C'est gonflé !
Au cours d'une des scènes inaugurales des Actes des Apôtres [2, 1-13], lors de la fête juive de «Pentecôte» [= cinquante (jours après la Pâque)], il y eut comme un violent «coup de vent» [πνοή (pnoè), v.2] et les Apôtres se trouvèrent «remplis de l’Esprit» [πνεῦμα (pneûma)*, v.4], comme s’ils étaient «gonflés à bloc» pour affronter les épreuves à venir. La Pentecôte est donc, pour les Chrétiens, la fête de l’effusion l’«Esprit»... mot à l’histoire passablement complexe.
Le latin spīrĭtŭs** traduit le grec πνεῦμα [pneûma], qui lui-même traduit l’hébreu רוֺחַ [Rouaḥ].
Ainsi, tout commença dans la Torah. Le Dieu biblique est présenté comme créant le monde par la puissance de son seul Dire et dans sa רוּחַ [Rouaḥ]***. Ce mot hébreu désigne «tout ce qui est agité par un souffle» ; ce qui va de l’haleine à la tempête, en passant par le vent et même la colère. Renvoyant à une puissance invisible que rien n'arrête, il a fini par signifier le «souffle vital» et, par suite, l’«esprit».
Les traducteurs de la Bible en grec ont naturellement choisi de rendre רוּחַ [Rouaḥ] par πνεῦμα [pneûma], terme qui avait à peu près le même sens**** : «souffle», «air», «vent». En grec classique, l’adjectif πνευματικός [pneumatikos] signifiait «qui concerne la respiration». Dans la langue chrétienne, il prit le sens de «spirituel» [= «mû par la puissance de l’Esprit saint»]*****.
Mais revenons sur terre ! Au XVI°s., πνευματικός [pneumatikos] a fait un remarquable retour à son sens originel. Le français a, en effet, adopté, via le latin pneumătĭcus [= «relatif à l’air»], l’adjectif «pneumatique», pour désigner «ce qui contient de l’air» ou «ce qui fonctionne avec de l’air»******. Popularisé par Michelin [brevet de 1891], le substantif «pneumatique» [devenu «pneu», par apocope] est alors entré dans notre vie quotidienne.
De la Pentecôte à Michelin, c'est sacrément gonflé
!
* la parenté des mots πνοή [pnoè] et πνεῦμα [pneûma] saute aux yeux
**qui donnera en français «esprit», «spirituel», «spiritueux», etc.
*** ce mot apparaît dès le deuxième verset de la Genèse : «le Souffle [ רוֺח ] de Dieu planait sur les eaux».
**** de même pour le latin spīrĭtŭs, qui signifiait originellement «souffle de l’air» [cf. « respirer »] et qui a fini par désigner le saint Esprit !
***** Première épître de Paul aux Corinthiens 2, 15.
****** jusqu’en 1984 [je travaillais alors à la Poste], les Parisiens pouvaient communiquer grâce à des «pneumatiques» [familièrement appelés «pneus» = tubes contenant un message écrit, propulsés par la force de l’air comprimé].

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