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dimanche 25 octobre 2015

« La terre en partage - En route pour Zurich, Paradeplatz » - Prédication du 25 octobre


Lectures:  Matthieu 5, 5; puis 5, 13-16; Genèse 13, 1-12; Luc 19, 1-10


Le mur faisait presque trois mètres de haut. Inutile de dire qu’il était impossible de voir par-dessus. Et ils étaient les cinq au pied du mur, chacun debout sur sa caisse, les cinq à ne rien voir quand même, et à se plaindre que le mur était trop haut, et que sa caisse était trop petite...

Et puis, tout à coup, un des cinq a eu une idée: “Et si on empilait les caisses?” La collaboration était née!

Tout bête et tout simple... en théorie. Mais, dans la pratique, les caisses sont souvent plus difficiles à empiler qu’il n’y paraît. D’abord, c’est qu’on n’a pas l’habitude de se prêter les caisses. Jusqu’à présent, c’était chacun la sienne! D’ailleurs, celle du voisin est de moins bonne qualité que la nôtre, ça ne rate jamais! Et si je lui demande de me passer sa caisse, je risque de devoir un jour lui prêter la mienne! ...

Ce qui est déjà compliqué avec des caisses, pensez alors à quel point ça devient ardu quand il s’agit de la terre. Autant dans le sens de la planète que dans celui du sol à cultiver. La terre en partage: aïe Seigneur, tu pourrais pas nous demander quelque chose de plus facile? Quelques prières, ou un coup de main à la voisine?

Partager la terre. Partager les ressources naturelles, les richesses mondiales, de manière équitable. Vous avez dit: utopique?!


 
Quand mes quatre fils étaient petits, nous aimions jouer au Monopoly. Vous connaissez le principe du jeu: chacun dispose de la même somme au départ, pour acheter, construire ou faire des affaires. La même somme au départ, pour tous. C’est ensuite que les différences apparaissent, souvent de plus en plus gigantesques, en fonction du hasard ou du cours du jeu.

Eh bien, pour les richesses de la terre, dans l’immense Monopoly mondial, c’est déjà au départ que le déséquilibre des ressources est incrédiblement élevé!


Prenons les chiffres du Produit Intérieur Brut (PIB). Imaginez-nous, mes quatre fils et moi, autour d’une table de jeu avec ces données-là, le PIB authentique. Si les ressources de la terre entière sont représentées par ce panneau brun, eh bien l’un des cinq joueurs aura... Vous savez quelle partie de ce panneau il aura, le plus fortuné des cinq? Qui veut essayer d’évaluer la richesse des 20 % les plus aisés? Le quart du tout? La moitié? Les deux-tiers? ... Essaie encore! ...

Les richesses des 20 % les plus fortunés se montent à 82 % de la totalité! Oui, depuis ma main gauche jusqu’au premier trait noir, presque tout à droite. 82 %! Et les 20 % les plus pauvres, il leur reste seulement 1,2 % des ressources de la terre. C’est le tout petit liséré bleuté sous mon index, moins large que mon ongle...

C’est exactement comme si, au jeu du Monopoly, chacun des cinq joueurs commençait la partie avec des sommes différentes. Au lieu de 30’000.- chacun (comme le dit la règle du jeu), eh bien l’un aurait 123’000.- et un autre seulement 1’700.-, et il resterait aux trois autres entre 8 et 9’000.- chacun. Pas besoin de se demander qui va gagner!

Je n’ai jamais osé faire ce coup-là à mes fils. Ça les aurait dégoûtés du jeu!

Je n’ai pas osé non plus suivre les consignes de la Campagne DM-EPER de cet automne. En effet, elle recommande pour aider à comprendre ce déséquilibre, de prendre un pain, ou un gâteau, ou du chocolat, et de le partager entre cinq personnes selon les proportions “82 % pour le plus favorisé et 1,2 % pour le plus déshérité”. Je me suis dit qu’aucun de vous ne réussirait à manger les 82 % du dessert devant les autres... Ou bien? 




Inutile d’insister, vous avez compris. Je vous invite donc, maintenant, à entrer dans le second volet de cette prédication, consacré au Brésil (Le Liban, ce sera le 22 novembre, avec une invitée de là-bas).

Cet immense pays d’Amérique latine est justement le théâtre de déséquilibres parmi les plus élevés du monde. Le Brésil compte 203 millions d’habitants, dont le tiers vit en dessous du seuil de pauvreté. Et c’est bien sûr dans les campagnes que la situation est la plus terrible. 60 % des paysans connaissent la misère. Déficit de scolarisation et répartition inéquitable des terres, voilà les causes principales de ces déséquilibres sociaux.

Comme la Russie, l’Inde ou la Chine, le pays est en plein essor. Mais hélas, ce ne sont que quelques milliers de familles qui s’enrichissent, tandis qu’à l’inverse des millions d’autres s’appauvrissent de plus en plus. Et le mouvement s’accentue.

Cet essor est dû en bonne partie à des cultures industrielles de soja, de canne à sucre et d’eucalyptus, qui hélas entraînent une dégradation du sol, de même que l’élevage intensif de bovins. Les profits tombent dans la poche des multinationales qui se sont implantées là-bas. Tandis que les cultures traditionnelles, adaptées aux caractéristiques des terres, ont tendance à disparaître. Chaque année, des milliers de paysans doivent renoncer à leur activité, parce qu’ils sont criblés de dettes ou victimes de la concurrence des géants de l’industrie agro-alimentaire.

Pour combattre cette évolution, l’EPER (Entraide protestante) soutient des projets en collaboration avec les Eglises locales: conseils et soutien aux petits paysans; création de coopératives agricoles pour commercialiser leurs produits; développement de cultures qui nécessitent peu d’eau dans les nombreuses régions très sèches (eh oui, au Brésil il n’y a pas que la forêt luxuriante d’Amazonie, il y a aussi d’immenses territoires qui souffrent chaque année de grosses sécheresses)... Savez-vous que par exemple les ananas demandent très peu d’eau?

L’EPER essaie aussi de promouvoir la culture de certaines plantes qui constituent des médicaments naturels et bon marché... Tout un travail de fourmi, au ras du gazon, qui permet à de nombreuses familles paysannes de subsister de manière digne. Chic alors! Petits moyens, grands effets!

Vous l’avez deviné, l’offrande de notre culte, ce matin, sera destinée à soutenir ces projets. De même que le produit de la vente des sachets de sel que je vais vous proposer à la sortie. Ce sel est le symbole de l’action efficace des chrétiens, vous êtes le sel de la terre, et la lumière du monde!


 

Il y a du boulot, bien sûr. La partie est loin d’être gagnée. Le mur est très haut, et nos caisses parfois minuscules et fragiles. Mais, empilées, elles vont nous donner de la hauteur, et nous permettre d’être plus forts, ensemble.

Un peu comme Zachée, dans l’évangile. Ce petit homme qui avait peur de perdre, tellement peur de perdre qu’il volait les autres pour se donner l’illusion de la sécurité matérielle.

L’évangile nous dit qu’un jour, poussé par la curiosité; poussé peut-être aussi par un besoin de changer, de découvrir d’autres valeurs, plus vraies, plus hautes... eh bien il a grimpé pour regarder de l’autre côté du mur. Et alors, miracle: d’avoir pris de la hauteur lui a permis de sentir l’infinie proximité de Dieu, comme une caresse! D’avoir pris de la hauteur lui a permis ainsi de se défaire de sa cupidité, et de son attachement maladif aux biens matériels.

Il a pu du coup découvrir d’autres valeurs. Il a pu partager. Etonnant, il s’est découvert généreux et sensible aux autres.

Il y a là, peut-être, quelque chose à cultiver en nous. Ou bien?
Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz




jeudi 15 octobre 2015

(FA, Vu) Oser parler de la mort aux enfants




Oser parler de la mort aux enfants 

(article paru dans "Bonne Nouvelle" d'octobre 2015)


Rosette Poletti : « L’enfant a besoin de réponses simples. »
Rosette Poletti : « L’enfant a besoin de réponses simples. »

Rosette Poletti, infirmière spécialisée dans l’accompagnement en fin de vie, théologienne et psychothérapeute, livre ses conseils pour aborder la mort avec les enfants.


«Attendez que l’enfant vous interroge pour lui parler de la mort. Donnez-lui des réponses claires et simples, conseille Rosette Poletti, infirmière, théologienne et psychothérapeute. Nous projetons nos peurs sur l’enfant. Mais il est bien moins angoissé que nous. Il est surtout curieux. » « Prenez soin de vous. Ne lui cachez pas votre douleur, mais trouvez un lieu extérieur pour l’exprimer. Mieux vous irez, mieux ira votre enfant. » L’enfant accepte plus facilement la mort que les adultes. « Il a l’humilité d’accepter qu’il y a des choses qu’on ignore, comme le mystère de la mort. Sa capacité à l’ici et maintenant lui permet de sortir de sa tristesse par une sollicitation extérieure aussi simple qu’une sortie à la patinoire. » 
On oublie aussi souvent que l’enfant est quotidiennement confronté à la mort. Que dire devant le cliché du petit Aylan Kurdi, réfugié syrien retrouvé noyé sur une plage de Turquie ? « Dites à votre enfant qu’il est tombé du bateau et qu’il s’est noyé. Dites-lui aussi que vous prenez des bateaux plus solides et que vous mettez des gilets de sauvetage. Minimisez sans éviter la réalité. »


Une question d’âge

Avant 2 ans, l’enfant sait que la personne est partie. Il a besoin de sécurité et d’un cadre stable. 
De 3 à 5 ans, il prend conscience que le défunt ne reviendra pas, mais ne comprend pas le « pour toujours ». Il faut donc être attentif à ce qu’on dit. Evitez les phrases : « Il nous a quittés. Il s’est endormi. » « Dites-lui que la personne est morte. Il peut l’intégrer », explique Rosette Poletti. 
Entre 8 ans et 9 ans, l’enfant pose des questions concrètes : « Comment respire-t-il sous terre ? Que va-t-il lui arriver ? » Pourquoi ne pas lui expliquer que son corps est là sous terre, mais que son âme est ailleurs, dans le ciel par exemple auprès de Dieu, esquisse l’infirmière. L’enfant peut demander à voir et même toucher le corps. Préparez-le : « Tu sais, il sera tout froid, parce que le sang ne circule plus. » A ce stade, sa pensée est encore abstraite. 
A partir de 11 ans, l’enfant comprend la mort et son irréversibilité. Il comprend aussi qu’il va mourir. Vient alors la question : « Toi aussi tu vas mourir ? » « Oui. Tout le monde meurt, mais pas tout de suite. » Et d’ajouter que vous ignorez l’après ou qu’on rejoint Dieu et Jésus dans le ciel et qu’il y a là tout ce qu’il faut pour être heureux. « Tout dépend des croyances. Mais il est important de se mettre d’accord sur ce qui sera dit. » 

L’importance des rites 

« Les rites funéraires sont essentiels », insiste Rosette Poletti. L’enfant peut participer au service funèbre, même quelques minutes. L’emmener au cimetière pour y déposer des fleurs ou un dessin peut susciter des questions. « Ce sont autant d’occasions à saisir comme la mort d’un animal de compagnie pour aborder le sujet et accompagner l’enfant. » Pour Rosette Poletti, la peur de l’enfant est l’oubli du défunt. Elle encourage les cérémonies du souvenir. « Se réunir fait du bien. C’est l’occasion de voir que la vie continue et qu’on se souvient de la personne. La relation se transforme, mais ne s’arrête pas, c’est là le but du deuil », conclut-elle. 
// bn


Voir aussi sur ce blog Isaline et les croix - La mort et l'enfant 



  • Un spectacle « Oscar et la dame rose », par la Compagnie de la Marelle. Comment expliquer à un enfant de 10 ans qu’il va mourir ? Oscar est à l’hôpital et personne ne lui dit la vérité sur sa maladie. Seule Mamie Rose lui parle sans détour. Elle lui propose d’écrire à Dieu. Ces lettres décrivent dix jours de la vie d’Oscar qui seront peut-être les derniers. En tournée dans le canton jusqu’en décembre. Toutes les dates sur www.compagnielamarelle.ch 

 

Octobre 2015

jeudi 1            19h      Bienne Maison Saint-Paul
vendredi 2      20h      Daillens Salle villageoise
dimanche 4    17h      Romont Salle Hôtel de Ville
jeudi 8            20h      Plan-les-Ouates Temple
vendredi 9      20h15  F - Ferney-Voltaire Temple
vendredi 16    20h      Couvet Salle de spectacles
samedi 17      17h      Berne Foyer Calvin, Marienstr.8
dimanche 18  17h      Lamboing Salle du Cheval-Blanc
mardi 20         20h     Le Locle Maison de paroisse
mercredi 21    20h     Neuchâtel Temple du Bas
jeudi 22          20h     Saint-Imier Salle Saint-Georges
vendredi 23    20h     Moutier Le Foyer
samedi 24       20h     Tramelan Maison de paroisse
vendredi 30    20h     Genève Temple Servette-Vieusseux
samedi 31      19h30  Bex Temple

 

Novembre 2015

dimanche 1    16h       Puidoux Crêt-Bérard
jeudi 5            19h30   Plagne Centre communal
vendredi 6      20h      Yverdon-les-Bains Maison de paroisse
samedi 7        20h       Vuippens Eglise
dimanche 8    17h30   Onex Temple
mardi 10        20h       Domdidier Aula du Cycle d'orientation
jeudi 12         20h       Saint-Aubin-Sauges Salle de spectacles
vendredi 13   19h30   Motier-Vully Maison de paroisse
samedi 14      17h      Baden Eglise réformée
dimanche 15  17h      Meyrin Centre paroissial oecuménique
mercredi 18    20h15 Carrouge /VD Grande salle
jeudi 19          20h     Crissier Salle de spectacles de Chisaz
vendredi 20    20h     Saint-Georges Salle communale
samedi 21       20h     Nyon Salle de La Colombière
dimanche 22   17h     Gland Salle communale
mercredi 25    20h     Peseux Temple
jeudi 26          19h     Lausanne Espace Culturel des Terreaux
vendredi 27    20h     Vevey Centre paroissial Sainte-Claire
samedi 28      17h      Lausanne Espace Culturel des Terreaux

 

Décembre 2015

mercredi 2     20h   Montreux Eglise Saint-Vincent
vendredi 4     20h   Vallorbe Temple
samedi 5        20h   Saint-Prex Salle de la Paix
dimanche 6    17h   Sainte-Croix Salle communale
jeudi 10          20h   Villeneuve Théâtre de l'Odéon
vendredi 11    20h   Villeneuve Théâtre de l'Odéon

 

Janvier 2016

mercredi 20   20h30   Moudon Théâtre de la Corde

 

Février 2016

mercredi 17   20h30   Payerne Théâtre Le Beaulieu

 

Mars 2016

lundi 7   20h    Morges Théâtre du Casino

 

Avril 2016 – France et Pays d’outre-mer

jeudi 14        20h       Erstein Cinéma Amitié
vendredi 15  20h       Saint-Louis Eglise Saint-Pierre, Neuweg
samedi 16     19h30   Dornach Temple
dimanche 17 17h       Aspach près d'Altkirch Salle polyvalente
lundi 18         20h15  Mutzenheim Ried Brun, Salle spectacles
mardi 19        20h      Hunspach Salle socioculturelle
mercredi 20   20h      Haguenau Foyer Capito
vendredi 22   00h      La Réunion Festival Komidi

 

Mai 2016

jeudi 26        20h      Cully Salle Davel
vendredi 27  20h30  Grenoble Centre oecuménique Saint-Marc

 

Juin 2016

jeudi 2         20h15   Wasselonne Espace Saint-Laurent
vendredi 3   20h15    Brumath Maison des Oeuvres
 

(Im) Quelques photos de ma fenêtre, mardi 13 octobre








(Hu) Prière homo...




mercredi 7 octobre 2015

(Ci) honnête ou escroc?

"Face au questionnement sur l’existence de Dieu, se présentent trois types d’individus honnêtes,
le croyant qui dit «Je ne sais pas mais je crois que oui»,
l’athée qui dit «Je ne sais pas mais je crois que non»,
l’indifférent qui dit «Je ne sais pas et je m’en moque.»
L’escroquerie commence avec celui qui clame «Je sais !».



La nuit de feu - Eric-Emmanuel Schmitt

dimanche 4 octobre 2015

(Pr, Hu) Dieu de grand-père, Dieu de grand-mère (de Gorki à R. Devos) - prédication du 4 octobre 2015

Lecture:  Esaïe 65, 1-2 


Monsieur le pasteur est très fier de sa treille, qui donne de magnifiques raisins. Mais, alors qu’il va bientôt pouvoir les cueillir, un matin, il voit qu’on lui en a volé la moitié! Furieux, il appose un gros panneau à côté de sa vigne, où il écrit: “Dieu voit tout”. Mais le lendemain, toutes les grappes restantes ont disparu. Et une main anonyme a ajouté, en-dessous de “Dieu voit tout”: “Mais il ne dénonce pas!” ...



Deux images de Dieu, bien différentes: celui qui épie les fautes; et celui qui pardonne. Lequel est ton Dieu, à toi?

Cette question va nous accompagner au long de ce culte, ce matin. Mais aussi tout au long de cet hiver de catéchisme. Quel est ton Dieu?

Le célèbre écrivain russe Maxime Gorki, né en 1868, a déjà longuement médité sur cette question. Dans son livre “Ma vie d’enfant”, il raconte l’histoire de sa relation avec Dieu. Maxime Gorki était un ami de Lénine, mais il est toujours resté adepte d’une foi chrétienne paisible et joyeuse. Ecoutez ce qu’il écrit:

“Je compris très vite que le Dieu de grand-père n’était pas le même que celui de grand-mère. Impossible de s’y tromper, la différence était flagrante.

Le matin, quand grand-mère se réveillait, elle priait sans se préparer spécialement; et presque chaque jour elle trouvait de nouveaux termes de louange. Son enthousiasme me donnait envie de l’écouter.

Le Dieu de grand-mère était toute la journée avec elle: même aux animaux, elle parlait de lui. Je sentais que les gens, les chiens, les oiseaux, les abeilles, les plantes, tout obéissait sans effort à ce seigneur qui était bon de la même manière pour chacune de ses créatures.

Grand-père, lui, m’enseignait que Dieu est un être tout-puissant, omniprésent, toujours prêt à venir en aide aux hommes, certes; mais grand-père ne priait pas comme sa femme.

Le matin, avant de réciter ses oraisons, il se lavait soigneusement; s’habillait comme s’il allait passer un examen; se peignait méticuleusement...

Il priait debout, la tête rejetée en arrière, les sourcils haussés, la barbe à l’horizontale. Il récitait ses prières comme s’il répondait à un professeur. Par coeur. Sa voix était nette et impérieuse.

Un jour, grand-mère, en plaisantant, lui dit:

- Ta prière doit ennuyer Dieu, tu lui répètes toujours la même chose...

Le visage de grand-père devint rouge de colère. Il se mit à trembler, puis il lança une assiette à la tête de sa femme:

- Va-t’en, vieille sorcière!

Quand il me parlait de la force invincible de Dieu, il en soulignait la cruauté avant toute autre chose. J’avais de la peine à croire que Dieu soit cruel...

À l’église, je pouvais distinguer à quel Dieu j’avais affaire: tout ce que le prêtre et le diacre récitaient s’adressait au Dieu de grand-père, tandis que la musique et les chants célébraient celui de grand-mère.

Le seigneur de grand-père m’inspirait de la peur et même de la haine. Il n’aimait personne. J’avais le sentiment très net qu’il ne croyait pas en l’homme.

À cette époque, la pensée de Dieu composait la principale nourriture de mon âme. C’était ce que j’avais de plus beau dans ma vie. Dieu était ce qu’il y avait de plus lumineux, de meilleur, l’ami de la création.”


 

Voilà. J’aime bien ces lignes de Maxime Gorki. Et je partage ses sentiments. Beaucoup de mes contemporains adorent un Dieu qui n’a pas grand-chose de commun avec celui que j’aime, et que j’ai envie de vous faire découvrir, vous les catéchumènes de 7 à 177 ans!

Cet été, pendant mes vacances, je suis entré dans une vieille église. Dehors, grand soleil. Mais à l’intérieur, c’était très sombre. Je distinguais à peine les bancs. Pourtant, peu à peu, mon oeil s’est accommodé. Je distingue de mieux en mieux les formes; les sculptures, les piliers, les voûtes... De très belles choses m’apparaissent, alors que deux minutes avant j’étais incapable de les voir.

Une seule chose pourtant a changé depuis que je suis entré. Et ce n’est pas l’église, c’est seulement mon regard.

De même, souvent la vie m’apparaît comme toute sombre et je n’y distingue rien de beau. Et si c’était mon regard qui ne me permet pas de discerner la beauté et le bonheur?

Je me dis parfois que le monde est plein de gens heureux qui ne voient pas qu’ils sont heureux. Or Dieu non plus, nous ne savons pas le voir. Nous pensons que c’est tout noir, là aussi!

La vérité ne crève pas les yeux. C’est plutôt nos yeux qui ont à peu à peu crever les choses qui nous cachent la beauté, et la vérité.

Voilà le catéchisme qu’il nous reste à entreprendre. Toutes et tous, non?

Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz





Après la prédication:
Merci à Maxime Gorki, mais aussi à Philippe Zeissig, à qui j’ai emprunté des fragments de ma prédication. Et encore, merci à l’immense humoriste Raymond Devos, à qui j’emprunte deux sketches que j’aime beaucoup. Je les lui emprunte, mais promis: je les rendrai!


J’ai lu quelque part :
 « Dieu existe, je l’ai rencontré ! »


Ça alors ! Ça m’étonne !
 
Que Dieu existe, la question ne se pose pas !

Mais que quelqu’un l’ai rencontré
 
avant moi, voilà qui me surprend !

Parce que j’ai eu le privilège


de rencontrer Dieu juste à un moment
 où je doutais de Lui !
Dans un petit village de Lozère


abandonné des hommes, il n’y avait plus personne.

En passant devant la vieille église,


poussé par je ne sais quel instinct, 
je suis entré...
Et là, j’ai été ébloui, par une lumière


intense... insoutenable !

C’était Dieu... 
Dieu en personne, 

Dieu qui priait !

Je me suis dit : Mais qui prie-t-il ?


Il ne se prie pas lui-même ?

Pas lui ? Pas Dieu ?

Et non ! Il priait l’homme !

Il me priait, moi !

Il doutait de moi

Comme j’avais douté de lui !

Il disait : -O homme !


si tu existes, donne-moi un signe de toi !

J’ai fait : Mon Dieu je suis là !
Il a dit : Oh, miracle !


Une apparition humaine !

Je lui ai dit : Mais, mon Dieu...

Mais comment peux-tu douter

de l’existence de l’homme,

puisque c’est toi qui l’a créé ?
Il m’a fait : Oui... Mais il y a si longtemps


que je n’en ai pas vu dans cette église...

je me demandais si ce n’était pas une vue de l’esprit !
Je lui ai dit : Te voilà rassuré, mon Dieu !


Il m’a fait : Oui !

Oui, je vais pouvoir aller leur dire là-haut : 

« L’homme existe, je l’ai rencontré ! »

Raymond Devos



 

Envoi en caté:
(on ne peut pas "rater" le caté. Mais on peut rater sa vie...

Pour la relation avec Dieu: nous sommes toujours insuffisants, mais toujours, c'est Dieu qui rachète nos "loupés" pour nous rendre dignes d'être les plus aimés du monde!)

Je me suis fait tout seul

Mesdames et messieurs, je dois vous dire tout d'abord


que je me suis fait tout seul et ...

et que je me suis raté.

Je me suis raté, quoi !

J'ai d'autant plus de mérite à l'avouer que ça ne se voit pas tellement !


- Encore que personne ne m'ait jamais dit:

"Vous vous êtes réussi !" -

En réalité, je me suis fait plus moche que je ne suis !

Tout au début, tandis que je me faisais, je voyais bien que je ne me faisais pas bien.

Mais comme à chaque fois que je disais que je me faisais mal, les gens disaient : "C'est bien fait !",

... J'ai continué à me faire mal en croyant bien faire.

Et puis, quand j'ai vu la tournure que je me prenais... j'ai tout arrêté.


Et je me suis laissé dans l'état où vous me voyez !

Alors, on a dit :

"Non seulement il est raté, mais en plus, il n'est pas fini!
"
Eh, bien, j'aime mieux ça !

J'aime mieux ne pas être fini !

Un homme fini, il est fini !

On a beau me dire : "Il est réussi !"

Je réponds : "Oui ! Mais il est fini !"

Au fond, je préfère être inachevé, comme une symphonie !

Il y a de belles symphonies inachevées.

- Encore que une personne ne m'ait jamais dit :

"Vous êtes une belle symphonie inachevée ! ". -

L'avantage, quand on s'est raté, c'est qu'ensuite, on peut tout rater impunément, personne ne vous en fait grief !


On se sent sûr de soi, on est serein !

Exemple :


A l'école, le jour des examens, tous mes camarades avaient peur de ne pas réussir !

Moi, je n'avais pas peur !

Ils se présentaient, tout tremblants, à l'examen.

Moi, j'étais confiant !

J'étais sûr de rater !

Et: ça ne ratait pas; l'examen, je le ratais haut la main !

(J'ai toujours réussi à rater tous mes examens.)

Je ne sais pas comment vous expliquer.

Pour un raté ... (eh bien) rater, c'est estimer avoir réussi là où les autres considèrent qu'ils ont raté !

Exemple :


chaque fois que je fais un pas en avant et que je le rate,
(eh bien) j'ai la sensation de progresser !


- Encore que personne ne m'ait jamais dit :

"Sur le plan raté, vous avez fait des progrès !" -
Et pourtant, j'en ai fait !

Je rate mieux qu'avant !

Avant, je ratais une fois sur deux !

Maintenant, je rate à tous les coups !

Finalement,


il n'y a qu'une chose que je sache bien faire :

c'est rater !

Si bien que, si c'était à refaire, s'il fallait que je me refasse, je me raterais de la même façon !

Parce que, dans le fond:
On ne se refait pas !

Raymond Devos   




dimanche 27 septembre 2015

(Pr) Dialogue, attention: fragile! - Prédication du 27 septembre

Lectures:  Galates 2, 11-14; Psaume 51, 3-4 + 8-14; Jean 13, 1-9


Dialogue, attention: fragile! À manier avec prudence, ça se casse!

On le sait, le dialogue n’est pas simple. En particulier le dialogue avec des personnes différentes. Celles qui n’ont pas les mêmes idées que moi, pas les mêmes valeurs. Celles qui viennent d’un autre pays; qui appartiennent à une autre culture; à d’autres traditions; d’autres religions...

Le dialogue n’a jamais été facile. C’est déjà ce qu’ont vécu Pierre et Paul, au temps des grands débats sur les païens, dans les premières années de l’Eglise. Et on voit Pierre qui se fait “savonner les oreilles” par son impétueux compagnon, fondateur du christianisme. Ils avaient manqué de transparence. Pas assez communiqué, dirait-on en 2015. Alors, tout à coup, c’est l’explosion de colère!

Le dialogue n’a jamais été facile. Mais aujourd’hui, il est spécialement semé d’embûches. Parce que nous vivons dans une société de plus en plus imprégnée de peurs; de méfiance; de repli.

L’ouverture très brusque de chaque recoin de pays à la planète entière (ce qu’on nomme la mondialisation) éveille beaucoup de craintes: on a peur de perdre ses propres biens, on a peur de perdre la sécurité dont on jouit. On se méfie de l’autre, qu’on ne connaît pas. On est tout de suite sur la défensive. Difficile dans ces conditions de pouvoir se rencontrer vraiment, et avec respect.

Il semble que notre (relative) prospérité nous rende plus fragiles, plus inquiets de la perdre. C’est un peu la fable du savetier et du financier de La Fontaine. Le savetier, pauvre, chante du matin au soir, tandis que son voisin est paralysé par l’angoisse de perdre. Jusqu’au jour où le cordonnier devient riche. À partir de ce moment, il cesse de chanter et d’être heureux...

Aujourd’hui, le dialogue est plus difficile que jamais. Car la notion économique de concurrence a pénétré jusque dans nos sphères privées. Si bien que le prochain est perçu de plus en plus comme un concurrent...
 


Pire encore: l’individualisme de notre temps nous a fait sortir des rapports sociaux anciens, eux qui nous donnaient un sentiment de sécurité. La famille élargie; le village, la commune; les sociétés locales... la paroisse même: tous ces réseaux humains s’éloignent et s’estompent, ou bien s’étiolent; et ils nous enlèvent du coup des protections vitales, et des solidarités essentielles.

Nous nous sentons plus fragiles, et donc, par conséquent, nous avons davantage de peine à aider les autres. À nous soucier de leur bien-être.

Alors, nous essayons de nous protéger, par des assurances. Par des normes légales, qu’on multiplie. Par des substituts de famille ou d’équipe, qui parfois nous donnent l’illusion d’une sécurité...euh, éphémère!

Cette tendance au repli ne nous aidera pas, nous le sentons confusément. Au contraire, elle va nous pousser toujours plus dans le sens de la solitude et de la méfiance.

Ce que nous dit l’évangile, face à ces dérives modernes, c’est: Courage! Résiste! Et dialogue!

Courage! Résiste! Et dialogue! Car tu n’es pas seul. Christ est toujours là pour te rapprocher des autres (pour les faire tes prochains!). Lui, Jésus, quand ses disciples ont peur, quand ils n’osent plus communiquer, lorsqu’ils sont tentés par le repli, la trahison ou le reniement, que fait-il? Il ne leur savonne pas les oreilles, non: il leur lave les pieds! “T’inquiète pas, tu comprendras plus tard!”

Dialoguer, c’est accepter de faire le premier pas parce que Jésus l’a déjà fait, pour moi. C’est ouvrir ses oreilles, et son coeur, sans attendre que l’autre s’intéresse à moi. Comme Jésus, qui a pris l’initiative, avec nous! Avec toi!

Dialoguer, ce n’est pas demander à l’autre d’être fraternel; non: c’est vivre la fraternité avant d’en parler, et c’est toujours recommencer, quand elle est difficile à vivre (ce qui arrive souvent, que le dialogue se bute ou s’enlise dans les conflits). Toujours recommencer, car c’est ainsi que Jésus agit pour nous, et mille fois plus encore!

Dialoguer, c’est considérer l’autre comme égal à moi-même. Si Dieu fait briller son soleil sur les bons comme sur les méchants, c’est qu’il nous appelle à poser, nous aussi, un regard sur autrui dépourvu de discrimination ou d’exclusion.

Dialoguer, c’est commencer à reconnaître Dieu dans la personne que je rencontre. Et c’est donc, du coup, commencer à me connaître moi-même. À me connaître, et à me re-connaître comme aimé de Dieu, d’un amour brûlant, infini; d’une passion que même la mort n’arrêtera pas!
 


Je termine là cette première partie de prédication. Car il est temps de passer à la pratique!

Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire dialoguer ici, au cours de ce culte! Je ne vais pas non plus vous inviter à vous laver les pieds les uns des autres (j’entends quelques “ouf” dans la nef!!). Non, je vous propose plutôt de découvrir comment certains dialogues, fragiles, ont pu s’épanouir, et porter des fruits. Ou tout au moins commencer à ouvrir à une authentique fraternité.


1° D’abord, le MCDA. Je vous ai déjà parlé de cette association, qui organise chaque année un tournoi de foot amical. MCDA, ça veut dire “Musulmans et Chrétiens pour le Dialogue et l’Amitié”. Beau programme, qui dit bien l’essentiel: se rencontrer, cultiver des relations fraternelles, plutôt que de porter les uns sur les autres des jugements préconçus. Notre Eglise encourage fortement ce genre d’actions, qui font du bien à toutes les parties. Car les musulmans, eux aussi, ont parfois des préjugés sur nous, bien entendu!


2° Le dialogue fraternel et empreint de respect, c’est aussi ce qui anime la Maison de l’Arzilier, à Lausanne. Un espace dédié à la rencontre et aux échanges interreligieux; donc avec les autres  formes de spiritualité, les autres religions. Merci de prêter attention aux manifestations que la Maison de l’Arzilier organise, et de lui faire de la publicité! C’est à travers de telles initiatives que la paix du Christ grandit, dans notre pays, et sur notre terre.

3° Le dialogue que l’évangile encourage ne concerne pas seulement les relations avec d’autres religions. Dieu nous invite à nous rapprocher également des personnes qui vivent près de chez nous, qui pensent presque comme nous; mais qui ont besoin de signes d’amitié. Vous le savez. C’est ce que veulent promouvoir les réseaux que met en place “Villages solidaires”, organisme qui réunit “Pro Senectute”, les communes et les paroisses.

“Villages solidaires” organise un café-rencontre ouvert à tous chaque mercredi de 10h à 11h à la Maison des Terroirs (à Grandson). Ainsi que le “Réseau Coucou”, qui met en relation des personnes isolées avec des bénévoles. Quant à notre paroisse, nous organisons l’”Accueil des Tuileries” le premier samedi du mois à la salle de la chapelle des Tuileries, entre 9h30 et 11h30: rencontres intergénérationnelles entre personnes âgées et enfants, chacun faisant du bien aux autres par sa seule présence!

4° Enfin, mon invitation au dialogue implique, vous vous en doutez, la prière communautaire que nous allons vivre tout à l’heure, en conclusion de la cène. Chacun(e) est encouragé(e) à rédiger une ou deux phrases de prière sur le billet que vous avez reçu à l’entrée. Si vous êtes d’accord de partager cette demande ou cette louange, merci de prendre avec vous votre billet. Ou bien vous le lisez vous-même pendant le temps qui sera réservé à cela, et que j’indiquerai. Ou bien vous le déposez sur la table de communion; dans ce cas, votre texte sera lu par le pasteur ou par la marguillière. Ou bien encore vous le gardez pour vous, et pour Dieu, qui lit dans les coeurs... et même dans les poches fermées!

 


Dialogue, attention: fragile! Mais si important, pourtant. Que l’Esprit du Christ nous soutienne sur de tels chemins de vérité. Et qu’il nous encourage à soutenir ces efforts, au Proche-Orient et ici, et partout. Courage! Résiste! Et dialogue!

Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz






 

(après l’interlude):

J’aime beaucoup le journaliste Pierre Foglia, qui écrit dans le quotidien “La Presse” de Montréal. Ecoutez un de ses billets, sur le racisme. Ça date de 1988, l’Albanie a changé, mais pour moi l’essentiel n’a pas une ride.

Un titre dans “La Presse” l’autre jour: “Les Italiens deviennent-ils racistes?” Même jour, autre page, autre titre: “Montréal est une ville où règne la ségrégation ethnique et raciale”.

Cela ressemble à un concours. Les Italiens moins que les Québecois. Les Américains, c’est épouvantable. Et gnagnagna.

Et les Papous, hein, les Papous d’après vous? Eh bien mon vieux, racistes jusqu’au trognon les Papous, si vous voulez savoir. Comme nous, comme les Italiens, comme tout le monde.

Le degré de racisme d’un peuple? Il est le même partout. Sauf qu’il se multiplie par le taux de chômage et le taux d’immigrants dans le pays. C’est facile.

Le pays le moins raciste au monde actuellement c’est l’Albanie. Chômage: zéro. Immigration: six. Il s’agit de six Chinois venus suivre un stage de planche à voile en 1962 et gardés depuis en résidence surveillée...

Résultat? Les Albanais sont les gens les moins racistes de la terre. Ils aiment tout le monde, à part peut-être les Chinois qui font de la planche à voile. Ils aiment les Tamouls, les Turcs, les Italiens, les Juifs, les Noirs, tout le monde, vous dis-je; pour autant bien sûr que ce monde-là fasse l’effort d’être staliniste et ne prétende pas entrer en Albanie.

Est-il autre chose que vous vouliez savoir sur le racisme?

Pierre Foglia








 

dimanche 20 septembre 2015

(Ci) Résister



Résister aujourd'hui : contre les fondamentalismes.
Contre l'autoritarisme.
Contre le racisme.
Contre la peur.
Contre le manque d'amour.
Contre l'ignorance, le manque de culture et l'injustice.
Pour être libre, insoumis, et le droit à être ce que l'on veut.
Pour croire ce que l'on a choisi : être un hérétique librement sans peur et toujours dans le réspect de l'hérésie de l'autre.
Résister pour mieux vivre Ensemble et créer le monde aujourd'hui et demain.

Bon dimanche de résistance ...
Fraternellement. 


Stéphane Pahon



(Hu) Etrangers?

Mmmmmmmmmh, j'aime!


dimanche 13 septembre 2015

(Pr, Co) Comme Syrien n'avait changé... Narration du 13.9.15

Narration du 13.9.15  -  « L’aveugle de Damas » 
 
Lecture biblique: Esaïe 42, 5-12 + 14-16

A Damas, le Grand Boulevard est au centre-ville. C’est l’avenue chic de la capitale. On y voit les boutiques les mieux garnies, les restaurants les plus huppés, les hôtels 5 étoiles... les meilleurs magasins... les banques...

C’est là que mon ami Daniel se trouvait, l’autre jour. Il y a observé une scène étrange, devant la boutique “Aux trésors d’Orient” (vous savez, les bijoux, les foulards, les parfums exotiques!).
 


En face de Daniel, un groupe étonnant est arrivé: une dizaine d’hommes armés jusqu’aux dents, à pied, qui portaient, ou plutôt qui soutenaient, guidaient quelqu’un qui semblait être leur chef. Ce drôle de gaillard tâtonnait; visiblement, il était aveugle. Et pas depuis bien longtemps, il avait l’air tout désemparé. Le visage hagard, les habits pleins de terre... Etrange équipage!

Le groupe est entré dans la boutique juste devant Daniel, qui allait acheter un cadeau pour sa fiancée. C’est Lévy, le propriétaire, qui était au comptoir. Un dur en affaires, celui-là. Bref! Il a levé un regard méfiant sur ces hommes en piteux état: “Messieurs? Vous désirez?”

- Shalom! ils ont dit. Salut! Nous sommes de la même religion que toi, Lévy. Pourrais-tu nous loger quelques jours, selon la tradition d’Israël? Notre chef, Saoul, que voici, a été victime d’une étrange aventure, sur la route, pas très loin! Il est tombé, sans s’être encoublé pourtant. On l’a entendu discuter, comme s’il parlait avec Dieu, béni soit son saint nom. Et puis, quand il s’est relevé, il était aveugle. Il nous a dit: “J’ai vu le Seigneur!” - puis il s’est plongé dans un état bizarre; il est comme une poupée de son. Alors, nous l’avons conduit jusqu’ici. Il a besoin de quelques jours de repos, avant de repartir. Peux-tu nous aider, Lévy, au nom du Seigneur d’Israël?
 


Le patron de la boutique n’avait pas l’air enchanté. Son regard restait scotché sur l’espèce de vagabond crotté que ces hommes soutenaient. Visiblement, Lévy était partagé entre deux sentiments: d’une part la fidélité à la tradition juive, c’est-à-dire loger des coreligionnaires de passage; et d’autre part le souci que ces gaillards poussiéreux ne salissent son magasin chic et ne ternissent sa réputation. Mais un mot lui a fait dresser l’oreille: “Saoul? Le pharisien zélé qui combat la secte du Christ? C’est lui?”

- Bien sûr, il n’a pas l’air très vaillant, aujourd’hui, ont dit les autres. Mais c’est lui. LE célèbre Saoul! Et c’est pour ça que nous sommes si fortement armés: nous venions à Damas pourchasser quelques sectaires disciples de Jésus.

Les yeux de Lévy s’arrondirent. (“Tout compte fait, cela pourrait attirer du monde chez moi, un homme si connu! Et si utile à notre religion!”) - “Bien, entrez, mes amis, installez-vous! Que votre chef se repose tant qu’il voudra!”

Daniel est ressorti, son cadeau sous le bras. Mais vous savez comme il est bavard: deux heures plus tard, toute la ville était au courant de l’histoire. Les curieux ont afflué chez Lévy. Mais c’est surtout la brigade anti-terroriste qui s’est manifestée. Les autorités voulaient savoir s’il y avait du danger... Hélas, Saoul n’a rien dit. Ou presque. Il ne faisait que répéter: “J’ai vu le Seigneur, Jésus, qu’on a crucifié à Jérusalem. Il est vivant! Il me pardonne! Il m’aime, malgré tout le mal que je lui ai fait!”
 

Du coup, ses compagnons de route étaient très embarrassés, vous imaginez! Ils ont attendu trois jours: aucune amélioration! Saoul refusait toute nourriture.

Alors, un homme s’est présenté chez Lévy: Ananias. Un bon juif, mais qui aurait, paraît-il, de grandes sympathies avec la secte de Jésus. Plus que ça, même. Bref, Ananias est venu, paraît-il sur l’ordre de Dieu; il a posé les mains sur Saoul, et voilà que notre gaillard a été guéri aussitôt. Fantastique! L’oeuvre du Seigneur, disait-il. Oui, mais: du Seigneur Jésus! Ouyouyouille, le foin que ça a fait, dans toute la ville et ses synagogues! Saoul répétait, dix fois plus fort qu’avant: “J’ai vu le Seigneur, Jésus, qu’on a crucifié. Il est vivant! Il me pardonne! Il m’aime, malgré tout le mal que je lui ai fait!”

Du coup, la ville était divisée en deux, ça se voyait jusque dans le courrier des lecteurs de la Tribune de Damas! Il y avait les juifs, qui criaient au scandale, qui traitaient Saoul de traître, avec toutes sortes de noms d’oiseaux de poubelle! Les plus excités offraient de l’argent pour le tuer, ils parlaient de fatwa, je crois, un nom bizarre, comme ça!

Et puis, il y avait les autres: surtout des païens, Syriens de souche; et quelques juifs rattachés à la secte du Christ. Ceux-là parlaient d’amour, de lumière intense, de présence de Dieu. Ils disaient que Saoul avait repassé par le chemin de Jésus: vous savez, trois jours sous la terre, et puis, on a dit que Dieu l’avait... ressuscité; oui, ramené à la vie! Vous croyez que c’est possible?
 

Moi... je ne sais plus, maintenant. Et si Saoul avait raison? Si c’était réellement ce Jésus, vivant, qu’il avait vu?

Pourquoi je me pose la question? C’est vrai, je ne vous l’ai pas encore dit. Depuis qu’il a retrouvé la vue, Saoul parle, parle, comme s’il voulait rattraper ces trois jours de silence... ou ces trente ans d’obéissance à la loi des pharisiens? Il fait des discours puissants, étonnants. Il dit:
“J’étais aveugle, pendant trente ans, j’étais aveugle, je me suis trompé! Je croyais qu’on pouvait imposer la vérité de Dieu par la force, par les persécutions, ou les menaces... Je croyais surtout que je pouvais me rendre juste moi-même, en obéissant à la loi de Moïse. Et tout à coup, sur le chemin de Damas, j’ai rencontré une personne qui n’est faite que d’amour et de pardon. Ce n’était plus des connaissances, ce n’était plus des règles, des commandements, ce n’était plus une religion... c’était la relation avec une personne. Avec un Dieu qui n’est que bonté et lumière; et qui veut nous habiter de sa tendresse; et qui veut vivre en nous.

Saoul ajoute: “Je me suis fait baptiser pour le laisser diriger ma vie. Dorénavant, je sais que je n’ai plus peur de mériter ou de ne pas mériter d’être sauvé. Son amour est infiniment plus grand que tout ce qui pourrait m’éloigner de lui. Son amour est infiniment plus grand aussi que tout ce qui pourrait m’éloigner des autres. Devant cette présence incroyable, les belles et grandes idées tombent par terre, comme je suis tombé là-bas, sur la route. La religion, ce n’est plus des choses à faire ou à ne pas faire; c’est une amitié, d’une puissance fabuleuse, passionnée, qui est pour vous, aussi!”
 

Voilà. Je vous ai tout raconté de cette étrange histoire de Saoul. Si vous venez chez moi, à Damas, je vous montrerai le Grand Boulevard, et la boutique de Lévy, “Aux trésors d’Orient”. Et peut-être, je vous emmènerai dans une communauté de disciples de Jésus. Ils sont étonnants... Je n’arrive pas encore à me décider: me faire, moi aussi, baptiser? J’ai comme le pressentiment que ça peut m’emmener loin. Trop loin?

Amen

                             Jean-Jacques Corbaz



dimanche 6 septembre 2015

(Pr, SB, Vu) Dent pour dent, perdant!

Prédication du 6 septembre, « Oeil pour oeil... La vengeance »

Lectures:  Matthieu 5, 38-39 + 43-45; Lévitique 24, 17-20



Il y a quelques années, un attentat à la bombe a été commis en Iran. Au bilan de cette terrible tragédie: 13 morts, et une centaine de blessés.

Les auteurs ont été retrouvés peu après. Et condamnés, selon la loi coranique, à la peine de mort.

Précisions étonnantes pour nous Européens: la sentence a été exécutée en public, sur les lieux même de l’attentat. De plus, avant l’exécution capitale, ceux qui avaient été blessés par la bombe ont eu le droit de se venger personnellement de leurs souffrances. Ils ont pu frapper les terroristes, à une condition: ils ne devaient pas leur infliger de blessure plus grave que celle qu’ils avaient eux-mêmes subie. Le droit de crever un oeil pour celui qui avait perdu un oeil. Le droit de casser une dent pour une dent fracturée. Le droit de couper un bras pour celui qui avait dû être amputé de son bras...

C’est la loi du “donnant-donnant”. Celle qu’on appelle, d’un mot savant, la loi du talion: telle blessure pour telle blessure, oeil pour oeil, et dent pour dent.

Ce système nous paraît cruel, il est pourtant en vigueur dans l’Ancien Testament. Nous l’avons entendu, le livre du Lévitique le prône, de même que d’autres passages de l’Exode ou du Deutéronome. Et c’est Jésus qui va s’en distancer, dans le Sermon sur la montagne, et qui va demander de renoncer à la vengeance.

Avant de nous révolter contre la barbarie de certains textes de l’AT, je vous invite à réfléchir quelques minutes.
 


Vous savez probablement que les sociétés primitives, dites “tribales”, fonctionnaient toutes selon un autre principe, celui de la “vendetta”: la vengeance qui se répercute à l’infini d’un clan à l’autre, à chaud le plus souvent. La gravité des actes augmentait au fur et à mesure des répliques. C’était la fameuse spirale de la violence. On en arrivait souvent, pour un coup de poing sur le nez, à casser un bras, puis à commettre un meurtre (c’est un peu la “morale” de certaines bandes de jeunes aujourd’hui encore...).

Dans un tel contexte, vous réalisez que la loi du talion est un progrès. La peine infligée au coupable ne doit pas être plus grave que le mal qu’il a fait: pas plus d’une dent pour une dent, et ainsi de suite. Ce système a donc pour but de limiter la vengeance, et non de l’encourager. ...

Mais aujourd’hui, dans nos sociétés dotées de police et de tribunaux relativement efficaces, qui rendent la justice à partir d’un code pénal précis et détaillé, la situation est bien différente. Nos lois prévoient des peines, non d’abord pour venger les victimes, mais surtout pour corriger les délinquants et favoriser leur réhabilitation dans la société; pour prévenir la violence et limiter au maximum les risques de récidive.

Il est intéressant de voir que nos lois modernes s’inspirent de l’enseignement de Jésus dans le Sermon sur la montagne! Lui qui remplace le “oeil pour oeil” par cette demande étrange d’aimer ses ennemis; de ne pas se venger; de prier pour ceux qui nous font du mal...

Pas faciles du tout à mettre en pratique, ces principes du Christ! À l’image du Sermon sur la montagne entier, nous avons là une éthique exigeante, énorme, presque utopique!

Car évidemment, notre passage ne concerne pas que la violence physique et les agressions. Vous qui m’écoutez ou me lisez en ce dimanche, je ne vous imagine pas trop dégainer la mitraillette ou faire le coup de poing pour riposter à une attaque qui vous aurait blessé. Mais nous sommes toutes et tous tentés, parfois, de répondre à une injure par une autre injure; de prolonger une mesquinerie subie par une autre; un coup tordu, une rancune... Dur dur de résister à ce genre de tentation!
 


Trois précisions à ce sujet. D’abord, les exégètes soulignent que cet enseignement s’adresse aux disciples de Jésus; ce ne sont pas des principes pour Monsieur et Madame Tout-le-monde. Ce sont des exigences qui soulignent la nécessaire rupture, totale, des croyants de la première Eglise par rapport à la société de leur époque; assez exactement comme aussi le fameux “Laisse les morts enterrer leurs morts” dont nous avons parlé avec le groupe de partage biblique mercredi dernier. Exigences de rupture totale. Aujourd’hui, dans un monde chrétien, ou du moins recouvert d’un vernis de christianisme, la donne n’est plus la même!

Deuxième remarque: cette éthique n’est pas une loi; ni une morale! N’en faisons pas un commandement qui, en cas de contravention, nous ferait sanctionner par Dieu. Le Nouveau Testament a rejeté le principe de la punition divine. Nous vivons sous le régime de la grâce.

Et c’est d’ailleurs exactement cette dimension du pardon qui motive le Sermon sur la montagne: Car “oeil pour oeil”, c’est un principe qui bloque le coupable dans sa faute. Quand la main du voleur a été coupée, comment voulez-vous que le pardon agisse et libère?

Le Dieu de l’évangile, au contraire de celui du Coran ou de certains passages de l’AT, ne veut pas la mort du pécheur... mais qu’il change de vie, et qu’il vive! J’aime cette boutade de Martin Luther King: “Oeil pour oeil... et le monde finira aveugle!”
 


Troisième précision, “l’autre joue”. J’en parlais l’année dernière: le Nouveau Testament, écrit en grec, exprime là quelque chose d’intraduisible en français. Pour dire “autre”, il y a en grec deux mots: “allos” et “heteros”. “Heteros”, c’est l’autre parmi deux choses, ou deux personnes; quand il n’y a que deux possibilités. “Allos”, c’est l’autre parmi plus de deux objets ou personnes.

Or, dans “tendre l’autre joue”, pour “l’autre”, ce n’est pas “heteros” qui est employé par l’évangile (alors qu’on n’a que deux joues, pourtant); ce n’est pas “heteros”, c’est “allos”. Présenter l’autre joue, c’est donc tendre une autre joue, une joue différente. C’est réagir d’une manière nouvelle, qui aide à sortir du cercle vicieux de la violence.

Vous l’avez tous expérimenté: de répondre à l’agressivité par l’agressivité, ça engendre l’escalade de la violence. Mais à l’opposé, un mot, un geste, un acte à contre-courant peut tout changer; désamorcer l’agression, dés’armer la haine.

Rompre la symétrie. Encore faut-il beaucoup de courage et d’à-propos. Et de force intérieure, pour résister à la tentation de la colère qui monte! C’est en cela, et en cela seulement, que nous osons nous demander les uns aux autres, selon les termes de l’évangile, d’être parfaits comme l’est notre Père céleste. C’est-à-dire non pas de nous abstenir de toute faute -c’est impossible, évidemment- mais, avec Dieu, de tout imaginer, de tout mettre en oeuvre pour désamorcer la violence, la sortir des mécanismes qui la font se reproduire et se multiplier à l’infini...

Et ça, vous l’imaginez bien, c’est exactement le contraire de la passivité! Il ne s’agit pas de se laisser frapper sans répondre; mais de mettre en action un amour, un respect, une espérance dont nous ne sommes capables que parce que Dieu nous les donne, d’abord, en Jésus-Christ.

Ainsi, l’attitude chrétienne dans un conflit, ce n’est ni céder ni riposter avec les mêmes armes. L’attitude chrétienne, c’est rompre la symétrie, en puisant nos forces dans celles de Dieu.  En effet, vous vous en rendez bien compte, si Dieu ne nous avait pas “tendu une autre joue”, en Christ, face à nos péchés, si Dieu nous avait donné la réciproque, eh bien, nous serions morts!

Voilà le chemin nouveau que Jésus nous appelle à parcourir, derrière lui. Savoir que la violence existe, en moi, en nous; et tout faire pour la maîtriser en cherchant toujours à regarder l’autre avec une passion qui s’inspire de celle de Dieu pour lui. Et pour moi. Vouloir son bien, et non me venger.
 

Pour conclure, écoutez ce beau passage de Charles Baudoin, cité dans une brochure des Editions Ouvertures (“Tu es venu de loin...” p. 31). Il est tout aussi utopique que le Sermon sur la montagne! J’aime comme il renverse la notion de vengeance.

“Oeil pour oeil, dent pour dent. Pour chaque enfant qu’ils assassinent en riant, comme un homme ivre, je chercherai un enfant pauvre, un enfant malade, et je l’aimerai, et je lui rendrai la joie de vivre.

Oeil pour oeil, dent pour dent. Pour tous les yeux qu’ils crèvent, j’essuierai des larmes. Aux morsures de leur rage, là-bas, je répondrai ici par des baisers, et ce sera mon arme.

Oeil pour oeil, dent pour dent. À tous les gestes de mort dont je suis entouré, je répondrai par autant de paroles de vie, et je les sèmerai dans les âmes que la douleur a labourées.

Oeil pour oeil, dent pour dent, et l’amour pour la haine, ce sera là mon talion. Ce sera ma vengeance et ma volupté, ce sera ma joie de protestation, d’entêtement et de rébellion.

Obstinez-vous, et je m’obstinerai. Répondez, et je riposterai. Acharnez-vous, j’aurai le dernier mot pourtant.

Oeil pour oeil, dent pour dent! Oeil pour oeil, dent pour dent!”

Charles Baudoin



Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz