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lundi 2 novembre 2026

(Li, Hu) Il est dessous

Accueil - L'armoire est tombée 


Bonjour, et merci d’être venus ce matin ! 

C’est l’histoire de la dame au chapeau, qui entend son fils crier:

- Maman, l'armoire est tombée!!

 - Ouhlà, répond-elle, il faut prévenir Papa!

 - Oh, reprend le gamin, il le sait déjà: il est dessous! 

Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, notre Père du Ciel, lui également, sait déjà tout ce que nous brûlons de lui dire. Il le sait déjà parce qu’il est en-dessous, lui aussi! 

Je veux dire : il s’est abaissé plus bas que le plus bas des hommes pour être tout près de nous, le plus près possible... surtout lorsque nous sommes écrasés par les accidents de la vie! 

Bienvenue... 

 

Jean-Jacques Corbaz, septembre 2015 

 

(Pr) Halloween? Toussaint? Quelles relations avec nos défunts?

 Prédication du 2 novembre 2026  

 Lecture biblique: Jean 11, 17- 44 


Comme chrétiens, quelles relations pouvons-nous vivre avec nos défunts? Plus précisément, en tant que réformés, ou protestants, comment pouvons-nous vivre des relations avec nos défunts?

Les catholiques, eux, ils ont la Toussaint, bien sûr. Le 1er novembre, ils honorent les saints qui les ont précédés. Et le lendemain, 2 novembre, (donc aujourd’hui), ils marquent le jour des morts, qui évoque le souvenir des ancêtres, et qui invite à prier pour leur salut. On fleurit les tombes, on inter-cède pour les proches décédés.

Et il y a encore Halloween, plus récemment arrivé chez nous. Cette fête était, au départ, la veille de la Toussaint, mais elle est devenue davantage une célébration de la peur, de la magie et des sorciers; façon d’exorciser nos craintes, nos fantômes. Et puis voilà que, déjà, nous voyons Halloween évoluer encore et se transformer en fête de l’automne, de la courge ou des potirons.

Durant trois jours d’affilée, la mort est donc au centre des préoccupations de bien des gens par chez nous. Et comme les traditions religieuses s’imbriquent de plus en plus les unes dans les autres, nous réformés nous sommes automatiquement pris dans le mouvement. Sans parler des familles mixtes!

En théorie, vous le savez j’imagine, les protestants ne prient pas pour leurs défunts. Et ils n’ont pas de vénération particulière pour les saints.

Pourtant, le décès ne coupe pas toute relation entre les morts et les vivants. Heureusement! Beaucoup de personnes veuves me disent qu’elles parlent encore à leur conjoint, parfois plusieurs années après l’avoir enterré. Et souvent, des survivants écrivent: «De là-haut, veille sur nous»! Quoi de plus normal, même dans notre Église? Ne vous en privez pas, si ça vous aide à vivre votre deuil!



Maintenant, un peu d’histoire.

Savez-vous que ces trois fêtes (Halloween, la Toussaint et le jour des morts) sont d’origine païenne? Mais attention: avant de les effacer de vos mémoires, ou avant, à l’opposé, de vous lever et de partir fâché de ce culte, comprenez bien ce que ça veut dire, «païen». Le mot vient de la même racine (latine) que «paysan». Il désigne l’homme ou la femme de la terre, qui vit au rythme des travaux des champs, et des récoltes. Et qui, logiquement, exprime sa spiritualité, sa religion, d’une manière syntone, qui résonne en harmonie avec son quotidien. Sa culture.

Nos ancêtres étaient tous païens. Et ce paganisme a encore des conséquences aujourd’hui; parfois positives. On sait que Noël, par exemple, était une très ancienne fête païenne, célébration de la lumière, au moment où les jours recommencent à grandir; juste après le solstice d’hiver. À l’arrivée du christianisme, cette festivité a été transformée en commémoration de la naissance de Jésus, Lumière du monde.

Pour nos trois «jours des morts», c’est assez exactement la même chose: au départ, ces fêtes s’inscrivaient dans des sociétés stables, axées sur 4 réalités: (1) le sol; (2) les ancêtres; (3) les divinités; et (4) les vivants. Il fallait surtout relier ces quatre réalités, et en renforcer la cohésion: le sol, les ancêtres, les divinités et les vivants resserraient leurs relations, une fois par année, à travers des réjouissances religieuses. C’était tout un rituel d’apaisement face aux peurs soulevées par la mort. Les vivants, en renforçant leurs liens avec les proches décédés, réaffirmaient le sens de leur vie, leur solidarité «de clan». Ce geste de mémoire rattachait ainsi les humains à ceux qui les avaient précédés et enracinés sur leur terre.
Évidemment, ces célébrations n’ont pas de fondement dans les évangiles. Au contraire, Jésus a été, sur cette question, plutôt, euh... iconoclaste! Contestataire! Vous connaissez ses formules: «Laisse les morts ensevelir les morts» ou «Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais celui des vivants».

C’est à l’époque de Charlemagne (vers 800 après JC) que ces rites autour des défunts ont été «christianisés», donc recouverts d’un vernis chrétien. On a fait cela pour permettre à la foi évangélique d’être adoptée par de nombreux peuples et tribus. En effet, l’Église ne parvenait pas à balayer ni la fête de la lumière de décembre, ni les célébrations d’automne autour de la mort. Alors, l’Église a introduit dans ces rites des contenus en relation avec l’évangile. On a encouragé la vénération des saints et de la Vierge, et le culte des reliques (c’est-à-dire l’adoration des restes des saints, par exemple cheveux ou ossements); on a encouragé encore les pèlerinages, les processions...

C’est à ce moment aussi que le pays a été découpé en diocèses et en paroisses, pour encadrer le peuple, l’enseigner et le surveiller. Et c’est alors qu’a été réinventée l’école, pour instruire tout ce petit monde. C’est le cas de le dire, avec France Gall: sacré Charlemagne, oui sacré!

Ce fut donc le génie du Moyen Âge d’oser faire la synthèse entre l’héritage païen et le message chrétien. Mais cette synthèse a du coup provoqué un revers à la médaille: on a quelque peu émoussé le tranchant de l’évangile, on l’a dilué dans un ensemble de coutumes qui s’écartaient de l’enseignement du Christ et de ses apôtres.

Et c’est pourquoi, au 16è siècle, vous l’imaginez bien, c’est pourquoi la Réforme a voulu revenir aux sources et supprimer les traditions païennes qui s’étaient rajoutées. Les protestants ont alors balayé la Toussaint et le jour des morts (mais pas Noël, quand même; ça, c’était impossible, ils n’ont pas réussi!).


Tombe de Gainsbourg à Paris
Pourtant, le fait d’effacer une tradition populaire, ça ne permet pas de répondre aux besoins qui avaient fait naître cette tradition. Le protestantisme n’a souvent rien résolu en profondeur, quand il a supprimé ce genre de rites, sans rien mettre à la place. Nous réformés avons peu de symboles, peu d’images fortes ou de gestes parlants, qui aident à donner un sens aux grandes questions de la vie; et qui aident à transmettre ce sens!

Comment donc exprimer aujourd’hui les liens, la solidarité que la Toussaint essayait de concrétiser? En 2026, entre nous et entre les générations, comment resserrer les attachements communautaires?

Il ne faut pas se faire d’illusions: dans les contrées catholiques, la visite des tombes va aussi diminuer. Car nous ne vivons plus dans un monde rural statique. Les sépultures sont désaffectées en moins d’une génération; la pratique de l’incinération gagne du terrain; les cendres sont souvent déposées dans un Jardin du Souvenir qui ne mentionne même pas les noms des personnes placées là; et surtout, les déménagements, de plus en plus fréquents, distendent les liens avec le lieu d’origine et l’endroit de sépulture de nos parents.

Notre société, marquée par la mobilité, devra donc inventer de nouveaux langages pour exprimer cette continuité de l’humanité par-delà la mort. Et ce ne sont pas les psychologues, dépêchés sur les lieux des catastrophes, qui pourront développer cette solidarité spirituelle. Ils agissent sur le moment présent, pour aider à supporter le choc de la tragédie. Et c’est très utile. Mais ce n’est pas de leur ressort que de proposer des symboles collectifs; des rites qui ancrent le lien avec nos défunts dans la durée; des gestes qui disent le mystère d’une divinité qui seule peut tenir entre ses mains la vie et la mort, et donc le fil qui les rattache l’une à l’autre.

Ne nous trompons pas: ce n’est pas un acte rétrograde que de rendre hommage à celles et ceux qui nous ont précédés. Dans ce monde où tant de choses nous coupent de nos racines, c’est au contraire indispensable et sain de cultiver une telle solidarité.

Vous me voyez conclure: puisque les rites traditionnels moins à l’ordre du jour,  il est important de resserrer les liens entre les vivants encore davantage, en attendant que se dessinent de nouveaux rites adaptés à notre société. Il est important de vivre plus proches les uns des autres, en famille, en quartier, en immeuble ou en lieu de vie, comme ici à Plein Soleil. Veiller à entretenir ce qui nous relie aux autres. Et, peut-être par des photos, des vidéos ou des écrits, rester proches des générations qui viennent comme de celles qui nous ont précédés.

 

C’est pour les unes et pour les autres que Jésus exprime son émotion, ainsi que le raconte l’évangile de Jean que nous avons entendu tout à l’heure. Le Christ pleure de tristesse avec les endeuillés, et il pleure de joie ou de tendresse avec les enfants ou les jeunes couples. Et puis, en faisant ressortir Lazare du tombeau, ne nous remet-il pas en relation, tous, par-delà la mort? Ne nous remet-il pas en religion, puisque c’est toujours le fait de relier qui est dans ce mot?

Oui, qu’il nous relie, les uns aux autres. Qu’il nous attache mieux. Nous vivrons plus solides. 
Amen


Jean-Jacques Corbaz

vendredi 30 octobre 2026

(FA, Vu) Halloween, la nuit où les frontières deviennent poreuses


  Chaque année, vers la fin octobre, la même scène se répète devant ma porte. Une sorcière de huit ans, un squelette un peu trop grand pour son costume et un petit fantôme qui trébuche sur son drap me tendent un sac en plastique orange. Derrière eux, un père fatigué, resté sur le trottoir, me fait un signe d'excuse. Je tiens à la main un bol de bonbons et, je l'avoue, une question que je n'ai jamais vraiment réglée : que suis-je censé faire de cette nuit-là ?


Pendant longtemps, j'ai cru que la réponse était simple, parce que mon milieu me l'avait donnée toute faite. Les évangéliques, dans l'ensemble, regardent Halloween avec méfiance, et ils ont leurs raisons. La mort, la peur, l'occulte : cela ne ressemble guère à l'Évangile. Mais j'ai fini par remarquer que nous avions tendance à répondre avant d'avoir compris la question.


Prenons l'histoire. Chez les Celtes d'Irlande et d'Écosse, la fête de Samain marquait la fin de l'été et l'entrée dans la saison sombre. On croyait alors que la frontière entre les vivants et les morts devenait poreuse, et l'on allumait des feux, on déposait des offrandes, on se déguisait pour apaiser ou repousser les esprits. Il faut un certain courage pour sourire de ces rites. Ces gens, au fond, avaient peur de la nuit qui venait, de l'hiver, de ce qui nous attend tous. Qui pourrait leur donner tort?


Puis le christianisme est arrivé, sans balayer le paysage mais en s'y installant. Au VIIe siècle, un pape instituait une fête de tous les saints, fixée au 1er novembre quelques siècles plus tard. La veille s'est appelée All Hallows' Eve, puis Halloween. Il ne s'agit donc ni d'une pure invention chrétienne ni d'une survivance païenne intacte, mais d'un enchevêtrement, comme souvent dans l'histoire : des rites celtiques, des fêtes romaines des morts, un calendrier ecclésial. Les Irlandais affamés l'ont ensuite emporté en Amérique avec leurs maigres bagages, les navets creusés sont devenus des citrouilles, et une fête de la peur est devenue, au fil du siècle, une industrie de bonbons et de costumes.


Ce qui me frappe, c'est la légende de Jack, ce rusé condamné à errer avec un simple tison dans un légume évidé. Une petite lumière dans les ténèbres : sans le vouloir, le folklore a tracé une image que l'Évangile reprendrait volontiers. « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas vaincue. » Jean n'écrit pas que les ténèbres n'existent pas. Il sait qu'elles existent, et il ne s'en effraie pas.


Je crois que c’est là que nous, évangéliques, nous nous sommes parfois trompés de combat. Nous avons traité Halloween comme une forteresse à défendre, alors que l’apôtre Paul adopte une attitude plus nuancée. Les chrétiens de Corinthe se demandaient s’ils pouvaient manger de la viande offerte aux idoles. Paul répond en deux temps. D’abord, une idole n’est rien, et la viande reste de la viande. Ensuite, tous les croyants ne sont pas aussi sûrs d’eux : si ma liberté trouble la conscience d’un frère plus fragile, je dois y renoncer par amour pour lui. Paul n’impose donc ni interdit général ni liberté sans regard pour l’autre. Il montre un chemin plus étroit, et plus exigeant qu’une simple règle : celui de la liberté qui se met au service de l’amour.


Soyons honnêtes : l'inquiétude de certains de mes frères n'a rien de ridicule. Le christianisme n'a jamais plaisanté avec la divination, l'évocation des morts ou la sorcellerie, et il y a des soirées d'Halloween qui flirtent vraiment avec cela. Mais un enfant déguisé en fantôme qui sonne à ma porte ne convoque aucun esprit. Il veut un Carambar. Si je lui ferme la porte au nom de ma pureté, ai-je défendu la foi, ou ai-je simplement éteint la seule lumière allumée dans la rue ?


Je ne prétends donc pas trancher. Une famille peut fêter Halloween avec simplicité, sans glorifier le mal ni se moquer du sacré. Une autre peut s'en abstenir, par fidélité à sa conscience, et elle a toute légitimité pour le faire. Ce que je refuse, c'est que l'une des deux regarde l'autre de haut.


Il me semble que les chrétiens ont mieux à offrir que la peur, ou son déni. Le 31 octobre, les protestants se souviennent aussi d'un moine qui, en 1517, a cloué ses thèses sur une porte, comme on dépose un point d'interrogation dans la nuit. Le lendemain, l'Église se souvient de ses saints, ces gens ordinaires, pardonnés et fragiles, qui ont traversé la mort sans y laisser leur espérance. Et le jour suivant, elle prie pour ses défunts.


Peut-être le plus beau témoignage, cette nuit-là, n'est-il ni un tract ni une soirée « alternative », mais une porte ouverte, un bol de bonbons et une lumière visible depuis la rue. La grâce, après tout, commence souvent par le seuil.

Philippe Tarabon
  
 

samedi 24 octobre 2026

(SB, Vu) Dieu "se repose-t-il"?

Cessation d’activité divine

 

En Genèse 2, 2 nous apprenons que, la Création étant «achevée», Dieu «se reposa le septième jour».

 

La Septante, la toute première version grecque de l’Ancien testament*, traduit :

Dieu «κατέπαυσεν τῇ ἡμέρᾳ τῇ ἑβδόμῃ» [katépausen tè hèméra tè hebdomè].

Le verbe καταπαύω [katapauô], lorsqu’il est transitif, signifie «faire cesser [quelque chose]». Mais ici il est intransitif et veut alors dire «se reposer [de]» :

Dieu «se reposa le septième jour» [de l’œuvre accomplie].

 

La Vulgate** confirme cette interprétation en employant le verbe rĕquĭesco, formé à partir de quĭēs, -ētis [cf. les mots français «quiétude», «inquiet», «coi»], qui signifie «prendre du repos».

 

Pourtant, cette image, naïvement anthropomorphique, d’une divinité fatiguée aspirant à des vacances, une fois accomplie sa lourde tâche, ne s’accorde guère avec Genèse 1, où le Créateur ne «fabrique» rien mais fait émerger un monde par la seule puissance de sa Parole***. D’ailleurs, le texte hébreu ne dit pas que Dieu «se reposa». Le verbe utilisé, שׁבת [ShBT] [d’où le mot «shabbat»], insiste davantage sur l’idée d’«arrêter», de «cesser une activité» plutôt que sur celle de «se reposer». Au verset 2 du deuxième chapitre de la Genèse, si Dieu cesse de créer, c’est précisément parce qu’Il a tout «achevé» [début du verset] !

 

Cette cessation d’activité divine n’a pas pour but de jouir d’une tranquillité bien méritée mais de prendre ses distances****. C'est un peu comme si le Dieu biblique se retirait de sa Création dès le tout début de la Bible... Voilà une discrète manière d’annoncer l’arrêt des temps mythiques [où absolument tout dépendait de l'initiative divine] et le commencement de l’Histoire [où les hommes portent la responsabilité de leurs actes].

 

* voir ma publication du 27/04/25
** la traduction de la Bible en latin réalisée par saint Jérôme au IV°s. après J.-C.
*** «Dieu dit … et X [«lumière», «firmament», etc.] fut» revient comme un refrain.
**** la préposition utilisée ici par l’hébreu indique un éloignement.
 
 
 

(FA, SB) JÉSUS FILS DE DIEU, c'est-à-dire?

MISE AU POINT IMPORTANTE SUR L’EXPRESSION JÉSUS FILS DE DIEU

 
Tout dépend de ce que l’on entend par « Fils de Dieu ». Dans les évangiles synoptiques, lorsque Pierre et d’autres disciples qualifient Jésus de « Fils du Dieu vivant » (Matthieu 14,33 ; 16,16 ; Jean 11,27), ils entendent par là que Jésus est le Messie promis (l’Oint, le Christ) et qu’il entretient une relation privilégiée avec Dieu. Dans la pensée juive du Ier siècle, qualifier quelqu’un de « Fils de Dieu » renvoyait à l’alliance davidique (2 Samuel 7,14) ; il s’agissait d’un titre royal désignant le Messie attendu, qui devait régner en tant que roi oint par Dieu.
 
La plupart des traditions chrétiennes en sont venues à interpréter ces affirmations — ainsi que le fait que Jésus les accepte sans les contredire — comme la reconnaissance de la « pleine divinité » de Jésus ; c’est-à-dire que Jésus est Dieu le Fils, égal au Père par son essence — en somme, qu’il est « Dieu ». De nombreux chrétiens progressistes soutiennent, quant à eux, que les disciples employaient cette expression dans le sens juif traditionnel du terme « Messie » : celui d’un roi humain désigné et mandaté par Dieu, et non comme l’affirmation que Jésus serait Dieu incarné.
 
Il convient également de noter que plusieurs autres groupes ou individus sont qualifiés de « Fils de Dieu ». Dans la tradition juive, ce titre était employé de diverses manières avant d’être exclusivement associé à Jésus. Dans l’Ancien Testament — ou les Écritures hébraïques —, des êtres célestes ou angéliques sont souvent désignés comme des « fils de Dieu » (Job 1,6 ; 2,1 ; Genèse 6,2). (En hébreu il n’y a pas de lettre majuscule. Note de G.C.). Dieu qualifie par ailleurs la nation d’Israël, dans son ensemble, de « fils premier-né », soulignant ainsi la relation d’alliance particulière qui les unit (Exode 4,22 ; Osée 11,1). De même, les rois terrestres régnant sur Israël étaient, lors de leur intronisation, adoptés comme « fils » de Dieu, signifiant par là qu’ils exerçaient leur pouvoir au nom de Dieu (2 Samuel 7,14 ; Psaume 2,7).
 
L’apôtre Paul décrit les disciples de Jésus comme ayant été adoptés dans la famille de Dieu, devenant ainsi ses fils et ses filles (Romains 8,14).
 
Dans les Béatitudes, Jésus déclare : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5,9).
 
Si d’autres ont porté ce titre selon le contexte — par la création, l’adoption ou l’exercice d’une fonction —, la théologie chrétienne dominante (notamment le courant évangélique conservateur depuis 1980) souligne que Jésus est qualifié, de manière singulière, de Fils « monogénès » (terme traduit par « unique » ou « engendré de manière unique ») de Dieu (Jean 3,16). Pour ce courant, cela implique une essence divine propre à Jésus, et non une relation métaphorique ou fondée sur l’adoption. À l’inverse, de nombreux chrétiens progressistes considèrent que Jésus nous a appris à le percevoir — tout comme à nous percevoir nous-mêmes — comme étant issus de Dieu, et à accueillir notre propre divinité. 
 
Beaucoup d’entre nous s’appuient sur les concepts de « théosis » (déification) — issus de la tradition orthodoxe — et de sanctification, tels qu’ils sont compris dans la théologie wesleyenne : il s’agit d’un processus co-créatif par lequel nous collaborons avec la grâce divine pour grandir dans la divinité et vivre à partir d’elle.
 
Il convient également de mentionner les travaux de Marcus Borg et de John Dominic Crossan, qui ont permis à beaucoup de découvrir que les empereurs romains, à commencer par César Auguste, portaient le titre de « Fils de Dieu » (« Divi Filius »). Lorsque Jules César fut officiellement divinisé (déclaré Dieu) par le Sénat romain en 42 av. J.-C., son fils adoptif et héritier, Octave (connu plus tard sous le nom d’Auguste), commença à utiliser le titre de « Divi Filius » —« Fils du Divin » ou « Fils de Dieu ». Ce titre devint un élément fondamental du culte impérial romain et fut repris par de nombreux empereurs ultérieurs, tels que Tibère et Néron. Dans le monde romain, ce titre conférait une autorité politique, militaire et religieuse immense, fonctionnant de manière très différente des concepts juifs ou, plus tard, chrétiens.
 

 
En se présentant comme le fils d’un prédécesseur divinisé, Auguste établissait un droit de gouverner absolu et incontesté. Cela élevait son statut au-dessus de celui de tous les autres politiciens et sénateurs romains, faisant de son pouvoir non pas le simple fruit d’une réussite politique, mais un destin cosmique.
 
La propagande romaine liait étroitement le statut divin de l’empereur à la paix et à la stabilité de l’empire. Des inscriptions de l’époque, comme la célèbre inscription du calendrier de Priène, qualifient la naissance d’Auguste de début d’une « bonne nouvelle » (« euangelion » — le terme même qui sera plus tard utilisé pour désigner l’« Évangile » chrétien) et lui attribuent le mérite d’avoir mis fin à la guerre civile et sauvé le monde. C’est pourquoi il était qualifié de « Dieu, Fils de Dieu, Seigneur, Seigneur des seigneurs, Prince de la paix et Sauveur ». Qualifier l’empereur de « Divi Filius » signifiait qu’il était le médiateur suprême entre les dieux et le peuple romain, garantissant ainsi la prospérité durable de l’empire et ses victoires militaires.
 
Lorsque les premiers chrétiens proclamèrent Jésus comme « Fils de Dieu » et « Seigneur » (« Kyrios ») au sein de l’Empire romain, leurs paroles étaient délibérément subversives. Pour une oreille romaine, affirmer qu’un Juif crucifié — et non l’empereur à Rome — était le véritable « Fils de Dieu » apportant la paix ultime au monde, constituait un défi direct et hautement politique à l’autorité impériale. Dire que Jésus est Seigneur (et Fils de Dieu, etc.) revenait à affirmer : « … et l’empereur, lui, ne l’est pas ! »
 
Certains chrétiens progressistes demeurent attachés à la conception traditionnelle de Jésus Fils de Dieu pour dire qu’il EST vraiment Dieu. La différence est que le christianisme progressiste ne demande pas aux fidèles d’adhérer à cette conception.
 
D’ailleurs, il convient de noter que Jésus se désignait lui-même avant tout comme l’« anthropos » — le Fils de l’Homme, de l’humanité — et nombre d’entre nous suivent, sur ce point, l’exemple de Jésus. 
 
Michel Leconte 
 

lundi 5 octobre 2026

(Li, Hu) Accueil - C'est pas ta faute

Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte ! 

 

C’est l’histoire d’une femme en train d’accoucher. Elle souffre énormément, et son mari, qui l’assiste de son mieux, essaie de la réconforter. Il lui dit : « Ma chérie, et dire que c’est de ma faute, ce que tu endures ». Et la femme répond : « Mais non, mais non... »   :-))

 

Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, notre Père du Ciel, lui aussi, nous assure que ce n’est pas de notre faute, tout ce qui ne fonctionne pas en nous et autour de nous. Ou plutôt, qu’il nous pardonne tout, car il sait à quel point nous sommes empêtrés dans un univers tissé d’injustices et de souffrances. C’est le sens de la mort de Jésus, qui se veut signe, attestation, voire preuve de notre salut, reçu gratuitement, la grâce !

 

Bienvenue... 

 

 

Jean-Jacques Corbaz, août 2024 

 

(Pr, Co) "Le 4ème saule et le trésor"



Prédication du 27.12.15

Matthieu 13, 44; Matthieu 16, 13-19; 2 Corinthiens 4, 6-7

C’est l’histoire de Louis Mallet, en France voisine, il y a longtemps, pendant la guerre. Louis a trente ans, et rêve de se marier. Depuis la mort de ses parents, il est seul dans la ferme, trop grande. Il n’a avec lui qu’un vieux domestique de campagne, Armand. Et puis quelques économies: de l’argent qu’il a hérité de ses parents, et qu’il garde précieusement dans un petit coffre, pour rénover sa maison, le jour où il se mariera.

Hélas, Louis ne pourra pas réaliser ses rêves. Un jour, le facteur lui apporte une grosse lettre: il est mobilisé. Départ dans quelques jours pour l’armée. La guerre.

Armand, le domestique, est trop âgé pour être appelé sous les drapeaux. Alors, Louis lui confie la ferme et les travaux des champs. “Ne t’en fais pas, dit Armand, tu peux compter sur moi!”

Rassuré, Louis peut partir délivré de ce souci. Mais lui reste un problème: que faire avec le coffre et l’argent? Les banques risquent de tomber entre les mains des ennemis, c’est trop risqué. La ferme elle-même peut être attaquée. Donc, il faut cacher son petit trésor. Mais où?

Tout-à-coup, il a une idée: les saules! En effet, il y a, à côté de sa grange, une rangée de vieux saules creux où il allait jouer quand il était petit. Depuis longtemps, il n’y a plus d’enfant dans la ferme, et personne n’y va plus. Ce sera une excellente cachette!

Louis va vers les saules et les examine bien, ils n’ont pas changé. Il voit que le cinquième saule est profond, ça ira extra! Il monte sur une échelle, et laisse descendre son précieux coffret au bout d’une corde. Personne ne l’a vu, ouf!

Et puis Louis passe chez son voisin, le père Jules. Il lui explique ce qu’il a fait. “Je sais que je peux te faire confiance, Jules. Je n’ai pas d’enfant. Si des fois je ne reviens pas de cette guerre, j’aimerais que mon argent soit donné à Armand, il m’a tellement aidé. Si je devais mourir, serais-tu d’accord de simplement lui indiquer la cachette et de lui dire de profiter de cet argent pour ses vieux jours?”

Jules accepte, bien sûr, et promet à Louis de ne jamais divulguer son secret. “Ne t’en fais pas, tu peux compter sur moi!”

 


Pendant six mois, Louis est sous les drapeaux, sans avoir la moindre nouvelle. Et puis, pas de chance, il est fait prisonnier. Il reste quatre ans en Allemagne, dans un camp. Et ce n’est que lorsque la paix est revenue qu’il peut enfin rentrer à la maison.

Et ce qu’il redoutait est arrivé: l’armée ennemie a pris le village; et sa ferme, comme la plupart des autres, est à moitié détruite, portes enfoncées, fenêtres arrachées; à l’abandon. On lui raconte qu’Armand, son domestique, n’a pas réussi à empêcher les soldats de piller la maison. Et qu’il a dû aller travailler dans un village voisin.

Le coeur battant, Louis se dirige vers les saules. Son argent ne sera pas de trop pour réparer sa ferme et racheter quelques vaches. Ouf, les arbres creux sont toujours là. Un, deux, trois, quatre... Louis monte dans le cinquième, et cherche son coffret. Hélas, rien! Pas le moindre objet à l’intérieur du vieux saule!

Plein de colère, il court chez le père Jules et lui tombe dessus: “Mon argent! Mon coffret! Qu’en as-tu fait?”

Etonné, Jules jure ses grands dieux qu’il n’a pas touché ni l’arbre ni la cassette. Et qu’il n’a rien dit à personne.

- Menteur! crie Louis, dans une fureur noire. Tu m’as volé, sale hypocrite! Il traite Jules de tous les noms. Et s’en va, en claquant la porte.



Quelques jours après, il y a un décès au village. C’est la vieille Simone, la plus pauvre de la commune. À cette occasion, Louis revoit son ancien domestique, Armand. Ce dernier lui raconte ses tribulations, et son impuissance à empêcher l’armée ennemie de s’emparer de la ferme.

Puis ils parlent de la vieille Simone. “Elle n’avait pas tous les jours à manger, se souvient l’ancien domestique, tant la misère l’accablait. Un hiver, la foudre est tombée sur un des saules à côté de la ferme. Alors, j’ai coupé à la hache tous les morceaux de cet arbre cassé, et je les ai donnés à Simone, pour qu’elle puisse se chauffer...”

En entendant cela, aussitôt, Louis se lève. Tout pâle, il prend Armand par les épaules, et sa voix tremble quand il demande:
- “C’était... quel saule?”

- Ben, c’était le premier depuis la grange. Pourquoi?

Aussitôt, Louis court vers les arbres. Et dans le quatrième saule, il trouve son précieux coffret. Et l’argent qu’il avait caché!!


C’est Armand qui m’a raconté cette histoire. Il a ajouté que Louis lui avait donné deux gros billets, pour le remercier. Et qu’ensuite, il avait couru chez le père Jules, pour tout lui expliquer. Et lui demander, tout honteux, de l’excuser. Depuis, les deux paysans se sont réconciliés et ils s’entraident pour leurs travaux.
 


“Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile”. Il y a le trésor, et il y a ce qui le contient: un saule creux, un pot de terre... une armoire. Le trésor est important, il a beaucoup de valeur; mais ce qui contient le trésor est tout aussi important, même s’il n’a aucune valeur en lui-même. Tout aussi important justement parce qu’il contient le trésor! Ce n’est plus un vieux saule comme il y en avait des milliers, un vieux saule qui ne valait trois fois rien; il est devenu un arbre d’une immense valeur! Quelle différence de prix entre le quatrième saule et le cinquième, tout-à-coup! À cause de ce qui est dedans!

“Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile”. Le trésor de la passion de Dieu pour nous, de ses promesses de pardon, il l’a placé à l’intérieur de nous. Par le Christ, nous devenons non plus de simples saules (pleureurs ou non!); non plus de simples ensembles de muscles, de peau, de sang: nous devenons enfants de Dieu, adoptés par amour. Nous devenons ainsi, logiquement, frères et soeurs, appelés à vivre réconciliés, comme Louis et Jules; à reconstruire un monde où règnent la justice et la paix.
 
 

“Jésus lui dit: «Tu es heureux, Simon, car ce n'est pas un être humain qui t'a révélé cette vérité, mais mon Père du Ciel. Je te le déclare, tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. La mort même ne pourra rien contre elle. Je te donnerai les clés du Royaume des cieux.»”

Ces paroles de Jésus nous semblent exagérément pompeuses. Vous le savez, l’Eglise catholique s’appuie sur ce passage pour asseoir la souveraineté du Pape, en tant que successeur de Pierre. Or, qu’est-ce que l’apôtre vient de dire, et que Jésus salue ainsi? Oh, pas grand-chose, juste: “Tu es le Christ, fils du Dieu vivant”!

Ce que l’évangile veut mettre en évidence, c’est le contraste entre cette affirmation et toutes les autres réactions face à Jésus: “Certains disent que tu es un prophète, Elie ou Jérémie...” un homme extraordinaire! Un gourou...

Pierre, en reconnaissant Jésus comme le Christ, n’est plus un vase de terre comme les autres; il n’est plus un saule comme les autres. Il a montré qu’il contenait le trésor! Et c’est ça, et rien que ça qui fait sa valeur, à Pierre! Il n’est pas un super-chrétien, au-dessus de nous. Au contraire: tout(e) croyant(e) est digne des mêmes éloges! Pierre n’est pas un super-chrétien; ce qui fait son prix, c’est le trésor qu’il contient: soit la présence toute proche de Dieu, en Jésus, acceptée et reconnue!
 

Dans le Nouveau Testament, nous sommes tous des saint(e)s. Savez-vous que les auréoles ont été inventées, au Moyen Âge, pour montrer que les chrétiens (tous les chrétiens!) étaient habités d'une lumière vive, reçue d'En-Haut, et qui rayonnait autour d'eux? Ce disque lumineux autour de la tête voulait dire: "Voilà quelqu'un qui a su laisser vivre en lui la Clarté majuscule de Dieu, quelqu'un qui sait aussi la diffuser autour de lui par ses paroles ou par ses actes".

 

La lumière de Pâques et Noël nous est donc donnée pour qu’elle rayonne et pétille autour de nous! Gestes de bonté, de respect pour celles et ceux qui nous entourent; gestes de confiance et d’espérance; gestes de reconnaissance aussi: nous reconnaissons être les dépositaires de ce trésor immense. Qui que nous soyons. Tout ébréchés que nous sommes: n’est-ce pas à travers nos fêlures que la clarté de Dieu peut sortir de nous?

À tous, le Christ nous dit: «Tu es un vase qui contient le trésor du Père, sa lumière. Tu es mille fois précieuse, mille fois précieux. Puisse la clarté du Ciel illuminer le monde autour de toi! Paix sur la Terre à chacun(e) de vous les bienaimés, les passionnaimés de Dieu».  Amen

                                                                                                                                                                                                           Jean-Jacques Corbaz  





                                                                                                                                                                                                                   

(Li, Po, FA) Confession de foi : Le Dieu en qui nous croyons, chant et danse de liberté

Le Dieu en qui nous croyons, il est chant et danse de liberté, et non loi ou contrainte,

Il naît en nous, dans nos possibles, dans nos rêves,

Il crée par nous, par nos mains, par notre sève.


Il commence dans notre cœur, nos émotions, nos craintes,

Dans nos espoirs, nos élans de tendresse,

Il se lève dans nos cris, nos révoltes contre le mal, il se dresse

Dans nos luttes pour la paix, la justice, l’indulgence,

Il nous rassemble pour vibrer, tous, à la même espérance,

Et il meurt lorsqu’en nous meurt la vie, la soif d’aimer, la jeunesse.


Mais même quand il meurt, comme la graine en terre,

C’est pour grandir, nouveau, cri de joie, ressuscité,

Pour dire que la mort est un lieu de lumière,

Une amie avec qui tout réinventer.


Le Dieu en qui nous croyons est confiance et promesse,

Nous n’avons pas peur de lui : il ne veut que notre bonheur.

Amen.

 

Jean-Jacques Corbaz, avril 1983