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lundi 7 mars 2022

(Pr) Prédication du 7.3.22 - «Porter sa croix»

Lectures bibliques: Luc 9, 18-25; 2 Cor. 4, 6-9

  

Dans un journal de Montréal, j’ai lu ce texte de Pierre Foglia, qui m’a bien fait sourire :

Un plombier britannique compte traverser l’Atlantique à la rame…

La nouvelle a pu vous échapper, cachée qu’elle était dans un cahier éloigné du journal. C’est pourtant une nouvelle importante, une nouvelle qui nous dit que l’homme s’ennuie. Rien de moins.

Le dimanche matin, il lave sa voiture, mais que voulez-vous qu’il fasse d’autre le dimanche après-midi sinon traverser l’Atlantique à la rame ?

Dieu a créé l’homme pour le défi, pour le record, pour le parcours du combattant, pour le dépassement. Disons-le, Dieu a créé l’homme pour l’impossible. Or qu’est-il arrivé ? On l’a vu, l’homme, après avoir bien répondu à la volonté de Dieu au tout début, après s’être épuisé à frotter des pierres pour faire du feu, après avoir mené vaillamment quelques guerres de cent ans et gagné quelques trophées dans la boue… l’homme a inventé la serviette de plage, l’huile à bronzer, et il a aussi inventé les athlètes professionnels pour gagner des trophées dans la boue à sa place.

Mais le voilà maintenant qui s’ennuie, parce que ce n’est pas pour ça que Dieu l’a créé. Je vous l’ai dit, Dieu a créé l’homme pour le défi.

Attendez-vous donc à rencontrer de plus en plus de plombiers sur l’Atlantique. Et si par hasard l’écoulement de votre baignoire est bouché, prenez patience. Rappelez-vous qu’un plombier moyennement en forme met environ quatre mois pour traverser l’Atlantique à la rame !

(Pierre Foglia)
 


Donc, l’homme s’ennuie. On pourrait aussi diagnostiquer, sans doute, qu’il perd quelque chose d’essentiel pour sa vie, une valeur indispensable à son existence.

Jésus dit : « Si quelqu’un veut venir avec moi, qu’il cesse de penser à lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour et me suive. Car l’homme qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera. À quoi sert-il de gagner le monde entier, si on se perd soi-même ou qu’on va à sa ruine ? »

Ce trésor, cette seule vraie richesse, qu’est-ce que c’est ? On manque de mots pour les décrire. Notre vocabulaire humain n’est pas assez riche pour cela. Mais l’évangile nous dit qu’on ne peut les gagner que d’une seul façon : « porter sa croix ».

Et porter sa croix, nous croyons parfois bien savoir ce que ça signifie. Nos grands-parents le disaient volontiers pour qualifier une existence difficile, supportée vaillamment malgré tout. Subir des épreuves telles qu’une maladie, un handicap… élever un enfant pas comme les autres… être accablé d’un conjoint acariâtre… tout ça sans se révolter, bien sûr !
  
Evidemment, cela c’est une minuscule partie de « porter sa croix ». Mais l’essentiel nous a encore échappé : « Si quelqu’un veut venir avec moi, qu’il cesse de penser à lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour et me suive », dit Jésus.

Il y a trois mouvements qui se succèdent, dans ce verset, et qui sont inséparables :

(1) c’est d’abord « renoncer à soi-même », ou « cesser de penser à soi » ; c’est-à-dire ne plus se placer au centre de ses propres préoccupations. Et c’est sans doute le plus important : celui qui est centré sur sa propre personne finit toujours par tourner en rond, que ce soit dans son appartement ou sur l’océan, à la rame, le dimanche après-midi.

Cesser de penser à soi-même, et (2) porter sa croix. Cela chaque jour, précise encore l’évangile. Il s’agit donc d’un acte quotidien, et non lié à des épreuves particulières. Et ce mouvement n’est lié qu’à une seule épreuve : et c’est celle de Golgotha ! En effet, on ne peut comprendre ce verset sans lire celui qui le précède immédiatement, par lequel Jésus annonce sa mort et sa résurrection. Porter sa croix, c’est donner sa vie ! Et c’est pourquoi le verset qui vient juste après dit encore quasi la même chose : « Car l’homme qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera ».

Porter sa croix, en somme, c’est donc vivre à l’envers des valeurs du monde. C’est se détacher de toute richesse, de tout confort, de toute valeur matérielle ; se détacher même de sa vie ! – comme l’a fait Jésus à Vendredi saint. C’est aussi se détacher des images de réussite, de respectabilité, d’honneur ou de gloire humaine ; se décentrer de sa propre vie terrestre pour viser une vie nouvelle, une vie où la justice, le respect de l’autre et la paix sont plus importants que la puissance ou la fortune.

Mais attention, ne glissons pas sur une pente où de nombreux lecteurs de la Bible se sont encoublés ! Car s’il est clair que notre passage est très critique à l’égard du matérialisme, pourtant on le trahirait aussi en le claironnant, ce passage, comme une condition absolue pour être chrétien – ou pour être sauvé. Ce qui ne ferait que rejeter beaucoup de gens en les accablant de culpabilité. Vous le savez, Jésus est mort justement pour éviter ça ! Pour ne pas nous peser sur la tête !

De plus, vous aurez peut-être remarqué aussi le paradoxe d’un pasteur qui vous prêche « celui qui perdra sa vie la gagnera »… alors qu’il… gagne sa vie en faisant ça !!

Nous sommes tous empêtrés dans nos contradictions, dans ce qui nous empêche de parfaitement  suivre Jésus; et moi le premier, vous le voyez !

Alors, plutôt que d’entendre ce message comme une condamnation, essayons de le comprendre comme un appel à nous améliorer. Comme une description de ce qui nous reste à faire pour parvenir à vivre l’évangile ; à vivre au centre, à l’essentiel de la foi ! Suivre Jésus. (3) C’est le troisième mouvement.
  
Suivre Jésus, et nous laisser inspirer par sa manière d’être. Voilà l’invitation qui nous est donnée pour ce temps du Carême, ou de la Passion. Regarder autour de nous, le monde et les autres, comme des parcelles de ce trésor dont parle la lettre aux Corinthiens. Donner autour de nous un sourire, une main ouverte, une parole de courage ou d’amitié.

Si nous y parvenons, déjà un peu, alors « porter sa croix » n’aura plus la couleur d’une épreuve ; cela deviendra plutôt une expérience enrichissante, tissée de douceur et de lumière, de celles qui anticipent déjà la résurrection de Pâques !

Alors donc, lorsque vous vous ennuyez ; lorsque revient en vous l’envie de vous éclater, de vous lancer dans des défis spectaculaires ; de braver l’impossible ou traverser l’Atlantique à la rame, alors : ouvrez votre Bible à l’évangile selon Luc chapitre 9, verset 23, et dites-vous que le défi ultime, le record le plus fameux, c’est d’arriver à jouer avec Jésus au jeu de « qui perd gagne », soit de cesser de penser à soi, porter une croix qui soit du même bois que celle du Christ, et le suivre sur les chemins risqués d’un amour qui se donne sans calcul.

Cette vie-là sera pleine et belle, porteuse de sens pour nous comme pour les autres. Elle ne connaîtra pas l’ennui, et sera passionnante, dans tous les sens du terme ! Amen.


Jean-Jacques Corbaz 


 


jeudi 17 février 2022

(Ci, CF, Li) La réussite

La réussite...

La réussite c’est de s’être fait passer en dernier et d’y avoir trouvé plaisir.
La réussite c’est d’avoir eu le recul d’avoir pardonné et de s’en sentir délivré.
La réussite c’est contre vents et marées d’avoir pu ne pas tomber dans les pièges tendus de la vengeance et d’avoir trouvé la force ou la faiblesse d’aimer.
La réussite c’est d’avoir reçu moins ou plus qu’on a donné et de se sentir riche d’en être pauvre.
La réussite c’est une inversion des valeurs qui nous fait voir que ce qui est faible aux yeux du monde est fort à nos propres yeux.
La réussite c’est d’avoir pu transformer des montagnes en taupinières.
La réussite c’est de ne pas être tombé dans la tristesse mais d’avoir pu préserver la joie.
La réussite c’est d’accepter de perdre et de lâcher le premier pour gagner des sommets de lumière.
La réussite c’est de relancer sans cesse, encore et toujours la balle de l’amitié et de l’amour.
Car un jour tout disparaîtra, mais l’amour lui, ne disparaîtra jamais.

Guilhem Lavignotte, le 17 avril 2018

lundi 14 février 2022

(Pr, Co) Marie lui a fait découvrir l'amour

Pour la St-Valentin: l’histoire d’amour entre Marie et Jésus, vue par Marthe

Luc 10, 38 - 42

 

Je me suis souvent demandé comment Marthe avait vécu cette étonnante journée. Alors, grâce aux techniques modernes de communication, j’ai réussi à lui téléphoner pour lui poser la question. Voici ce qu’elle m’a raconté! 
 

Peinture de Patricia Diaz Lambert
 

Ce matin-là, je m’étais levée très excitée. J’avais mal dormi, mais je ne ressentais aucune fatigue; plutôt de l’impatience!

En effet, il n’arrive jamais rien dans notre village. Aucune célébrité n’y passe, ni spectacle ambulant. On n’y vit jamais de fête, ni d’événement spécial. On n’y voit rien que les mêmes gens, les mêmes visages, les mêmes histoires…

Ce matin-là donc, je m’étais levée très tôt, sans envie de flâner, sans me rendormir comme ça m’arrive souvent. Pourquoi? Parce qu’ils l’avaient annoncé hier, cet homme, ils avaient dit qu’il passerait avec ses disciples dans la journée, qu’il ferait halte dans notre village. Enfin!

Enfin quelqu'un qui aura quelque chose à dire, quelque chose à raconter. Il paraît qu’il raconte des histoires si simples et pourtant si belles, si parlantes. On dit qu’il connaît si bien les gens, qu’il parle si bien de la vie, qu’il fait du bien à tous ceux qui le rencontrent, au nom de Dieu.

Alors, je me suis levée, je me suis habillée; même si ce n’est pas shabbat, j’ai mis ma belle robe bleue, celle que je mets en principe ce jour-là uniquement, celle que j’ai faite moi-même avec beaucoup de soin… Je sais que la couleur me va bien, elle change de celle que je mets tous les jours, la brune qui est surtout pratique et pas salissante…

J’ai rentré les fruits que j’avais laissés dehors au frais, couverts par un tissu pour éviter que les insectes n’aillent dessus, j’ai pétri la farine et l’eau, préparé une pâte. J’y ai mis les fruits les plus beaux que j’étais allée cueillir la veille, et je me suis activée dans la cuisine pour préparer le meilleur repas possible.

La viande était belle, je l’ai bien assaisonnée et je l’ai mise à cuire. Ça sentait bon. L’odeur a réveillé ma sœur Marie qui est allée se mettre à la porte en guetteuse. Elle ne m’a pas aidée, occupée qu’elle était à attendre que le prophète et ses disciples arrivent au village.

Pendant que la viande cuisait, j’ai donné un bon coup de balai, et j’ai nettoyé à grandes eaux pour que la maison brille. Je suis sortie et j’ai cueilli quelques fleurs pour que la table soit plus jolie et que le parfum embaume l’air de la maison.

Une fois mes efforts récompensés par la beauté de notre habitation et la bonne odeur qui se dégageait, je me suis recoiffée, ne laissant aucune mèche dépasser de mon chignon. Au contraire de toi, Jean-Jacques, a-t-elle précisé d’un ton moqueur, toi qui a toujours les cheveux mal peignés!

Enfin, je me suis assise, mais pas longtemps, car l’excitation m’empêchait de rester calme. Marie ne me parlait toujours pas, elle restait à la porte comme si je n’étais pas là, comme si je n’existais pas, comme si je ne comptais pas, comme si ce que j’avais fait n’était rien.

Elle ne bougeait pas, restait assise, calme en apparence. Mais moi qui la connais bien, je sais qu’elle était tendue, son cou raide d’être tourné toujours dans la même direction.

Tout à coup, je l’ai vue bouger. Elle s’est levée brusquement, les joues rosies par l’émotion qui semblait la gagner. Je n’ai pas eu besoin de regarder dehors, j’ai su qu’ils arrivaient, lui et ses disciples, j’ai su… et mon cœur s’est mis à palpiter, à tressauter, je me suis sentie défaillir. Mon rôti serait-il assez bon? La sauce assez épicée? Ma robe assez belle? Mes cheveux assez soignés? La maison assez accueillante?

Je ne sais pas très bien comment j’ai réussi à sortir de chez nous pour aller à la rencontre de la petite troupe, je ne sais pas quelle force m’a soutenue pour aller    lui proposer de venir chez nous pour se restaurer. Toujours est-il qu’il est entré, qu’il s’est installé et qu’il s’est mis à parler. Marie s’est assise à ses pieds, subjuguée par ses paroles.
 

Peinture de Patricia Diaz Lambert
 
J’ai dû retourner à mon fourneau. Mais est-ce que ça n’était pas injuste que je prépare tout et que je ne puisse pas profiter de mon hôte? Est-ce que ça n’était pas injuste que je doive tendre l’oreille pour percevoir un ou deux mots?

Marie n’avait rien fait, elle agissait comme si je n’existais pas. Et il lui parlait à elle qui ne s’était pas donné de soin particulier, qui avait mis sa robe de tous les jours et qui allait pieds nus. À elle qui ne l’avait pas invité, qui n’avait rien préparé de bon et qui attendait le repas comme si j’étais sa servante…

J’ai senti la colère monter en moi. J’ai essayé de me calmer, de rester concentrée sur l’arrosage de la viande, de chercher à entendre quelques bribes de ce qui se disait dans la pièce principale, mais je n’ai rien pu comprendre… Ma colère est encore montée,  je sentais que je ne pourrais plus la contenir longtemps. J’ai tenté d’appeler ma sœur, pour qu’elle vienne au moins m’aider à porter la nourriture, pour qu’elle m’aide au moins une fois dans la journée et que je puisse aller m’asseoir aux côtés de cet homme; mais elle n’a pas répondu, je ne suis même pas sûre qu’elle m’ait seulement entendue. J’ai donc interpelé Jésus en lui disant: «Seigneur, ça ne te fait rien que ma sœur me laisse seule pour accomplir tout le travail? Dis-lui de m'aider!»
 
Peinture de Patricia Diaz Lambert
Enfin, il m’a regardée. Il s’est levé et s’est approché de moi. Il m’a parlé de Sara, qui avait improvisé un repas pour des inconnus sans se soucier à l’avance de qui viendrait à la porte de sa maison; sans faire de choses particulières pour certains et rien pour les autres. De Sara qui priait calmement et qui œuvrait dans l’ombre sans se soucier de recevoir les lauriers. De Sara enfin qui avait reçu ce dont elle rêvait parce qu’elle avait su rester humble. Il me dit: «Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses, mais une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas enlevée.»

Alors j’ai compris que j’en avais fait trop. Qu’importe la jolie robe, les cheveux bien mis. Qu’importe la qualité de la viande ou la beauté des fruits. Qu’importe la maison reluisante et le bouquet de fleurs. Qu’importe…

Non, ce qui importait, c’était le message de Dieu, son enseignement donné par Jésus. L’important, c’était de savoir l’amour de notre Père à tous, la grâce qu’il nous faisait en nous envoyant celui que les prophètes avaient annoncé. Son message de paix et de calme espérance.

Alors j’ai posé mon repas sur la table, sans plus m’en soucier. Je me suis assise et je l’ai écouté. Mais dans mon cœur résonnaient les paroles qu’il m’avait adressées. J’ai senti un sourire poindre sur mes lèvres, le premier de la journée. Je me suis enfin détendue; et j’ai ressenti le même trouble que ma sœur avait eu en le voyant apparaître au loin.

J’ai compris la chance que j’avais de pouvoir connaître cet homme.
Amen
 
Peinture de Patricia Diaz Lambert



auteur (auteure?) inconnu.e  - à peine réécrite par JJ Corbaz  





jeudi 27 janvier 2022

(Bi) Le vilain petit

Toutes choses nouvelles

Simone se sent nulle et moche.
Ernestine souffre de ne pas se sentir à la hauteur de ce qu’elle aimerait être.
Joseph supporte mal la pression de son boulot, et fuit dans l’alcool. Il a terriblement honte de cela, et cette honte tend à le faire fuir encore davantage.
Coline se fait une montagne de tout ce qu’elle a négligé pendant des mois. Et elle procrastine d’autant plus.
Ivan sait bien qu’il vivrait mieux s’il arrêtait de fumer. Il a essayé si souvent, et si souvent replongé. Ses essoufflements à la montée, il les entend comme des reproches.

Et puis, il y a vous, qui me lisez, et qui connaissez bien ce sentiment d’être humilié.e par votre propre corps ; par vos limites ; par vos fatigues, votre santé, vos faiblesses…

Lorsque nous nous sentons, comme dans le conte, des vilains petits canards, réécoutons la chanson : « Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera cygne un jour » (« Les trois cloches », de Jean-Villard-Gilles) avec un clin d’œil à ma faute d’orthographe !


Le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse, lui fait dire (à Dieu, pas à Gilles !) : « Voici ! Je fais toutes choses nouvelles. »

Relève la tête ! Tu es son enfant passionnaimé.




Jean-Jacques Corbaz, pasteur  


vendredi 21 janvier 2022

(Bi, Re) De droite à gauche?

Une semaine pour apprendre à Les respecter


Un fabriquant américain voulait promouvoir son produit de lessive dans le monde arabe en utilisant la fameuse formule avant / après. L'annonce montrait à gauche une pile de linge sale, au milieu un bac de lavage, et à droite une pile de linge propre.
Ce n'est qu'après la parution qu'on réalisa que les Arabes lisaient de droite à gauche...

Nos grands-parents disaient : « L’enfer est pavé de bonnes intentions ».

Mais quelle peine nous avons à nous rendre compte que les autres sont différents de nous ! Et quelle entreprise impossible, que de s’approcher de ces autres avec intérêt… avec respect… avec le regard de celui qui découvre un trésor !


Or c’est ainsi que Dieu agit, pour nous. De Noël à Pâques, et au-delà, il vient parler nos langages humains précaires et balbutiants. Pour les ouvrir à l’infini de sa tendresse compréhensive. Il habite notre temps pour en faire toujours mieux un espace de vie... de paix... de lumière!

En cette Semaine de Prière pour l’Unité des chrétiens, réussirons-nous à le suivre, enfin déjà un tout petit peu ?

Un monde meilleur, ce n’est pas une utopie : c’est une promesse pour aujourd’hui, si je l’accepte.


Jean-Jacques Corbaz

 

lundi 17 janvier 2022

(Pr) « Touche pas à ma vérité ! »

 

Prédication du 17 janvier 2022   -   « Donne-moi de ton eau! »

Lecture: Jean 4, 3-15


Dans un petit pays au bord d’un lac vivaient deux confessions différentes: les protoliques et les cathestants. Ces deux groupes s’étaient abondamment fait la guerre; mais, avec le temps et l’âge, la sagesse les avait quelque peu calmés. Oh, pas d’enthousiasme fraternel, non, mais une sorte de tolérance polie, un petit air qui semblait dire qu’on se supportait, c’était déjà ça!

Chez les protoliques, on s’inquiétait de voir moins de monde qu’autrefois à l’église. Et chez les cathestants, on souffrait du même mal. Mais on continuait bravement à rassembler les rares fidèles, sans imaginer mettre un peu les forces en commun...

C’est ainsi qu’un jour, deux dames protoliques évoquaient la désaffection de leurs cultes, avec tristesse. “Mais, ajouta l’une d’elles, mais Dieu soit loué: chez les cathestants, c’est encore pire!”



Laissons là notre pays imaginaire, mes amis. Et demandons-nous pourquoi, chez nous, ici, dans nos Eglises, nous lui ressemblons encore trop souvent... Pourquoi nous éprouvons une peine du diable (et je pèse mes mots!), une peine du diable à rechercher ensemble la Vérité au lieu d’imaginer l’avoir déjà trouvée toute pure, rien que nous?

Répondre à cette question pourrait nous mobiliser de longues heures. Dans le cadre de cette célébration, j’aimerais relever déjà quatre éléments de réponse, quatre pistes qui peut-être pourraient former un chemin, qui sait?

Premier élément: C’est comme une fois, y avait Ouin-Ouin qui se disputait avec sa femme. Le ton monte, la colère chauffe. Comment va-t-on s’en sortir? Finalement, Ouin-Ouin décide de faire la concession. “Ecoute, d’accord, je me suis trompé. Tu avais raison”. “Trop tard, coupe Mme Ouin-Ouin, moi aussi, j’ai changé d’avis maintenant”!

Parfois, il est plus facile de s’opposer que d’entrer en dialogue vrai, parce qu’alors ça implique d’écouter l’autre, et d’être également attentif à mes propres erreurs possibles.
  

Deuxième élément: la vérité n’est pas un bloc de pierre, immuable. Elle est multiple, changeante, mobile. La vérité varie selon le lieu ou l’époque. Et nous, nous sommes trop limités pour en percevoir toutes les nuances. Je vous le dis, “il en va de la vérité comme d’un grand miroir brisé en mille miettes. Chaque fois que quelqu’un en découvre un fragment, il proclame: “J’ai trouvé la vérité”!

La vérité n’est pas un savoir qu’on puisse posséder; non, c’est une personne, le Christ, qui nous accompagne.

Troisième piste: «Donne-moi à boire». C’est une demande que font tous les êtres humains. Or Dieu est capable lui aussi de nous dire en Jésus: «Donne-moi à boire»; alors que, vous le savez, les juifs et les Samaritains se détestaient à l’époque davantage encore que les protoliques et les cathestants! Et ce Dieu qui vient à notre rencontre, bien sûr il est en même temps celui qui propose l’eau vive: «L’eau que je donnerai deviendra en vous une source jaillissant en vie éternelle».

Vous voyez, la rencontre entre Jésus et la Samaritaine nous invite à goûter l’eau d’un puits différent de celui auquel nous sommes habitués; et elle nous invite à en proposer du nôtre. La diversité nous enrichit les uns les autres. La Semaine de prière pour l’unité chrétienne, qui commence demain, c’est un moment privilégié pour nous rencontrer, et dialoguer. C’est une occasion de reconnaître la richesse et la valeur du puits de l’autre, celui qui est différent.

Il y a au Brésil un proverbe qu’on cite chaque fois qu’on reçoit un visiteur: «Celui qui boit de cette eau y reviendra sans cesse». Offrir un verre d’eau, ou un café, ou une boisson typiquement brésilienne, comme le chimarrão ou le téreré, eh bien c’est une tradition qui manifeste la volonté d’accueillir et de dialoguer avec l’autre. De créer une relation qui dure. Dans toutes les régions du Brésil, on continue de répéter le geste biblique qui consiste à offrir à boire à celui qui arrive, en signe de bienvenue, de partage et de lien à tisser.
  
Quatrième piste: L’évangile de ce matin le souligne, pour pouvoir dialoguer sans percevoir l’autre comme une menace, il est important que chacun connaisse et comprenne suffisamment sa propre identité. Si nous nous sentons à l’aise avec notre culture au sens large, alors nous pourrons expérimenter l’autre comme étant complémentaire et lui dire simplement «donne-moi à boire de ton eau».

Dans notre passage, Jésus est un étranger qui arrive fatigué et assoiffé. Il a besoin d’aide. La femme, elle, est sur son territoire; le puits est celui de son peuple et de sa tradition. C’est à elle qu’appartient le seau et c’est donc elle qui peut accéder à l’eau. Mais elle a soif, elle aussi, d’autre chose. Ils se rencontrent, et chacun bénéficie de la richesse de l’autre. Jésus ne cesse pas d’être juif pour avoir bu l’eau de la Samaritaine. Et celle-ci ne renie pas ses traditions en écoutant le Christ.

Notre fameux «donne-moi à boire» nous dit ainsi que Jésus et la Samaritaine se demandent l’un à l’autre ce dont ils ont besoin. En prononçant ces quatre petits mots, nous reconnaissons que les personnes et les communautés dans leur diversité ont besoin les unes des autres; et les cultures, et les religions et les populations, si diverses.

Oui, Samaritains et juifs, réformés et catholiques, nous avons besoin les uns des autres pour vivre notre mission de croyants. Nous avons besoin de dialogue vrai et de lucidité, sur les autres et sur nous-mêmes; et de beaucoup, beaucoup d’amour dans le regard.

Puisse l’Esprit de Dieu nous pousser en avant, nous protoliques et cathestants, euh réformés et catholiques d’ici; qu’il nous donne soif de boire au puits de l’autre!


Vous savez, le vrai scandale, aujourd’hui, ce n’est pas la division des chrétiens; mais c’est l’intolérance et le fanatisme religieux. Le vrai scandale, c’est de cultiver les préjugés et refuser le dialogue.

J’ai trouvé sous la plume d’un certain Jacques Baudet ces lignes que je vous laisse méditer: « La division des chrétiens, comme d’ailleurs tout ce qui divise les humains, est un grand malheur. Le malheur ne tient pas au fait que nous ne parvenions pas à penser et croire les mêmes choses; mais que, différents de foi et de pensée, nous ne soyons pas capables de vivre fraternellement. Voilà le scandale.
On ne pourra pas dire, Là-Haut: “On ne s’aimait pas, mon Dieu, pour des motifs religieux”. Il vaudrait mieux pouvoir affirmer: “On ne pensait pas la même chose, Seigneur, mais à cause de toi, on s’aimait”. »

Amen                                                       


Jean-Jacques Corbaz     


jeudi 13 janvier 2022

(Bi, Re) Sans nous, Il ne peut rien !

Davantage encore que le CoVid, l’année qui vient de s’achever aura été marquée par deux phénomènes, qui sont d’ailleurs liés : la peur et l’intolérance.

Peur d’attraper le virus, bien sûr. Peur aussi de le transmettre, pour celles et ceux qui sont responsables. Peur de voir ses proches gravement atteints. Peur de voir son commerce (ou son établissement, ou ses finances, ou tout ce que vous voulez…) chavirer sous le poids des contagions.

Et cette crispation entraîne logiquement une énorme intolérance. Je souffre de lire tant d’avis tranchés, retranchés, barricadés derrière des certitudes récitées comme des articles de foi. Trop de personnes ne cherchent plus à écouter l’autre, à s’enrichir de ses arguments, qui permettraient de construire une pensée plus nuancée, et donc plus proche de la vérité. Comme autrefois en matière de religion, et plus récemment dans le domaine de la politique (je pense notamment aux débats télévisés en France), on ne cherche qu’à asséner nos croyances, et à démolir celles des autres. On n’argumente plus, on invective.

À Noël, nous avons fêté le Prince de la paix. Le Premier des pacifiés. Celui qui a risqué sa vie pour nous entraîner, derrière lui, sur des chemins de dialogue vrai, de regard bienveillant sur autrui ; de fraternité, quoi. Et qui y a laissé sa peau, rejeté par l’intolérance (déjà !) et les esprits fermés de son temps.

Je sais qu’il souffre de ne pas pouvoir mieux décrisper nos poings pour en faire des mains ouvertes. Seul, il ne peut rien; il a besoin de notre bonne volonté.

Joli défi pour 2022, non ?!




Jean-Jacques Corbaz, pasteur  


vendredi 24 décembre 2021

(Pr) Prédication du 24.12.21, 16h - “Atterrissage à risque”

Lectures bibliques: Esaïe 9, 1-6 ;  Luc 2, 1-14   (Jean 1, 6-9 + 14; Matthieu 2, 1-12)


J: Noël est une fête de haut en bas: c’est le ciel qui descend sur la terre! Cette nuit, nous célébrons Dieu qui a choisi de quitter ses hauteurs bienheureuses pour venir chez nous. À notre niveau. Dieu qui atterrit parmi nous.

G: Dieu atterrit, et aussi: Dieu amerrit!

J: Dieu amerrit, et Dieu apèrit!

G: Comment ça, Dieu apèrit??? Qu’est-ce que ça veut dire?

J: Eh bien, quand Dieu amerrit, cela veut dire qu’il se pose sur une mer. Ou: sur une mère. S’il apèrit, cela signifie qu’il se pose aussi sur un père.

G: Ah! Moi, j’avais entendu: Dieu, a, péri, en trois mots: Dieu est mort.

J: Mais oui! Car c’est bien là le sens de Noël. L’incarnation veut nous dire, sur la croix, cette parole d’amour, la plus belle qui soit: Dieu vient nous habiter. Au risque d’y laisser sa vie.

G: Donc attention:

J:  Atterrissage dangereux! 

G: Atterrissage pas sage!

J: Et: atterrissage “passage”! Cet évènement nous entraîne, à notre tour, sur des chemins neufs. Un peu comme la Pâque d’Israël, traversée de la Mer des Roseaux, qui conduit vers une toute nouvelle vie de foi et d’espoir!

(bref silence, ~ 3 secondes)

G: En se posant sur les mères...

J: - et sur les pères!

G: ...Dieu nous donne la vie autrement! Il nous donne une vie risquée, fragile, aventureuse. Une vie où la Lumière parfaite du Ciel passe par nos minuscules fenêtres humaines...

J: ...nos carreaux défraîchis!

G: Davantage vitrages que vitraux!

J: Ou... nos meurtrières!

G: En se posant sur les mères, Dieu nous prend comme partenaires de sa création: il pro-crée avec nous! Il prolonge sa création en s’associant aux nôtres.

J: À sa place, je ne sais pas si j’aurais osé...

G: En effet: dès la naissance du Christ, la violence est au rendez-vous; les ratés se multiplient; les échecs se dessinent: souvenez-vous du massacre des Innocents par Hérode,
  
Le Massacre des Innocents, Art Painting by Nicolas Poussin


J: ...de l’hostilité de tant de contemporains de Jésus, qu’ils soient Juifs ou Romains...

G: ...comme pour nous dire que la crèche et la croix sont faites du même bois.

J: Quel contraste, dites, avec les Noëls de nos rêves: paisibles...

G: ...tendres et doux...

J: Quel contraste aussi avec nos cadeaux, nos repas, nos rites... Nos voeux... Tout y est si prévisible et sûr!

G: Mais il ne s’agit pas de nous culpabiliser que notre vie soit empreinte de trop de sécurité!?!

J: Au contraire, je crois que ce contraste est bien à l’image de celui de la Nativité, ce Dieu qui transcende notre épaisseur humaine! Ce Dieu qui naît dans les marges de l’histoire, sous un petit dictateur sanguinaire, dans un pays colonisé en fièvre de libération. C’est toujours la collision entre le Ciel et la terre, entre deux mondes apparemment incompatibles, qui détonnent l’un face à l’autre. Deux réalités que tout oppose, mais qui pourtant parviendront à se croiser,

G: À s’entre-féconder,

J: À se métisser l’une l’autre,

G: À s’enrichir chacune des possible de l’autre,

J: À se tendre des passerelles,

G: Pour que le Ciel touche la Terre, et les humains qui y espèrent.

 
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  (bref silence, ~ 3 secondes)


J: Dieu atterrit, et amerrit, au plus profond de nos contradictions; de nos égoïsmes; de nos peurs; de nos hostilités...

G: Au plus profond de nos inhumanités.

J: Et là, en arrivant, celui que nous appelons le Tout-Puissant ne bouleverse rien, pourtant. En apparence, en tout cas; il se fond dans notre décor. Il se coule dans notre réalité. Un homme parmi les hommes. Un démuni au milieu des démunis.

G: Sa naissance est au fond l’indicatif de ce que sera toute sa vie. Né au cours d’un déplacement forcé... indésirable à l’hôtellerie...

J: ... Accueilli finalement dans une mangeoire pour animaux...

G: Sa vie durant, il n’aura pas d’endroit où reposer sa tête. Pareil aux nomades, ses ancêtres, il vivra continuellement dans le provisoire, sans sécurité...

J: Sans sécurité autre que celle du Ciel, la seule que personne ne pouvait lui enlever.

G: Il avancera toujours, comme pour nous dire que notre quotidien, si banal qu’il paraisse, est à chaque fois un chemin qui conduit vers Dieu.

J: ... Une porte qui ouvre sur l’inespéré.

G: Car c’est ce quotidien-là qu’il est venu sauver.

J: Celui des plus faibles, des sans-grade,

G: ... Celui des perdants.
 
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J: Voyez les bergers: des hommes à qui n’appartiennent ni les troupeaux ni les terres... eh bien, ce sont eux les premiers informés de la Grande Nouvelle qui va tout changer pour tous!

G: L’enfant de Noël, c’est finalement  vous, c’est moi; c’est chaque être humain qui lève les yeux vers le ciel, et se rend compte que sa vie a mille autres dimensions que celles où il s’enferre parfois.

J: Nous en avons tous besoin: une trouée de lumière dans notre nuit. Une bouffée d’espérance dans ce monde impitoyable pour les petits.

G: Nous en avons tous besoin: nous avons si peu de prise sur la grande histoire qui se joue sans nous.

J: Nous avons si peu de prise sur les événements qui pourtant déterminent notre vie.

G: Ballottés, tirés à hue et à dia...

J: Impuissants, trop souvent; subissant...

G: Mais Jésus, lui aussi, a vécu cela. Exactement cela. C’étaient les autres qui tiraient les ficelles,

J: En apparence.

G: C’étaient les autres qui tissaient les toiles pour l’attraper,

J: En apparence.

G: C’étaient les autres qui faisaient jouer leur propre intérêt,

J: En apparence.

G: Et puis, peu à peu, s’est révélé l’incroyable: par tous ces petits riens, ces mains ouvertes au quotidien, parce qu’il s’est donné tout entier, sans jamais calculer, eh bien, l’univers a basculé. La victoire a changé de côté. Celui que tous croyaient perdu, fichu...

J: En apparence,
 
G: Eh bien, c’est lui le gagnant, le triomphant.
  
J: Et, plus encore, plus fort encore, il arrive à partager sa victoire avec tous...

G: Avec nous tous!

J: Chacune, chacun, nous bénéficions de ses lauriers. Au bout du compte, il n’y aura que la mort qui se retrouvera pomme avec le bour!

(bref silence, ~ 2 secondes)

G: Alors, amis de ce monde, gardons courage!

 J: Redressons la tête!

G: Ayons confiance!

J: Puisque l’enfant de Noël, c’est  vous, c’est moi; c’est chaque être humain qui lève les yeux vers le ciel,

G: Alors, de tous nos souffles imperceptibles,  

J: De toutes nos mains ouvertes au quotidien,

G: Quand nous parvenons à donner sans calcul, nous permettons à Dieu de régner sur cette terre.

J: Nous pouvons faire de cette vie un cadeau de Noël.

G: Sachons-le: rien n’est petit, mesquin, insignifiant dans notre humanité. Car ce sont ces petits gestes,

J: En apparence,

G: Ce sont ces petits gestes qui rendent le monde moins inhumain... Qui le transforment et qui le sauvent.

J: Dites: et si, en percevant notre rayonnement, les autres pouvaient sentir un peu de Dieu qui passe? ... Qui ... atterrit...

G: Ne croyez-vous pas qu’ils diraient “merci”?

J: Amen !

     

Jean-Jacques Corbaz
  

jeudi 23 décembre 2021

(Hu, Bi, Ré) Noël ne s'intéresse pas

Dessin: Trinco

Vous connaissez peut-être déjà cette anecdote: à la porte de l'église, M. le pasteur a placé une affichette qui dit:
"Pour tous ceux qui ont des enfants et qui ne le savent pas encore, il y a une garderie pendant le culte"!

Eh bien, je me dis que, pour Noël, c'est exactement le contraire!

Car Noël ne s'intéresse pas à ceux qui ont des enfants et qui ne le savent pas encore; au contraire!
Noël s'intéresse à Celui qui a un enfant,
- et qui le sait,
- et qui voudrait tant que nous le sachions avec Lui,
- et qui n'a qu'un désir, c'est de partager sa joie avec nous!

Davantage même: Noël nous dit que Dieu a un enfant, et que ce bien aimé, c'est chacun(e) de nous,
- même si nous ne le savons pas encore!

Et puis, Noël nous dit enfin que Dieu ne veut pas mettre les plus petits à l'écart, dans la garderie.
Non, Il souhaite nous rassembler, toutes et tous, autour de lui, pour la fête.
Pas à la garderie, mais à la crèche!

Jean-Jacques Corbaz


lundi 6 décembre 2021

(Pr) Se laisser arbitrer, dit Michée. Ça fait fondre!

 Prédication du 6 décembre 2021   Le «chemin nouveau» de Dieu

Lectures bibliques: Michée 4, 1-5; Apocalypse 21, 1-6; Jean 8, 3-12


Dans quatre jours, le 10 décembre, c’est la journée mondiale des droits humains. Et à cette occasion, nous sommes invités à réfléchir, à prier, et même à agir en faveur de personnes victimes de graves violations de ces droits. Donc à devenir, aujourd’hui, des saint Nicolas pour tant de ces gens emprisonnés, voire torturés de manière arbitraire dans notre monde où règnent tant d’injustices.

Des récits de personnes humiliées, dont on ne respecte pas les droits élémentaires, j’en ai entendu des milliers. Vous aussi, sans doute. Ça nous fait mal d’en prendre connaissance. Assez! Suffit!
  

Parfois donc, pour nous protéger, nous nous bouchons les oreilles. Nous refusons de voir la réalité, tant elle est insoutenable. Nous fuyons. C’est quand même plus agréable de regarder «Qui veut gagner des millions»!

Si vous agissez ainsi, ne vous sentez pas coupables! C’est NORMAL! C’est humain de fermer les yeux, quand le monde autour de nous est trop injuste. Et surtout, quand en même temps nous nous sentons impuissants à le changer. Normal.

Quand nous éprouvons ces sentiments, Dieu nous propose un chemin. - Attention, je n’ai pas dit une baguette magique! Un chemin: «Venez, montons à la montagne du Seigneur, il nous montrera ses chemins, et nous marcherons sur ses routes».

Il y aura des pas à faire, et encore des pas. Un long cheminement. Comme un apprentissage; ou un pèlerinage; ou une exploration.
 

Cette marche que Dieu nous propose aura, pour nous, trois caractéristiques, que je voudrais développer brièvement:

1) D’abord, la logique de ce chemin est une logique d’arbitrage. D’arbitrage et pas de force: «Il sera juge, il arbitrera les peuples», dit Michée. Et vous vous souvenez peut-être de ce que nous disions du juge lors du culte du mois dernier.

Dieu rendra la justice de manière bienveillante et non-violente. On pense à Salomon, bien sûr, mais surtout à Jésus dans l’épisode de la femme adultère que nous avons entendu tout-à-l’heure. Une manière pacifique de régler les conflits, en évitant du mieux possible qu’il y ait des perdants. Une justice subordonnée à l’amour, en somme, et au pardon! Un arbitrage de paix.


2) Seconde balise sur le chemin où Dieu nous appelle: celle de la promesse. D’une promesse folle, où la paix règnera de manière parfaite, selon cette belle image: «Ils feront fondre leurs épées et leurs lances pour en forger des charrues et des faucilles». C’est-à-dire que l’humanité quittera les activités guerrières pour se tourner vers des activités nourricières; bienfaisantes; guérissantes!

Certains diront: «Foutaises! C’est impossible!». Mais si vous êtes venus ce matin pour vivre ce culte, j’imagine que ce n’est pas votre cas!

D’autres nuanceront: «C’est une promesse qui se réalisera à la fin des temps, et que nous espérons. Ce n’est pas pour ce monde-ci!»

Pour moi, cette espérance a surtout valeur de mise en confiance. Ici-bas. Elle veut me donner du courage pour résister à ce monde si rempli d’injustices. Elle est destinée à me stimuler pour rester solide et debout, dans la tourmente. Comme des vitamines pour passer l’hiver!

Donc, pas seulement «Tiens bon, et attends que ça passe». Mais aussi: «Lutte de toutes tes forces contre ces microbes de violence, d’écrasement et d’humiliations. C’est à toi de te battre contre ces virus porteurs de mort, et de haine. Et si tu luttes, tu verras alors que, bien avant toi, Dieu luttait déjà!»
 
3) Troisième repère sur notre chemin: je dirais: le respect des autres. Je suis étonné que ce passage ne se termine pas par quelque chose comme «Et tous se convertiront au Seigneur». Non, chacun.e va marcher, à son pas, selon ses valeurs humaines (qui sont toutes relatives et provisoires)!

Tous viennent vers Dieu pour se laisser arbitrer, et conduire vers la paix. Pas de conquête, personne ici-bas ne possède la Vérité absolue! Belle parole oecuménique pour cheminer vers Noël avec toute la Terre, ne pensez-vous pas?

D’ailleurs, ce superbe passage ne se trouve pas à la fin du livre de Michée. Pourtant, cela aurait été si beau, de terminer par cette vison de paix mondiale!

Or justement, ce n’est pas le dernier mot, comme la solution finale à tous nos problèmes. Non, quand je marche, je dois savoir que je rencontrerai encore des obstacles; que parfois, la violence et l’injustice reprendront le dessus, près de moi; et même en moi, bien sûr! Michée lui aussi aura encore des mots guerriers après ces paroles magnifiques d’espérance… et euh, nous aussi!
  

Avent de l’année 2021. Dieu vient. Ses promesses nous sont adressées, à nous aussi, face à notre monde mal fichu. Chaque fois que nous disons une parole qui reflète celles de Dieu; chaque fois que nous accomplissons un geste qui prolonge ceux du Christ, eh bien nous aidons les humains à mieux vivre la réconciliation offerte à Noël. Nous contribuons à éclairer un peu mieux la nuit. Nous réchauffons l’hiver, à notre mesure. Et donc, nous aidons les autres à le faire, eux aussi.

Bâtisseurs de l’amour de Dieu, nous agrandissons l’abri qu’il propose aux blessé.e.s de la vie.

Alors, bonne route! Ou: bon chemin! Amen


Jean-Jacques Corbaz  



lundi 8 novembre 2021

Nous serons jugés. Mais c'est une bonne nouvelle!

Prédication du 8 novembre 2021   Le «jugement» de Dieu

Lectures bibliques: Romains 3, 21-24; Jean 3, 16-17; Luc 7, 1-10


Nous serons tous jugés, dit le Nouveau Testament (NT). Dieu nous jugera.

Pour beaucoup de gens, cette proclamation est difficile à entendre. Puisque le Père céleste est amour, et pardon… comment peut-il nous juger? Cette image du tribunal n’est-elle pas périmée, est-ce qu’elle ne dépend pas surtout des représentations que les gens avaient il y a 2000 ans?

D’autres réagissent différemment. On en voit qui utilisent le jugement de Dieu comme une menace, pour effrayer et faire obéir. Ou alors, dans un système de pensée où il y a les bons d’un côté et les mauvais de l’autre (et où, comme par hasard, celui qui parle fait toujours partie des bons!).

Il a a encore une troisième difficulté. Elle vient du fait que nous n’aimons pas beaucoup être jugés (ou jaugés). Ainsi, lors d’un examen, bien des gens perdent une partie de leurs moyens. Le seul fait de savoir qu’on va nous interroger, nous examiner, nous noter: cela nous rend nerveux et nous angoisse. Alors, quand c’est Dieu, vous pensez!!
 


Pour l’apôtre Paul, si nous sommes jugés, c’est par Jésus Christ. Par quelqu’un donc qui est Dieu, mais qui est aussi pleinement homme! Quelqu’un qui est né dans le dénuement des plus petits; qui a annoncé la proximité du Père pour les faibles et les souffrants; qui s’est approché avec amour des malades; qui a rendu leur dignité à ceux qui étaient méprisés; pardonné aux pécheurs… tout cela au nom de son Dieu.

C’est lui aussi qui a été livré à la violence des hommes; abandonné par ses amis; lui qui s’est retrouvé seul; qui a eu peur de la mort; et qui a été crucifié parce que les gens pensaient que Dieu ne pouvait pas avoir son visage: il était trop proche; pas assez céleste.

Pourtant c’est lui enfin que Dieu a relevé du tombeau; trois jours après sa mort, il est entré dans une vie nouvelle, rayonnante, lumineuse. Pour dire à tous que c’est bel et bien ainsi que Dieu veut être compris: proche et bienveillant; amical et bienfaisant; voulant le rétablissement et la «remise debout» de chacun(e). Ici déjà.
  
Si c’est lui notre juge, alors n’est-ce pas un signe clair que nous n’avons pas à craindre d’être jugés? N’est-ce pas un appel à regarder au «jugement» avec la confiance des enfants qui sont sûrs que leur Père ne peut pas vivre autre chose que le pardon et la tendresse?

Puisqu’il nous jugera par Jésus Christ, Dieu ne fera pas autre chose que ce qu’il a toujours fait. Le jugement divin sera comme la mise en lumière de tout ce qui, en nous, est bon, juste et vrai. «Qu’est-ce qui, dans ta vie, balisait un chemin vers plus de proximité avec Dieu? donc avec les autres? et par conséquent aussi avec   toi-même?» «Ce que tu as fait, ce que tu as dit, que tu as pensé, tout cela a-t-il contribué à te faire grandir, à te remettre debout? à faire grandir ou guérir les autres?»

Vous savez, les écrits du NT sont forcément marqués par les images en vogue en ce temps-là. Pour l’apôtre Paul, une des représentations religieuses les plus fortes vient du judaïsme pharisien dans lequel il a été élevé, et qui l’a fortement influencé. Je veux parler du juridisme, c’est-à-dire des catégories du droit et de la justice.

Vous l’avez deviné, le grand thème du jugement vient de là. Ce thème est important non seulement chez Paul, mais aussi dans les évangiles, et, bien sûr dans l’Ancien Testament (AT).

Pourtant, ce n’est de loin pas la seule famille d’images pour décrire Dieu et sa relation avec nous. Il y a les images autour de la guérison; celles autour de la libération; celles des sacrifices, bien sûr; celles sur le grand registre de l’amour; celles sur parler et écouter…

Par conséquent, on ne peut pas restreindre nos rapports avec Dieu à l’image juridique de la loi et du jugement. Il faut une variété d’images différents pour dire le mieux possible un Dieu si grand et si complexe! De même qu’il faut une grande série de photos prises depuis divers endroits pour essayer de représenter une montagne!

On ne peut pas restreindre nos rapports avec Dieu à l’image juridique de la loi et du jugement. Notre religion, c’est-à-dire notre relation à Dieu, n’est pas uniquement réglée par une loi! Elle est vivante, elle bat dans notre coeur. Pour exprimer notre rapport au Divin, je me dis parfois que les catégories juridiques sont aussi peu essentielles que les dispositions légales à propos du mariage le sont pour évoquer l’amour dans un couple!
  
Il y a une autre famille d’images à propos de Dieu dont il faut parler: c’est celle du salut. Cette catégorie vient du domaine de la santé: être sauvé, c’est pouvoir vivre encore, en étant délivré, délié, de ce qui nous entravait. Dieu rétablit notre santé spirituelle. Comme un médecin. Et les nombreuses guérisons accomplies par Jésus montrent l’importance de ce thème.

Alors, pensons au rôle du médecin, pour nous: nous lui parlons de ce qui ne va pas, nous détaillons nos faiblesses. Et lui, il écoute; il pose des questions; puis il fait des analyses; il tente de comprendre ce qui cause la douleur; il trie parmi les symptômes pour poser un diagnostic et prévoir un traitement.

Au fond, ce travail ne ressemble-t-il pas à celui du juge? Perspicacité; enquête; écoute; attention; mise en perspective des évènements; trier parmi les interprétations et les arguments divers; puis choisir et prendre la meilleure décision en vue du mieux à atteindre.

On voit que ces deux catégories de pensées (l’image du médecin et celle du juge) s’éclairent l’une l’autre, et se complètent. Le thème du jugement est précisé, nuancé par celui du Dieu qui guérit. Nous comparaissons devant le Père céleste, il nous examine, il détecte ce qui en nous fait mal; mais son but n’est pas de nous passer au crible d’une loi qui condamne, comme le croyaient les juifs de l’AT (et, plus encore, les pharisiens du 1er siècle!). Non, le but de Dieu, c’est de nous rétablir spirituellement, de nous remettre sur pieds, donc de nous relever. En d’autres termes, de nous ressusciter!

Et tout ce que je viens de dire vous suggère peut-être ceci, qu’on a peu mis en évidence dans l’Eglise: c’est que le jugement (j’en parle au présent), le jugement n’est pas un acte isolé, à la fin de notre vie, destiné à nous faire entrer au Paradis - ou pas. Non, ce travail d’examen et de rétablissement, il commence ici-bas déjà! Dieu nous invite dès notre âge le plus tendre à entrer dans cette relation de mise en lumière et de guérison; cette relation qui sera achevée en plénitude lorsque nous rejoindrons, dans son Royaume, la Source de la Vie.
   

D’ici-là, nous pouvons donc marcher avec confiance en compagnie de ce Père majuscule: par le culte; par la méditation de l’évangile et la prière; par les relations communautaires; par l’amitié et l’entraide; par la générosité, de soi ou de ses biens; par le développement de notre confiance; par la culture de la paix… en un mot par notre religion, Christ nous invite à laisser nos existences devenir meilleures au soleil de la justice d’EnHaut.

Nous sommes tous jugés, dit le NT. La lettre aux Romains affirme que c’est une Bonne Nouvelle!

J’en suis convaincu.
Amen


Jean-Jacques Corbaz  



dimanche 7 novembre 2021

(Bi) contre le stress


Paolo Mariani

La potion

Qui trouvera un remède efficace contre le stress? Contre la fatigue, la déprime ou la tension qui nous pourrissent la vie?

Il n'y a pas de potion miracle, ça se saurait. Mais il existe un chemin de prévention et de guérison. On l'appelle prise de distance, ou méditation, ou prière. On la pratique sur toute la terre, dans toutes les religions. Voire chez les athées. Mais la foi nous y aide, c'est sûr.

Prenez quelques minutes chaque jour. Pas besoin de beaucoup plus, surtout au début. Sortez de vos préoccupations, fermez la porte aux soucis qui vous étouffent. Et là, cultivez des pensées agréables. Des souvenirs heureux. Mettez-vous en contact avec des présences sécurisantes, bienfaisantes. Peu importe que ce soit Dieu ou telle personne qui a eu sur vous un effet positif. Un saint ou quelqu'un qui ensoleille votre vie.

Essayez, vous verrez, c'est étonnant. Votre quotidien s'enrichira en sérénité. Et ce calme retrouvé vous donnera envie de prolonger ces oasis.

Quelques minutes chaque jour, disais-je. Certains ajoutent, en souriant: moi, c'est une heure par semaine!


JJ Corbaz