Textes de JJ Corbaz
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Bonne balade entre les mots!
dimanche 24 mai 2026
(SB, FA, Vu) Esprit, pneu etc.
De la Pentecôte à Michelin, c'est sacrément gonflé
lundi 18 mai 2026
(Pr) Se parler - s’écouter depuis Babel
Prédication du 18 mai 2026
Lectures bibliques: Genèse 11, 1-9 (juste près le déluge); Actes 2, 1-8
Il était une fois… Ce récit de la tour de Babel commence comme une merveilleuse histoire.
Il était une fois des hommes. Il était une fois Dieu.
Il était une fois des hommes qui voulaient se prouver leur importance. Ou qui voulaient se donner des sécurités. Ils construisent une immense tour.
Aujourd’hui, pour se donner une sécurité, on ne construit plus guère des tours, mais plutôt: des missiles; des chars d’assaut; des drones,; ou des murs.
Il était une fois des hommes. Il était une fois Dieu. Il était une fois des hommes qui avaient oublié que leur seule sécurité, c’était Dieu. Il était une fois Dieu, un peu seul, et triste de voir cela.
Il était une fois une tour qui monte, qui monte… Il était une fois Dieu, qui descend, pour voir les hommes.
Vous avez remarqué? Aucun échange, aucun dialogue dans le récit entre Dieu et les hommes. L’humanité fait monter la tour. Dieu descend. Deux existences parallèles, qui ne se touchent pas.
Alors, que l’histoire se soit réellement passée ou non, qu’importe? L’histoire de la tour de Babel, n’est-ce pas la nôtre? Nos prétentions? Nos oublis de Dieu? Qu’il y ait eu, dans le passé, une seule langue, quelle importance? Peut-être les cris gutturaux des pithécanthropes?
Il y a eu, en tout cas, tout d’un coup, ce constat douloureux: je rencontre, nous rencontrons des humains différents de nous; qui parlent une autre langue; qui ont d’autres priorités, d’autres cultures, d’autres cultes aussi; d’autres respects fondamentaux.
Il était une fois… Il était deux fois, plusieurs fois, une infinité de fois l’humanité. Des hommes différents, agressifs, qui veulent se protéger ou dominer. Toujours. Des hommes qui veulent aller plus loin. Plus haut. Et qui érigent des tours; et des fusées; et des scanners; et des autoroutes…
Il était une fois, une seule fois… Dieu. Dieu qui voit les hommes courir à leur perte, à force de montrer leurs biceps. L’humanité qui prépare déjà la terrible escalade atomique qui menacera, des milliers d’années plus tard, de détruire le monde. L’humanité qui commence à vivre ce qu’on appelle aujourd’hui le totalitarisme. C’est-à-dire une société voulant établir un système qui régit la totalité de l’existence humaine, dans toutes ses dimensions, politiques, sociales, religieuses, militaires, culturelles… On ne connaît cela que trop bien aujourd’hui, hélas.
Il était une fois, une seule fois… Dieu. Dieu qui ne se met pas dans une «sainte colère» contre ces humains prétentieux et dangereux. Dieu qui ne veut pas être totalitaire. Dieu qui au contraire réfléchit à haute voix: «Eh bien! S’ils commencent ainsi, rien ne les empêchera de réaliser les pires projets. Semons le désordre dans leur organisation.»
Dieu décide ainsi de protéger l’humanité contre elle-même. En créant l’altérité, il essaie de nous ouvrir les yeux les uns sur les autres. Pas de punition, pas d’écrasement. Mais une voie pédagogique pour faire comprendre aux puissants que leur pouvoir a des limites, des limites qu’on peut appeler ‘respect des plus faibles’. Et qu’une prétention sans frein conduit à la folie des grandeurs - ce qu’entre parenthèses nous ne constatons que trop bien aujourd’hui, à nouveau.
La division que Dieu crée est donc la conséquence de cette volonté de pouvoir. La tour de Babel contient en germe le mépris des autres, la loi de la jungle, la guerre, l’éclatement de l’humanité. Ce que nous vivons aujourd’hui plus que jamais.
Comprenons-nous bien: les différences ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, bien sûr. Elles sont portes ouverts à de nouvelles évolutions. Saint-Exupéry disait, en substance: «Si tu es différent de moi, tu ne m’enlèves rien; au contraire, tu m’enrichis». De même, les progrès techniques ne sont pas à condamner, évidemment. Ils peuvent contribuer au bien de l’humanité.
Mais ce qui est délétère, c’est la prétention totalitaire. L’illusion de pouvoir forcer tout le monde à se couler dans le même moule. Quelqu’un a dit: «Moins l’homme est sûr de lui, et plus il bâtit haut!»
Les constructeurs de la tour de Babel, ce sont les tyrans d’hier et d’aujourd’hui. Mais c’est aussi vous et moi, chaque fois que nous rêvons d’une unité de façade; chaque fois que la cohésion de notre société doit se faire au détriment du pluralisme, en contraignant chacun à renoncer à qui il est, profondément.
Dimanche prochain, c’est Pentecôte. Quel rapport, me demanderez-vous? Eh bien, c’est que Dieu a choisi un autre chemin pour rassembler ses enfants. Un autre chemin que celui de la tour et de l’escalade de la puissance.
Ce chemin, c’est ce qui dans la Bible suit immédiatement notre récit de Babel. C’est l’appel d’Abraham, un homme qui se sait choisi, aimé par Dieu. D’un homme dont la foi sera contagieuse, germe d’un instrument combien plus puissant pour transformer le monde!
Ce chemin passe par le don de l’Esprit saint, à Pentecôte. Là où tout-à-coup les humains peuvent à nouveau se comprendre, tous. Ils parlent des langues différentes, mais il leur est donné de comprendre les autres dans le respect de leurs diversités. Tout cela parce que, toujours, c’est Dieu qui descend vers nous.
Ils parlent des langues différentes, mais ils se comprennent les uns les autres parce que, sous l’effet de l’Esprit, ils ne parlent plus pour leur propre gloire, mais pour bénir Dieu. Ils parlent la langue des autres, car ce sont eux qui se rapprochent de celles et ceux qui leur sont différents.
De la tour de Babel à Pentecôte, la boucle est bouclée. L’Esprit de Dieu supplée à nos manques et annonce l’unité qui nous attend à la fin des temps.
Et aujourd’hui, dans la mesure où nous vivons cette confiance et ce service, à nous aussi il est donné de nous comprendre, quelles que soient nos différences. Nous aussi, l’Esprit nous unit, si nous savons le recevoir comme une nourriture de vie de la part de Dieu.
Il était… non! Il est une fois l’Esprit de Dieu. Ce récit de la tour de Babel finit comme une merveilleuse histoire. Car nous pouvons la vivre. Tous. Amen
Jean-Jacques Corbaz
(Li, Hu) Accueil - La note de conduite
Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte !
L’histoire se déroule à l’époque où, à l’école, la meilleure note était 10. Toto arrive à la maison, et il demande à son père :
- Papa, qu’est-ce que tu me donneras si j’ai un 10 de conduite sur mon bulletin ?
- Eh bien, dit le père, je te donnerai une plaque de chocolat.
- Alors, fait Toto, tu peux m’en donner la moitié, parce que j’ai eu 5 !
Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, notre Père du Ciel, lui, ne va pas nous donner des récompenses différentes en fonction de notre conduite ! À tous, à toutes, il nous octroie bien plus que du chocolat. Il nous donne le salut, gratuitement. La grâce !
Bienvenue...
Jean-Jacques Corbaz, juin 2024
jeudi 14 mai 2026
(FA, Vu, SB) L’Ascension, ou l’éclipse de Dieu
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| Rembrandt [1606-1669] : L’Ascension du Christ [1636] |
Les disciples de Jésus prétendaient avoir fait une expérience inouïe : ils auraient renoué avec leur maître par-delà sa mort. Peu importe ici la réalité de ce fait. L’important est qu’ils y ont cru et qu’ils ont voulu annoncer cette «heureuse nouvelle» [εὐαγγέλιον (euangélion) = «évangile»] au monde entier. Et ça a marché !
Mais comment dire l’indicible ? Comment faire entendre l’inaudible ? Le langage ordinaire se révèle impuissant devant cette «présence autre» du maître. Les chrétiens ont donc opté pour des registres de langage, que nous appelons aujourd’hui mythologiques, qui pouvaient être assez familiers de leurs contemporains.
Le premier registre est celui du réveil. Dans le Nouveau Testament, il y a pléthore de formules qui évoquent l’idée de réveil ou de lever. Mort et enterré, Jésus a été «réveillé» [ἐγείρω (égeïrô)] ou «se met debout» [ἀνίστημι (anistèmi)]. On traduit habituellement ces verbes par «ressusciter»*.
Mais cette image du «réveil»/«lever» risquait d’être mal interprétée, dans la mesure où elle pouvait faire penser à la réanimation d’un cadavre. D’où le recours à :
Un second registre, moins utilisé mais tout aussi important : celui de la montée au ciel. Cette fois, il ne s’agit plus d’un mort qui se réveille et se lève mais du Seigneur, élevé [ἐπαίρω (épaïrô)] au ciel; exalté [ὑψόω (hupsoô)] par Dieu dans la gloire**.
Une scène de ce genre inaugure le livre des Actes des Apôtres [il relate les premiers temps de l’Église] : quarante jours après Pâques***, le Ressuscité est élevé au ciel [1, 9]. Mais, si on le lit attentivement, ce passage ne raconte pas vraiment une «performance ascensionnelle». L’essentiel réside dans le fait que le Seigneur se trouve désormais «soustrait»**** aux yeux des disciples. Le message central semble bien être celui-ci : Dieu s’éclipse pour laisser place à l’Histoire : «Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?» [1, 11].
lundi 11 mai 2026
(SB, FA, Vu) - L'homme, terre à terre
C’est au verset 26 du chapitre 1 de la Genèse, le premier livre de la Bible, que l’«homme» fait son entrée*. Le mot hébreu traduit par «homme» est אָדָם [ādām] [= «être humain» (homme et femme ; sens individuel et collectif], lui-même dérivé de אֲדָמָה [ădāmāh] [= «sol», «terre», «argile»]. L’«humain» de la Bible est un être terre à terre, «tiré de la glaise». Et Dieu serait une sorte de potier**.
Saint Jérôme [347-420] traduisit la Bible en latin*** à partir de l’hébreu. Tout naturellement il rendit אָדָם [ādām] par hŏmō, -ĭnis [= «être humain»]. Or, par un heureux hasard, le latin, comme l’hébreu, établit un lien essentiel entre l’«homme» et la «terre». En effet, le terme hŏmō vient de la même racine que son cousin hŭmus [= «sol», «terre»].
Malheureusement pour eux, les traducteurs de la Bible en grec**** n’eurent pas la chance de Jérôme. Pour traduire אָדָם [ādām] ils ne disposaient que d’ἄνθρωπος [anthrôpos] [= «être humain»], mot qui, lui, n’a aucun rapport avec la «terre».
* «Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance»
** comme le suggère Genèse 2, 7 : «Le Seigneur Dieu modela l’homme [ādām] avec de la terre tirée du sol [ădāmāh]». Pour rendre un peu le jeu de mots, il faudrait dire «modela l’homme avec de la terre tirée de l’humus».
*** version dite Vulgate
**** version dite Septante
Benoit Grimonprez
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| «Saint Jérôme en son étude» [1521]. Albrecht Dürer [1471-1528] |
lundi 27 avril 2026
(Pr) "Rendez à César" ou "Flagrant délit" - prédication du 27 avril 2026
“Rendez à César ce qui est à César”. Ce verset est ultra-connu. On l’a entendu; on l’a cité, paraphrasé, tellement que beaucoup ne se rendent plus très bien compte de ce qu’il veut dire. Alors, rappelons l’histoire.
Nous sommes à Jérusalem, sous l’occupation romaine. Les troupes de l’empereur font régner un ordre strict. Israël, comme toutes les provinces conquises, est exploité par de lourds impôts, afin de satisfaire les goûts de luxe de ces demi-dieux, demi-fous: les empereurs, les “César”. Toute ressemblance avec l’actualité est fortuite, mais quand même liée aux travers humains!
Le peuple juif est divisé sur l’attitude à adopter face à l’impôt de Rome. La plupart acceptent de le payer; ce sont les partis des pharisiens, des Sadducéens et des Hérodiens. Mais le parti révolutionnaire, le mouvement de libération, lui, refuse cette compromission. Ces insoumis s’appellent les zélotes, et quelques disciples de Jésus font partie de cette tendance radicale. Pour eux, la foi en Dieu est incompatible avec toute allégeance au pouvoir romain. Ces zélotes, évidemment, sont sévèrement persécutés.
Bien sûr, la monnaie impériale est la seule à avoir cours en Israël, comme dans tout le reste de l’empire romain. Toutefois, les juifs ont obtenu une dérogation, dans le cadre de leur religion. Cette dérogation établit que, dans le Temple de Jérusalem, et là seulement, c’est la monnaie juive qui a cours. Pour leurs offrandes, et pour acheter les animaux qu’ils offriront en sacrifice, les juifs vont donc changer leurs sesterces et leurs deniers en argent hébreu.
Les pièces romaines étaient d’ailleurs interdites dans le Temple de Jérusalem, à cause de l’inscription que je viens de vous lire, puisque cette inscription remettait en cause la souveraineté du seul vrai Dieu. Et c’est pourquoi il y avait à l’entrée du Temple ces bureaux de change dont parle l’évangile, lorsque Jésus en a chassé les fameux marchands.
Voilà le cadre de notre histoire. Les pharisiens qui viennent interroger Jésus savent tout cela. Mais que veulent-ils?
- Première possibilité: ce sont des juifs honnêtes qui se sentent mal à l’aise avec cette question de l’impôt; et qui donc espèrent que Jésus les aide à résoudre ce dilemme: obéir aux Romains ou obéir à Dieu?
- Deuxième possibilité: ils veulent mettre Jésus à l’épreuve; l’obliger à se déclarer ouvertement zélote, en rébellion, donc hors-la-loi, ce qui leur permettrait de le faire condamner par Rome. Ils lui disent en substance: «Nous, en fait, on sait que tu es un zélote camouflé. Alors jette le masque, montre à tous que tu es contre le pouvoir de l’empereur».
Jésus, par sa réponse, indique que, pour lui, c’est cette deuxième possibilité. “Vous voulez me piéger? Attendez un peu, mes gaillards!”
Or, nous sommes dans le Temple, le Temple où il est interdit par la loi juive d’avoir de l’argent romain sur soi. “Montrez-moi une pièce” dit Jésus. Et les pharisiens sortent leur monnaie, à l’effigie de l’empereur! Eux qui voulaient prendre Jésus en flagrant délit d’insoumission à Rome, eh bien ce sont eux qui sont pris en flagrant délit d’insoumission. D’insoumission au Temple, à leur religion, et à Dieu même! Alors pourtant que les pharisiens sont renommés pour leur intransigeance religieuse!!
“Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu”. Ça veut dire: d’accord, vous êtes de loyaux sujets de l’empereur. Mais là n’est pas la question. La vraie question, c’est: êtes-vous de loyaux sujets de Dieu?!?
Ceux qui venaient vers Jésus avec une demande théorique ou avec un piège repartent avec une question qui interroge toute leur existence: que fais-tu de ta vie? Quelle est la place de Dieu chez toi... Comment le laisses-tu régner sur ce que tu fais... sur ce que tu es... sur ce que tu as...
* *
Voilà pour les pharisiens et les Romains. Mais à nous, aujourd’hui, qu’est-ce que Jésus veut dire?
Pour m’aider à répondre à cette question, j’ai besoin du concours de l’un.e de vous. Oui, j’aimerais que l’un.e de vous nous montre une pièce de cinq francs. Nous allons faire comme Jésus! Alors, qui parmi vous aurait une tune?
Quelle est son effigie? Et qu’est-il écrit dessus? L’effigie: Guillaume Tell, un insoumis, lui aussi; un peu comme un zélote. Et l’inscription sur la tranche: “Dominus providebit” - Dieu pourvoira. Donc assez exactement le contraire des monnaies romaines!
Je me dis: chic, quelle chance que notre argent renvoie à Dieu! Mais: est-ce que nous prenons cette inscription au sérieux? En y repensant, je trouve étonnant que ce soit le pays le plus équipé en assurances de toutes sortes, en systèmes d’épargne, en multiples piliers qui affirme que c’est Dieu qui “pourvoit”.
Serait-ce un simple discours de façade? Ou la survivance d’une foi du passé qui n’a plus tellement cours aujourd’hui? Est-ce que vraiment nous faisons autant confiance à Dieu qu’à nos assurances-vie?
Voilà les réflexions que l’évangile suscite en moi en ce temps de Pâques. Où est notre réelle assurance? Et qu’est-ce que c’est, la foi chrétienne, pour nous: des réponses toutes faites, comme cherchaient les pharisiens, ou des questions toujours à poser de nouveau, comme Jésus nous y engage?
Nous aussi, à toutes les époques, nous allons vers Jésus. Nous ouvrons la Bible avec des interrogations précises: est-il permis de faire ceci ou cela? Comment agir dans telle ou telle circonstance? Voter pour ou contre la suppression de l’armée? l’euthanasie? les réfugiés, les migrants... Et puis les relations sexuelles, Seigneur, à quel âge?
Jésus ne répond pas. Ce serait si commode! Ou plutôt Jésus ne répond pas comme on s’y attendait, il ne se laisse pas enfermer dans nos dilemmes, il s’échappe. Il veut nous ouvrir à des questions plus hautes, plus essentielles, plus vitales, comme: qu’est-ce qui est au centre de ta vie? Le plus important? Où as-tu mis ton cœur ?
On ne peut pas tirer de ce passage biblique (ni d’aucun autre) des réponses définitives quant au paiement de l’impôt, quant à la soumission aux autorités ou quant à l’engagement politique du chrétien. Ces versets ne critiquent pas l’Empire romain. Ils ne visent pas à instaurer un régime où l’Église serait aux commandes de la société. Mais ils nous renvoient à nous-mêmes; à notre façon d’utiliser l’argent; à notre manière de vivre la politique ou la foi.
On ne peut pas non plus restreindre notre réflexion à ce qu’on appelle en général “vie religieuse”, soit le culte du dimanche, la prière, la lecture de la Bible. Ce n’est pas cela, la place dont Dieu rêve dans nos vies!
“Ce qui me fait plaisir, dit le Seigneur, c’est de libérer les opprimés; c’est de partager ton pain avec qui a faim; un habit ou un abri avec qui a froid...”
La vie religieuse, c’est ce qui donne un goût nouveau à toute l’existence. Un goût d’amour, de respect, de justice et de solidarité. La place de Dieu chez moi, c’est ce que sa présence transforme dans le concret de mes journées, dans ma manière d’être, d’avoir et d’agir. Et bien sûr que le culte et la prière sont là pour m’y aider, pour me recentrer sur la volonté de Dieu, comme Jésus l’a fait pour les pharisiens.
Pour les chrétiens, la question de l’argent, c’est aussi celle de l’offrande, au culte ou à la messe, chaque dimanche; ou via les appels aux dons, par la poste. Combien donner? Là non plus, Jésus n’a aucune réponse simple. J’aime bien cette boutade d’un pasteur du Midi qui lançait à ses ouailles, en leur tendant la crousille: «Dieu ne se préoccupe pas tellement de ce que vous donnez; mais de ce que vous gardez»!
Puisse sa présence être libératrice. Nous passons notre temps (qui est aussi le temps de Dieu) à nous laisser piéger dans des dilemmes comme celui des pharisiens: impôt ou non? Comment (ré)agir, dans telle circonstance?
Puisse l’évangile nous renvoyer plutôt à ces interrogations essentielles, qui sont à sans cesse cultiver, à faire grandir en nous: quel est l’impact de Dieu dans ta vie? Sur quoi le laisses-tu régner, chez toi? Qu’est-ce qui est au centre de ton existence, le plus important? Où as-tu mis ton coeur?
Amen
Jean-Jacques Corbaz











