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dimanche 3 juin 2018

(Pr) Ruth, une incroyable histoire d’amour


  Prédic du 3 juin 2018

Lectures bibliques: Ruth 1, 1-16 ; Romains 6, 3-8 ; Romains 8, 1-2

Il m’est arrivé une étonnante aventure : j’ai eu la chance (en tant que pasteur retraité) de visiter le paradis !
Ce qui m’a le plus frappé, c’était, dans le hall d’entrée, immense, une quantité de cadrans, comme de petites horloges. Chacun de ces cadrans portait le nom d’une personne.
J’ai demandé à l’ange qui m’accueillait ce que c’était.
- Eh bien, me dit-il, ce sont les compteurs des péchés. Chaque fois que la personne commet un péché, l’aiguille avance d’un cran. Ainsi, nous pouvons savoir en permanence où chacun en est.
Intrigué, je demande à voir le cadran de certains de mes paroissiens.  
Edouard Briquet ? Son compteur marque 4h17. 
Pas de souci, me dit l’ange, il est sur la bonne voie.  
Boris Voirol ? 2h24 !! 
Là, nous avons une personne exceptionnelle ! La moyenne est d’environ 7 ou 8 heures.
Encouragé par ces commentaires, je demande à voir mon propre compteur.
- Jean-Jacques Corbaz ? Aïe, non, ce n’est pas possible : votre cadran est sur le bureau personnel de Dieu le Père.
- Ah bon ? Mais pourquoi ? Il surveille les pasteurs de si près ?
- Non, non, ce n’est pas ça ! Mais vous comprenez, il fait si chaud aujourd’hui : il s’en sert comme ventilateur !!!

J’aime bien cette histoire, parce qu’elle décrit exactement ce que beaucoup de gens croient, c’est-à-dire que Dieu s’amuserait à comptabiliser les péchés des humains, qu’ils ou elles soient pasteur, coiffeuse ou ménagère !

J’aime bien cette histoire, parce qu’elle montre exactement le contraire de ce que nous dit la Bible : en réalité, Dieu ne calcule pas nos péchés, il n’épie pas nos désobéissances pour voir si nous méritons le paradis ou non. La Bible ne nous parle de péchés que pour nous aider à réaliser le fait que Dieu les pardonne entièrement, gratuitement, sans condition. Il vient supprimer le péché, c’est-à-dire nos culpabilités face à lui.

Et là, vous voyez comme cela rejoint le baptême de Viktoria, que nous avons célébré tout à l’heure. L’eau est le symbole d’un Dieu qui nous lave, nous purifie de nos fautes, dit le Nouveau Testament.

L’évangile n’insiste sur nos désobéissances que pour montrer qu’elles nous éloignent du projet de Dieu pour nous, ça oui : un projet de bonheur, de liberté, de paix. Mais ce sont nos peurs, nos légendes humaines qui ont bâti tous ces scénarios d’enfer, de purgatoire et de je ne sais quelles punitions. Ce sont nos consciences qui ont de la peine à accepter d’être déchargées gratuitement, comme ça, par amour ! Car Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a donné son fils pour que nous soyons sauvés. – On pourrait dire aussi : pour mettre nos compteurs à zéro, et qu’ils y restent !

La Bible, ainsi, n’est pas obsédée par le courroux divin, comme certains le croient. Je dirais plutôt qu’elle est obsédée par une seule chose : la tendresse de Dieu pour nous, et son absolue fidélité à son projet de nous sauver, quoi que nous fassions.


Cet attachement, c’est exactement ce que raconte le livre de Ruth, dont nous avons entendu le début. Je vous encourage à le lire en entier ; d’ailleurs, il n’est pas long : cinq pages en tout. Dans une traduction en français moderne, il se lit comme un roman. Ou plutôt comme une très belle histoire d’amour – émouvante.

Un juif, Elimelek, décide de s’expatrier, à cause de la famine. En ce temps-là, en effet, les réfugiés économiques pullulaient, mais on les laissait entrer ! Elimelek trouve donc refuge à Moab, un pays fertile proche de l’actuelle Jordanie.

Mais cette famille est poursuivie par la malchance : Elimelek meurt bientôt, et ses deux fils, à peine mariés,   le suivent. Ne restent que trois femmes, sans ressources. À cette époque, une veuve ne peut survivre qu’en se remariant, ou alors en se plaçant sous la protection d’un fils.

Nos trois malheureuses n’ont aucun descendant. Il ne leur reste donc qu’une seule chose à faire : retourner chacune dans sa famille, en espérant trouver un mari pour les deux jeunes, ou un parent compatissant, ce qui est nettement plus aléatoire ! Le sort de Noémi n’est vraiment pas enviable ; c’est la famine assurée. Mais il n’y a rien d’autre à faire.

Rien ? Ce n’est pas l‘avis de Ruth, qui refuse de quitter sa belle-mère. Ruth piétine les traditions, parce qu’elle ne veut pas abandonner Noémi. Elle qui est païenne, elle vient vivre en Israël, à Bethléem, pour aider celle à qui elle s’est attachée.

C’est ainsi que tout va changer pour Noémi (dont le nom veut dire « Bienheureuse », et qui pourra le rester, bienheureuse, malgré les coups du sort). Tout va changer pour Noémi, et aussi pour Israël : par des aventures que racontent les chapitres 2, 3 et 4, Ruth non seulement permet à sa belle-mère de survivre, mais encore elle lui donne un enfant ! Ce fils de Ruth sera le grand-père du roi David, le plus fameux, le plus brillant de tous les juifs. Elle, l’étrangère, deviendra l’ancêtre du roi symbole d’Israël, étoile de la foi ! Mieux encore, elle sera, comme David, ancêtre de Jésus lui-même !

Parabole ! L’attachement obstiné de Ruth pour Noémi devient ainsi, comme souvent dans l’Ancien Testament, signe de l’attachement obstiné de Dieu pour son peuple. Pour tous les hommes. Pour toutes les femmes. Et surtout pour les plus démunis !

Et de la même façon, le baptême de Viktoria, et tous nos baptêmes deviennent ainsi symbole, signe et fête de l’attachement obstiné de Dieu pour nous.



J’aime à vous parler de ces deux femmes en ce jour où une petite fille baptisée est accompagnée par deux marraines. En un temps aussi où les personnes du beau sexe sont nettement majoritaires dans nos lieux de culte ; cela alors que notre société a toujours tant de peine à laisser aux dames leur part de pouvoir !

Il y a un petit détail qui, à ma connaissance, n’a jamais été relevé par aucun exégète. Comme un clin d’œil ! À la première ligne du livre de Ruth, l’auteur écrit (je cite) : « C’était au temps où les Juges avaient le pouvoir en Israël ». D’habitude, on ne donne jamais ce genre de précision comme ça. Donc, cette petite introduction veut dire quelque chose d’original, elle met le doigt sur une particularité.

« C’était au temps où les Juges avaient le pouvoir en Israël », et toute la suite nous montre deux femmes obscures, Ruth et Noémi, qui font basculer leur destin, et celui d’Israël,  et celui de l’univers : puisque c’est de leur attachement invraisemblable que naîtront le roi David et surtout Jésus ! Le pouvoir n’était pas où l’on croyait !


Ecoutez cette jolie histoire :
- Sais-tu, demande le rouge-gorge, sais-tu combien pèse un flocon de neige?
- Oh, répond la colombe, rien du tout! C’est insignifiant! Négligeable!
- Ecoute, reprend le rouge-gorge, j’étais dans la forêt, et j’admirais l’hiver. J’ai compté les flocons qui tombaient. Sur une branche, qui était fragile, sont tombés 14’277 flocons. Mais quand s’est posé le 14’278ème (qui pèse trois fois rien, comme tu disais, négligeable...), eh bien, la branche a cassé... Parfois, il suffit de peu pour tout changer.
- C’est peut-être vrai, se dit la colombe (une autorité en matière de paix). Peut-être ne manque-t-il qu’un geste, dérisoire, insignifiant, pour que tout bascule... pour que la paix soit possible... ou qu’on soit heureux...

Non, le pouvoir n’est pas toujours où l’on pense. Selon le livre de Ruth, il est entre les mains de Dieu. Dieu qui ne fait jamais les choses comme on attend. Dieu qui veut toujours faire éclater les petits-cadrans-de-nos-petites-horloges-de-nos-petits-péchés. Pour nous faire éclore librement au grand soleil de sa passion-tendresse !
Amen

 
                                                 Jean-Jacques Corbaz 


jeudi 10 mai 2018

(Pr, Hu) Du HC Villars à Raymond Devos


Prédication du 10 mai 2018, Villars, Ascension
«Il existe, nous nous sommes rencontrés»


Lectures: Actes 1, 1-11; Psaume 2, 1-4; Romains 8, 14-21

 

Pour les équipes de foot ou de hockey, l’ascension, c’est l’idéal. C’est l’objectif! Et je ne parle bien sûr pas de la fête que nous célébrons aujourd’hui; je pense au fait de gagner le championnat et de pouvoir monter en ligue supérieure! Et on se souvient de l’extraordinaire parcours du HC Villars, qui au tout début des années 60, a passé en trois ans de la 1ère ligue au titre de champion suisse!

Ascension = promotion! Pas rien qu’en sport, bien sûr. Ascension sociale, professionnelle, voire politique. Monter d’un échelon... Est-ce que l’Ascension de Jésus, que nous fêtons ce matin, est aussi une promotion, pour lui?

Eh bien, selon le Nouveau Testament, pas du tout: le sommet de la vie du Christ, c’est la croix! C’est Vendredi saint et Golgotha. Le top, pour Jésus, c’est son abaissement le plus profond.

Surprise! Paradoxe! C’est en se mettant au niveau des plus bas placés, des sans espoir, des castes les plus méprisées, inférieures, que le Christ atteint le sommet de la gloire.
 


Mais alors, l’Ascension? direz-vous.

Pour moi, aujourd’hui, l’élévation de Jésus signifie d’abord qu’il prend distance d’avec ses disciples, pour mieux les voir tous! Pour mieux être avec eux tous! Comme on prend distance d’avec une cathédrale, pour mieux la voir en entier; pour en com-prendre l’ensemble. Ou comme, autre image, je m’éloigne un peu de vous en montant en chaire, pour mieux vous voir, tous, et pour mieux être vu. Une telle position élevée n’est pas un signe de supériorité (heureusement!); mais plutôt d’accessibilité!

L’ascension de Jésus fait de lui le seigneur de toute la terre, du monde entier. Une jeune maman disait à sa fille: “Il retourne au ciel, parce que le ciel est tout autour de notre planète; et ainsi il est mieux proche de chacun(e).”

Deuxième surprise donc, deuxième paradoxe: si le Christ s’éloigne, c’est pour être plus proche de tous!
 


Et c’est ce qui nous permettra de recevoir le Saint Esprit! En effet, je suis frappé de ce que le récit de l’Ascension soit si fortement rempli par l’annonce de Pentecôte, du don de l’Esprit Saint. Et de même dans la lettre aux Romains! L’Ascension et Pentecôte sont deux facettes d’une même réalité, il s’agit d’un seul évènement vu sous deux angles différents.

Et cet accent sur le Saint Esprit nous fait aborder l’autre sens fondamental de l’Ascension: si Jésus s’élève, s’il prend distance d’avec ses disciples, c’est pour les aider à se débrouiller par eux-mêmes; comme des parents se retirent lorsque leurs enfants, devenus plus grands, peuvent prendre en charge telle partie de leur vie. Et je pense là autant à l’entrée à l’école enfantine qu’au mariage, et même autant à la naissance, déjà, qu’à la première sortie, le soir, sans surveillance.

Voilà: il ne s’agit pas pour les chrétiens de regarder le ciel, où Jésus a disparu. C’est notre premier mouvement, bien sûr; aujourd’hui comme il y a 2’000 ans. Pourtant, le Christ nous ramène à notre plancher des vaches! Avez-vous remarqué que le dernier mot que Jésus prononce, juste avant de disparaître, c’est “terre”?! “Vous serez mes témoins, en Judée et en Galilée, et jusqu’au bout de la terre”!

Ce n’est pas un hasard: il ne s’agit pas pour les chrétiens de regarder le ciel où Jésus a disparu, contemplation passive. Il nous demande de nous mettre au boulot, d’aller les uns vers les autres! Il nous presse de nous associer à sa mission, libres et responsables; soutenus par sa mystérieuse présence, mais aussi autonomes.

Aimés, pardonnés d’avance, mais obligés de choisir nous-mêmes. Avec le risque de nous tromper, parfois; souvent; très souvent... mais aussi avec la promesse ferme que ces erreurs ne nous enlèveront rien de la tendresse du Père, ni de son salut. “Même si les montagnes venaient à s’en aller; même si les collines venaient à s’effondrer, dit Dieu, mon amour pour toi restera tout proche; mes promesses de paix jamais ne seront ébranlées” (1). C’est exactement ce que nous disons de sa part à chaque baptême!
 


L’Ascension ne nous simplifie pas la vie, à l’évidence! D’ailleurs, pour les clubs sportifs qui sont promus non plus. C’est souvent là que les difficultés commencent!

L’Ascension ne nous simplifie pas la vie. Elle nous demande de l’engagement, du courage, de la volonté. Mais souvenons-nous que le Christ, souverainement élevé, est aussi infiniment proche! Et qu’il nous donne, par ses paroles et son exemple, qu’il nous donne les moyens de réussir la mission qu’il nous confie. Comme le disait avec humour ce paroissien: “Dieu n’est pas une bouée, mais il nous apprend à nager”!

Souvenons-nous ainsi que Jésus est à la fois plus près de moi qu’aucune personne ne pourra jamais l’être, et qu’il est à la fois pareil au Dieu de l’Ancien Testament, tel qu’il est décrit dans le Psaume 2, c’est-à-dire littéralement au-dessus de tout ça: il voit les peuples s’agiter, les soi-disant puissants essayer de comploter contre lui; mais ça le fait rire, et son rire éclate comme une promesse rassurante, car rien ne peut l’atteindre, rien ne peut le blesser ni l’amputer, nos efforts dérisoires ne remettront pas en cause l’aboutissement final, qui est acquis de toute façon, grâce à l’extraordinaire puissance de Dieu. “Rien, jamais rien ne pourra nous séparer de l’amour que Dieu nous a manifesté en Jésus”. (2)

Voilà ce qu’est l’Ascension, aujourd’hui, pour moi.
  

Et c’est exactement dans cette perspective que nous sommes invités à vivre, dans une Eglise en mutation, et dans un monde en mutation! Où nous avons peur, parfois, où nous avons mal. Dans une société où tout change beaucoup plus vite que nous ne le souhaitons.

Dieu s’y trouve! Dieu y travaille, là, mystérieusement! Et il nous appelle à l’aider à bâtir l’Eglise de demain, confiants dans les forces qu’il nous donnera!

Dieu est là, étonnamment proche. C’est aussi ce que nous dit ce sketch de Raymond Devos, que j’aime beaucoup pour son sens spirituel:

L’autre jour, j’ai vu sur un mur de ma ville que quelqu’un avait tagué: «Dieu existe, je l’ai rencontré!»
Ça alors! Ça m’étonne!
 Non que Dieu existe, la question ne se pose pas; mais que quelqu’un l’aie rencontré avant moi, voilà qui me surprend!
Parce que j’ai eu le privilège de rencontrer Dieu juste à un moment où je doutais de Lui!
Dans un petit village de Lozère
 abandonné des hommes, il n’y avait plus personne.
En passant devant la vieille église,
 poussé par je ne sais quel instinct, je suis entré...
Et là, j’ai été ébloui, par une lumière intense... insoutenable!
 C’était Dieu... 
Dieu en personne, Dieu qui priait!
Je me suis dit: mais qui prie-t-il? Il ne se prie pas lui-même?
 Pas lui? Pas Dieu?


Non! Il priait l’homme! Il me priait, moi!
Il doutait de moi comme j’avais douté de lui!
Il disait: O homme, si tu existes, donne-moi un signe de toi!
J’ai dit: Mon Dieu je suis là!
Ah! Il a dit, miracle! Une humaine apparition!
 Je lui ai dit: Mais, mon Dieu, comment peux-tu douter
 de l’existence de l’homme, puisque c’est toi qui l’a créé?
Il m’a dit: Oui...
Mais il y a si longtemps que je n’en ai pas vu dans cette église...
que je me demandais si ce n’était pas une vue de l’esprit!
Je lui ai dit: Te voilà rassuré, mon Dieu!


Il m’a dit: Oui! Je vais pouvoir leur dire là-haut:
«Vous savez: l’homme existe, je l’ai rencontré!»
                                                                                

Raymond Devos  


Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 


(1) Esaïe 54, 10

(2) Romains 8, 39  



(Pr) «Jésus, présent... et pas présent!»

Prédication du 7 mai 18, Plein Soleil

Lecture: Actes 1, 1-11

On demandait un jour à un enfant s’il connaissait la signification des deux fêtes que nous vivons ces jours, l’Ascension et Pentecôte. Le gamin ne réfléchit pas longtemps, et répond:
- Bien sûr: à l’Ascension, Jésus monte au ciel, auprès de Dieu!
- Et à Pentecôte?
Là, l’enfant reste un instant silencieux. Puis il dit:
- Euh, à Pentecôte... il nous fait savoir qu’il est bien arrivé!
  


J’aime cette anecdote, car elle nous fait réfléchir: qu’aurions-nous répondu, nous-mêmes?

Et si, aujourd’hui, l’Ascension semble plus facile à expliquer que Pentecôte, il n’en a pas toujours été ainsi. Il y a un peu plus de 200 ans, ce jeudi férié semblait tout à fait inutile. À tel point (le saviez-vous?) qu’on a essayé de supprimer l’Ascension. Je vous assure! C’était entre 1773 et 1789.

D’ailleurs, si cette fête subsiste aujourd’hui, c’est probablement surtout à cause du fameux congé tant apprécié... Ce pont qui remplit les routes et vide les églises...

D’où vient-elle? Faisons un peu d’histoire: aux premiers temps de la chrétienté, la seule fête qu’on célébrait était Pâques. Vous le savez, Noël n’est apparu que beaucoup plus tard. La célébration de Pâques était si importante qu’elle s’étendait sur sept semaines; sept dimanches où on lisait et méditait les récits bibliques qui parlent des apparitions du Ressuscité. Et puis, le 50ème jour,   on fêtait le don du St-Esprit -car Pentecôte en grec veut dire 50ème.

Vers 330 (retenez la date!), on décide de raccourcir un peu ces sept semaines. On crée alors l’Ascension, afin de commémorer la fin des apparitions terrestres de Jésus; afin aussi de marquer l’attente de l’Esprit saint par les apôtres. L’Ascension s’est ainsi construite autour de ce mystère, difficile à comprendre: Jésus est vivant, mais pourtant on ne le voit pas à nos côtés. Il est sorti de la tombe, mais il échappe à nos sens humains.

Or, la signification de l’Ascension va changer assez vite: car si le Christ est enlevé au ciel, cela veut dire aussi qu’il est élevé! Qu’il est attiré vers Dieu en signe d’honneur, de gloire, et de pouvoir.

Et vous savez que c’est justement en 330 que l’Eglise est officialisée par Constantin. Elle se met bientôt du côté des puissants, et du pouvoir... Vous voyez le parallèle! L’Ascension vient célébrer alors le Christ glorieux, le Seigneur, le vainqueur. Comme le chante le cantique 326.
 


Or, aujourd’hui, ces accents triomphalistes nous gênent un peu...

- Ah, ils ne vous gênent pas? Euh... Moi quand même. Parce que je trouve difficile de proclamer la seigneurie glorieuse du Christ, quand on voit comment le monde se porte; les tragédies de toutes sortes; les conflits... inutile d’insister!

Or Dieu, quand il s’est manifesté, ce n’est pas le visage d’un souverain tout-puissant qu’il a montré. Il a choisi plutôt l’humilité. Vous connaissez le refrain: la crèche; Gethsémané; la croix; et même Emmaüs; les pauvres, les petits, les exclus; comme déjà auparavant le souffle ténu devant Elie; et comme ensuite du côté de François d’Assise...
  

Je crois fermement que, face à nos contemporains peu chrétiens, les accents triomphants nous desservent. Car ils alimentent le préjugé d’une Eglise qui se gargariserait d’un Dieu magicien, alors que la réalité montre bien qu’on en est loin! Nos cantiques ressemblent trop à des cocoricos - des cocoricos qui, bien sûr, font du bien à certains, à l’interne, mais qui aussi peuvent en rebuter d’autres, à l’externe, quand ils creusent un fossé avec la réalité!

Par ailleurs, je crois que, pour nous également, cette vision d’un Christ régnant en majesté est dangereuse. En effet, la vie est faite de hauts et de bas, de creux et de bosses. Si nous imaginons Jésus du côté des puissants d’abord, ne risquons-nous pas davantage de commettre des abus de pouvoir (peut-être même en son nom, ô horreur!)? Ne risquons-nous pas aussi de penser que ceux qui s’enfoncent dans les bourbiers de l’existence, eh bien c’est de leur faute, et nyaka et nyaka...
 

La fin de la vie terrestre de Jésus telle qu’elle est rapportée dans la Bible nous incite à voir les choses de manière moins triomphaliste. Elle voudrait surtout nous aider à comprendre un peu mieux ce mystère: depuis Vendredi saint, le Christ n’est plus présent sur notre terre, en chair et en os. Et pourtant! Les fêtes  de Pâques, de l’Ascension et de Pentecôte nous disent qu’il est toujours présent quand même parmi nous; et vivant; et agissant; même si c’est mystérieusement, d’une autre manière.

Pâques d’abord nous dit ceci: quand bien même Jésus est mort (et vraiment mort), cependant, il continue de vivre, différemment. Non plus historiquement, physiquement: il continue de vivre en nous! Dans les croyant(e)s! Dans l’Eglise, communauté humaine de ces chrétiens. Il n’est plus dans son tombeau, non, il habite   en moi, en toi, chaque fois que nous faisons un acte de foi.

L’Ascension, ensuite, nous précise une chose importante: le Ressuscité n’appartient plus du tout à nos catégories humaines et terrestres. Quand les évangiles disent qu’il est monté au ciel, ils veulent affirmer qu’il évolue dorénavant dans une autre sphère, dans une autre dimension. Le ciel, à l’époque, c’est tout ce qui n’est pas la Terre! Le ciel, à l’époque, c’est là où se trouve Dieu!

Enfin, il y a Pentecôte. Le don du Saint-Esprit, disons-nous. Quelque chose de Jésus, quelque chose de son Père nous est offert. Si l’Ascension souligne que le Ressuscité est entré dans le monde de Dieu, qui n’est pas la Terre, eh bien Pentecôte affirme presque le contraire! Ou mieux, l’inverse! C’est Dieu qui “descend” en nous! C’est le monde divin qui vient se loger sur notre Terre! C’est presque comme si, en entrant auprès du Père, Jésus nous avait pris avec lui, et qu’il nous avait élevés, nous aussi, jusqu’à ce paradis!

Le Saint-Esprit, c’est donc un accès au monde de Dieu. En termes d’informatique, j’ai envie de dire que le Saint-Esprit, c’est comme un “alias” de Dieu. Une porte ouverte qui permet d’entrer dans sa substance; dans son message.

Car, lors de la première Pentecôte, les disciples de Jésus, qui s’étaient dispersés après sa mort, se sont retrouvés à nouveau réunis à l’occasion de la fête juive des récoltes. Là, ces hommes ont connu une illumination. De celles qu’on signale dans les bandes dessinées par une ampoule qui s’allume au-dessus de la tête!  Les amis du Christ, une fois ensemble, ont retrouvé le message de leur maître, son coeur, sa substance. Ils ont enfin compris le lien entre ses paroles d’amour; ses actes d’accueil sans condition; ses promesses de pardon; entre tout ça et sa mort sur la croix, sa non-violence.

Oui, ils ont réalisé alors la cohérence qui a habité tout ce que Jésus a été, tout ce qu’il a dit et fait. Ils ont compris son seul but, qui était que vive et se multiplie sa parole chantant la proximité de Dieu, sa tendresse infinie pour chacun(e), sa volonté passionnée de libérer, de sauver, de pardonner; ses appels; ses promesses. Tout cela leur est devenu clair, soudain.

Et cette illumination, nous dit le livre des Actes, elle ne leur a été accessible que parce qu’ils s’étaient réunis. Ils avaient pu ras-sembler tous leurs souvenirs sur Jésus, en les partageant, en les faisant revivre. Comme s’ils avaient mis ensemble les pièces du puzzle que chacun portait en lui.

Voilà à quoi ça sert, le Saint-Esprit! Et voilà à quoi ça sert, le culte, ou le rassemblement de l’Eglise: faire mieux vivre, entre nous, ce souvenir qui est en nous, des paroles du Christ. Les faire revivre pour aujourd’hui. Et pour demain. Il nous invite à la fête, la fête de sa présence!
  

Quand nous habitions le Gros-de-Vaud, une voisine nous a offert un jour un gâteau de l’amitié. Un gâteau de l’amitié, c’est de la pâte qui contient un ferment, une levure. Pendant quelques jours, on rajoute de la farine pour “nourrir” le ferment. Et puis, on peut partager la pâte en trois parties: l’une sera mise au four et donnera un cake délicieux; une 2ème sera offerte à un(e) ami(e), un proche; et une 3ème part permettra de recommencer le processus!

Le ferment, bien que partagé en trois, se trouve entièrement dans chaque part. Chaque tiers comprend exactement ce qu’avait la part reçue au début. En donner ne m’a en rien appauvri!

Eh bien, le Saint-Esprit est pareil à ce gâteau de l’amitié. Il est comme un ferment qui fait lever notre pâte humaine, qui l’allège, la travaille pour qu’elle devienne meilleure! Plus agréable, plus digeste!
 

Et quand je le transmets (et c’est souvent sans m’en rendre compte), quand je le transmets, je ne m’appauvris pas en Esprit de Dieu, bien au contraire! La part du Saint-Esprit qui passe plus loin contient tout l’amour de Dieu; et celle que je garde pour moi également!

Ainsi, de part offerte en amitié donnée, la présence proche du Père habite en chacun(e), pleinement, entièrement!

Vivre un culte, ou se réunir en Eglise, c’est alors se rapprocher pour mieux nous transmettre les uns aux autres ce ferment de l’Esprit de Dieu, et pour travailler notre pâte humaine comme on travaille la terre; afin de permettre à la bonne semence de pousser, et de fructifier! Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz  



dimanche 29 avril 2018

(Pr) Maudire les mécréants??!

Prédication du 29 avril 2018, « Un curé pas très catholique » 

Lectures:  1 Corinthiens 16, 19-24; Matthieu 5, 43-45; Luc 9, 51-55


Il est rare qu’on lise attentivement les salutations qui figurent à la fin des épîtres de la Bible, et qu’on prêche sur elles. Mais là, il y a un verset qui m’a sauté à la figure, c’est celui-ci: “Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit maudit”. Ouille là! J’espère qu’il vous a fait sursauter aussi!!
 
Cette phrase surprend, elle fait tache, avec le reste de la lettre, et en particulier les autres salutations, qui parlent d’amour et de baisers. Elle tranche surtout avec tout ce que nous savons de l’amour chrétien dans le Nouveau Testament! Elle nous gêne et nous interroge. Comment la comprendre?
 


Un qu’elle ne devait pas gêner, c’est un curé espagnol nommé Don Eladio Blanco Vila. Lors d’un service funèbre, il a tiré sur ses paroissiens avec un pistolet, parce que ces derniers n’étaient pas d’accord avec lui!

C’est en 1987. Don Eladio préside les funérailles d’une dame âgée. Or, celle-ci n’allait pas à l’église. En chaire, le curé déclare que la défunte n’a donc pas droit au sacrement, puisqu’elle ne pratiquait pas. Et que, dès lors, il n’ira pas au cimetière pour la mise en terre.
 
La famille et les quelque 300 fidèles murmurent et se fâchent. Mais Don Eladio n’apprécie pas cette colère, il la considère comme une offense. Indigné au point d’en oublier le commandement  “Tu ne tueras pas”, le curé sort de sa poche un revolver! Il tire cinq fois sur ses paroissiens avant d’être désarmé par la foule.

Don Eladio court alors se barricader dans la sacristie, d’où il menace la foule avec un fusil d’assaut militaire. On appelle la police pour ramener le calme... Et on découvre un véritable arsenal chez ce curé pas comme les autres. Hem! On se croirait dans un roman noir de San Antonio!! Et, vous le voyez, les musulmans djihadistes ne sont pas seuls de leur espèce...
 
  


Cette histoire s’est réellement passée, en 1987. On ne sait pas très bien s’il faut en rire ou en pleurer. En tout cas, elle révèle un état d’esprit inquiétant: penser que la foi chrétienne, c’est un ensemble de “devoirs”, qu’il faut accomplir; et croire qu’avec des menaces, par la force ou par la peur, on peut changer les gens.
 
Nous sommes bien d’accord: tout ça n’a rien à voir avec l’évangile. Même si parfois, un bout de phrase dans le Nouveau Testament lui-même va dans ce sens. Car l’intolérance est un poison répandu partout, et prêt à resurgir à l’occasion, prêt à se développer, dans un accès de colère ou de frustration, comme dans notre histoire.
 
Faut-il en rire ou en pleurer, de ce curé flingueur? Pour ma part, je vous propose plutôt d’en rire. Mais d’un rire qui se moque autant de Don Eladio que de nous-mêmes. D’un rire qui n’oublie pas nos envies de parfois imposer «notre» vérité, voire notre intolérance. D’un rire qui démasque la violence qui dort en nous, en chacun(e). D’un rire qui la révèle comme l’a fait l’événement fondateur de notre foi, la mort de Jésus sur la croix.
 
  


“Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit maudit. Maranatha (= le Seigneur vient)”. Pour les exégètes, ce verset serait un ajout de la première Eglise, tiré des liturgies de sainte cène. On sait qu’à Corinthe, le repas du Seigneur était vécu dans l’anarchie: certains bâfraient et se saoulaient alors que d’autres n’avaient que des miettes. Notre menace de malédiction était donc destinée à mettre en garde les croyants, pour éviter qu’ils ne prennent la communion sans être conscients de l’immense cadeau que nous fait Jésus, quand il meurt pour mettre fin à la spirale de la violence.
 
De plus, il faut se souvenir que cette injonction date d’un temps où il était vital pour les premiers chrétiens de bien baliser les limites qui les séparaient des païens. On vivait alors dans une société où l’intolérance et l’exclusion étaient la norme. J’ose croire que ce n’est plus le cas aujourd’hui, grâce à l’enseignement du Christ. Euh... Même si j’ai des doutes, parfois, quant à notre capacité de nous comporter en êtres évolués...
 
Pour ma part, je ne peux pas maudire celui (celle) qui n’aime pas le Seigneur. Le Dieu en qui je crois, c’est celui qui, par la bouche du Christ, réprimande les disciples quand ils voulaient appeler le feu du ciel sur les villes infidèles. Jésus, oui, a versé son sang pour détourner de nous cette malédiction, pour la prendre sur lui à notre place. Et c’est ce qui lui permettra d’oser nous demander cette énormité, oui, cet appel hors normes: “Aimez vos ennemis”.
 
Depuis Vendredi Saint et Pâques, la violence et la haine ont été condamnées à mort! Au matin du tombeau vide, Dieu a semé les graines d’un avenir différent, de relations nouvelles entre les humains. Dieu travaille en nous, par son Saint-Esprit, pour que meurent en nous les tentations d’imposer par la force ou par la peur notre vérité, si juste soit-elle; pour que naisse en nous une qualité de dialogue et d’écoute: qu’on se parle, sans se tirer dessus!
 
Tolérance. Tout le monde en parle, de la tolérance. Tout le monde est d’accord avec la tolérance. Peut-être même Don Eladio et ses frères... Le problème, c’est quand on arrête d’en parler pour la vivre, la tolérance. Le hic, c’est quand les frustrations et le stress s’accumulent; et tournent en colère mal maîtrisée. Alors, parfois, ça explose: une gifle, une insulte, que souvent après on regrette. Et puis, une fois tous les coups de canon, c’est le drame. Peut-être qu’un Don Eladio sommeille en chacun(e) de nous?
 
Merci donc de veiller sur nos colères, sur nos vexations, sur l’intolérance qui nous chatouille, parfois. Merci de veiller sur nos germes de violence. Veiller dessus, ça veut dire pour moi oser les regarder en face, avec le Christ qui m’aide à rester fort. Ça veut dire pour moi les remettre à Dieu, les laisser se transformer au soleil de la Tendresse majuscule qui nous est donnée, gratuitement, grâce à Jésus.
 
Essayer de désamorcer nos germes de violence. Et aussi, bien sûr, de prévenir celles des autres! Autour de nous, et dans le monde. Comme le disait déjà Dieu à Caïn, au tout début de la Bible: “La violence est comme un monstre tapi derrière ta porte. C’est à toi d’en être le maître. Domine-la!”
 
Et ici, chers amis, il faut encore dire, une énième fois, que nos contemporains font souvent fausse route. Car si mes frustrations, car si les injustices et les brimades que je subis peuvent réveiller le Don Eladio qui roupille en moi, combien davantage encore les humiliations que subissent certains, au hasard les musulmans chez nous, risquent d’attiser l’incendie et de provoquer des explosions comme on en a trop vu... L’intolérance provoque en retour l’intolérance, et seuls les extrémistes en profitent. Merci d’y veiller aussi! Comme disait Dieu: “La violence est pareille à un monstre tapi derrière ta porte. C’est à toi d’en être le maître... Domine-la!”.
Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 

  

dimanche 22 avril 2018

(Pr) "Dans les bras de qui?"

Prédication du 22.4.18, Villars, 10h

«Vous croyez en la résurrection... mais ya qqch qui cloche!»

Lectures: 1 Corinthiens 15, 1-5; 12-14; 19-20; 31-32; Esaïe 25, 6-9


Dans une réunion d’évangélisation, une jeune femme donne son témoignage. “Hier, dit-elle, j’étais dans les bras de Satan. Aujourd’hui, je suis dans les bras de Jésus Christ”. Alors, du fond de la salle, une voix d’homme: “Et demain, vous êtes libre?”

Et ce qui n’était, au départ, qu’une joyeuse mise en boîte est devenu soudain une jolie parabole de la foi chrétienne. En effet, c’est vrai qu’il nous arrive de passer d’une paire de bras dans une autre, dans le domaine de notre vie spirituelle. Ce n’est d’ailleurs pas tellement les bras de Satan ou ceux du Christ. La vie n’est jamais aussi simple qu’on le dit dans certaines réunions d’évangélisation!
 


Non, notre foi oscille plutôt entre le respect au Dieu créateur; entre la confiance dans un Dieu qui nous sauve sur la croix; entre la peur d’être puni, avant ou après la mort; entre l’obéissance morale aux commandements; entre les questions, les doutes; et entre l’espérance agissante dynamisée par la foi au Ressuscité...

Chers paroissiens: dans quels bras êtes-vous, aujourd’hui?

Il y a encore ceux du Dieu colérique, tout-puissant et tout-punissant de l’Ancien Testament; ceux du Bon-Dieu style Père-Noël; ceux d’une vague divinité bienveillante mais très très loin de nous; ceux d’une force vitale qu’on pourrait se rendre favorable ou non selon nos gestes, nos prières ou nos rites... Et j’en oublie des kyrielles, sinon on serait encore là à midi!

Dans quels bras êtes-vous, aujourd’hui?

Les Corinthiens, eux, étaient dans les bras du Ressuscité. Du moins le croyaient-ils. Ils avaient reçu de Paul la Bonne Nouvelle de l’évangile, et ils se réunissaient le dimanche, tout joyeux, pour rappeler que ce jour-là Jésus avait été remis debout et qu’il était sorti de sa tombe, libre et vainqueur.

Dans leur culte, ils aimaient réciter ces phrases, qui sont l’un des plus anciens résumés de la foi: “Christ est mort pour nos péchés, comme l’annonçaient les Ecritures (c’est-à-dire l’Ancien Testament). Il a été enterré. Il est ressuscité le troisième jour, comme l’annonçaient les Ecritures; il est apparu à Pierre, puis aux douze”.
 

Pourtant, l’apôtre Paul se rend compte qu’il y a quelque chose qui cloche. Ces affirmations de foi éclatantes ne débouchent sur rien. Il semble que la religion des Corinthiens se restreigne à la connaissance, au culte, à la mémoire. Rien ne se passe dans leur vie de tous les jours, dans le concret de leur quotidien. Et surtout, rien ne se passe dans leur attitude face à la mort! La résurrection du Christ n’a aucun impact sur la façon dont les chrétiens de Corinthe pensent à leur mort.

L’apôtre Paul, par conséquent, les sermonne, dans la plus grande partie de ce chapitre 15. Il leur tire les oreilles en ces termes:  Vous savez bien que le coeur de la foi, c’est la résurrection du Christ. Alors, pourquoi est-ce que vous ne vous sentez pas concernés, vous aussi personnellement, par cette dynamique? Pourquoi plusieurs d’entre vous pensent-ils que les humains, vous et moi, nous ne ressusciterons pas? Si vous laissez de côté cette espérance-là, vous restez en-dehors de l’essentiel de la foi chrétienne!

“Je vous rappelle, dit-il, -littéralement je vous présente- la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée; que vous avez reçue; et à laquelle vous êtes fermement attachés...”.

Pourquoi est-ce que Paul présente cette Bonne Nouvelle si ses lecteurs la connaissent, et s’ils y croient?

Il y a sans doute ici un peu d’humour. Un peu comme si,dans une soirée arrosée, un copain faisait du plat à ta femme et que tu la prennes par l’épaule en te tournant vers le gaillard, lui disant de manière appuyée: “Je te présente mon épouse”! - alors qu’il la connaît, bien sûr!

Et ce que Paul veut dire, avec ce clin d’oeil, c’est que les Corinthiens y croient sans y croire vraiment, à cette Bonne Nouvelle. Qu’ils ne sont pas allés assez loin. Qu’ils en sont restés à la porte d’entrée!

“Je vous présente l’essentiel, la Bonne Nouvelle: “Christ est mort pour nos péchés, comme l’annonçaient les Ecritures. Il a été enterré. Il est ressuscité le troisième jour, comme l’annonçaient les Ecritures; il est apparu à Pierre, puis aux douze”... Ce que vous récitez chaque dimanche, amis de Corinthe, pourquoi ne l’appliquez-vous pas à votre quotidien? Si le Christ nous ouvre la route de la vie nouvelle, et de la résurrection, comment pouvez-vous penser que ce n’est pas pour vous et vos semblables?

Si les morts ne ressuscitent pas, notre foi ne vaut pas un clou! Notre vie spirituelle repose principalement sur cet axe. S’il manque, ce n’est plus du christianisme!
  

22 avril 2018. Nous ne sommes pas là pour faire le procès des gens de Corinthe, évidemment! Mais pour nous demander si cette lettre ne nous concerne pas aussi un peu...

Il me semble que la résurrection des personnes après leur mort nous cause moins de problèmes qu’aux Corinthiens. Dans les cultes de funérailles, comme dans le secret de nos coeurs, et peut-être même dans les discussions de bistrot, nous chrétiens admettons volontiers qu’il y ait une vie après la mort. Donc Villars contre Corinthe: 1 - 0!

Mais. Aujourd’hui, est-ce que ce n’est pas la résurrection du Christ qui est difficile à croire, chez nous? Si nous sommes prêts à accepter que le Créateur nous fasse revivre, d’une façon ou d’une autre, pourtant notre culture rationnelle et matérialiste bute contre ce tombeau ouvert, immense point d’interrogation du matin de Pâques. Christ a-t-il vraiment été ramené de la mort à la vie? Comment est-ce possible?

Pour beaucoup de nos contemporains, la résurrection de Jésus est une sorte de supplément à la foi chrétienne, un élément pas du tout central. Un complément pour des gens particulièrement convaincus, qui ont envie d’aller plus loin.

Du coup, Corinthe égalise: 1 - 1!!

Bien sûr, la lettre de Paul ne répond pas à nos questions de gens modernes et cartésiens. L’apôtre s’adresse à des chrétiens vivant une tout autre culture. Et puis, il baigne, lui aussi, dans cette tout autre culture!

Ce qui va m’aider, c’est justement qu’il n’entre pas dans les détails. Il n’essaie pas de décrire; ni de prouver ou d’expliquer. J’ai l’impression qu’il me laisse libre de me représenter la résurrection comme je veux. Libre d’y voir un fait historique; ou au contraire d’y voir une prédication, un appel, un message général de victoire de la vie sur la mort. Libre d’inscrire l’évènement de Pâques dans nos catégories physiques (soit voir le ressuscité comme je vous vois); ou bien plutôt sous forme d’apparitions dans d’autres dimensions. Paul me laisse libre (davantage que les évangiles, écrits plus tard), et c’est justement cette liberté qui me parle de résurrection!
 
Mais le match n’est pas terminé. À Corinthe comme chez nous,  le plus ardu, la principale difficulté, c’est que notre foi puisse nous transformer; qu’elle ne reste pas au niveau des connaissances seulement, de la mémoire, du culte et des formules. Nous aimons chanter À toi la gloire, nous apprécions les textes liturgiques qui disent la fête, le tombeau ouvert, la vie deux fois donnée... mais comment est-ce que cette espérance se traduit dans nos existences quotidiennes?

La résurrection intervient-elle quand nous sommes fâchés avec quelqu’un? Ou quand nous sommes confrontés à notre fragilité, voire à notre propre mesquinerie? Croyons-nous que toute situation bloquée peut être dynamitée par le ressuscité? Pâques peut-elle changer quelque chose à mes rouilles, à mes trouilles et mes brouilles?

“Christ est mort pour nos péchés, comme l’annonçait l’Ancien Testament. Il a été enterré. Il est ressuscité le troisième jour, comme l’annonçait l’Ancien Testament; il est apparu à Pierre, puis aux douze”: une foi comme celle-là peut-elle dynamiser ma vie, et m’entraîner dans une espérance qui agit concrètement?

De la réponse à cette question dépend le résultat final du match. Corinthe: 1; Villars: 1, ou 2? Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 8 avril 2018

(Po, Li) Comme une promesse



Au bord de la nuit,
Ce n'est déjà plus tout à fait la nuit,
C'est l'aube - qui luit.
 


Au bord de la mort,
Est-ce la mort, encore, ou la vie qui dort?
Au bord du bord, désespoir enfoui - ou enfui,
Pâques vient naître, à l'aurore.


Au bord de tes pleurs,
Ce n'est déjà plus tout à fait des pleurs,
Mais une étoile, qui s'entr'ouvre, comme une fleur.


Au bord de ton regard privé de bleu,
Gris, pareil au ciel qui perle tes cheveux,
Triste comme le vide qui déborde de tes yeux,
Est-ce un regard, encore, est-ce un bateau sans port?


Au bord, à l'extrême fil du faufil de ton corps,
Germe le murmure de ton coeur d'or,
Fragile promesse de trésor.
Pâques naît, aujourd'hui encore.


Au bord de la nuit, c'est l'aurore,
Au bord de la mort, c'est la vie.


Au beau rivage de la tendresse,
Comme une promesse,
Pâques vient nous rendre plus forts.


 

J-J Corbaz, Pâques 2012


dimanche 1 avril 2018

(Li, Hu) Le logo de Pâques


Bonjour!
Les chrétiens du 1er siècle avaient du génie! Ils ont inventé un logo super-facile à dessiner, et pourtant très parlant! C'est devenu un signe de ralliement universel, clair et indispensable. Message caché au temps des persécutions, symbole d'appartenance et de foi: à l'heure où des armées de publicitaires phosphorent pour créer l'image idéale, personne n'a trouvé mieux!

(montrer le dessin)  


Il s'agit du poisson, vous l'avez sans doute deviné. Il évoque le baptême (puisque baptiser signifie "tremper dans l'eau"). Et il est une confession de foi élémentaire: en effet, le mot "poisson", en grec, est constitué de la première lettre de chaque mot dans la phrase "Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur".

Tous les chrétiens naissent donc sous le signe des poissons! Et c'est spécialement le cas aujourd'hui!

En ce 1er avril, fête de Pâques, ce logo nous accueille, et nous relie. Il nous parle d'un Dieu qui nous reçoit les bras ouverts, qui que nous soyons, et quelle que soit notre position face à lui. Il souhaite que nous puissions, dans cette célébration, nous sentir... comme un poisson dans l'eau! Et c’est bien sûr tout spécialement vrai et important en ce qui concerne le baptême, que nous célébrons ce matin!
 
J-J Corbaz



(Pr) la “preuve” de la résurrection

Prédication de Pâques, 1er avril 2018

«Pâques: de la résignation au courage»

Lectures: Matthieu 28, 1-20 (+ Colossiens 3, 1-4 et Psaume 118, 1-6, 19-23, 29)



L’histoire se passe peu après la révolution d’octobre 1917 en Russie. Le nouveau régime envoie un commissaire du peuple parcourir les campagnes afin d’extirper les prétendues “anciennes croyances”, comprenez: la foi chrétienne! Cet homme explique aux habitants des villes et des villages que la religion est l’opium du peuple; mais que l’athéisme va libérer le prolétariat; débarrassé de ses illusions, il marchera de progrès en progrès.

À la fin de son discours, ce commissaire offre la parole à qui veut la prendre, même si c’est un contradicteur.

Un petit pope miteux alors s’avance. On le fait monter à la tribune. Quand le silence est établi, il ne prononce que ces trois mots: “Christ est ressuscité”; et aussitôt, la foule se lève et répond d’une seule voix: “Il est vraiment ressuscité”! - soit la salutation de Pâques bien connue, en usage dans l’Eglise orthodoxe.

   


Cette histoire vraie montre deux choses: d’abord, elle met bien en évidence le caractère irrationnel de la résurrection de Jésus. Rien ne peut la prouver, ni même la rendre probable. Elle est affaire de conviction, de conviction profonde et non raisonnable! La résurrection suscite des doutes même chez les disciples, nous l’avons entendu. Et elle provoque toutes sortes de tentatives pour essayer de l’expliquer rationnellement, tel le plan des chefs juifs selon l’évangile de Matthieu.

Le second enseignement de cette histoire, c’est que, malgré cela, la résurrection est le coeur de la foi au Christ. Pâques est la toute première fête chrétienne, et de loin la plus importante. C’est à cause d’elle que le dimanche est devenu le jour du Seigneur. La résurrection est le moteur de toute foi chrétienne.

À nous aussi, aujourd’hui, Pâques est proposée comme centre de notre vie religieuse. Comme coeur de notre relation avec Dieu, et avec nous-même. Comme pivot pour notre vie de tous les jours. Car Jésus était on ne peut plus inscrit dans le concret de notre terre.

Rappelez-vous son histoire: il vivait à une époque mouvementée. Son pays était occupé, et pliait sous la colonisation romaine.

Après trente ans de vie dans une famille modeste de travailleurs, il se met à annoncer l’évangile, la bonne nouvelle qui peut changer le monde. Il prêche un Dieu qui ne veut que le bonheur et la liberté de chacun(e). Les gens l’écoutent, le suivent; ils l’accueillent de manière triomphale aux Rameaux.

Mais ce que Jésus annonce ne plaît pas à tout le monde. Ceux qui tiennent le pouvoir n’aiment pas ce prophète de la bonté, de la gratuité; du pardon et de l’amour des autres sans conditions. Impossible, avec lui, d’exploiter et de manipuler le peuple tranquillement!

Les puissants complotent donc contre lui. Ils achètent les complicités nécessaires. En quelques jours, Jésus est arrêté, jugé, crucifié, enterré.
  


Mais il l’avait annoncé: il fallait qu’il soit torturé pour être avec nous partout, même dans les pires souffrances. Il fallait qu’il meure pour vaincre la mort, c’est-à-dire pour montrer que, quand on est relié à Dieu, même la mort peut avoir un sens. Trois jours après, il sort de la tombe, victorieux de tous les lâches (y compris ses disciples!), victorieux de tous les ennemis de la bonne nouvelle qu’il était venu proclamer.

Et c’est ainsi qu’au soir du tout premier dimanche de Pâques de l’histoire, les disciples se sont rassemblés, une nouvelle fois (mais aussi une nouvelle foi!!). Ils ont échangé ce cri de joie, qui est devenu la salutation de Pâques par excellence: “Le Seigneur est ressuscité, il est vraiment ressuscité”!
 

Les évangiles, à vrai dire, ne décrivent pas la résurrection elle-même. Ils essaient encore moins de l’expliquer. C’est impossible. Mais ce qu’ils montrent, ce sont des femmes et des hommes (oui, oui, Mesdames, les premiers témoins de Pâques s’appelaient Marie-Madeleine et Marie!!), des femmes et des hommes qui ont été brusquement transformés: des femmes et des hommes qui ont passé de la passivité à l’action; qui ont changé leur timidité en volonté de se prendre en charge; qui ont passé en quelques heures d’une résignation presque fataliste au courage d’affronter le monde.

Et depuis cette époque, depuis 2000 ans, savez-vous: il y a toujours eu des femmes, il y a toujours eu des hommes qui ont vécu une expérience semblable. Qui ont passé étonnamment de la résignation au courage, grâce au Christ.

Une telle expérience serait-elle exceptionnelle, ou réservée à quelques privilégié(e)s?

Pas du tout! J’ai presque envie de dire qu’elle est à la portée de chacun(e). Mais ce serait exagéré.

Ce serait exagéré, parce qu’il y faut une condition essentielle, pour que ce soit possible. Car pour réussir de tels retournements, nous avons besoin le plus souvent d’une aide concrète qui ne se paie pas de mots, mais qui paie en actes! Nous avons besoin d’exemples, nous avons besoin de voir des personnes concrètes transformées et ressuscitées, elles aussi, et qui nous permettront de suivre un peu leur chemin. Nous avons besoin de les voir, de les entendre, de les toucher. Car savez-vous: de passer de la résignation au courage, c’est réellement contagieux!

J’aime le dire: la seule “preuve” de la résurrection, ce sont des femmes et des hommes que Pâques a remis en marche, relevés, remis debout; des vies transformées. De même que la seule preuve du vent, ce sont les feuilles qu’il fait bouger, et les voiliers qu’il fait avancer!
  

Aujourd’hui donc, l’Espoir majuscule a besoin de nous. La Vie a besoin de nous. Chaque fois que nous nous relevons, chaque fois que le courage l’emporte sur le fatalisme, et l’amour sur la haine, alors de nouvelles personnes se voient offrir ce fabuleux cadeau de Pâques, cette porte ouverte sur une vie libérée!

Bien sûr, notre monde est rempli d’obscurité; de violence; de souffrances. Mais ce n’est qu’en retroussant nos manches que la lumière augmentera; que la paix gagnera; que la liberté et le bonheur que Dieu nous destine deviendront accessibles au plus grand nombre. En retroussant nos manches: pas une seule, mais dix manches (au moins!) - puisque c’est le jour de Pâques!

Merci donc aux femmes et aux hommes de notre temps qui relèveront ce défi-là! Sans eux, sans nous, Dieu est manchot et muet. Seuls nos gestes et nos sourires permettront à nos contemporains de commencer à ressusciter, eux aussi.

Et là vous voyez, Khanh et Lambro, chère famille, vous voyez la force de votre choix, en ce dimanche de Pâques, de baptiser Elina; de la placer sous les promesses et la Vie majuscule de Dieu en Christ; et donc de tâcher de toujours mieux devenir, pour elle, ces exemples de vie réconciliée et ressuscitée; ces modèles de solidité intérieure et d’amour, de soi, des autres et de Dieu. En ce 1er avril, on peut dire qu’Elina maintenant est née, non pas seulement sous le signe des poissons (comme le disait avec le sourire notre introduction au baptême), mais sous le signe de la Passion! La Passion de Dieu pour elle, et la nôtre pour la mission que Jésus nous confie!

Chers amis: que notre Pâques soit joyeuse, mais surtout vraie et rayonnante! Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz