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lundi 23 août 2021

(Pr) La foi au Christ, ça ne casse pas des briques?! Voire...

 

    Prédication du 23 août 21, "Les 4 vandales" 

    Marc 2, 1-12; 2 Timothée 2, 8-10; Psaume 41, 2-4 

 

C’est l’histoire de quatre vandales. Qui cassent un toit. Mais c’est mon histoire, et c’est la vôtre aussi!

Ce jour-là, la maison de Simon est pleine de monde, à craquer. Car Jésus est là, et les foules accourent.

Or voici qu’arrivent quatre hommes qui portent un de leurs amis, paralysé, sur un brancard de fortune. Puisque l’attroupement les empêche d’accéder à Jésus, ces quatre gaillards ont une idée étonnante. Comme un coup de poker. Sans s’embarrasser des convenances, ils hissent leur compagnon sur la terrasse de la maison, qui fait office de toit, aussi. Là, ils ouvrent un trou, et y font descendre le paralysé jusqu’à Jésus.


J
’aime cette histoire, en particulier parce qu’elle est riche de symboles. De symboles bien différents de ceux du récit de Jean, que nous avons lu il y a deux semaines.

Evidemment, je préfère que ce soit le toit de Simon qui ait été percé plutôt que le mien! :-) D’ailleurs, le climat et le style des habitations n’est pas le même.

Mais quelle est la première réaction de Jésus, à cet acte de vandalisme? Il admire la foi des quatre hommes, nous dit l’évangile. Non seulement il les félicite, mais encore il discerne, dans leur geste, un acte de foi. Un mouvement religieux!

Et on pourrait, en continuant la lecture de ce passage, méditer longuement sur le pardon des péchés, sur la nouveauté fabuleuse de l’enseignement du Christ à son sujet, et sur la conception étriquée qu’avaient en ce temps-là les scribes de la religion. Par rapport à eux, Jésus amène une conception bien plus libératrice: Dieu aime chacun(e), passionnément; Dieu pardonne chacun(e), sans condition. C’est un absolu, il n’y a pas d’exception! 


On pourrait méditer longuement sur le pardon des péchés. Je l’ai déjà fait. Vous aussi sans doute! Mais aujourd’hui, j’aimerais m’arrêter avec vous sur ce trou dans le toit, qui est pour Jésus un signe de foi.

Au fond, ce dont témoignent les quatre amis, c’est de leur volonté totale, sans concession, de mettre leur copain handicapé dans la proximité de Jésus. Ils ne se laissent arrêter par rien, ni par la foule, ni par les barrières architecturales.

Leur foi, c’est de crever le toit. Grâce à ce trou, un grabataire a été remis debout; un mort-vivant a été ressuscité.

Ainsi, il a fallu casser, percer, pour que la Vie majuscule puisse se frayer un passage; et pour provoquer une rencontre qui sauve. Vous le voyez, ce passage de l’évangile ne laisse pas indemne. Il a fallu que la foi des brancardiers les transforme en casseurs; qu’elle prenne le visage de l’obstination et du culot, voire qu’elle les amène à commettre un acte de l’ordre du délit!

Et c’est ce trou dans le toit qui va conduire Jésus à, lui aussi, crever une paroi! Il percera un mur plus épais que la terrasse de Simon quand il pénètrera à l’intérieur de cet homme, qui était muré dans son infirmité, emprisonné dans les impasses de la religion juive de son temps. 


  

Jésus ouvre une brèche essentielle quand il prononce ces mots, inouïs (inouïs au sens propre: jamais entendus, puisque seul Dieu, pensait-on, seul Dieu avait le pouvoir de déclarer cela): “Mon fils, tes péchés te sont pardonnés”. Autrement dit: tu es délivré de ce qui t’enchaînait, de ce qui t’empêchait de vivre!

J’aime cet Evangile qui ouvre des brèches, qui force des portes, qui crée des passerelles pour que nous puissions rejoindre Dieu, et ainsi nous rejoindre nous-mêmes. Et nous rejoindre les uns les autres!

Des trous dans nos vies opaques, étanches, bétonnées. Des fissures dans les systèmes humains que trop souvent nous érigeons pour nous protéger de l’autre; de l’aventure; de l’inconnu... nous protéger de Dieu même, peut-être? Oui, je crois que ça arrive. Les pharisiens en sont un exemple.

Et voilà donc que retentit pour nous, ce matin, un appel vieux de 20 siècles; mais toujours ô combien actuel. Et jamais, certes, jamais réalisé pleinement. L’appel pour nous, auditeurs de cette Parole, d’ouvrir nos esprits craintifs, nos préjugés, de créer des brèches dans les systèmes d’exclusion de nos sociétés.

Quels sont aujourd’hui les toits à percer, dans nos Eglises? Dans nos villes et nos villages? Ici, à Plein Soleil? Voire en nous-mêmes? Quel béton empêche les paralysés de 2021 d’accéder à la parole du Christ qui libère?

Et aussi, qui sont les brancardiers de notre temps? Ceux qui ont assez de foi pour abattre les toits dont nous avons cru qu’ils nous protégeraient des idées surprenantes de Dieu, ou des imprévus? Ceux qui ont assez de culot pour croire au salut des handicapés de la vie?

En tout temps, Dieu suscite de tels porteurs... d’espérance! Mais il nous dit aussi que c’est l’affaire de chacun(e), que c’est notre appel, notre vocation à tous, de frayer un chemin pour la présence lumineuse d’En Haut! 


Avez-vous remarqué? Au paralysé, Jésus ne demande pas de croire. C’est la foi des porteurs qui lui permet de guérir. Grâce à ces quatre hommes, l’Evangile est présent, pertinent, agissant. Pour le grabataire, il n’y a pas de recrutement, pas de prosélytisme. C’est à travers la foi de quelques-uns que d’autres sont amenés à la Source de la liberté.

Eh bien sachez-le, c’est toujours cela qui est important, dans nos Eglises, dans nos villages, dans nos lieux de vie, comme ici à Plein Soleil. C’est cela qui compte. Que la foi agissante et le culot d’un petit nombre permettent à d’autres d’être mis au contact du Dieu qui redonne une nouvelle jeunesse.

Ce qui compte, chez nous, ce n’est pas tant le succès auprès de tous. Cessons de regretter qu’il n’y ait pas davantage de chrétiens engagés, ici. Mais prions pour que la poignée de convaincus ose, comme ces quatre casseurs de l’évangile, devenir porteurs qui conduisent à la parole du Christ. Créateurs de brèches, où s’engouffre la Vie céleste.

N’est-ce pas justement cela, une Eglise? Des gens reliés ensemble qui se portent les uns les autres, et qui se permettent mutuellement d’accéder au Dieu libérateur?
Amen 

 

Jean-Jacques Corbaz 

 

 

dimanche 15 août 2021

(Hu) Papillon

Le vicomte Zygène de la Filipendule était toujours à l'heure pour courir les jupons: il papillonnait légèrement, passant de Rose à Véronique, de Violette à Marguerite... À tel point que ses amis disaient en souriant: "Il est sinoc, Zygène"... "Il ne manque pas d'air"!

 

Zygaena filipendulae

JJC







mardi 13 juillet 2021

(Po) Pupilles (Levez les yeux)
















 

Pupilles



Gens!
Humanité blessée, meurtrie, superbe,
Peuples saignés, brisés, et pourtant toujours debout,

Gens de Gaïa,
Un par un, ou mille et mille,

Je vous regarde au fond des yeux
J’y vois vos vies, vos mains ouvertes,
Votre espoir étonnement vert,
Votre musique

Terriens de la Planète Bleue,
Croyants, non-croyants, chercheurs ou agnostiques,
Qui pressentez être soeurs ou frères,
Et que c’est là votre salut,

Levez les yeux:
Le ciel commence à vos prunelles,
Plongez-y,
N’écoutez que votre coeur,
Et pas vos peurs

Votre soif de l’Autre
Est une porte,
Votre souffle guérit,
Vos pleurs fécondent

Votre regard est l’avenir du monde.

 

Jean-Jacques Corbaz, sept. 2013

 

 

dimanche 11 juillet 2021

(Pr) «Possédés… délivrés!»: mieux que la Reine des Neiges!

Jésus, maître des esprits impurs

Je vous invite à lire le récit du premier miracle de Jésus dans l’évangile de Marc (alors que dans celui de Jean, il s’agit des noces de Cana). Notre passage est difficile, et nous allons essayer de le comprendre. Il est important, car il constitue comme un titre pour l’ensemble de l’évangile de Marc (en termes savants, on appelle cela un récit «programmatique», procédé courant à l’époque biblique).

Lectures: Marc 1, 21-28; Deutéronome 15, 12-15 + 18; Galates 5, 1


Est-ce que vous croyez aux démons, aux mauvais esprits?

- Bien sûr, répondront certains, puisque la Bible en parle.

- Mais non, diront d’autres, c’est une conception dépassée: les gens d’alors croyaient que c’étaient des démons; en fait, c’étaient des maladies mentales!

C’est ainsi qu’un passage biblique comme celui que nous venons d’entendre nous emmène sur des fausses pistes. Parler des démons empêchera les uns de croire en Dieu, parce qu’ils pensent que l’évangile se base sur des notions périmées. Tandis que les autres se sentiront appelés à chercher les esprits mauvais d’aujourd’hui avec ardeur, persuadés qu’il faut imiter Jésus et nous aussi pratiquer des exorcismes…

Dans les deux cas, on passe à côté de ce que l’évangile veut nous dire avec ce récit. Marc n’invite pas ses lecteurs à «croire aux démons», cela pour une raison bien simple: à l’époque, tout le monde y croit! On pensait que la terre était plate, posée sur des piliers, et que sous la terre grouillaient toutes sortes d’esprits mauvais, qui cherchaient à posséder les humains.
 

Que cette croyance soit juste ou fausse, cela n’intéresse pas l’évangile. Ce qu’il veut nous faire comprendre, c’est avant tout que Jésus est plus fort que ces démons, toutes ces forces souterraines qui gâchent la vie de tant de personnes, hier comme aujourd’hui. Qu’on appelle cela épilepsie ou esprit impur (et sans doute demain l’appellera-t-on autrement), qu’on appelle cela épilepsie ou esprit impur importe peu; ce qui intéresse l’évangile, c’est que Jésus est sans discussion vainqueur de ces forces souterraines, mauvaises.

Marc ne décrit pas le démon; c’est donc que l’important n’est pas là. Mais il y a, par contre, trois détails sur lesquels l’évangile insiste étonnamment. Le premier, c’est le fait que ce miracle a lieu dans une synagogue, le lieu de prière des juifs.

Marc racontera ensuite bien d’autres guérisons dans des maisons ou sur les places publiques. Mais le premier démon que Jésus va chasser, il le rencontre dans un lieu considéré par les juifs comme pur, justement là, dit même la Bible.

Et ce n’est pas pour rien que cet esprit est qualifié avec insistance d’impur dans la version originale, en grec. Voyez, nous dit Marc avec un clin d’oeil, voyez les prêtres d’Israël, tellement à cheval sur la pureté, sur le respect tatillon de la loi pour ne pas se souiller, ces soi-disant spécialistes n’arrivent même pas à préserver leur lieu le plus pur, la synagogue! Et ce qu’ils échouent à réaliser, Jésus l’accomplit sans effort!
  
Deuxième détail bien souligné: Jésus par son miracle enseigne. Cette guérison n’est pas présentée comme une preuve que Jésus est fils de Dieu, ni comme un geste d’amour ou de pitié. Elle est un enseignement (le mot revient trois fois en deux phrases!). Christ parle, et l’esprit impur obéit. Pas de mise en scène, ni de gestes mystérieux ou spectaculaires: la Parole seule, nue, suffit.

Et les convulsions du malade seront le signe, comme dans tous les récits d’exorcisme, que le démon quitte la personne possédée. Avant cela, l’esprit impur tente de discuter, mais le Christ le force au silence et impose sa volonté. Jésus enseigne, et il le fait avec autorité, au contraire des chefs juifs, souligne l’évangile.

Les maîtres de la loi ont à l’époque un pouvoir énorme sur le peuple, ils régissent tous les aspects de la vie: le religieux; l’économique; le social; et même le sexuel! Mais ils sont incapables de libérer les humains des forces mauvaises qui les asservissent.

Jésus, au contraire, passe aux actes: il délivre ce possédé dans la synagogue. Mais voyez, c’est le début d’un autre drame: en donnant la liberté aux autres, le fils de Dieu se met à dos le pouvoir en Israël, il le ridiculise. Jésus prépare la haine qui éclatera à Vendredi saint! Il signe       son arrêt de mort. En donnant la liberté aux autres, le Christ du même coup va perdre la sienne! Et voilà pourquoi encore il est à l’opposé des maîtres de la loi, qui eux font tout pour accroître leur pouvoir.

Jésus enseigne, et il le fait en se donnant. Ce n’est donc pas une parole sur Dieu, mais une parole de Dieu. Il prêche par l’exemple!
  
Troisième détail. L’esprit impur demande: que me veux-tu? Littéralement: «de quoi te mêles-tu?». Il y a chez Marc une certitude à la base: les forces mauvaises et le Christ ne peuvent que s’opposer. Le combat de Jésus avec les maîtres de la loi, c’est la même opposition: Dieu en lutte contre les puissances qui nous asservissent. Et qui en est vainqueur.

Le sujet de ce passage, ce n’est donc ni l’existence des démons (il n’en dit rien) ni le contenu des paroles de Jésus  à ses disciples (on ne les cite jamais); mais la libération.

Ce récit d’exorcisme est avant tout un moyen par lequel l’évangile de Marc veut nous toucher, profondément, pour nous dire quelque chose d’essentiel: que Dieu est une force de liberté, qu’il veut nous désaliéner, c’est le but de la mission du Christ sur terre.

Ce récit ne parle pas tellement à notre intelligence (et c’est sans doute pourquoi il est si difficile à comprendre!), ce récit ne parle pas tellement à notre intelligence, il la heurte plutôt: il s’adresse au coeur, à l’irrationnel, aux émotions qui vibrent en nous, un peu comme l’épisode de la tempête apaisée. Il ne cherche pas à décrire, à prouver; il veut ouvrir nos coeurs, nos rêves à une dimension nouvelle! À sa force de liberté!

Ainsi, nous rejoignons nos préoccupations d’aujourd’hui. En 2021, il n’y a plus guère de personnes qu’on qualifie de possédées du démon, mais il y a toujours autant d’aliénés. Pas seulement au sens de «fou»; mais plus généralement de gens asservis, appauvris, sortis d’eux-mêmes par des forces destructrices. Nous le sommes tous un peu, possédés au sens propre: esclaves d’une drogue, légale ou non; prisonniers de nos TV, de nos bagnoles, de nos ordinateurs; de nos jeux… Ou encore esclaves de l’image que nous voudrions montrer de nous-mêmes; ou de notre recherche de pouvoir, comme les maîtres de la loi; prisonniers de nos colères, de nos rancunes, de notre passé ou de celui des autres; de nos habitudes; orgueil, vengeance, manies, esprit mouton, tout ce qui nous sort de nous-mêmes.
 
Avez-vous remarqué? L’esprit impur parle tantôt en «je», tantôt en «nous». Combien de nos contemporains sont aussi possédés parce qu’ils n’osent pas être eux-mêmes, et ne savent pas dire «je»?

Le Christ veut nous redonner la liberté, ou davantage de liberté. Et nous faire retrouver notre propre identité. La TV, la bagnole, l’ordinateur ne sont pas bien sûr des démons,  ils ne sont pas mauvais par définition (même la colère!). Ils ne le deviennent que si nous nous laissons posséder par eux; s’ils nous font perdre notre liberté, notre identité.

Combien se laissent posséder par l’argent, alors que ce serait plutôt à nous de le posséder!
  


Lorsque j’étais étudiant au Cameroun, nous aimions chanter une chanson qui disait «Tout est fait pour la gloire de Dieu… Tout dépend de ce que tu en fais!» Les jeux, le foot; le chant, la communauté; la vie; et toi; et moi; même le pouvoir: «Tout est fait pour la gloire de Dieu… Tout dépend de ce que tu en fais!»

Mais comment reconnaître quand on est victime d’une telle aliénation? Peut-être justement quand elle nous fait dire, comme le possédé de l’évangile: «De quoi te mêles-tu, fils de Dieu?»

Tous, peu ou beaucoup, nous sommes possédés par des forces inhumaines. Est-ce que nous savons présenter nos difficultés à Jésus en lui demandant son aide, ou bien le maintenons-nous à une prudente distance? Si nos contemporains se rendaient compte qu’il est bon de venir au culte non par devoir, mais pour laisser Jésus nous restituer notre identité profonde, et nous rendre à notre vocation de liberté!

Ce lieu de culte, ce matin, n’est pas une synagogue. Et Jésus ne nous appelle pas à devenir exorcistes. Ce lieu de culte,   et notre foi chrétienne veulent permettre aux hommes, aux femmes et aux enfants d’aujourd’hui d’entrer plus profondément en relation avec la parole et l’enseignement du Seigneur, qui seuls peuvent «libérer, délivrer», comme le chante la Reine des Neiges!

«Dieu fait de nous, en Jésus Christ, des hommes libres.
Il vient en nous, par son Esprit: qu’il nous délivre!» 

Amen
 


Jean-Jacques Corbaz  


vendredi 9 juillet 2021

(Bi) L’arme, à l’oeil...

Dans ma boîte-aux-lettres, une enveloppe attire mon regard: elle annonce en gros caractères sur fond jaune qu’elle contient l’arme d’Amnesty International. J’ouvre, c’est bien sûr un stylo !  Gratuit.

Vous le savez, écrire peut sauver la vie de quelqu’un même qu’on ne connaît pas. Obtenir sa libération quand il est détenu, voire torturé pour ses opinions. Oui, prendre la parole peut avoir de grands effets, même si on est un “nobody” comme moi !
  


Alors, je me mets à rêver de choses extraordinaires. De souffrances et de guerres, de solitudes et d’injustices que Dieu pourrait guérir. Comment ? Par quel outil, quelle puissance ?

Vous me voyez venir. Si, dans chaque boîte-aux-lettres, nous trouvions un jour une missive portant la mention: Attention, cette enveloppe contient l’“arme” de Dieu...

À l’intérieur, il y aurait seulement... un miroir.

 

Jean-Jacques Corbaz


dimanche 20 juin 2021

(Pr) Prédic' du 20 juin 2021, “Le «testament» de Jésus”

Lectures bibliques: Jean 14, 6-14; Jean 14, 23-28; Jérémie 31, 31-34

 

Vous connaissez sans doute cette chanson de Jacques Brel:
«Adieu l'Émile, je t’aimais bien,
Adieu l'Émile, je t’aimais bien, tu sais,
On a chanté les mêmes vins,
On a chanté les mêmes filles,
On a chanté les mêmes chagrins.
Adieu l'Émile, je vais mourir,
C'est dur de mourir au printemps, tu sais,
Mais j'pars aux fleurs, la paix dans l’âme,
Car vu que tu es bon comme du pain blanc,
Je sais qu'tu prendras soin d'ma femme.

Mais j'veux qu'on rie, j'veux qu'on danse,
J'veux qu'on s'amuse comme des fous,
J'veux qu'on rie, j'veux qu'on danse
Quand c'est qu'on m'mettra dans l'trou.

Adieu curé, je t'aimais bien,
Adieu curé, je t'aimais bien, tu sais,
On n'était pas du même bord,
On n'était pas du même chemin,
Mais on cherchait le même port.
Adieu curé, je vais mourir,
C'est dur de mourir au printemps, tu sais,
Mais j'pars aux fleurs, la paix dans l’âme,
Car vu que tu étais son confident,
Je sais qu'tu prendras soin d'ma femme.

Mais j'veux qu'on rie, j'veux qu'on danse,
J'veux qu'on s'amuse comme des fous.
J'veux qu'on rie, j'veux qu'on danse
Quand c'est qu'on m'mettra dans l’trou.»


Ces paroles de la chanson «Le moribond», de Jacques Brel, ont un point commun (au moins) avec celles de Jésus dans l’évangile de Jean, que nous venons d’entendre: il s’agit d’une sorte de testament (pas l’Ancien ni le Nouveau, bien sûr!); d’un texte où celui qui parle prépare son départ et son absence: je vous laisse seuls, dit-il, vous devrez apprendre à vivre sans moi.

Cette préparation comporte trois temps distincts:

- d’abord, il annonce son départ: «Adieu l'Émile, adieu curé, je vais mourir», chante le personnage de Brel.
«Je m’en vais auprès du Père», dit plusieurs fois Jésus.

- ensuite, dans la foulée, il désigne son successeur, comme dans tout bon testament: Émile, son ami, et le curé prendront soin de la femme du moribond.
Et chez Jésus? Qui est son successeur? J’espère qu’il n’y a pas de catholique de tendance intégriste parmi nous, car le successeur de Jésus, ce n’est ni Saint-Pierre, ni le Pape, ni aucun autre saint. Celui que Jésus désigne pour continuer son oeuvre, c’est le Saint-Esprit: «Celui qui doit vous aider, le Saint-Esprit que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit». Nous y reviendrons tout-à-l’heure.

- troisième temps de ce testament: après avoir annoncé son départ puis désigné son successeur, vient la consolation, l’appel à la paix, voire à la joie, malgré la séparation. «Je pars la paix dans l’âme, ne pleurez pas, j’veux qu'on rie, j'veux qu'on danse», chante Brel.
Tandis que Jésus dit: «C’est ma paix que je vous laisse; votre tristesse sera changée en joie. Vous vous réjouirez de ce que je vais auprès du Père…»
 


Comme toute personne qui sait qu’elle va s’en aller, Jésus prépare donc son départ de manière très habituelle. Pas d’originalité surprenante, comme il le fait très souvent. Pas d’originalité, sauf celle-ci (quand même!): le successeur, justement. Ce n’est ni un homme, ni un ange. Ce n’est pas un prêtre, ni un pasteur. Pas plus qu’un chef charismatique ou politique. Pas même une religion.

Le successeur, c’est le Saint-Esprit «que le Père vous enverra en mon nom». Celui qui vous aidera; qui vous sauvera; qui vous consolera; qui vous assistera, comme un avocat au tribunal (il y a de tout cela dans le mot grec qui désigne ici le Saint-Esprit). Il redira et refera vivre ce que disait et suscitait Jésus lui-même. Il fera accomplir «les mêmes oeuvres que Jésus fait, dit l’évangile de Jean, et même de plus grandes». Oh!!

Alors là, on se dit qu’il exagère, l’évangile! Des oeuvres plus grandes que Jésus? Allons donc! La tentation est forte ici de sauter à pieds joints par-dessus ce verset.

Mais non, stop! Restons là un moment. Et réfléchissons tranquillement avant de conclure. Dans l’évangile de Jean, qu’est-ce que c’est, les oeuvres de Jésus? Ce ne sont pas ses miracles, ni sa communion avec Dieu, ni sa mort ou sa résurrection; ça, ce sont des signes, chez Jean.

Non, ce qu’il nomme les oeuvres, c’est tout ce qui aide à croire en Christ. «À croire que Dieu m’a envoyé», dit Jésus.

«Vous ferez des œuvres plus grandes, parce que je m’en vais auprès du Père». Autrement dit: votre évangélisation à vous ne sera pas limitée dans le temps et dans l’espace. C’est la mission universelle qui, c’est vrai, a provoqué davantage d’adhésions à la foi que Jésus lui-même n’a pu en susciter en quelques années de ministère.
 

Mais voici que survient encore une deuxième énormité, à vues humaines, et j’espère qu’elle vous a fait aussi sursauter! Jésus ajoute: «je ferai tout ce que vous demanderez en mon nom».

Beaucoup de théologiens ont tenté de rendre cette promesse vraisemblable en la minimisant. Ou, pire, en essayant de modifier la réalité pour qu’elle corresponde au verset de l’évangile! On a vu ainsi des personnes gravement malades que ces «évangélistes» proclamaient guéries; alors que le lendemain, la maladie était toujours là.

Or, lisons bien: «ce que vous demanderez en mon nom», dit le Jésus de Jean. Et le nom, dans la culture juive, ce n’est pas seulement une étiquette, comme chez nous. Dire le nom de quelqu’un, dans la Bible, c’est rendre actuels son pouvoir, son action. Dire le nom de quelqu’un, c’est lui permettre d’agir. Un peu comme un musicien
aujourd’hui permet à Mozart d’agir par sa musique, plus de 200 ans après sa mort. En l’interprétant!

«Ce que vous demanderez en mon nom», dit le Jésus de Jean. Il s’agit précisément d’un message de testament dans le but d’affermir et de consoler face au départ annoncé. Ce que vous demanderez dans la continuité à ma vie, à mes oeuvres, dit le Christ, ce que vous demanderez en vous plaçant à ma suite, donc en vous ouvrant au Saint-Esprit que le Père enverra en mon nom, eh bien, je le ferai, conclut-il.

Autrement dit: mon oeuvre continuera à travers vous, grâce au Saint-Esprit. Mon témoignage et ma mission ne sont pas terminés, c’est vous qui allez prendre le relais!
 
 

Et voilà que ce que nous avions pris, à première lecture, pour des promesses exagérées devient un engagement, certes, mais dans les deux sens du mot engagement: Jésus s’engage à faire continuer son oeuvre; mais en même temps il nous engage pour y travailler! Il nous embauche!

C’est dans ce sens, et dans aucun autre, qu’il nous faut comprendre l’affirmation première de notre passage, peut-être trop connue pour être facilement comprise: «Je suis le chemin, la vérité et la vie», dit Jésus. Et un chemin, c’est fait pour être parcouru! Et une vérité, c’est fait pour être crue! Une vie, c’est fait pour être vécue!

En nous quittant, Jésus nous appelle à marcher; à croire; à vivre. Le chemin n’est pas un livre d’histoire à contempler, il sollicite un engagement, une démarche de la part des croyants. La vérité n’est pas un enseignement, une parole qu’on pourrait connaître (ou pire, qu’on pourrait posséder); la vérité est une personne, le Christ; une personne à suivre. Et la vie n’est pas à saisir après la mort; elle est à remplir, ici-bas, avec son coeur, ses tripes… et avec le Saint-Esprit!
  


Une dernière remarque. Trop de chrétiens se sont gargarisés du Saint-Esprit, le décrivant comme une force qui permet de faire des miracles, de réaliser des prodiges.

Or ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit dans l’évangile de Jean: «celui qui doit vous aider, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit» (v. 26). Jean attribue donc deux fonctions au Saint-Esprit: (1°) enseigner et rappeler ce que Jésus a dit; et puis (2°), être ce consolateur, ce secours, ce soutien qui ranime la joie. D’ailleurs, dans l’évangile de Jean, l’Esprit Saint est toujours destiné à une communauté, et jamais à des individus!

C’est ainsi que ce testament de Jésus, écrit quelque 60 ans après sa mort pour une communauté qui souffre, nous aide à mieux comprendre notre propre engagement de chrétiens, dans un monde où l’absence du Christ est tout aussi douloureuse qu’il y a 1900 ans!

Jean nous appelle à éviter autant l’individualisme protestant que la tendance catholique à considérer l’Église, ou les apôtres, ou le Pape comme successeur du Christ. Son évangile nous invite à vivre de l’Esprit, ensemble, pour continuer l’oeuvre de Jésus, pour interpréter la partition de sa mission!  Et pour ainsi rendre Dieu présent dans ce monde qui en a tant besoin. Les chrétiens ne sont pas des archéologues, mais plutôt des musiciens!

Et de même que la veuve du moribond de Brel sera entourée et consolée par Émile et le curé, de même les croyant(e)s, vous et moi, ensemble, seront régénérés par le Saint-Esprit pour continuer de chanter le Christ, chemin, vérité et vie en nous. Amen

Jean-Jacques Corbaz   

 



vendredi 4 juin 2021

(Re) le bonheur, c'est comme un ballon...

Un professeur a amené des ballons à l’école et a demandé aux enfants de les gonfler. Et que chacun écrive son nom sur un ballon.

Ils ont jeté tous les ballons dans le couloir et le professeur les a mélangés d’un bout à l’autre.

Ensuite le professeur leur a donné 5 minutes pour trouver le ballon avec leur nom dessus. Les enfant allaient dans tous les sens, regardant frénétiquement, mais quand le temps a été écoulé, personne n’avait trouvé son propre ballon.

Puis le professeur leur a dit de prendre le ballon le plus proche d’eux et de le donner à la personne dont le nom est écrit dessus. En moins de 2 minutes chacun avait son propre ballon.

À la fin, après que les élèves aient pu s’exprimer sur ce qu’ils apprenaient de cette expérience, le professeur a dit ceci:
« Les ballons sont comme le bonheur. Personne ne le trouvera s’il cherche le sien seulement. Au lieu de cela, si tout le monde se soucie les uns des autres, chacun trouvera son propre bonheur plus aisément. »

Trouvé sur internet


dimanche 23 mai 2021

(Bi) Après Pentecôte, le temps de l'E... quoi?

 Après Pentecôte

 

Traditionnellement, pour les chrétiens*, le temps qui suit Pentecôte est appelé temps de l’Eglise. Pas tellement dans le sens de l’Eglise-institution (laquelle d’ailleurs n’a guère la cote aujourd’hui). Mais plutôt avec l’accent sur la communauté rassemblée par le Christ vivant. Sur les disciples d’hier et d’aujourd’hui, voire de demain, qui font corps autour de la fabuleuse nouvelle de Jésus, mort par passion pour nous, mais vivant à tout jamais de cette passion même.

 

En effet, le jour où le Saint-Esprit est donné aux apôtres, que nous célébrons à Pentecôte, est aussi le jour où sont mentionnées pour la première fois les réunions des croyants, mangeant ensemble et priant leur amour, rayonnant la joie de la communion, à la suite de l’émotion suscitée par ce souffle étonnant qu’ils ont reçu. Mais aussi vivant une solidarité stupéfiante (« ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et répartissaient l’argent ainsi obtenu entre eux tous, en tenant compte des besoins de chacun »).

  


Aujourd’hui, n’aurions-nous pas besoin d’un petit grain de cette folie communautaire et solidaire ?

 

Plus que jamais, en ces temps d’individualisme exacerbé ; en ces jours de confinement, de contacts restreints et de gestes barrière imposés par la situation sanitaire ; en ce siècle où tant de forces mauvaises tendent à nous séparer les uns des autres, plus que jamais il me semble essentiel de cultiver en nous cette dimension « sociale » de l’Eglise. Nous rapprocher les uns des autres, spirituellement quand ce n’est pas possible physiquement ! Nous embrasser, nous serrer dans les bras mutuellement, au moins par le regard et les paroles, en respectant bien sûr  les distances quand la pandémie nous interdit de passer à l’acte ! Tenir compte des besoins de chacun. Si nous pouvons communier avec Jésus dans la prière, sans qu’il soit présent, pourquoi ne ferions-nous pas de même avec les croyants qui sont à quelques mètres de nous ?

 

Pentecôte, côte à côte (et cette proximité, elle, elle a la cote !). Un temps pour grandir ensemble au soleil de Dieu.

 

 

Jean-Jacques Corbaz

 

 

* merci de rajouter tous les « e » qu’il vous plaira pour rendre mes lignes épicènes ! 

 

 

(Pr, Bi) Pentecôte : une fête étrange

Méditation : les gémissements de l’Esprit

 
La fête de Pentecôte est certainement l’une des plus étranges de l’année chrétienne.
J’entendais l’autre jour des jeunes discuter dans le train de ce week-end particulier dont le principal intérêt à leurs yeux - et la seule chose qu’ils en comprenaient - est qu’il se prolonge par un lundi de congé.
Le terme de Pentecôte signifie littéralement 50 jours après Pâques. Il s’agissait dans le judaïsme ancien de la fête des moissons[1]. La tradition rabbinique y a ajouté une autre dimension en en faisant également la fête du don de la loi aux Israélites. On y célébrait donc à la fois la prodigalité de la nature nourricière et la bonté de Dieu qui offre à son peuple les nourritures tant terrestres que célestes.
Dix jours après l’Ascension de Jésus auprès de son Père,[2] c’est lors de cette fête que le Saint-Esprit se mit à animer les premiers chrétiens pour la première fois,
Mais l’Esprit – ou le Souffle – divin est déjà présent dès le début de la Bible, puisque le livre de Genèse nous dit qu’avant même la création du monde, le souffle de Dieu agitait déjà la surface des eaux.[3]
Il s’agit là de l’entité la plus mystérieuse de la trinité, à côté du Père et du Fils. Mais elle n’en est pas moins essentielle, puisqu’on dit du Saint-Esprit qu’il est la présence agissante de Dieu dans nos vies et dans notre monde.
Alors, la question se pose immédiatement : que fait-il donc, cet Esprit divin censé être ainsi à l’œuvre ?
Il est vrai qu’on pourrait être tenté de répondre qu’on voit surtout ce qu’il ne fait pas : il n’arrête pas les guerres, il n’empêche pas les catastrophes naturelles, il laisse faire les injustices et se développer les maladies, il ne supprime ni les souffrances, ni les douleurs, ni les violences, ni la méchanceté, toutes choses dont nous serions tellement heureux d’être débarrassés.
Face à toutes nos attentes à son égard, on dirait qu’il continue de planer, très loin au-dessus de nos têtes et de nos soucis, indifférent à nos misères…
 
Le mode opératoire du Saint-Esprit
Le récit des Actes des Apôtres qui raconte la première Pentecôte décrit en fait très bien le mode opératoire du Saint-Esprit[4] : il agit à l’intérieur des croyants. S’il ne transforme pas le monde, il transforme des êtres humains. Il les rend témoins actifs de l’amour infini que Dieu porte à chacune de ses créatures.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne va pas de soi. Déjà, lors de cette toute première effusion de l’Esprit parmi les apôtres, ceux qui en furent spectateurs se moquaient d’eux en les traitant de soûlons.
Peut-être entendrait-on aujourd’hui des mots tels que ʺdoux rêveursʺ ,ʺidéalistesʺ ou ʺnaïfsʺ.
Mais même parmi les chrétiens, l’action du Saint-Esprit a eu du mal à être comprise. L’apôtre Paul aura ainsi fort à faire pour convaincre les Corinthiens qu’il ne s’agissait pas d’entrer en compétition pour savoir lequel d’entre eux était le plus inspiré, comme s’il était possible d’obtenir une dose plus puissante de Saint-Esprit qu’un autre. La marque de l’Esprit, c’est l’amour, leur expliquera-t-il.
Et l’amour est par essence à l’opposé de toute comparaison, de tout classement.
 
Les gémissements de l’Esprit
Une fois posées ces quelques balises, j’aimerais m’arrêter maintenant sur une des caractéristiques de l’Esprit Saint qui m’avait échappé jusqu’à ce jour. Je l’ai trouvée dans la lettre que Paul adressa aux Romains. Il leur écrit ceci : « L’Esprit nous vient en aide dans nos faiblesses, car nous ne savons pas prier comme il faut, mais l’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. »[5]
Ainsi donc, d’après Paul, une des particularités de L’Esprit de Dieu, c’est qu’il gémit. Plus précisément, qu’il porte par ces propres gémissements notre faiblesse humaine vers Dieu.
Cette action du Saint-Esprit, qui part du plus profond de nous-mêmes pour aller jusqu’à Dieu, a de quoi nous étonner. Car d’habitude on imagine plutôt que le souffle divin intervient dans l’autre sens, qu’il descend du ciel pour remplir les humains de la présence divine.
Mais ici, le mouvement va bel et bien de bas en haut. Le Saint-Esprit fait monter notre détresse jusqu’à Dieu.
D’autre part, notons qu’il le fait par le biais de sons inarticulés. Le contraste avec la foison de langues que les apôtres se mirent à parler au jour de Pentecôte est singulier.
Ainsi, lorsqu’il descend, le Saint-Esprit se manifeste par des paroles qui rejoignent le cœur de chacun, d’où qu’il vienne. Mais lorsqu’il monte du plus profond de nos marasmes humains, il semble alors ne plus avoir de mots.
On sait que le fait de ne pas pouvoir mettre de mots sur nos maux est l’un des aspects les plus angoissants de nos souffrances.
Pouvoir nommer ce qui nous meurtrit, c’est une façon de l’extérioriser, de le contenir.
Par ses gémissements, l’Esprit nous rejoint donc dans ce niveau infra-verbal, là où la souffrance nous broie et nous laisse sans voix, comme en écho au grand cri poussé par Jésus juste avant d’expirer.
Mais Paul nous encourage: grâce aux gémissements de l’Esprit, nous dit-il, les nôtres ne sont pas que des cris de douleur qui se perdent dans la nuit, mais ils sont déposés devant Dieu.
Et ils nous conduisent ainsi à une transformation intérieure marquée par ce que Paul appelle la libération.
Pour illustrer sa pensée, il utilise alors l’image de l’accouchement.[6] De même que la mère se trouve libérée de ses souffrances et apaisée suite à la naissance de son enfant, de même en sera-t-il pour nous.
Mais pas que pour nous, car il est encore un troisième gémissement qu’il nous faut entendre.

En écho aux gémissements de la création
Ce troisième gémissement, c’est celui de la création, dont l’apôtre nous parle en disant ceci : « La création tout entière souffre et gémit. »[7]
Il est frappant de redécouvrir aujourd’hui ces lignes écrites il y a près de 2000 ans et qui résonnent si forts dans notre contexte contemporain. Notre époque est en effet caractérisée par la crise écologique, par la maltraitance dont la nature est victime de la part de l'espèce humaine.
Il est évident que lorsqu’il parlait des gémissements de la création, Paul les entendait autrement que nous. Alors que nous songeons aux désastres écologiques de notre époque (diminution drastique de la biodiversité, déforestation, fonte des pôles, etc…), lui devait se référer aux cataclysmes et aux déchaînements des éléments naturels auxquels il a dû faire face, notamment lors des nombreux naufrages auxquels il a miraculeusement survécu[8]. Il a eu tout loisir alors d’entendre les gémissements du vent dans la tempête, le fracas des vagues et les grondements du tonnerre.
Cela ne nous interdit pourtant pas d’y ajouter le tumulte des icebergs qui s’effondrent dans l’océan Arctique, le crissement des glissements de terrain, les crépitements des incendies de forêts et les cris désespérés des animaux qui en sont victimes.
Quoi qu’il en soit, que ces gémissements soient dus ou non aux actions humaines sur la planète, il est significatif de voir Paul englober la création dans le projet de salut divin. 
 
La souffrance comme un creuset
Car le projet de Dieu est bien un projet de salut universel, et ce aussi bien pour les humains que pour la création. Paul affirme en effet qu'aussi bien la création que chacun d’entre nous serons libérés des souffrances qui nous font gémir.
C’est là l’espérance chrétienne, forgée précisément sous l’action des gémissements de l’Esprit Saint.
Pour Paul, nos souffrances apparaissent ainsi comme une sorte de creuset.
Bien qu’elle n’ait aucun sens ni aucune justification en elle-même, la souffrance fait malheureusement partie de chacune de nos vies.
Mais à ce titre, elle est aussi un des lieux privilégiés de l’action divine.
Car, de même que le Christ est passé par un chemin de souffrances pour aboutir à la vie nouvelle du matin de Pâques, de même, nos chemins de douleurs ne seront pas sans issue.
Cela n’empêche hélas ni la souffrance, ni les gémissements, ni la révolte, ni l’angoisse. Mais cela nous donne une force de résistance, voire de résilience qui nous redonne la parole et nous pousse à l’action, pour transformer nos souffrances et celles de la création en autant de combats pour la vie.
 
Entre gémissements et espérance
Car si les gémissements de l’Esprit nous ouvrent une perspective, ils nous confèrent également une responsabilité.
« La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » [9], écrit encore Paul.
Je l’ai rappelé plus haut, l’Esprit intervient dans le cœur des humains pour les transformer, plutôt que dans le cours des choses.
S’il porte nos gémissements jusqu’à Dieu pour que s’opère en nous cette transformation, c’est à nous qu’il incombe désormais de soulager la création de ses propres gémissements, pour lui apporter ce soulagement qu’elle attend – nous dit encore Paul – elle aussi avec impatience.
Cette attente, elle est particulièrement palpable aujourd’hui.
Comment ferons-nous pour montrer qu’une vie humaine respectueuse du vivant est possible, pour le bonheur des humains et le salut de la création toute entière ?
C’est la question qui nous est posée en ce jour de Pentecôte.
Inspirés par l’Esprit qui transforme nos gémissements en espérance, et donc en paroles et en actions salutaires. 
Joyeuse fête de Pentecôte à vous !

Christian Vez
 

[1] Deutéronome 16,9-11
[2] Actes des apôtres 2,1-13
[3] Genèse 1,2
[4] Actes 2, 1-13
[5] Romains 8,26 (Vous trouverez ci-dessous la réécriture que j’ai faite de ce passage étonnant qui se trouve dans l’épître aux Romains, chapitre 8, versets 18 à 27.)
[6] Romains 8, 22
[7] ibid
[8] 2 Corinthiens 11,26
[9] Romains 8, 19 (on peut bien sûr ajouter aussi les filles !)
 
Romains 8, 18 - 27
 
J’estime que les souffrances que nous connaissons actuellement ne font pas le poids face à l’intensité de la présence de Dieu qui se manifeste en nous et entre nous.
C’est un fait : la création soupire avec impatience pour que cette présence se manifeste par le biais des enfants de Dieu. Si elle s’est retrouvée livrée au pouvoir du néant, ce n’est certes pas de sa faute, mais par le bon vouloir de Celui qui l’y a livrée. Mais elle garde pourtant une espérance. Car elle sera elle aussi libérée de son carcan. Et elle aura également part à la libération et à la plénitude des enfants de Dieu.
Nous le voyons bien : la création tout entière souffre et gémit, telle une femme en train d’accoucher. Et elle n’est pas la seule : nous aussi, qui avons commencé à vivre du Souffle divin, nous gémissons également en attendant la plénitude de notre adoption divine et la délivrance de notre condition humaine.
Si nous avons déjà été sauvés de nous-mêmes, c’est pourtant encore une espérance qui ne tardera pas à s’accomplir pleinement.
Mais voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer. Comment espérer en effet ce qui est déjà sous nos yeux ? La seule manière d’espérer vraiment, c’est de tendre vers l’accomplissement de cette espérance avec persévérance.
D’ailleurs, le Souffle divin nous aide dans cette tâche, nous qui sommes encore si maladroits dans notre relation nouvelle avec Dieu. Il porte nos gémissements et nos balbutiements auprès de Dieu et s’en fait l’interprète et ne cesse de nous accorder au désir de Dieu pour nous.

(Réécriture de Christian Vez)
 
  

lundi 17 mai 2021

(Bi) Pentecôte, le Saint-Esprit offert




Ce mot de «Saint-Esprit» intrigue souvent. J’ai mis du temps (et des années d’études en théologie!) pour commencer à comprendre ce qu’il désigne.



Pour le dire avec une image: Jésus a traversé notre temps comme un météore. Ou, si vous voulez, comme un caillou lancé dans un lac. Plouf! La pierre a disparu. Elle est devenue invisible, mais il reste une trace de son passage: il reste les cercles, concentriques, qui entourent le point où le caillou a traversé la surface.


Vous le savez, ces cercles se déplacent. Ils grandissent! Ils ont toujours le même centre, mais ils vont porter de plus en plus loin le mouvement de l’eau, animée par mon projectile. Ce n’est plus la pierre qui fait bouger le lac, c’est l’eau elle-même qui transmet à l’eau, plus loin, le mouvement qu’elle a reçu.



C’est cela, le Saint-Esprit, offert à Pentecôte: la force que nous donne le mouvement que le météore Jésus-Christ a provoqué, il y a 2000 ans. La force qui nous permet de nous transmettre les uns aux autres la dynamique qui grandit, qui va toujours plus loin, tout en gardant le même centre: le centre, c’est le Crucifié ressuscité au temps de Ponce Pilate!

Le temps de Pentecôte est un temps donc pour nous parler de l’amour de Dieu. Le temps du téléphone, de la lettre, de la visite, de la prière partagée. Le temps d’un courant qui passe d’un point à un autre, d’une personne à une seconde personne.



Savez-vous, amateurs de paraboles, que le courant électrique circule toujours entre deux pôles différents? D’un pôle positif à un pôle positif, le courant ne passe pas. De même pour le vent: il faut des différences de pressions, ou de températures, sinon c’est le calme plat. De même encore pour les rivières: il faut une différence d’altitude pour que l’eau coule!



De même, toujours, le courant de Pentecôte circule entre des humains différents, multiples et parfois complémentaires! Il nous rend capables de communiquer, malgré nos diversités; de nous parler de la stupéfiante passion de Christ pour chacun(e); de nous comprendre, à l’image des croyants du livre des Actes. Il nous permet de nous rejoindre, de nous aimer. Comme Dieu l’a fait pour nous, en premier!



Pentecôte est le temps de la rencontre. De l’unité dans la diversité. Le temps du corps du Christ, formé d’oreilles, de bouches, de mains; de cerveaux, de coeurs, de tripes, et même d’autres parties moins glorieuses, et pourtant nécessaires. Si diverses, mais qui toutes vivent parce qu’elles sont reliées par le même sang. Saurons-nous nous regarder ainsi?


Jean-Jacques Corbaz


(voir aussi https://textesdejjcorbaz.blogspot.com/2014/06/vu-fa-sb-pentecote-pour-les-nuls.html)



(Pr) Ascension. Ça ne tient pas debout?!

 9, 16 et 17 mai 2021: «Elie, Jésus et le téléphérique»



Lectures: 1 Rois 19, 9-13; Jean 13, 3-9



Chers amis en Christ, depuis l’Ascension, Jésus nous appelle à nous élever avec lui pour contempler les splendeurs de l’éternité et sa lumière. Pour cela, ce matin, je vous invite symboliquement à la montagne (Ascension, Pentecôte: c’est toujours monter la côte!).

Mais pour rejoindre les sommets, quel moyen de locomotion choisir? Le premier qui me vient à l’esprit, c’est le téléphérique. Car c’est bien pratique! Ça vous emmène sans effort à 3000 m. d'altitude, jusqu'à un endroit où la vue est à couper le souffle. Pas besoin de peiner pendant des heures, grimper des sentiers raides, pierreux, enneigés, malaisés…

C'est beau, la technique!

L’ennui, c'est que nous nous habituons à ce genre de facilité. Nos vies sont truffées de combines pour économiser des efforts. Alors, nous finissons par trouver normal de toujours disposer de solutions rapides et faciles. Nous aimerions une vie pleine de téléphériques, et dans tous les domaines.

Par exemple, pour croire en Dieu. Certains voudraient bien la foi, mais à condition qu'elle nous emmène vite fait jusqu'au sommet, là où tout nous sera révélé d'un coup! Ils attendent du pasteur qu'il soit pour eux un téléphérique de la religion, capable de les déposer en trois phrases sur les hauteurs, où il n'y aurait plus de questions!

Comme disait avec un humour involontaire ce curé pour indiquer le chemin de son centre paroissial: «On peut arriver directement au Christ-Sauveur par un raccourci depuis la gare»...

Hélas (comme disent les Grecs quand ils sont dans la mélasse)! Hélas. Pour vivre une relation avec Dieu qui nous soit réellement bienfaisante... pour en recevoir liberté et paix... eh bien, c'est une construction de longue haleine! C'est un apprentissage qui demande du temps.



Il est arrivé plusieurs fois que des personnes adultes me demandent d’être baptisées. Je ne leur réponds jamais: “Bon, ce sera pour la semaine prochaine”! Je leur propose un parcours de deux ans, plusieurs heures par mois, pour commencer à explorer les dimensions de la foi au Christ. Pour commencer!

Qu’on soit adulte ou adolescent, le catéchisme ne suffit pas pour atteindre le panorama complet de la vie avec Dieu! Certes, ces parcours permettent de découvrir plusieurs sentiers de montagne intéressants -pour rester dans notre image-; certains catéchumènes commencent à voir quelques paysages superbes; mais, pour l'ivresse des sommets, hem, il y a encore de belles parois à gravir!

Cet apprentissage demande du temps, et il importe aussi d’être aidé. Eh bien, l’Eglise (la communauté chrétienne), ça sert à ça! L’Eglise, c’est un groupe de personnes qui cherchent, et qui s’entraident pour progresser dans la découverte de Dieu. Qui s’encouragent et se donnent des tuyaux les uns aux autres.
   


Trop souvent encore, nous cherchons Dieu là où il n'est pas. Comme dans l'histoire du prophète Elie, que nous venons d'entendre. Nous imaginons que Dieu se trouve dans le fracas de la tempête... ou dans le tremblement de terre... ou dans le feu... Mais non: il se tient dans un souffle fragile, un souffle si faible, si ténu que souvent, on ne le perçoit même pas.

Quand nous étions enfants, nous cherchions sans doute Dieu dans les histoires dorées de Noël... dans les anges à plumes... dans une prière magique... dans les miracles inouïs ou les contes extraordinaires... Dans les images donc que la Bible emploie pour nous parler des infinies subtilités de la vie spirituelle; dans les images que la Bible utilise pour nous partager les enthousiasmes qu’elle peut susciter.

Peut-être aussi avons-nous cherché Dieu dans une morale; une obéissance; une Loi, comme les croyants de l'Ancien Testament.

Aujourd'hui, nous avons évolué, et c'est réjouissant! Je nous souhaite de continuer à chercher, du côté d'une amitié solidaire davantage que d'une baguette magique. Chercher du côté d'une lumière, d'un sens à la vie, d'un courage, davantage que d'une rigidité qui interdit, qui tranche ou excommunie. Le Dieu en qui je crois, il n'exclut jamais, son amour passionné est plus grand que toute loi!


Serons-nous capables, comme Elie, de le reconnaître dans le souffle fragile d'une amitié infiniment discrète (plus discrète que ça, tu meurs)? En fait, je me dis que Dieu n'est pas ailleurs que là où nous sommes! Pas besoin de parcourir le ciel! Mieux je connais le Christ, et plus je comprends que le sommet de la montagne, il est à l'intérieur de moi!!

Il ne s'agit donc pas de guetter des anges munis d'ailes emplumées; ni d'être à l'affût de miracles scientifiquement démontrables; ni de preuves de puissance, à l'image de ces foules qui prenaient Jésus pour un roi, le jour des Rameaux. On risquerait alors de passer complètement à côté de l’évangile!

Il s'agit plutôt de discerner, dans nos journées très ordinaires, les signes légers qui parlent de présence et de confiance. Qui insufflent un amour plus fort que la mort, tel celui du Ressuscité.

Ne prions donc pas comme les hommes des cavernes, pour essayer de changer Dieu... pour lui demander telle ou telle chose qu'il ne donnerait pas sinon! Cette prière-là, elle est souvent vouée à l'échec. Entre Dieu et nous, vous pensez, il n'y a qu'une seule personne à fléchir, à améliorer: c'est nous!

Prions donc surtout pour nous changer, nous! Pour mieux devenir capables de favoriser la paix... la confiance... le respect... la solidarité! Et alors, cette prière-là, elle va nous mettre en route! Nous dévoiler quelques paysages nouveaux, au fil de notre ascension!

Vous me direz que je suis dur, ce matin! Car je nous prive (1°) de téléphérique, (2°) d'ailes, et encore (3°) de baguette magique!

Mais, comme je n'ai pas envie de vous laisser à pied, je vous propose un autre moyen de transport!

(montrer l’objet symbolique: un VTT)
 
 

Un vélo. Plus précisément un VTT. De quoi progresser dans la montagne, à la découverte de Dieu, et donc de nous-même! Ou plutôt à la découverte de nous-même, et donc de Dieu!

Peut-être qu’un sceptique, en m'écoutant, se dirait «Mais tout ça, ça ne tient pas debout!» Bien des gens extérieurs à la foi le pensent, à propos de la Bible, à propos de la vie spirituelle: «ça ne tient pas debout!»

Eh bien, mon vélo, lui non plus: tout seul, il ne tient pas debout! Il n'a pas de pied; pas de béquille! Tout seul, il ne tient pas debout, mais si on se met dessus et qu’on pédale, vous verrez comme il tient debout! Et comme il peut conduire très loin! Un de mes anciens paroissiens de Goumoens est même allé à vélo jusqu’en Chine!

C'est la même chose pour la foi chrétienne: si nous la regardons les bras croisés, elle ne rime à rien, et elle ne nous sera d'aucun secours. Mais, si nous y mettons notre force, et notre envie d'avancer, et notre passion, et notre pétillance, alors, elle pourra nous emmener très loin, vers des paysages à couper le souffle! Sans béquille! Elle multipliera notre énergie, comme les pignons de mon vélo!

Allez, bon voyage! Et bonne Ascension, tous les jours de l’année!  Amen

 



Jean-Jacques Corbaz