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jeudi 2 mars 2017

(Pr, Bi) La prière, école d’intranquillité


Parmi les pratiques qui marquent l’expression religieuse, la prière est sans doute la plus connue… et la plus étrange. Et même lorsque la familiarité des lieux de foi s’estompe, la voilà qui demeure, comme une trace impérissable et toute personnelle de la vie spirituelle ou de l’espérance tenace. Balbutiement sans protocole ou intention bien formulée, elle constitue une expérience accessible à chacune et chacun – et le Jubilé de la Réforme que nous marquons en 2017 se plaît à rappeler cette liberté du croyant devant Dieu qu’il tutoie. Lieu commun des religions, la prière se pare parfois des habits de la méditation, lorsqu’il arrive à la foi de s’effacer devant la quête quasi séculière du soi intérieur.

Mais que penser de cette sorte d’évidence qui consiste, soit à parler à Dieu (pour peu qu’il écoute), soit à le laisser parler en nous (pour peu qu’il parle)? La prière n’est-elle, comme on le croit volontiers, que le refuge de l’âme devant les inquiétudes du temps? Est-elle cet effort dérisoire pour changer Dieu, ou bien cette formule magique qui viendrait conjurer l’expérience de la fatalité (dans les futilités du quotidien comme dans les grands drames de la vie)? Prier, est-ce quémander et supplier pour être exaucé? Il y a fort à parier que le Dieu que nous prions alors soit à l’image de nos désirs insatisfaits et de nos luttes défaites: un Dieu taillé à l’image de l’humain et de son manque. Pour tout dire: une idole. On prête au philosophe anarchiste Proudhon le propos suivant: «L’homme devient athée quand il se sent meilleur que son Dieu.» Devant ce constat, il faut oser une autre prière que celle qui nous rassure et nous anesthésie.

Ça tombe bien: le début du mois de mars marque la période choisie pour la Journée mondiale de prière – cette année, c’est le vendredi 3. A l’école des femmes qui, depuis la fin du XIXe siècle déjà, puis plus nettement depuis l’entre-deux-guerres, façonnent ce rendez-vous et donnent à prier comme à penser, la prière est un chemin volontaire de paix, certes, mais elle est surtout une école d’intranquillité: elle rappelle à qui ose l’entendre que prier, c’est rester en éveil, lutter, s’engager, agir pour la transformation positive du monde. Cette année, les femmes des Philippines nous alertent sur l’expérience de l’injustice sociale et témoignent que la prière est ce geste qui change la vie. La devise du mouvement tint d’ailleurs dans ces mots lucides: «s’informer pour prier, prier pour agir».

La prière est une protestation et une confiance: elle se conquiert et elle se reçoit. Parfois, parfois seulement, carême ou pas, elle est une formule liturgique d’un culte ou d’une messe. Le plus clair du temps, elle est un combat, ainsi qu’en témoignent, dans la Bible, les Psaumes et le livre de Job. Un combat pour la dignité de chacune et de chacun, dans toutes les facettes de l’existence. Dès lors, prière et engagement ne font qu’un.

Blaise Menu  (modérateur de la Compagnie des pasteurs et des diacres de l’Eglise protestante de Genève)


 
* Modérateur de la Compagnie des pasteurs et des diacres de l’Eglise protestante de Genève (TDG)

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