Pour vous y retrouver

Bonjour! Bienvenue sur ces pages, que j'ai plaisir à ouvrir pour vous!
Vous trouverez sur ce blog différentes sortes de contributions:
- annonce (An),
- billet (Bi),
- citation (Ci),
- confession de foi (CF),
- conte (Co),
- formation d'adultes (FA),
- humour (Hu),
- image (Im),
- liturgie (Li),
- poésie (Po),
- prédication (Pr),
- réflexion (Ré),
- sciences bibliques (SB),
- vulgarisation (Vu).
Bonne balade entre les mots!

Ces œuvres sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé.

Ce blog fait partie d'un réseau de sites réformés "réseau-protestant.ch" qui vise à coordonner et rendre visibles et lisibles les publications web de la galaxie du protestantisme de Suisse romande. Voir sur ce blog la page https://textesdejjcorbaz.blogspot.com/p/blog-page.html>.

mardi 29 juillet 2014

(Ci) Les âges de la vie

"Nous sommes tous des gens du voyage. Et ce voyage est la vie. 
Nous traversons l'un après l'autre des pays où les perspectives et les aventures ne se comparent pas entre elles, où change jusqu'à la perception que nous avons des êtres, des choses, du temps et de l'espace. (...)

Une révélation guette celui qui avance le cœur et les yeux ouverts- sans précipitation et tant qu'il se peut sans regret. 
Après s'être vu dépouillé en chemin de ce qu'il avait un temps possédé, le voilà bientôt, à sa grande surprise, comblé d'autres biens dont il ne soupçonnait jusqu'alors, ni l'existence ni le prix.
Il apprend- et sa reconnaissance n'a pas de bornes- que rien ne lui est ôté en cours d'existence, sans qu'autre chose d'aussi précieux ne lui soit donné en contrepartie. "

Christiane Singer. "Les âges de la vie"

 

mardi 22 juillet 2014

(Bi) pour cet été, si...



Une suggestion pour cet été, si voyage, visite ou découverte sont au menu: que vous alliez près ou loin, pourquoi pas vous rendre le dimanche à un culte ou une messe? Vous pourrez ainsi faire connaissance d'une Eglise, probablement différente de la vôtre, et dont les membres seront heureux de vous expliquer les particularités. Echanges, enrichissement, dialogue fraternel. Je vois déjà notre Père à tous sourire de bonheur!

Si vous osez cette rencontre, SVP transmettez les salutations amicales de votre Eglise. Vous manifesterez ainsi notre fraternité universelle. Et puis, vous reviendrez avec des salutations à ramener à votre propre communauté. C’est là le coeur de Terre Nouvelle: appartenir à la famille des enfants de Dieu, présente partout dans le monde. Se sentir davantage reliés. Pour se faire des amis, c'est encore mieux que Facebook!

À toutes et tous bon été... si vous en trouvez un derrière un nuage!!

Jean-Jacques Corbaz

dimanche 13 juillet 2014

(Pr) “Amour et reproches: comme toi-même?” - 13.7.2014

Lectures: Lévitique 19, 17-18; Galates 6, 1-2; Jean 15, 9-13

“Tu aimeras ton prochain comme toi-même”: tarte à la crème du christianisme? Rengaine moralisante? Banalité poussiéreuse? Monsieur le pasteur, changez de disque, SVP!

Et le pasteur dit “non”! Non, ce n’est pas ce que vous croyez, si vous pensez qu’aimer son prochain comme soi-même, c’est être gentil, peut-être? Ou avoir des sentiments d’affection, de tendresse, à l’exemple de Jésus? Pourquoi pas se laisser flageller ou tondre par les autres, sans rien dire, et “tendre l’autre joue”, selon le mot de l’évangile?

Alors asseyez-vous, bouclez votre ceinture et partons ensemble à  l’aventure! À la découverte de l’amour du prochain.

Première surprise: ce n’est pas Jésus qui a inventé la formule. Ni les 10 commandements de Moïse. La plus ancienne mention, dans la Bible, de “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”, c’est ce passage du livre du Lévitique que nous avons ouvert ce matin. Un texte qui a été rédigé probablement pendant l’Exil à Babylone, dans un temps où les déportés vivaient une situation désespérante. Nous y reviendrons.

Deuxième surprise: “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” ne nous est pas donné comme une morale, ou une manière de savoir-vivre, Mais plutôt comme la conséquence d’une bonne gestion des conflits! Je m’explique. Le passage commence par ces affirmations inattendues (traduction la plus fidèle possible): “Tu ne laisseras pas de haine dans le secret de ton coeur à l’égard de ton frère, tu n’hésiteras pas à lui faire des reproches afin de ne pas te charger d’un péché envers lui. Tu ne te vengeras pas toi-même et tu ne garderas pas de rancune contre tes compatriotes. C’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur”.

Avant donc de nous parler d’aimer, la Bible nous demande d’exprimer nos reproches, de réprimander! On nous avait pourtant bien appris que ce n’est pas gentil de gronder, de chicaner, de blâmer! Et pourtant, selon ce passage du Lévitique, aimer son prochain, c’est d’abord lui adresser des réprimandes, sans hésiter, si nous en avons sur le coeur!

Faire des reproches à son prochain, c’est encore se rapprocher de lui. Et vous avez bien entendu qu’il y a la même racine dans ces trois mots. Reproches, prochain, se rapprocher: il y a toujours l’adjectif “proche”.

Troisième surprise: ce commandement de réprimander son frère (ou sa soeur) n’est pas une bonne action, à bien plaire, un petit “plus” facultatif pour bons élèves, Non, ce commandement nous est donné (je cite le Lévitique) “afin de ne pas te charger d’un péché envers lui”! “Tu n’hésiteras pas à le réprimander afin de ne pas te charger d’un péché envers lui”. Purée! La Bible sort vraiment l’artillerie lourde, sur ce verset! S’abstenir de dire nos reproches, c’est un péché!?

Pour bien comprendre cela, il faut se souvenir que le péché, dans l’Ancien Testament (AT), ce n’est ni une mauvaise action parmi les autres, ni la porte de l’enfer. Dans l’AT, le péché, c’est tout ce qui nous sépare de Dieu. Tout ce qui nous sépare de Dieu, et, par conséquent des autres humains. Oui, le péché, c’est une rupture de relation avec Dieu et avec l’humanité où il nous appelle à vivre en communauté.

Si donc je garde mes reproches par-devers moi, si je laisse mes ressentiments macérer sans les exprimer, je coupe ma relation avec mon prochain, et du même coup (!) avec Dieu. Haïr en secret, c’est refuser de rencontrer l’autre, c’est fuir la relation avec ce frère. Au contraire, dire mes réprimandes, c’est permettre au lien de se reconstituer. Vous voyez que nous sommes très proches de la notion de paix dans l’AT; le shalom, la paix qui n’est pas l’absence de conflit, mais le fait de vivre en relation. La paix, c’est, au milieu des conflits, de se tendre la main. Et de se dire ce qu’on a sur le coeur.

Et la petite phrase qui conclut ce passage (je cite): “Je suis le Seigneur”, eh bien elle n’est pas là pour faire joli; ni pour donner un air plus pieux à ces exigences. Mais elle souligne que ces commandements viennent de Dieu, et que Dieu s‘engage lui-même dans leur mise en pratique. Les appliquer, c’est vivre notre relation avec Dieu, c’est ne pas pécher, donc ne pas nous couper de lui.

Résumons. Les réprimandes que nous avons sur l’estomac, Dieu nous demande de ne pas les laisser tourner en rancunes ou vengeances sournoises. Au contraire, n’hésitons pas à adresser des reproches à notre prochain, pour nous rapprocher de lui; et du même coup pour nous rapprocher de Dieu. Autrement dit, des réprimandes constructives! Vous imaginez le slogan sur les panneaux d’affichages de la SGA: “Des reproches au prochain, ça rapproche”!



 

Si vous n’êtes pas trop fatigués, j’aimerais ajouter deux ou trois choses. (Rassurez-vous, je n’ai pas de réprimandes à vous exprimer!). J’ai envie de faire encore quatre remarques.

1° Première remarque. J’ai fait une allusion à “tendre l’autre joue”; est-ce que ça ne dit pas exactement le contraire de notre passage? Eh bien non. J’ai beaucoup étudié ce verset, et je suis convaincu, avec de nombreux théologiens aujourd’hui, qu’il ne veut pas dire “se laisser frapper et encore frapper”, mais qu’il signifie “tendre une joue autre, différente, sortir de la relation “frappeur-frappé”; briser le cercle vicieux de la violence. Je reviendrai sur cette question avec une exégèse de ce verset dans quelques semaines. *

2° Deuxième remarque: il y a aimer et aimer. Nous entendons fréquemment ce verbe comme l’expression d’un sentiment. Mais un sentiment, ça ne se commande pas! Il est parfaitement inutile d’exiger qu’on aime. L’AT, quand il parle d’aimer, pense à l’autre aspect du mot: se comporter, concrètement, comme des gens qui s’aiment. La Bible ne nous demande jamais des inclinations, des émotions, des élans spontanés vers notre prochain. Elle nous invite à une conduite, à des gestes, des attitudes d’amour - ce qui est tout autre chose!

3° Troisième remarque, le prochain. Vous allez me dire “mais on ne peut pas aimer le monde entier comme cela. On s’y épuiserait!” - Et vous aurez mille fois raison.
Le livre du Lévitique s’adresse aux juifs en Exil, disions-nous. Dans un temps de grand désespoir, il s’agit de resserrer les liens du peuple déporté. On demande d’aimer les frères, les prochains, les compatriotes. L’AT ne demande pas de vivre ces “reproches qui rapprochent” avec tout le monde, mais à l’intérieur seulement d’Israël.

Ouf, pensez-vous! Cependant, n’oublions pas que Jésus, dans l’évangile, a étendu Israël au monde entier. C’est l’Eglise, universelle, qui est le nouveau peuple saint! Donc rien n’est simple, avec Dieu! Heureusement que le Christ, sur la croix, a donné sa vie par amour total pour nous, qui aimons si imparfaitement. Ne l’oublions jamais.

 
4° Dernière remarque: “comme soi-même”. Savez-vous qu’on trouve l’expression “aimer comme soi-même” dans un édit du roi d’Assyrie (donc un païen!) en 670 avant JC. Soit avant la rédaction du livre du Lévitique! Moralité: si Jésus n’a rien inventé sur ce chapitre, l’AT non plus. Nous avons affaire à une expression courante déjà dans l’antiquité. Et cette expression voulait dire, en général, que les sujets d’un roi, à la guerre, devaient être prêts à donner leur vie pour leur souverain; ils montreraient ainsi qu’ils aiment leur roi comme eux-mêmes.

Dans le Lévitique, comme plus tard dans l’évangile, il ne s’agit pas de se battre, bien sûr. Mais nous recevons aussi une exigence de nous conduire à l’égard des autres sans penser à soi d’abord. Pourtant, il faudrait une seconde prédication pour dire haut et fort aujourd’hui qu’il est parfois plus difficile de s’aimer soi-même que d’aimer autrui... À méditer...

Conclusion. “Tu ne laisseras pas de haine dans le secret de ton coeur à l’égard de ton frère, tu n’hésiteras pas à le réprimander afin de ne pas te charger d’un péché envers lui. Tu ne te vengeras pas toi-même et tu ne garderas pas de rancune contre tes compatriotes. C’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur”. La possibilité de haïr n’est pas niée. Il est normal d’en vouloir à une autre personne. Mais c’est le silence qui est coupable. C’est le silence qui nous coupe du prochain et de Dieu. Ce qui détruit, ce n’est pas la haine, mais c’est de ne pas l’exprimer. C’est de la laisser croupir, et macérer. Et tourner en rancune, ou vengeance mesquine.

Parler pour renouer le lien. Reprocher pour se rapprocher du prochain. Et de Dieu. Aimer, c’est se battre pour préserver ces relations-là. Amen

Jean-Jacques Corbaz



* “Tendre l’autre joue”: je développerai cette exégèse le 17 août 14



lundi 16 juin 2014

(Po) Essence

Ciel! 
Et cent ciels! 
Et sans ciel? 
Que j'aime ta folie, ma toute belle!

En quelques mots, la terre est tournée vers le ciel,
 
En quelques maux, espère que nos vies soient plus belles,
 
En quelques mots plus clairs, 
d'humbles vases de terre 
(voire de cruches en pierre!), 
ouverts à son modèle,
 
En quelques mots prières, 
qui contemplent ou appellent, 
ou disent Notre Père,
 
En quelques mots, lesquels? 
En quelques mots, j'espère.
 
JJ Corbaz, 10.11.1977 et 16.6.2014  


dimanche 15 juin 2014

(Pr, Ré, Co) Réfugiés et enfants: fragiles!

Prédication du 15 juin 2014 « Comme un enfant? »

Lectures: Colossiens 2, 12-14; Genèse 33, 13-14; Marc 10, 13-16

Le roi de France Henri IV était très fâché. Bellegarde, son chancelier et ami, l’avait trahi, alors il ne voulait plus le voir. Un après-midi que toute la cour était à la chasse, Bellegarde était venu en cachette dans la chambre du roi, pour rejoindre une certaine demoiselle qui y travaillait. Or, tout à coup, Henri IV rentre sans prévenir. En catastrophe, Bellegarde n’a que le temps de se glisser sous le plumard, et le roi est déjà là. Il rejoint la belle au lit (vous savez qu’il était un grand coureur de jupons devant l’Eternel. Et peut-être même derrière son dos!)… Et là, euh... nous laissons quelques points de suspension…

Puis le roi s’assied et demande qu’on lui apporte à manger. Il se régale de confitures. Puis soudain, il prend un pot bien plein et le glisse sous le lit en disant, avec le sourire: «Tiens, Bellegarde, il faut bien que tout le monde vive!»


J’aime beaucoup cette histoire authentique. Henri IV, sans le savoir, nous donne une jolie version personnelle de la grâce de Dieu, de son pardon, de son respect pour nous. «Tiens, il faut bien que tout le monde vive!»

Eh oui, pour exister, nous avons besoin de tolérance et de souplesse. Puisqu’aucun de nous n’est parfait, il est bon que les autres parfois ferment les yeux sur nos écarts, sur nos fautes.

Depuis que Jésus est venu, nous savons que Dieu, lui aussi, ferme les yeux sur nos manquements, tellement il nous aime. S’il tenait compte de tout le mal que nous faisons, nous ne pourrions pas exister devant lui. Ni devant nous-mêmes. Ni devant autrui.

Alors, il nous a donné Jésus pour nous sauver. À Vendredi saint, sur la croix, il nous dit en fait comme Henri IV à Bellegarde: «Tiens, il faut bien que tout le monde vive!» Et à Pâques, fête de la vie re-donnée, il nous tend une fois encore son fils, vivant, ressuscité, pour nous ouvrir le chemin de la vraie vie. «Tiens, tu vivras!»

Mais des paroles suffisent rarement. Si notre amour ne s’exprime qu’en phrases et en mots, il est difficile d’y croire, profondément.

Pour Dieu, c’est la même chose. Alors, il a inventé un signe, pour montrer son pardon, son amour. C’est le baptême. L’eau, c’est le symbole de ce qui nettoie, qui purifie; et qui permet de vivre; justement: que tout le monde vive! L’eau du baptême représente ainsi la présence aimante du Christ pour Maëlle, pour Inès, et pour toutes les personnes du monde qui acceptent cet amour qui nous rend libres. Jésus nous purifie, il nous enlève les conséquences de tous nos péchés.

En nous pardonnant, Dieu nous fait revivre. L’eau du baptême en est le signe. Mais alors, me direz-vous, pourquoi y a-t-il encore tant de gens morts de trouille, écrasés par la culpabilité, et les remords ?

La réponse nous est donnée par ces paroles de Jésus sur les enfants: «Celui qui n’accepte pas le Règne de Dieu comme un enfant ne pourra pas y entrer». Et ce n’est pas facile!

Accepter Dieu comme un enfant, ça veut dire quoi? Il ne s’agit pas, comme certains le pensent, d’être naïf, de tout gober ce qu’on nous dit. Car les enfants posent parfois de bonnes questions! Non, ce qui caractérise l’enfant, c’est qu’il est dépendant. Il sait qu’il ne peut pas se débrouiller tout seul, pour vivre. Il a besoin de ses parents, ou d’autres adultes, pour lui donner nourriture, confort, sécurité. «Les enfants sont délicats, à protéger» disait Jacob dans le livre de la Genèse.

Face à Dieu; face au monde aussi; face au mal, et à nos limites: si nous croyons pouvoir nous en tirer tout seuls, eh bien nous ne pourrons jamais entrer dans cet univers où Dieu règne.

Mais si, comme les enfants, nous savons que nous avons besoin de quelqu’un de plus fort, de plus grand que nous; si nous acceptons de lui demander de nous aider: alors nous pourrons recevoir le cadeau de sa présence, de sa force, de sa sécurité, comme nous l’avons chanté: “Fais-nous sentir ta présence, ta puissance, baptise-nous de feu!”. Il nous répondra: «Tiens, il faut bien que tout le monde vive!» Amen                      



(après l’interlude)

Aujourd’hui, dans toute la Suisse, c’est le dimanche des réfugiés. Les Eglises de tout le pays nous invitent à penser à ces personnes qui fuient leur patrie, victimes de conflits armés ou de persécutions. À prier pour elles, et pour celles et ceux qui s’engagent, ici, pour les accueillir de manière humaine. Dans notre région, nous sommes particulièrement concernés, avec l’aménagement de l’ancienne place d’armes des Rochats en centre d’accueil pour les requérants d’asile.

Une petite histoire en forme de conte, à ce propos.

Ouvrir des portes
Il était une fois une petite fille qui vivait dans un beau pays entouré de montagnes impressionnantes.
Un jour, montrant le plus haut de ces sommets, la gamine demande: «Qu'y a-t-il là-derrière?» Mais personne ne lui répond. Tous les adultes paraissent très effrayés ou embarrassés par cette question.
À force de s'interroger, la petite fille n'y tient plus. Elle décide d'aller voir elle-même. Elle grimpe sur la montagne, sans demander la permission.
Parvenue au sommet, elle voit effectivement quelque chose d'effrayant: un énorme dragon, menaçant, vit là, derrière la montagne.
Terrorisée, elle veut s'enfuir. Mais elle aperçoit à ce moment un berger près du monstre. L'homme vient à sa rencontre en lui faisant signe. Puis il prend la fillette par la main et l'invite à s'approcher du dragon. Elle le suit. O surprise, plus elle s'approche, et plus le monstre rapetisse. Pour finir, il est tellement minuscule qu'elle le prend dans sa main. Tout à fait rassurée, elle lui demande son nom. Le dragon répond: «la peur».


Aujourd'hui, il y en a tant et tant, de ces gens qui nous font peur. Requérants d'asile, mendiants Rom, étrangers, musulmans, jeunes excités... la liste est longue ! Or, tous ces gens, eh bien, le Christ, berger des coeurs, rêve de nous les présenter de très près. Saura-t-il faire fondre nos craintes?

Vous le savez, il n'a pas de baguette magique pour réussir. Ça dépend de nous, aussi.

Nous pourrions, peut-être, nous y aider les uns les autres? Et nous dire: «Tiens, il faut bien que tout le monde vive!»

Jean-Jacques Corbaz  

 

dimanche 8 juin 2014

(Vu, FA, SB) Pentecôte pour les nuls


Pentecôte pour les nuls

La fête de Pentecôte célèbre le jour où le “Saint Esprit” a été donné aux apôtres, les disciples de Jésus qui ont ensuite apporté sa parole dans le monde connu de l’époque.

Le livre des Actes des Apôtres décrit cet événement (Actes 2, 1-13). Il le situe le 50 ème jour après Pâques (la résurrection de Jésus).

La religion juive connaissait déjà la fête de la Pâque (sans “s”) et celle de Pentecôte, 50 jours après.

-La première célébrait la sortie d’Egypte: des esclaves, menés par Moïse, s’étaient enfuis du pays où ils étaient opprimés, avec l’aide de Dieu, dont ils découvrent alors la dimension libératrice.

-La seconde était une fête des récoltes, principalement des moissons. On y remerciait Dieu pour la nourriture qu’il permettait d’obtenir du sol (un sol souvent sec, pas toujours très fertile).

Le parallèle entre la Pâque et la résurrection de Jésus est facile à faire: Dieu montre les deux fois son projet de liberté, de vie et de joie pour chacun.

La Pentecôte chrétienne se réfère peut-être aux paroles de Jésus: “La moisson est grande, et il y a peu d’ouvriers”, qui évoquent de manière imagée l’importance d’annoncer la bonne nouvelle de l’amour passionné de Dieu au plus grand nombre de personnes possible.








Le “Saint Esprit”

Qu’est-ce que c’est? Beaucoup de croyants sont peu au clair à ce sujet, confondant le “Saint Esprit” avec une force magique, ou surhumaine.

Dans l’Ancien Testament, on parle parfois de l’Esprit de Dieu dans ce sens. “Être saisi par l’Esprit” peut signifier entrer en transes, ou être agité par des mouvements désordonnés incompréhensibles rationnellement.

Le Nouveau Testament garde dans certaines circonstances ce sens-là. Et on voit, dans le christianisme primitif, se développer des cultes de type “charismatique” (= où l’on se complaît dans des agitations ou des transes de toutes sortes, qu’on attribue à Dieu): guérisons; danses extatiques; paroles enflammées; et “parler en langues”, c’est-à-dire transes verbales (on parle de manière anarchique, ce ne sont plus des mots connus, mais des syllabes en liberté, dans n’importe quel ordre). Des études scientifiques ont été menées à ce sujet, et on n’a jamais pu montrer un sens objectif à ce “parler en langues” (des personnes prétendent pouvoir les interpréter, mais trois interprétations du même discours enregistré donneront trois résultats tout à fait différents...), ni une efficacité mesurable à ces guérisons en-dehors d’un effet “placebo” évident.

Mais le plus souvent, le Nouveau Testament donne une autre valeur au “Saint Esprit”. Chaque fois que Jésus en parle, il rejoint cette deuxième dimension: une force intérieure, spirituelle (le mot spirituel vient d’ailleurs d’esprit), liée à la relation avec Dieu. Le rôle du “Saint Esprit”  est de:
- relier à Dieu;
- rappeler la vie et les paroles de Jésus;
-stimuler notre engagement dans la mission chrétienne;
-donner davantage de courage, de sérénité et de forces intérieures face aux tâches que Dieu nous confie ou face aux difficultés (comme les persécutions);

- rassembler les croyants, les relier les uns aux autres, les rendre solidaires, mais également faire de ces personnes imparfaites des éléments d'un ensemble harmonieux: le peuple de Dieu, ses bien-aimés;
- en bref, donner de la joie, du pep, de l’enthousiasme! Et je rappelle que ce dernier mot signifie en grec “avoir Dieu en soi”!


(Pr) ”Pentecôte: Enfants de Dieu, roues et moteur..."

Prédication de Pentecôte, 8.6.14 - ”Enfants de Dieu, roues et moteur..."

Lectures: Actes 2, 1-8; 1 Jean 3, 1-3; Romains 8, 14-17; Matthieu 12, 46-50

Il y a bien des années, un missionnaire arrivait chez les Inuit, dans le grand Nord. Ce pasteur leur parla de Dieu et de Jésus Christ. C’était la première fois que l’évangile était annoncé dans ces banquises.
Les Inuit furent émerveillés par cette religion, savez-vous pourquoi? Parce que les chrétiens appelaient Dieu “leur Père”.
Cette surprise étonna beaucoup le missionnaire; il était tellement habitué à prier le “Notre Père” qu’il ne réalisait plus vraiment à quel point c’était révolutionnaire!
“Oui, dirent les Inuit, on nous avait beaucoup parlé d’un dieu qui fait peur, qui gronde et qui punit. Mais un dieu qui serait notre père, alors ça, c’est merveilleux, c’est extraordinaire!”


 

J’aime cette histoire, à cause de la surprise des Inuit; et à cause de celle du missionnaire! Est-ce que nous ne sommes pas souvent comme lui, habitués à nommer Dieu notre Père, trop habitués pour en sentir toute la force? Serions-nous “vaccinés” contre les mots qui disent l’amour paternel de Dieu, au point de ne plus réaliser ce que ça implique comme tendresse; comme désir; comme responsabilité; comme envie de faire grandir?

Eh bien oui! Nous avons durant des siècles entendu des sermons qui nous exhortaient à la responsabilité; à l’amour du prochain; à la foi; à la confiance en Dieu... Et c’était juste, c’est sûr! Aussi juste que de dire qu’une bonne voiture doit avoir des roues!

Mais aujourd’hui, fête de Pentecôte, la Bible nous dit que d’abord, Dieu nous aime; que d’abord, Dieu est responsable de nous; qu’il éprouve pour nous tendresse, émotion, désir; envie de faire grandir; confiance; donc foi! Et tout cela, dans notre image de la voiture, tout ça c’est le moteur, qui fait tourner les roues!

Un chrétien sans amour, sans responsabilité, sans justice, c’est comme une auto sans roues, bien sûr! Mais un chrétien qui n’est pas, avant tout, enraciné dans l’amour de Dieu, dans son affection paternelle, dans son pardon, c’est comme une voiture sans moteur!
Bon, une voiture sans moteur, ça peut rouler: à la descente! Mais à la première montée, à la première difficulté, ça ne va plus!

Nous, chrétiens, nous aimons parce que Dieu nous a aimés le premier, en Jésus Christ. Parce que le Saint-Esprit a fait de nous des enfants de Dieu. D’abord, avant de nous demander quoi que ce soit, le Créateur nous adopte. Comme des parents: bien avant de rien demander à leur enfant, ils lui en donnent, des choses, en nourriture; en confort; en affection; en sécurité...
Dieu fait de nous ce qu’aucune autre religion n’a jamais fait, auparavant: il se lie avec nous d’un amour infini. Et il fait de nous ses héritiers; ses fils et ses filles.

Car, nous l’avons entendu: nous sommes maintenant déjà des enfants de Dieu, effectivement, puisque nous croyons en lui. Nous n’avons rien à faire pour mériter ce titre; il n’y a pas de condition; pas de petites lettres dans le contrat; pas de prières à réciter, ni de bonnes oeuvres à accomplir; aucune démarche à mener, comme chez les témoins de Jéhovah. C’est gratuit!
        


Nous sommes aujourd’hui enfants de Dieu, et nous deviendrons encore bien plus, quand le Christ reviendra faire toutes choses nouvelles: nous le verrons tel qu’il est, face à face. Plus rien ne nous séparera de sa clarté, de son bonheur et de sa paix. Nous vivrons avec lui dans une proximité parfaite.

Et c’est cette espérance, dit la première lettre de Jean, c’est cette espérance qui nous rend purs. C’est-à-dire: c’est cette espérance de vivre avec lui dans une proximité parfaite qui nous aide à être meilleurs, dans notre vie de tous les jours. Puisque nous sommes non seulement enfants de Dieu, mais ses héritiers, ceux qui deviendront presque lui-même, alors nous pouvons vivre déjà avec assurance, ici-bas. Avec confiance. Dieu s’est lié avec nous pour la Vie; je veux dire: pour la vie éternelle!

C’est ce moteur-là qui fait tourner nos roues. Ce sont ces feuillages-là qui nous donnent de porter du fruit. Et c’est pourquoi le passage de la première lettre de Jean que nous avons entendu continue par un immense développement sur le péché et sur l’amour pour nos frères et soeurs.

J’ai longtemps hésité, et j’ai finalement renoncé à demander à Joël Berney de vous lire la suite de nos versets. Car cette insistance sur la morale et le péché passe très mal aujourd’hui. Il y a quelques années, j’avais proposé ce passage à un groupe de collègues pour leur prédication. Mais ils ont tous hurlé “Non, ça va culpabiliser les gens, toutes ces mentions du péché!”.

Avec vous, pour vous, je relève le défi! Je pense que ces “tartines au péché” sont indigestes, évidemment, à condition qu’on ait oublié le moteur, avant de penser au travail des roues; si on demande d’aimer, d’aider, de devenir solidaire, sans d’abord mettre en évidence la paternité de Dieu, son pardon, son amour.
Mais si le moteur du Père céleste tourne rond pour nous, alors la culpabilité nous est enlevée! La passion de Dieu pour nous est si forte qu’elle efface tous nos manquements. C’est la grâce.

Ecoutez la superbe manière avec laquelle en parle cette prière de Jacques Leclerq:
“Un jour, je viendrai devant toi, Seigneur, et tu liras sur mon visage toute la détresse, tous les combats, tous les échecs des chemins de liberté. Et tu verras tout mon péché.
Mais je sais, mon Dieu, que ce n’est pas grave, le péché, quand on est devant toi. Car c’est devant les hommes qu’on est humilié. Mais devant toi, c’est merveilleux d’être si pauvre, puisqu’on est tant aimé. Puisqu’on est pardonné, gratuitement!
Un jour, je viendrai vers toi. Et dans la formidable explosion de ma résurrection, je saurai enfin que la tendresse, c’est toi. Que ma liberté, c’est encore toi.
Je viendrai vers toi, mon Dieu, et tu me donneras ton visage.
Père, j’ai tenté d’être un homme. Et je suis ton enfant!”
Jacques Leclerq


 

Un dernier mot. Si vous osez, lisez quand même chez vous la fameuse “tartine au péché”; dans 1 Jean 3 jusqu’à la fin du chapitre. Elle insiste sur l’amour pour les frères et soeurs. Eh oui, quoi de plus normal, si nous sommes enfants de Dieu, que de nous aimer fraternellement?

Mais attention: aimer son frère, ce n’est pas la même chose que d’aimer son prochain. Le frère, dans notre épître, représente le membre de la même communauté chrétienne. Locale. Le paroissien de la même paroisse.

Vous n’avez pas attendu cette prédication pour savoir que Dieu nous demande d’aimer les humains, surtout les plus fragiles. Mais notre passage, aujourd’hui, nous invite à faire un gros plan sur nos relations les uns avec les autres, dans cette paroisse. Comment les vivons-nous, ici, à Grandson; aux Tuileries; à Orges; à Giez?

Vous le saviez, mais c’est sans doute bon de le rappeler parfois: aimer son frère, ce n’est pas seulement envoyer un paquet pour l’Afrique ou verser 100.- pour les victimes de la guerre en Syrie. C’est aussi, par exemple, ne pas dire du mal de son voisin!

Un de mes collègues, un jour, a été suffisamment “gonflé” pour proposer une action très concrète, dans son journal paroissial. Il a demandé à chacun(e) de s’abstenir, pendant toute la semaine, de dire du mal d’un autre membre de la paroisse...
Il paraît que la vie de la communauté en a été transformée.

Euh... pendant... en tout cas une semaine! Amen


 

Jean-Jacques Corbaz


dimanche 1 juin 2014

(Li, Po) Hymne à la paix (d’après J-E Deschamps, « Vivre »)

Ne tirez plus sur la colombe,
L’avenir est un oiseau blanc,
Regardez-la comme elle tombe,
La mort n’est pas pour les vivants.

Séchez vos larmes, et qu’un sourire
Dans vos yeux dessine sa fête,
Et pour ne plus jamais mourir
Que le cœur vous monte à la tête.

Vivre, vivre et m’éveiller chaque matin
Et sentir ton corps sous ma main. Vivre !

Ne dites plus « jamais », « toujours »,
Ce sont des mots bien trop petits.
Ne frappez plus sur vos tambours,
On dit que la guerre est finie.

Ouvrez vos cœurs à la tendresse
Qui vient d’ailleurs, et qui repart,
Il a déposé ses promesses
Entre nos mains, fleurit l’espoir.

Vivre, vivre loin des lois et des théorèmes,
Vivre cette vie qui nous aime. Vivre !
Ne cherchez plus d’autres excuses,
Vous êtes beaux d’être vivants.
C’est la haine qui vous abuse,
En chaque humain dort un enfant.

Ne tirez plus sur la colombe,
L’avenir est un très beau jour,
Sachez que pour créer ce monde,
Il a fallu beaucoup d’amour.

Vivre, vivre sans être lâche ni héros,
Prendre sa vie comme un cadeau. Vivre !


JJC et J-ED

vendredi 30 mai 2014

(FA, Ré, SB, Vu) quel jugement après la mort?

Beaucoup de gens pensent qu’à leur mort, ils seront jugés. Et que, là, on pèsera leurs bonnes et leurs mauvaises actions. En espérant que les oeuvres bonnes l’emportent sur les autres.

Or, savez-vous: cette manière de voir n’est pas chrétienne; elle est plutôt bouddhiste. Car ce que dit le Nouveau Testament, c’est ceci: à notre mort, notre accueil auprès de Dieu, notre salut, notre pardon, ils ne dépendront pas de ce que nous aurons fait ou non. Ils dépendront d’abord de ce que Dieu a fait. “C’est par la grâce de Dieu que vous êtes sauvés, parce qu’il vous aime. Ce salut, c’est un don de Dieu, un cadeau! Il n’est pas le résultat de nos efforts”, dit la lettre aux Ephésiens.

À notre dernier jour, nous ne pouvons donc pas mériter ni punition ni salut. Nous n’avons qu’à accepter la gratuité du Ciel!


JJC

 

mardi 27 mai 2014

(Ci, Ré) Haïr??

"Nous avons tant à changer en nous-mêmes que nous ne devrions même pas nous préoccuper de haïr ceux que nous appelons nos ennemis. Nous sommes déjà bien assez ennemis les uns des autres."

Etty Hillesum, Une vie bouleversée, Journal 1941-1943, Seuil, 1995

jeudi 22 mai 2014

(Ci, Vu) Apprends-nous à prier!


« Je vais T’aider mon Dieu, à ne pas T’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas Toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons T’aider - et ce faisant nous aider nous-mêmes. »

Etty Hillesum, Une vie bouleversée, Journal 1941-1943, Seuil, 1995