’Empereur de Rome, par exemple.

Mais non. Sur terre, personne ne peut. L’Empereur de Rome pas plus qu’un autre. Seul un extraterrestre en est capable! Quelqu’un qui vient d’ailleurs, celui que notre Apocalypse appelle l’Agneau. L’Agneau, c’est une figure cachée du Christ, vous l’avez compris.

Vous voudriez ouvrir ce livre? Vous voudriez que je l’ouvre? Non, impossible. Il restera fermé. Ni vous ni moi ne sommes capables, ou «dignes» d’accéder aux réponses ultimes. Mais nous savons qu’elles existent, même si elles nous sont inaccessibles pour l’instant. Souvenez-vous en: nous savons qu’elles existent.

Deuxième différence avec les autres apocalypses de l’époque: c’est à propos du héros, celui qu’on appelle ici «le fort», «le lion de Juda», «le fils de David». Eh bien dans les autres apocalypses, on voit le SuperHéros arriver en pleine puissance, il venge les croyants massacrés, il élimine les méchants sans pitié. Il démolit les adversaires de Dieu. Bref, il fait trois fois plus de mal que ceux qu’il combat n’en ont commis!

Jésus n’agit pas ainsi, vous l’avez compris. Il est «le lion de Juda», «le fort», «le descendant de David», oui, mais il a l’apparence (vous vous souvenez?),   il a l’apparence d’un agneau. Et davantage encore: d’un agneau égorgé.   Jésus ne vient pas détruire les méchants qui nous massacrent ou nous terrorisent; il vient souffrir avec nous, comme nous. Il est solidaire de tous les égorgés de la terre.

Et c’est vraiment ce qu’il a fait: en acceptant de mourir crucifié, il nous donne la plus belle preuve de solidarité pour nous. La plus belle manière de nous dire «je t’aime». De nous aider à vivre.

Et puis, il nous donne le plus fort enseignement de ce dont nous parlions il y a quelques mois, un enseignement éminemment moderne: que la violence ne se soigne pas par la violence. Toute agression ne fait qu’augmenter la haine. La seule façon de guérir ce monde des violences qui le meurtrissent, c’est l’amour, et encore l’amour; et le pardon; et le respect. Dire «stop» à la terreur, à la vengeance, et à la haine. Trouver une attitude autre, vous vous souvenez? Tendre une autre joue.




Troisième différence avec les nombreuses apocalypses de l’époque: Dieu! Les autres apocalypses décrivent Dieu en long et en large, comment il est lumineux, et puissant, et cuirassé, et chamarré... Ici, on nous parle presque uniquement du trône du Père céleste; et de tout ce qui entoure son siège royal.  Mais Dieu, lui, on n’en parle pas. On ne nous dit jamais comment il est, à quoi il ressemble.

Pourquoi? Eh bien, parce qu’il y a cette interrogation qui nous coince. Cette question qui nous reste en travers de la gorge, et que vous connaissez bien: «Si Dieu règne sur ce monde, alors pourquoi laisse-t-il faire toute cette violence que nous subissons, tout ce mal, ces injustices?»

À cette interrogation, nous l’avons dit déjà, personne ne peut donner une réponse exacte et parfaite, aujourd’hui comme hier. Le livre (montrer) restera fermé. Dieu est invisible, il nous échappe. Nous sommes incapables de comprendre; à l’image d’un petit enfant qui ne peut pas s’expliquer pourquoi il doit aller au lit avant son grand frère... Ici, j’aime le dire, ici-bas nous sommes au pays des «pourquoi». Mais là-haut, vers Dieu, un jour nous accèderons au royaume des «parce que».

Mais attendez avant de sortir de ce lieu de culte! Souvenez-vous d’un détail, dans le passage que nous avons lu. Un détail «essenciel» (sic) ! La vision de l’Apocalypse dont nous parlons, où se passe-t-elle? Le prophète qui la décrit, où situe--t-il la scène? Eh bien, au Ciel. Et pas sur la terre.

Et là, au Ciel, c’est une vision de paix totale, de bonheur, de douceur. Toute interrogation trouve une réponse parfaite. Il y a des coupes de parfum, des chants; la réconciliation.

Alors ce qui est ouvert, ce qui est révélé, oui, ce qui est annoncé, c’est que la douceur et la sérénité sont au Ciel, d’accord; mais qu’elles ne sont pas complètement séparées de nous pourtant. Car le point fondamental, il est ici: on nous dit que les prières des croyant.e.s sont ces parfums qui nous relient au monde parfait de Dieu.

Donc, dans la prière, dans l’espérance, les chrétiens contemplent déjà ce bonheur à venir. Ils peuvent commencer déjà à le vivre ici-bas. De même que, quand je reçois une invitation pour une fête, je commence à en vivre la joie;  ça me donne du plaisir, déjà!


Au fond, ce que nous dit l’Apocalypse de Jean, c’est que Dieu ne règne pas sur ceux qui terrorisent, sur ceux qui égorgent les autres. Dieu règne sur celles et ceux qui prient, qui espèrent; sur celles et ceux qui contemplent déjà la paix du Ciel, la douceur qu’il nous prépare pour la vie éternelle.

Dans notre vie spirituelle, ouvrons donc nos yeux sur ces réalités, cachées mais que la foi nous permet d’entrouvrir! Quand nous sommes proches de l’Agneau qui nous sauve, nous pouvons discerner le vrai bonheur, déjà. Et en témoigner, en rayonner autour de nous. Si nous savons en reconnaître les signes, nous devenons des hirondelles qui annoncent le printemps du Christ; qui l'anticipent; qui l'aident à advenir!

Sachez-le, nous dit l’Apocalypse d’un bout à l’autre: le dernier mot de l'histoire appartiendra à Dieu. Amen


Jean-Jacques Corbaz


Après l’interlude:

Apocalypse. Si souvent synonyme de catastrophe, de déchaînements violents, d’anéantissement final.

S’il y a catastrophe, dans la Bible, quand elle parle d’apocalypse, cette catastrophe ne vise que les systèmes totalitaires qui prétendent asservir l’homme. À Antiochus, à Néron, comme plus tard à Hitler ou Staline, elle redit sans cesse : «Tu n’es pas éternel. Tu vas t’effriter, regarde ton bel édifice comme déjà il se lézarde.»

Mais aux croyants, et plus largement à toute personne, surtout aux victimes et aux persécutés, elle tient un tout autre langage. L’Apocalypse leur demande, parfois avec tendresse, de tenir debout; de garder courage et sérénité; de veiller. Elle leur dit que Dieu a mis toute son espérance en eux; et que dans le monde ils sont témoins des signes du renouveau, des signes du monde neuf que Dieu fait naître au milieu de nous.

Si nous savons les recon-naître (et vous savez que naître ne se fait jamais sans douleur!), si nous savons les reconnaître, nous pouvons devenir nous aussi les hirondelles qui bien sûr ne font pas le printemps de Dieu, mais qui l’annoncent, qui l’anticipent, qui l’aident à naître.

Apocalypse: révélation. Révélation de toute l’affection que Dieu a pour nous, au milieu de nos détresses : «Ne crains pas, dit Dieu. N'aie pas peur, car je suis avec toi» (Esaïe 43). 


Jean-Jacques Corbaz


P.S. Voir le document plus général sur l'Apocalypse, qui donne quelques indications sur les codes, les chiffres ou les nombres, les couleurs et autres difficultés de ce livre biblique pas comme les autres:  
http://textesdejjcorbaz.blogspot.ch/2012/11/lapocalypse-revelation-que-le-dernier.html



Envoi: le mystère de Dieu

Ce que nous comprenons des paroles de Dieu, c'est beaucoup moins que ce qui nous échappe. Ses paroles sont comme une source où chacun peut se désaltérer, mais que personne ne peut épuiser.

Réjouis-toi donc d'avoir pu apaiser ta soif, mais ne te désole pas que la richesse de la source te dépasse. Ne t'attriste surtout pas d'être incapable d'épuiser cette richesse: mieux vaut que la source étanche ta soif plutôt que ce soit ta soif qui épuise la source.

Si elle n'est pas tarie, tu pourras y boire encore, chaque fois que tu auras soif. Mais si, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur!

Remercie pour ce que tu as reçu, et ne t'en fais pas pour ce qui n'est pas utilisé. Dieu a truffé sa parole de richesses multiples, pour que chacun puisse y contempler un trésor, selon ce qu'il aime…  (d‘après Saint Ephrem de Nisibe)