Textes de JJ Corbaz
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Bonne balade entre les mots!
lundi 9 mars 2026
(Pr) Le regard: l’annonce du Pape
Ça commence par un drame; vécu. Aux Etats-Unis, une jeune femme qui se balade en montagne est attaquée par un puma. Elle perd la vie, laissant deux orphelins. Pour aider ces malheureux enfants, on organise une collecte. On réunit ainsi 9’000 dollars.
Puis les autorités décident, par sécurité, de faire abattre ce puma agressif. La bête est débusquée et tirée. Il s’agit d’une femelle; mais on découvre qu’elle avait un petit. Le bébé puma est alors confié à un zoo; et les amis des animaux organisent à leur tour une récolte de fonds pour lui. Vous devinez peut-être à la suite: la seconde collecte rapporte 21’000 dollars, donc nettement plus que celle pour les enfants... ...
Dites, n’y a-t-il pas quelque chose de détraqué dans nos relations humaines? Dans nos partages?
Je n’ai pas envie de faire la morale à quiconque. Mais plutôt de rappeler ce que la Bible nous dit à ce sujet: l’importance du regard que nous portons les uns sur les autres. Plus que l’argent, c’est la relation que Dieu nous invite à partager.
Pierre et Jean fixent les yeux sur l’homme infirme, et Pierre lui dit: "Regarde-nous". Le paralysé se tourne vers eux et les dévisage avec attention... Vous voyez, c’est ce regard, échangé, qui va permettre la guérison; cette disponibilité réciproque à la rencontre, autant de la part de Pierre et Jean que de l’homme infirme.
Et vous l’avez compris: c’est exactement ainsi que Jésus, déjà, a tendu la main, et le cœur, à celles et ceux qui en avaient besoin.
Un regard, un geste, un pas vers l’autre. Ne croyez-vous pas que cette approche est à notre portée? - Je ne veux pas dire que nous ferons forcément des miracles, bien sûr! Mais, ce que cette parole nous dit, c’est que nous ne ferons du bien aux autres, vraiment, que si nous prenons le temps de les regarder, et d’échanger. Pas de la sensiblerie à 21’000 dollars, mais une authentique relation, où tu reçois autant que tu donnes; un contact qui se noue; une étincelle, c’est la forme que prend parfois le Saint-Esprit.
Dans 24 Heures du 10 mars, Geneviève Morand écrit que les pensées qui nous habitent en Occident sont à 80 % des pensées négatives; lesquelles nous conditionnent à teindre la réalité en gris, ce qui nous déprime encore plus. Aïe, seulement 20 % de pensées positives! D’où l’importance, poursuit-elle, l’importance de créer des lieux de bienveillance et de non-jugement, où chacun se sente accepté et accueilli pour ce qu’il est.
Dites, on dirait qu’elle parle pour nos lieux d’Église! Car n’est-ce pas notre vocation, justement, de favoriser l’existence de tels lieux de bienveillance? De les rendre chaleureux, empreints de respect et de pétillance positive? C’est par exemple ce que vise un groupe de parole tel que celui auquel vous êtes invités cet après-midi.
Le jeûne qui fait plaisir à Dieu, ce n’est pas de se priver, nous dit Esaïe. C’est bien plus d’essayer d’offrir à qui en a besoin son regard, sa présence proche, sa bienveillance chaleureuse.
On raconte qu’il y a bien longtemps, une communauté monastique “péclotait” de manière grave. Les frères se jalousaient, se moquaient les uns des autres ou s’ignoraient glacialement, le sens communautaire était en miettes.
Le prieur, désespéré, se rendit à Rome devant le saint-Père. Que faire? supplia-t-il.
Je ne sais pas, répondit le Pape. Je ne vois pas ce qu’il faudrait faire. Et ça me désole, parce que, je peux vous le dire, vous qui en êtes le prieur, votre couvent est exceptionnel. En effet, l’un de vous, je ne sais lequel, l’un de vous est le Christ revenu ici-bas incognito.
Le brave prieur repartit, déçu, et intrigué. Il rentra dans sa communauté avec l’étrange message. Sa mission avait échoué.
Mais, plus le temps passait, plus les frères devenaient réellement des frères les uns pour les autres. En effet, sachant que l’un d’eux était le Christ incognito, chacun redoublait de prévenance attentive pour chacun, en se demandant si celui-ci, justement, ne serait pas le Seigneur.
Au bout de quelques mois, la communauté était devenue un modèle pour les autres. À Rome, le Pape souriait. Et Dieu, de même, soupirait de plaisir.
Le regard, je vous dis. Le regard. ...
Pendant la seconde partie de ce Carême, pourquoi n’essayeriez-vous pas, vous aussi? Ce temps pourrait devenir... passionnant!
Amen
Jean-Jacques Corbaz
(LI, Hu) Accueil - L’innocence
Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte !
L’histoire se passe au tribunal. Le procès vient de se terminer. L’accusé, tout ému, prend son avocat dans ses bras et lui dit : « Merci, mille fois merci ! Vous m’avez convaincu de mon innocence !! »
Je me dis, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, qu’en refermant l’évangile, nous pourrions affirmer à Jésus la même chose : « Tu m’as convaincu de mon innocence ! Grâce à toi, nous savons que Dieu ne nous condamnera jamais ! »
Bienvenue auprès de cette source inépuisable de pardon et de paix ! Dans ce temps de Carême, puissions-nous la laisser féconder notre vie dans tous ses recoins, même les plus sombres !
Jean-Jacques Corbaz, novembre 2025
lundi 9 février 2026
(Pr, Co, SB) Comment Jacob a été tordu
Ils sont soudain interrompus. C’est sa mère qui l’appelle:
Jacob est épuisé, mais aussi rempli d’un bonheur chaleureux. “Quel garçon, cet Ephraïm! Il faudra que je le bénisse avant de mourir.” - Et, en disant cela, il vient au patriarche une idée, comme une ultime malice: “Il aura la bénédiction de l’aîné, il passera avant Manassé!”
(Li, Hu) Accueil - L’avion si rapide
Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte !
C’est l’histoire d’un patron qui demande à sa secrétaire, un peu niobette :
« SVP, téléphonez à l’aéroport et demandez combien de temps met l’avion pour aller de Zurich à Rome. »
La secrétaire appelle l’aéroport et demande « Combien de temps met l’avion pour aller de Zurich à Rome ? »
Au bout du fil, un employé répond : « Oui, une minute… »
« Merci beaucoup », fait la secrétaire; et elle raccroche !
Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, notre Dieu est encore plus rapide que cet avion ! Avant même que nous ne l’ayons appelé, il est là, tout près de nous !
Bienvenue…
Jean-Jacques Corbaz, mars 2025
lundi 19 janvier 2026
(Pr) Le curé flingueur
Lectures: 1 Corinthiens 16, 19-24; Luc 9, 51-55
À la fin des épîtres de la Bible, il est rare qu’on lise attentivement les salutations et qu’on prêche sur elles. Mais là, ce verset m’a sauté à la figure: “Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit maudit”. Ouille là! J’espère qu’il vous a fait sursauter aussi!!
Cette phrase surprend, elle fait tache, avec le reste de la lettre, et en particulier les autres salutations, qui parlent d’amour et de baisers. Elle tranche surtout avec tout ce que nous savons de l’amour chrétien dans le Nouveau Testament ! Elle nous gêne et nous interroge. Comment la comprendre?
Il y en a un qu’elle ne devait pas gêner, c’est un curé espagnol, Don Eladio Blanco Vila. Lors d’un service funèbre, il a tiré sur ses paroissiens avec un pistolet, parce que ces derniers n’étaient pas d’accord avec lui!
C’était en 1987. Don Eladio présidait les funérailles d’une dame âgée. Or celle-ci n’allait pas à l’église. En chaire, le curé déclare que la défunte n’a donc pas droit au sacrement, puisqu’elle ne pratiquait pas. Et que, dès lors, il n’ira pas au cimetière pour la mise en terre.
La famille et les quelque 300 fidèles murmurent et se fâchent. Mais Don Eladio n’apprécie pas cette colère, il la considère comme une offense. Furieux au point d’en oublier le commandement «Tu ne tueras pas», voilà que le curé sort de sa poche un revolver! Il tire cinq fois sur ses paroissiens avant d’être désarmé par la foule.
Don Eladio court alors se barricader dans la sacristie, d’où il menace la foule avec un fusil d’assaut militaire. On appelle la police pour ramener le calme... Et on découvre un véritable arsenal chez ce curé pas comme les autres. Hem! On se croirait dans un roman noir de San Antonio!! Et, vous le voyez, les musulmans djihadistes ne sont pas seuls de leur espèce...
Cette histoire s’est réellement passée, en 1987. On ne sait pas très bien s’il faut en rire ou en pleurer. En tout cas, elle révèle un état d’esprit inquiétant: penser que la foi chrétienne, c’est un ensemble de devoirs, qu’il faut accomplir; et croire qu’avec des menaces, par la force ou par la peur, on peut changer les gens.
Nous sommes bien d’accord: tout ça n’a rien à voir avec l’évangile. Même si parfois un bout de phrase dans le Nouveau Testament lui-même va dans ce sens. Car l’intolérance est un poison répandu partout, et prêt à resurgir à l’occasion, dans un accès de colère ou de frustration, comme dans notre histoire.
Faut-il en rire ou en pleurer, de ce curé flingueur? Pour ma part, je vous propose plutôt d’en rire. Mais d’un rire qui se moque autant de Don Eladio que de nous-mêmes. D’un rire qui n’oublie pas nos envies de parfois imposer «notre» vérité, voire notre intolérance. D’un rire qui démasque la violence qui dort en nous, en chacun.e de nous. D’un rire qui la révèle comme l’a fait l’événement fondateur de notre foi, la mort de Jésus sur la croix.
“Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit maudit. Maranatha (= le Seigneur vient)”. Ce verset, pour les exégètes, serait un ajout tiré des liturgies de la première Église, des liturgies de sainte cène. On sait qu’à Corinthe (soit l’Église à laquelle est adressée notre lettre), le repas du Seigneur était vécu dans l’anarchie: certains bâfraient et se saoulaient alors que d’autres n’avaient que des miettes. Notre menace de malédiction était donc destinée à mettre en garde les croyants, pour éviter qu’ils ne prennent la communion sans être conscients de l’immense cadeau que nous fait Jésus, quand il meurt pour mettre fin à la spirale de la violence.
De plus, il faut se souvenir que cette injonction date d’un temps où il était vital pour les premiers chrétiens de bien baliser les limites qui les séparaient des païens. On vivait alors dans une société où l’intolérance et l’exclusion étaient la norme. J’ose croire que ce n’est plus le cas aujourd’hui, grâce à l’enseignement du Christ. …Même si j’ai des doutes, parfois, quant à notre capacité de nous comporter en êtres évolués!
Pour ma part, je ne peux pas maudire celui ou celle qui n’aime pas le Seigneur. Le Dieu en qui je crois, c’est celui qui, par la bouche du Christ, réprimande les disciples quand ils voulaient appeler le feu du ciel sur les villes infidèles. Jésus, oui, a versé son sang pour détourner de nous cette malédiction, pour la prendre sur lui à notre place. Et c’est ce qui lui permettra d’oser nous demander cette énormité, oui, cet appel é-norme, hors normes: «Aimez vos ennemis».
À Vendredi Saint et Pâques, la violence et la haine ont été condamnées à mort! Au matin du tombeau vide, Dieu a semé les graines d’un avenir différent, de relations nouvelles entre les humains. Pour que meurent en nous les tentations d’imposer par la force ou par la peur notre vérité, si juste soit-elle; pour que naisse en nous une qualité de dialogue et d’écoute: qu’on se parle, sans se tirer dessus!
Tolérance. Tout le monde en parle, de la tolérance. Tout le monde est d’accord avec la tolérance. Peut-être même Don Eladio et ses frères... Le problème, c’est quand on arrête d’en parler pour la vivre, la tolérance. Le hic, c’est quand les frustrations et le stress s’accumulent; et que ça tourne en colère mal maîtrisée. Alors, parfois, ça explose: une gifle, une insulte, que souvent après on regrette. Et puis, une fois tous les coups de canon, c’est le drame. Peut-être qu’un Don Eladio sommeille en chacun.e de nous?
Merci donc de veiller sur nos colères, sur nos vexations, sur l’intolérance qui nous chatouille, parfois. Merci de veiller sur nos germes de violence. Veiller dessus, ça veut dire pour moi oser les regarder en face, avec le Christ qui m’aide à rester fort. Ça veut dire pour moi les remettre à Dieu, les laisser se transformer au soleil de la Tendresse majuscule qui nous est donnée, gratuitement, grâce à Jésus.
Essayer de désamorcer nos germes de violence. Par exemple en se parlant les uns aux autres. En laissant aussi le regard de Dieu imprégner notre regard sur les situations ou sur les gens. En essayant de comprendre avant de juger; de faire grandir notre fraternité; et de travailler sur notre respect, en particulier à l’égard des personnes qui pensent ou qui vivent différemment de nous. C’est ce que veut promouvoir la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens, que nous vivons chaque année entre le 18 et le 25 janvier. Et, au-delà du christianisme, c’est ce que veut promouvoir la Maison de l’Arzilier, à Lausanne, qui est un espace de dialogue entre les différentes religions.
Essayer de désamorcer nos germes de violence. - Et aussi, bien sûr, de prévenir celles des autres! Autour de nous, et dans le monde. Comme le disait Dieu à Caïn, au tout début de la Bible: “La violence est un monstre tapi derrière ta porte. C’est à toi d’en être le maître. Domine-la!”
Et ici, chers amis, il faut encore dire, une énième fois, que nos contemporains font souvent fausse route. Car si mes frustrations, car si les injustices et les brimades que je subis peuvent réveiller le Don Eladio qui roupille en moi, combien davantage encore les humiliations que subissent certains, au hasard les musulmans chez nous, risquent d’attiser l’incendie et de provoquer des explosions violentes comme on en a trop vu... L’intolérance provoque en retour l’intolérance, et seuls les extrémistes en profitent. Merci d’y veiller aussi! Comme disait Dieu: “La violence est un monstre tapi derrière ta porte. C’est à toi d’en être le maître... Domine-la!”. Amen
Jean-Jacques Corbaz
(Li, Hu) Accueil - Le poids des péchés
Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte!
Une jolie publicité détournée, vue sur internet:
«Le poids de vos péchés est trop lourd? Alors, louez un diable!»
Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, notre Père du Ciel, lui aussi, peut nous décharger de ce qui nous pèse. En Jésus, il allège infiniment nos fautes, notre péché, et nous permet de respirer plus librement.
Bienvenue...
Jean-Jacques Corbaz, novembre 2025
mardi 30 décembre 2025
(Hu) Catherine de Médicis et l'astrologue
Son astrologue lui ayant prédit qu'elle mourrait « près de Saint-Germain », Catherine de Médicis refusa de se rendre à Saint-Germain-en-Laye. Sur son lit de mort, à Blois, elle demanda son nom au confesseur appelé auprès d'elle, lequel répondit :
lundi 29 décembre 2025
(Co) Le cadeau de Paillette la petite licorne
Conte de Noël pour mes petits-enfants, dont beaucoup sont fans des licornes
Paillette était une petite licorne à l’esprit vif et qui posait beaucoup de questions. Elle vivait heureuse au Pays des licornes avec ses parents. Son papa s’appelait «Papa», et sa maman s’appelait…. vous savez comment? Oui, Naya, elle s’appelait «Maman», tu as trouvé. Bravo, tu m’épates, là!! :-)
Un jour, Paillette voit une grande agitation parmi le peuple des licornes. Elle de-mande à ses parents ce qui se passe. Maman lui explique que tous les animaux sont appelés à venir devant Dieu. Donc les licornes, mais aussi les chats, les éléphants, les zèbres… enfin, tous! Il paraît qu’il a quelque chose de très important à nous dire.
«Peut-être qu’il a décidé de donner des super-pouvoirs à tous les êtres vivants de la terre, dit Paillette. Ce serait supergéant! Moi, je n’ai pas encore reçu le mien, et je me réjouis trop de savoir ce que ce sera!»
«Mmmmh, je ne crois pas, dit Papa. Tu vois, Paillette, si tous avaient des super-pouvoirs, ils risqueraient trop de les utiliser pour se faire du mal les uns aux autres. Ils en font déjà assez comme ça! Il n’y a que nous, les licornes, qui sommes assez sages pour en avoir.»
Arrivés devant Dieu, tous les animaux sont excités et impatients. L’ange Gabriel, qui est un peu le sous-chef de Dieu, a bien du mal à faire respecter un peu d’ordre et de silence. «Chhhhhhhutt! Dieu va parler! Écoutez-le!»
«Bonjour vous tous, dit Dieu. J’ai une grande nouvelle à vous annoncer: je vais avoir un enfant!»
À ces mots, l’excitation reprend de plus belle. Certains dansent de joie. D’autres imaginent déjà comment ils pourraient célébrer l’évènement.
«Silence, dit l’ange Gabriel. Dieu n’a pas fini!»
«En effet, dit Dieu. Je vous ai appelés parce que je vais avoir besoin de certains d’entre vous.»
En entendant cela, les lions se mettent à rêver tout haut: «Nous pourrions nous tenir tout près de lui pour qu’on voie bien que c’est un enfant de roi!» Les dragons aussi s’écrient: «Nous viendrons pour le protéger, nous cracherons le feu sur ceux qui pourraient lui faire du mal!»
L’ange Gabriel agite sa petite cloche. «Silence, s’il vous plaît, crie-t-il.» Il commencerait sérieusement à s’énerver s’il n’avait pas une patience… d’ange!
«En fait, dit Dieu, je n’aurai pas besoin des lions ou des dragons. Pour que mon fils soit vraiment un homme comme les autres, il doit rester ordinaire, fragile et humble. C’est nécessaire pour qu’il annonce à tous que je les aime, que je ne veux jamais les punir ni leur faire de mal; et que je n’ai qu’un désir, c’est que chaque personne agisse aussi de cette façon.»
Tous les animaux sont très étonnés. Ils pensaient que Dieu, pour être Dieu, devait impressionner les foules, et pas rester tout en bas de l’échelle. L’ange Gabriel lui-même en oublie d’agiter sa clochette pour demander le silence.
Mais Dieu continue: «Alors, je vais avoir besoin des animaux les plus simples et les moins glorieux. D’abord l’âne. Et puis le bœuf. Et encore des moutons, un grand troupeau de moutons.»
«Et nous?» s’écrient les autres. «En fait, je n’ai pas besoin d’autres animaux pour le moment, répond Dieu. Peut-être que j’aurai besoin du lapin plus tard, lors de la fête de Pâques. L’âne et le bœuf se tiendront à côté de la crèche où mon fils sera couché, comme le plus pauvre des plus pauvres. Et les moutons se reposeront dans les prés, gardés par leurs bergers. Mes anges viendront les avertir de la naissance du bébé.»
Paillette est très déçue. Pas de super-pouvoirs? Pas besoin de licornes, elles qui sont pourtant parmi les plus sages et les plus intelligentes? Quelques larmes coulent autour de son museau, et elle s’écrie: «Mais c’est pas juste!»
«Tais-toi!», dit Maman. Mais Dieu a entendu Paillette. Il lui fait signe d’approcher. «Pourquoi dis-tu que ce n’est pas juste, petite licorne?»
«Mais vous avez dit que vous n’aviez besoin que d’animaux humbles et ordinaires. Pourtant, il y aura aussi les anges, qui ne sont pas du tout effacés ni fragiles!»
«Eh, tu es intelligente, Paillette, s’exclame Dieu. C’est une excellente remarque. Mais sache d’abord que les anges sont ceux qui sont le plus proches de moi, ils vivent chaque jour auprès de moi et m’aident dans mes tâches quotidiennes. Ils sont pour moi un peu comme les lutins du Père Noël, tu vois? Et puis, j’ai besoin d’eux pour annoncer la grande nouvelle aux êtres humains.»
Paillette n’est pas complètement convaincue: «Nous, les licornes, nous pourrions le faire tout aussi bien!»
Dieu réfléchit quelques secondes, puis il reprend d’une voix douce: «Eh bien, Paillette, j’ai une idée. Je te donne maintenant ton super-pouvoir. Oui, ton super-pouvoir, ce sera que tu puisses prendre l’apparence de n’importe quel être vivant, à ta guise. Et tu pourras en changer quand tu voudras.»
Paillette saute de joie. «Oh, merci, merci!»
«Ainsi, dit Dieu, tu pourras prendre l’apparence d’un ange lors de la nuit magique où mon fils naîtra. Et tu pourras aller avec tous mes amis chanter la gloire du Ciel qui descend sur la terre.»
Paillette ne peut plus rien dire, tellement elle est heureuse. Elle entend à peine Maman qui lui dit: «Tu sais, le fils de Dieu, il aura quand même un super-pouvoir. Parce qu’aimer tous les humains, et tous les êtres vivants, il faut un pouvoir incroyable pour y arriver!»
Après une attente qui semble à Paillette une éternité, le grand soir est enfin là! Le bœuf et l’âne se tiennent doucement dans une vieille étable, à côté d’une crèche pleine de poussière. Les moutons, sous la garde de leurs bergers, somnolent paisiblement dans leur champ, à bonne distance du village. Et les anges attendent le signal divin derrière un nuage, avec la petite licorne qui est exactement comme eux.
Un homme et une femme entrent dans l’étable, fatigués et inquiets. La femme se couche sur la paille, le bébé va naître. L’homme essaie de rassurer la future mère: «Tout ira bien, ici, nous serons à l’abri.»
Tout à coup, Gabriel murmure, mais tous l’entendent: «C’est le moment, on y va!» L’enfant est né! Ses parents l’enveloppent d’un chiffon en guise de lange, en guise de couche, et le déposent tendrement dans la crèche.
Les anges filent vers les bergers. Mais soudain Paillette est prise d’une inquiétude nouvelle: comment pourrait-elle chanter? Elle ne connaît pas la musique des anges. Elle n’y avait pas pensé avant, toute à l’excitation de l’attente. Mais Gabriel la rassure: «Ne t’en fais pas, tu verras, tout ira bien. Tu chanteras aussi bien que les autres!»
Et effectivement, tout se déroule parfaitement. Gabriel parle aux bergers, et leur annonce la naissance merveilleuse. Puis la chorale des anges entonne un hymne à la gloire du Seigneur: «Glooooria, gloire à Dieu au ciel et sur la terre, et paix partout pour les humains, qu’il aime!» La petite licorne, tout étonnée, chante aussi bien que les autres.
Et puis, l’hymne terminé, la troupe des anges rentre auprès de Dieu. Toute la troupe? Non, car Paillette n’avait pas envie de les suivre. Elle désirait tant voir la suite, et le bébé divin. Alors elle s’est cachée derrière un buisson, pour voir sans être vue.
Et tout-à-coup, elle a une idée: puisqu’elle peut prendre n’importe quelle apparence, elle va se déguiser en agneau! Elle pourra se mêler au troupeau sans se faire remarquer. Car sinon, une licorne au milieu de cent moutons, ça ferait trop bizarre!
Semblable à une petite brebis timide, elle se glisse au milieu des autres agneaux, qui regardent tous le ciel, pour voir les anges s’envoler. Et de là, elle entend les bergers qui discutent: «Nous pourrions aller à Bethléem, voir ce bébé que Dieu nous envoie» dit l’un. «Oui, répond un autre, avec joie. Mais il faudrait lui apporter un cadeau.» «C’est juste, approuve un jeune pâtre, mais quoi? Nous n’avons rien, nous sommes trop pauvres.»
Le plus âgé des bergers réplique: «Nous allons lui amener un agneau, ce sera un beau cadeau. Toi, Raphaël, choisis le plus beau, le plus doux, le plus tendre de nos moutons.»
«D’accord, bonne idée!» Raphaël parcourt le troupeau, et regarde chacune des bêtes avec attention. Soudain, il s’écrie: «J’ai trouvé le plus joli, le plus doux, le plus tendre de nos moutons!» Avez-vous deviné? C’est Paillette qu’il a choisie. Paillette qu’il emporte sous son bras pour rejoindre les autres.
Et c’est ainsi que la petite licorne, sous l’apparence d’un agneau, s’est mise en route avec les bergers pour aller voir l’étable, à Bethléem, et le fils de Dieu.
Arrivés au village, vous devinez la suite. Ils trouvent le bébé et ses parents, l’âne et le bœuf, comme Dieu l’avait dit. Ils racontent la visite des anges, et offrent leur cadeau. L’enfant tend la main et caresse la douce toison de Paillette, oh, que c’est agréable! «Chers bergers, dit la jeune maman, votre agneau est si beau, si doux, si tendre! Notre fils le gardera toujours avec lui, ce sera comme un doudou, mais un doudou vivant. Merci, merci beaucoup!»
Et c’est ainsi que Paillette et Jésus sont devenus les meilleurs amis du monde, et ne se sont plus quittés. Quand ils étaient seuls tous les deux, la petite licorne prenait la forme de n’importe quel animal pour amuser l’enfant. Mais dès que quelqu’un d’autre arrivait, elle redevenait le gentil mouton de la crèche.
Et grâce à Paillette, Jésus a compris une chose très importante: c’est que le plus grand bonheur, ce n’est pas de recevoir un cadeau. Le plus grand bonheur, ce n’est même pas non plus d’offrir un cadeau. Non, le plus grand bonheur, c’est de s’offrir soi-même, c’est de devenir soi-même un cadeau pour les autres.
Et pour conclure, je vous invite aussi à chanter: «Glooooria, gloire à Dieu au ciel et sur la terre, et paix partout pour les humains, qu’il aime!» *
Jean-Jacques Corbaz, Noël 2025





















