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mardi 9 février 2016

(Po) Cette goutte d'eau


"(...) je suis cette goutte d'eau condensée sur la vitre de mon salon, une perle limpide qui roule et qui ne sait rien de la vapeur qui l'a engendrée, ni des atomes qui la composent encore, mais qui, bientôt, serviront à d'autres molécules, à d'autres corps, aux nuages pesant lourd sur Vienne ce soir. 

Qui sait dans quelle nuque ruissellera cette eau, contre quelle peau, sur quel trottoir, vers quelle rivière, et cette face indistincte sur le verre n'est mienne qu'un instant, une des millions de configurations possibles de l'illusion."

Mathias Enard (Boussole)

 

jeudi 4 février 2016

(Ci, Li) Une petite ligne de poésie


« Donne-moi chaque jour une petite ligne de poésie mon Dieu, et si jamais je suis empêchée de la noter, n’ayant ni papier ni lumière, je la murmurerai le soir à ton vaste ciel.
Mais envoie-moi de temps en temps une petite ligne de poésie. »


Etty Hillesum 

dimanche 31 janvier 2016

(Pr) Drôle d’oiseau... - Prédication du 31 janvier





Lectures:  1 Corinthiens 9, 16-23; Luc 4, 14-21

 
Dans un journal d’Echange et Mission, j’ai lu ces réflexions intéressantes qui émanent d’un paysan des Philippines, et qui s’adressent aux citadins et aux Occidentaux:

“Il faut d’abord bien vous rendre compte que nous vivons dans deux mondes différents. C’est comme si vous, les gens de la ville, vous viviez dans le monde des oiseaux, tandis que nous, nous vivons dans le monde des poissons.

Quand les oiseaux se déplacent, ils vont vite. Ils volent. Au contraire, les poissons vont plus lentement. Ils nagent.

Il arrive parfois que des oiseaux veulent nous faire du bien et nous crient: “Monsieur le poisson, avance comme moi, c’est le progrès! Imite-moi, tu iras plus vite”. Mais nous les poissons, nous ne pouvons bien sûr pas les suivre, dans cette mer qui nous freine, formée de taux d’emprunts trop élevés, d’accords commerciaux injustes, de mentalités et de traditions qui nous bloquent... Pourtant, les oiseaux continuent de nous faire la leçon d’en haut, avec leurs projets pensés chez eux et leurs programmes adaptés à leur manière de voir...

Il arrive qu’à la fin, les oiseaux perdent patience et qu’ils nous rabrouent vertement: “Eh bien, vous les poissons, vous n’avancez pas. Vous êtes toujours pauvres et malheureux; c’est que vous êtes paresseux. De plus, vous êtes superstitieux, et vous vous opposez à tout changement”.

Très peu de gens instruits arrivent jusque dans notre monde pour y voir avec nos yeux la réalité des problèmes et des espoirs. Même les coopérants honnêtes ne peuvent pas nous comprendre. Leurs opinions favorisent les gros propriétaires. Ils amènent un tas d’arguments en faveur de la perspective des oiseaux. Il leur arrive même de dire que l’angle visuel des poissons est étroit. Alors que nous, nous avons le sentiment que l’angle visuel des poissons est le plus large qui soit, puisque c’est le nôtre, et celui de l’immense majorité des gens chez nous!

Pire, beaucoup d’oiseaux volent tellement haut qu’ils ne peuvent même pas voir les poissons. La seule chose qu’ils voient, ce sont les grandes ombres de leurs ailes, et comme ils se sentent bien portés en l’air.


 
À plusieurs d’entre nous, conclut ce paysan des Philippines, cela donne l’impression que ces gens veulent être plus intelligents que Dieu. Seulement lui, il n’a pas considéré qu’il devait tenir sa place en haut, et sa divinité. Il s’est même abaissé, comme dit la Bible, il est entré pleinement dans notre monde, il est devenu l’un des nôtres, il a adopté nos points de vue et notre langage. Et après seulement, il a essayé de nous transformer.”
(fin de citation)

J’ai apprécié ces réflexions. D’abord, parce qu’elles rejoignent celles de plusieurs catéchumènes, qui me disent que Jésus Christ est un drôle d’oiseau!

Et plus sérieusement, parce que ce paysan des Philippines met le doigt sur la manière dont nous vivons nos différences; ce qui peut nous faire vivre des relations agréables ou, au contraire, un enfer!

Ces réflexions peuvent s’appliquer aux rapports entre personnes de pays différents, et surtout entre Occidentaux et ressortissants des Tiers Mondes. Elles peuvent s’appliquer aussi aux relations dans le couple; la famille; entre adultes et enfants; entre jeunes et personnes âgées... Entre citadins et campagnards; ou entre voisins peu tolérants; entre handicapés et bien-portants...

On le sait aujourd’hui: la mission traditionnelle a souvent dérapé dans les travers dénoncés par ce paysan philippin. Elle a souvent voulu transformer l’autre pour qu’il devienne comme nous - ce qui est bien sûr impossible; et qui mène à des impasses.

Depuis quelques dizaines d’années, on a donc corrigé le tir: les Eglises d’Occident ont cessé d’aller dire “la vérité” là-bas. Elles ont, au contraire, établi avec leurs soeurs d’Outre-Mer des relations de partenaires. De partenaires adultes, égaux et qui se respectent. C’est dans ce cadre qu’a été créée la CEVAA, (acronyme de Communauté Evangélique d’Action Apostolique, c’est-à-dire de mission), aujourd’hui Communauté d’Eglises en Mission, qui rassemble des Eglises d’Europe et des Tiers Mondes.

C’est dans ce cadre aussi que j’ai eu la chance d’aller passer une année de mes études en Afrique, au Cameroun. J’ai été le bénéficiaire de la toute première bourse de la CEVAA pour aller dans une université d’Outre-Mer. Donc non pas pour enseigner, mais pour être enseigné! C’était il y a 42 ans déjà. Partenaires adultes, égaux et qui se respectent.


Voilà que vivent les Eglises chrétiennes comme la nôtre, super! C’est un motif de joie et de reconnaissance. Elles répondent ainsi à leur vocation de peuple “choisi et envoyé pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres; pour annoncer aux prisonniers la liberté; et aux aveugles la clarté!“ et pour le faire, selon les termes de la lettre aux Corinthiens, “gratuitement, et en se faisant tout à tous, soumis à la Loi juive quand nous sommes avec des croyants soumis à la Loi juive, et libérés de cette même Loi quand nous sommes avec des croyants libérés de cette Loi”.

Ce que vivent les Eglises chrétiennes comme la nôtre, dans leurs relations les unes avec les autres, je rêve (et je crois que Dieu lui-même rêve) que nous puissions le mettre en pratique, chacun(e), dans les mille facettes de notre vie entière. Que nous regardions tout ce qui nous entoure (et tous ceux qui nous entourent) à cette lumière, couleur de dialogue et de respect.

Et là, je vous invite à penser aux relations avec les croyants adeptes d’autres religions: islam, bouddhisme, judaïsme... voire les athées ou les sceptiques!

Je vous invite à penser aussi aux relations à l’intérieur du christianisme; que la Semaine de Prière pour l’Unité ne reste pas une parenthèse, comme le disait si bien le curé Philippe Baudet, dimanche dernier; mais que la fraternité nous gagne, tou(te)s, durablement.

Je vous invite à penser encore aux relations avec les étrangers, avec les personnes qui sont nourries d’une autre culture, et d’autres traditions...

Je vous invite à penser enfin aux relations avec les personnes très âgées; avec les handicapés; les enfants; les adolescents... avec tous ceux, toutes celles qui n’ont pas les mêmes références que nous.

- Et dans tous ces domaines, nous sommes tantôt les oiseaux, tantôt les poissons, évidemment!


 
 

Nous avons (j’ai, tu as) bien du chemin à parcourir en direction des autres, ne croyez-vous pas?

Nous, chrétiens, nous avons conscience d’avoir reçu un trésor: celui de l’exemple de Jésus Christ, lui qui a quitté sa divinité pour plonger dans le monde des poissons que nous sommes. Afin de construire avec nous des relations privilégiées d’amour passionné.

Alors, ce trésor, qu’allons-nous en faire?

Puissions-nous le cultiver, et le laisser fleurir dans nos vies. Embellir nos relations avec les autres. Voire éclairer nos relations avec nous-même.

Alors, je crois, un peu du monde deviendrait meilleur! Amen  


                                        


Jean-Jacques Corbaz 



vendredi 22 janvier 2016

(An) Fragments du Paradis

Je vous encourage vivement à courir au cinéma voir "Fragments du Paradis" de Stéphane Goël (voir <http://www.cineman.ch/fr/movie/2015/FragmentsDuParadis/?date=2016-01-22>
Un film vaudois qui donne à contempler nature et interviews de personnes âgées sur le thème "C'est quoi pour vous, le Paradis?").
Il met en route chez ses spectateurs des questions essentielles sur la vie et la mort (et ce qu'il y a après), sur la spiritualité et le sens à notre existence.
À consommer sans aucune modération!



Si la Suisse est parfois perçue comme un paradis terrestre, la question se pose de savoir si ses habitants y croient, au paradis… Croyants, agnostiques ou athées, chacun ressent, face à la mort, la nécessité d’un récit. Alors, que reste-t-il du paradis, jadis promesse d’un bonheur éternel ? En allant à la rencontre des personnes arrivées au crépuscule de leur vie terrestre, ce film propose une quête personnelle, émouvante et décalée, au sein des représentations de ce lieu commun à l’humanité, face à l’espérance et au doute partagé.

 

(Bi, Hu) Vivre en paix?

Vivre en paix ne veut pas dire "Vive ramper!"...


dimanche 10 janvier 2016

(Bi) être ou...

(à propos du film de Christian Labhart sur Giovanni Segantini, m'est venue cette réflexion qui a l'air d'une boutade, mais qui est plus sérieuse qu'il n'y paraît):

"Être ou disparaître, telle est la question".

"La vanité"

(Pr) « Tes disciples n'ont pas pu... » Prédic du 10 janvier 2016

Lectures:  Luc 9, 37-45; Esaïe 65, 1-2; Romains 7, 17-23


Nous avons tous été, dans notre enfance, plus ou moins nourris par des récits de miracles. À l’école du dimanche surtout, c’était quand même plus facile de raconter des guérisons que les Béatitudes ou les lettres de Paul!

Malheureusement, cette foison de miracles nous a souvent joué des tours. Nous avons reçu une image de la foi chrétienne beaucoup plus “miraculeuse” qu’elle n’est en réalité. Un peu comme si, voulant faire visiter Lausanne à un ami japonais, je ne lui montrais presque que des églises. Il en déduirait que les Vaudois sont très religieux... ce qui n’est pas vraiment la réalité!

Ce qui est embêtant, c’est que nous avons tendance à toujours revenir à ce premier enseignement religieux que nous avons reçu enfant! Soit parce qu’on n’en a guère eu d’autre, ce qui est rare; soit parce que c’est comme dans la chanson de Brassens: “Jamais de la vie, on ne l’oubliera, la première fille qu’on a pris dans ses bras”. Je veux dire: le premier contact, la première émotion restent gravés beaucoup plus profond que les autres. Vous vous souvenez, nos yeux émerveillés, tout ronds, quand la monitrice nous racontait ces guérisons extraordinaires, mystérieuses?!
 

 

L’ennui, avec les miracles, c’est qu’on en voit rarement, dans notre quotidien. Nous avons tous prié avec ferveur pour la guérison de telle personne, ou tel autre objectif. Hélas, le pourcentage de réussite est aussi faible que la proportion d’amis véritables dans l’entourage d’un milliardaire...

Alors, deux possibilités, quand on réfléchit: ou bien on balance la religion aux orties, déçu, en décrétant que c’est un attrape-nigauds; ou bien on essaie de comprendre, et on peine souvent, parce que c’est difficile. Dieu est-il vraiment tout-puissant?

Puisque vous êtes ici ce matin, j’en conclus que vous êtes plutôt de la seconde catégorie! Mais vous voyez bien que ceux de la première, on peut comprendre leur réaction!

Donc, essayons d’y voir un peu plus clair! Et le passage de l’évangile de Luc d’aujourd’hui peut nous y aider. Pour cela, regardons de plus près trois ou quatre détails.

Premier détail important: le récit de miracle que nous lisons ce matin commence par “le jour suivant”. Cette mention nous indique que ce qui va être conté a un lien avec le passage qui précède. Or, ce qui précède, c’est la Transfiguration, ce moment où Jésus est devenu, aux yeux des disciples, éclatant de la lumière de Dieu, avec Moïse et Elie à ses côtés. Cet évènement est une démonstration de sa nature divine. La Transfiguration, c’est un signe fort que Jésus vient de Dieu (un peu comme l’auréole sur les tableaux du Moyen Âge, dont nous parlions dimanche dernier). Donc, la guérison miraculeuse, elle aussi, est liée à cette démonstration de la nature divine du Christ.

Giovanni Lanfranco, Trasfigurazione, XVIIè s, Galleria Nazionale d'Arte Antica, Roma

Puis ils redescendent de la montagne. C’est alors qu’une foule vient vers eux, une foule d’où sort un homme qui crie vers Jésus “Viens sauver mon fils, mon fils unique!” (entre parenthèses, admirez le clin d’oeil: c’est un autre qui perdra son fils unique, un peu plus tard, sur la croix!). Mais top, deuxième détail (vous avez remarqué?): “Tes disciples ont essayé de le guérir, mais ils n’ont pas pu”!

Voilà, tout le problème est posé, là. Jésus guérit l’enfant, alors que les disciples n’y étaient pas arrivés. Les gens qui sont là s’extasient, alléluia... Mais top, troisième détail: ils ne sont pas frappés par les capacités extraordinaires de Jésus, comme souvent ailleurs, non! L’évangile dit: “Tous étaient bouleversés par la grandeur de Dieu”!

Voilà. Le drame. Les disciples prient, mais le miracle ne se produit pas. Seul Jésus y parvient, “faco-décontract’”; et tous reconnaissent là exactement la main de Dieu! La “patte” de l’artiste!

Et c’est aussi notre drame. Car si les disciples-compagnons du Christ n’ont pas pu provoquer le miracle, vous voyez bien que pour nous, disciples d’aujourd’hui, à combien plus forte raison, on peut comprendre nos échecs...

Donc, le problème n’est pas que nous n’ayons pas assez de foi, comme on le dit parfois; ni que nous ne soyons pas assez ceci, ou trop cela... Je ne sais pas si vous saisissez le rapport étroit entre notre récit et la Transfiguration, qui venait juste avant?

Si tous les hommes ratent leurs miracles 9 fois sur 10, et si on vient de nous donner démonstration que Jésus est de nature divine, on peut en déduire que Jésus réussit ses guérisons étonnantes parce qu’il n’est pas comme nous. Parce qu’il est d’une autre nature, d’une autre “pâte”; d’une autre dimension. Nous ne sommes pas Jésus, ni vous ni moi, et à vouloir l’oublier, nous risquons la “plantée” magistrale, comme les disciples.

Nous, nous sommes comme le dit l’apôtre Paul: le péché habite en moi, il agit en moi. Il y a une autre force dans mon coeur et dans mon corps qui me tire à l’opposé de celle de la foi, et de celle de Dieu. Et je suis partagé entre ces deux mouvements, et ma vie est le résultat, la résultante de ces deux mouvements qui m’entraînent tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.
 
Martyre de Saint Hippolyte, Dirk Bouts (1470-1475).

On pourrait s’arrêter là. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel de notre passage. Car le récit continue, avec un passage une fois encore signalé comme important, puis qu’il commence par cette injonction de Jésus: “Retenez bien ce que je vous dis”. Il s’agit de l’annonce par Jésus qu’il va être livré aux hommes. Top! Dernier détail, mais le plus important: par 9 fois, les évangiles racontent que Jésus prédit sa Passion, comme on dit. Or, les 8 autres fois, il annonce qu’il va souffrir, et qu’il va mourir, puis que Dieu le ressuscitera. Mais ici, une seule annonce: “Je serai livré entre les mains des hommes”. Celui dont on vient de souligner la nature divine, il va être abandonné, sans pouvoir, entre les pattes de cette espèce mauvaise et sans foi (pour reprendre les termes de Jésus dans l’évangile): les humains!

Si on ne parle ni des souffrances, ni de la mort, ni de la résurrection, c’est donc qu’on veut souligner le seul abandon! Ainsi, la voilà, la toute-puissance de Dieu: il livre son fils unique entre nos mains de pécheurs! Il nous le donne, pour nous sauver!

Récapitulons: les hommes ne parviennent presque jamais à réaliser de miracle, à cause de leur nature empreinte de péché (c’est-à-dire de séparation d’avec Dieu). Par contre, Jésus a laissé toute la place en lui à son Père, qui pouvait donc agir à travers ses mains. Par Jésus, Dieu a donc guéri bien des gens. Mais. Mais il a fait beaucoup plus encore. Jésus a laissé son Père agir en lui jusque dans la mort, sur la croix. Celui qui est tout entier Dieu (donc tout entier amour, tout entier puissance, tout entier pardon), il a été livré, à cause de cela justement, il a été livré aux mains des hommes.

Pourquoi donc? Pour quoi (en 2 mots)? C’est justement ça qui est difficile à comprendre; et que notre passage nous invite à méditer. Il le fait à travers un paradoxe, que j’exprimerais comme ceci: il a été livré pour nous dire, pour nous montrer que, même si nous sommes ces gens partagés, cette espèce infidèle, eh bien il ne nous abandonne pas. Il nous aime d’autant plus fort. Il nous pardonne et nous sauve, comme il l’a fait pour le fils malade.
 


Au fond, il y a dans cette histoire une série de pied-de-nez à la résignation: (1°) l’homme dans la foule ne se résigne pas à la maladie et à la perte probable de son fils, il crie, il demande;    (2°) Jésus ne se résigne pas au mal, et à la souffrance, il agit, il guérit, il se donne; (3°) et surtout, Dieu ne se résigne pas à notre incapacité de disciples, à notre péché d’humains, il fait à Pâques toutes choses nouvelles! Il nous révèle notre petitesse, mais surtout notre dignité!

Et nous, Eglise, et nous croyants? Notre rôle n’est-il donc pas de nous révolter nous aussi contre la résignation? De crier, face à la souffrance? D’appeler? Et: d’aider Dieu à agir?

Ni baisser les bras, ni nous prendre pour des dieux. Mais ouvrir notre humanité à cette immense tendresse venue d’ailleurs, qui nous dépasse, pour qu’elle nous parle de ces trucs vraiment fabuleux: la Joie entière; la Paix majuscule, l’Espérance qui déplace des montagnes... Oui, depuis la première Pâques chrétienne, cette espèce très imparfaite que nous sommes peut connaître le vrai Bonheur. En Christ! Amen


Jean-Jacques Corbaz 



---> Voir aussi

“Dieu, tout-puissant?” - Prédication du 2 11 2014: <http://textesdejjcorbaz.blogspot.ch/2014/11/pr-dieu-tout-puissant-predication-du-2.html>


 

mercredi 6 janvier 2016

(Ci) un quoi qui tient quoi?

"Aujourd'hui, un de mes anciens catéchumènes devenu grand m'a dit avec tendresse que, dans ce Monde, je suis "un connard qui tient obstinément une bougie allumée dans l'obscurité".
J'ai aimé! Puisse-t-il dire vrai..."


Jean-Marc Savary

mercredi 30 décembre 2015

(Bi, An) Bonnannée!


Je vous souhaite une excellente année à venir, pleine d'avenir lumineux et de bonheurs qui en jalonnent le chemin.
.
Avec de quoi prendre de la hauteur, comme sur l'image ci-contre! Au-dessus des nuages, la liberté semble être infinie, chante Frédéric Mey.

JJ



dimanche 27 décembre 2015

(Pr, Co) "Le 4ème saule et le trésor"



Prédication du 27.12.15

Matthieu 13, 44; Matthieu 16, 13-19; 2 Corinthiens 4, 6-7

C’est l’histoire de Louis Mallet, en France voisine, il y a longtemps, pendant la guerre. Louis a trente ans, et rêve de se marier. Depuis la mort de ses parents, il est seul dans la ferme, trop grande. Il n’a avec lui qu’un vieux domestique de campagne, Armand. Et puis quelques économies: de l’argent qu’il a hérité de ses parents, et qu’il garde précieusement dans un petit coffre, pour rénover sa maison, le jour où il se mariera.

Hélas, Louis ne pourra pas réaliser ses rêves. Un jour, le facteur lui apporte une grosse lettre: il est mobilisé. Départ dans quelques jours pour l’armée. La guerre.

Armand, le domestique, est trop âgé pour être appelé sous les drapeaux. Alors, Louis lui confie la ferme et les travaux des champs. “Ne t’en fais pas, dit Armand, tu peux compter sur moi!”

Rassuré, Louis peut partir délivré de ce souci. Mais lui reste un problème: que faire avec le coffre et l’argent? Les banques risquent de tomber entre les mains des ennemis, c’est trop risqué. La ferme elle-même peut être attaquée. Donc, il faut cacher son petit trésor. Mais où?

Tout-à-coup, il a une idée: les saules! En effet, il y a, à côté de sa grange, une rangée de vieux saules creux où il allait jouer quand il était petit. Depuis longtemps, il n’y a plus d’enfant dans la ferme, et personne n’y va plus. Ce sera une excellente cachette!

Louis va vers les saules et les examine bien, ils n’ont pas changé. Il voit que le cinquième saule est profond, ça ira extra! Il monte sur une échelle, et laisse descendre son précieux coffret au bout d’une corde. Personne ne l’a vu, ouf!

Et puis Louis passe chez son voisin, le père Jules. Il lui explique ce qu’il a fait. “Je sais que je peux te faire confiance, Jules. Je n’ai pas d’enfant. Si des fois je ne reviens pas de cette guerre, j’aimerais que mon argent soit donné à Armand, il m’a tellement aidé. Si je devais mourir, serais-tu d’accord de simplement lui indiquer la cachette et de lui dire de profiter de cet argent pour ses vieux jours?”

Jules accepte, bien sûr, et promet à Louis de ne jamais divulguer son secret. “Ne t’en fais pas, tu peux compter sur moi!”

 


Pendant six mois, Louis est sous les drapeaux, sans avoir la moindre nouvelle. Et puis, pas de chance, il est fait prisonnier. Il reste quatre ans en Allemagne, dans un camp. Et ce n’est que lorsque la paix est revenue qu’il peut enfin rentrer à la maison.

Et ce qu’il redoutait est arrivé: l’armée ennemie a pris le village; et sa ferme, comme la plupart des autres, est à moitié détruite, portes enfoncées, fenêtres arrachées; à l’abandon. On lui raconte qu’Armand, son domestique, n’a pas réussi à empêcher les soldats de piller la maison. Et qu’il a dû aller travailler dans un village voisin.

Le coeur battant, Louis se dirige vers les saules. Son argent ne sera pas de trop pour réparer sa ferme et racheter quelques vaches. Ouf, les arbres creux sont toujours là. Un, deux, trois, quatre... Louis monte dans le cinquième, et cherche son coffret. Hélas, rien! Pas le moindre objet à l’intérieur du vieux saule!

Plein de colère, il court chez le père Jules et lui tombe dessus: “Mon argent! Mon coffret! Qu’en as-tu fait?”

Etonné, Jules jure ses grands dieux qu’il n’a pas touché ni l’arbre ni la cassette. Et qu’il n’a rien dit à personne.

- Menteur! crie Louis, dans une fureur noire. Tu m’as volé, sale hypocrite! Il traite Jules de tous les noms. Et s’en va, en claquant la porte.



Quelques jours après, il y a un décès au village. C’est la vieille Simone, la plus pauvre de la commune. À cette occasion, Louis revoit son ancien domestique, Armand. Ce dernier lui raconte ses tribulations, et son impuissance à empêcher l’armée ennemie de s’emparer de la ferme.

Puis ils parlent de la vieille Simone. “Elle n’avait pas tous les jours à manger, se souvient l’ancien domestique, tant la misère l’accablait. Un hiver, la foudre est tombée sur un des saules à côté de la ferme. Alors, j’ai coupé à la hache tous les morceaux de cet arbre cassé, et je les ai donnés à Simone, pour qu’elle puisse se chauffer...”

En entendant cela, aussitôt, Louis se lève. Tout pâle, il prend Armand par les épaules, et sa voix tremble quand il demande:
- “C’était... quel saule?”

- Ben, c’était le premier depuis la grange. Pourquoi?

Aussitôt, Louis court vers les arbres. Et dans le quatrième saule, il trouve son précieux coffret. Et l’argent qu’il avait caché!!


C’est Armand qui m’a raconté cette histoire. Il a ajouté que Louis lui avait donné deux gros billets, pour le remercier. Et qu’ensuite, il avait couru chez le père Jules, pour tout lui expliquer. Et lui demander, tout honteux, de l’excuser. Depuis, les deux paysans se sont réconciliés et ils s’entraident pour leurs travaux.
 


“Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile”. Il y a le trésor, et il y a ce qui le contient: un saule creux, un pot de terre... une armoire. Le trésor est important, il a beaucoup de valeur; mais ce qui contient le trésor est tout aussi important, même s’il n’a aucune valeur en lui-même. Tout aussi important justement parce qu’il contient le trésor! Ce n’est plus un vieux saule comme il y en avait des milliers, un vieux saule qui ne valait trois fois rien; il est devenu un arbre d’une immense valeur! Quelle différence de prix entre le quatrième saule et le cinquième, tout-à-coup! À cause de ce qui est dedans!

“Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile”. Le trésor de la passion de Dieu pour nous, de ses promesses de pardon, il l’a placé à l’intérieur de nous. Par le Christ, nous devenons non plus de simples saules (pleureurs ou non!); non plus de simples ensembles de muscles, de peau, de sang: nous devenons enfants de Dieu, adoptés par amour. Nous devenons ainsi, logiquement, frères et soeurs, appelés à vivre réconciliés, comme Louis et Jules; à reconstruire un monde où règnent la justice et la paix.
 
 

“Jésus lui dit: «Tu es heureux, Simon, car ce n'est pas un être humain qui t'a révélé cette vérité, mais mon Père du Ciel. Je te le déclare, tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. La mort même ne pourra rien contre elle. Je te donnerai les clés du Royaume des cieux.»”

Ces paroles de Jésus nous semblent exagérément pompeuses. Vous le savez, l’Eglise catholique s’appuie sur ce passage pour asseoir la souveraineté du Pape, en tant que successeur de Pierre. Or, qu’est-ce que l’apôtre vient de dire, et que Jésus salue ainsi? Oh, pas grand-chose, juste: “Tu es le Christ, fils du Dieu vivant”!

Ce que l’évangile veut mettre en évidence, c’est le contraste entre cette affirmation et toutes les autres réactions face à Jésus: “Certains disent que tu es un prophète, Elie ou Jérémie...” un homme extraordinaire! Un gourou...

Pierre, en reconnaissant Jésus comme le Christ, n’est plus un vase de terre comme les autres; il n’est plus un saule comme les autres. Il a montré qu’il contenait le trésor! Et c’est ça, et rien que ça qui fait sa valeur, à Pierre! Il n’est pas un super-chrétien, au-dessus de nous. Au contraire: tout(e) croyant(e) est digne des mêmes éloges! Pierre n’est pas un super-chrétien; ce qui fait son prix, c’est le trésor qu’il contient: soit la présence toute proche de Dieu, en Jésus, acceptée et reconnue!
 

Dans le Nouveau Testament, nous sommes tous des saint(e)s. Savez-vous que les auréoles ont été inventées, au Moyen Âge, pour montrer que les chrétiens (tous les chrétiens!) étaient habités d'une lumière vive, reçue d'En-Haut, et qui rayonnait autour d'eux? Ce disque lumineux autour de la tête voulait dire: "Voilà quelqu'un qui a su laisser vivre en lui la Clarté majuscule de Dieu, quelqu'un qui sait aussi la diffuser autour de lui par ses paroles ou par ses actes".

La lumière de Noël nous est donc donnée pour qu’elle pétille autour de nous! Et les signes de ce trésor, ce sont le baptême et la Cène; gestes de confiance et d’espérance; gestes de reconnaissance aussi: nous reconnaissons être les dépositaires de ce trésor immense, qui que nous soyons.

Par le baptême; par la sainte-Cène, le Christ nous dit: “Tu es un vase qui contient le trésor du Père, sa lumière. Tu es heureux,  Ernest, Camille, Christine, Raphaël, heureux, car ce n'est pas un être humain qui t'a révélé cela, mais mon Père du Ciel. Sur toi je bâtirai mon Église, la mort même ne pourra rien contre elle. Je te donnerai les clés du Royaume de Dieu”.  Amen
                                                                                                                                                                                                           Jean-Jacques Corbaz  





                                                                                                                                                                                                                   

vendredi 25 décembre 2015

(Ci, Ré, Bi) En ce temps-là...

"En ce temps-là,
la guerre faisait rage au Moyen-Orient.
En plus du gouvernement d’Assad,
dont le pouvoir était contesté dans la région,
un puissant groupe terroriste provoqua
un déplacement massif de population autour de la Méditerranée.
Les migrants fuyaient par milliers leur pays miné
par les attentats et la terreur,
essayant de retrouver des parents ou des proches
quelque part en Europe.

Youssouf partit lui aussi de chez lui, de la région d’Alep,
parce qu’il ne voulait se rattacher
à aucune des forces armées présentes dans sa région.
Après avoir payé un passeur à prix d’or,
il s’embarqua sur un canot pneumatique
avec Myriam son épouse qui était enceinte.
Ensemble, ils franchirent la mer au péril de leur vie,
puis sillonnèrent une grande partie de l’Europe.

Mais le jour où elle devait accoucher arriva.
Comme il n’y avait plus de place dans les camps de la Croix-Rouge,
ils se réfugièrent dans ce qu’on appelait « la jungle de Calais ».
Là, elle mit au monde son fils premier-né,
le langea avec les moyens du bord,
et le coucha dans une boîte en carton
qui fit office de berceau improvisé.

Dans la ville de Calais,
il y avait des vigiles qui patrouillaient la nuit
pour garder les installations de sites dits sensibles
qu’il s’agissait de protéger.
Tout à coup, ces vigiles virent apparaître une forte lumière.
Ne comprenant pas ce qui se passait, ils eurent très peur.
Une voix leur dit :
« Pas de panique ! Écoutez plutôt :
cette nuit, en pleine jungle de Calais,
est né celui qui vous délivrera de la guerre,
des peurs et des égoïsmes.
Il inspirera la confiance, la bonté
et fera de chaque personne de bonne volonté un artisan de paix.
Voici à quoi vous le reconnaîtrez :
vous trouverez un nouveau-né emmailloté
dans des langes de fortune
et couché dans une boîte en carton. »
Puis, ce fut comme si une chorale céleste
se joignait à cette lumière.
Elle se mit à chanter :
"Gloooo-ria in excelsis Deo!"

Quand la chorale les eut quittés,
les vigiles se dirent entre eux :
allons jeter un œil dans cette jungle
pour voir ce qui s’y est vraiment passé.
Ils y allèrent et trouvèrent
Myriam, Youssouf et le nouveau-né
couché dans sa boîte en carton.

Lorsqu’ils les virent,
ils leur racontèrent dans un anglais approximatif
ce qui leur avait été dit au sujet de l’enfant :
"We hear that this kid will become a special king :
one who can help us to build peace on earth
and achieve harmony between people & nations
That’s awesome ! But can you believe it ?"

Les autres migrants,
qui s’étaient attroupés autour d’eux
étaient tout étonnés de ce qu’ils entendaient.
Quant à Myriam,
elle gardait tout ce qui se passait ce soir-là
aux tréfonds de son cœur.

Heureux de ces événements,
ils improvisèrent une fête
qui dura jusqu’à tard dans la nuit.
Puis, les vigiles s’en retournèrent
en chantant les airs de musique qu’ils avaient entendus,
car tout s’était déroulé comme on le leur avait dit."

Christian Vez et Xavier Gravend-Tirole

 

jeudi 24 décembre 2015

(An, Im) Joyeux Noël!

Meilleurs voeux à vous tous! 
Que Noël vous soit beau, profond et riche de liens forts. 
Et qu'entre le boeuf et l'âne gris germe, grandisse une confiance qui vous donne sens.