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Bonne balade entre les mots!
vendredi 20 mai 2022
(Hu, Bi) Le meilleur argument
Le diable réunit ses ministres pour parler de stratégie: quelle est la meilleure tactique pour contrer Dieu? Un premier démon propose son idée:
- J'irai dire aux hommes que Dieu n'existe pas.
Sans hésiter, le diable répond: Non, ça ne prendra pas. Ça ne marchera jamais!
Un deuxième suggère:
- Je pourrais aller les convaincre que Dieu existe, mais qu'il ne s'intéresse pas aux humains...
Le diable n'est pas enthousiaste: je ne crois pas que ce soit efficace. Quelqu'un a-t-il une meilleure idée?
Un troisième démon se propose alors:
- Moi, je leur soufflerai que Dieu existe, qu'il les aime; qu'il veut les sauver... Mais qu'ils ont tout leur temps!
- Yes! fait le diable. Vas-y! Ça, c'est la bonne tactique!
lundi 16 mai 2022
(Pr) 'Tirez pas sur Thomas, c'est votre frère!
Prédication du 16.5.22 - « Le jumeau »
Lectures bibliques: (le soir de Pâques, dans l’évangile selon Jean, la première apparition du Ressuscité aux disciples) Jean 20, 19-31; Ezékiel 37, 1-14
Thomas, l’incrédule ! L’exemple type de celui qui doute. Quand on traite quelqu’un de « Thomas », ce n’est jamais très flatteur. Nous avons tous plus ou moins l’impression que ce disciple est un homme à part, différent des autres. Un croyant… pas très catholique, un peu mécréant sur les bords. Tous les autres ont cru, et pas lui. Est-ce que c’était un tiède, un mauvais apôtre ? Un réfractaire à la lumière de Pâques ?
Eh bien non ! Il faut le dire clairement : il n’y a rien, dans les évangiles, qui permette de placer Thomas sur le banc des accusés. Il n’y a aucun reproche du Christ, ni des autres disciples. Au contraire même : le Ressuscité entre dans son « jeu » ; il lui présente ses mains et son côté, pour qu’il voie et qu’il croie.
Personne ne fait le moindre reproche à Thomas ; car la seule différence avec les autres apôtres, ce n’est pas une foi plus tiède, ou plus méfiante. La seule différence avec les 10 autres, c’est qu’il n’était pas là lors de la première apparition du Ressuscité, le jour de Pâques. Il n’était pas là pour voir Jésus. Et c’est tout !Dès lors, l’évangile n’a aucune intention d’accabler Thomas. Il n’est l’exemple type que d’une espèce de croyant très répandue : le chrétien qui n’a jamais vu le Ressuscité lui apparaître. Il est le frère de toutes celles et de tous ceux qui disent : « J’ai de la peine à croire. Cette résurrection est si étonnante que j’en doute parfois. Ou souvent. » Thomas est l’exemple type de celui qui place sa confiance en Dieu, ça oui ! Et qui marche avec Jésus, ça aussi ! Mais, quand on aborde le chapitre « résurrection », ça devient quand même nettement plus incertain. Plus opaque. Là, on avance bien davantage comme dans un tunnel, dans le noir ! « Si seulement je pouvais voir, me dit-on souvent, ce serait quand même bien plus facile de croire ! »
L’évangile de Jean, qui aime bien les clins d’œil et l’humour, précise une chose étonnante : que Thomas, en araméen, ça veut dire « le jumeau ». Est-ce que Thomas ne serait pas présenté comme le frère jumeau de l’Eglise ? L’Eglise qui elle aussi a entendu parler de l’événement de Pâques, mais qui n’a jamais vu le Christ ressuscité de ses yeux ? Est-ce que, plus précisément, la communauté de Jean ne s’identifierait pas à ce disciple qui a besoin de voir pour croire ?
Car il y a un deuxième indice (on est un peu comme dans un roman policier, où le lecteur est invité à avancer dans ses découvertes grâce à des détails infimes). Le deuxième indice, c’est que la première apparition de Jésus (sans Thomas) a eu lieu le jour de Pâques. Soit un dimanche. Et la seconde apparition de Jésus s’est produite pile une semaine plus tard : donc le second dimanche de l’histoire chrétienne ! Le groupe des disciples rassemblés là, nous suggère ainsi Jean, c’est l’image de la communauté des croyants réunie pour le culte dominical !
Oui, Thomas est bien le frère de beaucoup d’entre nous, qui avons de la peine à croire à la résurrection, tellement c’est énorme, je veux dire é-norme au sens étymologique, hors des normes !
Encore une fois, l’évangile ne veut pas accuser ni culpabiliser aucun de ces chrétiens qui doutent : c’est normal ! C’est humain !
Un qui n’est pas normal, par contre, qui n’est pas humain, c’est le Christ. D’abord, il entre dans une maison dont tous les accès sont fermés à clé. Il n’a donc plus un corps matériel comme nous. Mais ensuite, il montre ses mains et son côté, donc il a encore l’apparence du crucifié. Et rebelote une semaine plus tard.
Remarquez bien : Thomas n’a pas le temps de toucher les plaies du Christ ; il s’écrie, avant même d’avoir esquissé le moindre geste, cette confession de foi résumée : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Ce n’est pas d’avoir touché qui lui a permis de croire, mais c’est la manière dont Jésus est entré dans son « jeu ». Du reste, il n’aurait probablement pas pu sentir avec ses mains le corps du Ressuscité, puisqu’il est d’une nature différente du nôtre (il a de nouveau traversé les murs de la maison verrouillée). Mais l’attitude accueillante de Jésus, malgré ses doutes, a permis à Thomas de retrouver la relation qu’il vivait auparavant avec lui. C’est par l’amour, par l’affectif, que Thomas a découvert la foi, après la résurrection.
Mais voilà que Jésus leur apparaît, et qu’il leur dit « La paix soit avec vous ». Et cette salutation, qui ressemble à celle des anges à Noël « Ne craignez pas », il la leur répète une seconde fois. « La paix soit avec vous ». Que votre cœur soit paisible.
Et puis, oubliez SVP l’évangile de Luc, parce que c’est ici, chez Jean, la Pentecôte. Je veux dire que dans le quatrième évangile, c’est ici que Jésus donne le Saint-Esprit aux apôtres. Le jour même de Pâques. Car c’est la victoire sur la mort, c’est la présence immortelle de Jésus qui donne l’Esprit Saint : ‘Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Puis il souffle sur eux et leur dit : « Recevez le Saint-Esprit »’.
Le Ressuscité souffle sur ses disciples un peu comme on souffle sur un voilier jouet, pour le remettre en route quand il s’est échoué. Allez ! On repart ! En route !
C’est beau, n’est-ce pas ? L’ennui, c’est que, huit jours plus tard, les disciples n’ont pas avancé d’un millimètre ! Ils sont toujours au même endroit, les portes sont toujours bouclées hermétiquement ! Voilà qui nous sommes, nous les humains : si lourds à mettre en marche, si engourdis ! Si terre-à-terre !
Et voilà ce que l’évangile de Jean veut dire à sa communauté, qui est spécialement petite et fragile ; et qui le sait trop bien, à la fin du premier siècle. L’Eglise johannique ressemble furieusement au peuple d’Israël au temps d’Ezékiel : ils disent « nous sommes des ossements desséchés, notre espérance est morte, il n’y a plus rien à faire ». Et déjà, dans ces temps reculés, Dieu avait soufflé sur ces os secs, sur ces tombeaux, et il avait fait renaître la vie.
Au temps de Jean, on sait bien qu’Israël a revécu. Mais on a peur pour le christianisme.
Aujourd’hui, on sait bien, aussi, que la foi au Christ a traversé 2000 ans depuis lors. Mais est-ce que nous avons peur pour demain, nous aussi ?
Est-ce que nous nous sentons parfois trop faibles ; démunis ; remplis de doutes et de craintes ? Pour l’avenir de l’évangile ou pour le nôtre ?
Si nous éprouvons ces sentiments, alors, c’est pour nous que Christ est mort et ressuscité. C’est à nous qu’il dit, aujourd’hui encore : « Je souffle sur vous, recevez le Saint-Esprit. Je vais ouvrir vos tombeaux, je mettrai en vous un Esprit nouveau, et vous vivrez ! ». Amen
Jean-Jacques Corbaz
lundi 25 avril 2022
(Bi) MORT OU VIF ?
MORT OU VIF ?
Sans le vouloir, en tuant Jésus, les pouvoirs de son temps l’ont rendu éternel. Plus encore, ils ont permis que s’ouvrent pour nous aussi les portes de la résurrection !
Étonnamment toute violence, à long terme, se détourne de son but premier. - Il arrive même qu’elle se retourne contre ceux qui l’exercent.
Dites: si la foi pascale nous transformait en profondeur, ne pensez-vous pas qu’il ferait meilleur sur terre ?
Jean-Jacques Corbaz
jeudi 21 avril 2022
(Ci) La souffrance ne sauve pas
samedi 16 avril 2022
(Pr) C’est pas naturel
Lectures: Matthieu 28, 1-10; Psaume 116, 1-9
Pâques! La fête du printemps! Célébration de la vie qui monte, du renouveau! De la nature, habillée aux couleurs de la joie! ...
Je pourrais continuer longtemps sur cette lancée, sans que personne ne proteste. Pourtant... question impertinente: est-ce que vous imaginez que Pâques puisse avoir lieu en automne, ou en hiver?
Impossible, dites-vous? Ce ne serait pas la même chose!?!
Mais pourtant, c’est bien ce qui se passe, pour la moitié du monde! Je veux dire: dans l’hémisphère sud; là, l’été vient de finir, l’hiver va commencer.
Vivre Pâques en automne, cela pourrait peut-être nous aider à comprendre que cette fête n’a rien à voir avec une célébration de la nature qui renaît. Tout au plus une heureuse coïncidence. Pâques, ce n’est pas naturel!
Au milieu de notre monde de lois (et je pense autant au code civil qu’aux lois universelles de la physique); au coeur de notre histoire humaine, quelque chose, tout à coup, a changé. Non pas une correction de trajectoire, pas un réglage supplémentaire: mais une révolution! (j’allais dire: une conversion!). Quelque chose a été tourné fond sur fond! Pâques, ce n’est pas naturel du tout, c’est même l’envers du naturel!
Oui, bien sûr, le naturel reviendra au galop, mais depuis qu’il a été chassé, nous savons qu’il a été vaincu; qu’il n’est pas le dernier mot du monde, et de l’histoire, et de Dieu; qu’auprès du Christ, avec l’aide de son Esprit saint, nous pouvons toujours retrouver la force de le dominer, nous aussi.
Le naturel c’est quoi ? Eh bien, la guerre, c’est naturel. Et la souffrance, et l’égoïsme, et la peur; ça, c’est naturel. La mort aussi, bien sûr! Mais la révolution, vous le savez, c’est qu’au matin de Pâques, tout ça, même la mort, s’est fait poser un lapin!!
Face à ces religions-là, la résurrection proclamée par le Nouveau Testament s’inscrit complètement à contre-courant: Dieu nous aime, il reste relié à nous au-delà de la mort. Ce qui était une barrière totale n’est plus une barrière du tout: Christ est des deux côtés; vivant ou mort, il règne de part et d’autre, et les croyants avec lui! Pâques, ce n’est pas naturel du tout!
Une preuve encore: la frousse! Les gardes sont paralysés par la peur. Les deux Marie sont toutes tremblantes, et l’ange doit déployer toute sa psychologie pour les rassurer. Pâques, ce n’est pas naturel.
Mais surtout, à quoi sert cet événement incroyable? Eh bien, il n’a pas d’autre but que d’être annoncé aux disciples, aux chrétiens. La résurrection n’est pas faite pour être proclamée aux incroyants, elle est trop incroyable! Elle peut même devenir, nous le savons, un obstacle à la foi.
Pâques n’est pas un événement pour l’extérieur, mais pour l’intérieur: pour redonner courage aux chrétiens, pour les stimuler sur les chemins de la mission que Jésus va leur confier, quelques versets après notre passage, quand il dit: “Allez, faites de tous les peuples mes disciples, apprenez-leur tout ce que je vous ai appris, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et sachez-le: je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde!”
Comme aux croyants d’il y a 2000 ans, Pâques nous est donné, à nous chrétiens d’aujourd’hui, comme une ouverture formidable à l’inespéré, pour faire exploser nos résignations, pour nous mettre en marche sur des chemins neufs, risqués, des chemins pas naturels du tout! C’est le fameux renversement des valeurs que chantent les chrétiens: celui qui a été mis en route par le Christ n’a plus les mêmes priorités que les autres. Quelque chose a été tourné fond sur fond.
Dans quelle direction le ressuscité va-t-il nous lancer? Dans quelle direction le ressuscité va-t-il te lancer? Dans le domaine social, la lutte contre le chômage, ou l’accueil des migrants? Dans les relations avec les pays pauvres, à l’exemple d’un Raoul Follereau? Ou, plus près de nous, dans le combat quotidien contre la résignation, le fatalisme, la peur, à l’intérieur même de notre propre vie? Dans la lutte avec la mort, en nous ou autour de nous? Dans des gestes, des paroles, des amitiés qui ressuscitent l’espoir pour deux ou trois que Dieu a placés à portée de notre foi?
La réponse, bien sûr, ne peut être donnée que par chacun, pour lui-même. Par chacune, pour elle-même!
Mais nous ne nous montrons disciples du Christ que dans cette transformation de la vie entière, qui atteste notre participation à son règne (son règne, qui n’est pas plus naturel que le reste, bien sûr!).
Vous me direz: “c’est complètement fou!” Evidemment! Comme Pâques, vous l’avez déjà compris! C’est fou comme la victoire de Jésus sur la mort et la haine. L’aventure de la foi pascale est à l’envers du monde.
Je ne vous suggère donc pas, en prolongement de cette prédication, de choisir dans votre coeur des gestes de réconciliation ou de solidarité, comme parfois. Non, je vous propose aujourd’hui beaucoup plus: de vous choisir une vie entière. Les gestes viendront bien après, tout seuls!
Vous me direz, pour la plupart, qu’il y a longtemps que vous avez fait vos choix de vie; les orientations essentielles de votre existence, vous n’avez pas attendu cette prédication pour les découvrir, heureusement! C’est clair.
Mais ce culte de Pâques nous est offert pour y repenser, à ces choix essentiels. Pour les retrouver, peut-être, face à l’évangile, afin que la Résurrection les re-vivifie, les rajeunisse, leur donne une vigueur nouvelle.
Depuis bientôt 2000 ans, Pâques nous appelle à devenir ferments d’un monde changé. Pâques nous appelle à ressusciter, chaque jour, ici-bas! Ce n’est pas naturel du tout, mais qu’est-ce que ça remplit la vie d’espérances passionnantes! Amen
Jean-Jacques Corbaz
J’avais déjà écrit cette prédication quand j’ai lu ce texte de James Woody, qui la rejoint bien:

Pâques sans effets spéciaux
Pâques est-elle une fête à réserver aux superstitieux qui pensent qu’être croyant c’est être certain qu’il y a un dieu qui a réanimé un mort il y a deux mille ans? Les évangiles font d’abord de Pâques une réponse au vendredi de la condamnation à mort d’un innocent. Pâques, c’est avant tout le fait d’assumer les vendredis noirs de l’histoire : les dénis de justice, le massacre des innocents, le cynisme politique qui organise la paix civile sur le dos des populations; c’est assumer les crucifixions moins spectaculaires, mais tout aussi cruelles: un licenciement, une rupture, un cancer. Cela nous concerne tous, que nous revendiquions une identité chrétienne ou non, que nous ayons prévu d’aller à un office de Pâques ou non.
Les récits de Pâques mettent en défaut une conception physique de la résurrection: Jésus ne peut plus être touché, il n’est même plus reconnaissable par ses plus proches, ce qui signifie qu’il n’est plus visible en tant que tel. Le tombeau n’est pas vide du corps de Jésus; il est vide de ce qu’il a accompli, de son enseignement, de la puissance d’amour qu’il a manifestée et qui ne peut être définitivement enterrée. Pâques n’est pas la fête de ceux qui croient en un dieu tout-puissant qui aurait fabriqué les atomes et les cellules ou qui croient en ce dieu qui aurait décidé que la meilleure manière de rendre le monde plus vivable était de mettre à mort un innocent. Pâques n’est pas la fête de ceux qui pensent que «Dieu» est un être surnaturel siégeant dans un coin de l’univers, capable de réparer les corps meurtris ou d’arrêter un nuage de gaz mortel aux portes d’un hôpital. Pâques n’est pas la fête de ceux qui pensent que les bons croyants peuvent mourir cliniquement et, trois jours plus tard, retrouver une activité cardiaque et cérébrale.
Le dimanche de Pâques répond au vendredi en proclamant la résurrection, mais entendons-nous bien sur ce que signifie ce mot. «Ressusciter» dans la langue grecque qu’utilisent les évangélistes, c’est réveiller, c’est relever. Ce sont des verbes de la vie courante qui expriment la résurrection dans notre quotidien. Cela s’adresse en tout premier lieu aux contemporains de Jésus, qui vivotaient au lieu d’exister. Raconter la résurrection de Jésus c’est mettre en scène le réveil du désir de vivre chez ceux qui étaient noyés dans une ambiance mortelle. Les récits de Pâques disent la possibilité de retrouver du sens lorsque la vie semble n’être que chaos. «Dieu» désigne alors tout ce qui nous permet, aujourd’hui encore, de sortir de nos torpeurs, tout ce qui nous permet de devenir un peu plus vivants, un peu plus humains, d’exister à nouveau.
Ce qui est surnaturel, à Pâques, c’est que les histoires personnelles peuvent trouver un nouvel élan alors qu’elles semblaient épuisées de manière inexorable. Le deuil d’un être cher peut être traversé. Un échec peut être l’occasion d’un nouveau départ. On peut se réveiller de nos cauchemars. On peut être relevé de ce qui nous accable. On peut se relever d’un licenciement abusif. Nous pouvons être fautifs, avoir trahi et, néanmoins, être pardonnés. Une crise politique majeure peut être surmontée. Une conscience citoyenne peut ressusciter. Tout cela et bien d’autres choses encore sont possibles parce que le fondement de notre vie est toujours susceptible d’être libéré des entraves du moment. Lorsque nous manquons de rites qui nous permettent de faire face à nos deuils, qui nous permettent d’affronter les impasses dans lesquelles nous nous condamnons à demeurer, Pâques peut constituer un patrimoine dans lequel il est possible de puiser les éléments nécessaires pour reprendre pied dans une histoire qui est en train de nous échapper. Derrière le mythe de Pâques sommeille cette grande vérité qui nous concerne tous: il est possible de vaincre ce qui rend le quotidien mortel. Sans avoir besoin de nous affilier à une religion particulière, Pâques peut être une fête pour porter notre vie à son incandescence.
James Woody
mercredi 13 avril 2022
mardi 5 avril 2022
(Bi) Bonjour, numéro...
Bonjour, numéro...
Histoire vraie. Tout près d’ici, un établissement médical. Un petit journal interne, sympathique, donne régulièrement des nouvelles du personnel: arrivées, départs; mariages, naissances... Info de proximité, très appréciée, vous pensez.
Mais voici qu’un petit chef s’avise soudain, ô horreur, que ce genre de communications contrevient à la sacro-sainte protection de la vie privée. Pas de ça, Lisette! Cachez cette rubrique que nous ne saurions voir!
Et voilà comment, chers amis, une publication conviviale s’est transformée en feuille de chou technique et froide, qui n’intéresse plus personne. Dites, que nous arrive-t-il? Est-ce moi qui suis tombé sur la tête?
Et je me prends à rêver d’un avenir “radieux” (hum!) où de nobles tartuffes auront éradiqué jusqu’aux plus petites violations à cette despote nommée protection des données. Nous n’aurons plus le droit de demander leur nom à nos collègues, même celles et ceux que nous côtoyons chaque jour. Seul l’ordinateur central des ressources humaines (ah, l’affreux mot: êtes-vous des ressources?) possèdera encore les coordonnées de celui que je ne pourrai plus appeler que par un numéro. « Eh, 877, on va boire un jus? »
Chers amis, sachez-le : Dieu nous respecte infiniment, mais jamais il ne nous traitera comme des numéros ! « Ne crains pas, nous dit-il, car je t’ai racheté. Je t’appelle par ton nom, tu es à moi » (Esaïe 43).
lundi 28 mars 2022
(Pr) “Pas de cygne ni de baleine, mais une croix.”
Prédication du 28.3.22 - «Le signe de Jonas »
Lectures bibliques: Matthieu 12, 38-42 ; Romains 3, 21-24
Au temps de Jésus, un pharisien marche d’un pas rapide. Il est très agité. Dans sa tête, il tourne en boucle quelque chose comme :
Depuis quelque temps, ce Jésus fait parler de lui dans toute la Palestine. Il guérit des malades, il proclame avec autorité et discute les règles de la religion. Il prétend tout savoir mieux que les autres ! Il contredit les chefs juifs, les rabbins, responsables de la théologie et de la tradition. Ceux qui sont consultés, ceux qui savent : Jésus les conteste !
Certains disent même que ce serait le Messie, celui que Dieu doit envoyer rétablir le royaume de David. D’autres disent pire encore… je n’ose en parler, ce serait blasphème. On dit, on dit… le peuple rêve…
Minute, papillon ! Moi je dis : si ce bonhomme est le Messie, qu’il le prouve ! L’Ecriture sainte indique des signes précis grâce auxquels on pourra reconnaître ce nouveau David. La tradition religieuse enseigne comment, exactement, le roi du Nouvel Israël apparaîtra. Si ce Jésus prétend être le Messie, qu’il nous donne les signes prévus, annoncés, de son règne ! Nous verrons bien. S’il peut donner ces preuves, moi, je suis prêt à le reconnaître !
Alors voilà. Je vais marcher vers lui. Je vais lui demander : « Tu prétends être le Messie ? Prouve-le ! Donne-nous les signes attendus que tu es bien le nouveau David ! »
Voilà ce que se disait Zacharias, le grand maître de la loi, autorité reconnue dans tout Israël en matière de religion juive. Voilà ce que se disaient avec lui pas mal d’autres pharisiens : ‘Alors voilà. Je vais marcher vers lui. Je vais lui demander : « Tu prétends être le Messie ? Prouve-le ! Donne-nous les signes annoncés que tu es bien le nouveau David ! »’
«Quelques maîtres de la loi et quelques pharisiens dirent à Jésus : « Maître, nous voudrions te voir accomplir un signe ! » - dommage que beaucoup de bibles traduisent « nous voudrions te voir accomplir un miracle », car l’évangile selon Matthieu utilise un autre mot, en grec, pour les miracles. Ici, il s’agit bien d’un signe, d’une preuve.
Et à cette demande, au fond bien compréhensible, Jésus répond de manière agressive : « Espèce mauvaise, génération infidèle ! Vous n’aurez pas de signe inscrit au répertoire. Vous n’y comprenez rien ! »
Cet énervement est difficile à saisir, si on oublie que l’évangile selon Matthieu a été écrit quelque 50 ans après la mort de Jésus, au milieu d’une société juive qui persécute les chrétiens et qui montre bien qu’elle n’a pas du tout accepté l’enseignement du Christ. Il y a au temps de l’évangile selon Matthieu un énorme conflit entre juifs et disciples de Jésus. La génération « bouchée », c’est davantage celle des années 80 que celle des années 30 !
Donc pas de preuve ? Pas de signe ? Un seul : celui de Jonas. Et les maîtres de la loi, qui connaissent leurs classiques, savent bien qui est ce Jonas, ce prophète maudit, humilié, et qui fait tout à l’envers. Et vous connaissez son histoire, vous aussi :
Jonas a été chargé par Dieu d’une annonce de punition pour la ville de Ninive, en pays païen. Condamnation irrévocable. Alors, Jonas panique, car il a peur d’être tué. Et il fuit, en bateau, à l’opposé de l’endroit où Dieu l’envoie. Durant le voyage, l’embarcation est secouée par une « puissante » tempête, et les marins, espérant calmer Dieu, jettent à l’eau notre héros.
Alors qu’il va se noyer, Jonas est avalé par un grand poisson, une sorte de monstre marin, dans le ventre duquel il reste trois jours et trois nuits. Puis il est recraché sur le rivage d’où il était parti.
À ce moment, Dieu l’appelle une seconde fois, et cette fois le prophète obéit. Surprise : les habitants de Ninive se repentent et demandent pardon ! Et, deuxième surprise : Dieu lui aussi se repent de sa décision de punir la ville. Il y renonce. Cela à la grande déception de Jonas. Furieux contre Dieu, il veut se laisser mourir. Mais Dieu revient vers lui et lui rappelle son amour immense et infini envers chacun. Son pardon est toujours plus fort que sa colère !
Il est facile, aujourd’hui, d’établir le parallèle entre Jonas et Jésus. Le « signe de Jonas », c’est lui, le crucifié. D’abord à cause des trois jours et trois nuits (même si le Christ n’est pas resté au tombeau trois nuits, vous le savez ! Matthieu a un peu forcé la comparaison). Mais le rapprochement tient surtout à cause du ministère prophétique : le signe de Jonas, c’est qu’il disparaît ! Le signe de Jonas, c’est un « non-signe », un signe à l’envers ; de même, Jésus disparaît dans la tombe, il est un signe « en creux ».
Jésus est aussi ce personnage humilié, apparemment maudit, et sans succès. Il règne à l’envers des valeurs du monde, à l’opposé de ce qu’on attendait.
Il dit également des choses surprenantes, et désagréables à entendre : Jésus annonce que tous les humains sont coupables, et qu’ils méritent tous punition. Mais cette sanction est effacée par la bonté de Dieu, sans limite. Le ministère du Christ, comme celui du prophète de l’Ancien Testament, n’est pas seulement destiné à sonner les cloches aux coupables ; il a surtout pour but de sonner des cloches qui annoncent le pardon définitif d’En Haut. Ce sont les cloches de Pâques ! Dieu renonce à sa colère.
Comme Jonas enfin, Jésus prêche en deux temps : avant l’engloutissement, c’est-à-dire avant sa mort ; et après, lorsqu’il devient le juge de l’éternité, celui qui nous déclare tous non coupables, qui nous fait grâce à tout jamais !
Pourtant, il y a une grande différence, l’avez-vous remarqué ? Car chez Jésus, ce n’est pas lui qui se dérobe, comme Jonas ; mais c’est le peuple juif qui tue Jésus pour s’en débarrasser. Mais là encore, il revient, de manière lumineuse, au matin de Pâques, proclamer sa souveraineté universelle, proclamer la primauté absolue de la vie sur la mort, proclamer la libération de tous les condamnés.
Je souhaite ardemment qu’aujourd’hui, ce temps de Passion-Carême nous le rappelle : le seul signe de la divinité de Jésus, c’est sa mort sur la croix. Notre salut ne tient qu’à un fil : c’est celui qui nous relie au Christ crucifié !
Face à la curiosité – légitime – de nos contemporains, de celles et ceux qui doutent ; face aux personnes qui ont besoin de comprendre la foi ; face à nos adolescents ; aux gens qui nous demandent des comptes à propos de notre espérance et de nos actes, affirmons-le avec l’évangile : aucun miracle, aucun coup d’épate, aucun signe de gloire ou de merveilleux ne peut donner une réponse satisfaisante et durable. Le seul signe donné à l’humanité pour que nous discernions le fils de Dieu, c’est son règne à rebours, sa couronne qui n’est pas d’or, mais d’épines ! C’est la croix, sa plus belle parole d’amour !
Amen
Jean-Jacques Corbaz
vendredi 11 mars 2022
(Bi) Le Christ, incognito
On raconte qu’il y a
bien longtemps, une communauté monastique “péclotait” de manière grave.
Les frères se jalousaient, se moquaient les uns des autres ou
s’ignoraient glacialement, le sens communautaire était en miettes.
Le prieur, désespéré, se rendit à Rome devant le saint-Père. Que faire? supplia-t-il.
Je
ne sais pas, répondit le Pape. Je ne vois pas ce qu’il faudrait faire.
Et ça me désole, parce que, je peux vous le dire, vous qui en êtes le
prieur, votre couvent est exceptionnel. En effet, l’un de vous, je ne
sais lequel, l’un de vous est le Christ revenu ici-bas.
Le brave prieur repartit, déçu, et intrigué. Il rentra dans sa communauté avec l’étrange message. Sa mission avait échoué.
Mais,
plus le temps passait, plus les frères devenaient réellement des frères
les uns pour les autres. En effet, sachant que l’un d’eux était le
Christ incognito, chacun redoublait de prévenance attentive pour chacun,
en se demandant si celui-ci, justement, ne serait pas le Seigneur.
Au
bout de quelques mois, la communauté était devenue un modèle pour les
autres. À Rome, le Pape souriait. Et Dieu, de même, soupirait de
plaisir.
Le regard, je vous dis. Le regard. ...
Pendant ce Carême, pourquoi n’essaieriez-vous pas, vous aussi? Ce temps dit de la
« Passion » pourrait devenir... passionnant!
Jean-Jacques Corbaz
lundi 7 mars 2022
(Pr) Prédication du 7.3.22 - «Porter sa croix»
Lectures bibliques: Luc 9, 18-25; 2 Cor. 4, 6-9
Dans un journal de Montréal, j’ai lu ce texte de Pierre Foglia, qui m’a bien fait sourire :
Un plombier britannique compte traverser l’Atlantique à la rame…
La nouvelle a pu vous échapper, cachée qu’elle était dans un cahier éloigné du journal. C’est pourtant une nouvelle importante, une nouvelle qui nous dit que l’homme s’ennuie. Rien de moins.
Le dimanche matin, il lave sa voiture, mais que voulez-vous qu’il fasse d’autre le dimanche après-midi sinon traverser l’Atlantique à la rame ?
Dieu a créé l’homme pour le défi, pour le record, pour le parcours du combattant, pour le dépassement. Disons-le, Dieu a créé l’homme pour l’impossible. Or qu’est-il arrivé ? On l’a vu, l’homme, après avoir bien répondu à la volonté de Dieu au tout début, après s’être épuisé à frotter des pierres pour faire du feu, après avoir mené vaillamment quelques guerres de cent ans et gagné quelques trophées dans la boue… l’homme a inventé la serviette de plage, l’huile à bronzer, et il a aussi inventé les athlètes professionnels pour gagner des trophées dans la boue à sa place.
Mais le voilà maintenant qui s’ennuie, parce que ce n’est pas pour ça que Dieu l’a créé. Je vous l’ai dit, Dieu a créé l’homme pour le défi.
Attendez-vous donc à rencontrer de plus en plus de plombiers sur l’Atlantique. Et si par hasard l’écoulement de votre baignoire est bouché, prenez patience. Rappelez-vous qu’un plombier moyennement en forme met environ quatre mois pour traverser l’Atlantique à la rame !
(Pierre Foglia)
Donc, l’homme s’ennuie. On pourrait aussi diagnostiquer, sans doute, qu’il perd quelque chose d’essentiel pour sa vie, une valeur indispensable à son existence.
Jésus dit : « Si quelqu’un veut venir avec moi, qu’il cesse de penser à lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour et me suive. Car l’homme qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera. À quoi sert-il de gagner le monde entier, si on se perd soi-même ou qu’on va à sa ruine ? »
Ce trésor, cette seule vraie richesse, qu’est-ce que c’est ? On manque de mots pour les décrire. Notre vocabulaire humain n’est pas assez riche pour cela. Mais l’évangile nous dit qu’on ne peut les gagner que d’une seul façon : « porter sa croix ».
Et porter sa croix, nous croyons parfois bien savoir ce que ça signifie. Nos grands-parents le disaient volontiers pour qualifier une existence difficile, supportée vaillamment malgré tout. Subir des épreuves telles qu’une maladie, un handicap… élever un enfant pas comme les autres… être accablé d’un conjoint acariâtre… tout ça sans se révolter, bien sûr !
Evidemment, cela c’est une minuscule partie de « porter sa croix ». Mais l’essentiel nous a encore échappé : « Si quelqu’un veut venir avec moi, qu’il cesse de penser à lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour et me suive », dit Jésus.
Il y a trois mouvements qui se succèdent, dans ce verset, et qui sont inséparables :
(1) c’est d’abord « renoncer à soi-même », ou « cesser de penser à soi » ; c’est-à-dire ne plus se placer au centre de ses propres préoccupations. Et c’est sans doute le plus important : celui qui est centré sur sa propre personne finit toujours par tourner en rond, que ce soit dans son appartement ou sur l’océan, à la rame, le dimanche après-midi.
Cesser de penser à soi-même, et (2) porter sa croix. Cela chaque jour, précise encore l’évangile. Il s’agit donc d’un acte quotidien, et non lié à des épreuves particulières. Et ce mouvement n’est lié qu’à une seule épreuve : et c’est celle de Golgotha ! En effet, on ne peut comprendre ce verset sans lire celui qui le précède immédiatement, par lequel Jésus annonce sa mort et sa résurrection. Porter sa croix, c’est donner sa vie ! Et c’est pourquoi le verset qui vient juste après dit encore quasi la même chose : « Car l’homme qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera ».
Porter sa croix, en somme, c’est donc vivre à l’envers des valeurs du monde. C’est se détacher de toute richesse, de tout confort, de toute valeur matérielle ; se détacher même de sa vie ! – comme l’a fait Jésus à Vendredi saint. C’est aussi se détacher des images de réussite, de respectabilité, d’honneur ou de gloire humaine ; se décentrer de sa propre vie terrestre pour viser une vie nouvelle, une vie où la justice, le respect de l’autre et la paix sont plus importants que la puissance ou la fortune.
Mais attention, ne glissons pas sur une pente où de nombreux lecteurs de la Bible se sont encoublés ! Car s’il est clair que notre passage est très critique à l’égard du matérialisme, pourtant on le trahirait aussi en le claironnant, ce passage, comme une condition absolue pour être chrétien – ou pour être sauvé. Ce qui ne ferait que rejeter beaucoup de gens en les accablant de culpabilité. Vous le savez, Jésus est mort justement pour éviter ça ! Pour ne pas nous peser sur la tête !
De plus, vous aurez peut-être remarqué aussi le paradoxe d’un pasteur qui vous prêche « celui qui perdra sa vie la gagnera »… alors qu’il… gagne sa vie en faisant ça !!
Nous sommes tous empêtrés dans nos contradictions, dans ce qui nous empêche de parfaitement suivre Jésus; et moi le premier, vous le voyez !
Alors, plutôt que d’entendre ce message comme une condamnation, essayons de le comprendre comme un appel à nous améliorer. Comme une description de ce qui nous reste à faire pour parvenir à vivre l’évangile ; à vivre au centre, à l’essentiel de la foi ! Suivre Jésus. (3) C’est le troisième mouvement.
Suivre Jésus, et nous laisser inspirer par sa manière d’être. Voilà l’invitation qui nous est donnée pour ce temps du Carême, ou de la Passion. Regarder autour de nous, le monde et les autres, comme des parcelles de ce trésor dont parle la lettre aux Corinthiens. Donner autour de nous un sourire, une main ouverte, une parole de courage ou d’amitié.
Si nous y parvenons, déjà un peu, alors « porter sa croix » n’aura plus la couleur d’une épreuve ; cela deviendra plutôt une expérience enrichissante, tissée de douceur et de lumière, de celles qui anticipent déjà la résurrection de Pâques !
Alors donc, lorsque vous vous ennuyez ; lorsque revient en vous l’envie de vous éclater, de vous lancer dans des défis spectaculaires ; de braver l’impossible ou traverser l’Atlantique à la rame, alors : ouvrez votre Bible à l’évangile selon Luc chapitre 9, verset 23, et dites-vous que le défi ultime, le record le plus fameux, c’est d’arriver à jouer avec Jésus au jeu de « qui perd gagne », soit de cesser de penser à soi, porter une croix qui soit du même bois que celle du Christ, et le suivre sur les chemins risqués d’un amour qui se donne sans calcul.
Cette vie-là sera pleine et belle, porteuse de sens pour nous comme pour les autres. Elle ne connaîtra pas l’ennui, et sera passionnante, dans tous les sens du terme ! Amen.
Jean-Jacques Corbaz
jeudi 17 février 2022
(Ci, CF, Li) La réussite
La réussite c’est de s’être fait passer en dernier et d’y avoir trouvé plaisir.
La réussite c’est d’avoir eu le recul d’avoir pardonné et de s’en sentir délivré.
La réussite c’est d’avoir reçu moins ou plus qu’on a donné et de se sentir riche d’en être pauvre.
La réussite c’est une inversion des valeurs qui nous fait voir que ce qui est faible aux yeux du monde est fort à nos propres yeux.
La réussite c’est d’avoir pu transformer des montagnes en taupinières.
La réussite c’est de ne pas être tombé dans la tristesse mais d’avoir pu préserver la joie.
La réussite c’est d’accepter de perdre et de lâcher le premier pour gagner des sommets de lumière.
La réussite c’est de relancer sans cesse, encore et toujours la balle de l’amitié et de l’amour.
Car un jour tout disparaîtra, mais l’amour lui, ne disparaîtra jamais.
Guilhem Lavignotte, le 17 avril 2018
lundi 14 février 2022
(Pr, Co) Marie lui a fait découvrir l'amour
Pour la St-Valentin: l’histoire d’amour entre Marie et Jésus, vue par Marthe
Luc 10, 38 - 42
Je me suis souvent demandé comment Marthe avait vécu cette étonnante journée. Alors, grâce aux techniques modernes de communication, j’ai réussi à lui téléphoner pour lui poser la question. Voici ce qu’elle m’a raconté!
Peinture de Patricia Diaz Lambert
Ce matin-là, je m’étais levée très excitée. J’avais mal dormi, mais je ne ressentais aucune fatigue; plutôt de l’impatience!
En effet, il n’arrive jamais rien dans notre village. Aucune célébrité n’y passe, ni spectacle ambulant. On n’y vit jamais de fête, ni d’événement spécial. On n’y voit rien que les mêmes gens, les mêmes visages, les mêmes histoires…
Ce matin-là donc, je m’étais levée très tôt, sans envie de flâner, sans me rendormir comme ça m’arrive souvent. Pourquoi? Parce qu’ils l’avaient annoncé hier, cet homme, ils avaient dit qu’il passerait avec ses disciples dans la journée, qu’il ferait halte dans notre village. Enfin!
Enfin quelqu'un qui aura quelque chose à dire, quelque chose à raconter. Il paraît qu’il raconte des histoires si simples et pourtant si belles, si parlantes. On dit qu’il connaît si bien les gens, qu’il parle si bien de la vie, qu’il fait du bien à tous ceux qui le rencontrent, au nom de Dieu.
Alors, je me suis levée, je me suis habillée; même si ce n’est pas shabbat, j’ai mis ma belle robe bleue, celle que je mets en principe ce jour-là uniquement, celle que j’ai faite moi-même avec beaucoup de soin… Je sais que la couleur me va bien, elle change de celle que je mets tous les jours, la brune qui est surtout pratique et pas salissante…
J’ai rentré les fruits que j’avais laissés dehors au frais, couverts par un tissu pour éviter que les insectes n’aillent dessus, j’ai pétri la farine et l’eau, préparé une pâte. J’y ai mis les fruits les plus beaux que j’étais allée cueillir la veille, et je me suis activée dans la cuisine pour préparer le meilleur repas possible.
La viande était belle, je l’ai bien assaisonnée et je l’ai mise à cuire. Ça sentait bon. L’odeur a réveillé ma sœur Marie qui est allée se mettre à la porte en guetteuse. Elle ne m’a pas aidée, occupée qu’elle était à attendre que le prophète et ses disciples arrivent au village.
Pendant que la viande cuisait, j’ai donné un bon coup de balai, et j’ai nettoyé à grandes eaux pour que la maison brille. Je suis sortie et j’ai cueilli quelques fleurs pour que la table soit plus jolie et que le parfum embaume l’air de la maison.
Une fois mes efforts récompensés par la beauté de notre habitation et la bonne odeur qui se dégageait, je me suis recoiffée, ne laissant aucune mèche dépasser de mon chignon. Au contraire de toi, Jean-Jacques, a-t-elle précisé d’un ton moqueur, toi qui a toujours les cheveux mal peignés!
Enfin, je me suis assise, mais pas longtemps, car l’excitation m’empêchait de rester calme. Marie ne me parlait toujours pas, elle restait à la porte comme si je n’étais pas là, comme si je n’existais pas, comme si je ne comptais pas, comme si ce que j’avais fait n’était rien.
Elle ne bougeait pas, restait assise, calme en apparence. Mais moi qui la connais bien, je sais qu’elle était tendue, son cou raide d’être tourné toujours dans la même direction.
Tout à coup, je l’ai vue bouger. Elle s’est levée brusquement, les joues rosies par l’émotion qui semblait la gagner. Je n’ai pas eu besoin de regarder dehors, j’ai su qu’ils arrivaient, lui et ses disciples, j’ai su… et mon cœur s’est mis à palpiter, à tressauter, je me suis sentie défaillir. Mon rôti serait-il assez bon? La sauce assez épicée? Ma robe assez belle? Mes cheveux assez soignés? La maison assez accueillante?
Je ne sais pas très bien comment j’ai réussi à sortir de chez nous pour aller à la rencontre de la petite troupe, je ne sais pas quelle force m’a soutenue pour aller lui proposer de venir chez nous pour se restaurer. Toujours est-il qu’il est entré, qu’il s’est installé et qu’il s’est mis à parler. Marie s’est assise à ses pieds, subjuguée par ses paroles.
Peinture de Patricia Diaz Lambert
J’ai dû retourner à mon fourneau. Mais est-ce que ça n’était pas injuste que je prépare tout et que je ne puisse pas profiter de mon hôte? Est-ce que ça n’était pas injuste que je doive tendre l’oreille pour percevoir un ou deux mots?
Marie n’avait rien fait, elle agissait comme si je n’existais pas. Et il lui parlait à elle qui ne s’était pas donné de soin particulier, qui avait mis sa robe de tous les jours et qui allait pieds nus. À elle qui ne l’avait pas invité, qui n’avait rien préparé de bon et qui attendait le repas comme si j’étais sa servante…
J’ai senti la colère monter en moi. J’ai essayé de me calmer, de rester concentrée sur l’arrosage de la viande, de chercher à entendre quelques bribes de ce qui se disait dans la pièce principale, mais je n’ai rien pu comprendre… Ma colère est encore montée, je sentais que je ne pourrais plus la contenir longtemps. J’ai tenté d’appeler ma sœur, pour qu’elle vienne au moins m’aider à porter la nourriture, pour qu’elle m’aide au moins une fois dans la journée et que je puisse aller m’asseoir aux côtés de cet homme; mais elle n’a pas répondu, je ne suis même pas sûre qu’elle m’ait seulement entendue. J’ai donc interpelé Jésus en lui disant: «Seigneur, ça ne te fait rien que ma sœur me laisse seule pour accomplir tout le travail? Dis-lui de m'aider!»
Enfin, il m’a regardée. Il s’est levé et s’est approché de moi. Il m’a parlé de Sara, qui avait improvisé un repas pour des inconnus sans se soucier à l’avance de qui viendrait à la porte de sa maison; sans faire de choses particulières pour certains et rien pour les autres. De Sara qui priait calmement et qui œuvrait dans l’ombre sans se soucier de recevoir les lauriers. De Sara enfin qui avait reçu ce dont elle rêvait parce qu’elle avait su rester humble. Il me dit: «Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses, mais une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas enlevée.»Peinture de Patricia Diaz Lambert
Alors j’ai compris que j’en avais fait trop. Qu’importe la jolie robe, les cheveux bien mis. Qu’importe la qualité de la viande ou la beauté des fruits. Qu’importe la maison reluisante et le bouquet de fleurs. Qu’importe…
Non, ce qui importait, c’était le message de Dieu, son enseignement donné par Jésus. L’important, c’était de savoir l’amour de notre Père à tous, la grâce qu’il nous faisait en nous envoyant celui que les prophètes avaient annoncé. Son message de paix et de calme espérance.
Alors j’ai posé mon repas sur la table, sans plus m’en soucier. Je me suis assise et je l’ai écouté. Mais dans mon cœur résonnaient les paroles qu’il m’avait adressées. J’ai senti un sourire poindre sur mes lèvres, le premier de la journée. Je me suis enfin détendue; et j’ai ressenti le même trouble que ma sœur avait eu en le voyant apparaître au loin.
J’ai compris la chance que j’avais de pouvoir connaître cet homme.
Amen
Peinture de Patricia Diaz Lambert
auteur (auteure?) inconnu.e - à peine réécrite par JJ Corbaz






















