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lundi 23 janvier 2023

(Po) Le temps notre transcendance

Le temps, qui coule, goutte à goutte,
Qui avance en clopinant vers notre dernier souffle,
Le temps, qui pourtant fait de nous des vivants,

Le temps, qui berce nos transhumances,
Qui les ponctue de brefs silences,
(ou d’ouvertures!),

Le temps, qui déroule nos routes,
Qui atténue nos drames comme nos doutes,
Et ferme nos blessures,

Le temps, qui parfois voile nos souvenirs, ou les estompe,
Le temps, qui nous guérit (ou qui nous trompe!),
Le temps, qui nous fait redevenir des enfants,

Le temps d’hiver, le temps d’été,
Le temps des joies et des souffrances…
Le temps: c’est notre transcendance!

On croit te mesurer, voire… te posséder!
Mais en vain: tu nous files toujours entre les doigts,
Et c’est nous qui courons après toi!

Tu avances, infiniment, tu t’avances,
Tu sautes de la vieillesse à l’enfance,
On ne peut que te voir passer
(Et, parfois, te regretter!).

 
             *               *
Le temps, portant nos transhumances,
Enregistrant nos existences,
Inexorable et bienveillant,
Le temps, pourtant toujours devant,
Le temps, mais c’est la transcendance!


Le temps qui meurt fait de nous des vivants.

Jean-Jacques Corbaz 



(Li, Po) Cantique : Enfants de la lumière, unis-nous (musique : Alléluia 36-16)

 
Enfants d’un même père,
Dans un monde fermé,
Nous cherchons la lumière,
Des raisons d’espérer.
Unis et solidaires,
Nous voulons de nos mains
Semer sur notre terre
Le bonheur de demain.

La haine et la souffrance
Nous éloignent de toi.
L’espoir et la confiance
Font grandir notre foi.
Au milieu du silence,
Ce que tu nous promets
Dessine une naissance,
Un chemin vers la paix.

Jean-Jacques Corbaz   

(Li, Po) Cantique : Abba, Vent de liberté (musique : Alléluia 43-12)


Viens souffler sur ton Eglise,
Vent de liberté !
Ouvre nos cœurs aux surprises
De ta nouveauté !
Quand nos vies sont engourdies,
Chante et danse ta folie,
Viens souffler sur ton Eglise,
Vent de liberté !

Quand nous manquons de tendresse,
Prends-nous par la main !
Ouvre nos cœurs aux promesses
De tes lendemains !
Quand nous pleurons, dans la nuit,
Ressuscite notre vie !
Quand nous manquons de tendresse,
Prends-nous par la main !

Fais de nous des sœurs, des frères,
Quand nous avons froid !
Rends-nous proches et solidaires,
Unis par la foi !
Brûle en nous, Esprit de feu,
Souffle tonique et joyeux !
Fais de nous des sœurs, des frères,
Unis par la foi !


Jean-Jacques Corbaz   

(Hu) Duguet... compagnon de la Marjolaine

Le cavalier Romain Duguet, ancien membre de l'équipe suisse de saut d'obstacles, avait un jour gagné le concours hippique de Sittard.

Le soir, sur le quai de la gare, tout joyeux, il a demandé en mariage sa compagne, Marjolaine.

Il n'est dit nulle part s'il l'a fait de manière cavalière ou chevaleresque... Mais ses copains de l'équipe lui ont composé une chanson qui est devenue célébrissime:

"Qui est-ce qui passe ici si tard, compagnon de la Marjolaine, qui est-ce qui passe ici si tard, gai, gai, dessus le quai? C'est le chevalier Duguet..." vous connaissez la suite!


Jean-Jacques Corbaz


(Po) Humus

 




 

 

 

 Humus

Les gens et les choses
Se décomposent
Avec le temps…
Puis, mystérieusement,
Se recomposent.
Ne sois donc pas morose,
Nous restons tous vivants !

Jean-Jacques Corbaz

 

 

dimanche 22 janvier 2023

(Po, Li) Rencontre

Le soleil rencontre la terre.
Quelques larmes de rosée scintillent, comme de petits diamants,
Mille étoiles font de la nuit un matin clair.
Le soleil rencontre la terre
Chaque jour.

Le feu de Dieu rencontre nos corps de terre.
Voici nos visages, incertains reflets du Christ qui nous cherche,
Voici nos visages, illuminés de mille bougies pour prier l’espérance,
Le feu de Dieu rencontre nos corps de pierre
Chaque dimanche
Et chaque jour.

Alors, nous nous rencontrons, gens du mystère,
Fragile naissance vacillant au moindre souffle,
Nous nous rencontrons, chrétiens, pour célébrer l’amour,
Pour aimer le soleil
Et chanter le Seigneur.
En nous ouvrant aux autres, nous accueillons le Ciel.
Dans nos regards croisés, il commence à faire jour
Chaque semaine,
Chaque dimanche,
Voire chaque jour.

Parce que Christ vivant est notre premier amour.

Jean-Jacques Corbaz
 
 

(Po, Li) Les paroles des poètes



Gloria

Les paroles des poètes,
Le chant des croyants inconnus,
Le rythme de la fête
Nous disent: tu es venu.

Toi, la source de nos musiques,
Comme un oiseau sur la fenêtre,
Toi, l’espoir fantastique
Des demain, des peut-être,

Toi dont l’amour nous rachète,
Royaume offert et nu,
Fragile beauté, pourtant parfaite,
Gloire à toi, Jésus, notre salut.

Jean-Jacques Corbaz

 

 

(Po) C’est si petit

C’est si petit
Un homme
Face au monde infini
Face aux mille milliards d’atomes
Perdu dans son royaume
Un homme
C’est si petit.

C’est si petit
Un petit d’homme
Dans l’univers en somme
Que je voudrais n’avoir rien dit
Face à la mort qui menace et qui tonne
Fragile espace à qui rien ne pardonne
Un petit d’homme
C’est trop petit.

Toi, mon petit,
Mon petit d’homme,
Tu as rempli ma vie.
Face aux mille univers, qui dansent et qui rayonnent,
Tu es plus grand que notre nuit.
Et c’est cela que tu me donnes,
Mon petit d’homme,
Tu me donnes la vie.
 

Jean-Jacques Corbaz
 


* Écrit en décembre 1981, en pensant à la fête de Noël qui venait, mais aussi à toi, Cyril, qui avais transformé ma vie.

lundi 16 janvier 2023

(Bi, Hu) Promotion des carottes


Le Comité pour la Promotion des Carottes (CPC) fait un excellent travail. Ses membres s’activent sans relâche pour faire mieux connaître les qualités de ce légume. Il est délicieux, sain, bon marché, et (cerise sur la tourte aux carottes), il a des vertus amincissantes!

Enfin, je devrais plutôt parler de cela au passé. Car depuis quelque temps, les membres du CPC sont en profond désaccord.

Il y a d’un côté ceux qui préfèrent peler une carotte en la tournant vers l’extérieur, et de l’autre ceux qui affirment qu’il est bien plus efficace de la peler en la tournant vers l’intérieur. Chaque parti développe ses arguments, veut absolument prouver qu’ils sont meilleurs que ceux d’en face… Et surtout, chacun cherche à démolir l’autre camp, le rabaisser, le ridiculiser. Chaque prise de parole est interprétée avec malveillance. Bref, c’est la guerre!

Tant et si bien que le CPC n’a plus aucune énergie, aucune disponibilité pour promouvoir les carottes. Un comble !
   

Dites, mes amis: ces mésaventures ridicules n’auraient aucune chance d’arriver dans notre Communauté pour la Promotion du Christianisme (CPC), non? Rassurez-moi. 

Du 18 au 25 janvier, semaine de prière pour l’unité des chrétiens! 


Jean-Jacques Corbaz  
 




(Pr) Tout est à vous... Mais à qui es-tu?

Prédication du 16 janvier 2023

Lectures: 1 Corinthiens 3, 4-15;1 Corinthiens 3, 21-23; Luc 19, 1-9


Dans une revue missionnaire, j’ai lu cette jolie histoire:

“Sur une route, en Inde, des hommes armés m’ont arrêté et fait sortir de mon véhicule. Ils m’ont pris toutes mes valeurs et se sont enfuis avec ma voiture. Quand j’ai vu un des bandits prendre ma bible, je lui ai crié: “Lisez-la souvent!”

Quatre ans plus tard, j’ai reçu une lettre qui disait: “Je suis un de ceux qui vous ont attaqué sur la route. Je me rappelle encore votre visage calme et amical alors que je vous menaçais avec mon arme, et que vous m’avez dit de lire la Bible. Je veux vous remercier, car vous m’avez sauvé la vie. J’ai lu votre bible, et j’ai décidé de quitter ce gang. Et, récemment, mes anciens compagnons se sont fait tuer en attaquant un bus sur la route. Aujourd’hui, si je n’avais pas suivi votre conseil, je serais mort moi aussi. C’est la bible que je vous ai prise qui m’a sauvé la vie.”

 

 
Indirectement, ce n’est pas la première fois, ni la dernière, que le fait de croire en Dieu sauve la vie de quelqu’un. La foi peut sauver de la mort violente, comme dans notre récit. Elle peut aussi sauver de la mort lente, celle du désespoir. Je veux dire ici: du manque d’espérance. Vous le croyez?

À force de vivre en symbiose avec l’Evangile, l’Europe s’y est habituée. Dramatiquement. Petit à petit, le tranchant de la Parole du Christ s’est émoussé pour nous, comme un médicament qui fait de moins en moins d’effet, parce que le corps s’y est accoutumé.

Nous en sommes venus à ne plus réaliser la différence qu’il y a entre la vie que nous menons et celle que l’Evangile appelle! On croit, et sincèrement, que vivre en bons chrétiens, c’est: ne pas tuer, ne pas voler; donner (un peu!); pardonner (parfois...). Bon, je suis un des premiers à déraper dans ce travers!

On entend même certains dire qu’il faut chasser les musulmans de chez nous, parce qu’ils ne respectent pas les fondements du christianisme, qui sont de ne pas voler, de ne pas tuer. Hem! Que ceux qui prétendent cela aillent commettre un vol dans un pays musulman... Ils s‘en mordront les doigts, si j’ose dire: vous connaissez la règle de couper les mains des voleurs!


Dieu merci, nous avons aujourd’hui des contacts avec d’autres continents, qui nous aident à reconnaître tout ce qu’il y a de neuf et de révolutionnaire dans le Nouveau Testament (NT), tout ce qui va beaucoup plus loin qu’une morale humaniste: car ne pas tuer, ne pas voler, donner ou pardonner, c’est un peu comme la peinture sur la carrosserie d’une voiture: ça parachève l’oeuvre, mais ce n’est pas l’essentiel. C’est une conséquence de la foi chrétienne, et non le coeur. C’est ce que l’apôtre Paul qualifie dans notre passage de construction: une construction d’or ou d’argent, de bois ou de paille, une oeuvre qui résistera plus ou moins bien au feu, c’est-à-dire à l’épreuve.

Une construction... Un peu comme la maison des trois petits cochons face au grand méchant loup! Et la lettre aux Corinthiens précise: “Celui dont l’oeuvre sera consumée, même celui-là sera sauvé, comme on est sauvé à travers le feu.” Evidemment, cette personne aura eu chaud, c’est le cas de dire! Mais, rendez-vous compte, l’essentiel, le coeur, ne sera pas touché.

Alors, l’essentiel, le coeur du NT, qu’est-ce que c’est? Bien sûr, si on avait trouvé la définition parfaite en deux lignes, ça se saurait! Nous sommes condamnés à tâtonner.

Aujourd’hui, je trouve dans ce chapitre aux Corinthiens un angle d’approche que j’avais un peu tendance à oublier. Il y a une dispute de clans, entre les chrétiens disciples de Paul et ceux qui se sont ralliés à un nouvel évangéliste, nommé Apollos.

Partant de ce conflit, l’apôtre écrit ces versets, que j’aime à méditer à la veille de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens: “Paul plante, et Apollos arrose; mais c’est Dieu qui fait pousser. Celui qui plante et celui qui arrose ne sont rien.”
  

Et il poursuit: “Que personne ne fonde sa fierté sur des hommes. Car tout vous appartient: Paul, Apollos ou Pierre; le monde, la vie, la mort; le présent ou l'avenir, tout est à vous; mais vous, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu.”

Voilà. Nous n’appartenons pas à des hommes. Vous, protestants ou catholiques, ou musulmans, voire agnostiques, vous n’appartenez pas à votre pasteur ou votre prêtre, ni à votre Eglise ou communauté...  «Vous êtes au Christ et, par lui, à Dieu.»

Finalement, ne serait-ce pas dans cette question de l’appartenance que se joue l’essentiel de notre foi? “À qui es-tu?” disait-on autrefois; “au Jules de la Combe ou au Max du Very?”. Au Moyen Âge, les paysans étaient au seigneur du lieu, sire de Grandson ou comte de Gruyère: “À qui sont ces gens?” disait-on.

Être au Christ; et, par lui, à Dieu... Pas facile, mes aïeux!! Cela suppose de savoir accueillir dans nos vies, dans notre quotidien, les valeurs nouvelles de l’Evangile. Le sens donné à l’existence, et qui nous manque tant aujourd’hui.

“À qui es-tu?”, ça veut dire: pour quoi (en deux mots), pour quoi est-ce que tu vis? Quel est ton but, ton essentiel? L’argent? alors tu es à ton porte-monnaie. L’admiration des autres, la gloire? alors tu es à toi-même. Le pouvoir? La réussite? Être en haut de l’échelle, surpasser les autres? alors tu es à ton orgueil...

Nous sommes si peu à Christ, et à Dieu! 

 

Mais attention: la vie chrétienne, bien sûr, ce n’est pas d’être pleinement détachés de toutes contingences matérielles, et de n’avoir les yeux fixés que sur Dieu seul! Cela, c’est une espèce d’idéal monastique qu’il est quasi impossible de mener dans notre société, surtout si l’on travaille ou qu’on a des enfants; ou que notre santé nous fait souffrir...

Le NT ne nous appelle donc pas à nous couper du monde, mais à travailler sur nous-même pour, dans ce monde, essayer d’appartenir le plus possible à Celui qui nous a rachetés (!). Pour nous convertir, toujours mieux, à sa personne. Pour refaire sans cesse le chemin de Zachée; lui qui, touché par l’amour et le pardon de Jésus, a su lâcher son idole (pour lui, c’était l’argent), lâcher son idole et se donner au Christ. Refaire ainsi le chemin de ce bandit, voleur d’auto et de bible, qui a pu changer de vie à temps.

Se donner... Vous voyez, le malentendu, c’est qu’on en a fait une morale: il faut vous donner au Christ. Surtout non! Arrière de moi, Satan! il ne faut pas vous donner au Christ, pas plus qu’il ne faut être bon, donner ou pardonner, s’abstenir de tuer ou voler. Ce n’est pas une morale, ni une obligation.

Non, avec Paul, avec les missionnaires d’hier et ceux d’aujourd’hui, qui viennent souvent d’Outre-Mer, j’ai envie de vous dire: dans la Parole de Jésus, je découvre le ferment d’une vie bouleversante et bouleversée, qui me fait voir le monde avec des yeux neufs, et qui m’aide à devenir meilleur. En essayant, avec tous mes défauts d’être un peu mieux à Christ, je me libère de bien des égoïsmes, je deviens plus heureux.

L’Eglise, notre Eglise, c’est la communauté de celles et ceux qui marchent sur ce chemin-là. Nous sommes ensemble pour nous y encourager.

Chers ami.e.s tout à l’heure, je vous dirai «au revoir» comme chaque fois. Mais aujourd’hui, j’ai presque envie de vous dire «Adieu». Pas parce que je vais vous quitter pour toujours, bien sûr que non! Mais parce que dans ce mot il y a  «à Dieu» en deux mots. Comme pour dire avec force: soyez à Dieu, le plus possible! Marchez toujours en compagnie de Celui à qui vous appartenez déjà. N’oubliez pas: «Tout est à vous; mais vous, vous êtes au Christ et le Christ à Dieu.» Amen 


Jean-Jacques Corbaz 






 

samedi 24 décembre 2022

(Pr, Co) Jojo. Conte de Noël

Jojo en Chine  Conte du 24 décembre 2022 

Lecture biblique: Luc 2, 1-20


Il était une fois, il y a bien des années, un petit garçon pas très sage qui sʼappelait Jojo.

Jojo était un gentil copain, il aimait beaucoup jouer avec les autres. Il savait bien se faire apprécier des enfants de son âge... mais nettement moins de ses professeurs à lʼécole, ou de son pasteur au catéchisme ! Car Jojo nʼétait pas très attentif, il préférait écouter ses rêves dʼaventure plutôt que ce qu’on lui enseignait. Il sʼimaginait volontiers en train de courir les mers sur un bateau de pirates, ou dʼexplorer les continents inconnus... Mais il avait énormément de peine à se concentrer sur lʼorthographe, le calcul ou la discipline !

À seize ans, Jojo est sorti de lʼécole avec des notes... eh bien, pas fameuses du tout ! Il a eu de la peine à choisir un métier qui lui plaise. Pour finir, il a décidé de devenir marin. Pour partir très loin, comme les aventuriers de ses rêves. Il sʼimaginait capitaine de navire, avec une belle casquette et des galons dorés; et tout un équipage sous ses ordres.
 



Évidemment, la réalité nʼa pas été aussi belle ! Quand Jojo est arrivé dans un grand port, cʼétait à Rotterdam, aux Pays-Bas, personne nʼa voulu lʼembaucher pour être commandant de bateau. Normal, il nʼavait encore jamais navigué ! La seule place qu’il a fini par trouver, ça a été comme mousse. Il devait laver le pont du navire, vider les poubelles, porter des bidons dégoulinant de graisse froide... bref, des tâches vraiment peu agréables.

Par chance, il a pu voir beaucoup de pays. Son bateau passait dʼun port à lʼautre: New York... Rio de Janeiro... Buenos Aires... Amsterdam... la Floride... lʼAustralie... le Japon... la Terre de Feu... En quelques années, il a parcouru ainsi la terre entière. En travaillant, bien sûr. Les marins avaient tellement à faire qu’ils ne pouvaient jamais descendre pour visiter les régions où ils accostaient.

Malheureusement, Jojo est resté mousse longtemps. Comme il nʼavait pas appris grand-chose à lʼécole, il nʼa jamais pu se faire engager pour des activités plus intéressantes. Alors, un jour, il en a eu assez. Marre de toujours nettoyer la saleté et dʼobéir aux autres. Il a quitté son navire en décidant de ne pas revenir à bord, et il est parti à la découverte du pays où il se trouvait.
 
 Cʼétait en Chine. Dans une boutique de fripier, Jojo a acheté des habits; pas chers, des vêtements tout simples de Chinois. Et il sʼest mis à vivre comme les indigènes, pauvrement, mais sans manquer du nécessaire.

Grâce à son heureux caractère et sa gentillesse, Jojo sʼest facilement intégré dans son nouvel univers. Bien sûr, il lui a fallu apprendre à parler le chinois. Mais, quand on est heureux, quand on se fait des amis, cʼest nettement plus facile qu’à lʼécole ! Il a dû aussi sʼadapter à des manières de vivre très différentes de tout ce qu’il connaissait. Par exemple, les Chinois nʼarrivaient jamais à prononcer les “J” de son nom: ils l’appelaient Yoyo !! Quand ils le saluaient, ils disaient: “Bonyour, Yoyo !” Pourtant, Jojo ne se fâchait jamais. Il leur répondait chaque fois avec son grand sourire. Et, grâce à son amabilité, il nʼa eu aucune peine à se faire accueillir chaleureusement, il sʼest vite senti comme un vrai Chinois.

                                         *                 *

Cependant, il lui manquait quelque chose. À chaque fin dʼannée, il y repensait: comme cʼétait beau, la fête de Noël, à lʼéglise de son village; avec le sapin, les chants, et les cadeaux... Il aurait tellement voulu pouvoir revivre cette atmosphère magique de son enfance; lʼodeur chaude des bougies et des branches dʼépicéa, le goût des biscômes et des petites cloches en chocolat, la surprise des paquets brillants aux ficelles dorées...

Alors, un jour, Jojo a pris sa décision: la prochaine fois que ce sera le 25 décembre, je vais fêter Noël avec mes nouveaux amis ! Je leur apprendrai !

Mais quand les Chinois ont reçu lʼinvitation, ils ont été tout étonnés. Ils ont demandé: “Noël ? Quʼest-ce que cʼest, ce machin ?” Ils nʼen avaient jamais entendu parler !

Jojo a donc essayé de leur expliquer: 

- Eh bien, vous verrez. On prend un sapin, on le décore avec des bougies et des guirlandes,on chante, on se donne des cadeaux...


- Ah ? ont fait les Chinois. Dʼaccord, nous verrons.

Et le jour de Noël, ils sont venus. Jojo nʼavait pas trouvé de sapin, mais lʼarbre quʼil avait installé dans sa maison faisait quand même lʼaffaire. Il lʼavait décoré comme il pouvait, avec quelques fils argentés et des étoiles de toutes les couleurs.

Après un bon goûter, Jojo a essayé de leur chanter “Voici Noël”, mais il ne se rappelait plus bien des paroles, alors il faisait “lalalala...” De toute façon, les Chinois ne comprenaient pas le français, ils ne voyaient pas la différence !
  

Les Chinois sont des gens patients et polis. Ils ont donc écouté patiemment et poliment. Mais plus la soirée avançait, plus Jojo voyait ses amis sʼennuyer. Il leur a demandé: “Comment trouvez-vous cette fête ?” “Eh bien, ont-ils répondu, il semble que Noël est une étrange coutume, cʼest vraiment bizarre de fêter un arbre tout décoré...” Jojo leur a expliqué que, chez lui, cʼétait la plus belle fête de lʼannée, mais les Chinois faisaient une tête qui avait lʼair de dire: “Ces Européens, quand même, quels drôles de gens !”

Jojo était très déçu. “Jʼai dû oublier quelque chose, pensait-il, ce nʼest pas possible que mes amis nʼaiment pas Noël !” Quand tout-à-coup une idée lʼa traversé: les cadeaux ! Ils avaient oublié de lui offrir des cadeaux ! Cʼétait ça qui manquait ! Pourtant, quand Jojo le leur a dit, les Chinois ont presque fait la grimace. “Comment ? Vous, les Européens, vous êtes vraiment malins: vous organisez une fête pour qu’on vous apporte des cadeaux ! Nous savions que vous étiez égoïstes, mais pas à ce point !”

Après le départ de ses amis, Jojo est resté tout pensif, triste et plein dʼinterrogations. Il se disait en lui-même: “Cʼest vrai que Noël, cʼest encore autre chose qu’un sapin et des cadeaux. Mais qu’est-ce que jʼai oublié ? Quʼest-ce qui est important, pour fêter Noël ? Tout-à-coup, une nouvelle idée lui est venue: “Mais bien sûr, suis-je bête ! Jʼaurais dû leur parler de Jésus ! Parce que Noël, cʼest la fête de Jésus !

Alors Jojo a couru faire le tour de ses amis pour leur dire: “Jʼai trouvé, je sais pourquoi vous nʼavez pas compris ce que cʼest, Noël. Jʼavais oublié de vous parler de Jésus, la naissance de Jésus !”


- Jésus, mais cʼest qui ? ont répondu les Chinois. 

- Comment, vous ne le connaissez pas ? Vous nʼavez jamais entendu ce nom? Jésus, le fils de Dieu, celui qui est né dans la crèche ?!
 

"Garçon!!? Y a un humain dans mon repas!!"

Mais les Chinois étaient tout surpris, et plus Jojo parlait, moins ils comprenaient. Impossible de leur faire sentir comme Noël était une fête importante pour lui. “Cʼest pourtant simple, pensait-il, en Suisse, tout le monde sait ça ! Ah, si seulement ces Chinois étaient allés au catéchisme, le pasteur aurait pu le leur expliquer !”

Malheureusement, il nʼy avait là-bas ni pasteur ni catéchisme à des centaines de kilomètres à la ronde, ni personne qui nʼait jamais entendu parler de Jésus. Et Jojo nʼarrivait pas à se souvenir de ce qu’on lui avait enseigné au caté, puisquʼil avait si peu écouté. La seule chose qui lui était restée, cʼétait une parole de Jésus qui disait: “Tout ce que vous avez fait aux plus petits des humains, qui sont mes frères, cʼest à moi que vous lʼavez fait.” Et le pasteur leur avait fait écrire cette phrase que Jojo nʼavait jamais très bien admise: “Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.” Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir? Tout de même, cʼest plus agréable de recevoir des cadeaux, non ?

Jojo aurait peut-être oublié toutes ces questions autour de Noël; mais les Chinois sʼen souvenaient, eux ! Ils souriaient lorsqu’ils rencontraient leur ami européen, et ils lui demandaient malicieusement quand il allait encore fêter son arbre et ses cadeaux. Les enfants, pour rigoler, avaient même pris lʼhabitude dʼappeler un “Jésus” ce qu’ils ne comprenaient pas. Quand leurs parents leur parlaient de choses trop compliquées, ils disaient: “Cʼest un Jésus, ce nʼest pas pour nous !” 


Lʼannée suivante, lorsque décembre est revenu, les questions et les moqueries des Chinois sont reparties de plus belle. Mais, le soir de Noël, Jojo a eu tout-à-coup une illumination: “Jʼai trouvé !” a-t-il dit. Il a pensé à toutes les personnes de son village qui avaient besoin qu’on les aide, ou qu’on les encourage, et il est allé chez eux pour leur donner un coup-de- main: le vieil oncle Li, il lʼa aidé à transporter son bois pour lʼhiver, tout un tas de bûches qui lui tiendront chaud; sa voisine, malade, Jojo a été lui préparer un bon repas, pour qu’elle reprenne des forces; et la famille des Chen, qui habite si loin de la rivière, il a aidé les enfants à porter le seau, bien trop lourd pour eux.

Les Chinois étaient de plus en plus étonnés. ils se demandaient: “Mais qu’est-ce qui lui arrive, à notre Européen, pour qu’il agisse ainsi ?” Et quand quelqu’un lui a posé directement la question, Jojo a répondu en souriant: “Eh bien, cʼest Jésus !” 

- Jésus ? Comment ça, Jésus ?


- Mais oui, Jésus, Noël, et Dieu. Je mʼétais trompé, lʼannée passée: à Noël, l’important, ce nʼest pas le sapin, cʼest d’aider les autres. 

- Alors là, si cʼest ça, Noël, ça devient vraiment intéressant, ont fait les Chinois.

Et vous savez, depuis ce jour, il y a tout un village de la Chine lointaine qui fête Noël, chaque 25 décembre; sans sapin, sans cantiques, sans pasteur, mais: avec beaucoup de générosité.

Et Jojo, parmi eux, Jojo a parfois envie de revenir une fois chez lui, en Europe, pour parler à ses copains dʼenfance de ce qu’il a découvert, à lʼautre bout du monde, là où personne ne savait rien sur Jésus, ce qu’il a découvert: le vrai sens de Noël.
  




Bernard Reymond, adapté par Jean-Jacques Corbaz  



vendredi 23 décembre 2022

(SB, Re) Jésus est-il Dieu?

 

MERCI à Louis Pernot : 
 
« pour beaucoup, la théorie de l’incarnation, c’est tout simplement que Jésus est Dieu, comme si le Dieu transcendant descendait sur Terre sous la forme de Jésus Christ. Mais depuis les premiers siècles de notre ère, on a vu que les choses étaient bien plus compliquées.

Dire, en effet : « Jésus est Dieu » est simple, mais très problématique. Dieu ne porte pas des sandales, Dieu ne peut pas mourir sur une croix, et encore moins se dire à lui-même : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ». Il y a dans l’Évangile de nombreux passages montrant que Dieu et Jésus ne sont pas la même personne : ainsi la prière de Jésus à Getsémané : « Non pas ma volonté mais la tienne »...
 
Les théories plus ou moins subtiles ont alors foisonné pour essayer de dire de quelle manière Dieu pouvait être présent en Jésus Christ. Certaines imaginant que Dieu n’a en Jésus qu’une apparence humaine, Jésus n’étant pas vraiment un homme, d’autres que Jésus est bien un humain, mais que c’est Dieu qui prend la place de sa pensée et de son âme... Aucune bien sûr n’est vraiment satisfaisante et chacune mène au même problème qui est de perdre la pleine humanité du Christ.
 
Tout cela vient d’un verset de l’évangile de Jean (cette notion d’incarnation étant absente des trois premiers évangiles) : « Et la Parole (de Dieu... qui est Dieu) s’est faite chair. » (Jn 1,13).
 
Mais comme on l’a vu depuis le Moyen Âge, ce verset pose problème : Dieu étant l’absolu, par définition, il ne peut pas « devenir » quoi que ce soit. Il faut donc comprendre qu’en Jésus, Dieu se rend présent sans pour autant que l’on puisse identifier l’un à l’autre.
 
Que Dieu se rende présent en Jésus-Christ n’est pas problématique : Dieu est, de toute manière, un peu présent en chacun de nous, en Jésus il peut l’être plus qu’en quiconque. L’affirmation de la divinité du Christ peut être de dire simplement qu’en lui, Dieu est pleinement présent.
 
Là est l’importance du mot « incarnation ». L’Évangile ne dit pas brutalement que Jésus est Dieu, mais qu’il est l’incarnation de Dieu, ou tout au moins de sa Parole, puisque Dieu est sa propre parole créatrice. Dire que Jésus incarne la Parole de Dieu signifie qu’il n’est pas en lui-même cette Parole, mais que celle-ci se trouve pleinement présente en lui. En lui, on peut ainsi entendre et voir cette Parole en ce que s’il parle, c’est en conformité avec la Parole, et s’il agit, il agit dans le sens de cette Parole.
 
D’ailleurs, couramment nous utilisons le mot d’« incarnation » relativement à une idée, une idéologie, un discours ; nous pouvons dire, par exemple : Gandhi est l’incarnation de la non-violence, Hitler a incarné le Nazisme, ou l’antisémitisme, etc. Et si l’on peut dire de quelqu’un qu’« il est la bonté même », on peut comprendre que l’on dise, de la même manière, que « Jésus est Dieu-même ». Il n’y a pas besoin pour ça d’imaginer que Jésus soit une sorte d’ectoplasme, réincarnation d’une âme pré-existante qui serait Dieu sans être Dieu.
 
Cependant, il est vrai qu’il y a deux manières de concevoir l’incarnation. Jésus est comme le point de rencontre entre le divin et l’humain. Mais ce point, on peut le penser à partir du haut, ou à partir du bas. Les tenants d’une christologie plutôt divine conçoivent l’incarnation comme un mouvement venant d’en haut : en Christ, c’est Dieu qui descend vers nous. Les tenants d’une christologie plus humaine voient l’incarnation dans l’autre sens, comme un mouvement ascendant : Jésus est un homme qui a su incarner Dieu ou sa Parole. Les uns et les autres forment les deux camps qui depuis des millénaires s’excluent mutuellement. Mais sans doute faut-il garder les deux aspects qui ont chacun leur importance. » 
 
L. P. Ev et Lib n° 217 , 2008 .