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lundi 9 février 2026

(Pr, Co, SB) Comment Jacob a été tordu

Narration du 9.2.2026 -  «Comment Jacob a été tordu»

Lectures bibliques: Genèse 32, 23-32; Jean 3, 1-5

- Dis, grand-papa, pourquoi tu boites?

Cette question, Jacob l’a entendue souvent. Il a tant de petits-enfants! Et il n’aime pas trop y répondre, ça lui rappelle des souvenirs un peu... embarrassants.

Mais cette fois, c’est Ephraïm qui l’interpelle. Ephraïm, son préféré; le plus jeune des fils de Joseph. Ephraïm qui a l’esprit vif et l’œil perspicace.

Quand Jacob a retrouvé son fils Joseph en Egypte, il a été touché par Ephraïm et Manassé, les deux gamins; et dès lors il s’en est occupé avec tendresse, comme pour rattraper le temps perdu. Surtout le cadet, Ephraïm, si intelligent, et qui aime tant la compagnie de ce grand-père presque tombé du ciel.

Jacob est très vieux, maintenant. Tout tordu par l’âge, les travaux et les luttes... Mais sa mémoire est intacte, à propos de ces jours étonnants, quand il est revenu de chez Laban. Surtout cette nuit, si étrange...
 
- Grand-papa, insiste Ephraïm, pourquoi tu boites?

- Tu sais, c’est une vieille histoire, répond Jacob. Et il sent bien que, cette fois, il devra tout dire, à cause de cette complicité qui le lie à son petit-fils. Même s’il a été, toute sa vie, un spécialiste en tromperies... Même si son nom, Jacob, veut dire "le fraudeur”, cette fois, il ne pourra pas s’échapper. Comme cette fameuse nuit, d’ailleurs. Exactement comme cette nuit-là!

- Raconte-moi cette vieille histoire, grand-papa!

- Tu sais, commence Jacob, c’était à un moment délicat de ma vie. Dans ma jeunesse, j’avais trompé mon frère, Esaü, je l’avais roulé pour qu’il me cède son droit d’aîné, sa bénédiction - en échange d’une soupe aux lentilles! ...
J’ai dû m’enfuir, il voulait se venger. J’ai été chez mon oncle Laban, très loin d’Esaü. Et là, grâce à mes ruses, je me suis enrichi. Euh... pas toujours honnêtement, je crois. ... Bref, Laban s’est fâché contre moi. J’ai dû m’enfuir, encore une fois. Mais là, je suis parti avec toute ma famille, et mes richesses. Mes troupeaux, mes serviteurs. Ça formait une immense caravane. ... Et du coup, je me suis retrouvé coincé! Derrière moi, Laban, avec sa colère. Et devant, Esaü m’attendait, avec ses anciennes rancunes. Que faire? ...


J’ai eu recours à mon astuce, une nouvelle fois. J’ai envoyé plein de cadeaux de valeur à Esaü, pour le calmer: des troupeaux, des objets de valeur... Puis j’ai fait passer à ma famille le gué du Yabboq; la frontière; pour les préserver. C’était un vrai passage à gué, dans tous les sens du terme. Une traversée décisive dans ma vie. La nuit tombait. Je suis resté seul, près du gué. Je ne savais pas de quel côté les choses allaient basculer. Je réfléchissais.

- Et tu n’avais pas peur, seul dans le noir?

- Petit curieux! Quelle question... Mais oui, bien sûr, j’avais peur. Terriblement peur. Je craignais d’affronter Esaü. Qu’est-ce que j’allais devenir? Il faisait nuit sur ma vie, comme sur le Yabboq, ce soir-là.

- Et après, grand-papa?

- Tout à coup, dit Jacob, quelqu’un m’a attaqué. Impossible de voir qui c’était, à cause de la nuit. Il m’est tombé dessus, et nous avons roulé dans la poussière. Nous nous sommes battus, à la vie à la mort, jusqu’à l’aurore.
 
- Mais c’était qui? Tu l’as reconnu?

- Non, je me suis posé la question toute la nuit. Etait-ce Laban? Ou alors, Esaü? Etait-ce un brigand inconnu? Mais est-ce que c’était même un homme, ou une force maléfique, un démon de la nuit? ... Parfois, quand j’y repense, je me demande si je ne me battais pas avec tout ce qui était obscur et menaçant dans ma propre vie, avec mes démons à moi. Comme si tout ce qui m’angoissait s’était rassemblé en une force violente qui m’attaquait. Finalement, n’était-ce pas contre moi-même que je luttais?

- Et vous vous êtes battus toute la nuit? Mais qui des deux a gagné, pour finir?

- Eh bien, répond le patriarche, c’est difficile à dire. L’aube s’approchait quand mon adversaire m’a fait un coup tordu. Il m’a frappé à la hanche, et mon articulation s’est déboîtée. C’est pour ça que je boite, aujourd’hui encore.

- Alors, c’est lui qui a gagné?

- Attends, petit impatient! Je voulais continuer la lutte. Mais l’aube approchait. Et, comme s’il avait peur de la lumière, mon adversaire m’a dit: “Laisse-moi partir, le jour se lève!” ... Mais moi, je lui ai répondu: “Je ne te laisserai pas sans que tu m’aies béni.

- Qu’est-ce que ça veut dire, bénir? demande Ephraïm.

- Eh bien, c’est dire une promesse à quelqu’un. Bénir, c’est placer la vie de l’autre sous le signe d’une promesse, qui le rende heureux, qui lui donne un avenir.
  
- Alors, celui qui t’a attaqué t’a béni?

- Non, pas tout de suite. D’abord, il a changé mon nom.

- Changé ton nom? Mais tu t’appelais comment, avant?

- Euh... je m’appelais déjà Jacob... Mais il m’a demandé mon nom, puis il m’a dit: “Tu ne t’appelleras plus “Jacob” (le fraudeur), mais “Israël” (c’est-à-dire celui qui lutte avec Dieu). Car tu t’es battu avec Dieu, et tu l’as emporté.” Et c’est pourquoi, depuis, je porte les deux noms: Jacob et Israël.

- Mais alors, c’est toi qui as gagné, c’était toi le plus fort?

Jacob sourit, et regarde son petit-fils avec tendresse.

- Ce n’est pas si simple, mon enfant. Peut-être qu’il n’y a eu aucun vainqueur. Tu sais, quand quelqu’un peut changer le nom d’un autre, c’est qu’il est plus fort que lui. C’est que l’autre lui appartient, en somme. ...
Moi aussi, je lui ai demandé son nom, mais lui ne me l’a pas donné. Donc, c’était lui le maître.

- Mais interrompt Ephraïm, il t’avait dit que tu avais gagné! Et c’était lui le maître? Je ne comprends pas.

Une nouvelle fois, Jacob sourit. Il se reconnaît tellement dans la curiosité de son petit-fils!

- Tu sais, ce n’était pas une lutte qui finit par une victoire pour l’un et une défaite pour l’autre. Je crois que nous avons été tous les deux vainqueurs.
En tout cas, il m’a béni.

- Et tu ne savais toujours pas qui c’était?

- Si, je crois que je commençais à deviner. Ce quelqu’un que je ne pouvais pas vaincre, qui luttait contre moi dans ce moment décisif, je devinais que c’était «Dieu». D’ailleurs, il m’avait dit que je m’étais battu avec Dieu. ...
Et quand il m’a béni, j’y ai vu plus clair, à l’image de la lumière du jour qui faisait sortir le paysage de l’ombre: j’avais lutté avec Dieu, et il m’avait béni! Moi qui l’avais fui toute ma vie, moi qui ne faisais confiance qu’à mes ruses, et qui refusais toujours son alliance et sa bénédiction, eh bien, Dieu avait fini par m’avoir: il avait obtenu que ce soit moi-même qui lui demande de me bénir!! ...
C’est pour ça que j’ai appelé cet endroit Peniel, c’est-à-dire “Dieu-face-à-face”.

- “Dieu-face-à-face”? Mais quel drôle de nom !

- Tu as raison, c’est un nom bizarre. Mais tu sais, c’était une expérience extraordinaire. J’avais vu Dieu de tout près, plus près tu meurs! J’ai risqué d’y laisser ma peau. Mais j’étais vivant, et la lumière resplendissait sur mon coeur. Dans le soleil qui se levait, j’avais enfin le courage d’aller à la rencontre de mon frère Esaü, pour lui demander pardon. Rempli de ce face-à-face avec Dieu.

*                    *
   

Ephraïm reste longtemps silencieux. Puis il se lance.

- Dis, grand-papa, il t’avait fait un coup tordu. Comment as-tu pu lui demander de te bénir?

- Ah, dit Jacob, embarrassé, si seulement je le savais moi-même! J’y ai beaucoup réfléchi. Peut-être était-ce parce que tout me menaçait, tout semblait se dresser contre moi. J’avais besoin de protection, j’avais besoin de la promesse de quelqu’un de grand, de fort...

- Mais pourquoi demander ça à celui que se battait contre toi? Tu aurais pu chercher de l’aide ailleurs!

- Non, celui qui te bénit ne vient pas d’ailleurs. Il est là, dans la lutte. La prière, c’est toujours un combat, un peu comme ça. Tu y affrontes ce qui t’angoisse, tu te bats contre tes peurs... Et ça peut être long jusqu’à ce que la lumière se fasse, jusqu’à ce que l’aurore te rende plus fort.

Ephraïm n’est pas encore satisfait.

- Grand-papa, cette nuit-là doit t’avoir changé. Tu es devenu un autre homme? ... Mais pourquoi n’as-tu pas abandonné le nom de Jacob?

Le patriarche soupire. Il a l’impression que son petit-fils le pousse dans ses derniers retranchements.

- Ecoute, petit, ta curiosité m’épuise. Je suis vieux, tu sais. Je suis resté Jacob. J’ai changé, ça oui. Mais je n’ai jamais réussi à devenir tout à fait un autre homme. On est ce qu’on est. C’est difficile de se quitter soi-même...

- Mais alors, rien n’a vraiment changé? demande Ephraïm, visiblement déçu.

- Si, la clarté de Péniel est restée dans ma vie, même si elle ne m’a pas transformé entièrement. Elle m’a accompagné, comme une bénédiction constante. Ce matin-là, j’ai trouvé le courage d’aller à la rencontre d’Esaü. J’avais vu Dieu face-à-face, j’ai pu regarder aussi mon frère face-à-face. Mieux encore, j’ai réussi - oh, pas toujours - à me regarder moi également, face-à-face. Comme délivré de moi-même.

- Tu dis “délivré de moi-même”, mais tu boitais. N’as-tu pas souhaité, n’as-tu pas prié pour être débarrassé de ce handicap?

- Oh si, bien sûr! Mais à la longue, j’ai appris à vivre avec ce problème. C’est devenu pour moi comme un signe, une marque de la bénédiction reçue. Un nomade doit beaucoup marcher; je ne risquais pas d’oublier une telle blessure. Elle me dit que Dieu m’a touché au point névralgique. Essentiel. Moi qui ai toujours cherché à tordre les autres, me voilà tout tordu...
 

Ils sont soudain interrompus. C’est sa mère qui l’appelle:

- Ephraïm, viens, j’ai besoin que tu m’aides!

- J’arrive, maman! Mais dis-moi, grand-papa, une dernière question.

- D’accord, mon enfant, une dernière...

- Grand-papa, est-ce que tu crois que, moi aussi, je devrai... un jour... me battre, comme tu l’as fait?

Jacob est ému.

- Je ne sais pas, Ephraïm. Je ne le souhaite pas, mais qui sait? Nous avons tous, dans notre vie, des passages à gué, avec leurs obscurités et leurs clartés naissantes. Ni toi ni moi ne pouvons connaître le futur. Mais, quel qu’il soit, ce futur, sache une chose: celui qui t’a créé, toujours te bénira. Il ne te laissera jamais tomber.

L’enfant se lève; sa mère s’impatiente. Il regarde son aïeul, qui sourit. Il semble à Ephraïm que l’aube de Peniel, de “Dieu-face-à-face” éclaire le vieux visage qu’il aime. Il sort, songeur encore.

*                    *
   

Jacob est épuisé, mais aussi rempli d’un bonheur chaleureux. “Quel garçon, cet Ephraïm! Il faudra que je le bénisse avant de mourir.” - Et, en disant cela, il vient au patriarche une idée, comme une ultime malice: “Il aura la bénédiction de l’aîné, il passera avant Manassé!”

Et aussitôt, il pense qu’il est étrange de voir l’histoire qui se répète. Comme un signe... Lutte et bénédiction ont alterné toute sa vie... Prière, désir de changer... parfois échec! Oui, ce n’est pas facile de laisser Dieu nous transformer. Feras-tu mieux que moi, Ephraïm?

En repensant au jeune garçon, un doux sourire illumine le visage de Jacob, qui s’endort en murmurant “Amen”...

Jean-Jacques Corbaz

 
 


(Li, Hu) Accueil - L’avion si rapide


Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte !

 

C’est l’histoire d’un patron qui demande à sa secrétaire, un peu niobette :

« SVP, téléphonez à l’aéroport et demandez combien de temps met l’avion pour aller de Zurich à Rome. »

La secrétaire appelle l’aéroport et demande « Combien de temps met l’avion pour aller de Zurich à Rome ? »

Au bout du fil, un employé répond : « Oui, une minute… »

« Merci beaucoup », fait la secrétaire; et elle raccroche !

 

Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, notre Dieu est encore plus rapide que cet avion ! Avant même que nous ne l’ayons appelé, il est là, tout près de nous !

Bienvenue…

 

Jean-Jacques Corbaz, mars 2025        

 

lundi 19 janvier 2026

(Pr) Le curé flingueur

Prédication du 19 janvier 2026

Lectures:  1 Corinthiens 16, 19-24; Luc 9, 51-55


À la fin des épîtres de la Bible, il est rare qu’on lise attentivement  les salutations et qu’on prêche sur elles. Mais là, ce verset m’a sauté à la figure: “Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit maudit”. Ouille là! J’espère qu’il vous a fait sursauter aussi!!
 
Cette phrase surprend, elle fait tache, avec le reste de la lettre, et en particulier les autres salutations, qui parlent d’amour et de baisers. Elle tranche surtout avec tout ce que nous savons de l’amour chrétien dans le Nouveau Testament ! Elle nous gêne et nous interroge. Comment la comprendre?


 

Il y en a un qu’elle ne devait pas gêner, c’est un curé espagnol, Don Eladio Blanco Vila. Lors d’un service funèbre, il a tiré sur ses paroissiens avec un pistolet, parce que ces derniers n’étaient pas d’accord avec lui!

C’était en 1987. Don Eladio présidait les funérailles d’une dame âgée. Or celle-ci n’allait pas à l’église. En chaire, le curé déclare que la défunte n’a donc pas droit au sacrement, puisqu’elle ne pratiquait pas. Et que, dès lors, il n’ira pas au cimetière pour la mise en terre.

La famille et les quelque 300 fidèles murmurent et se fâchent. Mais Don Eladio n’apprécie pas cette colère, il la considère comme une offense. Furieux au point d’en oublier le commandement «Tu ne tueras pas», voilà que le curé sort de sa poche un revolver! Il tire cinq fois sur ses paroissiens avant d’être désarmé par la foule.

Don Eladio court alors se barricader dans la sacristie, d’où il menace la foule avec un fusil d’assaut militaire. On appelle la police pour ramener le calme... Et on découvre un véritable arsenal chez ce curé pas comme les autres. Hem! On se croirait dans un roman noir de San Antonio!! Et, vous le voyez, les musulmans djihadistes ne sont pas seuls de leur espèce...
  
  


Cette histoire s’est réellement passée, en 1987. On ne sait pas très bien s’il faut en rire ou en pleurer. En tout cas, elle révèle un état d’esprit inquiétant: penser que la foi chrétienne, c’est un ensemble de devoirs, qu’il faut accomplir; et croire qu’avec des menaces, par la force ou par la peur, on peut changer les gens.

Nous sommes bien d’accord: tout ça n’a rien à voir avec l’évangile. Même si parfois un bout de phrase dans le 
Nouveau Testament lui-même va dans ce sens. Car l’intolérance est un poison répandu partout, et prêt à resurgir à l’occasion, dans un accès de colère ou de frustration, comme dans notre histoire.

Faut-il en rire ou en pleurer, de ce curé flingueur? Pour ma part, je vous propose plutôt d’en rire. Mais d’un rire qui se moque autant de Don Eladio que de nous-mêmes. D’un rire qui n’oublie pas nos envies de parfois imposer «notre» vérité, voire notre intolérance. D’un rire qui démasque la violence qui dort en nous, en chacun.e de nous. D’un rire qui la révèle comme l’a fait l’événement fondateur de notre foi, la mort de Jésus sur la croix.
  
 


“Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit maudit. Maranatha (= le Seigneur vient)”. Ce verset, pour les exégètes, serait un ajout tiré des liturgies de la première Église, des liturgies de sainte cène. On sait qu’à Corinthe (soit l’Église à laquelle est adressée notre lettre), le repas du Seigneur était vécu dans l’anarchie: certains bâfraient et se saoulaient alors que d’autres n’avaient que des miettes. Notre menace de malédiction était donc destinée à mettre en garde les croyants, pour éviter qu’ils ne prennent la communion sans être conscients de l’immense cadeau que nous fait Jésus, quand il meurt pour mettre fin à la spirale de la violence.

De plus, il faut se souvenir que cette injonction date d’un temps où il était vital pour les premiers chrétiens de bien baliser les limites qui les séparaient des païens. On vivait alors dans une société où l’intolérance et l’exclusion étaient la norme. J’ose croire que ce n’est plus le cas aujourd’hui, grâce à l’enseignement du Christ. …Même si j’ai des doutes, parfois, quant à notre capacité de nous comporter en êtres évolués!

Pour ma part, je ne peux pas maudire celui ou celle qui n’aime pas le Seigneur. Le Dieu en qui je crois, c’est celui qui, par la bouche du Christ, réprimande les disciples quand ils voulaient appeler le feu du ciel sur les villes infidèles. Jésus, oui, a versé son sang pour détourner de nous cette malédiction, pour la prendre sur lui à notre place. Et c’est ce qui lui permettra d’oser nous demander cette énormité, oui, cet appel é-norme, hors normes: «Aimez vos ennemis».

À Vendredi Saint et Pâques, la violence et la haine ont été condamnées à mort! Au matin du tombeau vide, Dieu a semé les graines d’un avenir différent,     de relations nouvelles entre les humains. Pour que meurent en nous les tentations d’imposer par la force ou par la peur notre vérité, si juste soit-elle; pour que naisse en nous une qualité de dialogue et d’écoute: qu’on se parle, sans se tirer dessus!
  

 
Tolérance. Tout le monde en parle, de la tolérance. Tout le monde est d’accord avec la tolérance. Peut-être même Don Eladio et ses frères... Le problème, c’est quand on arrête d’en parler pour la vivre, la tolérance. Le hic, c’est quand les frustrations et le stress s’accumulent; et que ça tourne en colère mal maîtrisée. Alors, parfois, ça explose: une gifle, une insulte, que souvent après on regrette. Et puis, une fois tous les coups de canon, c’est le drame. Peut-être qu’un Don Eladio sommeille en chacun.e de nous?

Merci  donc de veiller sur nos colères, sur nos vexations, sur l’intolérance qui nous chatouille, parfois. Merci de veiller sur nos germes de violence. Veiller dessus, ça veut dire pour moi oser les regarder en face, avec le Christ qui m’aide à rester fort. Ça veut dire pour moi les remettre à Dieu, les laisser se transformer au soleil de la Tendresse majuscule qui nous est donnée, gratuitement, grâce à Jésus.

Essayer de désamorcer nos germes de violence. Par exemple en se parlant les uns aux autres. En  laissant aussi le regard de Dieu imprégner notre regard sur les situations ou sur les gens. En essayant de comprendre avant de juger; de faire grandir notre fraternité; et de travailler sur notre respect, en particulier à l’égard des personnes qui pensent ou qui vivent différemment de nous. C’est ce que veut promouvoir la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens, que nous vivons chaque année entre le 18 et le 25 janvier. Et, au-delà du christianisme, c’est ce que veut promouvoir la Maison de l’Arzilier, à Lausanne, qui est un espace de dialogue entre les différentes religions.

Essayer de désamorcer nos germes de violence. - Et aussi, bien sûr, de prévenir celles des autres! Autour de nous, et dans le monde. Comme le disait Dieu à Caïn, au tout début de la Bible: “La violence est un monstre tapi derrière ta porte. C’est à toi d’en être le maître. Domine-la!”
  
Et ici, chers amis, il faut encore dire, une énième fois, que nos contemporains font souvent fausse route. Car si mes frustrations, car si les injustices et les brimades que je subis peuvent réveiller le Don Eladio qui roupille en moi, combien davantage encore les humiliations que subissent certains, au hasard les musulmans chez nous, risquent d’attiser l’incendie et de provoquer des explosions violentes comme on en a trop vu... L’intolérance provoque en retour l’intolérance, et seuls les extrémistes en profitent. Merci d’y veiller aussi! Comme disait Dieu: “La violence est un monstre tapi derrière ta porte. C’est à toi d’en être le maître... Domine-la!”. Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 






(Li, Hu) Accueil - Le poids des péchés

Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte!

Une jolie publicité détournée, vue sur internet:
«Le poids de vos péchés est trop lourd? Alors, louez un diable!»

Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, notre Père du Ciel, lui aussi, peut nous décharger de ce qui nous pèse. En Jésus, il allège infiniment nos fautes, notre péché, et nous permet de respirer plus librement.

Bienvenue...

 

Jean-Jacques Corbaz, novembre 2025

mardi 30 décembre 2025

(Hu) Catherine de Médicis et l'astrologue

Son astrologue lui ayant prédit qu'elle mourrait « près de Saint-Germain », Catherine de Médicis refusa de se rendre à Saint-Germain-en-Laye. Sur son lit de mort, à Blois, elle demanda son nom au confesseur appelé auprès d'elle, lequel répondit :
- Julien de Saint-Germain.

lundi 29 décembre 2025

(Co) Le cadeau de Paillette la petite licorne

Conte de Noël pour mes petits-enfants, dont beaucoup sont fans des licornes

Paillette était une petite licorne à l’esprit vif et qui posait beaucoup de questions. Elle vivait heureuse au Pays des licornes avec ses parents. Son papa s’appelait «Papa», et sa maman s’appelait…. vous savez comment? Oui, Naya, elle s’appelait «Maman», tu as trouvé. Bravo, tu m’épates, là!!  :-)

Un jour, Paillette voit une grande agitation parmi le peuple des licornes. Elle de-mande à ses parents ce qui se passe. Maman lui explique que tous les animaux sont appelés à venir devant Dieu. Donc les licornes, mais aussi les chats, les éléphants, les zèbres… enfin, tous! Il paraît qu’il a quelque chose de très important à nous dire.

«Peut-être qu’il a décidé de donner des super-pouvoirs à tous les êtres vivants de la terre, dit Paillette. Ce serait supergéant! Moi, je n’ai pas encore reçu le mien, et je me réjouis trop de savoir ce que ce sera!»

«Mmmmh, je ne crois pas, dit Papa. Tu vois, Paillette, si tous avaient des super-pouvoirs, ils risqueraient trop de les utiliser pour se faire du mal les uns aux autres. Ils en font déjà assez comme ça! Il n’y a que nous, les licornes, qui sommes assez sages pour en avoir.»



Arrivés devant Dieu, tous les animaux sont excités et impatients. L’ange Gabriel, qui est un peu le sous-chef de Dieu, a bien du mal à faire respecter un peu d’ordre et de silence. «Chhhhhhhutt! Dieu va parler! Écoutez-le!»

«Bonjour vous tous, dit Dieu. J’ai une grande nouvelle à vous annoncer: je vais avoir un enfant!»

À ces mots, l’excitation reprend de plus belle. Certains dansent de joie. D’autres imaginent déjà comment ils pourraient célébrer l’évènement.

«Silence, dit l’ange Gabriel. Dieu n’a pas fini!»

«En effet, dit Dieu. Je vous ai appelés parce que je vais avoir besoin de certains d’entre vous.»

En entendant cela, les lions se mettent à rêver tout haut: «Nous pourrions nous tenir tout près de lui pour qu’on voie bien que c’est un enfant de roi!» Les dragons aussi s’écrient: «Nous viendrons pour le protéger, nous cracherons le feu sur ceux qui pourraient lui faire du mal!»

L’ange Gabriel agite sa petite cloche. «Silence, s’il vous plaît, crie-t-il.» Il commencerait sérieusement à s’énerver s’il n’avait pas une patience… d’ange!

«En fait, dit Dieu, je n’aurai pas besoin des lions ou des dragons. Pour que mon fils soit vraiment un homme comme les autres, il doit rester ordinaire, fragile et humble. C’est nécessaire pour qu’il annonce à tous que je les aime, que je ne veux jamais les punir ni leur faire de mal; et que je n’ai qu’un désir, c’est que chaque personne agisse aussi de cette façon.»

Tous les animaux sont très étonnés. Ils pensaient que Dieu, pour être Dieu, devait impressionner les foules, et pas rester tout en bas de l’échelle. L’ange Gabriel lui-même en oublie d’agiter sa clochette pour demander le silence.

Mais Dieu continue: «Alors, je vais avoir besoin des animaux les plus simples et les moins glorieux. D’abord l’âne. Et puis le 
bœuf. Et encore des moutons, un grand troupeau de moutons.»

«Et nous?» s’écrient les autres. «En fait, je n’ai pas besoin d’autres animaux pour le moment, répond Dieu. Peut-être que j’aurai besoin du lapin plus tard, lors de la fête de Pâques. L’âne et 
le bœuf se tiendront à côté de la crèche où mon fils sera couché, comme le plus pauvre des plus pauvres. Et les moutons se reposeront dans les prés, gardés par leurs bergers. Mes anges viendront les avertir de la naissance du bébé.»

Paillette est très déçue. Pas de super-pouvoirs? Pas besoin de licornes, elles qui sont pourtant parmi les plus sages et les plus intelligentes? Quelques larmes coulent autour de son museau, et elle s’écrie: «Mais c’est pas juste!»

«Tais-toi!», dit Maman. Mais Dieu a entendu Paillette. Il lui fait signe d’approcher. «Pourquoi dis-tu que ce n’est pas juste, petite licorne?»

«Mais vous avez dit que vous n’aviez besoin que d’animaux humbles et ordinaires. Pourtant, il y aura aussi les anges, qui ne sont pas du tout effacés ni fragiles!»

«Eh, tu es intelligente, Paillette, s’exclame Dieu. C’est une excellente remarque. Mais sache d’abord que les anges sont ceux qui sont le plus proches de moi, ils vivent chaque jour auprès de moi et m’aident dans mes tâches quotidiennes. Ils sont pour moi un peu comme les lutins du Père Noël, tu vois? Et puis, j’ai besoin d’eux pour annoncer la grande nouvelle aux êtres humains.»

Paillette n’est pas complètement convaincue: «Nous, les licornes, nous pourrions le faire tout aussi bien!»

Dieu réfléchit quelques secondes, puis il reprend d’une voix douce: «Eh bien, Paillette, j’ai une idée. Je te donne maintenant ton super-pouvoir. Oui, ton super-pouvoir, ce sera que tu puisses prendre l’apparence de n’importe quel être vivant, à ta guise. Et tu pourras en changer quand tu voudras.»

Paillette saute de joie. «Oh, merci, merci!»

«Ainsi, dit Dieu, tu pourras prendre l’apparence d’un ange lors de la nuit magique où mon fils naîtra. Et tu pourras aller avec tous mes amis chanter la gloire du Ciel qui descend sur la terre.»

Paillette ne peut plus rien dire, tellement elle est heureuse. Elle entend à peine Maman qui lui dit: «Tu sais, le fils de Dieu, il aura quand même un super-pouvoir. Parce qu’aimer tous les humains, et tous les êtres vivants, il faut un pouvoir incroyable pour y arriver!»

  

Après une attente qui semble à Paillette une éternité, le grand soir est enfin là! L
bœuf et l’âne se tiennent doucement dans une vieille étable, à côté d’une crèche pleine de poussière. Les moutons, sous la garde de leurs bergers, somnolent paisiblement dans leur champ, à bonne distance du village. Et les anges attendent le signal divin derrière un nuage, avec la petite licorne qui est exactement comme eux.

Un homme et une femme entrent dans l’étable, fatigués et inquiets. La femme se couche sur la paille, le bébé va naître. L’homme essaie de rassurer la future mère: «Tout ira bien, ici, nous serons à l’abri.»

Tout à coup, Gabriel murmure, mais tous l’entendent: «C’est le moment, on y va!» L’enfant est né! Ses parents l’enveloppent d’un chiffon en guise de lange, en guise de couche, et le déposent tendrement dans la crèche.

Les anges filent vers les bergers. Mais soudain Paillette est prise d’une inquiétude nouvelle: comment pourrait-elle chanter? Elle ne connaît pas la musique des anges. Elle n’y avait pas pensé avant, toute à l’excitation de l’attente. Mais Gabriel la rassure: «Ne t’en fais pas, tu verras, tout ira bien. Tu chanteras aussi bien que les autres!»

Et effectivement, tout se déroule parfaitement. Gabriel parle aux bergers, et leur annonce la naissance merveilleuse. Puis la chorale des anges entonne un hymne à la gloire du Seigneur: «Glooooria, gloire à Dieu au ciel et sur la terre, et paix partout pour les humains, qu’il aime!» La petite licorne, tout étonnée, chante aussi bien que les autres.

Et puis, l’hymne terminé, la troupe des anges rentre auprès de Dieu. Toute la troupe? Non, car Paillette n’avait pas envie de les suivre. Elle désirait tant voir la suite, et le bébé divin. Alors elle s’est cachée derrière un buisson, pour voir sans être vue.

Et tout-à-coup, elle a une idée: puisqu’elle peut prendre n’importe quelle apparence, elle va se déguiser en agneau! Elle pourra se mêler au troupeau sans se faire remarquer. Car sinon, une licorne au milieu de cent moutons, ça ferait trop bizarre!

Semblable à une petite brebis timide, elle se glisse au milieu des autres agneaux, qui regardent tous le ciel, pour voir les anges s’envoler. Et de là, elle entend les bergers qui discutent: «Nous pourrions aller à Bethléem, voir ce bébé que Dieu nous envoie» dit l’un. «Oui, répond un autre, avec joie. Mais il faudrait lui apporter un cadeau.» «C’est juste, approuve un jeune pâtre, mais quoi? Nous n’avons rien, nous sommes trop pauvres.»

Le plus âgé des bergers réplique: «Nous allons lui amener un agneau, ce sera un beau cadeau. Toi, Raphaël, choisis le plus beau, le plus doux, le plus tendre de nos moutons.»

«D’accord, bonne idée!» Raphaël parcourt le troupeau, et regarde chacune des bêtes avec attention. Soudain, il s’écrie: «J’ai trouvé le plus joli, le plus doux, le plus tendre de nos moutons!» Avez-vous deviné? C’est Paillette qu’il a choisie. Paillette qu’il emporte sous son bras pour rejoindre les autres.

Et c’est ainsi que la petite licorne, sous l’apparence d’un agneau, s’est mise en route avec les bergers pour aller voir l’étable, à Bethléem, et le fils de Dieu.
  
 

Arrivés au village, vous devinez la suite. Ils trouvent le bébé et ses parents, l’âne et lbœuf, comme Dieu l’avait dit. Ils racontent la visite des anges, et offrent leur cadeau. L’enfant tend la main et caresse la douce toison de Paillette, oh, que c’est agréable! «Chers bergers, dit la jeune maman, votre agneau est si beau, si doux, si tendre! Notre fils le gardera toujours avec lui, ce sera comme un doudou, mais un doudou vivant. Merci, merci beaucoup!»

Et c’est ainsi que Paillette et Jésus sont devenus les meilleurs amis du monde, et ne se sont plus quittés. Quand ils étaient seuls tous les deux, la petite licorne prenait la forme de n’importe quel animal pour amuser l’enfant. Mais dès que quelqu’un d’autre arrivait, elle redevenait le gentil mouton de la crèche.

Et grâce à Paillette, Jésus a compris une chose très importante: c’est que le plus grand bonheur, ce n’est pas de recevoir un cadeau. Le plus grand bonheur, ce n’est même pas non plus d’offrir un cadeau. Non, le plus grand bonheur, c’est de s’offrir soi-même, c’est de devenir soi-même un cadeau pour les autres.

 

Et pour conclure, je vous invite aussi à chanter: «Glooooria, gloire à Dieu au ciel et sur la terre, et paix partout pour les humains, qu’il aime!» *


Jean-Jacques Corbaz, Noël 2025

mercredi 24 décembre 2025

(Pr) César-Auguste et la compta

Prédication du 24.12.25 -  16h (à deux voix avec l'abbé G. Carrel)

Lectures bibliques:  Luc 2, 1-7 et  Romains 8, 31-35 + 37-39

 

J: César Auguste, empereur de Rome... 

G: En voilà un qui se moquait pas mal de Dieu, du Seigneur d’Israël, et de tous ses projets. Il était au-dessus de tout ça. À des kilomètres!

J: César Auguste, en plus, avait tellement à faire. Quand on est empereur romain, qu’on domine sur l’univers, eh bien on n’a pas le temps de s’occuper de Dieu, ni de l’écouter, - encore moins d’en tenir compte.

G: L’ennui, vous savez, c’est qu’il n’y a pas que les empereurs romains qui n’ont pas de temps à perdre avec Dieu... Hum!

J: César Auguste a donc son travail, important; un travail d’empereur. Et ce travail, c’est de dénombrer, de recenser, d’additionner... Oui, les empereurs aiment toujours compter.

G: L’ennui, vous savez, c’est qu’il n’y a pas que les empereurs qui aiment compter...    

J: “En ces jours-là, donc, parut un décret de César Auguste, pour dénombrer tout l’univers.”

G: Car Auguste veut mesurer toute sa puissance. Les renseignements que lui donnent ses gouverneurs ne lui suffisent pas. Il lui faut des chiffres précis pour pouvoir apprécier l’étendue de son pouvoir. Et le pouvoir, pour un empereur, c’est tant de sujets, tant de contribuables, tant de soldats... tant d’or dans ses caisses...

J: César Auguste se sentira plus grand quand il saura sur combien de sujets il règne,

G: Combien l’adorent... combien le craignent...    

J: Chiffres en main, tout joyeux, ivre de puissance, il dira fièrement:

G: “Je suis le patron révéré de tant de sujets, 50 millions, 60 millions, je suis EMPEREUR, je suis DIEU!”


J: - Qui est-il, César Auguste? Un empereur, oui... mais encore? Il représentes les chefs d’Etat, les ministres, les puissants de tous les temps, oui... mais encore? Car Auguste a traversé les siècles, c’est également vous, c’est moi, aussi, quand nous additionnons et multiplions, quand notre passion du pouvoir ou des chiffres nous donnent l’illusion de maîtriser un petit bout du monde.

G: Nous comptons tous, à notre échelle. Nous recensons tous, et peut-être encore plus autour de Noël!    

J: Il y a celles et ceux qui dénombrent leur avoir en banque, leurs papiers-valeurs, portefeuilles... immobilier, constructions, rendement... 

G: Disques vendus, contrats de sponsors...    

J: Il y a celles et ceux qui recensent leur popularité, leur pouvoir médiatique, leur autorité...

G: ... tant de « like »,  tant de passages à la télé!

J: Y en a même qui additionnent leurs trésors spirituels: 

G: ... tant de dons... tant de bonnes actions... tant de prières ou de conversions!

J: Dans quelques Conseils, on en arrive à soupeser l’Église:

G: ... tant de personnes au culte, ... tant de catéchumènes inscrits, ... tant de jeunes qui confirment...

J: Et là, je me sens un peu concerné...

G: L’amour des nombres, n’est-ce pas souvent aussi de l’amour-propre?


J: Comprenez bien: ce n’est pas que compter soit mauvais en soi. Il faut parfois compter - et il y a des gens dont c’est le métier, utile et nécessaire. Compter n’est pas mauvais en soi, à une condition...

G: Une condition que Noël vient nous rappeler, justement:

J: En effet, si Auguste comptait, il y en a un sur qui il ne comptait pas. Et qui apparaît juste au moment où il entre dans les comptes de Rome. Et l’empereur, à supposer qu’il ait eu connaissance de l’événement, l’empereur aurait pu dire:

G: “Un de plus!”

J: Mais, en fait, cette personne supplémentaire allait signifier que tout compterait différemment, dorénavant. À la limite, ce “Un de plus!” veut dire “Tous les autres en moins”, “tout le reste en moins.”...

G: Toute la puissance d’Auguste craque à ce moment précis. Condamnée, murée dans ses livres de comptes.

J: Nous aussi, quand nous entendons parler de Jésus Christ, nous pouvons dire comme l’empereur:

G: “Un de plus!”

J: “Un ami de plus!”    

G: “Un soutien de plus!”

J: “Une chance en plus!”    

G: “Un de plus, à côté de mon argent, de mes avantages!”    

J: Saurons-nous discerner ce que cette personne supplémentaire signifie en fait pour nous: que tout comptera différemment, dorénavant... Qu’à la limite, ce “Un de plus!” veut dire “Tous les autres en moins”, “tout le reste en moins.”...

G: Car ce “un” là, c’est celui qui dit à Auguste, très doucement, avec un respect infini:

J: “Non, ce n’est pas vrai; tu ne possèdes pas 50 ou 60 millions de sujets. C’est à moi qu’ils appartiennent. Et toi avec eux!  Mais, tu sais: c’est aussi à eux que je me donne! Tu le vois, la vraie richesse n’est pas où tu croyais, elle réside dans le don pour les autres, dans le cadeau de sa personne, qui fait se lever à nouveau l’espoir!”


 

G: Et c’est cela, Noël: un cadeau comme on n’en a jamais reçu. C’est Dieu qui déboule en plein cœur de notre vie...

J: ... Notre vie avec ses désirs de puissance, avec ses petits comptes...

G: C’est Dieu qui débarque, comme il y a 2’000 ans    au milieu de la cohue et de l’embouteillage du recensement de César Auguste. Il arrive tout simplement, minusculement, fragilement.

J: “Joseph, comme les autres, monta de Galilée pour se faire recenser. Avec Marie, enceinte. Le moment d’accoucher arriva, là, et elle mit au monde son premier-né...”    

G: Un simple fait divers. Un souffle infime, face au branle-bas de l’empereur de Rome. D’ailleurs, à part quelques bergers, des demi-sauvages, personne ne s’est dérangé. Jésus a commencé sa vie aussi petitement, aussi banalement que vous et moi l’avons commencée. Dieu soit loué, ça veut dire que c’est notre vie...

J: insignifiante, épuisante, voire tuante...

G: ça veut dire que c’est notre vie qu’il est venu vivre. Et que c’est elle qui conduit à la lumière d’En-Haut. De notre vie maladroite, il dit:

J: “C’est la mienne. Ce n’est pas que je veuille y régenter tous vos détails, oh non, pas du tout! Je ne veux pas te faire obéir, je veux te sauver. Te redonner une liberté sur tes rêves de puissance et sur ta comptabilité. Te remettre debout! Moi, je ne calcule pas, je n’amasse pas, non: je me donne.”



 G: C’est cela, Noël, mes amis: tout est changé, et... nous sommes changés!

J: Nous pouvons devenir les reflets d’une lumière différente, qui fait sortir autant des constats de force que des constats de précarité. De déficit ou de manque. Qui aide à compter sur un trésor mille fois autre. Et pourtant gratuit.

G: Et si par hasard nous croyons que nos cœurs, nos vies, ce n’est pas plus reluisant qu’une étable, eh bien, tant mieux: vous le savez, c’est justement là que Jésus a voulu naître!

J: Dites, si c’était cela, notre cadeau de Noël: que nous puissions aussi y naître?
Amen !


Jean-Jacques Corbaz