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Bonne balade entre les mots!
dimanche 22 janvier 2023
(Po, Li) Rencontre
(Po, Li) Les paroles des poètes
Gloria
Les paroles des poètes,
Le chant des croyants inconnus,
Le rythme de la fête
Nous disent: tu es venu.
Toi, la source de nos musiques,
Comme un oiseau sur la fenêtre,
Toi, l’espoir fantastique
Des demain, des peut-être,
Toi dont l’amour nous rachète,
Royaume offert et nu,
Fragile beauté, pourtant parfaite,
Gloire à toi, Jésus, notre salut.
Jean-Jacques Corbaz
lundi 16 janvier 2023
(Bi, Hu) Promotion des carottes
Enfin, je devrais plutôt parler de cela au passé. Car depuis quelque temps, les membres du CPC sont en profond désaccord.
Il y a d’un côté ceux qui préfèrent peler une carotte en la tournant vers l’extérieur, et de l’autre ceux qui affirment qu’il est bien plus efficace de la peler en la tournant vers l’intérieur. Chaque parti développe ses arguments, veut absolument prouver qu’ils sont meilleurs que ceux d’en face… Et surtout, chacun cherche à démolir l’autre camp, le rabaisser, le ridiculiser. Chaque prise de parole est interprétée avec malveillance. Bref, c’est la guerre!
Tant et si bien que le CPC n’a plus aucune énergie, aucune disponibilité pour promouvoir les carottes. Un comble !
Dites, mes amis: ces mésaventures ridicules n’auraient aucune chance d’arriver dans notre Communauté pour la Promotion du Christianisme (CPC), non? Rassurez-moi.
Du 18 au 25 janvier, semaine de prière pour l’unité des chrétiens!
Jean-Jacques Corbaz
(Pr) Tout est à vous... Mais à qui es-tu?
Lectures: 1 Corinthiens 3, 4-15;1 Corinthiens 3, 21-23; Luc 19, 1-9
Dans une revue missionnaire, j’ai lu cette jolie histoire:
“Sur une route, en Inde, des hommes armés m’ont arrêté et fait sortir de mon véhicule. Ils m’ont pris toutes mes valeurs et se sont enfuis avec ma voiture. Quand j’ai vu un des bandits prendre ma bible, je lui ai crié: “Lisez-la souvent!”
Quatre ans plus tard, j’ai reçu une lettre qui disait: “Je suis un de ceux qui vous ont attaqué sur la route. Je me rappelle encore votre visage calme et amical alors que je vous menaçais avec mon arme, et que vous m’avez dit de lire la Bible. Je veux vous remercier, car vous m’avez sauvé la vie. J’ai lu votre bible, et j’ai décidé de quitter ce gang. Et, récemment, mes anciens compagnons se sont fait tuer en attaquant un bus sur la route. Aujourd’hui, si je n’avais pas suivi votre conseil, je serais mort moi aussi. C’est la bible que je vous ai prise qui m’a sauvé la vie.”
Indirectement, ce n’est pas la première fois, ni la dernière, que le fait de croire en Dieu sauve la vie de quelqu’un. La foi peut sauver de la mort violente, comme dans notre récit. Elle peut aussi sauver de la mort lente, celle du désespoir. Je veux dire ici: du manque d’espérance. Vous le croyez?
À force de vivre en symbiose avec l’Evangile, l’Europe s’y est habituée. Dramatiquement. Petit à petit, le tranchant de la Parole du Christ s’est émoussé pour nous, comme un médicament qui fait de moins en moins d’effet, parce que le corps s’y est accoutumé.
Nous en sommes venus à ne plus réaliser la différence qu’il y a entre la vie que nous menons et celle que l’Evangile appelle! On croit, et sincèrement, que vivre en bons chrétiens, c’est: ne pas tuer, ne pas voler; donner (un peu!); pardonner (parfois...). Bon, je suis un des premiers à déraper dans ce travers!
On entend même certains dire qu’il faut chasser les musulmans de chez nous, parce qu’ils ne respectent pas les fondements du christianisme, qui sont de ne pas voler, de ne pas tuer. Hem! Que ceux qui prétendent cela aillent commettre un vol dans un pays musulman... Ils s‘en mordront les doigts, si j’ose dire: vous connaissez la règle de couper les mains des voleurs!
Dieu merci, nous avons aujourd’hui des contacts avec d’autres continents, qui nous aident à reconnaître tout ce qu’il y a de neuf et de révolutionnaire dans le Nouveau Testament (NT), tout ce qui va beaucoup plus loin qu’une morale humaniste: car ne pas tuer, ne pas voler, donner ou pardonner, c’est un peu comme la peinture sur la carrosserie d’une voiture: ça parachève l’oeuvre, mais ce n’est pas l’essentiel. C’est une conséquence de la foi chrétienne, et non le coeur. C’est ce que l’apôtre Paul qualifie dans notre passage de construction: une construction d’or ou d’argent, de bois ou de paille, une oeuvre qui résistera plus ou moins bien au feu, c’est-à-dire à l’épreuve.
Une construction... Un peu comme la maison des trois petits cochons face au grand méchant loup! Et la lettre aux Corinthiens précise: “Celui dont l’oeuvre sera consumée, même celui-là sera sauvé, comme on est sauvé à travers le feu.” Evidemment, cette personne aura eu chaud, c’est le cas de dire! Mais, rendez-vous compte, l’essentiel, le coeur, ne sera pas touché.
Alors, l’essentiel, le coeur du NT, qu’est-ce que c’est? Bien sûr, si on avait trouvé la définition parfaite en deux lignes, ça se saurait! Nous sommes condamnés à tâtonner.
Aujourd’hui, je trouve dans ce chapitre aux Corinthiens un angle d’approche que j’avais un peu tendance à oublier. Il y a une dispute de clans, entre les chrétiens disciples de Paul et ceux qui se sont ralliés à un nouvel évangéliste, nommé Apollos.
Partant de ce conflit, l’apôtre écrit ces versets, que j’aime à méditer à la veille de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens: “Paul plante, et Apollos arrose; mais c’est Dieu qui fait pousser. Celui qui plante et celui qui arrose ne sont rien.”
Et il poursuit: “Que personne ne fonde sa fierté sur des hommes. Car tout vous appartient: Paul, Apollos ou Pierre; le monde, la vie, la mort; le présent ou l'avenir, tout est à vous; mais vous, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu.”
Voilà. Nous n’appartenons pas à des hommes. Vous, protestants ou catholiques, ou musulmans, voire agnostiques, vous n’appartenez pas à votre pasteur ou votre prêtre, ni à votre Eglise ou communauté... «Vous êtes au Christ et, par lui, à Dieu.»
Finalement, ne serait-ce pas dans cette question de l’appartenance que se joue l’essentiel de notre foi? “À qui es-tu?” disait-on autrefois; “au Jules de la Combe ou au Max du Very?”. Au Moyen Âge, les paysans étaient au seigneur du lieu, sire de Grandson ou comte de Gruyère: “À qui sont ces gens?” disait-on.
Être au Christ; et, par lui, à Dieu... Pas facile, mes aïeux!! Cela suppose de savoir accueillir dans nos vies, dans notre quotidien, les valeurs nouvelles de l’Evangile. Le sens donné à l’existence, et qui nous manque tant aujourd’hui.
“À qui es-tu?”, ça veut dire: pour quoi (en deux mots), pour quoi est-ce que tu vis? Quel est ton but, ton essentiel? L’argent? alors tu es à ton porte-monnaie. L’admiration des autres, la gloire? alors tu es à toi-même. Le pouvoir? La réussite? Être en haut de l’échelle, surpasser les autres? alors tu es à ton orgueil...
Nous sommes si peu à Christ, et à Dieu!
Mais attention: la vie chrétienne, bien sûr, ce n’est pas d’être pleinement détachés de toutes contingences matérielles, et de n’avoir les yeux fixés que sur Dieu seul! Cela, c’est une espèce d’idéal monastique qu’il est quasi impossible de mener dans notre société, surtout si l’on travaille ou qu’on a des enfants; ou que notre santé nous fait souffrir...
Le NT ne nous appelle donc pas à nous couper du monde, mais à travailler sur nous-même pour, dans ce monde, essayer d’appartenir le plus possible à Celui qui nous a rachetés (!). Pour nous convertir, toujours mieux, à sa personne. Pour refaire sans cesse le chemin de Zachée; lui qui, touché par l’amour et le pardon de Jésus, a su lâcher son idole (pour lui, c’était l’argent), lâcher son idole et se donner au Christ. Refaire ainsi le chemin de ce bandit, voleur d’auto et de bible, qui a pu changer de vie à temps.
Se donner... Vous voyez, le malentendu, c’est qu’on en a fait une morale: il faut vous donner au Christ. Surtout non! Arrière de moi, Satan! il ne faut pas vous donner au Christ, pas plus qu’il ne faut être bon, donner ou pardonner, s’abstenir de tuer ou voler. Ce n’est pas une morale, ni une obligation.
Non, avec Paul, avec les missionnaires d’hier et ceux d’aujourd’hui, qui viennent souvent d’Outre-Mer, j’ai envie de vous dire: dans la Parole de Jésus, je découvre le ferment d’une vie bouleversante et bouleversée, qui me fait voir le monde avec des yeux neufs, et qui m’aide à devenir meilleur. En essayant, avec tous mes défauts d’être un peu mieux à Christ, je me libère de bien des égoïsmes, je deviens plus heureux.
L’Eglise, notre Eglise, c’est la communauté de celles et ceux qui marchent sur ce chemin-là. Nous sommes ensemble pour nous y encourager.
Chers ami.e.s tout à l’heure, je vous dirai «au revoir» comme chaque fois. Mais aujourd’hui, j’ai presque envie de vous dire «Adieu». Pas parce que je vais vous quitter pour toujours, bien sûr que non! Mais parce que dans ce mot il y a «à Dieu» en deux mots. Comme pour dire avec force: soyez à Dieu, le plus possible! Marchez toujours en compagnie de Celui à qui vous appartenez déjà. N’oubliez pas: «Tout est à vous; mais vous, vous êtes au Christ et le Christ à Dieu.» Amen
samedi 24 décembre 2022
(Pr, Co) Jojo. Conte de Noël
Jojo en Chine Conte du 24 décembre 2022
Lecture biblique: Luc 2, 1-20
Il était une fois, il y a bien des années, un petit garçon pas très sage qui sʼappelait Jojo.
Jojo était un gentil copain, il aimait beaucoup jouer avec les autres. Il savait bien se faire apprécier des enfants de son âge... mais nettement moins de ses professeurs à lʼécole, ou de son pasteur au catéchisme ! Car Jojo nʼétait pas très attentif, il préférait écouter ses rêves dʼaventure plutôt que ce qu’on lui enseignait. Il sʼimaginait volontiers en train de courir les mers sur un bateau de pirates, ou dʼexplorer les continents inconnus... Mais il avait énormément de peine à se concentrer sur lʼorthographe, le calcul ou la discipline !
À seize ans, Jojo est sorti de lʼécole avec des notes... eh bien, pas fameuses du tout ! Il a eu de la peine à choisir un métier qui lui plaise. Pour finir, il a décidé de devenir marin. Pour partir très loin, comme les aventuriers de ses rêves. Il sʼimaginait capitaine de navire, avec une belle casquette et des galons dorés; et tout un équipage sous ses ordres.
Évidemment, la réalité nʼa pas été aussi belle ! Quand Jojo est arrivé dans un grand port, cʼétait à Rotterdam, aux Pays-Bas, personne nʼa voulu lʼembaucher pour être commandant de bateau. Normal, il nʼavait encore jamais navigué ! La seule place qu’il a fini par trouver, ça a été comme mousse. Il devait laver le pont du navire, vider les poubelles, porter des bidons dégoulinant de graisse froide... bref, des tâches vraiment peu agréables.
Par chance, il a pu voir beaucoup de pays. Son bateau passait dʼun port à lʼautre: New York... Rio de Janeiro... Buenos Aires... Amsterdam... la Floride... lʼAustralie... le Japon... la Terre de Feu... En quelques années, il a parcouru ainsi la terre entière. En travaillant, bien sûr. Les marins avaient tellement à faire qu’ils ne pouvaient jamais descendre pour visiter les régions où ils accostaient.
Malheureusement, Jojo est resté mousse longtemps. Comme il nʼavait pas appris grand-chose à lʼécole, il nʼa jamais pu se faire engager pour des activités plus intéressantes. Alors, un jour, il en a eu assez. Marre de toujours nettoyer la saleté et dʼobéir aux autres. Il a quitté son navire en décidant de ne pas revenir à bord, et il est parti à la découverte du pays où il se trouvait.
Cʼétait en Chine. Dans une boutique de fripier, Jojo a acheté des habits; pas chers, des vêtements tout simples de Chinois. Et il sʼest mis à vivre comme les indigènes, pauvrement, mais sans manquer du nécessaire.
Grâce à son heureux caractère et sa gentillesse, Jojo sʼest facilement intégré dans son nouvel univers. Bien sûr, il lui a fallu apprendre à parler le chinois. Mais, quand on est heureux, quand on se fait des amis, cʼest nettement plus facile qu’à lʼécole ! Il a dû aussi sʼadapter à des manières de vivre très différentes de tout ce qu’il connaissait. Par exemple, les Chinois nʼarrivaient jamais à prononcer les “J” de son nom: ils l’appelaient Yoyo !! Quand ils le saluaient, ils disaient: “Bonyour, Yoyo !” Pourtant, Jojo ne se fâchait jamais. Il leur répondait chaque fois avec son grand sourire. Et, grâce à son amabilité, il nʼa eu aucune peine à se faire accueillir chaleureusement, il sʼest vite senti comme un vrai Chinois.
* *
Cependant, il lui manquait quelque chose. À chaque fin dʼannée, il y repensait: comme cʼétait beau, la fête de Noël, à lʼéglise de son village; avec le sapin, les chants, et les cadeaux... Il aurait tellement voulu pouvoir revivre cette atmosphère magique de son enfance; lʼodeur chaude des bougies et des branches dʼépicéa, le goût des biscômes et des petites cloches en chocolat, la surprise des paquets brillants aux ficelles dorées...
Alors, un jour, Jojo a pris sa décision: la prochaine fois que ce sera le 25 décembre, je vais fêter Noël avec mes nouveaux amis ! Je leur apprendrai !
Mais quand les Chinois ont reçu lʼinvitation, ils ont été tout étonnés. Ils ont demandé: “Noël ? Quʼest-ce que cʼest, ce machin ?” Ils nʼen avaient jamais entendu parler !
Jojo a donc essayé de leur expliquer:
- Eh bien, vous verrez. On prend un sapin, on le décore avec des bougies et des guirlandes,on chante, on se donne des cadeaux...
- Ah ? ont fait les Chinois. Dʼaccord, nous verrons.
Et le jour de Noël, ils sont venus. Jojo nʼavait pas trouvé de sapin, mais lʼarbre quʼil avait installé dans sa maison faisait quand même lʼaffaire. Il lʼavait décoré comme il pouvait, avec quelques fils argentés et des étoiles de toutes les couleurs.
Après un bon goûter, Jojo a essayé de leur chanter “Voici Noël”, mais il ne se rappelait plus bien des paroles, alors il faisait “lalalala...” De toute façon, les Chinois ne comprenaient pas le français, ils ne voyaient pas la différence !
Jojo était très déçu. “Jʼai dû oublier quelque chose, pensait-il, ce nʼest pas possible que mes amis nʼaiment pas Noël !” Quand tout-à-coup une idée lʼa traversé: les cadeaux ! Ils avaient oublié de lui offrir des cadeaux ! Cʼétait ça qui manquait ! Pourtant, quand Jojo le leur a dit, les Chinois ont presque fait la grimace. “Comment ? Vous, les Européens, vous êtes vraiment malins: vous organisez une fête pour qu’on vous apporte des cadeaux ! Nous savions que vous étiez égoïstes, mais pas à ce point !”
Après le départ de ses amis, Jojo est resté tout pensif, triste et plein dʼinterrogations. Il se disait en lui-même: “Cʼest vrai que Noël, cʼest encore autre chose qu’un sapin et des cadeaux. Mais qu’est-ce que jʼai oublié ? Quʼest-ce qui est important, pour fêter Noël ? Tout-à-coup, une nouvelle idée lui est venue: “Mais bien sûr, suis-je bête ! Jʼaurais dû leur parler de Jésus ! Parce que Noël, cʼest la fête de Jésus !
Alors Jojo a couru faire le tour de ses amis pour leur dire: “Jʼai trouvé, je sais pourquoi vous nʼavez pas compris ce que cʼest, Noël. Jʼavais oublié de vous parler de Jésus, la naissance de Jésus !”
- Jésus, mais cʼest qui ? ont répondu les Chinois.
- Comment, vous ne le connaissez pas ? Vous nʼavez jamais entendu ce nom? Jésus, le fils de Dieu, celui qui est né dans la crèche ?!
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| "Garçon!!? Y a un humain dans mon repas!!" |
Mais les Chinois étaient tout surpris, et plus Jojo parlait, moins ils comprenaient. Impossible de leur faire sentir comme Noël était une fête importante pour lui. “Cʼest pourtant simple, pensait-il, en Suisse, tout le monde sait ça ! Ah, si seulement ces Chinois étaient allés au catéchisme, le pasteur aurait pu le leur expliquer !”
Malheureusement, il nʼy avait là-bas ni pasteur ni catéchisme à des centaines de kilomètres à la ronde, ni personne qui nʼait jamais entendu parler de Jésus. Et Jojo nʼarrivait pas à se souvenir de ce qu’on lui avait enseigné au caté, puisquʼil avait si peu écouté. La seule chose qui lui était restée, cʼétait une parole de Jésus qui disait: “Tout ce que vous avez fait aux plus petits des humains, qui sont mes frères, cʼest à moi que vous lʼavez fait.” Et le pasteur leur avait fait écrire cette phrase que Jojo nʼavait jamais très bien admise: “Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.” Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir? Tout de même, cʼest plus agréable de recevoir des cadeaux, non ?
Jojo aurait peut-être oublié toutes ces questions autour de Noël; mais les Chinois sʼen souvenaient, eux ! Ils souriaient lorsqu’ils rencontraient leur ami européen, et ils lui demandaient malicieusement quand il allait encore fêter son arbre et ses cadeaux. Les enfants, pour rigoler, avaient même pris lʼhabitude dʼappeler un “Jésus” ce qu’ils ne comprenaient pas. Quand leurs parents leur parlaient de choses trop compliquées, ils disaient: “Cʼest un Jésus, ce nʼest pas pour nous !”
Les Chinois étaient de plus en plus étonnés. ils se demandaient: “Mais qu’est-ce qui lui arrive, à notre Européen, pour qu’il agisse ainsi ?” Et quand quelqu’un lui a posé directement la question, Jojo a répondu en souriant: “Eh bien, cʼest Jésus !”
- Jésus ? Comment ça, Jésus ?
- Mais oui, Jésus, Noël, et Dieu. Je mʼétais trompé, lʼannée passée: à Noël, l’important, ce nʼest pas le sapin, cʼest d’aider les autres.
- Alors là, si cʼest ça, Noël, ça devient vraiment intéressant, ont fait les Chinois.
Et vous savez, depuis ce jour, il y a tout un village de la Chine lointaine qui fête Noël, chaque 25 décembre; sans sapin, sans cantiques, sans pasteur, mais: avec beaucoup de générosité.
Et Jojo, parmi eux, Jojo a parfois envie de revenir une fois chez lui, en Europe, pour parler à ses copains dʼenfance de ce qu’il a découvert, à lʼautre bout du monde, là où personne ne savait rien sur Jésus, ce qu’il a découvert: le vrai sens de Noël.
Bernard Reymond, adapté par Jean-Jacques Corbaz
vendredi 23 décembre 2022
(SB, Re) Jésus est-il Dieu?
lundi 5 décembre 2022
(Pr, Hi) L'épée et le chapelet
Prédication du 5 décembre 2022 Un autre saint Nicolas: von Flüe!
Lectures bibliques: Esaïe 2, 2-5; Matthieu 5, 1-9
Il naît le 21 mars 1417, donc 100 ans avant la réforme de Luther. Son nom de famille est «Leoponti», mais il sera connu sous celui de son village, qui s’appelle «Flüeli», dans le demi-canton d’Obwald. Donc Nicolas de Flüe.
En ce temps-là, l’Europe vit des années difficiles; le monde du moyen Âge bascule et s’effondre. Beaucoup de conflits divisent les villes, et les campagnes; les autorités politiques, et religieuses. Ces dernières s’accrochent souvent au pouvoir qu’elles ont exercé pendant des siècles, et aux privilèges qu’elles en retiraient.
L’Europe se construit (déjà!), autour des passages à travers les Alpes, dont la Suisse centrale et le fameux Saint-Gothard. Mais les cantons helvétiques, en ce temps-là, sont aussi différents et désunis que les membres de l’Europe aujourd’hui. Voire davantage, puisqu’ils se font la guerre entre eux!! Les conflits ont des causes économiques; débouchés commerciaux; crises d’énergie qui menacent (re-déjà!!). Le tout habillé d’antagonismes religieux… Vous voyez qu’il n’y a rien de très nouveau sous le soleil!
Dans ce monde en crise, Nicolas de Flüe ne craindra pas de s’engager. Ce n’est pas un homme qui fuit les conflits, bien au contraire! Mais il s’engagera toujours pour chercher la paix et la réconciliation.
Appelé sous les drapeaux, il sert l’armée comme officier. Et il se bat comme il prie, avec ardeur, tenant d’une main son épée et de l’autre son chapelet - et cela sans jamais que la première n’oublie le second!
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| Statue de Nicolas, Boncourt |
Aux heures de pause, au lieu de boire ou rigoler avec les autres, Nicolas se retire dans une église ou un endroit tranquille pour méditer et prier. Cela lui donnera la force de ne jamais perdre de vue ce qu’il a reçu comme mission de la part de Dieu. Il fait le moins possible de dommages à l’ennemi, cherchant du mieux qu’il peut à le protéger! Etonnant, ce militaire pacifique!
Courageux au combat, il reste toujours compatissant envers les vaincus. Il encourage ses troupes à se modérer dans la victoire, et à éviter les pillages, les destructions, les incendies… Un jour, il va même éteindre de ses mains le feu que ses supérieurs avaient fait bouter à un couvent où les Autrichiens s’étaient réfugiés. Il a bien failli perdre la vie lors de cet épisode!
Une fois la paix revenue, ses qualités font de lui un homme recherché et sollicité pour sa sagesse et ses conseils, tel un Salomon! On l’appelle pour les affaires les plus délicates. Lui qui n’a qu’un désir, c’est de vivre de manière cachée pour se consacrer à Dieu, à la prière et à sa famille; lui qui n’a aucune envie d’exercer une charge publique, il finira par accepter les responsabilités de juge et de conseiller cantonal.
Et imaginez: quand le tribunal qu’il préside donne tort à un habitant, il l’invite chez lui et lui fait un cadeau pour le consoler!
Ce n’est pourtant pas un homme de compromission: il refusera toujours de transiger avec la vérité et la justice. Il démissionnera de ses fonctions de juge à cause des partialités de ses collègues, qu’il ne supporte pas.
Il va également s’opposer aux prêtres de sa paroisse, parce qu’ils demandent une dîme beaucoup trop lourde pour les petits paysans, ou parce qu’ils abusent de leur pouvoir. Et toujours il garde une foi profonde et une pratique religieuse infatigable: eucharistie, prière, jeûne lui sont une véritable colonne vertébrale, un soutien fort.
Nicolas de Flüe n’est pas un réformateur, pas même un précurseur. C’est bien plutôt un homme de service et de réconciliation.
À 30 ans, il épouse Dorothée, qui n’a que 14 ans! Ils auront 10 enfants; et sa femme jouera un rôle déterminant, positif, dans tout ce qui va se passer. Elle accepte avec joie la personnalité hors normes de Nicolas, et elle le soutiendra en toutes circonstances, même lorsqu’il décidera de se retirer seul, loin de sa famille. Dorothée restera toujours sa grande confidente, et l’amour les unira toujours, y compris quand Nicolas vivra en ermite, au Ranft. Par la prière partagée, la foi, fervente, la recherche de la justice et de la paix, leur communion ne se dissipera jamais.

La maison où Nicolas vivra avec sa femme
Plus le temps passe, plus Nicolas éprouve le besoin impérieux de la solitude, pour accomplir sa foi. Plus il avance dans la vie, et plus il progresse dans la spiritualité, plus il a soif de Dieu et se sent appelé à tout abandonner. C’est une réelle souffrance qui s’empare de lui, et qui le mène à la dépression. Jusqu’au jour où il finit par accepter cette étrange vocation. Avec l’accord de Dorothée et de ses grands enfants, il quitte tout, ne gardant que trois choses: une robe de pèlerin tissée par sa femme, un bâton et son chapelet. Il demande profondément pardon à sa famille, il les bénit, puis s’en va.
Le lieu de sa première retraite est vite découvert. Quelques hommes le supplient de revenir au village. Mais un songe finit par révéler à Nicolas un endroit bien plus caché, dans la gorge obscure du Ranft. Il s’y construit une cabane de branchages entourée d’épais taillis.
Une fois encore pourtant, ceux qui le cherchent réussissent à le trouver. Mais, convaincues par sa motivation et sa foi, les autorités de son canton décident de lui bâtir, là, une petite habitation et une chapelle. Il y vivra jusqu’à la fin de ses jours, dans le jeûne et la prière. Aujourd’hui encore, cet ermitage subsiste. Une planche nue en guise de lit, et une pierre du torrent comme oreiller: c’était vraiment le confort minimum!!
La renommée de cet étrange croyant se répand, jusqu’à l’étranger. Des princes et des rois, et même le Pape (Paul II) le soutiennent. Jusqu’à l’archiduc d’Autriche, naguère son ennemi. Et c’est ce rapprochement qui permettra que la paix soit signée entre la Confédération et Vienne!
Ainsi, peu à peu, cet homme qui s’est retiré du monde, et qui ne fait aucun bruit, devient si lumineux, si rayonnant qu’il attire des visiteurs en nombre. On vient parler avec lui, lui soumettre des difficultés. Il y a aussi des pèlerins, des curieux… Bref: la foule!
Une renommée de sainteté se répand rapidement. Même des théologiens, des évêques, des savants cherchent auprès de lui force et réconfort. On pourrait presque croire que le passage d’Esaïe que nous avons lu a été écrit pour lui. Les nations qui viennent le consulter, l’arbitrage, la promotion de la paix…
Nicolas reste en toute occasion ce chrétien exigeant et sans compromission. Quand les plus grands lui demandent conseil, il ne craint pas de leur rappeler leurs responsabilités, avec franchise et indépendance.
En Suisse, Nicolas de Flüe est surtout connu pour sa médiation lors du Convenant de Stans. Avant même les guerres religieuses, comme le Sonderbund, les cantons s’entre-déchirent, surtout entre la ville et la campagne, les cantons ruraux et ceux plus citadins. Rappelons que nous sommes avant la Réforme de Luther!
Une guerre terrible éclate, où certains Etats confédérés en arrivent même à faire intervenir l’Autriche, l’ancien ennemi commun! Aucun arbitrage ne parviendra à calmer l’incendie.
En 1481, la Diète (c’est-à-dire l’Assemblée des représentants de tous les cantons) se réunit à Stans. La situation apparaît sans issue. Le curé du lieu court vers Nicolas et ramène du Ranft un message de l’ermite, message dont on a hélas perdu la teneur. Mais cette lettre est efficace: une heure plus tard, le calme et la paix sont revenus sur les Confédérés! Un pacte est conclu, c’est le Convenant de Stans. Ce pacte règlera les relations entre les cantons, et il restera en vigueur jusqu’en 1798, donc 317 ans!
D’autres médiations, moins connues, seront tout aussi efficaces, et cela dans toute l’Europe centrale. Nicolas ne sait ni lire ni écrire, mais il marquera son temps comme aucun autre! D’ailleurs, quand j’étais enfant, l’expression «Nicolas de Flüe» était synonyme de médiateur, de conciliateur.
Pour lui, la miséricorde vaut mieux que la justice, elle est le meilleur ciment qui puisse lier les Etats. L’esprit de conquête, l’appât du gain ne font qu’égarer les gens et engendrer les conflits. Nicolas ne connaît pas d’autre chemin que celui des Béatitudes: heureux les pauvres… les doux… les miséricordieux… les artisans de paix… ceux qui ont le coeur pur… ceux qui ont soif de justice…
En 1487, à l’âge de 70 ans, Nicolas rend son dernier souffle, entouré de son curé et de sa femme. Il est pleuré par toute l’Europe, et sera canonisé. Il devient pour tous Saint Nicolas de Flüe. Mais si peu de ses paroles ont pu traverser les siècles jusqu’à aujourd’hui!
Il ne nous appelle pas à faire comme lui, à quitter femme et enfants pour ne vivre que de prière. Mais certainement à une forme spirituelle de décroissance. Je crois qu’aujourd’hui plus que jamais, son exemple nous invite à réfléchir à nos priorités, et à notre cohérence: comment ma foi au Christ change-t-elle ma vie, et mes actes? Comment mieux promouvoir la paix et la réconciliation?
La chapelle du Ranft
Faute de pouvoir conclure avec un message qui viendrait de lui, je vous propose quelques lignes de Frère Roger, de Taizé, cet illustre Vaudois qui partage avec Nicolas bien des soifs intérieures: «Le pardon est ce qu’il y a de plus neuf dans l’Evangile. L’Evangile apporte un renversement: le Christ ne condamne ni ne punit jamais. Sans pardon, quel avenir pour notre personne humaine? Sans pardon, sans réconciliation, quel avenir pour les chrétiens divisés, quel avenir pour la famille humaine sur la terre?» (Roger Schütz)
Amen
Jean-Jacques Corbaz
vendredi 2 décembre 2022
(Bi) Il va m'apprendre
Quelques mots du poète Christian Bobin, décédé tout récemment:
"A Noël, je vois venir à ma rencontre un nouveau-né qui, déjà, est
mon maître. Un enfant qui va me donner à manger comme on donne à manger à
un nourrisson. Un enfant qui va m'apprendre des vérités élémentaires et
pourtant tellement essentielles.
Il va m'apprendre que d'un côté il y a les stratégies, les calculs, la force la puissance, l'argent, la jalousie. Et que, de l'autre, il y a l'attention à l'autre, l'oubli de soi, le don, l'ouverture, la bonté.
A Noël arrive un enfant qui va nous rendre la vie impossible, mais sans cet impossible, il n'y a rien."
Christian Bobin
vendredi 18 novembre 2022
(Bi) La «méthode Coué»
Tu crois?
La «méthode Coué» fait souvent rigoler ou sourire. Superstition, croyances primitives, pensons-nous en êtres modernes, rationnels.Et pourtant, ça marche! Pas à tous les coups, bien sûr. Ce n’est pas automatique. Mais son efficacité est parfois étonnante. Car l’auto-persuasion agit, mais jamais toute seule. Elle n’est active qu’en combinaison avec un autre élément: la conviction. La conviction entière, profonde, qui mobilise complètement. Alors, les résultats sont spectaculaires. On a vu des cancéreux guérir parce qu’ils étaient persuadés qu’ils n’étaient pas malades.
Vous voyez le parallèle avec la foi chrétienne? Car là aussi, sans conviction forte, profonde, agissante, sans confiance totale, Dieu ne peut rien.
Comment vivre en paix avec nos voisins, proches ou Proche-Orientaux, si nous ne sommes pas tout entiers gagnés par la conviction fabuleuse que Dieu travaille à la réconciliation, et qu’il a besoin de nous pour cela?
Denis de Rougemont le disait si bien: «L’avenir est notre affaire».
Jean-Jacques Corbaz, pasteur
(Co, Hu) Alice, ma veuve
N.B. On peut lire les deux premiers épisodes d'Anne Rivier, qui ont inspiré mon texte, sur le site des Editions Domaine Public, à la page http://www.domainepublic.ch/articles/7943
Mon propre texte s'y trouve à la page http://www.domainepublic.ch/articles/686
Alice, ma veuve, ma chérie,
Jean-Jacques Corbaz, octobre 2004






















