De mon balcon, ce soir
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Vous trouverez sur ce blog différentes sortes de contributions:
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- annonce (An),
- billet (Bi),
- citation (Ci),
- confession de foi (CF),
- conte (Co),
- formation d'adultes (FA),
- humour (Hu),
- image (Im),
- liturgie (Li),
- poésie (Po),
- prédication (Pr),
- réflexion (Ré),
- sciences bibliques (SB),
- vulgarisation (Vu).
Bonne balade entre les mots!
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lundi 7 novembre 2016
dimanche 30 octobre 2016
(Pr) L'arme de reconstruction massive
Prédication du 30 octobre - "L’évangile au Far West"
Lectures: Matthieu 28, 16-20; Jean 15: 11-15; Jean 3, 16-17
Un vieil arabe était parti pour le Far West - je veux dire qu’il avait émigré aux USA... Un jour de printemps, il veut planter des pommes-de-terre dans son jardin. Mais zut, le sol est trop dur, et ses bras n’ont plus assez de force... Alors il envoie un e-mail à son fils, qui est resté au pays. Il lui écrit: “Si tu étais ici, tu pourrais labourer pour moi!”
Le fils lui répond aussitôt, par courriel également: “Papa, surtout, ne touche pas au jardin, c’est beaucoup trop dangereux, avec ce que j’y ai caché!”
Deux heures plus tard, voilà que la police débarque, avec la CIA et l’armée... Ils envahissent le jardin de notre homme avec des machines, des outils, des chiens... Ils retournent le sol de fond en comble... mais ils ne trouvent rien.
Le lendemain, le fils envoie un nouveau courriel à son père: “Maintenant, papa, tu peux planter tes pommes-de-terre: le sol doit être parfaitement labouré!”
J’aime cette histoire parce qu’elle me parle de Dieu et de nous! Je me dis que c’est un peu ainsi que Dieu travaille, dans notre monde, pour défricher et cultiver son jardin. Pour faire germer chez nous des relations plus humaines, plus amicales et solidaires. Pour venir en aide à celles et ceux qui en ont besoin. Pour que nous nous respections mieux les uns les autres.
Lui, il n’a pas d’autres mains que les nôtres pour lutter contre le mal, alors, il nous embauche! Il nous utilise, parfois de manière inattendue, comme le fils de notre histoire utilise la police américaine!
C’est ainsi en tout cas que Jésus a conquis le Far West, l’Ouest sauvage de son temps; c’est-à-dire l’Empire romain. Son Père du Ciel n’ayant pas de bras pour répandre l’évangile en Europe, le Fils a mis en route des hommes - et même des femmes, ce qui était un scandale pour l’époque. On les appelle apôtres, ce sont Paul, Barnabas, Pierre, Silas... Des gens comme vous et moi!
Bien sûr, ils ne cherchaient pas des bombes, ni des armes de destruction massive. Au contraire: ils portaient sur eux une espèce d’”arme de reconstruction massive”! Ils ont traversé les contrôles aux frontières, les détecteurs des aéroports (euh, j’adapte, bien sûr!), tout ça sans se faire stopper.
Car cette arme de reconstruction massive, vous l’avez deviné, c’est le pardon de Dieu! C’est son message étonnant: le Créateur veut le bien-être de chacun(e), sa liberté, sa paix!
Oh, je sais ce que pensent quelques-uns, en entendant ce discours. Ils ou elles ont trop souffert d’une religion rigide, intolérante... jugeante... Une religion qui semblait se complaire à culpabiliser l’humanité.
Ces personnes se disent, en entendant mes paroles: “Où est le piège? Où est-ce que le carcan bondieusard va se refermer?” - Un peu comme quand nous recevons des mess@ges nous annonçant que nous avons gagné à la superloterie du million! Forcément, y a un hic, c’est un attrape-gogo!
Pour les loteries publicitaires, c’est vrai. Mais pas pour l’évangile! Dieu ne veut pas nous avoir! Il ne rêve que de nous rendre la vie plus belle.
Ce sont des textes religieux antérieurs, comme certains dans l’Ancien Testament (AT), qui jouaient sur la peur et la culpabilité. Ceux du Nouveau Testament ont opéré une révolution copernicienne (si j’ose dire!): ce n’est plus “Dieu au centre, et l’être humain à son service”. Mais c’est “l’être humain au centre, et Dieu à son service”. Relisez les évangiles! Voyez les paroles de Jésus lui-même: c’est lui qui se présente comme notre serviteur, et pas l’inverse!
Malheureusement, vous le savez bien, les responsables religieux sont souvent tentés par le pouvoir. Manipuler les foules. Jouer le jeu des puissants. Tant de dignitaires, chrétiens aussi, ont surfé sur ces vagues, accusateurs, prêchant un Dieu qui comptabiliserait nos fautes et nous punirait.
Encore une fois, ce n’est pas ainsi que Jésus nous invite à croire. Et c’est pour cela que son message est une réelle libération. Si je place ma confiance dans ce gaillard étonnant, qui a préféré mourir plutôt que de laisser Dieu me punir, alors, je n’aurai plus peur d’aucun prophète de malheur; je ne me laisserai plus aliéner par des menaces, ni pour le vin d’ici, ni pour l’eau de là!!
Et à propos de flotte, est-ce que vous voyez la relation de tout ça avec le baptême?
Pour moi, le rapport, il est ici: l’eau reçue ce matin par Kyrian, comme par chaque personne baptisée, eh bien cette eau est un symbole de ce qui lave et de ce qui fait vivre.
Quand je demande à des enfants à quoi sert l’eau, “tu l’utilises pour faire quoi?”, eh bien, ils me répondent qu’ils l’emploient pour se laver; et pour boire.
Et c’est exactement le symbole du baptême. L’eau qui lave, c’est la promesse de Dieu de toujours enlever les salissures de nos vies, celles qui pourraient nous faire croire que nous ne sommes pas dignes d’être aimés, par Jésus ou par les autres. Comme l’eau nettoie la saleté, de même le baptême nous assure que toujours, Dieu nous aime pleinement, sans qu’aucune impureté ne nous sépare de lui. Allez, on va le dire en anglais, ce sera plus rigolo: le baptême nous dit “God loves you”, donc Dieu te lave... euh, je veux dire: Dieu t’aime! Baptême = Dieu t’aime!
Après l’eau qui lave, il y a celle qui fait vivre. On emploie l’eau pour boire, me disent les enfants. Et c’est tout à fait vrai: tous les êtres vivants, les plantes comme les animaux, tous ont besoin d’eau pour vivre. Sans eau, on se dessèche. Comme chantait Gilbert Bécaud: “L’important, ça s’arrose”!
Le baptême est donc aussi une promesse de vie. Par l’eau versée sur le front de Kyrian, nous lui disons que le Créateur a pour lui un projet. Un projet de vie belle et heureuse, tout comme une plante pourra s’épanouir si tu l’arroses. Pour Kyrian, et pour chaque personne sur terre!
Baptême = Dieu t’aime. Mais souvenez-vous de ma petite histoire d’arabe et de CIA. Pour nous aimer, pour dire sa passion à chacun(e), pour nous aider à vivre heureux et libres, eh bien Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres. Donc, il a besoin de nous, il nous appelle à devenir ses bras, sa voix, son coeur pour faire du bien à tous. Sans nous, il reste impuissant!
Voilà. Vous avez donc compris que la conquête du Far West n’est de loin pas terminée. Parce qu’elle dépend de nous! De notre engagement. De nos gestes d’amitié, de solidarité, de paix, pour concrétiser ceux du Créateur. Pour Kyrian, et pour tous nos enfants, et pour tous nos contemporains.
Oui, il reste du pain sur nos planches! La liberté et le respect de Jésus ont encore bien du chemin à faire, pour être tangibles et efficaces sur notre terre, à l’est comme à l’ouest - au nord comme au sud! Entre nous et en nous.
Cette progression vers le bonheur et la paix, elle est votre affaire, gens du pays! C’est votre tour de vous laisser parler d’amour!
Amen
Jean-Jacques Corbaz
Lectures: Matthieu 28, 16-20; Jean 15: 11-15; Jean 3, 16-17
Un vieil arabe était parti pour le Far West - je veux dire qu’il avait émigré aux USA... Un jour de printemps, il veut planter des pommes-de-terre dans son jardin. Mais zut, le sol est trop dur, et ses bras n’ont plus assez de force... Alors il envoie un e-mail à son fils, qui est resté au pays. Il lui écrit: “Si tu étais ici, tu pourrais labourer pour moi!”
Le fils lui répond aussitôt, par courriel également: “Papa, surtout, ne touche pas au jardin, c’est beaucoup trop dangereux, avec ce que j’y ai caché!”
Deux heures plus tard, voilà que la police débarque, avec la CIA et l’armée... Ils envahissent le jardin de notre homme avec des machines, des outils, des chiens... Ils retournent le sol de fond en comble... mais ils ne trouvent rien.
Le lendemain, le fils envoie un nouveau courriel à son père: “Maintenant, papa, tu peux planter tes pommes-de-terre: le sol doit être parfaitement labouré!”
J’aime cette histoire parce qu’elle me parle de Dieu et de nous! Je me dis que c’est un peu ainsi que Dieu travaille, dans notre monde, pour défricher et cultiver son jardin. Pour faire germer chez nous des relations plus humaines, plus amicales et solidaires. Pour venir en aide à celles et ceux qui en ont besoin. Pour que nous nous respections mieux les uns les autres.
Lui, il n’a pas d’autres mains que les nôtres pour lutter contre le mal, alors, il nous embauche! Il nous utilise, parfois de manière inattendue, comme le fils de notre histoire utilise la police américaine!
C’est ainsi en tout cas que Jésus a conquis le Far West, l’Ouest sauvage de son temps; c’est-à-dire l’Empire romain. Son Père du Ciel n’ayant pas de bras pour répandre l’évangile en Europe, le Fils a mis en route des hommes - et même des femmes, ce qui était un scandale pour l’époque. On les appelle apôtres, ce sont Paul, Barnabas, Pierre, Silas... Des gens comme vous et moi!
Bien sûr, ils ne cherchaient pas des bombes, ni des armes de destruction massive. Au contraire: ils portaient sur eux une espèce d’”arme de reconstruction massive”! Ils ont traversé les contrôles aux frontières, les détecteurs des aéroports (euh, j’adapte, bien sûr!), tout ça sans se faire stopper.
Car cette arme de reconstruction massive, vous l’avez deviné, c’est le pardon de Dieu! C’est son message étonnant: le Créateur veut le bien-être de chacun(e), sa liberté, sa paix!
Oh, je sais ce que pensent quelques-uns, en entendant ce discours. Ils ou elles ont trop souffert d’une religion rigide, intolérante... jugeante... Une religion qui semblait se complaire à culpabiliser l’humanité.
Ces personnes se disent, en entendant mes paroles: “Où est le piège? Où est-ce que le carcan bondieusard va se refermer?” - Un peu comme quand nous recevons des mess@ges nous annonçant que nous avons gagné à la superloterie du million! Forcément, y a un hic, c’est un attrape-gogo!
Pour les loteries publicitaires, c’est vrai. Mais pas pour l’évangile! Dieu ne veut pas nous avoir! Il ne rêve que de nous rendre la vie plus belle.
Ce sont des textes religieux antérieurs, comme certains dans l’Ancien Testament (AT), qui jouaient sur la peur et la culpabilité. Ceux du Nouveau Testament ont opéré une révolution copernicienne (si j’ose dire!): ce n’est plus “Dieu au centre, et l’être humain à son service”. Mais c’est “l’être humain au centre, et Dieu à son service”. Relisez les évangiles! Voyez les paroles de Jésus lui-même: c’est lui qui se présente comme notre serviteur, et pas l’inverse!
Malheureusement, vous le savez bien, les responsables religieux sont souvent tentés par le pouvoir. Manipuler les foules. Jouer le jeu des puissants. Tant de dignitaires, chrétiens aussi, ont surfé sur ces vagues, accusateurs, prêchant un Dieu qui comptabiliserait nos fautes et nous punirait.
Encore une fois, ce n’est pas ainsi que Jésus nous invite à croire. Et c’est pour cela que son message est une réelle libération. Si je place ma confiance dans ce gaillard étonnant, qui a préféré mourir plutôt que de laisser Dieu me punir, alors, je n’aurai plus peur d’aucun prophète de malheur; je ne me laisserai plus aliéner par des menaces, ni pour le vin d’ici, ni pour l’eau de là!!
Et à propos de flotte, est-ce que vous voyez la relation de tout ça avec le baptême?
Pour moi, le rapport, il est ici: l’eau reçue ce matin par Kyrian, comme par chaque personne baptisée, eh bien cette eau est un symbole de ce qui lave et de ce qui fait vivre.
Quand je demande à des enfants à quoi sert l’eau, “tu l’utilises pour faire quoi?”, eh bien, ils me répondent qu’ils l’emploient pour se laver; et pour boire.
Et c’est exactement le symbole du baptême. L’eau qui lave, c’est la promesse de Dieu de toujours enlever les salissures de nos vies, celles qui pourraient nous faire croire que nous ne sommes pas dignes d’être aimés, par Jésus ou par les autres. Comme l’eau nettoie la saleté, de même le baptême nous assure que toujours, Dieu nous aime pleinement, sans qu’aucune impureté ne nous sépare de lui. Allez, on va le dire en anglais, ce sera plus rigolo: le baptême nous dit “God loves you”, donc Dieu te lave... euh, je veux dire: Dieu t’aime! Baptême = Dieu t’aime!
Après l’eau qui lave, il y a celle qui fait vivre. On emploie l’eau pour boire, me disent les enfants. Et c’est tout à fait vrai: tous les êtres vivants, les plantes comme les animaux, tous ont besoin d’eau pour vivre. Sans eau, on se dessèche. Comme chantait Gilbert Bécaud: “L’important, ça s’arrose”!
Le baptême est donc aussi une promesse de vie. Par l’eau versée sur le front de Kyrian, nous lui disons que le Créateur a pour lui un projet. Un projet de vie belle et heureuse, tout comme une plante pourra s’épanouir si tu l’arroses. Pour Kyrian, et pour chaque personne sur terre!
Baptême = Dieu t’aime. Mais souvenez-vous de ma petite histoire d’arabe et de CIA. Pour nous aimer, pour dire sa passion à chacun(e), pour nous aider à vivre heureux et libres, eh bien Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres. Donc, il a besoin de nous, il nous appelle à devenir ses bras, sa voix, son coeur pour faire du bien à tous. Sans nous, il reste impuissant!
Voilà. Vous avez donc compris que la conquête du Far West n’est de loin pas terminée. Parce qu’elle dépend de nous! De notre engagement. De nos gestes d’amitié, de solidarité, de paix, pour concrétiser ceux du Créateur. Pour Kyrian, et pour tous nos enfants, et pour tous nos contemporains.
Oui, il reste du pain sur nos planches! La liberté et le respect de Jésus ont encore bien du chemin à faire, pour être tangibles et efficaces sur notre terre, à l’est comme à l’ouest - au nord comme au sud! Entre nous et en nous.
Cette progression vers le bonheur et la paix, elle est votre affaire, gens du pays! C’est votre tour de vous laisser parler d’amour!
Amen
Jean-Jacques Corbaz
dimanche 23 octobre 2016
(Pr) Cochons, peurs et passerelles - Prédic. du 23 octobre 2016
Lectures bibliques: Marc 4, 35-41 + Marc 5, 1-20
Quelle histoire étrange et étonnante, que celle du possédé et des cochons! Un chapitre de roman d’aventures! Pour bien comprendre ce qu’elle veut nous dire, il faut savoir deux ou trois choses. La plupart d’entre vous les connaissez sans doute, mais permettez que je les rappelle, ce matin.
D’abord, il faut savoir que les récits surnaturels, dans les évangiles, sont fréquents. Ils sont nés dans une culture où les connaissances médicales n’ont rien à voir avec celles d’aujourd’hui, évidemment. Ces histoires miraculeuses sont écrites par des gens et pour des gens qui baignent dans cette mentalité un peu magique. Alors, ne nous laissons pas arrêter par tout ce qui semble impossible ou fantastique, sinon nous passerions à côté de ce que la Bible veut nous dire. Souvenons-nous du dicton “Quand on montre la lune du doigt, le benêt regarde le doigt”. Le miracle, c’est un doigt qui désigne une réalité difficile à saisir, et c’est sur elle qu’il faut essayer de tenir notre attention.
Pour bien regarder la lune, dans ce récit, il faut savoir ensuite qu’en ce temps-là déjà, le peuple d’Israël (les Juifs) avait un sens très aiguisé du territoire: ils habitaient un pays promis par Dieu, donc considéré comme saint. Les frontières n’étaient pas seulement des découpages administratifs; c’était, bien plus, des limites fortes entre (d’une part) un sol béni par le Seigneur, et (d’autre part) des contrées dites païennes, donc sans lien avec Dieu.
Israël, au temps de Jésus, avait un autre sens très aigu: c’était la distinction entre ce qui était pur et ce qui était impur. Selon les croyances juives, des forces invisibles opposées au Seigneur, donc impures, essayaient sans arrêt d’envahir la Terre Sainte. Et il fallait absolument les contenir et les refouler, soit par des prières ou des sacrifices, soit par des rites de purification (c’est le sens premier du baptême de Jean, le Baptiste). Si vous alliez à l’étranger, ou si vous entriez en contact avec du sang ou des excréments, eh bien du coup, vous étiez considéré comme contaminé par cette impureté.
Dans ce contexte, vous imaginez qu’on ne se déplaçait à l’étranger que rarement, et au prix d’extrêmes précautions religieuses. Ce n’était donc pas vraiment l’idéal pour s’ouvrir aux autres peuples et essayer de les comprendre!
Or, dans l’évangile, surprise: on voit Jésus qui traverse sans arrêt la mer de Galilée, donc la frontière avec le territoire païen. Il voyage continuellement, à pied ou en bateau, sans craindre les forces impures, ni les reproches des prêtres ou autres chefs religieux d’Israël. On dirait qu’il veut sans cesse jeter des ponts, tisser des liens par-dessus la frontière. Entre les pays, entre les peuples. Et même à l’intérieur des gens!
J’ai écrit en majuscules “sans craindre les forces impures”. Car c’est exactement ici l’essentiel du message de notre épisode, dans l’évangile de Marc. Jésus se montre plus fort que la peur; et souverain face aux esprits impurs. Ni les reproches ni les craintes ne pourront l’empêcher de se rapprocher de nous, et de nous rapprocher les uns des autres!
Mais ce rapprochement ne se fait pas sans mal. Je veux dire: pas sans douleur, ni sans peur! C’est ce que souligne le premier passage de notre histoire. Car sur le lac, Jésus et ses amis se heurtent aux éléments déchaînés. La tempête! Danger de mort! Savez-vous que, pour les Juifs, la mer (la mer, pas la mère!) est la source et l’origine des esprits mauvais, et des énergies impures. Ces dernières semblent ainsi se soulever avec violence contre le Christ, comme pour se défendre par avance, comme pour l’empêcher de dresser ces passerelles dont nous parlions. Mais bien sûr c’est en vain: Jésus se montre le plus fort, il apaise la tempête!
À peine Jésus et ses amis ont-ils posé le pied sur le rivage qu’ils se voient à nouveau confrontés à ces forces païennes, justement: un homme, tourmenté par un esprit impur, vient vers eux, sortant d’une zone de grottes où il s’est réfugié; des grottes utilisées comme tombeaux. Vous imaginez: ça devait sentir horriblement mauvais! Le lieu impur par excellence... Cet homme passe son temps à hurler, à se lacérer le corps avec des pierres; donc à faire du mal et à faire peur, à lui-même au moins autant qu’aux autres!
Ses voisins et sa famille sont complètement impuissants face à ces tourments. La seule solution qu’ils ont trouvée, c’est de l’éloigner. À l’image des lépreux ou autres pestiférés, notre homme est tenu à distance, obligé de demeurer (je n’ose même pas dire: de vivre!) dans des lieux de mort, de pourriture. De solitude.
Quand il voit Jésus débarquer, l’homme a une attitude étrange. Ou plutôt, il a deux attitudes contradictoires, comme pour bien montrer qu’il souffre d’une séparation à l’intérieur de lui-même. D’une part, il court vers le Christ et s’agenouille devant lui! Mais d’autre part, il lui dit en substance: “Fiche-moi la paix! Laisse-moi tranquille!”... L’homme tourmenté supplie Jésus de ne pas le tourmenter! Jésus.
Mais celui-ci, nous le disions, veut sans arrêt jeter des ponts, tisser des liens par-dessus la frontière. Entre les pays, les peuples. Et même à l’intérieur des gens! “Quel est ton nom?”. “Moi? Mais c’est Légion; parce qu’un armée de forces agressives m’habite. Un régiment de semeurs de mort m’agite”.
Alors, Jésus va raccommoder notre homme. L’unifier. Le pacifier. Les énergies impures qui le possèdent vont devoir le quitter; le libérer. Ou: l’acquitter! - comme on gracie un accusé reconnu innocent. Mais: où vont-elles aller? En effet, on croyait à l’époque que les esprits mauvais, s’ils étaient chassés, devaient chercher asile chez un autre être vivant. C’est pour ça qu’ils supplient le Christ de ne pas les faire sortir du pays. Sans doute perdraient-ils de leur pouvoir, au-delà de la frontière.
Alors, Jésus les prend au mot. Il leur permet d’aller posséder un troupeau de cochons (clin d’oeil: vous savez que, pour les Juifs, les porcs sont considérés comme impurs!). Et ce sont les cochons qui vont quitter le pays, dans un gigantesque mouvement de terreur panique. Ils se précipitent dans la mer. La mer, source et origine de tous les esprits mauvais. Comme un retour à l’expéditeur, en somme!
Vous l’avez remarqué, il y a un sentiment qui accompagne tout notre récit, en continuo. C’est la peur. Depuis la tempête déchaînée jusqu’au possédé qui brise ses liens... Depuis les énergies impures qui craignent Jésus jusqu’aux cochons affolés... Depuis les disciples atterrés jusqu’aux villageois effrayés par la puissance du Christ... Tout le monde a peur. Sauf, bien sûr, Jésus. Car lui, c’est la Confiance majuscule. Le prince, le premier de la paix.
Celui qui ne craindra pas même le supplice de la croix, c’est auprès de lui que nous pouvons trouver la libération de nos trouilles.
La peur, on le sait, est mauvaise conseillère. Elle nous rend capables du pire, comme notre possédé. Elle nous disperse à l’intérieur de nous-même. Elle nous fait faire, ou dire, des choses complètement contradictoires. Elle nous sépare les uns des autres, et nous enferme derrière des murailles d’incompréhension. Elle nous possède, nous ne nous appartenons plus nous-mêmes. Vous connaissez tous des récits où la panique fait mille fois plus de mal que ce dont on a peur.
S’approcher de Jésus peut donc nous aider à redevenir libres face à nos terreurs. Comme les disciples sur la barque agitée par la tempête. Comme l’homme autrefois habité par “Légion”.
Mais attention, ne ratons pas l’aiguillage: car ici, trop souvent, on dérape. Vous connaissez le discours pieux qui démarrerait à partir de ces considérations: donne ton coeur au Christ, approche-toi sans cesse du Seigneur, et tu seras sauvé.
Or ce n’est pas cela que dit l’évangile. Car l’homme guéri, eh bien Jésus refuse qu’il l’accompagne: “Reste ici, auprès des tiens”. Il s’agit toujours de raccommoder, et pas de séparer. De relier, et non de quitter. Ne jamais s’approcher du Christ sans également s’approcher de ses prochains!
Vous le pressentez sans doute, pour nous guérir de nos peurs, Dieu nous appelle donc à aller les uns auprès des autres. À nous mettre en relation... ou en religion, ce qui est la même chose! S’il veut sans cesse jeter des ponts, tisser des liens par-dessus la frontière; entre les peuples; et même à l’intérieur des gens, alors ils nous invite à faire de même! Être chrétien, c’est vivre relié, non seulement avec le Ciel, mais aussi avec les humains et la terre!
C’est, entre autres, ce à quoi souhaite nous inviter le Conseil de notre paroisse, qui voudrait privilégier l’accueil concret entre nous, aux cultes comme dans tous les secteurs de notre communauté chrétienne. Nous pouvons transformer notre paroisse en lieu de vie spirituelle, d’échanges, de découvertes. Être Eglise ensemble, en unissant nos forces, dans cette société où nous devons parler de plus en plus fort pour être entendus; dans ce monde où nous devons nous relier plus nettement les uns aux autres pour devenir visibles et pour qu’on nous prenne au sérieux.
Dresser des passerelles entre les hommes et les femmes de ce temps. Ici, à Blonay et Saint-Légier. Jeter des ponts, tisser des liens aussi avec nos contemporains, et nos voisins, même quand ils ne sont pas intéressés par la foi chrétienne. Et c’est toute la réflexion que notre Eglise entreprend depuis quelques années dans le domaine de l’évangélisation. Stimuler le rayonnement des chrétiens d’ici, pour que les paroles du Christ, remplies de respect, de pardon et de liberté, que les paroles du Christ touchent davantage de personnes, et leur permettent d’accéder mieux à cette qualité de vie pacifiée que nous trouvons auprès de lui.
Ici tout près comme à travers les continents, Jésus a besoin de nous, il nous appelle à tisser sans fatigue les passerelles dont il a besoin pour vivre sa proximité bienfaisante. Il nous invite à ne jamais nous replier sur nos coutumes, nos traditions, si bonnes soient-elles, car tout seul, on s’étiole. Au contraire, sans cesse ouvrir nos portes, et nos coeurs, pour progresser ensemble dans l’humanité habitée par le Christ. Pour raccommoder les personnes, entre elles et à l’intérieur d’elles-mêmes.
Alors, pour éviter de rester barricadés par crainte des autres, rendons-nous visite! Comme ces gens qui invitent des voisins étrangers, pour qu’ils leur deviennent moins étranges. Parlons-nous, et nous verrons nos appréhensions diminuer. Mangeons ensemble, et nous découvrirons, derrière cette personne qui nous faisait peur, un frère, une soeur en Dieu.
Oui, il reste du boulot! Voyez les murs qui se dressent, depuis quelques années, en Europe, en Palestine ou en Amérique. Ou encore... mais n’allongeons pas. Plutôt: allongeons le pas! Allongeons le pour, avec Christ, franchir les frontières de nos peurs. Amen.
Jean-Jacques Corbaz
Quelle histoire étrange et étonnante, que celle du possédé et des cochons! Un chapitre de roman d’aventures! Pour bien comprendre ce qu’elle veut nous dire, il faut savoir deux ou trois choses. La plupart d’entre vous les connaissez sans doute, mais permettez que je les rappelle, ce matin.
D’abord, il faut savoir que les récits surnaturels, dans les évangiles, sont fréquents. Ils sont nés dans une culture où les connaissances médicales n’ont rien à voir avec celles d’aujourd’hui, évidemment. Ces histoires miraculeuses sont écrites par des gens et pour des gens qui baignent dans cette mentalité un peu magique. Alors, ne nous laissons pas arrêter par tout ce qui semble impossible ou fantastique, sinon nous passerions à côté de ce que la Bible veut nous dire. Souvenons-nous du dicton “Quand on montre la lune du doigt, le benêt regarde le doigt”. Le miracle, c’est un doigt qui désigne une réalité difficile à saisir, et c’est sur elle qu’il faut essayer de tenir notre attention.
Pour bien regarder la lune, dans ce récit, il faut savoir ensuite qu’en ce temps-là déjà, le peuple d’Israël (les Juifs) avait un sens très aiguisé du territoire: ils habitaient un pays promis par Dieu, donc considéré comme saint. Les frontières n’étaient pas seulement des découpages administratifs; c’était, bien plus, des limites fortes entre (d’une part) un sol béni par le Seigneur, et (d’autre part) des contrées dites païennes, donc sans lien avec Dieu.
Israël, au temps de Jésus, avait un autre sens très aigu: c’était la distinction entre ce qui était pur et ce qui était impur. Selon les croyances juives, des forces invisibles opposées au Seigneur, donc impures, essayaient sans arrêt d’envahir la Terre Sainte. Et il fallait absolument les contenir et les refouler, soit par des prières ou des sacrifices, soit par des rites de purification (c’est le sens premier du baptême de Jean, le Baptiste). Si vous alliez à l’étranger, ou si vous entriez en contact avec du sang ou des excréments, eh bien du coup, vous étiez considéré comme contaminé par cette impureté.
Dans ce contexte, vous imaginez qu’on ne se déplaçait à l’étranger que rarement, et au prix d’extrêmes précautions religieuses. Ce n’était donc pas vraiment l’idéal pour s’ouvrir aux autres peuples et essayer de les comprendre!
Or, dans l’évangile, surprise: on voit Jésus qui traverse sans arrêt la mer de Galilée, donc la frontière avec le territoire païen. Il voyage continuellement, à pied ou en bateau, sans craindre les forces impures, ni les reproches des prêtres ou autres chefs religieux d’Israël. On dirait qu’il veut sans cesse jeter des ponts, tisser des liens par-dessus la frontière. Entre les pays, entre les peuples. Et même à l’intérieur des gens!
J’ai écrit en majuscules “sans craindre les forces impures”. Car c’est exactement ici l’essentiel du message de notre épisode, dans l’évangile de Marc. Jésus se montre plus fort que la peur; et souverain face aux esprits impurs. Ni les reproches ni les craintes ne pourront l’empêcher de se rapprocher de nous, et de nous rapprocher les uns des autres!
Mais ce rapprochement ne se fait pas sans mal. Je veux dire: pas sans douleur, ni sans peur! C’est ce que souligne le premier passage de notre histoire. Car sur le lac, Jésus et ses amis se heurtent aux éléments déchaînés. La tempête! Danger de mort! Savez-vous que, pour les Juifs, la mer (la mer, pas la mère!) est la source et l’origine des esprits mauvais, et des énergies impures. Ces dernières semblent ainsi se soulever avec violence contre le Christ, comme pour se défendre par avance, comme pour l’empêcher de dresser ces passerelles dont nous parlions. Mais bien sûr c’est en vain: Jésus se montre le plus fort, il apaise la tempête!
Ses voisins et sa famille sont complètement impuissants face à ces tourments. La seule solution qu’ils ont trouvée, c’est de l’éloigner. À l’image des lépreux ou autres pestiférés, notre homme est tenu à distance, obligé de demeurer (je n’ose même pas dire: de vivre!) dans des lieux de mort, de pourriture. De solitude.
Quand il voit Jésus débarquer, l’homme a une attitude étrange. Ou plutôt, il a deux attitudes contradictoires, comme pour bien montrer qu’il souffre d’une séparation à l’intérieur de lui-même. D’une part, il court vers le Christ et s’agenouille devant lui! Mais d’autre part, il lui dit en substance: “Fiche-moi la paix! Laisse-moi tranquille!”... L’homme tourmenté supplie Jésus de ne pas le tourmenter! Jésus.
Mais celui-ci, nous le disions, veut sans arrêt jeter des ponts, tisser des liens par-dessus la frontière. Entre les pays, les peuples. Et même à l’intérieur des gens! “Quel est ton nom?”. “Moi? Mais c’est Légion; parce qu’un armée de forces agressives m’habite. Un régiment de semeurs de mort m’agite”.
Alors, Jésus va raccommoder notre homme. L’unifier. Le pacifier. Les énergies impures qui le possèdent vont devoir le quitter; le libérer. Ou: l’acquitter! - comme on gracie un accusé reconnu innocent. Mais: où vont-elles aller? En effet, on croyait à l’époque que les esprits mauvais, s’ils étaient chassés, devaient chercher asile chez un autre être vivant. C’est pour ça qu’ils supplient le Christ de ne pas les faire sortir du pays. Sans doute perdraient-ils de leur pouvoir, au-delà de la frontière.
Alors, Jésus les prend au mot. Il leur permet d’aller posséder un troupeau de cochons (clin d’oeil: vous savez que, pour les Juifs, les porcs sont considérés comme impurs!). Et ce sont les cochons qui vont quitter le pays, dans un gigantesque mouvement de terreur panique. Ils se précipitent dans la mer. La mer, source et origine de tous les esprits mauvais. Comme un retour à l’expéditeur, en somme!
Vous l’avez remarqué, il y a un sentiment qui accompagne tout notre récit, en continuo. C’est la peur. Depuis la tempête déchaînée jusqu’au possédé qui brise ses liens... Depuis les énergies impures qui craignent Jésus jusqu’aux cochons affolés... Depuis les disciples atterrés jusqu’aux villageois effrayés par la puissance du Christ... Tout le monde a peur. Sauf, bien sûr, Jésus. Car lui, c’est la Confiance majuscule. Le prince, le premier de la paix.
Celui qui ne craindra pas même le supplice de la croix, c’est auprès de lui que nous pouvons trouver la libération de nos trouilles.
La peur, on le sait, est mauvaise conseillère. Elle nous rend capables du pire, comme notre possédé. Elle nous disperse à l’intérieur de nous-même. Elle nous fait faire, ou dire, des choses complètement contradictoires. Elle nous sépare les uns des autres, et nous enferme derrière des murailles d’incompréhension. Elle nous possède, nous ne nous appartenons plus nous-mêmes. Vous connaissez tous des récits où la panique fait mille fois plus de mal que ce dont on a peur.
S’approcher de Jésus peut donc nous aider à redevenir libres face à nos terreurs. Comme les disciples sur la barque agitée par la tempête. Comme l’homme autrefois habité par “Légion”.
Mais attention, ne ratons pas l’aiguillage: car ici, trop souvent, on dérape. Vous connaissez le discours pieux qui démarrerait à partir de ces considérations: donne ton coeur au Christ, approche-toi sans cesse du Seigneur, et tu seras sauvé.
Or ce n’est pas cela que dit l’évangile. Car l’homme guéri, eh bien Jésus refuse qu’il l’accompagne: “Reste ici, auprès des tiens”. Il s’agit toujours de raccommoder, et pas de séparer. De relier, et non de quitter. Ne jamais s’approcher du Christ sans également s’approcher de ses prochains!
Vous le pressentez sans doute, pour nous guérir de nos peurs, Dieu nous appelle donc à aller les uns auprès des autres. À nous mettre en relation... ou en religion, ce qui est la même chose! S’il veut sans cesse jeter des ponts, tisser des liens par-dessus la frontière; entre les peuples; et même à l’intérieur des gens, alors ils nous invite à faire de même! Être chrétien, c’est vivre relié, non seulement avec le Ciel, mais aussi avec les humains et la terre!
C’est, entre autres, ce à quoi souhaite nous inviter le Conseil de notre paroisse, qui voudrait privilégier l’accueil concret entre nous, aux cultes comme dans tous les secteurs de notre communauté chrétienne. Nous pouvons transformer notre paroisse en lieu de vie spirituelle, d’échanges, de découvertes. Être Eglise ensemble, en unissant nos forces, dans cette société où nous devons parler de plus en plus fort pour être entendus; dans ce monde où nous devons nous relier plus nettement les uns aux autres pour devenir visibles et pour qu’on nous prenne au sérieux.
Dresser des passerelles entre les hommes et les femmes de ce temps. Ici, à Blonay et Saint-Légier. Jeter des ponts, tisser des liens aussi avec nos contemporains, et nos voisins, même quand ils ne sont pas intéressés par la foi chrétienne. Et c’est toute la réflexion que notre Eglise entreprend depuis quelques années dans le domaine de l’évangélisation. Stimuler le rayonnement des chrétiens d’ici, pour que les paroles du Christ, remplies de respect, de pardon et de liberté, que les paroles du Christ touchent davantage de personnes, et leur permettent d’accéder mieux à cette qualité de vie pacifiée que nous trouvons auprès de lui.
Ici tout près comme à travers les continents, Jésus a besoin de nous, il nous appelle à tisser sans fatigue les passerelles dont il a besoin pour vivre sa proximité bienfaisante. Il nous invite à ne jamais nous replier sur nos coutumes, nos traditions, si bonnes soient-elles, car tout seul, on s’étiole. Au contraire, sans cesse ouvrir nos portes, et nos coeurs, pour progresser ensemble dans l’humanité habitée par le Christ. Pour raccommoder les personnes, entre elles et à l’intérieur d’elles-mêmes.
Alors, pour éviter de rester barricadés par crainte des autres, rendons-nous visite! Comme ces gens qui invitent des voisins étrangers, pour qu’ils leur deviennent moins étranges. Parlons-nous, et nous verrons nos appréhensions diminuer. Mangeons ensemble, et nous découvrirons, derrière cette personne qui nous faisait peur, un frère, une soeur en Dieu.
Oui, il reste du boulot! Voyez les murs qui se dressent, depuis quelques années, en Europe, en Palestine ou en Amérique. Ou encore... mais n’allongeons pas. Plutôt: allongeons le pas! Allongeons le pour, avec Christ, franchir les frontières de nos peurs. Amen.
Jean-Jacques Corbaz
dimanche 11 septembre 2016
(Pr, Vu, SB) Bon, le Samaritain?
Prédication du 11 septembre 2016
Lectures bibliques: Luc 10, 25-37; Luc 18, 18-23; Lévitique 19, 17-18
La parabole que je propose à votre attention, ce matin, elle est sans doute celle qui a le plus marqué la chrétienté. À tel point que le mot «Samaritain» a passé dans le langage courant, pour désigner les secouristes. Il y a même à Vevey un hôpital qui a pris ce nom: le Samaritain!
C'est un peu dommage, car le héros de la parabole que Jésus raconte n'a au départ pas grand-chose à voir avec le domaine médical!
Au temps du Christ, les Samaritains sont les habitants du pays voisin d'Israël, au nord. Leur religion et celle des juifs se ressemblent beaucoup, mais ils se battent comme des ennemis. Bref, le Samaritain dont parle Jésus, ce serait plutôt aujourd'hui un Libanais, un Palestinien ou un Syrien, davantage qu'un infirmier. Imaginez un dialogue saugrenu du genre: «Tu as passé ton diplôme de Libanais?» - «Je vais être opéré à l'hôpital du Palestinien»...
Ça choque, n'est-ce pas? Or Jésus aussi voulait faire sursauter ses auditeurs. Le prêtre et le lévite dont il parle, ce sont les spécialistes du sacré, en Israël. Mais quand ils voient un blessé, abandonné: ils passent tout droit! Les apôtres de la charité refusent de se mouiller pour un inconnu couvert de sang.
Au contraire, le Samaritain (le Palestinien, le Libanais – biffer ce qui ne convient pas), bref, l'étranger détesté, le musulman, eh bien lui, il s'arrête. Non seulement il soigne le blessé, mais encore il le transporte à l'hôtellerie, et paie de sa poche tout le nécessaire!
.

Voilà. On pourrait presque s'arrêter ici. Vous imaginez la suite: faites comme le Samaritain (ou le musulman)! Soyez bons et secourables, ayez pitié du misérable, etc. etc...
Eh bien, pas du tout! Non seulement cette conclusion passerait complètement à côté de ce que Jésus veut dire, avec sa parabole; mais pire encore, cela ajouterait du bois à un incendie néfaste qui a déjà fait beaucoup trop de dégâts! Je m'explique.
Jésus ne veut pas nous faire la morale. Il refuse de nous faire évoluer en nous culpabilisant, comme l'ont hélas trop fait certains chrétiens. Ça ne mène à rien, de mettre à vif la culpabilité. Pire, ça dégoûte et ça démobilise. L'amour du prochain, selon l'évangile, ce n'est pas cela, mais pas du tout!
Là où ça commence à déraper, c'est déjà dans le titre que nous donnons à la parabole. Jésus ne dit jamais que notre Samaritain est bon. On moralise déjà, avec cet adjectif, nous entrons dans le récit par la fausse porte.
Car comment Jésus y entre-t-il, lui, dans cette histoire? Voici: «Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho... Il se fait attaquer, voler, molester... Il reste là, au bord du chemin, à moitié mort...». Ce n'est pas innocent, cette entrée en matière. Dans l'évangile, rien n'est jamais là par hasard! On aurait pu le dire en deux mots: un homme était couché, blessé, au bord de la route... ça suffisait. Mais ce que veut Jésus, vous comprenez, c'est que le héros de la parabole, ce soit l'homme attaqué et roué de coups, et non le secouriste.
Quand vous racontez une histoire à des enfants, ils s'identifient au héros de l'aventure, ils se mettent dans sa peau, ils vibrent à ses heurs et malheurs et font corps avec lui. «Il était une fois dans un château, une pauvre jeune fille que sa marâtre faisait travailler du matin au soir...» - et c'est parti, la magie opère, mes gamins se mettent dans la peau de Cendrillon ou Blanche-Neige...
Jésus fait de même. Il raconte sa parabole de telle manière que ceux qui l'entendent s'identifient, non pas au secouriste, mais au blessé, à celui qui est couché là, meurtri par la souffrance, sans espoir.
Est-ce que vous comprenez l'enjeu? Si notre premier mouvement, je devrais dire notre premier faux mouvement, c'est de nous mettre dans la peau du Samaritain, nous rallumons l'incendie de la culpabilité: «Je devrais prendre exemple sur lui... Il faut que je fasse mieux, que je donne davantage, etc.»
C'est justement pour éviter que nous nous engagions sur ce chemin du moralisme que Jésus, dans un récit très semblable, répond, à un riche notable qui l'appelle «Bon maître»: «Mais non! Pourquoi m'appelles-tu bon? Tu sais, personne n'est bon, sinon Dieu seul!»
Il ne s'agit donc pas de la parabole du Bon Samaritain, mais de celle du blessé secouru! Pour me dire qui est mon prochain, Jésus ne me fait pas la morale. Pour savoir comment aimer mon prochain, il me propose d'entrer dans la peau d'un homme qui n'a plus rien, ni argent ni santé; un homme qui ne peut que tout attendre des autres. Tout attendre des autres. À l’image du jeune homme riche, que Jésus invite à quitter toute sa fortune.
Dans la religion juive, les théologiens avaient de graves débats sur la question «qui est mon prochain?». Les maîtres de la loi, c'est-à-dire les spécialistes de la théologie, étaient partagés. Pour certains, le prochain, c'est seulement un juif (et des passages de l'Ancien Testament, c'est vrai, l'affirment). Pour d'autres, le prochain, c'est toute personne qui a besoin d'aide, quel qu'elle soit (et on trouve d'autres versets de l'AT qui le confirment). Le maître de la loi dont parle notre récit voulait certainement entendre l'avis de Jésus sur ce grave débat.
Mais lui, le Christ, il refuse de répondre par une définition. Il ne veut pas faire de la théorie, pas plus que de la morale: il nous fait entrer, par son histoire, au coeur de la détresse d'un homme, d'un homme qui souffre et qui dépend entièrement du secours des autres! «Je ne te dirai pas qui est ton prochain. Mais tu le découvriras toi-même, quand tu te seras mis dans la peau de ce type molesté, violenté, volé, à moitié détruit, là, au bord du chemin».
… Et ça marche! Parce que voici la conclusion, donnée par le maître de la loi lui-même: «Mon prochain, eh bien je découvre que c'est l'homme qui lui a porté secours!».
Comprenez-vous le retournement? Le prochain, ce n'est plus le type à sortir de la mistoufle. Non, je suis le blessé, et mon prochain, c'est celui qui vient à mon aide!
Voilà. Cette fois, on peut s'arrêter. Car la conclusion, vous allez, aussi, la tirer vous-même. Mon prochain? Mais c'est celui qui s'approche! Et ce n'est que parce que je suis d'abord secouru que je deviens capable, à mon tour, d'aider les autres. D'avoir pour eux des gestes d'amour. Et vu que j'ai passé par là, je sais de quoi l'autre a vraiment besoin.
Amen. Ah, vous éteindrez l'incendie en partant. Merci!
Jean-Jacques Corbaz
Lectures bibliques: Luc 10, 25-37; Luc 18, 18-23; Lévitique 19, 17-18
La parabole que je propose à votre attention, ce matin, elle est sans doute celle qui a le plus marqué la chrétienté. À tel point que le mot «Samaritain» a passé dans le langage courant, pour désigner les secouristes. Il y a même à Vevey un hôpital qui a pris ce nom: le Samaritain!
C'est un peu dommage, car le héros de la parabole que Jésus raconte n'a au départ pas grand-chose à voir avec le domaine médical!
Au temps du Christ, les Samaritains sont les habitants du pays voisin d'Israël, au nord. Leur religion et celle des juifs se ressemblent beaucoup, mais ils se battent comme des ennemis. Bref, le Samaritain dont parle Jésus, ce serait plutôt aujourd'hui un Libanais, un Palestinien ou un Syrien, davantage qu'un infirmier. Imaginez un dialogue saugrenu du genre: «Tu as passé ton diplôme de Libanais?» - «Je vais être opéré à l'hôpital du Palestinien»...
Ça choque, n'est-ce pas? Or Jésus aussi voulait faire sursauter ses auditeurs. Le prêtre et le lévite dont il parle, ce sont les spécialistes du sacré, en Israël. Mais quand ils voient un blessé, abandonné: ils passent tout droit! Les apôtres de la charité refusent de se mouiller pour un inconnu couvert de sang.
Au contraire, le Samaritain (le Palestinien, le Libanais – biffer ce qui ne convient pas), bref, l'étranger détesté, le musulman, eh bien lui, il s'arrête. Non seulement il soigne le blessé, mais encore il le transporte à l'hôtellerie, et paie de sa poche tout le nécessaire!
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Voilà. On pourrait presque s'arrêter ici. Vous imaginez la suite: faites comme le Samaritain (ou le musulman)! Soyez bons et secourables, ayez pitié du misérable, etc. etc...
Eh bien, pas du tout! Non seulement cette conclusion passerait complètement à côté de ce que Jésus veut dire, avec sa parabole; mais pire encore, cela ajouterait du bois à un incendie néfaste qui a déjà fait beaucoup trop de dégâts! Je m'explique.
Jésus ne veut pas nous faire la morale. Il refuse de nous faire évoluer en nous culpabilisant, comme l'ont hélas trop fait certains chrétiens. Ça ne mène à rien, de mettre à vif la culpabilité. Pire, ça dégoûte et ça démobilise. L'amour du prochain, selon l'évangile, ce n'est pas cela, mais pas du tout!
Là où ça commence à déraper, c'est déjà dans le titre que nous donnons à la parabole. Jésus ne dit jamais que notre Samaritain est bon. On moralise déjà, avec cet adjectif, nous entrons dans le récit par la fausse porte.
Car comment Jésus y entre-t-il, lui, dans cette histoire? Voici: «Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho... Il se fait attaquer, voler, molester... Il reste là, au bord du chemin, à moitié mort...». Ce n'est pas innocent, cette entrée en matière. Dans l'évangile, rien n'est jamais là par hasard! On aurait pu le dire en deux mots: un homme était couché, blessé, au bord de la route... ça suffisait. Mais ce que veut Jésus, vous comprenez, c'est que le héros de la parabole, ce soit l'homme attaqué et roué de coups, et non le secouriste.
Quand vous racontez une histoire à des enfants, ils s'identifient au héros de l'aventure, ils se mettent dans sa peau, ils vibrent à ses heurs et malheurs et font corps avec lui. «Il était une fois dans un château, une pauvre jeune fille que sa marâtre faisait travailler du matin au soir...» - et c'est parti, la magie opère, mes gamins se mettent dans la peau de Cendrillon ou Blanche-Neige...
Jésus fait de même. Il raconte sa parabole de telle manière que ceux qui l'entendent s'identifient, non pas au secouriste, mais au blessé, à celui qui est couché là, meurtri par la souffrance, sans espoir.
Est-ce que vous comprenez l'enjeu? Si notre premier mouvement, je devrais dire notre premier faux mouvement, c'est de nous mettre dans la peau du Samaritain, nous rallumons l'incendie de la culpabilité: «Je devrais prendre exemple sur lui... Il faut que je fasse mieux, que je donne davantage, etc.»
C'est justement pour éviter que nous nous engagions sur ce chemin du moralisme que Jésus, dans un récit très semblable, répond, à un riche notable qui l'appelle «Bon maître»: «Mais non! Pourquoi m'appelles-tu bon? Tu sais, personne n'est bon, sinon Dieu seul!»
Il ne s'agit donc pas de la parabole du Bon Samaritain, mais de celle du blessé secouru! Pour me dire qui est mon prochain, Jésus ne me fait pas la morale. Pour savoir comment aimer mon prochain, il me propose d'entrer dans la peau d'un homme qui n'a plus rien, ni argent ni santé; un homme qui ne peut que tout attendre des autres. Tout attendre des autres. À l’image du jeune homme riche, que Jésus invite à quitter toute sa fortune.
Dans la religion juive, les théologiens avaient de graves débats sur la question «qui est mon prochain?». Les maîtres de la loi, c'est-à-dire les spécialistes de la théologie, étaient partagés. Pour certains, le prochain, c'est seulement un juif (et des passages de l'Ancien Testament, c'est vrai, l'affirment). Pour d'autres, le prochain, c'est toute personne qui a besoin d'aide, quel qu'elle soit (et on trouve d'autres versets de l'AT qui le confirment). Le maître de la loi dont parle notre récit voulait certainement entendre l'avis de Jésus sur ce grave débat.
Mais lui, le Christ, il refuse de répondre par une définition. Il ne veut pas faire de la théorie, pas plus que de la morale: il nous fait entrer, par son histoire, au coeur de la détresse d'un homme, d'un homme qui souffre et qui dépend entièrement du secours des autres! «Je ne te dirai pas qui est ton prochain. Mais tu le découvriras toi-même, quand tu te seras mis dans la peau de ce type molesté, violenté, volé, à moitié détruit, là, au bord du chemin».
… Et ça marche! Parce que voici la conclusion, donnée par le maître de la loi lui-même: «Mon prochain, eh bien je découvre que c'est l'homme qui lui a porté secours!».
Comprenez-vous le retournement? Le prochain, ce n'est plus le type à sortir de la mistoufle. Non, je suis le blessé, et mon prochain, c'est celui qui vient à mon aide!
Voilà. Cette fois, on peut s'arrêter. Car la conclusion, vous allez, aussi, la tirer vous-même. Mon prochain? Mais c'est celui qui s'approche! Et ce n'est que parce que je suis d'abord secouru que je deviens capable, à mon tour, d'aider les autres. D'avoir pour eux des gestes d'amour. Et vu que j'ai passé par là, je sais de quoi l'autre a vraiment besoin.
Amen. Ah, vous éteindrez l'incendie en partant. Merci!
Jean-Jacques Corbaz
jeudi 1 septembre 2016
(Vu, SB, FA) Osée et son aventure... osée!
Reçu cette question intéressante d'une responsable de l'Eglise évangélique réformée vietnamienne de Lausanne (qui se réunit à St-Paul, Avenue de France):
Dans notre communauté, nous avons étudié le thème "La dernière fois que Dieu m'a fait signe, c'était quand?" du cahier suivant:
Le
texte d'Osée nous a semblé très difficile d'accès, savez-vous un peu
sur le texte d'Osée et pourquoi (quel lien) on a voulu faire un rapport
avec le thème du dialogue avec Dieu?
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Réponse:
Le prophète compare Israël à une prostituée, qui ne reconnaît plus tout ce que son mari lui donne. Israël ne discerne plus ce qu'il doit à son Dieu, et va chercher auprès de divinités païennes ce que le Seigneur veut lui offrir. Donc, Israël ne discerne pas les signes de Dieu.
Le prophète compare Israël à une prostituée, qui ne reconnaît plus tout ce que son mari lui donne. Israël ne discerne plus ce qu'il doit à son Dieu, et va chercher auprès de divinités païennes ce que le Seigneur veut lui offrir. Donc, Israël ne discerne pas les signes de Dieu.
Osée
vit une relation difficile avec sa femme, qui se prostitue et qui
abandonne son mari. Le prophète fait de cette relation une sorte de
parabole de la relation d'Israël avec Dieu. Israël aussi abandonne son
Seigneur pour se tourner vers les Ba'al. Or, nous dit cette histoire, or
Dieu veut instaurer avec nous une relation d'amour, basée sur le
dialogue et la confiance. Mieux encore, Osée va payer une nouvelle fois
une somme d'argent pour "racheter" sa femme de la prostitution; de même,
Dieu va nous racheter, c'est lui qui paie tout le prix pour nous
libérer et pour vivre avec nous dans le bonheur et la paix.
Cette
relation, il nous appartient de la nourrir, de la faire vivre. Dieu a
besoin de notre réponse pour entrer dans nos coeurs et dans nos vies!JJC
dimanche 14 août 2016
(Ci, FA) Le mystère de Dieu
Ce que nous comprenons des paroles de Dieu, c'est beaucoup moins que ce qui nous échappe...
Ses paroles sont comme une source où chacun peut se désaltérer, mais que personne ne peut épuiser...
Réjouis-toi donc d'avoir pu apaiser ta soif, mais ne te désole pas que la richesse de la source te dépasse.
Ne t'attriste surtout pas d'être incapable d'épuiser cette richesse: mieux vaut que la source étanche ta soif plutôt que ce soit ta soif qui épuise la source.
Si elle n'est pas tarie, tu pourras y boire encore, chaque fois que tu auras soif. Mais si, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur!
Remercie pour ce que tu as reçu, et ne t'en fais pas pour ce qui n'est pas utilisé. Dieu a truffé sa parole de richesses multiples, pour que chacun puisse y contempler un trésor, selon ce qu'il aime...
D'après Saint Ephrem de Nisibe
mardi 9 août 2016
(Ci) Du recul!
« Quand on sait ce que nous sommes, il serait ridicule, vraiment, de
n’avoir pas dans notre amour un peu d’humour »
Madeleine Delbrêl
Madeleine Delbrêl
dimanche 10 juillet 2016
(Ci, Ré) La vraie réconciliation
« En ouvrant les blessures pour les nettoyer, on les empêchera de s’infecter. La vraie réconciliation n’est jamais bon marché, car elle repose sur le pardon qui est coûteux ».
Desmond Tutu
(Pr) "Venez à moi, vous qui êtes fatigués et rêvez de vacances..."
Prédication du 10 juillet
Lectures: Matthieu 11, 25-30; Esaïe 29, 13-14; 1 Corinthiens 1, 22-30
“Venez à moi, vous qui êtes fatigués et chargés, je vous donnerai le repos...”. Encore un de ces versets qu’on a l’impression de connaître comme sa poche!
Je ne sais pas si vous êtes comme moi? Mes poches, je les sens avec mes mains, mais je ne les regarde jamais. Si, un jour, je me décidais à jeter un coup d’oeil dans une de mes poches, je serais sans doute surpris par sa couleur; sa forme; et par les petits “bruchons” accumulés...
Mais je m’égare!
Un de ces versets tellement familiers que peut-être on ne les écoute plus avec attention. “Mon joug est facile, mon fardeau léger...”. Bien sûr...
Je vais vous demander un effort ce matin: imaginez que vous entendez ce passage pour la première fois - et sans complaisance. Probablement alors réagirez-vous comme moi: facile, la volonté de Dieu? Pas tellement! Nous sommes juste quelques pages après le Sermon sur la montagne, qui pose des exigences... faramineuses, c’est plutôt surprenant! Facile, de pardonner à ceux qui vous ont fait du tort? Facile, d’aimer ses ennemis? Facile, de ne pas répondre à la violence par la violence? De ne pas juger les autres? (On pourrait continuer un bout comme ça). Non, ce n’est pas facile, mais alors pas du tout!
Vous connaissez peut-être un début d’explication: cette parole ne figure que dans un seul évangile (celui selon Matthieu); ce qui indique toujours que ça concerne une situation particulière. Or Matthieu écrit pour une Eglise de chrétiens qui ont été opprimés par les pharisiens juifs, quelque 50 ans après la mort de Jésus. Pour des chrétiens qui ont quitté la religion de Moïse parce qu’ils pliaient sous le joug de la Loi d’Israël, sous le fardeau des multiples contraintes imposées par les scribes.
Les chrétiens de Matthieu sont des “petits”, c’est-à-dire des sans pouvoir, des pauvres de coeur dans l’esprit des Béatitudes. Non pas des enfants ou des “bobets”! Il s’agit du petit peuple des campagnes, des pécheurs (avec accent aigu!), des impurs; ces gens pour qui les pharisiens n’avaient que mépris, tandis qu’eux-mêmes se sentaient bons juifs, infiniment supérieurs.
Leur idéal, à ces pharisiens, c’était de connaître la loi de l’Ancien Testament et les traditions rabbiniques aussi parfaitement que possible. “Mieux j’applique les commandements, pensaient-ils, plus j’ai de valeur pour Dieu”.
Il est donc important de rectifier la trajectoire: pour Matthieu, ce sont les petits (et eux seuls) qui peuvent comprendre le Christ, et le suivre. Ni la connaissance de la Loi, ni l’application des commandements, rien de tout cela ne permet de vivre selon la véritable volonté de Dieu. Pas besoin non plus d’être spécialement sage ou intelligent, encore moins d’être instruit: l’important est d’accueillir le Christ sans autre sécurité, les mains nues!
Voilà pourquoi notre passage commence par dire que les savants, les forts en thème n’ont pas reçu le message de Jésus: ils en étaient incapables; trop prisonniers de leurs systèmes de pensée, de leur philosophie, leurs préjugés sur Dieu et sur les hommes. Devant ces gens-là, la prédication de Jésus ne pouvait qu’échouer.
Pourtant, avez-vous remarqué? Jésus ne se lamente pas, comme nous le faisons souvent, parce que ses appels n’ont pas abouti. J’entends encore les plaintes de tous ceux qui, dans l’Eglise, regrettent le peu de succès des campagnes d’évangélisation ou de sensibilisation. Nous connaissons tous ces discours désolés sur les bancs vides, le dimanche.
Mais Jésus, lui, ne se plaint pas: il s’en réjouit! Mais oui! Il remercie Dieu d’avoir caché l’intérêt de son message, de l’avoir caché aux sages et aux gens instruits, tandis qu’il a été révélé aux petits dont nous parlions. Les petits, c’est-à-dire la minorité. Les faibles, les sans pouvoir, les veuves et les orphelins... C’est un choix de Dieu. C’est lié à ce qu’il veut nous dire.
Chers paroissiens, ce constat me pose une grave question: est-ce qu’une Eglise majoritaire, une Eglise de notables et de riches, de savants, est-ce qu’elle est conforme à la volonté de Dieu? Question (im)pertinente, alors que nous allons commémorer les 500 ans de la Réforme.
Mais je vais encore plus loin: est-ce qu’une Eglise de gens instruits, de puissants, est possible? Est-ce que le fait d’être majoritaires ne nous met pas presque automatiquement hors-jeu, je veux dire: en position de ne pas pouvoir comprendre le message que nous propose le Christ?
Dures interrogations, auxquelles il ne faut pas répondre trop vite, ni par oui ni par non, bien sûr, car cela nous ferait retomber dans le camp des pharisiens et des “Jean-qui-sait-tout”... Mais questions qu’il est nécessaire de nous poser, en ces temps de mutations d’Eglise et de société; questions qui auront par ailleurs le mérite de nous faire moins regretter le passé...
Alors voilà: vers qui nous tourner, lorsque nous voulons témoigner de l’évangile? Qui sera réceptif aux appels incroyables du Christ? Et encore: comment travailler sur nous-mêmes, pour mieux devenir, devant Jésus, des assoiffés de ses paroles?
“Venez à moi, vous tous, les petits, fatigués et chargés, je vous donnerai le repos. Mon joug est facile, et mon fardeau léger...” Oui, c’est quand nous plions sous le poids de la peine, sous le poids de l’injustice ou de la peur, c’est quand nous sentons nos forces faiblir que Jésus nous appelle ainsi.
Des “petits”, nous pouvons l’être d’ailleurs dans toutes sortes de situations, il peut même y en avoir qui soient millionnaires ou Prix Nobel! Puisque seule compte notre capacité à laisser le Christ agir. Quand nous n’en pouvons plus des contraintes, alors il nous appelle pour nous soulager et nous donner le repos.
Mais attention: si son joug est facile, il n’est pas pour autant “rien du tout”. Le tournage de pouces, ce n’est pas un joug! Avec Jésus, il y a un fardeau à porter, même s’il est léger.
La volonté du Christ, nous le disions, est spécialement exigeante, pensez au Sermon sur la montagne! Des tâches multiples nous sont proposées, des défis souvent.
En quoi est-ce facile et reposant de désamorcer la violence, de pardonner, ou de ne pas servir l’argent? Je vois deux raisons:
(1°) D’abord, parce que notre salut ne dépend pas de notre obéissance, de notre fidélité à mettre en pratique les commandements en détail. Ça, c’est essentiel. Je dirais même: c’est l’essentiel; c’est l’essence de l’évangile. Au contraire des pharisiens, nous savons que Dieu nous sauve gratuitement, par choix, par amour, sans que nous ne le méritions. Notre valeur devant lui ne dépend que du fait que nous sommes ses enfants. Rien d’autre.
(2°) Deuxième raison pour laquelle le joug du Christ est reposant: c’est que Jésus lui-même est humble et doux, comme il le dit. Il n’est pas un maître sévère, rigide ou moralisant. Il est indulgent. Sa douceur bien sûr n’a rien de douçâtre ou de sulpicien, comme l’a déformé l’époque romantique. Jésus n’est pas un loukoum: mais il est bon, il veut avant tout notre bonheur, notre paix. Il veut nous soulager, nous reposer.
Dernier écueil à discerner: le repos du Christ, ce n’est pas dormir tout le temps, ni se mettre au chômage! À l’époque, le travail quotidien était dur et harassant, il fallait soulager les fatigues, énormes. Aujourd’hui, notre vie est, sauf exceptions, plus stressante, usante pour les nerfs qu’épuisante physiquement. Et le chômage est souvent vécu aussi comme un drame.
Le repos auquel Jésus nous invite, ce n’est pas une absence de travail; ce serait plutôt cette absence de stress, cette paix du coeur. Pour le paysan qui craint l’avenir; pour le patron qui a peur de la faillite; pour l’employé qui rame afin de garder son emploi et qui n’ose pas dire ce qu’il pense. Pour le chômeur ou le chercheur d’emploi; pour la femme, l’homme moderne coincés par les exigences démentielles d’une époque de moins en moins humaine, vitesse, efficacité, profit... Pour tous nous est proposé de retrouver en nous la fragilité du “petit”, et de découvrir que c’est justement dans cette nudité-là que le Fils de Dieu est venu. Que c’est justement de cette nudité-là qu’il est solidaire. C’est elle qu’il nous appelle à découvrir comme vraie force, avec lui, bien sûr, mais aussi avec les autres, dans l’entraide et la communion.
Si vous avez des vacances, je me dis que ce serait une bonne occasion de cultiver cette attitude, non?
Pendant le temps de silence et le jeu d’orgue, je vous propose déjà d’y réfléchir: comment laisser le Christ me rejoindre? Et qu’est-ce qui, dans ma vie, pourrait l’empêcher de me donner la véritable paix?
Amen
Jean-Jacques Corbaz
Lectures: Matthieu 11, 25-30; Esaïe 29, 13-14; 1 Corinthiens 1, 22-30
“Venez à moi, vous qui êtes fatigués et chargés, je vous donnerai le repos...”. Encore un de ces versets qu’on a l’impression de connaître comme sa poche!
Je ne sais pas si vous êtes comme moi? Mes poches, je les sens avec mes mains, mais je ne les regarde jamais. Si, un jour, je me décidais à jeter un coup d’oeil dans une de mes poches, je serais sans doute surpris par sa couleur; sa forme; et par les petits “bruchons” accumulés...
Mais je m’égare!
Un de ces versets tellement familiers que peut-être on ne les écoute plus avec attention. “Mon joug est facile, mon fardeau léger...”. Bien sûr...
Je vais vous demander un effort ce matin: imaginez que vous entendez ce passage pour la première fois - et sans complaisance. Probablement alors réagirez-vous comme moi: facile, la volonté de Dieu? Pas tellement! Nous sommes juste quelques pages après le Sermon sur la montagne, qui pose des exigences... faramineuses, c’est plutôt surprenant! Facile, de pardonner à ceux qui vous ont fait du tort? Facile, d’aimer ses ennemis? Facile, de ne pas répondre à la violence par la violence? De ne pas juger les autres? (On pourrait continuer un bout comme ça). Non, ce n’est pas facile, mais alors pas du tout!
Vous connaissez peut-être un début d’explication: cette parole ne figure que dans un seul évangile (celui selon Matthieu); ce qui indique toujours que ça concerne une situation particulière. Or Matthieu écrit pour une Eglise de chrétiens qui ont été opprimés par les pharisiens juifs, quelque 50 ans après la mort de Jésus. Pour des chrétiens qui ont quitté la religion de Moïse parce qu’ils pliaient sous le joug de la Loi d’Israël, sous le fardeau des multiples contraintes imposées par les scribes.
Les chrétiens de Matthieu sont des “petits”, c’est-à-dire des sans pouvoir, des pauvres de coeur dans l’esprit des Béatitudes. Non pas des enfants ou des “bobets”! Il s’agit du petit peuple des campagnes, des pécheurs (avec accent aigu!), des impurs; ces gens pour qui les pharisiens n’avaient que mépris, tandis qu’eux-mêmes se sentaient bons juifs, infiniment supérieurs.
Leur idéal, à ces pharisiens, c’était de connaître la loi de l’Ancien Testament et les traditions rabbiniques aussi parfaitement que possible. “Mieux j’applique les commandements, pensaient-ils, plus j’ai de valeur pour Dieu”.
Il est donc important de rectifier la trajectoire: pour Matthieu, ce sont les petits (et eux seuls) qui peuvent comprendre le Christ, et le suivre. Ni la connaissance de la Loi, ni l’application des commandements, rien de tout cela ne permet de vivre selon la véritable volonté de Dieu. Pas besoin non plus d’être spécialement sage ou intelligent, encore moins d’être instruit: l’important est d’accueillir le Christ sans autre sécurité, les mains nues!
Voilà pourquoi notre passage commence par dire que les savants, les forts en thème n’ont pas reçu le message de Jésus: ils en étaient incapables; trop prisonniers de leurs systèmes de pensée, de leur philosophie, leurs préjugés sur Dieu et sur les hommes. Devant ces gens-là, la prédication de Jésus ne pouvait qu’échouer.
Pourtant, avez-vous remarqué? Jésus ne se lamente pas, comme nous le faisons souvent, parce que ses appels n’ont pas abouti. J’entends encore les plaintes de tous ceux qui, dans l’Eglise, regrettent le peu de succès des campagnes d’évangélisation ou de sensibilisation. Nous connaissons tous ces discours désolés sur les bancs vides, le dimanche.
Mais Jésus, lui, ne se plaint pas: il s’en réjouit! Mais oui! Il remercie Dieu d’avoir caché l’intérêt de son message, de l’avoir caché aux sages et aux gens instruits, tandis qu’il a été révélé aux petits dont nous parlions. Les petits, c’est-à-dire la minorité. Les faibles, les sans pouvoir, les veuves et les orphelins... C’est un choix de Dieu. C’est lié à ce qu’il veut nous dire.
Chers paroissiens, ce constat me pose une grave question: est-ce qu’une Eglise majoritaire, une Eglise de notables et de riches, de savants, est-ce qu’elle est conforme à la volonté de Dieu? Question (im)pertinente, alors que nous allons commémorer les 500 ans de la Réforme.
Mais je vais encore plus loin: est-ce qu’une Eglise de gens instruits, de puissants, est possible? Est-ce que le fait d’être majoritaires ne nous met pas presque automatiquement hors-jeu, je veux dire: en position de ne pas pouvoir comprendre le message que nous propose le Christ?
Dures interrogations, auxquelles il ne faut pas répondre trop vite, ni par oui ni par non, bien sûr, car cela nous ferait retomber dans le camp des pharisiens et des “Jean-qui-sait-tout”... Mais questions qu’il est nécessaire de nous poser, en ces temps de mutations d’Eglise et de société; questions qui auront par ailleurs le mérite de nous faire moins regretter le passé...
Alors voilà: vers qui nous tourner, lorsque nous voulons témoigner de l’évangile? Qui sera réceptif aux appels incroyables du Christ? Et encore: comment travailler sur nous-mêmes, pour mieux devenir, devant Jésus, des assoiffés de ses paroles?
“Venez à moi, vous tous, les petits, fatigués et chargés, je vous donnerai le repos. Mon joug est facile, et mon fardeau léger...” Oui, c’est quand nous plions sous le poids de la peine, sous le poids de l’injustice ou de la peur, c’est quand nous sentons nos forces faiblir que Jésus nous appelle ainsi.
Des “petits”, nous pouvons l’être d’ailleurs dans toutes sortes de situations, il peut même y en avoir qui soient millionnaires ou Prix Nobel! Puisque seule compte notre capacité à laisser le Christ agir. Quand nous n’en pouvons plus des contraintes, alors il nous appelle pour nous soulager et nous donner le repos.
Mais attention: si son joug est facile, il n’est pas pour autant “rien du tout”. Le tournage de pouces, ce n’est pas un joug! Avec Jésus, il y a un fardeau à porter, même s’il est léger.
La volonté du Christ, nous le disions, est spécialement exigeante, pensez au Sermon sur la montagne! Des tâches multiples nous sont proposées, des défis souvent.
En quoi est-ce facile et reposant de désamorcer la violence, de pardonner, ou de ne pas servir l’argent? Je vois deux raisons:
(1°) D’abord, parce que notre salut ne dépend pas de notre obéissance, de notre fidélité à mettre en pratique les commandements en détail. Ça, c’est essentiel. Je dirais même: c’est l’essentiel; c’est l’essence de l’évangile. Au contraire des pharisiens, nous savons que Dieu nous sauve gratuitement, par choix, par amour, sans que nous ne le méritions. Notre valeur devant lui ne dépend que du fait que nous sommes ses enfants. Rien d’autre.
(2°) Deuxième raison pour laquelle le joug du Christ est reposant: c’est que Jésus lui-même est humble et doux, comme il le dit. Il n’est pas un maître sévère, rigide ou moralisant. Il est indulgent. Sa douceur bien sûr n’a rien de douçâtre ou de sulpicien, comme l’a déformé l’époque romantique. Jésus n’est pas un loukoum: mais il est bon, il veut avant tout notre bonheur, notre paix. Il veut nous soulager, nous reposer.
Dernier écueil à discerner: le repos du Christ, ce n’est pas dormir tout le temps, ni se mettre au chômage! À l’époque, le travail quotidien était dur et harassant, il fallait soulager les fatigues, énormes. Aujourd’hui, notre vie est, sauf exceptions, plus stressante, usante pour les nerfs qu’épuisante physiquement. Et le chômage est souvent vécu aussi comme un drame.
Le repos auquel Jésus nous invite, ce n’est pas une absence de travail; ce serait plutôt cette absence de stress, cette paix du coeur. Pour le paysan qui craint l’avenir; pour le patron qui a peur de la faillite; pour l’employé qui rame afin de garder son emploi et qui n’ose pas dire ce qu’il pense. Pour le chômeur ou le chercheur d’emploi; pour la femme, l’homme moderne coincés par les exigences démentielles d’une époque de moins en moins humaine, vitesse, efficacité, profit... Pour tous nous est proposé de retrouver en nous la fragilité du “petit”, et de découvrir que c’est justement dans cette nudité-là que le Fils de Dieu est venu. Que c’est justement de cette nudité-là qu’il est solidaire. C’est elle qu’il nous appelle à découvrir comme vraie force, avec lui, bien sûr, mais aussi avec les autres, dans l’entraide et la communion.
Si vous avez des vacances, je me dis que ce serait une bonne occasion de cultiver cette attitude, non?
Pendant le temps de silence et le jeu d’orgue, je vous propose déjà d’y réfléchir: comment laisser le Christ me rejoindre? Et qu’est-ce qui, dans ma vie, pourrait l’empêcher de me donner la véritable paix?
Amen
Jean-Jacques Corbaz
dimanche 19 juin 2016
(Hu) Le corbeau et la perdrix - pour mes adieux
Pour dire adieu à la paroisse de Grandson, et en guise d’hommage à son autorité suprême (je veux dire le président de l’Assemblée paroissiale), cette fable, puisée à la fontaine de mon village :
Maître Corbaz, sur sa chaire perché,
Tenait dans son bec un… sermon !
Maître Perdrix, par les mots intéressé
(Je ne dirais pas quand même « alléché » !)
Lui tient ce discours sans façon :
« Hé bonjour, M. du Corbaz,
Vous avez un corps… beau, sous votre robe pastorale,
Sans mentir, si votre génie,
Maître Cornille,
Se rapporte à votre babille,
Vous êtes un pacha
Digne de notre Othon national ! »
À ces mots, le Corbaz sent pétiller sa foi.
Il ouvre un large bec, et répète « Crois, crois » !
Plus qu’à Vendredi Saint on voit tomber des croix !
Maître Perdrix, en fin renard,
Saisit la parole, et s’en empare,
Et ne la lâche plus !
Le fromage (euh, l’ouvrage) est à peu près fait !
Maître Corbaz, absolument pas confus,
Conclut :
« Apprenez que tout pasteur
Vit pour transmettre son bonheur
À celle et celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un hommage sans doute !
Maintenant, vous savez pour quoi mon cœur bat
Et pour quoi mon corps bat !
En même temps, Maître Baudet,
À la ruelle des Renards,
Tient le même discours, parole ! »
Sur ces mots, tous s’envolent,
Le Corbeau, la Perdrix, le Martinet, Epars (!)
Schlaeppi, tu Verrey comment ça Roulet!
Merci à mes cinq prédécesseurs et à mon collègue catholique d’être entrés (même si c’est "au chausse-pied" !) dans ma petite fable !
JJ Corbaz, 19.6.2016
Maître Corbaz, sur sa chaire perché,
Tenait dans son bec un… sermon !
Maître Perdrix, par les mots intéressé
(Je ne dirais pas quand même « alléché » !)
Lui tient ce discours sans façon :
« Hé bonjour, M. du Corbaz,
Vous avez un corps… beau, sous votre robe pastorale,
Sans mentir, si votre génie,
Maître Cornille,
Se rapporte à votre babille,
Vous êtes un pacha
Digne de notre Othon national ! »
À ces mots, le Corbaz sent pétiller sa foi.
Il ouvre un large bec, et répète « Crois, crois » !
Plus qu’à Vendredi Saint on voit tomber des croix !
Maître Perdrix, en fin renard,
Saisit la parole, et s’en empare,
Et ne la lâche plus !
Le fromage (euh, l’ouvrage) est à peu près fait !
Maître Corbaz, absolument pas confus,
Conclut :
« Apprenez que tout pasteur
Vit pour transmettre son bonheur
À celle et celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un hommage sans doute !
Maintenant, vous savez pour quoi mon cœur bat
Et pour quoi mon corps bat !
En même temps, Maître Baudet,
À la ruelle des Renards,
Tient le même discours, parole ! »
Sur ces mots, tous s’envolent,
Le Corbeau, la Perdrix, le Martinet, Epars (!)
Schlaeppi, tu Verrey comment ça Roulet!
Merci à mes cinq prédécesseurs et à mon collègue catholique d’être entrés (même si c’est "au chausse-pied" !) dans ma petite fable !
JJ Corbaz, 19.6.2016
(Hu) Une cloche ! (pour mes adieux)
Une cloche !
Qu’est-ce que le pasteur, sinon celui qui répète un message qui ne vient pas de lui ?
Au fond, qu’est-ce que le pasteur, sinon une cloche !?
Pareille à celle de Jean-Villard-Gilles, dans la fameuse chanson, une cloche qui répète inlassablement, qui redit aux vivants :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera signe un jour, vous trouverez sous son aile, avec la vie éternelle, l’éternité de l’amour ».
Et puisque j’ai été placé, pendant presque trois ans, au bord d’un lac rempli de palmipèdes, j’aime répéter, à tous ceux qui se considèrent comme des vilains petits canards, j’aime répéter :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera cygne un jour » !
Et à tous mes amis joueurs de cartes, passionnés de jass (et je pense à Ursi et Joseph, ainsi qu’à Frédy, et tant d’autres), j’ai envie de le paraphraser encore ainsi :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera signe un jour, vous trouverez sous son aile, avec le bour et le nell, avec la vie éternelle, l’éternité de l’amour, avec le nell et bour ».
Jean-Jacques Corbaz
Qu’est-ce que le pasteur, sinon celui qui répète un message qui ne vient pas de lui ?
Au fond, qu’est-ce que le pasteur, sinon une cloche !?
Pareille à celle de Jean-Villard-Gilles, dans la fameuse chanson, une cloche qui répète inlassablement, qui redit aux vivants :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera signe un jour, vous trouverez sous son aile, avec la vie éternelle, l’éternité de l’amour ».
Et puisque j’ai été placé, pendant presque trois ans, au bord d’un lac rempli de palmipèdes, j’aime répéter, à tous ceux qui se considèrent comme des vilains petits canards, j’aime répéter :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera cygne un jour » !
Et à tous mes amis joueurs de cartes, passionnés de jass (et je pense à Ursi et Joseph, ainsi qu’à Frédy, et tant d’autres), j’ai envie de le paraphraser encore ainsi :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera signe un jour, vous trouverez sous son aile, avec le bour et le nell, avec la vie éternelle, l’éternité de l’amour, avec le nell et bour ».
Jean-Jacques Corbaz
dimanche 12 juin 2016
(Pr) "Tout est permis!?!" La page Facebook de Dieu
5 juin
Lectures: 1 Corinthiens 6, 12 puis 1 Corinthiens 13, 1-2; Jean 15, 8-15
Dans un petit village isolé, presque désert, au milieu de la France profonde, je rencontre un jour un vieil homme supersympa. Je lui dis que j'apprécie qu'il soit aussi aimable. Il me répond: "Vous savez, c'est pas tant qu'on soit aimable, par ici, mais on est tellement seuls..." ...
Eh bien, Dieu, lui aussi, il se sent seul, parfois. Seul avec ses désirs de paix; de liberté; de respect; de justice, ... ce que les humains ont tant de peine à vivre! Dieu se sent seul, et ça le pousse à se chercher des amis!
Sur la page Facebook de Dieu, ça fourmille de demande d'amis! Et de messages d'affection, et de promesses. Vous la connaissez, vous, la page Facebook de Dieu? Vous y allez souvent?
Au fait, Françoise, puisque tu as ton ordinateur, va voir sur Facebook et dis-nous ce qui est écrit sur le mur de Dieu.
(Françoise lit) “Dieu et Patrice sont désormais amis. Dieu et Cindy sont désormais amis. Dieu et Ilhan sont désormais amis. Dieu et Maryline sont désormais amis. Dieu et Bernard sont désormais amis...”
Merci! Vous comprenez, c'est cela que signifie la bénédiction dont on parle à l’église. Et c'est cela que signifie le baptême, que nous venons de vivre; pour Ilhan, pour ses parents Cindy et Patrice pour ses marraine et parrain Maryline et Bernard. Dieu a un projet d'amitié avec vous. Il veut se lier à vous. Se créer un lien avec vous.
On est bien d'accord, être amis sur Facebook, ça n'engage pas à grand-chose! On n'est même pas obligé de se parler une fois par année. Même pas une fois par siècle! On peut être amis sur Facebook et ne jamais rien en faire. Mais ça peut aider, parfois, à se sentir plus proche; ça peut aider à communiquer, si un jour on en a envie. Ou si on en a besoin...
C'est cela que nous dit la Bible, et l'Eglise: Dieu nous propose son amitié. Sans obligations. Sans contrainte. Bien sûr, il espère que nous allons vivre avec lui une relation intense, qui nous fasse du bien. Evidemment ça le rend heureux si nous sommes convaincus que nous avons de la valeur; que nous sommes importants. Bien sûr, Dieu souhaite que nous trouvions à son contact un allègement, une liberté, une vie passionnante qui nous rende heureux. Mais il nous laisse parfaitement libres d'entrer dans une telle relation; ou non.
C'est cela la foi chrétienne, telle que Dieu l'espère pour nous. Une vie de liberté! De joies! Bien loin de cette dame qui entre dans une librairie, cherchant de la lecture pour une amie hospitalisée. Le vendeur lui demande: "Est-ce que vous envisageriez un livre religieux?" - La dame répond: "Oh non, mon Dieu, non! Elle va déjà beaucoup mieux!" ...
Un jour, un catéchumène m'a dit, sur un ton de reproche: "Le christianisme? C'est tout ce qui est interdit!"
Il n'avait pas lu le passage de la lettre aux Corinthiens que nous avons entendu: "Tout est permis!" affirme l'apôtre Paul, pourtant renommé pour ses manières très moralistes. "Tout est permis!" - Surprise, même s’il ajoute cette précision bien sûr: "Mais tout n'est pas bon. Tout n'est pas utile, ou constructif." ...
Rien n'est interdit. Et c'est tout à fait vrai - même si, hélas, les chrétiens ont souvent vécu et proclamé le contraire; ils confondaient leurs propres désirs de domination avec la volonté de Jésus. Face à Dieu, "tout est permis!" - rien n'est défendu. Il n'y a aucun tabou, aucune règle contraignante. Et rien n'est défendu jusqu'à l'extrême, puisque Jésus, quand on viendra pour le tuer, refusera de se défendre! ...
Oui, en allant jusqu'à la mort par amour de notre liberté, Jésus met fin au règne des commandements et des interdits.
"Tout est permis, mais tout n'est pas bon pour vous." Et c'est à chacun(e) de choisir, de déterminer librement les valeurs qui dirigeront sa vie. La Bible en propose quelques-unes, mais c'est nous qui disposons! La Bible propose et c’est toi qui disposes! "Tout est permis!" - Et c'est à nous de voir: comment ne pas faire de tort aux autres; comment vivre en harmonie avec la nature et les gens, le mieux possible.
Et là, le Nouveau Testament nous propose un critère: celui d'aimer. Mais attention: Jésus sait bien qu'on ne peut pas modifier nos sentiments! Quand on nous invite à aimer, dans la Bible, il faut le comprendre comme en Israël au temps du Christ: c'est-à-dire agir comme on agit avec celles et ceux qu'on aime.
Non pas les sentiments, mais les actes! Viser le bien des autres, les respecter. Favoriser leur croissance intérieure.
Evidemment, ce n'est pas toujours facile, loin de là! Par exemple, pour moi, ce matin: faut-il plutôt vous faire rire ou plutôt vous dire quelque chose d'utile? Et pour vous, demain: comment parler du Christ sans casser les pieds de celles ou ceux qui vous écouteront?
Il y a, ainsi, toute une vie à inventer! Toute une échelle des valeurs à créer! Sortir des morales, qui jamais ne correspondent à l'évangile, jamais! Sortir des morales, et construire une manière de vivre qui respecte: les autres; le monde; la nature; et soi-même (ce qui n’est pas toujours le plus facile)!
À vous, paroissiens et paroissiennes, amis et amies (où que vous habitiez, quelle que soit votre confession officielle), le Christ a un projet à vous proposer: c'est justement de construire cette nouvelle manière de vivre.
Vous pouvez le faire chacun pour vous, de votre côté. Mais ce sera certainement plus enrichissant de le vivre à plusieurs. L’Evangile vous invite donc à vous mettre ensemble, pour cela.
Comme le dit la devise de notre paroisse de Grandson: «Oser l’aventure d’être ensemble, offrir un repère, un lieu de ressources en Dieu, ouvert, où l’on se sent bien».
Je rêve d’une Eglise où des groupes d’adultes ou de jeunes se réuniraient pour essayer d’inventer de nouvelles manières d’être libres, les uns auprès des autres; et de rayonner; et de devenir toujours mieux artisans de la passion de Dieu pour le monde! Que ce soit sur Facebook ou bien en se rassemblant physiquement.
Depuis Ilhan jusqu’au plus âgé parmi nous, il y a là du pain sur la planche! Mes successeurs dans notre paroisse et mes collègues dans nos Eglises seront tout heureux de s’y mettre avec vous.
Allez, bonne chance! Que Dieu vous bénisse! Amen
Jean-Jacques Corbaz
Lectures: 1 Corinthiens 6, 12 puis 1 Corinthiens 13, 1-2; Jean 15, 8-15
Dans un petit village isolé, presque désert, au milieu de la France profonde, je rencontre un jour un vieil homme supersympa. Je lui dis que j'apprécie qu'il soit aussi aimable. Il me répond: "Vous savez, c'est pas tant qu'on soit aimable, par ici, mais on est tellement seuls..." ...
Eh bien, Dieu, lui aussi, il se sent seul, parfois. Seul avec ses désirs de paix; de liberté; de respect; de justice, ... ce que les humains ont tant de peine à vivre! Dieu se sent seul, et ça le pousse à se chercher des amis!
Sur la page Facebook de Dieu, ça fourmille de demande d'amis! Et de messages d'affection, et de promesses. Vous la connaissez, vous, la page Facebook de Dieu? Vous y allez souvent?
Au fait, Françoise, puisque tu as ton ordinateur, va voir sur Facebook et dis-nous ce qui est écrit sur le mur de Dieu.
(Françoise lit) “Dieu et Patrice sont désormais amis. Dieu et Cindy sont désormais amis. Dieu et Ilhan sont désormais amis. Dieu et Maryline sont désormais amis. Dieu et Bernard sont désormais amis...”
Merci! Vous comprenez, c'est cela que signifie la bénédiction dont on parle à l’église. Et c'est cela que signifie le baptême, que nous venons de vivre; pour Ilhan, pour ses parents Cindy et Patrice pour ses marraine et parrain Maryline et Bernard. Dieu a un projet d'amitié avec vous. Il veut se lier à vous. Se créer un lien avec vous.
On est bien d'accord, être amis sur Facebook, ça n'engage pas à grand-chose! On n'est même pas obligé de se parler une fois par année. Même pas une fois par siècle! On peut être amis sur Facebook et ne jamais rien en faire. Mais ça peut aider, parfois, à se sentir plus proche; ça peut aider à communiquer, si un jour on en a envie. Ou si on en a besoin...
C'est cela que nous dit la Bible, et l'Eglise: Dieu nous propose son amitié. Sans obligations. Sans contrainte. Bien sûr, il espère que nous allons vivre avec lui une relation intense, qui nous fasse du bien. Evidemment ça le rend heureux si nous sommes convaincus que nous avons de la valeur; que nous sommes importants. Bien sûr, Dieu souhaite que nous trouvions à son contact un allègement, une liberté, une vie passionnante qui nous rende heureux. Mais il nous laisse parfaitement libres d'entrer dans une telle relation; ou non.
C'est cela la foi chrétienne, telle que Dieu l'espère pour nous. Une vie de liberté! De joies! Bien loin de cette dame qui entre dans une librairie, cherchant de la lecture pour une amie hospitalisée. Le vendeur lui demande: "Est-ce que vous envisageriez un livre religieux?" - La dame répond: "Oh non, mon Dieu, non! Elle va déjà beaucoup mieux!" ...
Un jour, un catéchumène m'a dit, sur un ton de reproche: "Le christianisme? C'est tout ce qui est interdit!"
Il n'avait pas lu le passage de la lettre aux Corinthiens que nous avons entendu: "Tout est permis!" affirme l'apôtre Paul, pourtant renommé pour ses manières très moralistes. "Tout est permis!" - Surprise, même s’il ajoute cette précision bien sûr: "Mais tout n'est pas bon. Tout n'est pas utile, ou constructif." ...
Rien n'est interdit. Et c'est tout à fait vrai - même si, hélas, les chrétiens ont souvent vécu et proclamé le contraire; ils confondaient leurs propres désirs de domination avec la volonté de Jésus. Face à Dieu, "tout est permis!" - rien n'est défendu. Il n'y a aucun tabou, aucune règle contraignante. Et rien n'est défendu jusqu'à l'extrême, puisque Jésus, quand on viendra pour le tuer, refusera de se défendre! ...
Oui, en allant jusqu'à la mort par amour de notre liberté, Jésus met fin au règne des commandements et des interdits.
"Tout est permis, mais tout n'est pas bon pour vous." Et c'est à chacun(e) de choisir, de déterminer librement les valeurs qui dirigeront sa vie. La Bible en propose quelques-unes, mais c'est nous qui disposons! La Bible propose et c’est toi qui disposes! "Tout est permis!" - Et c'est à nous de voir: comment ne pas faire de tort aux autres; comment vivre en harmonie avec la nature et les gens, le mieux possible.
Et là, le Nouveau Testament nous propose un critère: celui d'aimer. Mais attention: Jésus sait bien qu'on ne peut pas modifier nos sentiments! Quand on nous invite à aimer, dans la Bible, il faut le comprendre comme en Israël au temps du Christ: c'est-à-dire agir comme on agit avec celles et ceux qu'on aime.
Non pas les sentiments, mais les actes! Viser le bien des autres, les respecter. Favoriser leur croissance intérieure.
Evidemment, ce n'est pas toujours facile, loin de là! Par exemple, pour moi, ce matin: faut-il plutôt vous faire rire ou plutôt vous dire quelque chose d'utile? Et pour vous, demain: comment parler du Christ sans casser les pieds de celles ou ceux qui vous écouteront?
Il y a, ainsi, toute une vie à inventer! Toute une échelle des valeurs à créer! Sortir des morales, qui jamais ne correspondent à l'évangile, jamais! Sortir des morales, et construire une manière de vivre qui respecte: les autres; le monde; la nature; et soi-même (ce qui n’est pas toujours le plus facile)!
À vous, paroissiens et paroissiennes, amis et amies (où que vous habitiez, quelle que soit votre confession officielle), le Christ a un projet à vous proposer: c'est justement de construire cette nouvelle manière de vivre.
Vous pouvez le faire chacun pour vous, de votre côté. Mais ce sera certainement plus enrichissant de le vivre à plusieurs. L’Evangile vous invite donc à vous mettre ensemble, pour cela.
Comme le dit la devise de notre paroisse de Grandson: «Oser l’aventure d’être ensemble, offrir un repère, un lieu de ressources en Dieu, ouvert, où l’on se sent bien».
Je rêve d’une Eglise où des groupes d’adultes ou de jeunes se réuniraient pour essayer d’inventer de nouvelles manières d’être libres, les uns auprès des autres; et de rayonner; et de devenir toujours mieux artisans de la passion de Dieu pour le monde! Que ce soit sur Facebook ou bien en se rassemblant physiquement.
Depuis Ilhan jusqu’au plus âgé parmi nous, il y a là du pain sur la planche! Mes successeurs dans notre paroisse et mes collègues dans nos Eglises seront tout heureux de s’y mettre avec vous.
Allez, bonne chance! Que Dieu vous bénisse! Amen
Jean-Jacques Corbaz
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