Cessation d’activité divine
En Genèse 2, 2 nous apprenons que, la Création étant «achevée», Dieu «se reposa le septième jour».
La Septante, la toute première version grecque de l’Ancien testament*, traduit :
Dieu «κατέπαυσεν τῇ ἡμέρᾳ τῇ ἑβδόμῃ» [katépausen tè hèméra tè hebdomè].
Le verbe καταπαύω [katapauô], lorsqu’il est transitif, signifie «faire cesser [quelque chose]». Mais ici il est intransitif et veut alors dire «se reposer [de]» :
Dieu «se reposa le septième jour» [de l’œuvre accomplie].
La Vulgate** confirme cette interprétation en employant le verbe rĕquĭesco, formé à partir de quĭēs, -ētis [cf. les mots français «quiétude», «inquiet», «coi»], qui signifie «prendre du repos».
Pourtant, cette image, naïvement anthropomorphique, d’une divinité fatiguée aspirant à des vacances, une fois accomplie sa lourde tâche, ne s’accorde guère avec Genèse 1, où le Créateur ne «fabrique» rien mais fait émerger un monde par la seule puissance de sa Parole***. D’ailleurs, le texte hébreu ne dit pas que Dieu «se reposa». Le verbe utilisé, שׁבת [ShBT] [d’où le mot «shabbat»], insiste davantage sur l’idée d’«arrêter», de «cesser une activité» plutôt que sur celle de «se reposer». Au verset 2 du deuxième chapitre de la Genèse, si Dieu cesse de créer, c’est précisément parce qu’Il a tout «achevé» [début du verset] !
Cette cessation d’activité divine n’a pas pour but de jouir d’une tranquillité bien méritée mais de prendre ses distances****. C'est un peu comme si le Dieu biblique se retirait de sa Création dès le tout début de la Bible... Voilà une discrète manière d’annoncer l’arrêt des temps mythiques [où absolument tout dépendait de l'initiative divine] et le commencement de l’Histoire [où les hommes portent la responsabilité de leurs actes].
* voir ma publication du 27/04/25
** la traduction de la Bible en latin réalisée par saint Jérôme au IV°s. après J.-C.
*** «Dieu dit … et X [«lumière», «firmament», etc.] fut» revient comme un refrain.

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