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| Rembrandt [1606-1669] : L’Ascension du Christ [1636] |
Textes de JJ Corbaz
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Bonne balade entre les mots!
jeudi 14 mai 2026
(FA, Vu, SB) L’Ascension, ou l’éclipse de Dieu
lundi 11 mai 2026
(SB, FA, Vu) - L'homme, terre à terre
C’est au verset 26 du chapitre 1 de la Genèse, le premier livre de la Bible, que l’«homme» fait son entrée*. Le mot hébreu traduit par «homme» est אָדָם [ādām] [= «être humain» (homme et femme ; sens individuel et collectif], lui-même dérivé de אֲדָמָה [ădāmāh] [= «sol», «terre», «argile»]. L’«humain» de la Bible est un être terre à terre, «tiré de la glaise». Et Dieu serait une sorte de potier**.
Saint Jérôme [347-420] traduisit la Bible en latin*** à partir de l’hébreu. Tout naturellement il rendit אָדָם [ādām] par hŏmō, -ĭnis [= «être humain»]. Or, par un heureux hasard, le latin, comme l’hébreu, établit un lien essentiel entre l’«homme» et la «terre». En effet, le terme hŏmō vient de la même racine que son cousin hŭmus [= «sol», «terre»].
Malheureusement pour eux, les traducteurs de la Bible en grec**** n’eurent pas la chance de Jérôme. Pour traduire אָדָם [ādām] ils ne disposaient que d’ἄνθρωπος [anthrôpos] [= «être humain»], mot qui, lui, n’a aucun rapport avec la «terre».
* «Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance»
** comme le suggère Genèse 2, 7 : «Le Seigneur Dieu modela l’homme [ādām] avec de la terre tirée du sol [ădāmāh]». Pour rendre un peu le jeu de mots, il faudrait dire «modela l’homme avec de la terre tirée de l’humus».
*** version dite Vulgate
**** version dite Septante
Benoit Grimonprez
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| «Saint Jérôme en son étude» [1521]. Albrecht Dürer [1471-1528] |
lundi 27 avril 2026
(Pr) "Rendez à César" ou "Flagrant délit" - prédication du 27 avril 2026
“Rendez à César ce qui est à César”. Ce verset est ultra-connu. On l’a entendu; on l’a cité, paraphrasé, tellement que beaucoup ne se rendent plus très bien compte de ce qu’il veut dire. Alors, rappelons l’histoire.
Nous sommes à Jérusalem, sous l’occupation romaine. Les troupes de l’empereur font régner un ordre strict. Israël, comme toutes les provinces conquises, est exploité par de lourds impôts, afin de satisfaire les goûts de luxe de ces demi-dieux, demi-fous: les empereurs, les “César”. Toute ressemblance avec l’actualité est fortuite, mais quand même liée aux travers humains!
Le peuple juif est divisé sur l’attitude à adopter face à l’impôt de Rome. La plupart acceptent de le payer; ce sont les partis des pharisiens, des Sadducéens et des Hérodiens. Mais le parti révolutionnaire, le mouvement de libération, lui, refuse cette compromission. Ces insoumis s’appellent les zélotes, et quelques disciples de Jésus font partie de cette tendance radicale. Pour eux, la foi en Dieu est incompatible avec toute allégeance au pouvoir romain. Ces zélotes, évidemment, sont sévèrement persécutés.
Bien sûr, la monnaie impériale est la seule à avoir cours en Israël, comme dans tout le reste de l’empire romain. Toutefois, les juifs ont obtenu une dérogation, dans le cadre de leur religion. Cette dérogation établit que, dans le Temple de Jérusalem, et là seulement, c’est la monnaie juive qui a cours. Pour leurs offrandes, et pour acheter les animaux qu’ils offriront en sacrifice, les juifs vont donc changer leurs sesterces et leurs deniers en argent hébreu.
Les pièces romaines étaient d’ailleurs interdites dans le Temple de Jérusalem, à cause de l’inscription que je viens de vous lire, puisque cette inscription remettait en cause la souveraineté du seul vrai Dieu. Et c’est pourquoi il y avait à l’entrée du Temple ces bureaux de change dont parle l’évangile, lorsque Jésus en a chassé les fameux marchands.
Voilà le cadre de notre histoire. Les pharisiens qui viennent interroger Jésus savent tout cela. Mais que veulent-ils?
- Première possibilité: ce sont des juifs honnêtes qui se sentent mal à l’aise avec cette question de l’impôt; et qui donc espèrent que Jésus les aide à résoudre ce dilemme: obéir aux Romains ou obéir à Dieu?
- Deuxième possibilité: ils veulent mettre Jésus à l’épreuve; l’obliger à se déclarer ouvertement zélote, en rébellion, donc hors-la-loi, ce qui leur permettrait de le faire condamner par Rome. Ils lui disent en substance: «Nous, en fait, on sait que tu es un zélote camouflé. Alors jette le masque, montre à tous que tu es contre le pouvoir de l’empereur».
Jésus, par sa réponse, indique que, pour lui, c’est cette deuxième possibilité. “Vous voulez me piéger? Attendez un peu, mes gaillards!”
Or, nous sommes dans le Temple, le Temple où il est interdit par la loi juive d’avoir de l’argent romain sur soi. “Montrez-moi une pièce” dit Jésus. Et les pharisiens sortent leur monnaie, à l’effigie de l’empereur! Eux qui voulaient prendre Jésus en flagrant délit d’insoumission à Rome, eh bien ce sont eux qui sont pris en flagrant délit d’insoumission. D’insoumission au Temple, à leur religion, et à Dieu même! Alors pourtant que les pharisiens sont renommés pour leur intransigeance religieuse!!
“Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu”. Ça veut dire: d’accord, vous êtes de loyaux sujets de l’empereur. Mais là n’est pas la question. La vraie question, c’est: êtes-vous de loyaux sujets de Dieu?!?
Ceux qui venaient vers Jésus avec une demande théorique ou avec un piège repartent avec une question qui interroge toute leur existence: que fais-tu de ta vie? Quelle est la place de Dieu chez toi... Comment le laisses-tu régner sur ce que tu fais... sur ce que tu es... sur ce que tu as...
* *
Voilà pour les pharisiens et les Romains. Mais à nous, aujourd’hui, qu’est-ce que Jésus veut dire?
Pour m’aider à répondre à cette question, j’ai besoin du concours de l’un.e de vous. Oui, j’aimerais que l’un.e de vous nous montre une pièce de cinq francs. Nous allons faire comme Jésus! Alors, qui parmi vous aurait une tune?
Quelle est son effigie? Et qu’est-il écrit dessus? L’effigie: Guillaume Tell, un insoumis, lui aussi; un peu comme un zélote. Et l’inscription sur la tranche: “Dominus providebit” - Dieu pourvoira. Donc assez exactement le contraire des monnaies romaines!
Je me dis: chic, quelle chance que notre argent renvoie à Dieu! Mais: est-ce que nous prenons cette inscription au sérieux? En y repensant, je trouve étonnant que ce soit le pays le plus équipé en assurances de toutes sortes, en systèmes d’épargne, en multiples piliers qui affirme que c’est Dieu qui “pourvoit”.
Serait-ce un simple discours de façade? Ou la survivance d’une foi du passé qui n’a plus tellement cours aujourd’hui? Est-ce que vraiment nous faisons autant confiance à Dieu qu’à nos assurances-vie?
Voilà les réflexions que l’évangile suscite en moi en ce temps de Pâques. Où est notre réelle assurance? Et qu’est-ce que c’est, la foi chrétienne, pour nous: des réponses toutes faites, comme cherchaient les pharisiens, ou des questions toujours à poser de nouveau, comme Jésus nous y engage?
Nous aussi, à toutes les époques, nous allons vers Jésus. Nous ouvrons la Bible avec des interrogations précises: est-il permis de faire ceci ou cela? Comment agir dans telle ou telle circonstance? Voter pour ou contre la suppression de l’armée? l’euthanasie? les réfugiés, les migrants... Et puis les relations sexuelles, Seigneur, à quel âge?
Jésus ne répond pas. Ce serait si commode! Ou plutôt Jésus ne répond pas comme on s’y attendait, il ne se laisse pas enfermer dans nos dilemmes, il s’échappe. Il veut nous ouvrir à des questions plus hautes, plus essentielles, plus vitales, comme: qu’est-ce qui est au centre de ta vie? Le plus important? Où as-tu mis ton cœur ?
On ne peut pas tirer de ce passage biblique (ni d’aucun autre) des réponses définitives quant au paiement de l’impôt, quant à la soumission aux autorités ou quant à l’engagement politique du chrétien. Ces versets ne critiquent pas l’Empire romain. Ils ne visent pas à instaurer un régime où l’Église serait aux commandes de la société. Mais ils nous renvoient à nous-mêmes; à notre façon d’utiliser l’argent; à notre manière de vivre la politique ou la foi.
On ne peut pas non plus restreindre notre réflexion à ce qu’on appelle en général “vie religieuse”, soit le culte du dimanche, la prière, la lecture de la Bible. Ce n’est pas cela, la place dont Dieu rêve dans nos vies!
“Ce qui me fait plaisir, dit le Seigneur, c’est de libérer les opprimés; c’est de partager ton pain avec qui a faim; un habit ou un abri avec qui a froid...”
La vie religieuse, c’est ce qui donne un goût nouveau à toute l’existence. Un goût d’amour, de respect, de justice et de solidarité. La place de Dieu chez moi, c’est ce que sa présence transforme dans le concret de mes journées, dans ma manière d’être, d’avoir et d’agir. Et bien sûr que le culte et la prière sont là pour m’y aider, pour me recentrer sur la volonté de Dieu, comme Jésus l’a fait pour les pharisiens.
Pour les chrétiens, la question de l’argent, c’est aussi celle de l’offrande, au culte ou à la messe, chaque dimanche; ou via les appels aux dons, par la poste. Combien donner? Là non plus, Jésus n’a aucune réponse simple. J’aime bien cette boutade d’un pasteur du Midi qui lançait à ses ouailles, en leur tendant la crousille: «Dieu ne se préoccupe pas tellement de ce que vous donnez; mais de ce que vous gardez»!
Puisse sa présence être libératrice. Nous passons notre temps (qui est aussi le temps de Dieu) à nous laisser piéger dans des dilemmes comme celui des pharisiens: impôt ou non? Comment (ré)agir, dans telle circonstance?
Puisse l’évangile nous renvoyer plutôt à ces interrogations essentielles, qui sont à sans cesse cultiver, à faire grandir en nous: quel est l’impact de Dieu dans ta vie? Sur quoi le laisses-tu régner, chez toi? Qu’est-ce qui est au centre de ton existence, le plus important? Où as-tu mis ton coeur?
Amen
Jean-Jacques Corbaz
(Li, Hu) Accueil - La part de Dieu
Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte !
C’est l’histoire d’un pasteur (ou d’un curé, mettez-y la confession que vous voulez) qui roulait toujours en automobile de luxe, magnifique. Un collègue lui demande un jour : « Comment fais- tu pour avoir toujours des voitures si coûteuses, nous n’avons pas un salaire énorme ? »
« C’est vrai, répond l’autre. Mais Dieu m’aime bien : chaque dimanche, après la collecte, quand tout le monde est parti, je partage l’offrande avec lui. »
« Comment fais-tu ça ? » interroge le collègue.
« Eh bien, c’est simple : je lance en l’air le produit de l’offrande et je dis à Dieu : ‘Garde ce que tu veux’. Et tout ce qui retombe, c’est pour moi ! »
Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, notre pasteur (ou curé) avait au moins compris quelque chose d’important : c’est vrai, Dieu ne veut rien garder pour lui ! Il ne souhaite qu’une chose, c’est de tout nous donner pour que nous vivions mieux. Tout, jusqu’à la vie de son fils, Jésus. Pas tellement de l’argent, donc, vous l’avez compris, mais bien de l’amour, du respect, de la compréhension... de la tendresse... de la paix.
Bienvenue donc auprès de lui, ce matin, pour essayer de recevoir tout ce qu’il a envie de nous offrir !
Jean-Jacques Corbaz, octobre 2025
samedi 4 avril 2026
(Pr) Ne pas saucissonner, SVP. La vraie victoire
Lectures bibliques: Ps 2, 1-7 ; Marc 15, 16-39 ; 1 Cor. 15, 1-7
En ce Samedi saint, nous sommes à mi-chemin entre Vendredi saint et Pâques. Entre la croix et le tombeau vide. J’aimerais aujourd’hui méditer avec vous sur la relation entre ces deux événements.
Car nous avons l’habitude de baisser la tête à Vendredi saint, et de la relever à Pâques. On nous a inculqué que la croix était une défaite, et la résurrection une victoire… Est-ce juste? Ou tout faux?
Bien évidemment, ni l’un ni l’autre! Mais réfléchissons un instant: où est la plus grande victoire de Jésus? Etait-ce d’accepter l’abaissement de la croix, les souffrances, les injures et la mort, tout cela sans l’avoir mérité le moins du monde? Ou de se relever vivant du tombeau?
Vous me direz que vous manquez d’expérience de la chose, dans un cas comme dans l’autre. Moi aussi! Mais je crois qu’il est impossible d’établir une hiérarchie entre les deux événements, tellement ils sont inséparables. Davantage: il s’agit plutôt d’un seul et même événement vu sous deux angles différents, comme un tunnel qu’on regarderait tantôt par la sortie «nord» et tantôt par le côté «sud». Laquelle des issues est la plus utile? À l’évidence, l’une ne va pas sans l’autre.
Allons plus loin encore: célébrer Vendredi saint dans sa vie sans y associer Pâques, c’est amputer sa foi d’une moitié essentielle. Et réciproquement! Il faut que ces deux fêtes se donnent la main dans notre espérance et notre cœur, comme dans notre quotidien. Sinon, ce n’est pas plus une foi chrétienne qu’un célibataire ne forme un couple à lui tout seul!
En effet, si vous n’ouvrez la porte qu’à Pâques en laissant dehors Vendredi saint, vous allez fêter quoi ? Le renouveau, les fleurs, la vitalité créatrice; vous pourrez rouler les œufs et acheter des lapins en chocolat… Dans ce cas, un conseil: fermez vos journaux et vos TV, évitez d’écouter les cris de celles et ceux qui souffrent sur cette terre, cela pourrait gâcher votre fête! Mais vous ne célébrez pas la résurrection. C’est la croix qui met en perspective la véritable dimension de Pâques.
Et si, au contraire, vous ne recevez chez vous que Vendredi saint, vous serez certes sensible à toutes les détresses, à toutes les oppressions qui frappent nos semblables; mais vous vous épuiserez dans une lutte où vos forces seront dérisoires, face à l’immensité des défis; ou bien vous resterez murés dans une mauvaise conscience qui ne fera aucun bien, ni aux autres ni à vous-même - tout ce que la Bible appelle le "péché", et dont Jésus est venu nous délivrer.
Garder unis Vendredi saint et Pâques, oui, mais comment? Je répondrai par deux exemples.
D’abord en évoquant quelques personnes qui ont traversé des épreuves douloureuses, qui sont comme Job atteints dans leur santé, leur famille, leurs sécurités matérielles. Il y en a parmi nous, aujourd’hui (je pense ainsi au deuil que représente le renoncement à pouvoir vivre chez soi quand on est en EMS). Ces personnes qui pourtant restent paisibles et confiantes, qui n’ont pas peur de la mort, et qui en plus se soucient les uns des autres, se portent mutuellement dans les passages les plus pénibles.
C’est ainsi qu’une pensionnaire, qui venait de perdre son mari, lequel vivait dans la même chambre qu’elle, à l’EMS, me disait: «Heureusement que je suis ici, je ne suis jamais seule, il y a tant d’amies qui me soutiennent». Quand la vie vous paraîtra trop dure, eh bien allez les trouver, vous en sortirez enrichi!
Vendredi saint et Pâques, la solidarité et l’espérance; la sensibilité et l’assurance de ne jamais être tout seul dans nos combats, nos combats qui depuis la première Pâques sont gagnés d’avance! Vendredi saint et Pâques ensemble, ou quand la lutte elle-même devient fête, par l’Espérance majuscule du Ressuscité, en nous!
Mon second exemple de cette union entre Vendredi saint et Pâques, ce sera Raoul Follereau, l’apôtre des lépreux; il a transformé un nombre incalculable de vies grâce à sa foi et à son engagement. J’aimerais pour conclure lui laisser la parole:
Aimer, c’est aussi partager la même espérance.
Allez donc expliquer aux enfants qui meurent de soif dans le Sahel qu’il y a un bon Dieu, un paradis et une espérance. Ils ont soif, ils ont faim et ils meurent, c’est tout.
L’espérance, c’est elle surtout qui nous manque. C’est son éclipse qui nous est si cruelle. Si nous ne portons pas aux autres l’espérance, comment oser dire que nous les aimons?
En supprimant Dieu de la destinée humaine, on a créé la civilisation de l’égoïsme, du dégoût et du désespoir.
À chaque fois que, d’un air pénétré, je dis «Tout va mal» en laissant retomber et ma voix et mes bras, alors, tout va plus mal, à cause de moi.
Vous n’irez pas soigner les lépreux de la lèpre. Vous soignerez d’autres lèpres en inondant le monde de votre amour, chacun pour votre part. Ne me dites pas: «Qu’est-ce que je peux, moi? C’est si peu.» Une goutte d’eau qui tombe fait monter l’océan. Soyez cette goutte d’eau.
Refusez de mettre votre vie au garage. Mais refusez aussi l’aventure où l’orgueil a plus de place que le service.
Tout sera sauvé, si vous savez aimer. Pas un jour en passant, mais très fort, très longtemps… tous les jours; toujours.
Ne vous découragez pas, ne renoncez pas. Riez au nez des sceptiques, des prudents, de ceux qui mettent leur vie en conserve et commencent leur retraite au biberon.
Vous cherchez un but à votre vie ? Il manque dans le monde trois millions de médecins. Devenez des médecins. Plus d’un milliard d’êtres humains ne savent ni lire ni écrire. Devenez des enseignants. Deux hommes sur trois ne mangent pas à leur faim. Devenez des semeurs, et, des terres incultes, faites surgir les récoltes dont ils ont besoin.
Je ne suis qu’un vieil homme. Regardez-moi. Nous ne nous reverrons probablement jamais. Regardez-moi bien. Vous avez devant vous le visage d’un homme qui a toujours été parfaitement heureux.
Ce n’est pas que nous n’ayons jamais eu des coups durs. Vous vous imaginez bien, cette vie-là, elle a été difficile. On a eu des accidents, des pannes, des maladies, toutes sortes d’obstacles; mais nous ne nous sommes jamais endormis sans penser que, peut-être, grâce à nous, quelques visages avaient souri, quelques larmes s’étaient séchées.
C’est ça, voyez-vous, le secret du bonheur.
Raoul Follereau
Garder unis Vendredi saint et Pâques, chez nous aussi? Chez vous aussi? Amen
Jean-Jacques Corbaz
lundi 9 mars 2026
(Pr) Le regard: l’annonce du Pape
Ça commence par un drame; vécu. Aux Etats-Unis, une jeune femme qui se balade en montagne est attaquée par un puma. Elle perd la vie, laissant deux orphelins. Pour aider ces malheureux enfants, on organise une collecte. On réunit ainsi 9’000 dollars.
Puis les autorités décident, par sécurité, de faire abattre ce puma agressif. La bête est débusquée et tirée. Il s’agit d’une femelle; mais on découvre qu’elle avait un petit. Le bébé puma est alors confié à un zoo; et les amis des animaux organisent à leur tour une récolte de fonds pour lui. Vous devinez peut-être à la suite: la seconde collecte rapporte 21’000 dollars, donc nettement plus que celle pour les enfants... ...
Dites, n’y a-t-il pas quelque chose de détraqué dans nos relations humaines? Dans nos partages?
Je n’ai pas envie de faire la morale à quiconque. Mais plutôt de rappeler ce que la Bible nous dit à ce sujet: l’importance du regard que nous portons les uns sur les autres. Plus que l’argent, c’est la relation que Dieu nous invite à partager.
Pierre et Jean fixent les yeux sur l’homme infirme, et Pierre lui dit: "Regarde-nous". Le paralysé se tourne vers eux et les dévisage avec attention... Vous voyez, c’est ce regard, échangé, qui va permettre la guérison; cette disponibilité réciproque à la rencontre, autant de la part de Pierre et Jean que de l’homme infirme.
Et vous l’avez compris: c’est exactement ainsi que Jésus, déjà, a tendu la main, et le cœur, à celles et ceux qui en avaient besoin.
Un regard, un geste, un pas vers l’autre. Ne croyez-vous pas que cette approche est à notre portée? - Je ne veux pas dire que nous ferons forcément des miracles, bien sûr! Mais, ce que cette parole nous dit, c’est que nous ne ferons du bien aux autres, vraiment, que si nous prenons le temps de les regarder, et d’échanger. Pas de la sensiblerie à 21’000 dollars, mais une authentique relation, où tu reçois autant que tu donnes; un contact qui se noue; une étincelle, c’est la forme que prend parfois le Saint-Esprit.
Dans 24 Heures du 10 mars, Geneviève Morand écrit que les pensées qui nous habitent en Occident sont à 80 % des pensées négatives; lesquelles nous conditionnent à teindre la réalité en gris, ce qui nous déprime encore plus. Aïe, seulement 20 % de pensées positives! D’où l’importance, poursuit-elle, l’importance de créer des lieux de bienveillance et de non-jugement, où chacun se sente accepté et accueilli pour ce qu’il est.
Dites, on dirait qu’elle parle pour nos lieux d’Église! Car n’est-ce pas notre vocation, justement, de favoriser l’existence de tels lieux de bienveillance? De les rendre chaleureux, empreints de respect et de pétillance positive? C’est par exemple ce que vise un groupe de parole tel que celui auquel vous êtes invités cet après-midi.
Le jeûne qui fait plaisir à Dieu, ce n’est pas de se priver, nous dit Esaïe. C’est bien plus d’essayer d’offrir à qui en a besoin son regard, sa présence proche, sa bienveillance chaleureuse.
On raconte qu’il y a bien longtemps, une communauté monastique “péclotait” de manière grave. Les frères se jalousaient, se moquaient les uns des autres ou s’ignoraient glacialement, le sens communautaire était en miettes.
Le prieur, désespéré, se rendit à Rome devant le saint-Père. Que faire? supplia-t-il.
Je ne sais pas, répondit le Pape. Je ne vois pas ce qu’il faudrait faire. Et ça me désole, parce que, je peux vous le dire, vous qui en êtes le prieur, votre couvent est exceptionnel. En effet, l’un de vous, je ne sais lequel, l’un de vous est le Christ revenu ici-bas incognito.
Le brave prieur repartit, déçu, et intrigué. Il rentra dans sa communauté avec l’étrange message. Sa mission avait échoué.
Mais, plus le temps passait, plus les frères devenaient réellement des frères les uns pour les autres. En effet, sachant que l’un d’eux était le Christ incognito, chacun redoublait de prévenance attentive pour chacun, en se demandant si celui-ci, justement, ne serait pas le Seigneur.
Au bout de quelques mois, la communauté était devenue un modèle pour les autres. À Rome, le Pape souriait. Et Dieu, de même, soupirait de plaisir.
Le regard, je vous dis. Le regard. ...
Pendant la seconde partie de ce Carême, pourquoi n’essayeriez-vous pas, vous aussi? Ce temps pourrait devenir... passionnant!
Amen
Jean-Jacques Corbaz
(LI, Hu) Accueil - L’innocence
Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte !
L’histoire se passe au tribunal. Le procès vient de se terminer. L’accusé, tout ému, prend son avocat dans ses bras et lui dit : « Merci, mille fois merci ! Vous m’avez convaincu de mon innocence !! »
Je me dis, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, qu’en refermant l’évangile, nous pourrions affirmer à Jésus la même chose : « Tu m’as convaincu de mon innocence ! Grâce à toi, nous savons que Dieu ne nous condamnera jamais ! »
Bienvenue auprès de cette source inépuisable de pardon et de paix ! Dans ce temps de Carême, puissions-nous la laisser féconder notre vie dans tous ses recoins, même les plus sombres !
Jean-Jacques Corbaz, novembre 2025
lundi 9 février 2026
(Pr, Co, SB) Comment Jacob a été tordu
Ils sont soudain interrompus. C’est sa mère qui l’appelle:
Jacob est épuisé, mais aussi rempli d’un bonheur chaleureux. “Quel garçon, cet Ephraïm! Il faudra que je le bénisse avant de mourir.” - Et, en disant cela, il vient au patriarche une idée, comme une ultime malice: “Il aura la bénédiction de l’aîné, il passera avant Manassé!”























