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lundi 24 août 2026

(Pr, Co) Renseignement SVP

Il y a sur terre des petits coins de paradis, et des anges qui nous aident à y croire. Comme dans ce récit vécu, que j'aime beaucoup:

.
 

 

Renseignement SVP 

 
Lorsque j'étais petit, mon père a eu l'un des premiers téléphones du quartier. Je me rappelle très bien la vieille boîte en bois fixée au mur et le récepteur noir accroché sur son côté. J'étais trop petit pour atteindre le téléphone, mais j'aimais écouter ma mère lui parler. J'ai découvert ainsi que dans ce merveilleux appareil vivait une personne fantastique. Son nom était "Renseignement SVP" et elle savait tout! Renseignement SVP pouvait fournir le numéro de n'importe qui, en plus de l'heure exacte.

Un jour où ma mère était sortie, en jouant je me suis fait très mal. La douleur était terrible, mais il n'y avait personne pour m'entendre et me réconforter.
Je suis allé vers l'escalier en suçant mon doigt, et je l’ai vu. Le téléphone! J'ai couru chercher un tabouret à la cuisine et je suis monté dessus, j'ai décroché le combiné.
- Renseignement SVP, dis-je dans le microphone. Un clic ou deux... et j'entends une petite voix claire me dire:
- Renseignement.
Je dis alors:
- Je me suis fait mal au doigt.
- Est-ce que tu saignes? me demande la voix.
- Non, je me suis tapé avec un marteau, ça fait très mal.
Elle me demande alors:
- Peux-tu ouvrir la boîte à glace?
- Oui je peux.
- Alors, prends un petit morceau de glace et pose le sur ton doigt, me dit-elle.

Après cette expérience, j'ai appelé Renseignement SVP pour n'importe quoi. Un jour, je lui ai demandé:
- Comment épelez-vous le mot réparation?
D’autres fois, je l’ai appelée pour qu’elle m'aide pour ma géographie ou mes mathématiques. Elle m'a dit que le petit écureuil que j'avais trouvé dans le parc la veille devait manger des fruits et des noix.

Un peu plus tard, mon canari est mort. J'ai appelé Renseignement SVP et lui ai raconté ma triste histoire. Elle m'a écouté attentivement et m'a dit ce qu'un adulte dit pour consoler un enfant, mais j'étais inconsolable.
Je lui ai demandé, la gorge serrée:
- Pourquoi les oiseaux chantent si merveilleusement et nous procurent tant de joie, si c'est pour finir comme un tas de plumes au fond d'une cage?
Elle a ressenti mon profond désarroi et m'a dit alors, d'une voix calme:
- Paul, rappelle-toi toujours qu'il existe d'autres mondes où l'on peut chanter.
D'une certaine façon, je me sentais mieux.

Tout ça se passait dans la ville de Québec. Puis, alors que j'avais 9 ans, nous avons déménagé à l'autre bout de la province. Je m'ennuyais terriblement de mon amie. Renseignement SVP appartenait à cette vieille boîte en bois de notre maison familiale, et, curieusement, je n'ai jamais songé à utiliser le téléphone neuf étincelant posé sur une table.

Le souvenir de ces conversations de mon enfance ne m'a jamais quitté. Souvent, lors des moments de doute et de difficultés, je me rappelais ce doux sentiment de sécurité que j'avais à cette époque. J'appréciais maintenant la patience, la compréhension et la gentillesse qu'elle a eu à consacrer de son temps pour un petit garçon.

Quelques années plus tard, alors que je me rendais à Montréal, mon avion devait faire une escale à Québec. J'avais une demi-heure d'attente. Comme j’avais mon téléphone dans ma main, sans penser vraiment à ce que je faisais, j'ai composé le "0" et dit:
- Renseignement SVP.
Miraculeusement, j'entendis alors cette même voix claire que je connaissais si bien:
- Renseignement.
Sans avoir rien prévu, je m'entendis lui dire:
- Pouvez-vous m'épeler le mot réparation?
Il y eut un silence. Ensuite, j'entendis la voix si douce me répondre:
- Je suppose que ton doigt est guéri maintenant.
Je me mis à rire:
- C'est donc toujours vous! Je me demande si vous avez la moindre idée comme vous étiez importante pour moi pendant toutes ces années.
- Je me demande, dit-elle, si tu sais combien tes appels étaient importants pour moi. Je n'ai jamais eu d'enfant et j'étais toujours impatiente de recevoir tes appels.
Je lui dis comment, si souvent, j'avais pensé à elle au cours de ces dernières années et je lui demandai si je pourrais la rappeler lorsque je reviendrais:
- Bien sûr, tu n'auras qu'à demander Sarah, me répondit-elle.

Trois mois plus tard, alors que j'étais de nouveau à Québec, une voix différente me répondit:
- Renseignement.
J'ai demandé à parler à Sarah.
- Êtes-vous un ami? me demanda la voix inconnue.
Je lui répondis:
- Oui, un vieil ami.
J'entendis alors la voix me dire:
- Je suis désolée, Sarah ne travaillait plus qu'à temps partiel ces dernières années parce qu'elle était très malade. Elle… elle est morte il y a un mois...
Avant même que j'aie le raccroché, elle ajoute:
- Attendez une minute. Vous avez dit que votre nom est Paul?
Je répondis:
- Oui.
- Eh bien, Sarah a laissé un message pour vous, au cas où vous appelleriez. Ce message, c'est:
«Dites-lui que je crois toujours qu'il y a d'autres mondes où l'on peut chanter. Il saura ce que je veux dire...»
Je lui dis merci et raccrochai.

Oui, je savais ce que Sarah voulait dire...
Ne sous-estimez jamais l'influence que vous pouvez avoir sur les autres. La vie de qui avez-vous touché aujourd'hui?


Anonyme

(Li) Béatitudes du 20è siècle

Heureux celui dont la douceur apporte aux autres un peu de paix et la joie de vivre.


Heureux celui dont la douceur fait respirer le temps qui passe, vient calmer la tristesse ou réduire la souffrance.


Heureux celui dont la douceur est une présence pour les autres. Heureux celui dont la douceur n’est pas suave, ni faible.


Celui-là sait ouvrir les yeux, celui-là fait contempler aux autres le monde qui les environne, les personnes qui l’entourent.


Celui-là ouvrira l’ère d’un monde nouveau. En lui, toute larme saura disparaître, en lui la mort s’ouvrira vers la vie, en lui toute la terre deviendra le royaume de Dieu.

D’après François Chagneau

(Li, Hu) Accueil - Le dentiste

Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte !

C’est l’histoire d’une dame dans la soixantaine, soignée et qui se sent bien conservée. Lors d’un déplacement à l’étranger, elle doit prendre un rendez-vous d’urgence chez un dentiste local.


Tout en patientant dans la salle d’attente, elle remarque le diplôme de l’homme. Le nom la frappe: c’est le même que celui d’un ancien camarade de collège, un beau gars sympathique dont elle était amoureuse, mais qu’elle a complètement perdu de vue depuis une lurette belle à en faire pâlir miss Monde. Serait-il possible que ce soit lui?


Son cœur bat un peu plus fort. C’est alors qu’entre un homme en blouse blanche qui l’appelle: «Madame? C’est à vous.»


Elle se lève, désappointée. Ce ne peut pas être lui. Le praticien est voûté, ridé, bedonnant, les traits disgracieux. Certes, des litres d’eau ont coulé sous les bridges de Pétaouchnock, mais quand même… Elle ose pourtant lui demander: «Vous êtes le Dr Mack?»


«Oui, c’est moi. Pourquoi?»


«Est-ce que vous auriez étudié au collège de l’Elysée, à Lausanne?» demande-t-elle.


«Ah oui. On se connaît?» fait le dentiste.


«Mais oui! Vous étiez dans ma classe!»


L’homme lève sur elle un regard interrogateur. Il se creuse la tête, ne trouve rien et demande: «Vous étiez prof de quoi?»   (mdr)

Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, Dieu, lui, nous voit d’un tout autre œil: pour lui, nous sommes éternellement jeunes et beaux. Oui, je pèse mes mots: éternellement!


Bienvenue auprès de lui, laissons-le nous faire du bien par son regard aimant et passionné!


Jean-Jacques Corbaz, février 2026        

mercredi 19 août 2026

(FA, SB, Vu) LES EXÉGÈTES ET LE JÉSUS HISTORIQUE

Nous savons que les évangiles sont des témoignages des premières communauté chrétiennes, soit environs trente années après la crucifixion de Jésus. Il est vain d’y chercher les ipssissima verba de Jésus. Cependant, après le scepticisme de Rudolf Bultmann, ses élèves se sont remis à la tâche. Un certain nombre d’historiens américains ont poursuivis ce travail.
Malgré leurs divergences, les spécialistes du Jésus historique s’accordent sur un noyau assez robuste de faits et de traits, puis se séparent lorsqu’il s’agit de les interpréter. Il est d’ailleurs plus juste de parler de degrés de plausibilité historique que de certitudes.
 
Le noyau qui fait largement consensus
On peut considérer comme très plausibles, parfois pratiquement certains, les éléments suivants :
• Jésus a réellement existé, Juif galiléen du Ier siècle, probablement né vers 6–4 avant notre ère et ayant grandi à Nazareth.
• Il a été baptisé par Jean le Baptiste et son activité publique s’inscrit probablement dans le prolongement du mouvement de Jean, tout en prenant ensuite une orientation propre.
• Il fut un prédicateur itinérant, essentiellement en Galilée, entouré de disciples, hommes et femmes.
• Le centre de sa prédication fut le Règne ou Royaume de Dieu : « Le règne de Dieu s’est approché ». C’est probablement le point le plus important pour comprendre le Jésus historique.
• Il enseignait volontiers par paraboles, aphorismes et formules provocatrices. Plusieurs paraboles, sinon leur rédaction exacte, remontent très vraisemblablement à lui : le grain de moutarde, les ouvriers de la onzième heure, le semeur, etc.
• Son activité comportait des guérisons et des exorcismes. L’historien ne peut évidemment pas établir leur caractère miraculeux, mais il peut considérer comme très probable que Jésus ait été connu comme guérisseur et exorciste.
• Il pratiquait une commensalité particulièrement ouverte : repas avec des personnes considérées comme pécheresses ou socialement marginalisées. Cette attitude faisait partie de son message.
• Il entretenait avec la Torah une relation juive mais libre et parfois conflictuelle : controverses sur le sabbat, la pureté, le divorce, etc. Il ne cherchait vraisemblablement pas à abolir le judaïsme ni à créer une nouvelle religion.
• Il a constitué autour de lui un groupe de disciples et probablement un groupe symbolique des Douze, qui renvoyait à la restauration d’Israël.
• Il est monté à Jérusalem à la fin de sa vie et a accompli une action spectaculaire dans le Temple — probablement un geste prophétique plus qu’une simple opération de « nettoyage » commercial.
• Il a été arrêté et crucifié sous Ponce Pilate, probablement vers l’an 30, comme individu susceptible de représenter une menace politique ou un trouble à l’ordre public. Sa crucifixion est l’un des faits les plus certains de sa biographie.
• Après sa mort, certains de ses disciples ont été convaincus qu’il était vivant et qu’il leur était apparu. L’historien peut établir très tôt cette conviction ; il ne peut évidemment pas établir historiquement que Dieu l’a ressuscité.
 
Là où commencent les différences entre exégètes :
Le désaccord principal porte moins sur ces faits que sur la figure globale qui permet de les relier.
Pour E. P. Sanders, Jésus est avant tout un prophète juif de la restauration d’Israël. L’attente eschatologique est fondamentale : Dieu va intervenir pour établir son règne. Sanders insiste fortement sur le caractère intégralement juif de Jésus.
John P. Meier est plus prudent. Son immense enquête A Marginal Jew cherche précisément à établir ce qu’un « conclave imaginaire » d’historiens de convictions différentes pourrait reconnaître. Il retient notamment Jean Baptiste, la proclamation du Royaume, les miracles compris comme activité de guérisseur, les disciples, les Douze, certaines controverses et la crucifixion. C’est probablement l’approche la plus méthodiquement conservatrice.
Dale Allison accentue encore davantage la dimension apocalyptique. Jésus attendait réellement une intervention décisive de Dieu dans un avenir relativement proche. Allison considère qu’une partie de l’exégèse moderne a parfois « domestiqué » Jésus pour le rendre compatible avec nos sensibilités contemporaines.
Bart Ehrman est assez proche de cette lecture : Jésus est fondamentalement un prophète apocalyptique juif annonçant l’imminence du Royaume. Ehrman insiste donc sur un point parfois embarrassant pour la théologie ultérieure : Jésus annonce d’abord ce que Dieu va faire, et non sa propre divinité.
Avec Gerd Theissen, l’accent se déplace légèrement vers la sociologie : Jésus appartient à un mouvement charismatique itinérant dans les tensions sociales, économiques et religieuses de la Palestine du Ier siècle.
Richard Horsley va plus loin dans cette direction. Il met fortement en valeur la situation des villages galiléens, la domination romaine, les élites, l’endettement et les rapports économiques. Le Royaume devient alors aussi une contestation de l’ordre impérial et social. Tous les historiens ne le suivent pas lorsqu’il politise fortement Jésus.
À l’autre extrémité, des chercheurs comme John Dominic Crossan ont présenté Jésus comme un prophète de sagesse et de transformation sociale, beaucoup moins apocalyptique. Cette reconstruction a été influente, mais le consensus actuel tend plutôt à reconnaître une composante eschatologique ou apocalyptique beaucoup plus forte que Crossan.
 
Une distinction me paraît capitale :
Il faut surtout distinguer trois propositions :
1. Jésus annonçait le Royaume de Dieu.
C’est historiquement extrêmement solide.
2. Jésus pensait avoir personnellement un rôle décisif dans la venue de ce Royaume.
C’est très plausible, mais la nature exacte de ce rôle est discutée.
3. Jésus ne se considérait pas comme Dieu incarné, Fils éternel consubstantiel au Père.
Cela ne relève pratiquement plus du consensus historique. La grande majorité des historiens considèrent cette formulation comme appartenant au développement christologique postérieur, culminant beaucoup plus tard dans les formulations dogmatiques.
C’est là que mon interrogation récurrente sur le passage de l’annonce au prédicateur devient historiquement particulièrement intéressante. On pourrait résumer l’évolution ainsi :
Jésus annonce le Royaume de Dieu → ses disciples annoncent que Dieu a ressuscité Jésus → Jésus devient lui-même constitutif de l’annonce → Paul interprète sa mort et sa résurrection dans une perspective salvifique → les christologies du Nouveau Testament se diversifient et s’élèvent progressivement → les siècles suivants formulent ontologiquement son rapport à Dieu.
Mais il faut éviter de transformer cette séquence en évolution parfaitement linéaire : des christologies très élevées apparaissent déjà très tôt, notamment dans certaines traditions que Paul reçoit lui-même.
Le noyau historique le plus sobre serait donc quelque chose comme ceci : Jésus fut un Juif galiléen, disciple initial ou proche de Jean Baptiste, devenu prédicateur charismatique du Règne imminent de Dieu ; il annonça ce règne par des paraboles et des gestes symboliques, pratiqua guérisons et exorcismes, rassembla des disciples, accueillit les marginalisés, relativisa certaines frontières religieuses au nom de l’urgence du Royaume, entra en conflit avec certaines autorités, accomplit un geste prophétique au Temple et fut finalement crucifié par le pouvoir romain. Après sa mort, ses disciples eurent des expériences qu’ils interprétèrent comme des apparitions du ressuscité, et c’est alors que commença véritablement l’histoire de la christologie.
C’est, à mon sens, le point de départ le plus solide pour ensuite comparer « ce que Jésus annonçait » et « ce que l’Église a annoncé de Jésus ». Cette comparaison ferait apparaître très précisément les continuités, mais aussi les déplacements considérables qui se sont produits entre Jésus, Paul, Jean et Nicée.