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lundi 10 octobre 2022

(Pr) Courir vers le but… avec du Fortalis!??

Prédication du 25.9 et du 10.10.22  -  «Passe-moi la pommade ! »

Lectures bibliques: Philippiens 1, 1-11; Jean 17, 18-23; Esaïe 49, 13-16

Je ne sais pas comment vous commencez vos lettres. Quand vous voulez écrire des choses importantes, de quelle manière abordez-vous le sujet ? Assez différemment, j'imagine, de l’apôtre Paul, qui disait : « Que Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ vous donnent la grâce et la paix ».

Evidemment, vous n’écrivez plus comme ça. Pendant des siècles, les prêtres et les pasteurs ont commencé leurs cultes par cette phrase, qui était traduite ainsi : « Que la grâce et la paix vous soient données, de la part de Dieu le Père et de Jésus Christ son fils, notre Seigneur ».

Alors, on est un peu « vaccinés », si j’ose dire. Ça nous coule dessus comme l’eau sur les plumes d’un canard… ou comme l’averse sur la terre gelée.

Peut-être donc faut-il nous arrêter un instant et réfléchir : pourquoi l’apôtre Paul entame-t-il ses lettres par ces deux mots, grâce et paix ? 


La grâce, c’est le pardon de Dieu, à cause de Jésus crucifié. C’est le salut gratuit, la vie redonnée sans qu’on la mérite, comme un condamné à qui l’on fait grâce. Et la paix, c’est une relation fraternelle, harmonieuse, entre les êtres.

La grâce est verticale, elle nous relie Dieu ; c’est l’axe de la croix (geste). La paix est horizontale, elle relie les humains entre eux ; ce sont les bras de la croix (geste).

Au fond, nous avons là le résumé de tout le christianisme !

Mais il nous faut aller plus loin. On sent nettement, dans les 11 versets que nous venons de lire, une affection, un lien sentimental très fort. Paul est en relation intense avec les chrétiens de Philippes ; une relation où s’expriment des émotions, un souci mutuel. Il les porte vraiment dans son cœur, comme il l’écrit au verset 7. Ce lien affectif, explique-t-il, cette tendresse, viennent du Christ, de sa faveur. C’est toujours grâce et paix (gestes).


Une petite pause. Revenons en 2022, au Bouveret ; pour nous demander s’il y a toujours place, dans nos communautés chrétiennes et nos paroisses, pour des relations comme celle-là. Grâce et paix. Joie du salut reçu, gratis, et affection visible entre nous. Bigre ! Cette lettre serait-elle plus incisive qu’on ne l’avait imaginé ?! Car on a tellement tartiné sur l’amour chrétien, dans le style « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », les yeux dans les yeux, les problèmes oubliés… L’affection entre chrétiens a fini par devenir une image de Saint-Sulpice, mièvre et vaguement écœurante.
    
Tonnerre ! L’amour qui vient du Christ est nettement plus consistant ! Plus pointu ! Il va jusqu’à la croix ! Ce n’est pas une douce pommade qu’on se passe en rêvant ! Ou alors, si vous tenez à la pommade, prenez du Fortalis (vous savez, cette embrocation avec laquelle les sportifs se massent avant l’effort) !

L’erreur ne vient-elle pas de ce que nos affection « chrétiennes » (entre guillemets) puisent davantage dans nos rêves que dans l’évangile ? La paix sans la grâce, c’est peut-être une absence de conflits, mais ce n’est pas une relation durable et forte. Pour cela, une chose est nécessaire : le pardon !

C’est cet amour-là, qui est fait d’échanges et de risques, que Jésus a vécu. C’est cet amour qu’il voudrait voir éclore entre nous. S’il n’y a pas de place dans l’Eglise pour ces sentiments-là, où y en aura-t-il ?!

Ne laissons pas aux mouvements évangéliques le monopole de l’attention mutuelle, de l’affection commune, du souci les uns pour les autres. Puisons véritablement à la source de la tendresse du Christ pour nourrir les nôtres ! Pour qu’elles grandissent et fleurissent ! Ces liens affectifs seront d’ailleurs notre meilleure publicité, notre meilleure vitrine !


Depuis quelques années, nous vivons dans nos Eglises un manque cruel de ministres, pasteurs et diacres. Cette situation donne une importance grandissante aux laïcs engagés, aux bénévoles de toutes sortes. Des responsabilités accrues incombent à ces personnes, qui ne sont pas toujours préparées à ces tâches.

Alors, je souhaite avec vous leur passer un peu de pommade, à ces chrétiens qui ont accepté d’être eux aussi des pommades de la part du Christ ! C’est-à-dire des stimulants pour permettre à l’Eglise entière de mieux avancer, de mieux courir vers le but, pour reprendre une autre image de Paul.

Nous leur disons merci. Merci avec des mots. Merci avec des bulletins de vote, s’il s’agit de personnes engagées à élire. Merci avec des sourires, et surtout avec des coups de main, des appuis, des coups d’épaule !

Merci, et : que ça continue ! Telle était la prière de Paul – et telle est aussi la nôtre, aujourd’hui. Une pommade qui aide à avancer, à courir vers le but !

Car après les louanges, la prière de l’apôtre débouche sur le boulot à accomplir. Ce boulot, Paul l’exprime en trois verbes: aimer ; connaître; et discerner (ou choisir).


Aimer, d’abord. Nous le savons : Dieu a besoin de nous pour dire sa tendresse et son espoir au monde d’aujourd’hui. Il ne peut pas réconforter, consoler ni accueillir si nous lui refusons nos mains et nos bouches, nos intelligences et nos cœurs. C’est le premier défi lancé à l’Eglise de 2022 : vivre l’amour, concrètement, comme nous le disions le mois dernier. Nous accueillir, nous entraider, aller les uns vers les autres, non par devoir, mais à cause de l’amour passionné que Christ nous donne gracieusement !

Le second travail, c’est connaître. Moins attrayant, sans doute. Mais à quoi sert-il d’avancer si l’on ne sait pas où l’on va ? Par deux fois, Paul mentionne dans notre passage le « jour du Seigneur », c’est-à-dire la fin des temps. Nous avons un horizon, notre vie a un sens, une direction. L’Eglise n’est pas une espèce de « machine à Tinguely » qui tourne dans le vide, et qu’il faut faire fonctionner simplement pour qu’elle se perpétue elle-même (ce qui est la grande tentation de toute structure, chrétienne ou non) ! L’Eglise a une perspective, un horizon mobilisateur, que nous sommes invités à regarder. Pour mieux, encore une fois, courir vers le but !

Enfin, nous sommes appelés à discerner, à choisir. Parmi les multiples pistes qui sillonnent notre monde, nous avons besoins de personnes responsables qui nous aident à déterminer auxquelles de ces pistes donner la priorité.


 

Un dernier coup de pommade. Pour lier le tout ! Car l’Eglise, c’est d’abord une communauté. Je suis frappé de l’insistance de notre passage sur le collectif. Paul n’écrit pas à des individus, mais à un groupe.

Sans doute, à notre époque excessivement individualiste, il faudra bien quelques kilos de Fortalis pour réveiller et réchauffer nos muscles communautaires, ceux qui peuvent nous empêcher de boiter.

À Venise, au Palais des Doges, il y a une fresque représentant le Paradis. On y voit une multitude de têtes les unes à côté des autres. C’est tout !

Car le Paradis, notre horizon de chrétiens, ce n’est pas un vacancier somnolant sous un palmier, avec un agneau à ses pieds. Le Paradis, c’est une foule de femmes et d’hommes, enfin, enfin rassemblés. Donc, où il y a place pour nous, chers amis !

Saint Esprit, un bon coup de Fortalis, s’il te plaît ! Amen


Jean-Jacques Corbaz


dimanche 9 octobre 2022

(Li) Liturgie de pardon

 Culte du 25 septembre 2022

Prière d’invocation
Merci pour ton amour passionné, Dieu de lumière ! Merci pour ta patience avec nous, et pour ta volonté inlassable de nous rejoindre, malgré nos petitesses !
Que cette heure de culte, ce matin, nous permette de mieux t’accueillir, au cœur de nos vies. Qu’elle nous aide à nous épanouir au soleil de ta grâce.
Au nom de Jésus, le Christ. Amen




 
Liturgie de pardon
Nous qui avons besoin de paroles de pardon, et de réconciliation ; nous qui ne pouvons pas vivre sans qu’une force divine ne nous débarrasse de nos culpabilités, sachons-le fermement : l’amour de Dieu est si grand, si puissant qu’il nous sauve, malgré nos écarts de conduite. Il nous promet d’effacer tous nos péchés ; nos manques ; nos attitudes égoïstes… à la seule condition que nous acceptions ce pardon comme un geste gratuit, immérité ; dans la foi.

Forts de cette promesse, nous pouvons confier à Dieu nos échecs, notre peine à répondre à sa volonté. Je vous invite à prier.

Source de toute vie, et de toute bonté, tu sais à quel point nous sommes loin de ce que tu attends de nous. Quand nous mettons nos actes, ou nos absences, en face de tes projets, quel écart ! Tu connais nos mesquineries, nos lâchetés ; nos paroles peu franches ; notre manque de prévenance pour les autres… voire pour nous-même !
Heureusement que ta prévenance à toi, elle est infinie ! Heureusement que ton respect pour nous n’a aucune limite. – Aucune autre limite que celles que nous dressons nous-même !
Aide-nous donc à orienter nos vies au soleil de ta grâce. Que ton pardon nous entraîne sur les chemins d’une vie meilleure, avec toi, en Jésus-Christ. Amen.


Jean-Jacques Corbaz


mardi 20 septembre 2022

(Bi, Ré) Sparte et la solidarité


Au IVè siècle avant notre ère, la Grèce connut une importante disette. Misère, famine, troubles sociaux...

Au pire de la crise, la ville de Sparte envoya à Smyrne une grosse quantité de blé. Etonnement, remerciements: « Mais comment avez-vous fait pour disposer de toute cette nourriture? »

« C'est simple, répondirent les Spartiates: nous avons jeûné un jour, et c'est la farine ainsi économisée que nous vous envoyons. »

Jésus n'était pas encore né, et les habitants de Laconie ignoraient tout de l'évangile. Ça ne les a pas empêchés de nous donner une sacrée leçon de solidarité.

Sacrée, c'est le cas de dire! À méditer, en ce Jeûne Fédéral! Connaissez-vous celui qui a dit: « Va, et fais de même »?

Jean-Jacques Corbaz

lundi 12 septembre 2022

(Pr) La forme de Dieu, l'amour et l'eau fraîche - Prédication des 11 et 12 septembre 2022

Lectures:  1 Jean 4, 7-12;  Jean 3, 16-17

Quelle est la forme de l’eau? Vous vous en doutez, elle n’est ni ronde ni carrée; bien sûr! Elle n’a pas de forme stable. Mais, quand on la verse dans un verre, l’eau prend la forme de ce verre. C’est évident!

Eh bien, savez-vous: Dieu est comme l’eau. Lui non plus n’a pas de forme fixe. Il n’est ni le bon papa rond et poussif qui laisserait tout passer. Ni le juge sec et carré qui guetterait nos fautes pour les punir. Dieu n’a pas de forme définie, il prend celle du “récipient” où on le verse.

Le récipient, c’est-à-dire nous! Nous, avec nos idées, nos besoins, nos préjugés.    Nos peurs aussi...

Alors on décrit parfois Dieu comme un seigneur du Moyen Âge exerçant droit de vie et de mort sur ses sujets. Ou bien on en parle comme d’un vieux prof à moitié gâteux, maniaque et obsédé par la pureté sexuelle... Ou encore, à choix: un gendarme; un calmant qui apaise et console; un gigantesque ordinateur où chaque événement serait déjà inscrit et prévu à l’avance; une promesse pour l’au-delà, et l’au-delà seulement... Je vous laisse continuer la liste... en fonction de vos projections personnelles! - Et bien sûr, toutes ces images ressemblent à Dieu autant que notre verre d’eau ressemble à l’océan!


 


Voilà pourquoi la Bible ne décrit jamais Jésus! Déjà, l’Ancien Testament s’était magistralement fourré le doigt dans l’oeil avec des expressions qu’on a traduit par “L’Eternel des armées” ou “Dieu tout-puissant” (j’en ai parlé il y a quelque temps, et j’y reviendrai). Moi, je préfèrerais “Dieu désarmé” ou “tout-compatissant”. En tout cas pas “tout-punissant”, pas de “n”... pas de haine!

Alors, le Nouveau Testament (NT), qui raconte la vie de Jésus, ne parle jamais de son apparence, ni de sa forme, ni de son visage. Etait-il blond ou brun? Gros ou maigre? Grand ou petit? Barbu, chevelu ou chauve? Ressemblait-il davantage à Donald Trump, ou à Nick Kyrgios, ou à Xherdan Shaqiri - voire à la Joconde?!?     On ne sait pas. Mystère.

La seule chose que dit l’évangile, c’est “Dieu est amour”. Pas très précis! Surtout que l’amour, lui aussi, prend la forme de celui ou de celle qui aime! L’amour d’un ado de 15 ans pour sa petite amie est bien différent de celui qui relie un couple d’âge mûr; différent de l’amour d’une maman pour son bébé; ou d’un nonagénaire pour ses arrière-petits-enfants!

“Dieu est amour”. Mais attention, le NT ne s’arrête pas là! Il va plus loin. Vous avez remarqué? Dieu est un amour qui nous fait nous aimer, les uns les autres. Pas un Dieu-calmant seulement, mais un Dieu moteur aussi, un Dieu qui envoie, qui donne des forces pour agir! Dieu n’est pas un amour à mettre en conserve, surtout, comme potion-miracle au cas où (casser le bocal en cas d’urgence!). Dieu est un amour à nourrir, à cultiver, à faire grandir.


Par exemple, si on vous offre un cep de vigne (puisque nous sommes en pays viticole); vous aurez de bons raisins ces prochains automnes... à condition, voui bien sûr, à condition de ne pas laisser la plante dans son cornet! Il faudra la mettre en terre; l’arroser, la soigner; désherber, traiter, tailler; puis rebioller et attacher; sulfater encore, surveiller; protéger des merles et des étourneaux...

Il serait idiot de laisser la jeune souche au fond d’une armoire et d’attendre que les grappes poussent toutes seules. C’est évident! Eh bien, avec Dieu, c’est la même chose! N’espérons pas des fruits agréables pour notre vie si nous ne cultivons pas l’amour du Christ, si nous ne l’entretenons pas; si nous ne le nourrissons pas!

Dieu peut nous apporter une vie pleine, heureuse et lumineuse. Mais si nous laissons son amour se dessécher dans un recoin de notre coeur, ne nous étonnons pas si notre attente est déçue! Que ce soit pour Ian et Paul, que nous venons de baptiser; que ce soit pour leurs proches, parents, parrains, marraines, leurs frère et soeur; que ce soit pour chacun.e de nous, qui les entourons en ce jour de fête: cultivons!

Mais attention, comprenons-nous bien: cultiver l’amour de Dieu, l’entretenir, ce n’est pas forcément venir au culte ou prier en fermant les yeux. Ça, c’est une des manières, ce n’est pas la seule, puisque nous disions tout-à-l’heure que Dieu, comme l’amour et comme l’eau, prend la forme de celui ou celle qui l’accueille! C’est une des manières, ou plutôt c’est celle qui veut mettre en route les autres!

Cultiver l’amour de Dieu peut prendre de multiples formes concrètes en fonction de nous, de nos rêves; de nos situations, de nos besoins. Ce sera à nous d’inventer notre forme, celle que nous donnerons à notre vie entière... et à l’amour, et à Dieu là-dedans. Un défi immense, qui peut nous écraser si nous restons seuls, trop fragiles, avec nos responsabilités, nos tâches... Mais un défi que Dieu, justement, nous offre de parcourir à côté de nous, solidaire, donc solide, et amical.

Cultiver son amour. Laisser cette infinie bonté du Ciel grandir en nous, et chanter, et porter des fruits. Un amour qui donne de la force et qui ne juge pas... Un amour qui libère l’autre et qui ne le méprise pas comme nous le disions en juillet… Un amour qui respecte et qui espère.
 

Je sais, ce n’est pas toujours facile! Et Dieu sait que nous n’y arrivons que rarement! Et c’est vrai pour chacun.e. Que nous soyons enfants ou adolescents, avec d’immenses besoins d’être compris, acceptés; avec d’énormes envies de respect et de sécurité... et avec pourtant une grande difficulté souvent à donner aux autres ce que nous voudrions recevoir nous-même. Que nous soyons adultes, avec les mêmes envies et besoins, et la même difficulté, mais avec peut-être juste un peu plus d’expérience pour que ça nous fasse un peu moins souffrir... ce n’est pas toujours facile de cultiver l’amour sans juger. Un amour qui libère et qui respecte.

Et je me dis en ce 11 septembre, tragique anniversaire de la folie terroriste, je me dis que c’est justement ça qui a manqué aux auteurs de toutes les tragiques tueries qui font la une des journaux et l’inquiétude des gens normaux. Je me dis  que c’est justement ça qui a manqué aux fauteurs de guerres et à tant d’autres qui leur ressemblent. Je me dis que c’est justement ça qui manque aussi à toutes celles et tous ceux qui hurlent avec les loups contre les musulmans, ou les Russes, ou … (à votre choix?), criant à la violence, exacerbant la haine; et qui, en faisant ça, entrent dans le jeu de ceux qui n’ont comme but que de nous jeter avec violence les uns contre les autres et de susciter le chaos.

Non, ce n’est pas facile de résister aux solutions simplistes des intégristes de tous les bords. Cela demande énormément de courage et de maîtrise.

L’évangile ne nous donne pas de recette toute simple. Mais il nous donne un homme, qui nous accompagne sur ces chemins de liberté. Qui veut avec nous “chanter la liberté. Dieu veut nous sauver”, comme le disent les belles paroles que nous venons de chanter! *

Aïe-aïe-aïe, nous aurons encore besoin de nombreuses années de formation chrétienne pour entraîner cette culture-là! Activités pour enfants; catéchisme pour les ados, mais aussi pour les adultes, il y en a pour toute la vie, à progresser sur ces chemins de tolérance et de résistance à la haine et au “n”!). Quel que soit notre âge, nous avons encore de la route à faire!

Oui, que toute notre vie, depuis l’eau du baptême jusqu’à l’eau…delà (!), que toute notre vie prenne la forme d’une paix bienfaisante; d’un bonheur qui donne envie; d’une tendresse qui rayonne. Alors, nous serons en pleine forme! La forme de l’eau! La forme de l’amour! La forme de Dieu! Amen


Jean-Jacques Corbaz




* Go Down

1.    When Israel was in Egypt's land, let my people go,
Oppressed so hard they could not stand, let my people go,
Go down, Moses, 'way down in Egypt's land,
Tell old Pharaoh:  let my people go!

2.    Là-bas mon peuple est enchaîné – chante liberté!
Travaille et meurt à coups de fouet – chante liberté!
Tu vas, berger, chanter la liberté,
Cours là-bas, crie pour moi: Dieu vient vous sauver!

3.    Vos yeux, vos fronts vont se lever – chante liberté!
Vos chaînes partir en fumée – chante liberté!
Tu vas, berger, chanter la liberté,
Cours là-bas, crie pour moi: Dieu vient vous sauver!

4.    Un jour, l'espoir sera vainqueur – chante liberté!
Dieu chassera la mort, la peur – chante liberté!
Tu vas, berger, chanter la liberté,
Cours là-bas, crie pour moi: Dieu vient vous sauver!

 

Jean-Jacques Corbaz


lundi 29 août 2022

(Pr) La Transfiguration, pour nous aussi? - Prédication des 22 et 28 août 2022

Prédication des 22 et 28 août 2022  -  “la transfiguration”

Lectures bibliques: Matthieu 17, 1-8 - Exode 24, 12-18 - Exode 34, 29-35


On trouve dans la Bible des récits surprenants, et qui heurtent le sens commun. Certaines personnes ont envie de les jeter à la poubelle, en décrétant que ces épisodes surnaturels sont impossibles. D’autres, à l’opposé, pensent que nous devons tout accepter, tout croire sans esprit critique, comme si c’était une vérité historique. Je vous invite, vous le savez, à un regard différent: essayer de discerner ce que tel passage étonnant veut nous dire, derrière l’image “naïve” ou qui dérange.

On trouve dans la Bible des récits qui heurtent le sens commun. L’histoire dite de “la transfiguration” en fait partie. Nous avons du mal à imaginer un Jésus étincelant de lumière qui discute avec Moïse et Elie, au sommet d'une montagne! Déjà le fait de nous présenter Jésus dans sa gloire nous pose problème, parce que nous avons plutôt l'habitude de le voir sur la croix, ou en butte à des adversaires!

Mais d’abord, d’où vient ce mot «transfiguration»? La version originale de l’évangile emploie le verbe grec “metamorphozein”. Le Nouveau Testament nous dit donc, ainsi, que Jésus fait davantage que changer d’apparence, et qu’il passe par une sorte de métamorphose, de transformation.

Pour mieux comprendre cet étrange récit, je vous invite à revenir au passage de l'Ancien Testament que nous avons lu en Exode 24 et 34; un passage qui lui ressemble beaucoup: celui de la “métamorphose” de Moïse dans le livre de l'Exode. Lorsque Dieu conclut sa première alliance avec le peuple d’Israël.

L'Exode raconte donc que Moïse s’est fait accompagner par trois hommes pour monter avec lui sur le Sinaï. Un peu plus loin, il mentionne qu’un nuage le couvre (un nuage ou une fumée, c’est le même mot en hébreu), et puis qu’une voix parle à Moïse venant de la nuée.

De la même manière, Jésus choisit trois disciples, Pierre, Jacques et Jean, pour monter sur une hauteur. Et eux aussi verront une nuée au milieu de laquelle une voix se fera entendre.

Ces similitudes entre les deux récits ne sont pas dues au hasard. Elles nous disent ceci, d’emblée: de même que Moïse a reçu de Dieu l’alliance avec Israël, de même, en Jésus, Dieu vient signer une nouvelle alliance avec son peuple.

Vous le savez, quand Moïse est descendu de la montagne avec les tables de la volonté de Dieu, il a eu une mauvaise surprise: il a vu que les Israélites avaient succombé à l'idolâtrie, et qu’ils adoraient un veau d'or. Aïe! aïe! Plein de colère, il a alors brisé les tables de pierre avant de retourner sur le Sinaï.

Et lorsque Moïse en est redescendu une seconde fois, avec les nouvelles tables, les dix paroles de l'alliance, l'Exode nous dit qu’il avait le visage rayonnant de lumière. Le contact direct avec Dieu avait rendu sa peau éclatante, à tel point qu'il devait se mettre un voile sur la tête pour ne pas faire peur aux Israélites (tiens, tiens, diront les plaisantins, l’ancêtre de la burqa?!  Hem!!).

C’est à cause de cet épisode que les statues du Moyen Âge ont souvent représenté Moïse avec... des cornes! Oui, parce qu’en hébreu, le mot “rayon” est le même que celui de “corne”, et c’était une manière très concrète de décrire l’indescriptible, à savoir cette étonnante lumière qui irradiait la face de Moïse avec puissance.




Dans l'évangile, Jésus devient, lui aussi, rayonnant de lumière. Rappel, ainsi, de la Première alliance. Pourtant, cette fois-ci, Jésus ne va pas redescendre de la montagne avec une Loi gravée dans la pierre. Il descend avec une parole adressée aux humains, une parole que Dieu prononce sur lui, le Christ: ”Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui que j’ai choisi. Ecoutez-le !”.

Ainsi Jésus ne porte pas la Parole de Dieu inscrite sur des tables de pierre, mais c'est sa propre parole qui devient le commandement nouveau de la nouvelle alliance. Il n'a aucun objet matériel à offrir aux croyants; pas de fétiche ou d’icône, mais il va leur donner sa parole! Avant de se donner lui-même, son corps et son sang, sur la croix. Avant ensuite de s’en aller dans la lumière de Pâques, fulgurante là aussi, en ne laissant pas d’autre souvenir concret qu’un tombeau... vide!

La nouvelle alliance que Dieu conclut avec les hommes est donc une alliance du cœur! Une alliance de l’absence et de la responsabilité partagée. Absence qui a besoin de nous pour être habitée! Ce récit de la transfiguration, comparé avec l'Exode et le don de la Loi au Sinaï, en devient le signe.




L'Ancien Testament nous permet aussi de mieux comprendre pourquoi on voit Moïse et Elie sur cette montagne, en train de parler avec Jésus. Tous deux représentent l’ancienne alliance qui accueille la nouvelle: Moïse symbolise la Loi, et Elie les prophètes; ils témoignent que toute la foi d’Israël vient s'accomplir maintenant dans la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.

Les disciples, Pierre, Jean et Jacques, sont les témoins privilégiés de cette scène. Tout ce qui se passe là est fait pour eux, et pour leur témoignage. En effet, bientôt ils vont être confrontés à l’arrestation de leur maître, à sa crucifixion, à la peur, aux persécutions, au deuil et à la mort. Il est important, face à tout cela,  de les assurer que Jésus est de toute manière vainqueur éclatant sur toute la ligne! La transfiguration est donc, en fait, comme une injection de vitamines pour aider les disciples à supporter l’épreuve de la croix.


Une autre remarque. Lorsque le Christ appelle Pierre, Jean et Jacques à l'écart pour l'accompagner sur la montagne, il recherche avec eux un temps mis à part, un moment de recul par rapport à ce monde et à leurs préoccupations quotidiennes. Un temps, comme parfois nous pouvons nous en offrir, de retraite spirituelle et de contemplation.

Et Pierre aimerait le prolonger, ce moment hors du temps : “Si tu veux, je vais dresser ici trois tentes…”. Camping sauvage, dirait mon plaisantin! Pierre aimerait faire durer cet instant privilégié en haut de la montagne. Il voudrait rester “là-haut” le plus longtemps possible. Dans un sens, il a raison: pour lui comme pour nous, il est essentiel de prendre le temps de méditer, au calme; de vivre un ressourcement, et une communion avec Dieu. Sinon, nous perdons le but, la direction et le sens de la mission confiée à chaque disciple.

Pourtant Jésus incite ses amis à se relever pour descendre de la montagne. Et nous aussi, Dieu nous invite à nous relever - donc à commencer à ressusciter, ici-bas déjà (car en grec, c’est le même mot)! Nous aussi, Dieu nous appelle à vivre notre foi dans le monde, au contact des autres, dans la réalité de chaque jour; porteurs de la Parole qu’il a lui-même portée jusqu’à nous! Et pas seulement dans des retraites contemplatives.

On ne peut donner et partager que ce que nous avons nous-mêmes reçu. S’arrêter, contempler; puis repartir, aller de l'avant pour mieux rejoindre les autres. C'est à cela que nous invite cet étrange récit de la transfiguration. Avancer. Oui. Sans peur et sans crainte, en s'appuyant sur notre foi. Gardant toujours courage, à cause de la lumière éclatante qui rayonne du ressuscité! Et qui peut émaner aussi de chacun(e) des croyant(e)s.

Car nous pouvons tou(te)s devenir des Moïse, nous les amis de Jésus. Savez-vous que les auréoles ont été inventées, au Moyen Âge, pour montrer que les chrétiens (et tous les chrétiens!) étaient habités d'une lumière vive, reçue d'En-Haut, et qui rayonnait autour d'eux? Ce disque lumineux autour de la tête voulait dire: "Voilà quelqu'un qui a su laisser vivre en lui (en elle) la Clarté majuscule de Dieu, et qui sait aussi la diffuser autour de lui (autour d'elle) par ses paroles ou par ses actes".

Aller de l'avant, ce n’est pas foncer tête baissée! Nous devons sans cesse repenser Dieu, revenir en haut de la montagne, nous arrêter, prendre du recul et regarder le monde, pas seulement le changer!




Cela vaut tout spécialement pour les sujets controversés d’aujourd’hui: par exemple l’énergie et sa possible pénurie. Les problèmes d’épidémie et les restrictions qui les accompagnent. L’écologie et le respect de la Création. Je pense aussi aux relations avec les étrangers; avec les jeunes; les femmes; les musulmans; les incroyants. À la délinquance. À la violence...

Sur tous ces thèmes, nous pouvons nous situer ou bien en haut de la montagne avec Jésus, contemplant bien au chaud la gloire divine à la place de Pierre, Jacques ou Jean; ou bien en bas, impuissants, avec le sentiment d’être éloignés de l’amour de Jésus. Chacun(e) connaît ces moments de doute où l’on scrute le ciel et le monde autour de nous, sans pour autant y déceler la présence de Dieu.

Dans un cas comme dans l'autre, le message de Dieu est clair; il nous désigne Jésus en nous disant: ”Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui que j’ai choisi. Ecoutez-le!”.

Se mettre à l'écoute de Jésus, c'est prier, c'est se réunir en Eglise; mais c'est avant tout et surtout se mettre à l'écoute de sa Parole, la lire, la méditer afin de la transmettre. Pour qu'elle nous métamorphose à notre tour. Ni toujours en haut, à camper dans les jardins du Seigneur; ni toujours en bas, à se démener pour sauver le monde. Mais, à l’invitation de Jésus: tantôt en haut, pour nous ressourcer, nous faire du bien; tantôt en bas, pour apporter plus loin la force et le sens qu’il nous a donnés.

Ecouter Jésus, c’est devenir rayonnants à notre tour, rayonnants de joie et de paix, rayonnants de foi, d'espérance et d'amour. Comme Pierre, Jacques ou Jean, nous sommes appelés à devenir les témoins de l'alliance que Dieu conclut avec ses enfants, en Christ. Et grâce à l'Esprit de Dieu, à la lecture de sa Parole, nous pouvons commencer à être transfigurés, nous pouvons devenir des signes visibles de cette Nouvelle Alliance qui sauve et rend lumineux!

Nous sommes invités à aller de l'avant, à sortir de nos tentes et de nos temples, pour être des témoins de l'Amour majuscule du Père. Et nous sommes invités aussi à prendre le temps de la méditation, de l'écoute et de la prière, afin d'être nourris par l'Evangile et pouvoir ainsi apporter un peu de tendresse à notre monde.

Dans la prière ou dans l’action, tout proches de Dieu en Christ. Amen


 Jean-Jacques Corbaz



vendredi 26 août 2022

(Bi, Ré) Si Dieu existait…

Si Dieu existait…

Un de mes collègues, chez le coiffeur, parle de son métier tout en se faisant raccourcir la tignasse.

“Pasteur? fait le figaro. Mais Dieu n’existe pas! Voyez tout ce qui ne va pas dans le monde: maladies, enfants morts de faim, guerres, injustices…”

Le ministre renonce à argumenter, par gain de paix. Mais quand il sort de la boutique, il change d’avis en apercevant dans la rue un homme hirsute, mal rasé, cheveux longs et sales… Il rentre dans le salon et lance au patron: “Vous savez, les coiffeurs n’existent pas!”

Surpris, le figaro demande: “Comment pouvez-vous dire une chose pareille? J’existe, vous le savez bien, je viens de vous couper les cheveux!”

“Pourtant, reprend le pasteur, regardez ce passant, sur le trottoir. Si les coiffeurs existaient, il n’y aurait pas d’homme aussi mal soigné!”

“Hé, réplique le figaro, c’est parce qu’il n’est pas venu chez moi ou chez un de mes collègues!”

“Exact, fait le ministre. C’est la même chose pour Dieu: il existe, mais, s’il y a tant de choses qui ne vont pas sur terre, c’est parce que beaucoup de gens ne vont pas vers lui et ne veulent rien apprendre de lui.”

À méditer, n’est-ce pas? 


jeudi 11 août 2022

(Bi, Re) L'homosexualité, un péché?

Comment pouvez-vous dire que l’homosexualité n’est pas un péché alors que c’est écrit dans ce verset de la bible ?

Par : pasteur Marc Pernot

Deux femmes âgées jardinant joyeusement ensemble - Photo by Centre for Ageing Better on https://unsplash.com/photos/jlqMsdTFR0s

Question d’un visiteur :

Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. » (Lévitique 18:22)

Salutations Pasteur! Je voudrais comprendre comment pouvez-vous dire que l’homosexualité n’est pas un péché alors que c’est décrit dans ce verset de la bible. Que les choses soient claires je n’ai aucune haine envers les homosexuels, car je crois pour ma part vu que nous sommes tous pêcheurs, ça n’aurait aucun sens de haïr d’autres pêcheurs!!!

 

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Bravo de lire la Bible, de l’étudier, et de réfléchir comment vivre bien, en paix les uns avec des autres comme des frères et sœurs, dans le respect.

Il y a effectivement 2 ou 3 versets sur les 31’102 versets que compte la Bible, qui sont cités par les personnes qui entendent dire que l’homosexualité serait un péché.

D’abord, ce verset que vous citez ne parle pas d’un couple de personnes qui s’aiment et fondent ensemble un couple uni et fidèle pour leur vie entière. Les spécialistes de la culture de l’époque disent que cela concerne plutôt l’abus de maîtres sur leurs jeunes esclaves mâles, et de professeurs sur leurs élèves, ce qui est tout autre chose.

Mais même si ce verset disait très clairement que l’homosexualité devait être condamnée, ce n’est pas pour autant qu’il ne faudrait pas réfléchir avant d’utiliser ce verset n’importe comment.

Par exemple, dans le très important livre du Deutéronome, il existe un texte qui commande de lapider un enfant rebelle à ses parents (Deutéronome 21:21). Que diriez vous d’une église qui dirait qu’un chrétien doit absolument faire cela quand son fils est difficile, que c’est écrit dans la Bible et que c’est la parole de Dieu ? ! Personnellement, je dirais que c’est une folie de lire la Bible aussi stupidement, que cela pousse au crime. Heureusement, il n’y a quand même pas grand monde pour lire ce verset comme cela, depuis toujours les commentateurs ont suspendu l’application de cette peine. Mais hélas, l’application du verset de Lévitique 18:22 aux personnes homosexuelles fait là, effectivement, des vrais morts : des morts spirituelles de personnes qui perdent confiance en Dieu à cause de cela, des morts sociales avec des parents très engagés dans la foi qui harcèlent et chassent leur enfant homosexuel, et des morts physiques avec des jeunes qui se suicident.

Autres exemples, il est considéré comme épouvantable dans ces pages du Lévitique de porter un vêtement en fibres mélangées (Lévitique 19:19 et Deutéronome 22:11) ou de manger des crevettes (traitées d’abomination à pas moins de 4 reprises en Lévitique 11:10-12). La plupart des chrétiens considèrent que ces commandements pourtant très clairs et insistants n’ont pas lieu d’être observés par le chrétien. Tant qu’à faire de ne pas garder TOUS les commandements de la Loi de Moïse, pourquoi ne pas garder ceux qui interdisent les fibres mélangées et les crevettes (qui nous demandent certes un petit effort à nous), et de suspendre avec prudence l’application de Lévitique 18:22 à une autre personne que moi-même (et que je sais gravement blesser en le faisant) ?

Dernier exemple : quand Jésus commande solennellement dans l’Evangile « mais moi je vous dit de ne pas résister au méchant » (Matthieu 5 :39), ce verset est très très clair, il est de la bouche même de Jésus (pas dans le très antique livre du Lévitique ou de la pensée complexe de Paul), que penseriez-vous d’une église qui prêcherait qu’un chrétien ne doit pas fermer sa maison, ni défendre ses enfants si un méchant attaque pour les prendre, les violenter ? Nous n’accepterions pas d’écouter l’enseignement de cette église. Comment alors peut-on accepter ces discours qui mettent en avant ces deux ou trois versets prétendument condamner l’homosexualité comme étant un péché, offensant profondément des personnes, brisant des familles, poussant au suicide des personnes ?

Le péché : c’est refuser Dieu, c’est l’oublier, c’est salir le nom de Dieu. Cela n’a rien à voir avec le fait d’être plutôt attiré par les hommes ou par les femmes.

Les péchés : c’est quand nous agissons en faisant du mal à son prochain ou à soi-même, au lieu d’aimer son prochain, de le respecter, de prendre souci de lui, et de le servir si possible. L’homosexualité n’est pas un choix de la personne, au contraire même car la personne homosexuelle doit subir l’homophobie de la part de certaines personnes, du fait de leur spécificité très minoritaire (seulement quelque pourcents de la population). L’homosexualité, au sens d’un couple aimant et fidèle, ne fait de mal à personne, ne se sert de personne abusivement. Par contre l’homophobie, elle, est un choix et fait effectivement beaucoup de mal, comme le racisme, comme la xénophobie.

Jésus n’a jamais dit un mot contre le fait que deux personnes du même sexe fondent un couple. Cela, au moins, pourrait conduire à la prudence les personnes qui veulent avoir un avis sur la question. Et encore plus de prudence avant de désigner certaines personnes comme intrinsèquement désordonnées, pécheresses, ce qui ne peut manquer de blesser profondément ces personnes, et faire effectivement des morts avec de tels prêches. Hélas.

Au contraire, il me semble que l’on peut lire dans l’appel à aimer son prochain que Jésus met en avant un appel à se soucier de son prochain qui souffre de racisme, d’homophobie, de xénophobie. D’en prendre soin au nom même de l’Evangile du Christ. Dans sa parabole du « bon samaritain » en Luc 10, Jésus met en avant, précisément, un Samaritain, c’est à dire un homme qui était pour les Judéens comme ostracisé. Ce détail de la parabole de Jésus comprend donc un appel à ne pas nous laisser aller à ces jugements hâtifs, à ces rejets qui viennent des humains et non de Dieu, même si ce rejet est enseigné par de grands prêtres en chef et des spécialistes de la Bible.

L’apôtre Paul développe, lui, très justement, une vision de l’humanité comme « corps du Christ », riche de la diversité de ses membres (Romains 12 et 1 Corinthiens 12). L’unité du corps du Christ ne se faisant pas par l’identité des membres, mais par l’Esprit Saint, et par le souci que les membres ont les uns des autres. Et Paul remarque que, dans ce corps du Christ, nul ne devrait pouvoir dire à un autre membre : parce que tu n’es pas comme moi tu ne fais pas partie du corps. Et que nul ne puisse être amené à penser de soi-même que parce qu’il n’est pas comme tel autre membre il n’est pas digne de faire partie du corps du Christ.

Il me semble que nous avons là une vision bien inspirante, et très pratique pour vivre mieux, par l’Esprit.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

 


 

lundi 18 juillet 2022

(Co, Hu) La famine à moitié vaincue!



En écho au culte du 11 juillet, je vous propose ce conte… édifiant !

 

 
Les riches et les pauvres (conte oriental)

C’était la famine. Mais mal partagée, bien sûr: les riches avaient bien rempli leurs greniers, tandis que les pauvres manquaient de tout.

Khadija dit alors à Nasreddine, son mari: 
- C’est insupportable. La moitié du village meurt de faim, tandis que l’autre moitié possède largement de quoi vivre à l’abri du besoin. Toi qui es respecté de tous, ne pourrais-tu pas les convaincre de partager?

Nasreddine accepta, et sortit. Il ne revint que le soir, complètement épuisé.
- Alors, demanda Khadija, tu as réussi?
- À moitié.
- Comment ça, à moitié?
- Oui, j’ai réussi à convaincre les pauvres...


Parabole de Nasreddine Hodja, figure de l’humour et de la sagesse chez les Arabes, les Turcs et les Persans depuis le 13è siècle, citée dans «Les philofables», de Michel Piquemal et Philippe Lagautrière (Albin Michel).


Nous regardons les autres comme à travers une vitre. Mais si on ajoute de la peinture d’argent sur le verre, il devient un miroir. Ainsi, l’argent nous empêche de voir les autres, nous n’apercevons plus que nous-même.




lundi 11 juillet 2022

(Pr) « Ne méprisez pas les pauvres »

 Prédication du 11.7.22  -  Le clochard et les riches

Lectures bibliques: Jacques 2, 1-13; Matthieu 25, 31-40; Amos 2, 6-8; 1 Corinthiens 1, 26-28

L’histoire se passe le dimanche de Pentecôte, dans une petite ville des USA. Septante à huitante fidèles se dirigent vers l’église, en ce jour de fête. Il fait beau, les fleurs célèbrent le Créateur à leur manière.

Au milieu de ces joyeuses couleurs, un homme fait tache : un vagabond, un clochard déguenillé se mêle aux petits groupes qui bavardent en attendant l’heure du culte. Il essaie de s’introduire dans les conversations, ou de mendier quelques sous… mais bien sûr en vain : partout, il est repoussé : trop sale, trop malodorant !

Quelques minutes plus tard, les fidèles sont assis dans l’église. En silence. Tout à coup, ô surprise, ils voient le clochard qui entre (mais qu’est-ce qu’il vient faire ici ?) puis qui traverse toute la nef ; qui monte en chaire, enlève son manteau rapiécé, ôte sa perruque… Et là, tout le monde le reconnaît : c’est le pasteur de la paroisse ! Il s’était déguisé !

Après quelques instants de stupeur, quand le calme revient, le pasteur commence à parler : de l’accueil, et du prochain. De la différence. Et de l’indifférence !

« Vous qui vivez dans la foi au Christ, dit la lettre de Jacques, n’agissez pas différemment selon les personnes ». « Ne méprisez pas les pauvres ».

L’histoire s’est réellement passée, il y a quelques années. Et je vous assure que ces paroissiens s’en souviennent encore ! La plupart se sont senti peu glorieux, vous l’imaginez, d’avoir si mal mis en pratique des enseignements qu’ils connaissaient, pourtant, et qu’ils trouvaient importants !

Entre ce qu’on croit et ce qu’on fait ; entre la foi et la pratique, combien de fossés, combien de grands écarts. Dans ma vie aussi. Dans la vie de chacun.e de nous.

Surtout, surtout, à propos des relations avec celles et ceux qui croisent nos chemins ! Particulièrement avec les personnes que nous ressentons différentes de nous ! Qu’est-ce que ma foi change, dans mes relations avec les autres ?



 
La lettre de Jacques a été écrite vers la fin du 1er siècle après J-C. Au moment où le christianisme commence à s’installer dans la durée. L’enthousiasme communautaire des débuts de l’Eglise diminue. On est loin du partage décrit par le livre des Actes, quand les apôtres mettaient tout en commun. Sous l’influence du monde grec, la foi est devenue beaucoup plus individuelle, la piété s’exerce en privé.

De plus, l’économie se transforme. On vit ce qu’on appelle la « Pax Romana », c’est-à-dire la paix sous la domination romaine. Il n’y a plus de guerre, et l’empire latin s’étend sur tout le bassin de la Méditerranée, jusqu’en Europe centrale : un immense pays, sans frontières, sans risques économiques majeurs.

Cette pax romana offre donc une énorme liberté aux marchands, aux entrepreneurs, aux riches propriétaires d’esclaves. Les affaires sont florissantes, et ces gens bien placés amassent des fortunes indécentes, tandis que le petit peuple s’appauvrit continuellement. Dites, est-ce que ça ne ressemble pas étonnamment à la mondialisation et aux rêves d’empire américain (ou russe, ou chinois) qui s’esquissaient ces dernières années ?

Piété plus individuelle, et grands commerçants qui s’enrichissent au détriment des plus pauvres : tout ça fait que les actions de la solidarité sont en baisse. Et notre lettre de Jacques veut réveiller la responsabilité des chrétiens. Des chrétiens qui font quasi tous partie des plus démunis.

Pour l’auteur de cette épître, Dieu a choisi en priorité les pauvres comme destinataires de son amour. Ceux que personne ne choisit, justement, ceux qu’on méprise, qu’on trompe, qui sont victimes d’injustices.

Les riches en ce temps-là ont d’innombrables moyens de défendre leurs intérêts : conflits de travail, relations entre maîtres et esclaves, devant les tribunaux ils savent ce qu’il faut actionner pour que les juges se rallient à leur cause, même si elle est injuste. Les pauvres, eux, sont toujours perdants, au bout du compte.

L’argumentation de Jacques est donc très proche de celle des psaumes, ainsi que des prophètes de l’Ancien Testament : il identifie les démunis aux croyants. Le juste, c’est l’opprimé. Il n’a que Dieu pour seul recours.

Rien que Dieu ! Pas même les autres pauvres ! Car la solidarité disparaît. Et puis, comble de perversité du système : si les riches méprisent les démunis, voilà que les pauvres méprisent les plus pauvres qu’eux ! Alors qu’ils honorent les riches, comme s’ils voulaient se distinguer le plus possible des plus misérables.
   

Stop ! dit Jacques. Sortez du cercle vicieux ! Cessez d’alimenter cet incendie pervers et contagieux ! « Vous qui vivez dans la foi au Christ, n’agissez pas différemment selon les personnes ». « Ne méprisez pas les pauvres ».

Car le Christ s’est fait pauvre parmi les pauvres, spécialement sur la croix. Exclu, méprisé, victime de la fracture sociale, déjà. Et notre passage se conclut par une maxime intraduisible en français : « Le jugement de Dieu est sans pitié pour qui n’a pas pitié des autres ». Mais en hébreu, le mot pitié veut dire aussi bonté, miséricorde et solidarité. Dans la pensée juive, qui est présente dans toute cette épître, ces différents termes n’en font qu’un. On pourrait donc aussi traduire : « Le jugement de Dieu est sans bonté, sans solidarité pour qui n’est pas bon ou solidaire avec les autres ». « …mais, conclut notre passage, mais la bonté, la solidarité triomphent du jugement ».

Et nous voici, quelque 1900 ans plus tard, à méditer encore ce message. Cet appel. Ne pas agir « à la tête du client », bien sûr. Qu’il soit clochard, ou russe, ou arabe, le client.

Mais aussi, mais surtout, travailler inlassablement sur nous-même, sur nous-même individu et sur nous-mêmes collectivité, pour ne jamais laisser tomber notre foi dans les ornières du préjugé ; de l’indifférence ; de l’égoïsme ; voire de l’orgueil.

L’antidote à cela est toujours le même : prier ensemble ; lire la Bible ensemble ; chanter ensemble ; ne pas nous replier sur notre petit confort, sur notre foi individuelle. Tant il est vrai qu’une piété uniquement privée, elle risque bien d’être… privée aussi de la communion au Christ !

Quand la fracture sociale étend ses ravages ; quand les pauvres s’appauvrissent alors que quelques privilégiés font fortune, alors, plus que jamais, méditons avec la lettre de Jacques : « Vous qui vivez dans la foi au Christ, n’agissez pas différemment selon les personnes ». « Ne méprisez pas les pauvres ». Reliez-vous d’autant plus fortement les uns aux autres, pour réfléchir à la grande question de l’évangile : qu’est-ce que ma foi change dans mes relations avec autrui ? Amen

 

Jean-Jacques Corbaz



vendredi 24 juin 2022

(Bi) Semer la lumière

Semer la lumière
Un homme avait acheté une propriété dont le jardin avait été négligé durant des années. Rêvant de belles fleurs colorées, il se mit à défricher : arracher les ronces et les mauvaises herbes, chasser les limaces, sarcler, et même arroser. Hélas, le printemps venu, grosse déception : pas une seule fleur.

Les hôtes indésirables revinrent petit à petit. Tout l’été, puis l’automne, notre homme recommença à désherber, espérant que sa ténacité serait récompensée. Malheureusement, une fois l’hiver passé, toujours rien. Pas de fleur.

Ce n’est que la troisième année qu’il comprit. Il planta et sema : roses, tagettes, giroflées et jasmin. Enfin, son jardin devint tel qu’il l’avait rêvé !

Il avait découvert une vérité essentielle : on ne peut pas diminuer l’obscurité ; on peut seulement augmenter la lumière. N’est-ce pas exactement ce que fait Dieu, depuis les premières lignes de la Bible (« Que la lumière soit ! ») jusqu’à tout ce qu’il crée, à travers nous, aujourd’hui ?

                                                                   Jean-Jacques Corbaz

 

 

lundi 20 juin 2022

(Pr) Isaac, une sacrée étape de sa vie!

Prédication du 20 juin 2022-  «Le sacré fils d’Abraham»

 

Lectures bibliques: Genèse 22, 1-19, Matthieu 19, 21-24, Jean 12, 24-25.

K. Gibran, « vos enfants ».

 

Y a-t-il un révolté dans la salle? Je veux dire: est-ce que, parmi nous, il y en a qui trouvent horrible cette histoire dite du «sacrifice d’Isaac»? Je l’espère bien. Car pour beaucoup, nous avons entendu ces récits de l’Ancien Testament si tôt et si fréquemment que nous nous sommes un peu habitués aux horreurs qu’ils contiennent. C’est mon cas.

 

Mais, quand je réfléchis un peu, quand je raisonne en tant que père (ou grand-père!), moi aussi, je trouve épouvantable ce Dieu qui demande à un homme d’immoler son fils unique. Il joue de manière sadique avec les sentiments paternels d’Abraham, non? C’est révoltant!

 

J’espère que vous réagissez un peu comme ça. Car sans cette révolte, on risque de comprendre notre histoire de manière très incomplète.

 

Pour bien saisir ce qu’elle veut nous dire, regardons tout d’abord ce qui l’entoure: juste avant, le chapitre 21 de la Genèse nous raconte le moment où Isaac est sevré; c’est-à-dire, dans la culture juive, l’époque où le garçon est séparé de sa mère, et où c’est le père qui le prend en charge. À ce moment, Sara, sa mère, devient jalouse d’Ismaël, le fils qu’Abraham avait eu auparavant avec une servante. Elle obtient qu’Abraham chasse Ismaël et sa mère. Le patri-arche les envoie dans le désert, ce qui les voue à une mort quasi certaine.

 

 

Puis c’est notre récit du sacrifice (manqué) d’Isaac ; et le chapitre s’achève avec la naissance de Rébecca. La suite racontera la mort de Sara, puis le mariage d’Isaac et Rébecca. Tout nous est donc présenté comme si notre récit était une charnière, une sorte de passage de l’enfance à l’âge adulte pour Isaac.

 

Bien sûr, vous connaissez l’interprétation traditionnelle de notre histoire: Dieu teste la foi d’Abraham, et ce dernier obéit de manière exemplaire. Cette façon de voir est juste et vraie, c’est important de mettre en évidence l’obéissance et la foi d’Abraham… mais il y a dans notre récit des tas d’autres choses dont j’ai envie de vous parler ce matin.

 

Quelques détails m’ont intéressé. Par exemple, au début, quand Dieu appelle Abraham, il lui dit «Va». Mais le verbe hébreu de la V.O. veut dire plus que ça. Il signifie «Va vers toi», ou «Va pour toi», «Va pour ton bonheur». Ce qui nous donne un indice qu’Abraham, lui aussi,  va découvrir quelque chose de nouveau. Ce n’est pas seulement un examen qu’il passe, c’est également un progrès qu’il va faire.

 

Deuxième détail. Quand Dieu demande à Abraham d’offrir son fils en holocauste, l’hébreu utilise un verbe très courant qui veut dire «faire monter». Ce verbe désigne l’action de l’holocauste: «Fais monter un agneau» signifie «Fais brûler un agneau en holocauste» (vous vous souvenez peut-être que cette sorte de sacrifice était entièrement consumé par le feu, à la différence d’autres sacrifices où on mangeait une partie de l’animal). Mais, «faire monter» ça veut dire aussi, tout simplement… eh bien «faire monter», voire «faire grandir»! «Prends ton fils et fais-le monter sur la montagne», on pourrait très bien le comprendre sans penser du tout à un quelconque sacrifice! «Fais-le gravir la montagne, ou fais-le grandir!»…  Il y a là une ambiguïté, ou alors un jeu de mots!

 

Troisième détail. L’hébreu dit qu’Abraham se met en route. Il prend deux jeunes hommes, soit deux domestiques, avec son fils. Or quand il reviendra, à la fin du récit, le narrateur dira simplement «Ils revinrent, ensemble». Avant le sacrifice manqué, Isaac est appelé «enfant» ou «fils». Après, il est appelé «jeune homme». Comme s’il avait, ainsi, franchi une étape de sa vie, un palier.

 

Quatrième détail. Dieu a deux noms, dans cette histoire! Il y a celui qui demande à Abraham de sacrifier son fils (ou de le faire monter), c’est Dieu (en hébreu Elohim). Et il y a celui qui arrête le bras du patriarche et qui rappelle ses promesses de bénédiction, c’est Le Seigneur (en hébreu YHWH, qu’on a traduit autrefois par L’Eternel).

 

Dans l’Ancien Testament, Elohim c’est plutôt le dieu strict, de la rigueur, de la morale. Alors que YHWH, c’est davantage le dieu libérateur, celui de la miséricorde et de l’amour, celui qui nous accompagne, l’ami proche.

 

  

 

Conclusion de ces quatre détails: il semble que, dans notre récit, ce soit aussi Abraham qui passe d’un stade à un autre en même temps que son fils; que ce soit l’histoire d’une découverte par Isaac et surtout par son père, une découverte au sujet de Dieu: le Créateur n’est pas que rigueur inflexible, mais il est surtout grâce, amour, volonté de liberté. Cet épisode est un enseignement sur Dieu, qui protège la vie, qui refuse les sacrifices humains. Ce n’est pas tellement l’obéissance aveugle ou le renoncement qui sont prônés ici. Mais plutôt la foi en un Seigneur qui veut sans cesse nous rendre libres.

 

Cette libération va être douloureuse pour Abraham surtout. J’ai l’impression que le fil conducteur de notre récit, c’est la possession du patriarche, sa tendance à être possessif avec son fils.

 

En effet, résumons. Parce qu’Isaac est assez grand, c’est à Abraham maintenant de l’éduquer. Alors il se sépare de l’autre fils, Ismaël, comme pour garder Isaac tout à lui.  Mais Dieu voit le point de résistance, comme Jésus avec le jeune homme riche; l’attachement excessif que le patriarche porte à Isaac. Dieu demande ce seul fils qui reste. Et Abraham obéit. Tout en marchant vers le lieu du sacrifice, pendant trois jours, il se dépossède d’Isaac. Il en fait son deuil.

 

Par trois fois (cinquième détail), par trois fois, quand on devrait parler de l’agneau à offrir en holocauste, le narrateur dit brusquement «tous deux allaient, ensemble». Comme s’il voulait nous suggérer que la victime, dans cet étrange sacrifice, la victime, c’était tout autant le père que le fils. Abraham, qui devait apprendre à se déposséder d’Isaac: tous deux allaient, ensemble.

 

Dernier détail, étonnant. Alors qu’on a toujours parlé, pour l’holocauste, d’un agneau, soit d’un animal fils, eh bien c’est un bélier qui sera finalement sacrifié, soit un animal père. La Bible a de ces clins d’oeil!

 


 

Parce qu’Abraham a accepté de se sacrifier en même temps qu’Isaac, parce qu’il n’a pas retenu son fils, il devient ainsi image prophétique du Seigneur lui-même, lui qui à Golgotha n’épargnera pas non plus son fils unique, pour nous libérer!

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Enseignement sur Dieu, qui refuse les sacrifices humains, qui ne veut pas accaparer les hommes, mais les rendre libres.

 

Enseignement sur nous-mêmes. Nous-mêmes qui, comme Abraham, sommes appelés à nous déposséder, à nous «désaccaparer» de nos enfants, ce qu’exprimait très bien le texte de Khalil Gibran, tout à l’heure. De nos enfants biologiques et aussi bien sûr de nos «enfants» entre guillemets! Donc de nos entreprises, de nos créations, de nos œuvres, qui font notre fierté.

 

Non pas de les considérer comme futiles, bien sur! Mais d’éviter de nous y attacher avec excès, de les accaparer, d’empêcher les autres d’y avoir accès.

 

Eugène Ionesco a eu ce mot profond: «c’est souvent la peur de perdre qui nous fait perdre». Une fois qu’Abraham a compris cela, alors il peut donner, et il recevra au centuple. Depuis ce moment-là, quand il part, il ne prend plus son fils ou ses jeunes hommes: non, ils partent, ensemble!

 

Abraham, ainsi, a su ne pas retenir son fils, au moment où il le fallait. C’est pour cela qu’il est devenu une figure exemplaire de foi. Il a su le faire ni trop tard ni trop tôt: Isaac n’est pas un petit enfant, c’est un adolescent.

 

Dès lors, Isaac peut se marier: son père l’a offert, Dieu ne l’a pas pris; il est donc libre!

 

Friedrich Hoelderlin disait: «Dieu crée l’homme comme la mer crée les continents: en se retirant». Amen  

         


Jean-Jacques Corbaz  

 

 


  

 

+ Avant la prédication, nous avons chanté «Trouver dans ma vie ta présence… choisir avec toi la confiance». Et après l’intercession, bien sûr: «Les mains ouvertes».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Vos enfants ne sont pas vos enfants » de Khalil Gibran 

 

Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à la Vie. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne sont pas votre propriété. Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées. Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez héberger leurs corps, mais pas leurs âmes. Car leurs âmes résident dans la maison de demain que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves. Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux, mais ne cherchez pas à les faire à votre image. Car la vie ne marche pas à reculons, ni ne s'attarde avec hier. Vous êtes les arcs desquels vos enfants sont propulsés, tels des flèches vivantes. L'archer vise la cible sur le chemin de l'Infini, et Il vous tend de Sa puissance afin que Ses flèches volent vite et loin. Que la tension que vous donnez par la main de l'Archer vise la joie. Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable.