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vendredi 24 juin 2022

(Bi) Semer la lumière

Semer la lumière
Un homme avait acheté une propriété dont le jardin avait été négligé durant des années. Rêvant de belles fleurs colorées, il se mit à défricher : arracher les ronces et les mauvaises herbes, chasser les limaces, sarcler, et même arroser. Hélas, le printemps venu, grosse déception : pas une seule fleur.

Les hôtes indésirables revinrent petit à petit. Tout l’été, puis l’automne, notre homme recommença à désherber, espérant que sa ténacité serait récompensée. Malheureusement, une fois l’hiver passé, toujours rien. Pas de fleur.

Ce n’est que la troisième année qu’il comprit. Il planta et sema : roses, tagettes, giroflées et jasmin. Enfin, son jardin devint tel qu’il l’avait rêvé !

Il avait découvert une vérité essentielle : on ne peut pas diminuer l’obscurité ; on peut seulement augmenter la lumière. N’est-ce pas exactement ce que fait Dieu, depuis les premières lignes de la Bible (« Que la lumière soit ! ») jusqu’à tout ce qu’il crée, à travers nous, aujourd’hui ?

                                                                   Jean-Jacques Corbaz

 

 

lundi 20 juin 2022

(Pr) Isaac, une sacrée étape de sa vie!

Prédication du 20 juin 2022-  «Le sacré fils d’Abraham»

 

Lectures bibliques: Genèse 22, 1-19, Matthieu 19, 21-24, Jean 12, 24-25.

K. Gibran, « vos enfants ».

 

Y a-t-il un révolté dans la salle? Je veux dire: est-ce que, parmi nous, il y en a qui trouvent horrible cette histoire dite du «sacrifice d’Isaac»? Je l’espère bien. Car pour beaucoup, nous avons entendu ces récits de l’Ancien Testament si tôt et si fréquemment que nous nous sommes un peu habitués aux horreurs qu’ils contiennent. C’est mon cas.

 

Mais, quand je réfléchis un peu, quand je raisonne en tant que père (ou grand-père!), moi aussi, je trouve épouvantable ce Dieu qui demande à un homme d’immoler son fils unique. Il joue de manière sadique avec les sentiments paternels d’Abraham, non? C’est révoltant!

 

J’espère que vous réagissez un peu comme ça. Car sans cette révolte, on risque de comprendre notre histoire de manière très incomplète.

 

Pour bien saisir ce qu’elle veut nous dire, regardons tout d’abord ce qui l’entoure: juste avant, le chapitre 21 de la Genèse nous raconte le moment où Isaac est sevré; c’est-à-dire, dans la culture juive, l’époque où le garçon est séparé de sa mère, et où c’est le père qui le prend en charge. À ce moment, Sara, sa mère, devient jalouse d’Ismaël, le fils qu’Abraham avait eu auparavant avec une servante. Elle obtient qu’Abraham chasse Ismaël et sa mère. Le patri-arche les envoie dans le désert, ce qui les voue à une mort quasi certaine.

 

 

Puis c’est notre récit du sacrifice (manqué) d’Isaac ; et le chapitre s’achève avec la naissance de Rébecca. La suite racontera la mort de Sara, puis le mariage d’Isaac et Rébecca. Tout nous est donc présenté comme si notre récit était une charnière, une sorte de passage de l’enfance à l’âge adulte pour Isaac.

 

Bien sûr, vous connaissez l’interprétation traditionnelle de notre histoire: Dieu teste la foi d’Abraham, et ce dernier obéit de manière exemplaire. Cette façon de voir est juste et vraie, c’est important de mettre en évidence l’obéissance et la foi d’Abraham… mais il y a dans notre récit des tas d’autres choses dont j’ai envie de vous parler ce matin.

 

Quelques détails m’ont intéressé. Par exemple, au début, quand Dieu appelle Abraham, il lui dit «Va». Mais le verbe hébreu de la V.O. veut dire plus que ça. Il signifie «Va vers toi», ou «Va pour toi», «Va pour ton bonheur». Ce qui nous donne un indice qu’Abraham, lui aussi,  va découvrir quelque chose de nouveau. Ce n’est pas seulement un examen qu’il passe, c’est également un progrès qu’il va faire.

 

Deuxième détail. Quand Dieu demande à Abraham d’offrir son fils en holocauste, l’hébreu utilise un verbe très courant qui veut dire «faire monter». Ce verbe désigne l’action de l’holocauste: «Fais monter un agneau» signifie «Fais brûler un agneau en holocauste» (vous vous souvenez peut-être que cette sorte de sacrifice était entièrement consumé par le feu, à la différence d’autres sacrifices où on mangeait une partie de l’animal). Mais, «faire monter» ça veut dire aussi, tout simplement… eh bien «faire monter», voire «faire grandir»! «Prends ton fils et fais-le monter sur la montagne», on pourrait très bien le comprendre sans penser du tout à un quelconque sacrifice! «Fais-le gravir la montagne, ou fais-le grandir!»…  Il y a là une ambiguïté, ou alors un jeu de mots!

 

Troisième détail. L’hébreu dit qu’Abraham se met en route. Il prend deux jeunes hommes, soit deux domestiques, avec son fils. Or quand il reviendra, à la fin du récit, le narrateur dira simplement «Ils revinrent, ensemble». Avant le sacrifice manqué, Isaac est appelé «enfant» ou «fils». Après, il est appelé «jeune homme». Comme s’il avait, ainsi, franchi une étape de sa vie, un palier.

 

Quatrième détail. Dieu a deux noms, dans cette histoire! Il y a celui qui demande à Abraham de sacrifier son fils (ou de le faire monter), c’est Dieu (en hébreu Elohim). Et il y a celui qui arrête le bras du patriarche et qui rappelle ses promesses de bénédiction, c’est Le Seigneur (en hébreu YHWH, qu’on a traduit autrefois par L’Eternel).

 

Dans l’Ancien Testament, Elohim c’est plutôt le dieu strict, de la rigueur, de la morale. Alors que YHWH, c’est davantage le dieu libérateur, celui de la miséricorde et de l’amour, celui qui nous accompagne, l’ami proche.

 

  

 

Conclusion de ces quatre détails: il semble que, dans notre récit, ce soit aussi Abraham qui passe d’un stade à un autre en même temps que son fils; que ce soit l’histoire d’une découverte par Isaac et surtout par son père, une découverte au sujet de Dieu: le Créateur n’est pas que rigueur inflexible, mais il est surtout grâce, amour, volonté de liberté. Cet épisode est un enseignement sur Dieu, qui protège la vie, qui refuse les sacrifices humains. Ce n’est pas tellement l’obéissance aveugle ou le renoncement qui sont prônés ici. Mais plutôt la foi en un Seigneur qui veut sans cesse nous rendre libres.

 

Cette libération va être douloureuse pour Abraham surtout. J’ai l’impression que le fil conducteur de notre récit, c’est la possession du patriarche, sa tendance à être possessif avec son fils.

 

En effet, résumons. Parce qu’Isaac est assez grand, c’est à Abraham maintenant de l’éduquer. Alors il se sépare de l’autre fils, Ismaël, comme pour garder Isaac tout à lui.  Mais Dieu voit le point de résistance, comme Jésus avec le jeune homme riche; l’attachement excessif que le patriarche porte à Isaac. Dieu demande ce seul fils qui reste. Et Abraham obéit. Tout en marchant vers le lieu du sacrifice, pendant trois jours, il se dépossède d’Isaac. Il en fait son deuil.

 

Par trois fois (cinquième détail), par trois fois, quand on devrait parler de l’agneau à offrir en holocauste, le narrateur dit brusquement «tous deux allaient, ensemble». Comme s’il voulait nous suggérer que la victime, dans cet étrange sacrifice, la victime, c’était tout autant le père que le fils. Abraham, qui devait apprendre à se déposséder d’Isaac: tous deux allaient, ensemble.

 

Dernier détail, étonnant. Alors qu’on a toujours parlé, pour l’holocauste, d’un agneau, soit d’un animal fils, eh bien c’est un bélier qui sera finalement sacrifié, soit un animal père. La Bible a de ces clins d’oeil!

 


 

Parce qu’Abraham a accepté de se sacrifier en même temps qu’Isaac, parce qu’il n’a pas retenu son fils, il devient ainsi image prophétique du Seigneur lui-même, lui qui à Golgotha n’épargnera pas non plus son fils unique, pour nous libérer!

$$$

 

Enseignement sur Dieu, qui refuse les sacrifices humains, qui ne veut pas accaparer les hommes, mais les rendre libres.

 

Enseignement sur nous-mêmes. Nous-mêmes qui, comme Abraham, sommes appelés à nous déposséder, à nous «désaccaparer» de nos enfants, ce qu’exprimait très bien le texte de Khalil Gibran, tout à l’heure. De nos enfants biologiques et aussi bien sûr de nos «enfants» entre guillemets! Donc de nos entreprises, de nos créations, de nos œuvres, qui font notre fierté.

 

Non pas de les considérer comme futiles, bien sur! Mais d’éviter de nous y attacher avec excès, de les accaparer, d’empêcher les autres d’y avoir accès.

 

Eugène Ionesco a eu ce mot profond: «c’est souvent la peur de perdre qui nous fait perdre». Une fois qu’Abraham a compris cela, alors il peut donner, et il recevra au centuple. Depuis ce moment-là, quand il part, il ne prend plus son fils ou ses jeunes hommes: non, ils partent, ensemble!

 

Abraham, ainsi, a su ne pas retenir son fils, au moment où il le fallait. C’est pour cela qu’il est devenu une figure exemplaire de foi. Il a su le faire ni trop tard ni trop tôt: Isaac n’est pas un petit enfant, c’est un adolescent.

 

Dès lors, Isaac peut se marier: son père l’a offert, Dieu ne l’a pas pris; il est donc libre!

 

Friedrich Hoelderlin disait: «Dieu crée l’homme comme la mer crée les continents: en se retirant». Amen  

         


Jean-Jacques Corbaz  

 

 


  

 

+ Avant la prédication, nous avons chanté «Trouver dans ma vie ta présence… choisir avec toi la confiance». Et après l’intercession, bien sûr: «Les mains ouvertes».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Vos enfants ne sont pas vos enfants » de Khalil Gibran 

 

Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à la Vie. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne sont pas votre propriété. Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées. Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez héberger leurs corps, mais pas leurs âmes. Car leurs âmes résident dans la maison de demain que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves. Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux, mais ne cherchez pas à les faire à votre image. Car la vie ne marche pas à reculons, ni ne s'attarde avec hier. Vous êtes les arcs desquels vos enfants sont propulsés, tels des flèches vivantes. L'archer vise la cible sur le chemin de l'Infini, et Il vous tend de Sa puissance afin que Ses flèches volent vite et loin. Que la tension que vous donnez par la main de l'Archer vise la joie. Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable.

 

 

samedi 4 juin 2022

(Bi, Vu) Le Saint-Esprit, un mot d’enfants


Le Saint-Esprit, un mot d’enfants


Un groupe d’enfants de la paroisse, où je viens parler de Pentecôte. Pas facile de dire ce qu’est le Saint-Esprit !

Je leur explique que Dieu, en fait, est trois personnes : le Père, qui crée ; le Fils, qui sauve ; et l’Esprit, justement, qui nous relie au Christ. Dieu est trois personnes, mais il est en même temps un seul être, une seule réalité.

Alors là, ça devient compliqué ! Pour essayer de rendre ce mystère compréhensible, j’ose une image : moi qui leur parle, je suis en même temps père de mes enfants ; et aussi fils de mes parents ; et encore, je suis… Je vais pour dire frère de mes sœurs, mais Loïc m’interrompt et s’écrie : « Et vous êtes aussi le mari de votre femme ! »

Et avant que je ne sois revenu de ma surprise, Elsa ajoute : « Oui, et pour vos enfants vous êtes comme Dieu le Père ; pour vos parents, vous êtes comme le Fils, Jésus ; et pour votre femme, vous êtes comme le Saint-Esprit ! »

Ebahi par tant de hardiesse, je souris intérieurement. Elsa ne croit pas si bien dire : l’évangile n’annonce-t-il pas que c’est par la puissance de l’Esprit que Marie devient enceinte? ;-)

Mais surtout, je réalise que le rôle du Saint-Esprit, c’est bien d’unir à Dieu, de relier. À l’image du mariage, qui nous unit par une alliance, une relation qui nous attache l’un à l’autre. Le don de Pentecôte, c’est la force qui crée l’Eglise, qui rassemble des individus pour constituer une communauté. C’est à partir de cet événement que le groupe des premiers chrétiens s’organise et croît, et multiplie.

Le Saint-Esprit, comme un mari pour sa femme. Pour moi, ces enfants ont été, ce jour-là, un canal où a passé, justement, le souffle de Dieu.

Jean-Jacques Corbaz

 

 

vendredi 20 mai 2022

(Hu, Bi) Le meilleur argument

Le meilleur argument

Le diable réunit ses ministres pour parler de stratégie: quelle est la meilleure tactique pour contrer Dieu? Un premier démon propose son idée:
 

- J'irai dire aux hommes que Dieu n'existe pas.
 

Sans hésiter, le diable répond: Non, ça ne prendra pas. Ça ne marchera jamais!
 

Un deuxième suggère:
 

- Je pourrais aller les convaincre que Dieu existe, mais qu'il ne s'intéresse pas aux humains...
 

Le diable n'est pas enthousiaste: je ne crois pas que ce soit efficace. Quelqu'un a-t-il une meilleure idée?
 

Un troisième démon se propose alors:
 

- Moi, je leur soufflerai que Dieu existe, qu'il les aime; qu'il veut les sauver... Mais qu'ils ont tout leur temps!

- Yes! fait le diable. Vas-y! Ça, c'est la bonne tactique! 

lundi 16 mai 2022

(Pr) 'Tirez pas sur Thomas, c'est votre frère!

 Prédication du 16.5.22  -  « Le jumeau »

Lectures bibliques: (le soir de Pâques, dans l’évangile selon Jean, la première apparition du Ressuscité aux disciples) Jean 20, 19-31; Ezékiel 37, 1-14


 
Thomas, l’incrédule ! L’exemple type de celui qui doute. Quand on traite quelqu’un de « Thomas », ce n’est jamais très flatteur. Nous avons tous plus ou moins l’impression que  ce disciple est un homme à part, différent des autres. Un croyant… pas très catholique, un peu mécréant sur les bords. Tous les autres ont cru, et pas lui. Est-ce que c’était un tiède, un mauvais apôtre ? Un réfractaire à la lumière de Pâques ?

Eh bien non ! Il faut le dire clairement : il n’y a rien, dans les évangiles, qui permette de placer Thomas sur le banc des accusés. Il n’y a aucun reproche du Christ, ni des autres disciples. Au contraire même : le Ressuscité entre dans son « jeu » ; il lui présente ses mains et son côté, pour qu’il voie et qu’il croie.

Personne ne fait le moindre reproche à Thomas ; car la seule différence avec les autres apôtres, ce n’est pas une foi plus tiède, ou plus méfiante. La seule différence avec les 10 autres, c’est qu’il n’était pas là lors de la première apparition du Ressuscité, le jour de Pâques. Il n’était pas là pour voir Jésus. Et c’est tout !

Dès lors, l’évangile n’a aucune intention d’accabler Thomas. Il n’est l’exemple type que d’une espèce de croyant très répandue : le chrétien qui n’a jamais vu le Ressuscité lui apparaître. Il est le frère de toutes celles et de tous ceux qui disent : « J’ai de la peine à croire. Cette résurrection est si étonnante que j’en doute parfois. Ou souvent. » Thomas est l’exemple type de celui qui place sa confiance en Dieu, ça oui ! Et qui marche avec Jésus, ça aussi ! Mais, quand on aborde le chapitre « résurrection », ça devient quand même nettement plus incertain. Plus opaque. Là, on avance bien davantage comme dans un tunnel, dans le noir ! « Si seulement je pouvais voir, me dit-on souvent, ce serait quand même bien plus facile de croire ! »

L’évangile de Jean, qui aime bien les clins d’œil et l’humour, précise une chose étonnante : que Thomas, en araméen, ça veut dire « le jumeau ». Est-ce que Thomas ne serait pas présenté comme le frère jumeau de l’Eglise ? L’Eglise qui elle aussi a entendu parler de l’événement de Pâques, mais qui n’a jamais vu le Christ ressuscité de ses yeux ? Est-ce que, plus précisément, la communauté de Jean ne s’identifierait pas à ce disciple qui a besoin de voir pour croire ?

Car il y a un deuxième indice (on est un peu comme dans un roman policier, où le lecteur est invité à avancer dans ses découvertes grâce à des détails infimes). Le deuxième indice, c’est que la première apparition de Jésus (sans Thomas) a eu lieu le jour de Pâques. Soit un dimanche. Et la seconde apparition de Jésus s’est produite pile une semaine plus tard : donc le second dimanche de l’histoire chrétienne ! Le groupe des disciples rassemblés là, nous suggère ainsi Jean, c’est l’image de la communauté des croyants réunie pour le culte dominical !

 

Oui, Thomas est bien le frère de beaucoup d’entre nous, qui avons de la peine à croire à la résurrection, tellement c’est énorme, je veux dire é-norme au sens étymologique, hors des normes !

Encore une fois, l’évangile ne veut pas accuser ni culpabiliser aucun de ces chrétiens qui doutent : c’est normal ! C’est humain !

Un qui n’est pas normal, par contre, qui n’est pas humain, c’est le Christ. D’abord, il entre dans une maison dont tous les accès sont fermés à clé. Il n’a donc plus un corps matériel comme nous. Mais ensuite, il montre ses mains et son côté, donc il a encore l’apparence du crucifié. Et rebelote une semaine plus tard.

Remarquez bien : Thomas n’a pas le temps de toucher les plaies du Christ ; il s’écrie, avant même d’avoir esquissé le moindre geste, cette confession de foi résumée : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Ce n’est pas d’avoir touché qui lui a permis de croire, mais c’est la manière dont Jésus est entré dans son « jeu ». Du reste, il n’aurait probablement pas pu sentir avec ses mains le corps du Ressuscité, puisqu’il est d’une nature différente du nôtre (il a de nouveau traversé les murs de la maison verrouillée). Mais l’attitude accueillante de Jésus, malgré ses doutes, a permis à Thomas de retrouver la relation qu’il vivait auparavant avec lui. C’est par l’amour, par l’affectif, que Thomas a découvert la foi, après la résurrection.
 

Thomas nous ressemble, alors que Jésus est si différent, qu’il transcende nos limites humaines, nos petitesses, nos fermetures. Thomas est notre frère, comme les autres disciples du reste. Vous avez remarqué ? Au soir de Pâques, alors qu’on a trouvé le tombeau vide depuis l’aube, quels sont les sentiments des apôtres ? Ils ont peur ! Ils se sont enfermés par crainte des juifs, nous dit Jean. On est bien loin des trompettes pascales !

Mais voilà que Jésus leur apparaît, et qu’il leur dit « La paix soit avec vous ». Et cette salutation, qui ressemble à celle des anges à Noël « Ne craignez pas », il la leur répète une seconde fois. « La paix soit avec vous ». Que votre cœur soit paisible.

Et puis, oubliez SVP l’évangile de Luc, parce que c’est ici, chez Jean, la Pentecôte. Je veux dire que dans le quatrième évangile, c’est ici que Jésus donne le Saint-Esprit aux apôtres. Le jour même de Pâques. Car c’est la victoire sur la mort, c’est la présence immortelle de Jésus qui donne l’Esprit Saint : ‘Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Puis il souffle sur eux et leur dit : « Recevez le Saint-Esprit »’.

Le Ressuscité souffle sur ses disciples un peu comme on souffle sur un voilier jouet, pour le remettre en route quand il s’est échoué. Allez ! On repart ! En route !

C’est beau, n’est-ce pas ? L’ennui, c’est que, huit jours plus tard, les disciples n’ont pas avancé d’un millimètre ! Ils sont toujours au même endroit, les portes sont toujours bouclées hermétiquement ! Voilà qui nous sommes, nous les humains : si lourds à mettre en marche, si engourdis ! Si terre-à-terre !

Et voilà ce que l’évangile de Jean veut dire à sa communauté, qui est spécialement petite et fragile ; et qui le sait trop bien, à la fin du premier siècle. L’Eglise johannique ressemble furieusement au peuple d’Israël au temps d’Ezékiel : ils disent « nous sommes des ossements desséchés, notre espérance est morte, il n’y a plus rien à faire ». Et déjà, dans ces temps reculés, Dieu avait soufflé sur ces os secs, sur ces tombeaux, et il avait fait renaître la vie.
 
Au temps de Jean, on sait bien qu’Israël a revécu. Mais on a peur pour le christianisme.

Aujourd’hui, on sait bien, aussi, que la foi au Christ a traversé 2000 ans depuis lors. Mais est-ce que nous avons peur pour demain, nous aussi ?

Est-ce que nous nous sentons parfois trop faibles ; démunis ; remplis de doutes et de craintes ? Pour l’avenir de l’évangile ou pour le nôtre ?

Si nous éprouvons ces sentiments, alors, c’est pour nous que Christ est mort et ressuscité. C’est à nous qu’il dit, aujourd’hui encore : « Je souffle sur vous, recevez le Saint-Esprit. Je vais ouvrir vos tombeaux, je mettrai en vous un Esprit nouveau, et vous vivrez ! ». Amen


Jean-Jacques Corbaz 



lundi 25 avril 2022

(Bi) MORT OU VIF ?

MORT OU VIF ?


Paradoxalement, en tuant la ville de Pompéi, le Vésuve l’a rendue immortelle.

Sans le vouloir, en tuant Jésus, les pouvoirs de son temps l’ont rendu éternel. Plus encore, ils ont permis que s’ouvrent pour nous aussi les portes de la résurrection !

Étonnamment toute violence, à long terme, se détourne de son but premier. - Il arrive même qu’elle se retourne contre ceux qui l’exercent.
 
Dites: si la foi pascale nous transformait en profondeur, ne pensez-vous pas qu’il ferait meilleur sur terre ?

Jean-Jacques Corbaz
 

 
 


jeudi 21 avril 2022

(Ci) La souffrance ne sauve pas

 

"Dans le christianisme, on a cru longtemps que c’est la souffrance du Christ qui nous sauve. La souffrance ne sauve personne, elle n’est pas bonne et il faut tout faire pour l’éviter.
Ce qui sauve, c’est l’Amour. L’Amour qui peut être présent au cœur même de la souffrance, la sauver et l’éclairer."
 
Jean Yves Leloup - Pourquoi la souffrance est-elle supportable ?
 
 

samedi 16 avril 2022

(Pr) C’est pas naturel


Prédication de Pâques, 16 avril 2022


Lectures: Matthieu 28, 1-10; Psaume 116, 1-9


Pâques! La fête du printemps! Célébration de la vie qui monte, du renouveau! De la nature, habillée aux couleurs de la joie! ...

Je pourrais continuer longtemps sur cette lancée, sans que personne ne proteste. Pourtant... question impertinente: est-ce que vous imaginez que Pâques puisse avoir lieu en automne, ou en hiver?

Impossible, dites-vous? Ce ne serait pas la même chose!?!

Mais pourtant, c’est bien ce qui se passe, pour la moitié du monde! Je veux dire: dans l’hémisphère sud; là, l’été vient de finir, l’hiver va commencer.

Vivre Pâques en automne, cela pourrait peut-être nous aider à comprendre que cette fête n’a rien à voir avec une célébration de la nature qui renaît. Tout au plus une heureuse coïncidence. Pâques, ce n’est pas naturel!

Au milieu de notre monde de lois (et je pense autant au code civil qu’aux lois universelles de la physique); au coeur de notre histoire humaine, quelque chose, tout à coup, a changé. Non pas une correction de trajectoire, pas un réglage supplémentaire: mais une révolution! (j’allais dire: une conversion!). Quelque chose a été tourné fond sur fond! Pâques, ce n’est pas naturel du tout, c’est même l’envers du naturel!

Oui, bien sûr, le naturel reviendra au galop, mais depuis qu’il a été chassé, nous savons qu’il a été vaincu; qu’il n’est pas le dernier mot du monde, et de l’histoire, et de Dieu; qu’auprès du Christ, avec l’aide de son Esprit saint, nous pouvons toujours retrouver la force de le dominer, nous aussi.

Le naturel c’est quoi ? Eh bien, la guerre, c’est naturel. Et la souffrance, et l’égoïsme, et la peur; ça, c’est naturel. La mort aussi, bien sûr! Mais la révolution, vous le savez, c’est qu’au matin de Pâques, tout ça, même la mort, s’est fait poser un lapin!!
 

Dans l’Antiquité, et dans le judaïsme aussi, on pense que la mort est une fin totale. L’arrêt du corps, du coeur, du cerveau, on croit que c’est la fin de toute existence, et même de toute relation avec Dieu.

Face à ces religions-là, la résurrection proclamée par le Nouveau Testament s’inscrit complètement à contre-courant: Dieu nous aime, il reste relié à nous au-delà de la mort. Ce qui était une barrière totale n’est plus une barrière du tout: Christ est des deux côtés; vivant ou mort, il règne de part et d’autre, et les croyants avec lui! Pâques, ce n’est pas naturel du tout!

Une preuve encore: la frousse! Les gardes sont paralysés par la peur. Les deux Marie sont toutes tremblantes, et l’ange doit déployer toute sa psychologie pour les rassurer. Pâques, ce n’est pas naturel.
 


Mais surtout, à quoi sert cet événement incroyable? Eh bien, il n’a pas d’autre but que d’être annoncé aux disciples, aux chrétiens. La résurrection n’est pas faite pour être proclamée aux incroyants, elle est trop incroyable! Elle peut même devenir, nous le savons, un obstacle à la foi.

Pâques n’est pas un événement pour l’extérieur, mais pour l’intérieur: pour redonner courage aux chrétiens, pour les stimuler sur les chemins de la mission que Jésus va leur confier, quelques versets après notre passage, quand il dit: “Allez, faites de tous les peuples mes disciples, apprenez-leur tout ce que je vous ai appris, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et sachez-le: je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde!”
 

Comme aux croyants d’il y a 2000 ans, Pâques nous est donné, à nous chrétiens d’aujourd’hui, comme une ouverture formidable à l’inespéré, pour faire exploser nos résignations, pour nous mettre en marche sur des chemins neufs, risqués, des chemins pas naturels du tout! C’est le fameux renversement des valeurs que chantent les chrétiens: celui qui a été mis en route par le Christ n’a plus les mêmes priorités que les autres. Quelque chose a été tourné fond sur fond.

Dans quelle direction le ressuscité va-t-il nous lancer? Dans quelle direction le ressuscité va-t-il te lancer? Dans le domaine social, la lutte contre le chômage, ou l’accueil des migrants? Dans les relations avec les pays pauvres, à l’exemple d’un Raoul Follereau? Ou, plus près de nous, dans le combat quotidien contre la résignation, le fatalisme, la peur, à l’intérieur même de notre propre vie? Dans la lutte avec la mort, en nous ou autour de nous? Dans des gestes, des paroles, des amitiés qui ressuscitent l’espoir pour deux ou trois que Dieu a placés à portée de notre foi?
 

La réponse, bien sûr, ne peut être donnée que par chacun, pour lui-même. Par chacune, pour elle-même!

Mais nous ne nous montrons disciples du Christ que dans cette transformation de la vie entière, qui atteste notre participation à son règne (son règne, qui n’est pas plus naturel que le reste, bien sûr!).

Vous me direz: “c’est complètement fou!” Evidemment! Comme Pâques, vous l’avez déjà compris! C’est fou comme la victoire de Jésus sur la mort et la haine. L’aventure de la foi pascale est à l’envers du monde.

Je ne vous suggère donc pas, en prolongement de cette prédication, de choisir dans votre coeur des gestes de réconciliation ou de solidarité, comme parfois. Non, je vous propose aujourd’hui beaucoup plus: de vous choisir une vie entière. Les gestes viendront bien après, tout seuls!

Vous me direz, pour la plupart, qu’il y a longtemps que vous avez fait vos choix de vie; les orientations essentielles de votre existence, vous n’avez pas attendu cette prédication pour les découvrir, heureusement! C’est clair.

Mais ce culte de Pâques nous est offert pour y repenser, à ces choix essentiels. Pour les retrouver, peut-être, face à l’évangile, afin que la Résurrection les re-vivifie, les rajeunisse, leur donne une vigueur nouvelle.

Depuis bientôt 2000 ans, Pâques nous appelle à devenir ferments d’un monde changé. Pâques nous appelle à ressusciter, chaque jour, ici-bas! Ce n’est pas naturel du tout, mais qu’est-ce que ça remplit la vie d’espérances passionnantes! Amen
  



Jean-Jacques Corbaz 


J’avais déjà écrit cette prédication quand j’ai lu ce texte de James Woody, qui la rejoint bien:





Pâques sans effets spéciaux

Pâques est-elle une fête à réserver aux superstitieux qui pensent qu’être croyant c’est être certain qu’il y a un dieu qui a réanimé un mort il y a deux mille ans? Les évangiles font d’abord de Pâques une réponse au vendredi de la condamnation à mort d’un innocent. Pâques, c’est avant tout le fait d’assumer les vendredis noirs de l’histoire : les dénis de justice, le massacre des innocents, le cynisme politique qui organise la paix civile sur le dos des populations; c’est assumer les crucifixions moins spectaculaires, mais tout aussi cruelles: un licenciement, une rupture, un cancer. Cela nous concerne tous, que nous revendiquions une identité chrétienne ou non, que nous ayons prévu d’aller à un office de Pâques ou non.

Les récits de Pâques mettent en défaut une conception physique de la résurrection: Jésus ne peut plus être touché, il n’est même plus reconnaissable par ses plus proches, ce qui signifie qu’il n’est plus visible en tant que tel. Le tombeau n’est pas vide du corps de Jésus; il est vide de ce qu’il a accompli, de son enseignement, de la puissance d’amour qu’il a manifestée et qui ne peut être définitivement enterrée. Pâques n’est pas la fête de ceux qui croient en un dieu tout-puissant qui aurait fabriqué les atomes et les cellules ou qui croient en ce dieu qui aurait décidé que la meilleure manière de rendre le monde plus vivable était de mettre à mort un innocent. Pâques n’est pas la fête de ceux qui pensent que «Dieu» est un être surnaturel siégeant dans un coin de l’univers, capable de réparer les corps meurtris ou d’arrêter un nuage de gaz mortel aux portes d’un hôpital. Pâques n’est pas la fête de ceux qui pensent que les bons croyants peuvent mourir cliniquement et, trois jours plus tard, retrouver une activité cardiaque et cérébrale.

Le dimanche de Pâques répond au vendredi en proclamant la résurrection, mais entendons-nous bien sur ce que signifie ce mot. «Ressusciter» dans la langue grecque qu’utilisent les évangélistes, c’est réveiller, c’est relever. Ce sont des verbes de la vie courante qui expriment la résurrection dans notre quotidien. Cela s’adresse en tout premier lieu aux contemporains de Jésus, qui vivotaient au lieu d’exister. Raconter la résurrection de Jésus c’est mettre en scène le réveil du désir de vivre chez ceux qui étaient noyés dans une ambiance mortelle. Les récits de Pâques disent la possibilité de retrouver du sens lorsque la vie semble n’être que chaos. «Dieu» désigne alors tout ce qui nous permet, aujourd’hui encore, de sortir de nos torpeurs, tout ce qui nous permet de devenir un peu plus vivants, un peu plus humains, d’exister à nouveau.

Ce qui est surnaturel, à Pâques, c’est que les histoires personnelles peuvent trouver un nouvel élan alors qu’elles semblaient épuisées de manière inexorable. Le deuil d’un être cher peut être traversé. Un échec peut être l’occasion d’un nouveau départ. On peut se réveiller de nos cauchemars. On peut être relevé de ce qui nous accable. On peut se relever d’un licenciement abusif. Nous pouvons être fautifs, avoir trahi et, néanmoins, être pardonnés. Une crise politique majeure peut être surmontée. Une conscience citoyenne peut ressusciter. Tout cela et bien d’autres choses encore sont possibles parce que le fondement de notre vie est toujours susceptible d’être libéré des entraves du moment. Lorsque nous manquons de rites qui nous permettent de faire face à nos deuils, qui nous permettent d’affronter les impasses dans lesquelles nous nous condamnons à demeurer, Pâques peut constituer un patrimoine dans lequel il est possible de puiser les éléments nécessaires pour reprendre pied dans une histoire qui est en train de nous échapper. Derrière le mythe de Pâques sommeille cette grande vérité qui nous concerne tous: il est possible de vaincre ce qui rend le quotidien mortel. Sans avoir besoin de nous affilier à une religion particulière, Pâques peut être une fête pour porter notre vie à son incandescence.

James Woody 
  






mardi 5 avril 2022

(Bi) Bonjour, numéro...

Bonjour, numéro...

Histoire vraie. Tout près d’ici, un établissement médical. Un petit journal interne, sympathique, donne régulièrement des nouvelles du personnel: arrivées, départs; mariages, naissances... Info de proximité, très appréciée, vous pensez.

Mais voici qu’un petit chef s’avise soudain, ô horreur, que ce genre de communications contrevient à la sacro-sainte protection de la vie privée. Pas de ça, Lisette! Cachez cette rubrique que nous ne saurions voir!

Et voilà comment, chers amis, une publication conviviale s’est transformée en feuille de chou technique et froide, qui n’intéresse plus personne. Dites, que nous arrive-t-il? Est-ce moi qui suis tombé sur la tête?

Et je me prends à rêver d’un avenir “radieux” (hum!) où de nobles tartuffes auront éradiqué jusqu’aux plus petites violations à cette despote nommée protection des données. Nous n’aurons plus le droit de demander leur nom à nos collègues, même celles et ceux que nous côtoyons chaque jour. Seul l’ordinateur central des ressources humaines (ah, l’affreux mot: êtes-vous des ressources?) possèdera encore les coordonnées de celui que je ne pourrai plus appeler que par un numéro. « Eh, 877, on va boire un jus? »

Chers amis, sachez-le : Dieu nous respecte infiniment, mais jamais il ne nous traitera comme des numéros ! « Ne crains pas, nous dit-il, car je t’ai racheté. Je t’appelle par ton nom, tu es à moi » (Esaïe 43).

Jean-Jacques Corbaz

lundi 28 mars 2022

(Pr) “Pas de cygne ni de baleine, mais une croix.”

 Prédication du 28.3.22  -  «Le signe de Jonas »  



Lectures bibliques: Matthieu 12, 38-42 ; Romains 3, 21-24
 

Au temps de Jésus, un pharisien marche d’un pas rapide. Il est très agité. Dans sa tête, il tourne en boucle quelque chose comme :

Depuis quelque temps, ce Jésus fait parler de lui dans toute la Palestine. Il guérit des malades, il proclame avec autorité et discute les règles de la religion. Il prétend tout savoir mieux que les autres ! Il contredit les chefs juifs, les rabbins, responsables de la théologie et de la tradition. Ceux qui sont consultés, ceux qui savent : Jésus les conteste !

Certains disent même que ce serait le Messie, celui que Dieu doit envoyer rétablir le royaume de David. D’autres disent pire encore… je n’ose en parler, ce serait blasphème. On dit, on dit… le peuple rêve…

Minute, papillon ! Moi je dis : si ce bonhomme est le Messie, qu’il le prouve ! L’Ecriture sainte indique des signes précis grâce auxquels on pourra reconnaître ce nouveau David. La tradition religieuse enseigne comment, exactement, le roi du Nouvel Israël apparaîtra. Si ce Jésus prétend être le Messie, qu’il nous donne les signes prévus, annoncés, de son règne ! Nous verrons bien. S’il peut donner ces preuves, moi, je suis prêt à le reconnaître !

Alors voilà. Je vais marcher vers lui. Je vais lui demander : « Tu prétends être le Messie ? Prouve-le ! Donne-nous les signes attendus que tu es bien le nouveau David ! »

 



Voilà ce que se disait Zacharias, le grand maître de la loi, autorité reconnue dans tout Israël en matière de religion juive. Voilà ce que se disaient avec lui pas mal d’autres pharisiens : ‘Alors voilà. Je vais marcher vers lui. Je vais lui demander : « Tu prétends être le Messie ? Prouve-le ! Donne-nous les signes annoncés que tu es bien le nouveau David ! »’

«Quelques maîtres de la loi et quelques pharisiens dirent à Jésus : « Maître, nous voudrions te voir accomplir un signe ! » - dommage que beaucoup de bibles traduisent « nous voudrions te voir accomplir un miracle », car l’évangile selon Matthieu utilise un autre mot, en grec, pour les miracles. Ici, il s’agit bien d’un signe, d’une preuve.

Et à cette demande, au fond bien compréhensible, Jésus répond de manière agressive : « Espèce mauvaise, génération infidèle ! Vous n’aurez pas de signe inscrit au répertoire. Vous n’y comprenez rien ! »

Cet énervement est difficile à saisir, si on oublie que l’évangile selon Matthieu a été écrit quelque 50 ans après la mort de Jésus, au milieu d’une société juive qui persécute les chrétiens et qui montre bien qu’elle n’a pas du tout accepté l’enseignement du Christ. Il y a au temps de l’évangile selon Matthieu un énorme conflit entre juifs et disciples de Jésus. La génération « bouchée », c’est davantage celle des années 80 que celle des années 30 !

Donc pas de preuve ? Pas de signe ? Un seul : celui de Jonas. Et les maîtres de la loi, qui connaissent leurs classiques, savent bien qui est ce Jonas, ce prophète maudit, humilié, et qui fait tout à l’envers. Et vous connaissez son histoire, vous aussi :

Jonas a été chargé par Dieu d’une annonce de punition pour la ville de Ninive, en pays païen. Condamnation irrévocable. Alors, Jonas panique, car il a peur d’être tué. Et il fuit, en bateau, à l’opposé de l’endroit où Dieu l’envoie. Durant le voyage, l’embarcation est secouée par une « puissante » tempête,  et les marins, espérant calmer Dieu, jettent à l’eau notre héros.

Alors qu’il va se noyer, Jonas est avalé par un grand poisson, une sorte de monstre marin, dans le ventre duquel il reste trois jours et trois nuits. Puis il est recraché sur le rivage d’où il était parti.

À ce moment, Dieu l’appelle une seconde fois, et cette fois le prophète obéit. Surprise : les habitants de Ninive se repentent et demandent pardon ! Et, deuxième surprise : Dieu lui aussi se repent de sa décision de punir la ville. Il y renonce. Cela à la grande déception de Jonas. Furieux contre Dieu, il veut se laisser mourir. Mais Dieu revient vers lui et lui rappelle son amour immense et infini envers chacun. Son pardon est toujours plus fort que sa colère !

   

Il est facile, aujourd’hui, d’établir le parallèle entre Jonas et Jésus. Le « signe de Jonas », c’est lui, le crucifié. D’abord à cause des trois jours et trois nuits (même si le Christ n’est pas resté au tombeau trois nuits, vous le savez ! Matthieu a un peu forcé la comparaison). Mais le rapprochement tient surtout à cause du ministère prophétique : le signe de Jonas, c’est qu’il disparaît ! Le signe de Jonas, c’est un « non-signe », un signe à l’envers ; de même, Jésus disparaît dans la tombe, il est un signe « en creux ».

Jésus est aussi ce personnage humilié, apparemment maudit, et sans succès. Il règne à l’envers des valeurs du monde, à l’opposé de ce qu’on attendait.

Il dit également des choses surprenantes, et désagréables à entendre : Jésus annonce que tous les humains sont coupables, et qu’ils méritent tous punition. Mais cette sanction est effacée par la bonté de Dieu, sans limite. Le ministère du Christ, comme celui du prophète de l’Ancien Testament, n’est pas seulement destiné à sonner les cloches aux coupables ; il a surtout pour but de sonner des cloches qui annoncent le pardon définitif d’En Haut. Ce sont les cloches de Pâques ! Dieu renonce à sa colère.

Comme Jonas enfin, Jésus prêche en deux temps : avant l’engloutissement, c’est-à-dire avant sa mort ; et après, lorsqu’il devient le juge de l’éternité,  celui qui nous déclare tous non coupables, qui nous fait grâce à tout jamais !

Pourtant, il y a une grande différence, l’avez-vous remarqué ? Car chez Jésus, ce n’est pas lui qui se dérobe, comme Jonas ; mais c’est le peuple juif qui tue Jésus pour s’en débarrasser. Mais là encore, il revient, de manière lumineuse, au matin de Pâques, proclamer sa souveraineté universelle, proclamer la primauté absolue de la vie sur la mort, proclamer la libération de tous les condamnés.

Je souhaite ardemment qu’aujourd’hui, ce temps de Passion-Carême nous le rappelle : le seul signe de la divinité de Jésus, c’est sa mort sur la croix. Notre salut ne tient qu’à un fil : c’est celui qui nous relie au Christ crucifié !

Face à la curiosité – légitime – de nos contemporains, de celles et ceux qui doutent ; face aux personnes qui ont besoin de comprendre la foi ; face à nos adolescents ; aux gens qui nous demandent des comptes à propos de notre espérance et de nos actes, affirmons-le avec l’évangile : aucun miracle, aucun coup d’épate, aucun signe de gloire ou de merveilleux ne peut donner une réponse satisfaisante et durable. Le seul signe donné à l’humanité pour que nous discernions le fils de Dieu, c’est son règne à rebours, sa couronne qui n’est pas d’or, mais d’épines ! C’est la croix, sa plus belle parole d’amour ! 




Amen


Jean-Jacques Corbaz