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lundi 22 juin 2020

(Pr, Co, Hu) Balance ton porc à la flotte!


Narration du 22 juin 2020  -  « Jésus dans la tempête »

Lectures: Psaume 23, 4-6; Romains 1, 16-17; Romains 8, 35-39






Introduction:

Notre prédication aujourd’hui sera une narration; le texte biblique de Marc 4, 35 à 5, 20 va être raconté comme une histoire, ou plutôt trois histoires qui se suivent, comme c’est le cas dans l’évangile de Marc, entrecoupées de musique (merci Layla!).

Imaginez: on a découvert récemment une lettre datant d’il y a presque 2000 ans! Voici ce qu’elle dit:



Antioche, le 12 octobre de l’an 30

Mon cher Fabius,

Il y a maintenant une année que ces évènements se sont passés. Une année pendant laquelle ce curieux matin m’a accompagné sans cesse, souvent sans que je m’en aperçoive.

Et c’est en méditant, en ruminant avec le temps cette drôle d’histoire de cochons que j’ai commencé à en comprendre le sens. À la lumière, bien sûr, de l’épisode central que j’ai vécu avec Jésus: je veux parler, tu le sais, de sa mort sur la croix; et de la découverte, deux jours plus tard, de sa tombe vide...

Ce n’est qu’après cette Pâque nouvelle que j’ai pu y voir clair. Oh, pas tout de suite, évidemment; tu te souviens du choc, du bouleversement que nous avons tous éprouvé à la mort du Maître; puis à l’annonce qu’il était quand même vivant!

Bref. Le matin dont je veux te parler dans cette lettre est resté longtemps truffé de points d’interrogations. De symboles, dont j’ignorais si c’était du lard ou du cochon.

Il faisait encore nuit. Nous traversions la Mer de Tibériade, la peur au ventre, comme souvent. Nous redoutions les tempêtes, imprévisibles et d’une violence terrifiante, qui peuvent s’y lever sans crier gare. Tu sais en plus que pour nous les juifs, la mer est un lieu de mort; c’est la source des démons, le bouillonnement primitif d’où tout sort, et où tout retourne, un jour ou l’autre.

Et soudain, voilà, ça ne rate pas! Le vent se lève, les vagues se creusent, menaçantes, plus de deux mètres! Notre petit bateau danse misérablement, comme un jouet aux mains du démon.



Bien sûr, nous affalons les voiles. Les deux ou trois qui savent naviguer s’activent à éviter le naufrage. Mais que peuvent-ils?  Et puis, Jean crie: “Appelez Jésus!”. Pierre, à la proue, qui se bat avec une rame contre des montagnes d’eau surgissant de partout, Pierre hurle: “Mais il est où, bon sang?”

Marie, de l’arrière, répond: “Il est là, il dort.”

“Quoi? fait Pierre. Il dort!? C’est pas vrai! Réveillez-le, les gars, on est foutus!”

Et comme Marie n’ose pas y aller franchement, c’est moi, avec toute ma trouille, et le goût amer de l’eau salée qui entre dans ma bouche, c’est moi qui le secoue et qui beugle: “Maître! Réveille-toi! Maître! On va couler! J’sais pas nager! Sauve-nous!”

Imagine le tableau: au milieu de toute cette panique, Jésus... ou-vre un oeil. Me regarde... comme s’il voyait le Pape (!)... Il sourit, je te jure! Et il me dit: “Ah?”

Il se lève, se met face au vent et aux vagues, qui redoublent de violence. “SILENCE!”, il crie. Ou il murmure, je ne sais plus. “Silence!” “Caaalme!”

Et les vagues; et la mer; et la mort, comme un chien qu’on a réprimandé, viennent se coucher aux pieds du Maître. Oreilles basses. Coeur en paix.

Nos poitrines cognent toujours; je regarde les autres, ils sont verts; comme la mer. Et dans nos oreilles résonne encore son ordre: “Silence!” “Caalme!”

“Pourquoi avez-vous peur? dit Jésus. Vous n’avez pas confiance? En Dieu? En moi?

Mais tu sais, Fabius, la trouille, ça ne s’en va pas comme ça, sur demande! Je reste immobile, à tâcher de récupérer, avec mon coeur qui n’arrête pas de bousculer mes côtes, et avec des questions en pagaille sous mes cheveux dégoulinants d’eau sale...      

(musique)



   

Nos poitrines cognent toujours, Fabius; je regarde les autres, ils sont verts; comme la mer. Et dans nos oreilles résonne encore son ordre: “Silence!” “Caalme!”

Je reste immobile, à tâcher de récupérer, avec mon coeur qui bouscule mes côtes, et avec des questions en pagaille...

Mais! à peine ai-je repris mon souffle que nous touchons terre,  en pays païen, chez les Géraséniens. Les vagues, toutes paisibles maintenant, semblent bercer un matin de paradis. Ssschlllloufff... ssschllllouffff... Le soleil se lève, avec l’air de s’excuser du désordre surgi pendant son absence.

Jésus descend de la barque, debout, comme un général victorieux de la mer, victorieux de la mort!

Mais soudain, la chanson des vagues dociles est couverte par... des cris... sauvages?! Nous nous tournons vers les falaises sombres, sur la gauche, et nous voyons un être bizarre, ahurissant, qui fonce sur nous! Comme sorti du néant! Il est échevelé, et gesticule de façon incohérente.

Être humain? Animal? Personnage surnaturel? Nous nous serrons les uns contre les autres, d’instinct. Nos tripes se nouent, à nouveau. Vraiment, tous les éléments déchaînés nous tombent dessus. Comme si Jésus les attirait?!

L’effrayante apparition se rapproche de nous. Que faire? Il doit s’agir d’un homme, d’un fou, d’un possédé! Il pue le sang séché, le cadavre et la pourriture. C’est intenable!


“Il y a des tombeaux là-derrière, dit André. Ce doit être un aliéné qu’ils ont chassé du village, et qui s’est réfugié dans ces grottes pleines de corps en décomposition...”

Je sens mon estomac qui se révulse. Le gars n’est plus qu’un cadavre, mais un cadavre secoué de tics violents, et qui court, et qui hurle des sons inarticulés...
 

Et voilà qu’il se plante devant Jésus. Et: s’agenouille? Baisse la tête? Incroyable! Et, plus inouï encore, il crie, d’une voix presque humaine: “Que me veux-tu, fils de Dieu? Ne me punis pas, au nom du Très-Haut, je t’en supplie! Laisse-moi tranquille!”

Que ce mort-vivant reconnaisse le pouvoir de Jésus, qu’il n’a jamais vu en plus, ça me coupe le peu de sifflet qu’il me reste! Alors que les grands-prêtres d’Israël et les maîtres de la loi, eux, n’en ont jamais rien voulu savoir!

Jésus avance la main, dans un geste d’accueil: “Qui es-tu, dit-il, toi qui m’appelles et me repousses en même temps?”

“C’est que je suis ‘Beaucoup’, fait l’autre. Je ne me possède pas moi-même, j’ignore qui je suis réellement. Je suis habité par une armée de forces qui m’enchaînent, et m’entraînent où je ne veux pas. On m’appelle ‘Légion’, à cause de cette armée à qui je ne peux pas résister. ‘Légion’, mais c’est pas un nom, ça...”

Alors, Jésus le regarde; et c’est sûrement le seul à pouvoir discerner l’être humain derrière ce zombie. Il le touche. Le relève. “Caalme!”

Calme.

Et les tics nerveux; et les cris; et la tempête qui secouait son esprit; et les lueurs affolées dans ses yeux égarés; tout ça s’en va. Dieu sait où?!

Mon regard reste fixé sur le gaillard. Il reprend petit à petit figure humaine, Fabius, j’ai l’impression d’assister à la Genèse, lorsque Dieu façonna Adam de la terre...

Je reste immobile, à tâcher de récupérer, avec mon coeur qui n’en peut plus, et des questions en pagaille sous mes cheveux dégoulinants de sueur...


(musique)




                                 

Mon regard reste fixé sur le gaillard, Fabius, j’ai l’impression d’assister à la Genèse, lorsque Dieu façonna Adam de la terre.

Mais l’histoire n’est pas finie, bien sûr. Restent... les cochons. Tu t’en doutes. Les cochons: impossible de savoir ce qui s’est vraiment passé. Et à cause de quoi...

Mais voilà: à peine j’ai repris mon souffle qu’un autre tohu-bohu, effroyable, se fait entendre derrière nous. Cris! Hurlements multipliés par mille! Une armée de porcs, comme blessés à mort par une folie sanguinaire, surgit, aveuglée de douleur. Et ils courent vers la falaise, dans un incroyable désordre de fin du monde, et ils continuent de courir dans le vide... et ils tombent, de plus de cent mètres dans la mer, qui les avale comme un tombeau, sans qu’aucun n’en réchappe!

Comme si toute la violence et toute la méchanceté du monde étaient retournées dans les flots originels; renvoyées à l’expéditeur, en somme!

Happy end? Alléluia? Mmmh, pas encore, mon ami. N’oublie pas les villageois, qui gardaient ces cochons. Plus de 2000 bêtes, perdues d’un coup. Tu les vois venir!

Ils arrivent, en effet. Avec: effarement; colère; mais aussi peur! Encore et toujours la peur. Ils se montrent Jésus en caquetant comme de la volaille: “Le juif!” “Le magicien!” “Attention, il a une puissance redoutable!”

Ils voudraient nous attaquer, mais ils hésitent. Ils sont plus nombreux que nous, avec tous les paysans des environs qui les soutiennent; mais la “magie” de Jésus les impressionne.

“Partez!”, qu’ils crient de loin. “Retournez chez vous, juifs! Fichez-nous la paix!”

Notre ami “Légion” s’interpose: “Laissez-les! Ils m’ont guéri! Le Jésus m’a fait renaître, pour vous, c’est un crime?”

“Le crime, va le voir dans la mer, au pied de la falaise!”, vocifère l’un d’eux. “2000 porcs massacrés pour le porc que tu es!”

“Ouais, crie un autre, les cochons, ça vous fait bien rigoler! Vous les juifs, vous dites qu’ils sont impurs. C’est signé, tout ça! Mais nous, c’est notre gagne-pain! Notre vie!”

“Voilà pour nos porcs!” hurle un excité. Et une pierre se met à voler. Oh! Le début de la lapidation! Seigneur, non! Protège-nous! Pitié!
   


Mais Thomas, qui n’a pas les yeux dans sa poche, me dit: “Regarde!”

La pierre atterrit pile aux pieds de Jésus. Et lui? Il... se baisse. Il la... ramasse!? Et il la rapporte à celui qui l’a lancée!

“N’ayez pas peur! dit Jésus. Moi aussi, j’ai un troupeau à garder. Il est toute ma vie, et je suis prêt à mourir pour lui. Comme vous, je suis scandalisé quand mon troupeau perd la raison. La rage me prend, pour le protéger... C’est pour cela que j’ai guéri “Légion”. Sa vie vaut plus que ma propre vie.”

Le villageois, ahuri, regarde la pierre que Jésus lui a remise dans les mains. Puis il s’enfuit en courant, comme s’il avait vu un fantôme. Un autre aussi s’en va. Et quelques-uns encore.

“Partez!” disent ceux qui restent, la voix mal assurée.

“D’accord, dit Jésus. Mon Dieu m’appelle là-bas, vers une autre partie de mon troupeau” (il montre la Judée).

Et comme nous remontons dans le bateau, soulagés de sortir vivants de cette incroyable série d’aventure (on en ferait un jour de la Bande Dessinée que ça ne m’étonnerait pas!!), bref, comme nous embarquons, dernière surprise: “Légion”!

“Laissez-moi venir avec vous! Grâce à toi, Jésus, ma vie a un sens; un ordre. Je veux entendre tes enseignements pour découvrir cette vie, derrière toi. Pour la faire belle!

“Non, répond Jésus. Non mon ami. Je t’ai rendu la liberté; vraiment. Vis ici, chez toi, dans ce pays, cette joie nouvelle que tu découvres.”

“Mais Jésus, mais tu m’as libéré. Ne suis-je pas libre de te suivre?”

“Mmmmh, fait le Seigneur, n’appelle donc pas ‘libération’ ce qui ne serait qu’un changement de maître! Non non, ta mission, elle est ici: va raconter à ces gens que Dieu veut aussi les sortir de leurs tombeaux! Que la vie leur est ouverte, comme à toi!”
  


Voilà, Fabius. Mon souvenir se referme. Sur cette dernière image: celui qui n’est plus “Légion”, qui est ramené à la vie, s’éloigne vers l’intérieur des terres, tandis que nous reprenons la mer, comme au matin de Pâques.

La traversée sera calme, cette fois. On a déjà donné!

Mais, en arrivant à bon port (!! à bon porc, mon cochon!) de l’autre côté, sur la terre d’Israël, j’entends Philippe qui murmure: “Eh, les gars, savez-vous quel est l’emblème de la légion romaine qui occupe notre pays? Oui, son drapeau? Ben vous le savez. Il représente: un cochon!”
   

Je te jure, Fabius! C’est vrai! Vérifie dans tes bouquins!

Allez, à la prochaine! Prie pour moi, pour ma vie.

Je te salue.

Ton ami Barthélémy

Amen
                                         

Jean-Jacques Corbaz   




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