Pour vous y retrouver

Bonjour! Bienvenue sur ces pages, que j'ai plaisir à ouvrir pour vous!
Vous trouverez sur ce blog différentes sortes de contributions:
- annonce (An),
- billet (Bi),
- citation (Ci),
- confession de foi (CF),
- conte (Co),
- formation d'adultes (FA),
- humour (Hu),
- image (Im),
- liturgie (Li),
- poésie (Po),
- prédication (Pr),
- réflexion (Ré),
- sciences bibliques (SB),
- vulgarisation (Vu).
Bonne balade entre les mots!

Ces œuvres sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé.

Ce blog fait partie d'un réseau de sites réformés "réseau-protestant.ch" qui vise à coordonner et rendre visibles et lisibles les publications web de la galaxie du protestantisme de Suisse romande. Voir sur ce blog la page https://textesdejjcorbaz.blogspot.com/p/blog-page.html>.
Affichage des articles dont le libellé est poésie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est poésie. Afficher tous les articles

vendredi 13 décembre 2024

(Po, Co) Terre interdite (poème de Noël)

  


Le vent souffle sur la banquise. La glace craque, la banquise se rompt. Le fond qui fond. Frankenstein à la poursuite de son monstre. Frankenstein qui vient mourir épuisé entre mes bras. Et le monstre qui vient le pleurer près de moi.
Marie Shelley à la poursuite de mon ombre. O mon Annie, mon amour impossible, ruisseau de feu, banquise en flammes, mer de soif. Annie, mon petit clown pas assez triste, ma vie envolée à l’albatros. Claudicante et ressuscitante. Tenace.

Qui suis-je, pour mériter de tels déploiements? Qui est-ce que je deviendrai? Quelle façade devrai- je bâtir en hâte?
Le vent souffle chaud, c’est anormal. Meurtrissure. Le vent s’époumone. Tant mieux. Tant mieux si je m’endors. Je ne suis au moins pas responsable de mes songes. J’ai le droit d’être pathétique. Psychopathétique. En rêve.

Le vent s’époumone, mais c’est toujours ton nom qu’il murmure. Effet connu, stéréotypé, sans originalité. Mais ça fait toujours son effet.
Ton nom, Annie. Ton nom et tes mille visages. Trop belle pour être simple. Trop lumineuse pour être une. Annie. A comme angoisse, N comme nuée, N comme nuit, I comme immersion et E comme escalier. Je colimaçonne entre tes spots lumineux. Je veux m’accrocher, mais c’est interdit. Terre interdite.

Mais prends un visage humain, une fois! Sois humaine, non! Viens, fais-toi accessible, enfin! Enfin.

Le vent souffle sur la banquise, qui fait ressortir ma fixité. Annie. Théophanie. Montre-toi, quoi! Ça fait des périodes glaciaires que je t’attends.
Tu viens. Bien sûr, tu viens. Mais est-ce que je t’aurai attendue? Tu viens à en mourir. Mais qui de nous deux va mourir en premier?

Mais. Mais. Mais serais-tu déjà venue, et que je t’aie manquée?

 

Jean-Jacques, 28.12.75 

 

vendredi 6 décembre 2024

(Li, Po) Qu’elle vienne (Avent)

Qu’elle vienne, la Parole,
Qu’elle vienne comme un éclair,
Abondante comme un ruisseau,
Qu’elle vienne, infatigable.

Qu’elle vienne, la Parole,
Qu’elle vienne et nous éclaire,
Qu’elle danse à notre approche,
Qu’elle vienne, encor’ nouvelle.

Qu’elle vienne, juste et folle,
Vienne au creux de notre hiver
Nous sortir de nos tombeaux,
Changer nos vies par son sel.

Qu’elle vienne, la Parole,
Aux blessures de notre chair,
Qu’elle vienne, ronde ou croche,
Nous vivrons nouveau Noël!


Jean-Jacques Corbaz, 13.12.1977  


(Po, Li) Venez, chantons (cantate Dominum)

Venez, chantons à Dieu un chant nouveau
Un chant vraiment nouveau
Un chant de joie et de reconnaissance
Un cri d’espoir, un pas de danse
Dieu vient, bientôt
Au cœur
du monde.

Beauté toute simple de l’étoile dans la nuit
Modeste jaune, humble éclat sur fond bleu
Signe de vie
Et de présence
Dieu vient, bientôt
Au
cœur du monde.

La terre frissonne devant cet avenir
Fascinée et craintive
Elle pressent que rien ne sera plus comme avant.
Ses calmes rives
À longues manches
Neige lascive
Ou larmes blanches?
Le monde attend.
Dieu vient, bientôt
Au
cœur du monde.

Viens!
Regarde!
Il se glisse au milieu de nous
Si puissant qu’il transfigurera le monde
Mais si discret qu’on peut toujours le rejeter
Tellement il respecte notre liberté.
Dieu vient, modeste et passionné
Il vient bientôt
Au
cœur du monde.

Viens!
Viens vivre!
Vivre et chanter, nouveaux
Vraiment nouveaux
Un chant de joie et de reconnaissance
Un cri d’espoir, un pas de danse
Dieu vient, bientôt
Au
cœur du monde.


Jean-Jacques Corbaz, 19 décembre 1973   


(Co, Po) Avent, le vent

Le vent souffle sur la banquise. La glace craque; la banquise se rompt. Le fond qui fond. Le monde entier devient-il eau? Fleuve gris sombre pour nos errances? Grondant, gémissant, hoquetant… La peur du vide…

Mon Dieu, mon amour impossible, ma rencontre désespérée, ruisseau de feu, banquise en flammes, mer de soif. Toi que j’ai cherché dans les dunes de neige et de glace, comme Frankenstein à la poursuite de son monstre. Comme Frankenstein qui vient mourir épuisé entre mes bras. Et le monstre qui vient le pleurer près de moi.

Le vent souffle, il s’époumone. Tant mieux. Tant mieux si je m’endors. Que je rêve de ta venue, enfin.

Le vent s’époumone, mais c’est toujours ton nom qu’il murmure. Effet connu, mais qui fait toujours son effet.

Ton nom. Ton nom et tes mille visages. Trop beau pour être simple. Trop lumineux pour être un. Trop Dieu pour t’approcher.

Mais prends un visage humain, une fois! Sois humain, quoi! Viens, fais-toi accessible, enfin. Enfin…

Le vent souffle sur la banquise, et fait ressortir ma fixité. Viens, montre-toi! Ça fait des siècles, ça fait des périodes glaciaires que je t’attends.

Tu viens. Bien sûr, tu viens. Mais est-ce que je t’aurai attendu, alors? Tu viens à en mourir. Mais qui de nous deux va mourir en premier?

Mais. Mais. Mais serais-tu déjà venu, et que je t’aie manqué??


Jean-Jacques Corbaz, 22.11.1976   


samedi 26 octobre 2024

(Po, Co) Marche lente automne terrien


Le passé sur ses épaules alourdissait ses omoplates. Un peu plus épais peut-être que la moyenne, un peu plus grand. Mais n’était-ce pas qu’une impression?


Ces heures intimes du milieu de la nuit étaient son domaine. Dans les rues du village, où les siècles collaient aux façades; à travers les champs, où le passé couvait, silencieux mais présent. Peu d’années. Peu d’années encore, mais grosses de temps mort, mais lourdes de tant porter. Peu d’années vécues, combien à déployer?


Un bruit d’automobile, au loin. Promeneur hâtif vers son port, rejoindre le feu, chaleur de vie. Les autres. Le lit. Les murs. Sécurité.


Le passé dans son dos le courbait contre terre. Terre grasse et indolente de ses ancêtres paysans. Terre vieille et sûre qu’il rejoindrait - un jour.


Sa pensée cheminait à grands pas bottés, semelles épaissies par la boue glaise. Je viens, tu sais, je viens. Mais j’arrive avec tout ça dans ma hotte: mon pays, mes collines, ces pommiers, ces maisons. J’arrive avec ces hommes gestes lents, bouche lente, pensées lentes; mais si pleins, si pleines. J’arrive avec mon cœur, mes pipes, mes souvenirs tièdes ou glacés. Mes espoirs demi-ton. Mes compromissions. J’arrive avec le temps passé sur mes épaules.


Je viens. Mais pourquoi je vois si mal? Le brouillard est-il partout autour de moi? Non, il y en a aussi sur mes lunettes; poussières, saletés. Et puis non, il y en a encore dans ma tête, mes brumes d’avoir tant existé.


Le passé sur ses épaules alourdissait sa marche. C’est ainsi qu’il allait, au rythme de sa terre. La récolte est maigre, cette année. Les pommes-de-terre trop grosses ont un vide au milieu. Les épis trop petits. La vigne mal mûre.


Le pays l’empêchait de courir. Même de vouloir courir. La mort immobile, même pas menaçante, et pourtant inexorable. La mort enracinée dans le terroir, avec les vieux, avec les autres, dans les virgules et les soupirs.


Le passé annonçant la mort pesait sur ses épaules. C’est ainsi qu’il traînait sa lente presqu’espérance. Ne le jugez pas, coursiers de l’avenir galopant à son approche, ne le jugez pas. Je crois que c’est comme cela qu’il vivait, et qu’il vivait heureux.



Jean-Jacques Corbaz,14.10.77  



(Po, Co) Dans le brouillard forclain

La forêt d’en-haut a mis sa houppelande pâle. Un étang, promeneur mollusque, traîne au ras des collines, bras baladeurs. Les chalets se blottissent les uns contre les autres.
C’est l’heure grise où l’on repense aux vieux, que l’on croyait perdus.


Il descend sur nous. Enlace mollement nos maisons engourdies. Estompe nos contours dans un rêve embrumé, insaisissable.
C’est l’heure triste où tombent nos bras fatigués.


Mon  cœur
est un îlot où s’arc-boute la vie. Mais dehors, tout sourire lui paraît étranger. Un point, le début d’un rayon, pour un départ. Nommé espoir.


C’est l’heure blanche, petit matin, où l’on sait bien que tout repartira.

Dans le brouillard, l’espérance est vive. Elle me sauvera.


JJ Corbaz, le 5.7.77

 

 

(Po) Rendez-nous notre été


Rendez-nous notre été,
L’été qu’on nous a volé,
Le soleil de juillet,
Les chaudes soirées étoilées,
Mon cœur en paix.

Rendez-nous notre été,
Celui qui a filé
Droit sous mon nez,
Parti, sans se retourner…

Rendez-nous notre peur,
Trafiquants de la méfiance,
Laissez-nous ce chemin de partance,
D’adolescence (pas fuite, mais distance!),
N’y posez pas vos gros souliers.

Le saurez-vous?
C’est notre bonheur,
C’est notre liberté gagnée
Que de pouvoir, peu à peu, l’apprivoiser.

Rendez-nous notre paix.
Et vous… rendez-vous en été!


Jean-Jacques Corbaz, 24.7.1977  


jeudi 24 octobre 2024

(Po) Minuit

Regarde les choses:
Le monde qui tourne son surplace,
Ma maison, bateau qui flotte au milieu de la nuit,
L’oeil rond de l’église qui fixe l’éternité.

Regarde le vent,
Le vent qui tombe, et ça fait un grand creux,
Le vent qui troue le temps quand il s’en va,
Un calme immense où tout se fond.

Regarde les hommes,
Paisibles angelots déchus détendus pour la trêve,
Polissons endormis méconnaissables
Mais rêvant leurs peurs et leurs désirs.

Regarde leurs rêves,
Le général qui joue à saute-mouton tout seul,
Le copain qui grandit jusqu’à crever la terre
Et le petit berger qui devient loup-garou.

Regarde minuit:
Le jour change alors que tout est immobile,
Le jour marmonne, liturgie incompréhensible,
Et le veilleur fait signe de dormir.

Regarde la nuit:
Les prophètes reprennent leur souffle,
Le futur s’en vient, lentement,
Le chemin ne sera jamais plus comme avant.

Regarde,
Paupières closes,
Tu ne peux pas dormir?
Dans l’heure chose
S’ouvre ton avenir.

Veux-tu être émerveilleur?


Jean-Jacques Corbaz, 9.12.1976   



lundi 12 août 2024

(Po) La paix du soir…

La paix du soir a encore frappé…
Comme par hasard, sous un ciel étoilé,
Dans le bleu-noir la lune brillait
Berçait d’espoir mon
cœur en paix.

Que souhaiter? Rien au monde
Une lumière, un stylo, du papier,
Une flûte pèlerine, vagabonde,
Et la terre où poser mes pieds.

Je suis à nouveau en été,
Un soir, ainsi, je mourrai, apaisé,
En pleine nature, vivant, sans regrets,
Comme à chaque fois je m’envolerai.


Jean-Jacques Corbaz, Yaoundé, 22 novembre 1974   


(Po) Campagne, mon pays

Je dirai le pays lourd et lent de ma terre,
Je le dirai pour y trouver le repos.
Je le dirai si calme, sans hâte, sans folie,
Je le dirai longtemps, fort et vrai, mon pays.

Je dirai la campagne éparpillant ses fermes,
Fermement accrochées aux collines, au coteau,
Ses chemins serpentant et collés à la terre,
Je le dirai aimant, généreux, mon pays.

Je dirai le pays qui porte le village
Groupé vers les fontaines aux longs bassins carrés,
Avec ses chars de foin qu’on rentre avant l’orage
Je le dirai l’été, si chaud, mon pays.

Je dirai le pays qui façonne les gens,
Rythmé par les saisons, porteur de tant de vie,
Ses vols d’oiseaux, ses bourgeons, ses enfants,
Je le dirai gonflé d’espoir, mon pays.

Je dirai ma campagne, une bouche, un visage,
Riche et rond, c’est un sein qui nous parle d’amour,
Ses bêtes et ses fruits, et ses champs, ses labours,
Je le dirai fécond, puissant, mon pays.

Je dirai le pays que je ne sais chanter,
Mes mots maladroits, mon amour, humble hommage,
Mes racines, sa glaise lourde à mes souliers,
Je le dirai discret, mais mien: mon pays.


Jean-Jacques Corbaz, 4 juillet 1974   

 

(Co, Po) Adieu mon gars


Il était tard déjà. Une brume nonchalante montait du sol un rien trop humide. Une nuit moite mais froide semait l’inquiétude dans les moindres recoins de cette campagne immobile. 

 

Il était tard, et tu marchais sur la route désertée. Sans doute rentrais-tu de quelque assemblée où les cigarettes avaient noirci le plafond bas; où les mains s’étaient serrées plusieurs fois; où les coeurs avaient tenté de s’ouvrir.

 

Il était tard, tu marchais, lentement. Peut-être rêvais-tu à ce rayon de lune entrevu avant - ou encore avant. Peut-être dormais-tu déjà un peu. Peut-être pensais-tu aux tiens qui somnolaient bien au chaud.

 

Il était tard, tu marchais lentement. Personne ne saura jamais pourquoi c’est ce moment-là que choisit le clocher du village pour sonner minuit. À peine d’ailleurs t’es-tu posé la question, alors. L’air vibrait lourdement, bronze infini roulant dans la nuit.

 

Il était tard, minuit, et tu marchais lentement. Les trois bières que tu avais bues devaient ralentir ta réflexion. Ou était-ce la nuit? Le froid? Le brouillard?

 

Comme une torpeur, un cafard imprévu t’agressa vers le ruisseau caché dans les arbres. Il était encore plus tard. Peut-être déjà trop tard?

 

L’envie de t’arrêter, de t’asseoir ou te coucher. Elle a dû venir juste après. Sans doute as-tu cherché une grosse pierre, un tronc offert, quelque chose, quoi, où t’accrocher. Sans doute as-tu cherché et n’as-tu pas trouvé.

 

Tu avais encore du chemin à faire. Mais avais-tu envie d’avancer? Et même, avais-tu envie d’arriver? N’étais-tu pas déjà arrivé?

 

Un bruit furtif a dû te faire sursauter, venant des herbes hautes, au fond, là-bas. Et tu as ri ensuite au-dedans de toi. Ri jaune. 

 

La nuit. La grosse nuit, encombrante comme un quémandeur importun. Nuit trop vieille, aigre grand-mère à héritage qui refuse de mourir. Pour vous embêter.

 

Il était vraiment tard. Pourquoi donc s’attarder? Tu voulais pourtant t’arrêter, mais tu ne pouvais pas. Cette énergie qui se dissolvait dans la nuit, sucée, rongée, écrémée. 

 

Une ferme isolée dormait non loin de la route. Se coucher dans le foin, dormir, oublier. Mais à un kilomètre de chez moi à peine? Mais s’il y a un chien? Si on me surprend? 

 

Alors, bravement, tu as continué. Bien des soirs encore, tu passeras sur ce chemin - ou sur un autre. Tu faibliras, et puis tu poursuivras. 

 

Je t’ai perdu de vue maintenant, mais je sais que tu continues. Qui dira la bravoure de celui qui marche sans arrêt dans la vie et sa banalité?

 

Mais entre nous, dis-moi, la vraie bravoure n’est-ce pas, une fois, de s’arrêter?

 

Adieu, mon gars!  

 


Jean-Jacques Corbaz, 6.10.1976   


(Po) Moutons

Un troupeau de moutons
Propres et uniformes
Stationne au-dessus de ma tête
Dans la nuit toute neuve,
Voilant la lune qui les abaisserait,
Suivant l’étoile du berger.

Un long vol de moutons
Sages et doux
Appelle ma main pour quelle caresse
Mais ce sont mes yeux qui vous font l’amour.

Devant mon visage renversé
S’étale un tapis ouaté
Comme fait pour l’aspirer.

                 *

Un tapis de neige vu à la loupe
Se moule quelques mètres au-dessus de ma tête
Et j’oublie qu’il est renversé.

Pas de hâte, pas de peine,
La création vous met au repos
Récupérez, la laine en bas.

Demain, quand j’ouvrirai mes volets,
Me direz-vous ce que vous êtes devenus:
Quelques oiseaux difformes, pauvres et nus,
Lambeaux perdus d’une baleine,
Ou noirs cafards couvant l’orage?

Restez, ô mes moutons, mon troupeau.


Jean-Jacques Corbaz, Ndoungué, 21 avril 1975    


(Po) Nuit d’été

Nuit d’étoiles
Nuit de mille étoiles
Étoiles du ciel
Étoiles du lac
Étoiles des villes
Mille étoiles.

Souffle d’étoiles
Souffle frais de ma nuit d’été
Souffle du lac
Souffle des sapins
Souffle de vie.

Nuit d’été
Fleurs d’été dans la nuit
Nuit de fleurs sans un bruit
Nuit d’été.

Fleurs d’été
Odeur d’été dans le noir
Odeur de fleurs de l’espoir
Fleurs de paix.

Grillons d’été
Vers luisants, étoiles des prés
Nuit sereine, qui annonce juillet.

Mille étoiles
Mille étoiles du monde en mai
Mille étoiles pour me bercer
Un seul souffle de paix.

Et dans mon
cœur
un amour allumé
Un amour merveilleux dont je ne sais l’objet.


Jean-Jacques Corbaz, 19 mai 1974   


lundi 8 juillet 2024

(Po) Il s’est réveillé (ma madeleine de Proust)

Il s’est réveillé un matin
- Un peu tard dans le matin
Et s’est souvenu de moi.
Bon vieil ami, bon vent, bonne pomme,
De son souffle tiède répond présent.

Il s’est réveillé, tendrement,
Lentement,
Il m’a regardé, m’a réchauffé,
M’a dit: «je suis toujours à toi».

Il s’est réveillé, est venu rassembler mes amis:
Le lac femme, allaitant mon enfance,
La nuit bleutée, au calme violent d’espérance,
La ferme-terre, sa tranquille présence,
Et notre coeur infini, s’ouvrant sous ses silences.

Il s’est réveillé pour me renouveler,
Pour me passer du gris cendré
Au profond bleu nuit.

Il s’est réveillé, mon ami,
Mon soir d’été.


Jean-Jacques Corbaz, 10 mai 1976  (j’habite encore à la ferme de Corsy)   


(Po) Nostalgie d'été


Je ne dirai jamais assez le calme d’été
Fredonnant la nuit au goulot de la fontaine
Je ne dirai jamais assez la paix
Jubilant en soi-même en juillet.

Je ne dirai jamais trop bien la solidité des grands sapins
Frissonnants sous le souffle sifflant de la plaine
Je ne dirai jamais trop bien leur amour inhumain
Amour de lac, ou de montagne ou de jardin.

Je ne fermerai jamais les yeux sur une lumière au ciel bleu
Petite ou grande, piquante ou ronde, fuyante ou pleine
Je ne fermerai jamais les yeux que pour rêver, heureux,
Et pour m’unir au silence des cieux.


Jean-Jacques Corbaz, le 22 octobre 1974    


vendredi 21 juin 2024

(Po) Douceur d’un premier soir d’été

La nuit tombe
Lentement
Pour ne pas brusquer la nature.
Silencieuse, respectueuse,
Soucieuse de ne pas déranger
C’est la première nuit de l’été.

La nuit tombe
Et le ruisseau chuchote toujours
Son refrain d’amour,
Attentif à mon coeur,
Respirant le repos.

La nuit tombe
Le vent reprend son souffle
Les nuages s’étirent
Comme un moelleux duvet.
Le ciel nous prépare un sommeil paisible
C’est la première nuit de l’été.

Arbres, fleurs, herbes,
Tremblants de ce fragile bonheur,
Terre, mer, pierres,
Savourant la fraîcheur,
Jardins, chemins,
S’ouvrant comme un coeur
Murmurent à mes yeux:
C’est la première nuit de l’été.

                   *

La nuit tombe
Doucement
Pour calmer l’humanité,
Attentive, offerte,
Telle un amour qui va nous envelopper,
C’est la première nuit de l’été.

La nuit tombe
Et le promeneur attardé se reprend à rêver
Et le vieux général se remet à aimer.
Les villas qui s’endorment
Vont bercer les espoirs les plus fous.

La nuit tombe, et mon coeur s’ouvre
Lentement, frissonnant, comme une fleur,
Sur mes épaules le temps conspire
Et soudain je sais que je t’attends.

Mon coeur s’ouvre
Doucement
Sous les pommiers en fleurs,
Ma vie reprend
Et je t’attends
C’est la première nuit de l’été.

                      *

La nuit tombe
Et la nature m’enlève,
Je ne suis plus moi-même
Mais un pistil tremblant,
Une goutte chantante au ruisseau,
Une ombre de la nuit.
Et je tombe avec elle
Et je t’espère,
Attentif à ton coeur,
Respirant le repos.

Mon coeur s’ouvre
Attiré par le ciel, il s’élance en avant
Tout est calmé, ma vie est pure
Et je t’aime, et je t’attends.

La nuit tombe
Le temps soupire une chanson d’amour.
Reprends ton souffle:
C’est la première nuit de l’été.


Jean-Jacques Corbaz, 12 août 1975   


(Li, Po) psaume: S'arrêter

S’arrêter
Reprendre son souffle
Écouter
Regarder.

Le temps, qui passe
Et qui s’offre en passant
La fontaine qui bruisse
Qui supporte le temps
Ma vie qui vit.

S’asseoir
N’importe où, là où je suis
Et prier.

Ma vie monte en moi
Comme sève féconde en mon corps réceptif
Ma vie trop brève
Nourrie de rêve
Dont se moquent les pierres aux lunettes infinies.

S’arrêter
Mes racines
Regarder
Mes espoirs
Écouter
M’enrichir.

Comme une envie de beauté
D’air pur et de franchise
Comme une soif de souffle
Retrouver mon assise
Mon besoin de prier monte à toi
Dieu de ma vie.
Ma faim d’amour assouvie
Transfigure le temps
Et m’emporte plus loin.

S’arrêter
Souffler un instant
Puis: repartir


Jean-Jacques Corbaz, février 1977   


(Po, Li) Retrouvailles (j’avais oublié)

J’avais oublié
Oublié la nuit et ses amicaux mystères
Oublié le ciel, couverture infinie
Oublié les étoiles, le lac et l’eau
J’avais oublié les mots pour les chanter.

J’avais oublié le frisson qui donne envie de dormir
Oublié la beauté qui entre en nous toute nue
Oublié que je pouvais la regarder
J’avais oublié le froid qui tient chaud.

J’avais oublié la pluie douce au soir de l’aube
Oublié la paix amoureuse des prés endormis
Et le jeu malicieux des nuages à cache-lune.

J’avais oublié tout cela et tu me l’as rappelé,
Toi en qui cette beauté trouve naissance et but
Pardonne-moi:
J’avais oublié de rêver.


Jean-Jacques Corbaz, 12 janvier 1976    


(Po) Réception

Amis du poète, venez, voyez et entendez
Pour nous fêter ce soir, rêvez, la nuit s’est apprêtée
Comme on reçoit discrète, en bleu, jouant sur le velours
Frêle comme l’espoir, en feu, vive comme l’amour
Belle comme le jour.

Comme lustre elle allume au ciel une lune de cuivre
Nous fait signe d’entrer, si belle on n’ose pas la suivre
Devant l’âtre qui fume, en brousse, elle installe nos lits
Et nous vivrons couchés, en douce, sur de moelleux tapis:
L’herbe de la prairie.

Amis de la chanson, humez, notre vie n’a plus d’âge
Endormez-vous heureux, santé! Prenez nouveau visage
Ce luxueux salon est là, c’est celui de la vie
Et la voûte des cieux est sa seule frontière ici.
Si nous disions: merci?


Jean-Jacques Corbaz, Yaoundé, 3 décembre 1974   


(Po) Coucher de sol


Le soleil couche avec l’horizon
Rayonnant la joie
Le ciel est comme pris de frissons
Rouge et sans voix
La terre flamboie
Et toi
Tu me tends les bras.
 
Et moi
Et moi je reste là
Pleurant sans raison
Sans oraison
Et moi je me souviens de toi
Comme une passion
Je soupire, attendant la moisson
Qui ne viendra pas.
 
Rentrons
J’ai froid.


Jean-Jacques Corbaz, 22 mai 1974