Pour vous y retrouver

Bonjour! Bienvenue sur ces pages, que j'ai plaisir à ouvrir pour vous!
Vous trouverez sur ce blog différentes sortes de contributions:
- annonce (An),
- billet (Bi),
- citation (Ci),
- confession de foi (CF),
- conte (Co),
- formation d'adultes (FA),
- humour (Hu),
- image (Im),
- liturgie (Li),
- poésie (Po),
- prédication (Pr),
- réflexion (Ré),
- sciences bibliques (SB),
- vulgarisation (Vu).
Bonne balade entre les mots!

Ces œuvres sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé.

Ce blog fait partie d'un réseau de sites réformés "réseau-protestant.ch" qui vise à coordonner et rendre visibles et lisibles les publications web de la galaxie du protestantisme de Suisse romande. Voir sur ce blog la page https://textesdejjcorbaz.blogspot.com/p/blog-page.html>.

samedi 24 octobre 2026

(SB, Vu) Dieu "se repose-t-il"?

Cessation d’activité divine

 

En Genèse 2, 2 nous apprenons que, la Création étant «achevée», Dieu «se reposa le septième jour».

 

La Septante, la toute première version grecque de l’Ancien testament*, traduit :

Dieu «κατέπαυσεν τῇ ἡμέρᾳ τῇ ἑβδόμῃ» [katépausen tè hèméra tè hebdomè].

Le verbe καταπαύω [katapauô], lorsqu’il est transitif, signifie «faire cesser [quelque chose]». Mais ici il est intransitif et veut alors dire «se reposer [de]» :

Dieu «se reposa le septième jour» [de l’œuvre accomplie].

 

La Vulgate** confirme cette interprétation en employant le verbe rĕquĭesco, formé à partir de quĭēs, -ētis [cf. les mots français «quiétude», «inquiet», «coi»], qui signifie «prendre du repos».

 

Pourtant, cette image, naïvement anthropomorphique, d’une divinité fatiguée aspirant à des vacances, une fois accomplie sa lourde tâche, ne s’accorde guère avec Genèse 1, où le Créateur ne «fabrique» rien mais fait émerger un monde par la seule puissance de sa Parole***. D’ailleurs, le texte hébreu ne dit pas que Dieu «se reposa». Le verbe utilisé, שׁבת [ShBT] [d’où le mot «shabbat»], insiste davantage sur l’idée d’«arrêter», de «cesser une activité» plutôt que sur celle de «se reposer». Au verset 2 du deuxième chapitre de la Genèse, si Dieu cesse de créer, c’est précisément parce qu’Il a tout «achevé» [début du verset] !

 

Cette cessation d’activité divine n’a pas pour but de jouir d’une tranquillité bien méritée mais de prendre ses distances****. C'est un peu comme si le Dieu biblique se retirait de sa Création dès le tout début de la Bible... Voilà une discrète manière d’annoncer l’arrêt des temps mythiques [où absolument tout dépendait de l'initiative divine] et le commencement de l’Histoire [où les hommes portent la responsabilité de leurs actes].

 

* voir ma publication du 27/04/25
** la traduction de la Bible en latin réalisée par saint Jérôme au IV°s. après J.-C.
*** «Dieu dit … et X [«lumière», «firmament», etc.] fut» revient comme un refrain.
**** la préposition utilisée ici par l’hébreu indique un éloignement.
 
 
 

(FA, SB) JÉSUS FILS DE DIEU, c'est-à-dire?

MISE AU POINT IMPORTANTE SUR L’EXPRESSION JÉSUS FILS DE DIEU

 
Tout dépend de ce que l’on entend par « Fils de Dieu ». Dans les évangiles synoptiques, lorsque Pierre et d’autres disciples qualifient Jésus de « Fils du Dieu vivant » (Matthieu 14,33 ; 16,16 ; Jean 11,27), ils entendent par là que Jésus est le Messie promis (l’Oint, le Christ) et qu’il entretient une relation privilégiée avec Dieu. Dans la pensée juive du Ier siècle, qualifier quelqu’un de « Fils de Dieu » renvoyait à l’alliance davidique (2 Samuel 7,14) ; il s’agissait d’un titre royal désignant le Messie attendu, qui devait régner en tant que roi oint par Dieu.
 
La plupart des traditions chrétiennes en sont venues à interpréter ces affirmations — ainsi que le fait que Jésus les accepte sans les contredire — comme la reconnaissance de la « pleine divinité » de Jésus ; c’est-à-dire que Jésus est Dieu le Fils, égal au Père par son essence — en somme, qu’il est « Dieu ». De nombreux chrétiens progressistes soutiennent, quant à eux, que les disciples employaient cette expression dans le sens juif traditionnel du terme « Messie » : celui d’un roi humain désigné et mandaté par Dieu, et non comme l’affirmation que Jésus serait Dieu incarné.
 
Il convient également de noter que plusieurs autres groupes ou individus sont qualifiés de « Fils de Dieu ». Dans la tradition juive, ce titre était employé de diverses manières avant d’être exclusivement associé à Jésus. Dans l’Ancien Testament — ou les Écritures hébraïques —, des êtres célestes ou angéliques sont souvent désignés comme des « fils de Dieu » (Job 1,6 ; 2,1 ; Genèse 6,2). (En hébreu il n’y a pas de lettre majuscule. Note de G.C.). Dieu qualifie par ailleurs la nation d’Israël, dans son ensemble, de « fils premier-né », soulignant ainsi la relation d’alliance particulière qui les unit (Exode 4,22 ; Osée 11,1). De même, les rois terrestres régnant sur Israël étaient, lors de leur intronisation, adoptés comme « fils » de Dieu, signifiant par là qu’ils exerçaient leur pouvoir au nom de Dieu (2 Samuel 7,14 ; Psaume 2,7).
 
L’apôtre Paul décrit les disciples de Jésus comme ayant été adoptés dans la famille de Dieu, devenant ainsi ses fils et ses filles (Romains 8,14).
 
Dans les Béatitudes, Jésus déclare : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5,9).
 
Si d’autres ont porté ce titre selon le contexte — par la création, l’adoption ou l’exercice d’une fonction —, la théologie chrétienne dominante (notamment le courant évangélique conservateur depuis 1980) souligne que Jésus est qualifié, de manière singulière, de Fils « monogénès » (terme traduit par « unique » ou « engendré de manière unique ») de Dieu (Jean 3,16). Pour ce courant, cela implique une essence divine propre à Jésus, et non une relation métaphorique ou fondée sur l’adoption. À l’inverse, de nombreux chrétiens progressistes considèrent que Jésus nous a appris à le percevoir — tout comme à nous percevoir nous-mêmes — comme étant issus de Dieu, et à accueillir notre propre divinité. 
 
Beaucoup d’entre nous s’appuient sur les concepts de « théosis » (déification) — issus de la tradition orthodoxe — et de sanctification, tels qu’ils sont compris dans la théologie wesleyenne : il s’agit d’un processus co-créatif par lequel nous collaborons avec la grâce divine pour grandir dans la divinité et vivre à partir d’elle.
 
Il convient également de mentionner les travaux de Marcus Borg et de John Dominic Crossan, qui ont permis à beaucoup de découvrir que les empereurs romains, à commencer par César Auguste, portaient le titre de « Fils de Dieu » (« Divi Filius »). Lorsque Jules César fut officiellement divinisé (déclaré Dieu) par le Sénat romain en 42 av. J.-C., son fils adoptif et héritier, Octave (connu plus tard sous le nom d’Auguste), commença à utiliser le titre de « Divi Filius » —« Fils du Divin » ou « Fils de Dieu ». Ce titre devint un élément fondamental du culte impérial romain et fut repris par de nombreux empereurs ultérieurs, tels que Tibère et Néron. Dans le monde romain, ce titre conférait une autorité politique, militaire et religieuse immense, fonctionnant de manière très différente des concepts juifs ou, plus tard, chrétiens.
 

 
En se présentant comme le fils d’un prédécesseur divinisé, Auguste établissait un droit de gouverner absolu et incontesté. Cela élevait son statut au-dessus de celui de tous les autres politiciens et sénateurs romains, faisant de son pouvoir non pas le simple fruit d’une réussite politique, mais un destin cosmique.
 
La propagande romaine liait étroitement le statut divin de l’empereur à la paix et à la stabilité de l’empire. Des inscriptions de l’époque, comme la célèbre inscription du calendrier de Priène, qualifient la naissance d’Auguste de début d’une « bonne nouvelle » (« euangelion » — le terme même qui sera plus tard utilisé pour désigner l’« Évangile » chrétien) et lui attribuent le mérite d’avoir mis fin à la guerre civile et sauvé le monde. C’est pourquoi il était qualifié de « Dieu, Fils de Dieu, Seigneur, Seigneur des seigneurs, Prince de la paix et Sauveur ». Qualifier l’empereur de « Divi Filius » signifiait qu’il était le médiateur suprême entre les dieux et le peuple romain, garantissant ainsi la prospérité durable de l’empire et ses victoires militaires.
 
Lorsque les premiers chrétiens proclamèrent Jésus comme « Fils de Dieu » et « Seigneur » (« Kyrios ») au sein de l’Empire romain, leurs paroles étaient délibérément subversives. Pour une oreille romaine, affirmer qu’un Juif crucifié — et non l’empereur à Rome — était le véritable « Fils de Dieu » apportant la paix ultime au monde, constituait un défi direct et hautement politique à l’autorité impériale. Dire que Jésus est Seigneur (et Fils de Dieu, etc.) revenait à affirmer : « … et l’empereur, lui, ne l’est pas ! »
 
Certains chrétiens progressistes demeurent attachés à la conception traditionnelle de Jésus Fils de Dieu pour dire qu’il EST vraiment Dieu. La différence est que le christianisme progressiste ne demande pas aux fidèles d’adhérer à cette conception.
 
D’ailleurs, il convient de noter que Jésus se désignait lui-même avant tout comme l’« anthropos » — le Fils de l’Homme, de l’humanité — et nombre d’entre nous suivent, sur ce point, l’exemple de Jésus. 
 
Michel Leconte 
 

lundi 5 octobre 2026

(Li, Hu) Accueil - C'est pas ta faute

Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte ! 

 

C’est l’histoire d’une femme en train d’accoucher. Elle souffre énormément, et son mari, qui l’assiste de son mieux, essaie de la réconforter. Il lui dit : « Ma chérie, et dire que c’est de ma faute, ce que tu endures ». Et la femme répond : « Mais non, mais non... »   :-))

 

Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, notre Père du Ciel, lui aussi, nous assure que ce n’est pas de notre faute, tout ce qui ne fonctionne pas en nous et autour de nous. Ou plutôt, qu’il nous pardonne tout, car il sait à quel point nous sommes empêtrés dans un univers tissé d’injustices et de souffrances. C’est le sens de la mort de Jésus, qui se veut signe, attestation, voire preuve de notre salut, reçu gratuitement, la grâce !

 

Bienvenue... 

 

 

Jean-Jacques Corbaz, août 2024 

 

(Pr, Co) "Le 4ème saule et le trésor"



Prédication du 27.12.15

Matthieu 13, 44; Matthieu 16, 13-19; 2 Corinthiens 4, 6-7

C’est l’histoire de Louis Mallet, en France voisine, il y a longtemps, pendant la guerre. Louis a trente ans, et rêve de se marier. Depuis la mort de ses parents, il est seul dans la ferme, trop grande. Il n’a avec lui qu’un vieux domestique de campagne, Armand. Et puis quelques économies: de l’argent qu’il a hérité de ses parents, et qu’il garde précieusement dans un petit coffre, pour rénover sa maison, le jour où il se mariera.

Hélas, Louis ne pourra pas réaliser ses rêves. Un jour, le facteur lui apporte une grosse lettre: il est mobilisé. Départ dans quelques jours pour l’armée. La guerre.

Armand, le domestique, est trop âgé pour être appelé sous les drapeaux. Alors, Louis lui confie la ferme et les travaux des champs. “Ne t’en fais pas, dit Armand, tu peux compter sur moi!”

Rassuré, Louis peut partir délivré de ce souci. Mais lui reste un problème: que faire avec le coffre et l’argent? Les banques risquent de tomber entre les mains des ennemis, c’est trop risqué. La ferme elle-même peut être attaquée. Donc, il faut cacher son petit trésor. Mais où?

Tout-à-coup, il a une idée: les saules! En effet, il y a, à côté de sa grange, une rangée de vieux saules creux où il allait jouer quand il était petit. Depuis longtemps, il n’y a plus d’enfant dans la ferme, et personne n’y va plus. Ce sera une excellente cachette!

Louis va vers les saules et les examine bien, ils n’ont pas changé. Il voit que le cinquième saule est profond, ça ira extra! Il monte sur une échelle, et laisse descendre son précieux coffret au bout d’une corde. Personne ne l’a vu, ouf!

Et puis Louis passe chez son voisin, le père Jules. Il lui explique ce qu’il a fait. “Je sais que je peux te faire confiance, Jules. Je n’ai pas d’enfant. Si des fois je ne reviens pas de cette guerre, j’aimerais que mon argent soit donné à Armand, il m’a tellement aidé. Si je devais mourir, serais-tu d’accord de simplement lui indiquer la cachette et de lui dire de profiter de cet argent pour ses vieux jours?”

Jules accepte, bien sûr, et promet à Louis de ne jamais divulguer son secret. “Ne t’en fais pas, tu peux compter sur moi!”

 


Pendant six mois, Louis est sous les drapeaux, sans avoir la moindre nouvelle. Et puis, pas de chance, il est fait prisonnier. Il reste quatre ans en Allemagne, dans un camp. Et ce n’est que lorsque la paix est revenue qu’il peut enfin rentrer à la maison.

Et ce qu’il redoutait est arrivé: l’armée ennemie a pris le village; et sa ferme, comme la plupart des autres, est à moitié détruite, portes enfoncées, fenêtres arrachées; à l’abandon. On lui raconte qu’Armand, son domestique, n’a pas réussi à empêcher les soldats de piller la maison. Et qu’il a dû aller travailler dans un village voisin.

Le coeur battant, Louis se dirige vers les saules. Son argent ne sera pas de trop pour réparer sa ferme et racheter quelques vaches. Ouf, les arbres creux sont toujours là. Un, deux, trois, quatre... Louis monte dans le cinquième, et cherche son coffret. Hélas, rien! Pas le moindre objet à l’intérieur du vieux saule!

Plein de colère, il court chez le père Jules et lui tombe dessus: “Mon argent! Mon coffret! Qu’en as-tu fait?”

Etonné, Jules jure ses grands dieux qu’il n’a pas touché ni l’arbre ni la cassette. Et qu’il n’a rien dit à personne.

- Menteur! crie Louis, dans une fureur noire. Tu m’as volé, sale hypocrite! Il traite Jules de tous les noms. Et s’en va, en claquant la porte.



Quelques jours après, il y a un décès au village. C’est la vieille Simone, la plus pauvre de la commune. À cette occasion, Louis revoit son ancien domestique, Armand. Ce dernier lui raconte ses tribulations, et son impuissance à empêcher l’armée ennemie de s’emparer de la ferme.

Puis ils parlent de la vieille Simone. “Elle n’avait pas tous les jours à manger, se souvient l’ancien domestique, tant la misère l’accablait. Un hiver, la foudre est tombée sur un des saules à côté de la ferme. Alors, j’ai coupé à la hache tous les morceaux de cet arbre cassé, et je les ai donnés à Simone, pour qu’elle puisse se chauffer...”

En entendant cela, aussitôt, Louis se lève. Tout pâle, il prend Armand par les épaules, et sa voix tremble quand il demande:
- “C’était... quel saule?”

- Ben, c’était le premier depuis la grange. Pourquoi?

Aussitôt, Louis court vers les arbres. Et dans le quatrième saule, il trouve son précieux coffret. Et l’argent qu’il avait caché!!


C’est Armand qui m’a raconté cette histoire. Il a ajouté que Louis lui avait donné deux gros billets, pour le remercier. Et qu’ensuite, il avait couru chez le père Jules, pour tout lui expliquer. Et lui demander, tout honteux, de l’excuser. Depuis, les deux paysans se sont réconciliés et ils s’entraident pour leurs travaux.
 


“Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile”. Il y a le trésor, et il y a ce qui le contient: un saule creux, un pot de terre... une armoire. Le trésor est important, il a beaucoup de valeur; mais ce qui contient le trésor est tout aussi important, même s’il n’a aucune valeur en lui-même. Tout aussi important justement parce qu’il contient le trésor! Ce n’est plus un vieux saule comme il y en avait des milliers, un vieux saule qui ne valait trois fois rien; il est devenu un arbre d’une immense valeur! Quelle différence de prix entre le quatrième saule et le cinquième, tout-à-coup! À cause de ce qui est dedans!

“Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile”. Le trésor de la passion de Dieu pour nous, de ses promesses de pardon, il l’a placé à l’intérieur de nous. Par le Christ, nous devenons non plus de simples saules (pleureurs ou non!); non plus de simples ensembles de muscles, de peau, de sang: nous devenons enfants de Dieu, adoptés par amour. Nous devenons ainsi, logiquement, frères et soeurs, appelés à vivre réconciliés, comme Louis et Jules; à reconstruire un monde où règnent la justice et la paix.
 
 

“Jésus lui dit: «Tu es heureux, Simon, car ce n'est pas un être humain qui t'a révélé cette vérité, mais mon Père du Ciel. Je te le déclare, tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. La mort même ne pourra rien contre elle. Je te donnerai les clés du Royaume des cieux.»”

Ces paroles de Jésus nous semblent exagérément pompeuses. Vous le savez, l’Eglise catholique s’appuie sur ce passage pour asseoir la souveraineté du Pape, en tant que successeur de Pierre. Or, qu’est-ce que l’apôtre vient de dire, et que Jésus salue ainsi? Oh, pas grand-chose, juste: “Tu es le Christ, fils du Dieu vivant”!

Ce que l’évangile veut mettre en évidence, c’est le contraste entre cette affirmation et toutes les autres réactions face à Jésus: “Certains disent que tu es un prophète, Elie ou Jérémie...” un homme extraordinaire! Un gourou...

Pierre, en reconnaissant Jésus comme le Christ, n’est plus un vase de terre comme les autres; il n’est plus un saule comme les autres. Il a montré qu’il contenait le trésor! Et c’est ça, et rien que ça qui fait sa valeur, à Pierre! Il n’est pas un super-chrétien, au-dessus de nous. Au contraire: tout(e) croyant(e) est digne des mêmes éloges! Pierre n’est pas un super-chrétien; ce qui fait son prix, c’est le trésor qu’il contient: soit la présence toute proche de Dieu, en Jésus, acceptée et reconnue!
 

Dans le Nouveau Testament, nous sommes tous des saint(e)s. Savez-vous que les auréoles ont été inventées, au Moyen Âge, pour montrer que les chrétiens (tous les chrétiens!) étaient habités d'une lumière vive, reçue d'En-Haut, et qui rayonnait autour d'eux? Ce disque lumineux autour de la tête voulait dire: "Voilà quelqu'un qui a su laisser vivre en lui la Clarté majuscule de Dieu, quelqu'un qui sait aussi la diffuser autour de lui par ses paroles ou par ses actes".

 

La lumière de Pâques et Noël nous est donc donnée pour qu’elle rayonne et pétille autour de nous! Gestes de bonté, de respect pour celles et ceux qui nous entourent; gestes de confiance et d’espérance; gestes de reconnaissance aussi: nous reconnaissons être les dépositaires de ce trésor immense. Qui que nous soyons. Tout ébréchés que nous sommes: n’est-ce pas à travers nos fêlures que la clarté de Dieu peut sortir de nous?

À tous, le Christ nous dit: «Tu es un vase qui contient le trésor du Père, sa lumière. Tu es mille fois précieuse, mille fois précieux. Puisse la clarté du Ciel illuminer le monde autour de toi! Paix sur la Terre à chacun(e) de vous les bienaimés, les passionnaimés de Dieu».  Amen

                                                                                                                                                                                                           Jean-Jacques Corbaz  





                                                                                                                                                                                                                   

(Li, Po, FA) Confession de foi : Le Dieu en qui nous croyons, chant et danse de liberté

Le Dieu en qui nous croyons, il est chant et danse de liberté, et non loi ou contrainte,

Il naît en nous, dans nos possibles, dans nos rêves,

Il crée par nous, par nos mains, par notre sève.


Il commence dans notre cœur, nos émotions, nos craintes,

Dans nos espoirs, nos élans de tendresse,

Il se lève dans nos cris, nos révoltes contre le mal, il se dresse

Dans nos luttes pour la paix, la justice, l’indulgence,

Il nous rassemble pour vibrer, tous, à la même espérance,

Et il meurt lorsqu’en nous meurt la vie, la soif d’aimer, la jeunesse.


Mais même quand il meurt, comme la graine en terre,

C’est pour grandir, nouveau, cri de joie, ressuscité,

Pour dire que la mort est un lieu de lumière,

Une amie avec qui tout réinventer.


Le Dieu en qui nous croyons est confiance et promesse,

Nous n’avons pas peur de lui : il ne veut que notre bonheur.

Amen.

 

Jean-Jacques Corbaz, avril 1983     

 

 

dimanche 4 octobre 2026

(Bi, Ci) Dieu n'est pas un rival - Espace Maurice Zundel

Le Dieu qui ne fait pas concurrence...

 

Ce week-end, j'ai franchi la porte d'un tiers-lieu chrétien niché dans une rue de Lausanne, sans trop savoir ce que j'y trouverais. Je m'attendais, je l'avoue, à ce que j'ai si souvent rencontré dans les lieux religieux : une politesse un peu raide, une chaleur de façade, cette vague impression d'être évalué avant d'être accueilli.

Ce fut tout le contraire. La directrice m'a reçu comme on reçoit quelqu'un qu'on attendait, sans programme caché. Autour d'elle, des frères et des sœurs donnaient leur temps aux plus modestes avec une simplicité qui ne cherchait aucun témoin. Je me suis surpris à penser que si l'on voulait savoir à quoi ressemble l'Évangile hors des livres, il suffirait peut-être de venir s'asseoir là une heure.

Le centre porte le nom de Maurice Zundel. J'ai appris que la directrice l'avait connu. Ce prêtre de la paroisse voisine, né à Neuchâtel en 1897 et mort à Ouchy en 1975, connaît aujourd'hui un regain d'intérêt étonnant, notamment chez les jeunes. On a dit de lui qu'il se tenait au croisement des théologies protestante et catholique, de la philosophie existentielle et du personnalisme. Voilà qui n'est pas un programme de campagne. Pourtant, quelque chose chez cet homme parle à une génération qui a déserté les bancs d'église.

J'ai cherché pourquoi, et je crois que la réponse tient en une phrase : Dieu n'est pas le rival de l'homme.


Je mesure à quel point cette phrase aurait soulagé l'enfant que j'ai été. J'ai grandi avec l'idée, jamais formulée mais partout respirée, que Dieu et moi étions engagés dans une sorte de partie à somme nulle. Pour que Dieu grandisse, il fallait que je diminue. Chacune de mes envies était suspecte, chaque désir un territoire à rendre. Obéir, c'était renoncer à soi. Et quand je regardais les croyants les plus fervents, je voyais parfois des gens éteints plutôt que des gens épanouis. Je me demandais si la sainteté exigeait de devenir moins vivant.

Zundel renverse la table. Le Dieu qu'il décrit n'est ni monarque ni pharaon, ce n'est pas un souverain dont la gloire se mesurerait à la soumission de ses sujets. Et la raison qu'il en donne m'a frappé par sa cohérence : elle est dans la Trinité. Si Dieu est Père, Fils et Esprit, alors il n'est pas solitaire. Il n'est pas un dictateur cosmique qui aurait besoin d'adoration pour combler un manque. Le Père n'est que regard vers le Fils, et le Fils regard vers le Père, dans une circulation de don où personne ne retient rien. Un Dieu qui ne possède rien et ne jalouse rien ne peut pas entrer en concurrence avec nous.

Cela change tout, y compris l'endroit où on le cherche. Si Dieu n'est pas un surveillant posté «dehors», il peut habiter au plus intime. Zundel parle d'une inviolabilité intérieure dont Dieu serait la source et le garant. Il ne s'impose jamais. Il attend, avec une patience qui me déconcerte, que nous consentions à le laisser vivre à travers nous. La rencontre avec lui ne détruit pas le moi : elle le délivre de son égoïsme pour le conduire vers ce qu'il est réellement appelé à être.

Une phrase résume cela mieux que mes commentaires : si l'on a parfois présenté Dieu comme l'adversaire de l'homme qui devient responsable et libre, Zundel nous rappelle que l'expérience même de l'homme est le chemin où Dieu atteste sa présence.

Je repensais à tout cela en quittant le centre, sous le ciel gris de Lausanne. L'accueil que j'avais reçu n'était pas une technique ni une stratégie d'évangélisation. C'était l'expression naturelle d'une conviction : Dieu ne cherche pas à nous réduire, et ceux qui le suivent n'ont donc pas à se faire petits pour qu'il soit grand. Ils peuvent donner, parce qu'ils ont d'abord reçu sans rien perdre.

Je n'ai pas tout résolu. Il reste des textes difficiles, des silences de Dieu, des questions que Zundel lui-même n'a pas toutes closes. Mais j'ai senti, ce week-end, ce qui arrive quand une théologie cesse d'être un tribunal pour redevenir une invitation. Et je me suis demandé combien de personnes, aujourd'hui, restent loin de la foi non parce qu'elles rejettent Dieu, mais parce qu'on leur a présenté un rival.
Et si le Dieu qu'elles refusent n'était justement pas celui-là ?

Philippe Tarabon

mercredi 23 septembre 2026

(Ci, Bi) Le monde est infecté de faux dieux

 

Le monde est encore tout infecté de ces faux dieux, c’est-à-dire de ces fausses représentations de Dieu qui sont uniquement le fait de l’homme et le monde ne cesse de concevoir la grandeur comme une domination.
 
Dominer, écraser, avoir des inférieurs, commander, employer le mode impératif, avoir des courtisans et des thuriféraires, être loué, considéré comme celui qui est en haut par ceux qui sont en bas, c’est la vision de la grandeur humaine, c’est la vision mortelle, absurde, irréalisable qui aboutit toujours finalement à l’esclavage du despote et à l’avilissement des esclaves.
 
Jésus nous introduit dans un nouveau monde qui est un monde de générosité où la seule grandeur est de se donner. Le plus grand, c’est celui qui se donne le plus et Dieu est au sommet de la grandeur parce qu’il est uniquement celui qui se donne.
 
Père Maurice Zundel
 

dimanche 20 septembre 2026

(FA, SB, Vu) Galates

 


A la fin des années 50 de notre ère, l’Apôtre Paul envoya une lettre à la communauté chrétienne parmi les Γαλάται* [Galataï]. La toute jeune Église était troublée par l’action de mystérieux prédicateurs qui remettaient en cause la légitimité de Paul, ce qui le fit réagir avec la plus grande vigueur**.

Or, si j’en crois le Bailly, le premier sens du substantif οἱ Γαλάτai [hoï Galataï] était «les Gaulois» ! Certes, le terme signifiait aussi «les Galates», au sens strict, qui désignait une population celtophone vivant totalement isolée des autres Celtes, au beau milieu de l’Asie Mineure***.

Mais que faisaient-ils donc là ?

Les Galates seraient issus de trois tribus parties de Gaule au III° s. avant J.-C. Après avoir écumé et pillé la Grèce, ils furent contraints de se fixer en Anatolie, où ils constituèrent le royaume de Γαλατία [Galatia]. Léguée aux Romains en 25 avant J.-C. par son dernier souverain, la Γαλατία devint la province de Gălătĭa [= Galatie]****.

L’Épître aux Galates est donc, en quelque sorte, l’Épître aux Gaulois…

 

* il va de soi que, quand nos bibles titrent «aux Corinthiens», «aux Éphésiens», «aux Romains», etc., les lettres s’adressaient aux seuls chrétiens de Corinthe, d’Éphèse, de Rome...
 
** il n’hésita pas à insulter ses correspondants : «Ὦ ἀνόητοι Γαλάται» [Ô anoètoï Galataï] = «Galates imbéciles !» [3, 1]. 
 
*** voir la carte ci-dessus
 
**** à laquelle furent adjoints d’autres peuples. Ce qui fait que les spécialistes distinguent une Galatie originelle et une Galatie romaine. Les exégètes discutent pour savoir qui sont exactement les «Galates» auxquels Paul s’adresse. Je n’oserai pas prendre ici position.
 
 
 
P.S. Le club de football stambouliote nommé "Galatasaray" a probablement la même origine. (JJC)