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Vous trouverez sur ce blog différentes sortes de contributions:
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Bonne balade entre les mots!
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jeudi 29 novembre 2012

(Bi CF) Coeur de la foi

Pour Dieu, tout être humain est infiniment précieux,
À ses yeux, chacun(e), nous avons la plus grande valeur du monde!

Tel est l'essentiel de la foi chrétienne,
Telle est la promesse de l'évangile,
Et tel est l'appel qu'il nous adresse.

Pour Dieu, je suis, tu es, nous sommes un trésor infini.
Ce qui veut dire que jamais le Créateur ne va nous faire de mal,
Qu'il refuse toute violence et toute punition, contrairement à ce que tant d'hommes ont cru.
Toujours, il veut nous faire progresser dans le bonheur,
la sécurité, le bien-être et la liberté.

À ses yeux, chacun(e) est infiniment digne d'attention
et de tendresse,
Par conséquent, celles et ceux qui adhèrent à ses valeurs
sont invités, eux aussi, à regarder les autres ainsi.

Tel est le coeur de notre vie chrétienne.
Et tel est le comportement qu'il espère faire grandir en nous:
tout nous est permis,
avec la consigne de toujours rechercher le bien des autres;
de nous abstenir de tout jugement, de toute violence;
de devenir toujours mieux sourire de son sourire, main tendue de sa générosité, présence aimante à cause de Son amour.


Jean-Jacques Corbaz       

(Bi Hu) Au fou !

L'affaire date des années 60. Les journaux rapportent l'étrange attitude d'un gaillard qui estimait avoir trop d'argent... eh oui, ça existe !

Alors, pendant le temps des Fêtes, il s'était mis à distribuer clandestinement des billets de banque dans certaines boîtes aux lettres. Les destinataires étaient choisis parmi les plus démunis, ou les plus fragiles.

On n'avait jamais vu ça. La police, mobilisée, repéra vite ce Saint-Nicolas moderne, l'arrêta, l'interrogea et l'expédia chez un psychiatre. Ce dernier trouva l'homme parfaitement normal...

Entassez des billets, on vous admirera. Partagez-les, on vous tiendra pour fou !

Puissions-nous mieux développer ce genre de folie. C'est elle qui nous rendra plus heureux, profondément. Et Dieu avec nous !
Jean-Jacques Corbaz

mercredi 28 novembre 2012

(Bi Hu) Petits crimes conjugaux (Eric-Emmanuel Schmitt et JJ Corbaz)

Extrait d'une pièce d'E-E Schmitt, "Petits crimes conjugaux"; un couple dialogue sur le thème de l'amour. Un amour qui ne va pas de soi.

JJ: C'est contre nature d'aimer toujours, d'aimer longtemps. Alors, pour que ça dure, il faut accepter l'incertitude, avancer dans des eaux dangereuses, là où l'on ne progresse que si l'on a confiance, se reposer en flottant sur des vagues contradictoires, parfois le doute, parfois la fatigue, parfois la sérénité, mais en gardant le cap, toujours.
AF: Tu ne te décourages jamais?
JJ: Si.
AF: Et alors?
JJ: Alors, je te regarde et je pense: est-ce que, malgré mes doutes, mes soupçons, mes inquiétudes, ma lassitude, j'ai envie de la perdre? Et la réponse me vient. Toujours la même. Et le courage avec. C'est irrationnel d'aimer, c'est une fantaisie qui n'appartient pas à notre époque, ça ne se justifie pas, ce n'est pas pratique; c'est à soi-même sa seule justification.
AF: Si jamais j'arrivais à avoir confiance en toi, alors ce serait en moi que je n'aurais plus confiance. J'ai du mal à avoir confiance.
JJ: "Avoir" confiance... On n'"a" jamais confiance. La confiance ne se possède pas. Ça se donne. On "fait" confiance.
AF: Justement, j'ai du mal.
JJ: Parce que tu te poses en spectatrice, en juge. Tu attends quelque chose de l'amour.
AF: Oui.
JJ: Or, c'est lui qui attend quelque chose de toi. Tu souhaites que l'amour te prouve qu'il existe. Fausse route. C'est à toi de prouver qu'il existe.
AF: Comment?
JJ: Eh bien... faire confiance.



Ce que l'auteur dit là peut très bien s'appliquer à la foi en Dieu. En ne changeant que quelques mots, ça donnerait:

JJ: C'est contre nature de croire toujours, de croire longtemps. Alors, pour que ça dure, il faut accepter l'incertitude, avancer dans des eaux dangereuses, là où l'on ne progresse que si l'on a confiance, se reposer en flottant sur des vagues contradictoires, parfois le doute, parfois la fatigue, parfois la sérénité, mais en gardant le cap, toujours.
AF: Tu ne te décourages jamais?
JJ: Si.
AF: Et alors?
JJ: Alors, je ferme les yeux et je pense: est-ce que, malgré mes doutes, mes inquiétudes, ma lassitude, j'ai envie de le perdre? Et la réponse me vient. Toujours la même. Et le courage avec. C'est irrationnel de croire, c'est une fantaisie qui n'appartient pas à notre époque, ça ne se justifie pas, ce n'est pas pratique; c'est à soi-même sa seule justification.
AF: Si jamais j'arrivais à avoir confiance en Dieu, alors ce serait en moi que je n'aurais plus confiance. J'ai du mal à avoir confiance.
JJ: "Avoir" confiance... On n'"a" jamais confiance. La confiance ne se possède pas. Ça se donne. On "fait" confiance.
AF: Justement, j'ai du mal.
JJ: Parce que tu te poses en spectatrice, en juge. Tu attends quelque chose de Dieu.
AF: Oui.
JJ: Or, c'est lui qui attend quelque chose de toi. Tu souhaites que Dieu te prouve qu'il existe. Fausse route. C'est à toi de prouver qu'il existe.
AF: Comment?
JJ: Eh bien... faire confiance.


(Bi Hu) "Lapider mon oncle?"

C'est sûrement vrai puisque c'est… écrit !

Récemment une célèbre animatrice radio états-unienne fit remarquer que l'homosexualité est une perversion. "C'est ce que dit la Bible dans le livre du Lévitique, chapitre 18, verset 22 : "Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abomination". La Bible le dit. Un point c'est tout.", affirma-t-elle.

Quelques jours plus tard, un auditeur lui adressa une lettre ouverte qui disait :

"Merci de mettre autant de ferveur à éduquer les gens à la Loi de Dieu. J'apprends beaucoup à l'écoute de votre programme et j'essaie d'en faire profiter tout le monde. Mais j'aurais besoin de conseils quant à d'autres lois bibliques.

Par exemple, je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c'est indiqué dans le livre de l'Exode, chapitre 21, verset 7. A votre avis, quel serait le meilleur prix ?

Le Lévitique aussi, chapitre 25, verset 44, enseigne que je peux posséder des esclaves, hommes ou femmes, à condition qu'ils soient achetés dans des nations voisines. Un ami affirme que ceci est applicable aux mexicains, mais pas aux canadiens. Pourriez-vous m'éclairer sur ce point ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas posséder des esclaves canadiens ?

J'ai un voisin qui tient à travailler le samedi. L'Exode, chapitre 35, verset 2, dit clairement qu'il doit être condamné à mort. Suis-je obligé de le tuer moi-même ? Pourriez-vous me soulager de cette question gênante d'une quelconque manière ?

Autre chose : le Lévitique, chapitre 21, verset 18, dit qu'on ne peut pas s'approcher de l'autel de Dieu si on a des problèmes de vue. J'ai besoin de lunettes pour lire. Mon acuité visuelle doit-elle être de 100%? Serait-il possible de revoir cette exigence à la baisse ?

Ma femme est devenue stérile et je désire encore assurer ma descendance. A l'exemple de Loth et ses
filles, dois-je me saouler avant de coucher avec ma fille ?


Un dernier conseil. Mon oncle ne respecte pas ce que dit le Lévitique, chapitre 19, verset 19, en plantant deux types de culture différents dans le même champ, de même que sa femme qui porte des vêtements faits de différents tissus, coton et polyester. De plus, il passe ses journées à médire et à blasphémer. Est-il nécessaire d'aller jusqu'au bout de la procédure embarrassante de réunir tous les habitants du village pour lapider mon oncle et ma tante, comme le prescrit le Lévitique, chapitre 24, verset 10 à 16 ? Ne pourrait-on pas plutôt les brûler vifs au cours d'une simple réunion familiale privée, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches, tel qu'il est indiqué dans le livre sacré, chapitre 20, verset 14 ? Je me confie pleinement à votre aide..."

(Communiqué par Laurence Pierrepont. Diffusé par La lettre versatile de Jimmy Gladiator n° 82, parution aléatoire, 21 mai 2004)


"...il est utile de rappeler qu’un texte est sacré si l’on accepte que son message n’est pas clôturé par son sens premier, et si l’on se refuse à l’instrumentaliser..."

(FA Vu) Isaline et les croix - La mort et l'enfant

Il est difficile de savoir comment aborder ce sujet pénible avec des enfants.
Nos petits sont très sensibles, et nous avons, à juste titre, peur de les traumatiser.

Pourtant, ne pas aborder la question peut s’avérer pire que de leur provoquer de la peine. En effet, les enfants sont sensibles aux atmosphères plus encore qu’aux mots et aux phrases. S’ils sentent que nous sommes tristes, nous leur rendons service en leur expliquant pourquoi - avec des termes à leur portée, bien entendu.

Les enfants sont une caisse de résonance pour les sentiments de leurs parents. Si nous sommes aigris, révoltés, mal à l’aise... si la mort nous plonge dans des abîmes de questions sans réponses et que nous le vivons mal, nos petits seront profondément troublés, et c’est ça qui risque de les traumatiser.

Mais si, à l’inverse, nous sommes relativement sécurisés sur ce sujet, eh bien nous allons donner de la sécurité à nos enfants, sans même le vouloir. Si notre chagrin est vécu dans la confiance, nous leur permettons de le vivre ainsi, eux également.



            Photo Diane Gerber

A) Premier point donc sur ce thème: comme parents, nous fortifier nous-mêmes pour du coup fortifier nos enfants. Nous façonner des repères qui nous aident à traverser les drames de la vie sans nous sentir démolis, sans ressources, sans appui. Si possible nous mettre au clair nous-mêmes, par exemple en nous forgeant une manière simple de comprendre ce mystère. La foi chrétienne peut y aider, mais à ce niveau le contenu importe peu, pour autant qu'il soit libérateur, apaisant, et pas culpabilisant, bien sûr! Toute spiritualité nous donnera une assise bénéfique, pour nos enfants comme pour nous individus.

Ensuite, n'ayons pas peur de solliciter une ou plusieurs personnes qui puissent nous communiquer un peu de cette sécurité: pasteur, diacre ou curé, bien sûr, sont volontiers à disposition; mais bien d'autres peuvent le faire; souvent, ici, les grands-parents peuvent être une ressource positive, car ils ont déjà beaucoup réfléchi à la question, et je crois que plus on avance en âge, moins la mort fait peur.

B) Dans la relation avec nos enfants maintenant, il est important:
1° De leur permettre d'exprimer leurs sentiments, de poser leurs questions, de faire part de leur tristesse, de leur incompréhension, mais aussi de leur affection et de leur attachement à la personne décédée. Ne pas répondre trop vite aux questions, surtout si nous ne sommes pas sûrs de nos réponses. Proposer plutôt d'utiliser les aides mentionnées au § précédent. Et puis, bien sûr, leur offrir une des choses dont ils ont le plus besoin: du temps, de l'attention bienveillante, de l'affection. La tendresse des vivants est essentielle quand on est confronté avec la mort.

2° Tout logiquement, de nous exprimer à notre tour sur notre manière de vivre l'événement. Ne pas craindre de dire aussi ce que nous ne comprenons pas, voire notre révolte, nous rendons service aux enfants en le faisant.

Effet de lumière: la brisure du vitrail (à dr.), projetée sur le mur, donne un coeur. Photo E. Mayor

3° Essayons de garder à l'esprit et de faire comprendre à nos petits que
a) la mort est naturelle, elle fait partie de la vie. Tout être vivant doit mourir un jour. L'important, ce n'est pas de vivre longtemps (même si la séparation est douloureuse), l'important, c'est la qualité de la vie.

b) la personne décédée après une maladie grave ou à un âge avancé a souvent souhaité mourir. La fin de la vie est fréquemment une délivrance pour le mourant. Alors que ce sont les proches, la famille, les amis qui, eux, auraient souhaité retarder la séparation.

c) dans beaucoup de religions, comme dans le christianisme, on parle d'une vie après la mort. Cela veut dire que la personne décédée n'a pas disparu dans le néant; qu'elle continue d'exister, mais autrement, d'une manière qui nous échappe. Par conséquent, elle ne cesse pas d'aimer ceux avec qui elle est liée d'affection. Et, bien sûr, les vivants n'arrêtent pas de l'aimer. Encourager les enfants à continuer d'aimer leurs défunts, et à le leur exprimer (à le dire, à leur faire des dessins, des bricolages, les mentionner dans la prière, ou tout autre moyen de rester en contact), c'est leur permettre de recevoir une consolation importante.

d) dans la foi chrétienne en particulier, la vie après la mort est décrite en termes d'amour; de lumière; de guérison; de réconciliation. Selon le Nouveau Testament, Dieu nous re-crée nouveaux, mais parfaits, mais débarrassés de nos défauts et de nos maladies. Si donc on a souffert en subissant une personne désagréable et/ou diminuée par l'âge ou ses souffrances, l'espérance chrétienne nous dit que ces écueils sont éliminés par Dieu, et qu'il ne reste plus que de la tendresse, de la bienveillance et de la paix.


Photo: God understands our prayers even when we can't find the words to say them. 
Press Like if you agree! =)


NB: la Bible comprend deux parties:
- l'Ancien Testament, écrit avant la vie de Jésus,  et qui est la référence des Juifs; il a encore parfois une vision négative de Dieu; le Créateur punirait ceux qui lui résistent, disent certains versets.

- et le Nouveau Testament, écrit après la vie de Jésus, qui affirme que Dieu n'est plus que grâce, pardon et bienveillance. Jamais il ne nous fera du mal.

C'est cette dernière partie de la Bible que je vous propose comme référence, sur ce thème de la mort.

C) Concernant la cérémonie funèbre, la question se pose toujours: est-il préférable que les enfants y assistent ou non?

La réponse dépend moins de l'âge des intéressés que de la position de leurs parents, soit des personnes les plus proches d'eux. Je veux dire que, si des pères ou des mères souhaitent prendre leurs enfants à ces adieux et qu'ils en ont parlé sereinement avec eux, quel que soit leur âge, alors, tout se passera bien, et cette présence au service funèbre leur sera certainement bénéfique. Par contre, si cette perspective nous déstabilise, alors, nos petits risquent bien de vivre ce moment de manière négative eux aussi.

Les enfants ont évidemment besoin de concret, pour appréhender ce qui se passe. Je recommande, s'il y a un lien fort avec la personne décédée, de les associer à un geste visible, pendant ou en vue de la cérémonie. Par exemple, proposer aux enfants de réaliser chacun un dessin qui parle de quelque chose d'important pour le défunt et pour eux. Et ensuite, placer ces dessins à l'intérieur du cercueil pour la cérémonie; ou mieux encore, les afficher sur les côtés du cercueil, à l'extérieur, bien en vue  (dans les deux cas, l'officiant mentionnera ce fait, c'est très important).

On peut aussi, par exemple, déposer avec les enfants des bougies autour du cercueil, ou des fleurs, ou de petites branches. Signes de lien et de vie.

Si l'on souhaite ne pas prendre les enfants au service funèbre, on peut pour les aider dans leur deuil les faire participer uniquement à la mise en terre de la bière ou des cendres. Ils pourront alors se rappeler que leur aïeul repose ici, et savoir pourquoi leurs parents reviennent parfois y déposer des fleurs ou se recueillir.

Photo anonyme,      auteur inconnu

À la question de savoir s'il faut que les enfants voient le corps du défunt, la réponse me semble la même que pour la cérémonie funèbre: comme le sentent les parents. Avec bien entendu des nuances qui tiennent aux circonstances du décès et à l'état du corps. Si l'apparence de la personne décédée est déformée par un choc, peu reconnaissable, enlaidie, alors il vaut mieux ne pas la faire voir à des petits, c'est évident. Pensez aussi aux odeurs, bien sûr.

Dans la mesure du possible, parlez à l'avance aux enfants de ce qu'ils vont vivre, cela les aidera. Simplement, de manière la plus naturelle possible, une nouvelle fois. Le but n'est pas de les impressionner, mais de leur transmettre une sécurité, un apaisement. Accompagnés de tendresse et d'affection solides.                  
                                                                                                                                                 
D) En conclusion, une jolie histoire, qu'on peut raconter à nos enfants:

“Isaline court au fond du jardin. Grand-Papa, lui, marche lentement à cause de ses jambes fatiguées et de ses rhumatismes. Tous les ans, au moment de l’anniversaire d’Isaline, le cerisier est couvert de magnifiques fleurs blanches. C’est son arbre préféré.

Mais voilà qu’aujourd'hui, le cerisier a disparu!


- Il est tombé, répond Grand-Papa. Tu sais, il était très vieux... Il est mort.


Isaline serre la main de Grand-Papa. Ils se regardent.


- Mais, fait Isaline, toi aussi, tu es très vieux. Tu vas mourir?


Elle se souvient comme elle a pleuré quand son petit chat est mort. Elle aime tant son Grand-Papa...


- S’il te plaît, Grand-Papa, ne meurs pas!


-Tout ce qui est vivant doit mourir un jour, répond le vieil homme. Même si cela rend triste. Mais la mort est un nouveau commencement.


Déjà, Grand-Papa s’est mis à creuser le sol avec sa bêche.


- Oh, fait Isaline, regarde: un dirait un noyau de cerise!


C’est bien un noyau de cerise, fendu par le milieu. Un germe sort de cette fente.


- C’est une jeune pousse en train de s’enraciner dans le sol, explique Grand-Papa. Elle va grandir, et devenir un nouveau cerisier. Dans quelques années, l’arbre fleurira et donnera de belles cerises noires.


Isaline sourit, consolée:


- On va le replanter, Grand-Papa?



                                                               Jean-Jacques Corbaz


  photo Ira Jaillet

Voir aussi sur ce blog Oser parler de la mort aux enfants


--> Signalons aussi le livre d’Alix Noble-Burnand “Au Secours! Mon enfant pose des questions sur la mort et je ne sais pas comment répondre”. 
On trouvera des quantités de choses intéressantes sur son site http://www.parlerdelamort.ch 

 


mardi 27 novembre 2012

(FA SB Vu) Comment se sont formés les évangiles

Les quatre livres du Nouveau Testament qui racontent la vie de Jésus ne sont pas apparus en même temps, ni pour les mêmes circonstances. Pendant une quarantaine d'années après la première Pâques chrétienne (qui a eu lieu en l'an 30 probablement), les disciples du Christ pensaient que la fin du monde était toute proche. Ils n'ont donc rien mis par écrit. Tout des "évangiles", les actions et les paroles du Maître, se racontait oralement, mais de manière très fiable: la mémoire était bien supérieure à celle d'aujourd'hui!

Les premiers textes du NT qui ont été couchés sur un support matériel sont naturellement les lettres ("épîtres"), en commençant par celles de Paul (vers 51: 1ère aux Thessaloniciens), pour des destinataires lointains.
A.  Pourquoi par écrit?

Vers 70, on note trois phénomènes qui vont inciter les chrétiens à mettre leurs traditions par écrit:

1° D'abord, les contemporains de Jésus, les témoins oculaires meurent les uns après les autres. Il n'y aura bientôt plus personne pour témoigner de ce qui s'est passé en Palestine au temps des évangiles.

2° Ensuite, les disciples du Christ se sont répandus dans le monde romain, qui était doté de voies de communication performantes. Il y a des Eglises (communautés) un peu partout. Formées d'abord de Juifs convertis, mais de plus en plus de non-Juifs intéressés par le monothéisme. S'y mêlent des influences orientales (perses, égyptiennes, ...), grecques (l'âme chère à Aristote et la "gnose", notamment), romaines, et j'en oublie...

Ces communautés sont différentes les unes des autres, c'est bien compréhensible. Marquées par tel ou tel maître influent. Souvent en désaccord mutuellement. Voire parfois en conflit. On trouve quelques traces de ces divergences dans les épîtres.

L'apôtre Paul a longtemps veillé à garder l'orthodoxie (ou plutôt: sa conception de l'orthodoxie!). Mais il meurt au début des années 60. Dès lors, les diversités vont s'accentuer, et la communion fraternelle des chrétiens sera soumise à rude épreuve!

On comprend que soit né alors le besoin de pouvoir se référer à des paroles écrites, pour mieux rester fidèles au message de Jésus.

3° Le troisième événement, c'est la révolte des Juifs contre les occupants romains en Palestine. Menée par Bar Kochba, cette insurrection est si forte qu'elle provoque une réaction extrême de la part de l'empereur de Rome (66-70). Néron, Vespasien et Titus, pour en finir avec le problème Israël,  font démolir le Temple de Jérusalem et chassent les Juifs hors de la Palestine! C'est la grande dispersion ("diaspora") qui commence.

Cet exode des Juifs, forcé et massif, englobe les disciples du Christ. En effet, il faut savoir que les "chrétiens" ne se sont pas encore, en ce temps-là, constitués en une religion distincte de celle de Moïse (ils se considèrent encore, et surtout les Romains les regardent encore comme Juifs).

Du coup, la dispersion et la diversité des Eglises s'accentue de plus belle. Et le maigre lien qui subsistait avec leurs racines en Israël est quasi rompu.





B.  Selon Marc: Le mystérieux Fils de Dieu 

C'est au coeur de cette tourmente qu'un homme décide pour la première fois de rédiger les actes et les paroles de Jésus. On l'appelle Marc. Ce n'est probablement pas son nom véritable, mais plutôt celui du disciple dont provient la tradition orale que notre rédacteur a reçue: Marc (ou Jean-Marc), l'un des compagnons de Paul dans les Actes des Apôtres.

Le souhait premier de ce créateur d'évangile, c'est de rendre accessible, voire passionnante, l'histoire de l'homme de Nazareth. Il la raconte comme un roman d'action (on a même dit "roman de gare"!), qui doit pouvoir être compris et même intéresser des gens ne sachant rien du Christ.

Marc est, semble-t-il, romain, et il écrit pour ses compatriotes. Il ne relate rien de la naissance de Jésus, ni de son enfance. Il ne rapporte non plus quasi aucun des grands discours du Rabbi (= Maître), comme les trois autres le feront après lui. Est-ce que cela ne l'intéresse pas? Ou plutôt n'en a-t-il pas connaissance?

Notre premier évangéliste va orchestrer son histoire autour des actes du Christ: ses miracles, mais aussi et peut-être surtout ses controverses avec les responsables du judaïsme, scribes et pharisiens. La tension monte dans tout le récit, autour de cette question: mais qui est cet homme? Surtout, qui est-il pour celles et ceux qui le rencontrent? Donc qui est-il pour toi, lecteur/trice?

Le modèle égyptien
Dans ce but, Marc construit son récit en utilisant un schéma égyptien d'intronisation royale. Le nouveau souverain y était proclamé en trois phases:

1° Dieu (ou les dieux) annonce à l'heureux élu qu'il a été choisi par volonté divine.

2° Dieu (ou les dieux) proclame au peuple l'identité du nouveau roi.

3° Le peuple accepte le choix divin et reconnaît solennellement son souverain.

Notre premier évangéliste place:

- la première phase au moment du baptême de Jésus (lorsque la voix du ciel annonce "Tu es mon fils bien-aimé...": Marc 1, 11).

- la deuxième à la "Transfiguration" (la voix du ciel proclame aux disciples "Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le": Marc 9, 7).

- et la troisième à l'instant de la mort de Jésus (l'officier romain, pourtant païen, reconnaît "Celui-ci était vraiment le fils de Dieu": Marc 15, 39).

Ce schéma met en évidence une chose capitale, pour Marc: on ne peut connaître réellement le caractère divin de Jésus que face à la croix. Tous, disciples et païens, sont sur le même pied: ils ne peuvent savoir vraiment "qui est cet homme" qu'au vu de la manière dont il a accepté de mourir. Jésus n'est roi que sur la croix, ce qu'accentue encore la couronne d'épines!

Avant sa mort à Golgotha, tout le monde se méprend au sujet du Christ. Et notre évangile multiplie les récits de controverses avec les Juifs, scribes ou pharisiens, qui se fourrent le doigt dans l'oeil à son propos. Les siens, sa famille (3, 20-21) croient qu'il est devenu fou (ici pas de Marie qui reçoive une annonciation et croie d'emblée, comme chez Luc). Même ses plus proches compagnons, les "douze" se posent beaucoup de questions à son sujet (par ex. 4, 40-41). Le comble, c'est que quand Jésus annonce sa mort et sa résurrection - et il le fait trois fois! - juste après, les disciples manifestent par leur réaction qu'ils n'ont rien compris. Le sens profond de Vendredi saint et Pâques leur échappe:

- la première fois, Pierre fait des reproches à Jésus à propos de ce qu'il a dit. (8, 31-33);

- la deuxième fois, les disciples se disputent pour savoir lequel d'entre eux est le plus grand! (9, 30-34);

- et la troisième fois, Jacques et Jean lui demandent de pouvoir siéger avec lui dans sa gloire. Alors qu'il vient d'annoncer sa mort et ses souffrances à venir! (10, 33-37).

Ce n'est pas que nos "douze" soient particulièrement obtus, pour Marc. Mais ils révèlent, par leur attitude, l'impossibilité pour tout être humain de comprendre véritablement qui est Jésus, fils de Dieu, tant qu'on ne l'a pas contemplé mourant sur la croix. Tant qu'on n'a pas vu de quel bois sa royauté était réellement constituée.


Le centre, c'est la croix
Par conséquent, nous suggère le plus ancien évangile, tout converge vers Vendredi saint et Pâques. Les événements de ces trois jours sont la clé pour connaître l'essentiel du Christ. Sans eux, on risque fort de se méprendre à son sujet; de le confondre avec un chef politique; ou un magicien tout-puissant; ou un savant qui aurait réponse à tout. Seule la croix nous montre le caractère résolument non-violent de Jésus. Son abaissement consenti. Et donc son respect absolu de notre liberté.

Disons-nous bien que nous ne sommes pas plus clairvoyants que les "douze", nous lecteurs du 1er ou du 21ème siècle. Nous risquons toujours de confondre le Christ avec une de nos "idoles", une des projections de nos désirs.

Le Dieu de l'évangile nous aime trop pour restreindre notre liberté. Il n'est pas tout-puissant, il est d'abord solidaire de nos souffrances, de nos doutes, de nos échecs. Il se tient du côté des victimes et des rejetés.

Ne perdons donc pas de vue ce passage crucial (c'est le cas de dire!) de Golgotha, où Jésus, d'abord, est celui qui nous accompagne, sans magie et sans pouvoir, dans le désespoir et dans la mort.





C.  Selon Matthieu: Le Maître qui enseigne et forme son Eglise 

Une dizaine d'années plus tard, l'évangile de Marc s'est largement répandu dans le monde gréco-romain. Il a grandement contribué à un intérêt pour le message de Jésus, voire à des conversions.

Pourtant, plusieurs communautés qui cultivent la foi au Christ ressentent le besoin de retravailler le récit bien connu. C'est ce que va faire un croyant qu'on appelle Matthieu. Lui aussi tire son nom du disciple dont provient une tradition qu'il a reçue.

Mais qu'est-ce qui a changé depuis ce premier évangile, et qui donne envie de présenter autrement la vie du Christ?

- D'une part, à côté de "Marc" circulent d'autres textes importants, qui relatent des discours de Jésus. De très belles paroles, comme les Béatitudes, qui ne figurent pas dans l'évangile. Et qui mériteraient bien d'en faire partie! Beaucoup de paraboles. De même la prière du Notre Père, par exemple.

- D'autre part, la situation religieuse a évolué. Le judaïsme est privé du Temple (où seuls pouvaient se faire les sacrifices) et condamné à l'exil; il se recentre alors sur le culte à la synagogue, et sur l'enseignement des rabbins. Le parti des pharisiens, constitué autour des scribes (les spécialistes des commandements de l'Ancien Testament), prend le pouvoir dans les communautés juives, et durcit ses positions ("légalistes" et exigeantes, notamment sur les questions de pureté rituelle). Les disciples de Jésus, qui étaient jusque-là encore intégrés à la religion d'Israël (ils en étaient une tendance, une espèce de parti), doivent alors quitter leur communauté-mère. En quelque sorte couper le cordon ombilical. On imagine bien que cette rupture ne s'opère pas sans conflits importants.

- Enfin, la foi chrétienne a elle aussi évolué. Marc, qui accentue le côté humain de Jésus, a bien joué son rôle de détonateur. Mais maintenant, on s'intéresse davantage à la divinité du Nazaréen.

Il semble important alors de montrer que le Christ, déjà enfant, est adoré (l'épisode des mages, Mat. 2, 1-12). Mais aussi qu'il provoque déjà, par sa seule présence, le rejet et la violence des puissants (le "massacre des innocents", en 2, 16-18). Tout cela annonce bien sûr les dernières pages de l'évangile.

Enseignant et formateur
Chez Matthieu, Jésus est vu surtout comme un Maître (Rabbi). C'est-à-dire autant enseignant que formateur. Ses paroles et sa vie offrent de nouvelles valeurs. Il semble parfois s'opposer à l'Ancien Testament, mais il affirme plutôt l'accomplir. Donc le réaliser concrètement, dans les temps qu'il vit. L'actualiser.

Par rapport à Marc, le Christ de Matthieu est nettement plus dur envers les Juifs. Voyez, au chapitre 23, la série des "Malheurs à vous, scribes et pharisiens hypocrites...".

Un message universel
En même temps, il met l'accent sur la dimension universelle du message de l'évangile. Depuis les mages jusqu'aux derniers mots du Ressuscité en 28, 18-20, il s'agit de montrer que la Parole de Jésus rassemble les Nations, et que les croyants sont envoyés les uns vers les autres, sur la terre entière. Israël n'a plus la préséance, face aux promesses de Dieu; elles sont pour tous! On nomme avec raison cet évangile celui de la mission. Il exclut toute logique sectaire et toute forme de nationalisme.

Pour Matthieu, l’enseignement du Christ a désormais autorité sur la Loi (les fameux "mais moi je vous dis..." du chapitre 5). Pourtant, ce qui constitue le disciple, ce n'est pas qu'il soit possesseur d’un savoir à transmettre, mais surtout qu'il est "petit", à l’image de son maître; ne pouvant plus compter sur les sécurités de ce monde, il attend des autres une parole ou un geste d’accueil (10,42).

Pour Matthieu, annoncer l’Evangile, ce n’est donc pas transmettre une doctrine à accepter; mais c’est, essentiellement, être devant les autres, dans son manque et sa faiblesse. Annoncer la Bonne Nouvelle, c’est au fond offrir aux autres d’accueillir un Dieu qui se donne à connaître dans la fragilité et l’humilité de l’homme de Nazareth et de ses envoyés. Cette faiblesse reconnue et assumée devient l’espace où peut s’expérimenter, dans ma vie, la dynamique de résurrection qui a relevé le Christ d’entre les morts.





D.  Selon Luc:  Les temps nouveaux de l'histoire du salut

Quelques années encore ont passé. Et puisque la fin du monde n'est toujours pas arrivée, les chrétiens commencent à repenser leur situation dans le temps et dans le monde. L'idée germe que Jésus ne marque pas le début de la fin; mais plutôt une charnière dans le temps. Un nouveau commencement.

Celui qu'on appelle Luc va ainsi produire une troisième version de l'évangile. Avec une originalité de taille! En effet, son oeuvre est présentée en deux tomes:

- un évangile classique, de la naissance de Jésus à sa résurrection et son ascension;

- puis une histoire des débuts de l'Eglise, soit le livre que nous appelons les Actes des apôtres, et que le Nouveau Testament placera juste après les quatre évangiles.

Luc écrit visiblement pour un lectorat gréco-romain. Ses livres, documentés à la manière des érudits de son temps, sont dédiés, comme c'est courant alors, à un personnage important. On ignore qui est ce Théophile. S'agit-il d'un mécène qui a soutenu son travail? D'un chrétien éminent de l'époque? Ou, plus simplement, ce nom désigne-t-il tout croyant intéressé par l'action divine, puisque Théophile signifie "ami de Dieu"?

L'intention de Luc, en tout cas, est claire. Il s'agit de montrer comment la vie de Jésus, - ses actions, ses paroles, sa mort et sa résurrection annoncée - transforment les croyants et le monde. Elles inaugurent des temps nouveaux, ceux de la communauté chrétienne rassemblée en Eglise, elles modifient les valeurs du tout au tout.

Dès sa naissance
Le premier tome est donc notre évangile selon Luc.  Comme Matthieu, il reprend la quasi totalité de l'oeuvre de Marc en y ajoutant des discours de Jésus: les Béatitudes, le Notre Père, des paraboles... On appelle ces paroles la source Q (de l'allemand "Quelle", la source).

Mais la perspective de Luc va s'avérer bien différente de celle de Matthieu. Par exemple, ce dernier affirmait que Jésus, dès sa naissance, est adoré, qu'il a une part de divin en lui, et que l'action salvatrice de Dieu est présente en sa personne dès sa venue au monde. L'oeuvre à Théophile fait remonter la divinité de Jésus encore plus tôt: à sa conception. Elle raconte l'annonce à Marie de sa grossesse sous l'égide du Saint-Esprit.

Luc va répondre ainsi à une légende vivace dans le monde antique selon laquelle le premier empereur romain, Auguste, aurait été fils de dieu, résultat d'une visite nocturne à sa mère par Jupiter. De même, Luc présente Jésus comme fils du Dieu unique, issu d'une rencontre de Marie avec l'ombre du Créateur (l'ombre du Père représente, dans la culture israélite, sa présence agissante).

Ben
Ce qualificatif de fils de Dieu a été, on le sait, source de bien des malentendus! Il faut savoir qu'en hébreu ben (fils) n'indique pas forcément, comme dans notre culture, une filiation où l'on est engendré, mais aussi le fait d'appartenir à un ensemble: les "fils d'Israël" désignent les membres du peuple d'Israël. Dans les deux premiers évangiles, c'est cette conception (si j'ose dire!) qui prévalait: Jésus s'était montré progressivement (pour Marc) ou dès sa naissance (pour Matthieu) d'une "étoffe" divine.

Au contraire de ses prédécesseurs, Luc suggère maintenant que Jésus n'est pas vraiment le fils de Joseph. Avant sa venue au monde, Dieu est intervenu lui-même pour que le Christ nous soit offert comme Sauveur et roi, descendant de David (1, 31-33; 1, 68-69; 2, 11).

Selon le troisième évangile, le salut nous est ainsi donné par paliers, par étapes. De l'Ancien Testament à l'Eglise chrétienne, Dieu jalonne notre temps d'actes destinés à nous sauver, lesquels culminent à la Croix.

On peut dire par conséquent que Luc est à l'origine de la notion chrétienne d'histoire du salut, comme il inspirera également, plus tard, les traditions ecclésiastiques concernant les temps liturgiques. Il situe la vie du Christ dans un temps précis, référencé: Hérode (1, 5), Auguste et Quirinius (2, 1)... Il précise le nombre de jours séparant les événements après la résurrection (40 jusqu'à l'Ascension et 50 jusqu'à la Pentecôte, chiffres symboliques).

En voyage
Pourtant, l'oeuvre à Théophile n'a pas grand-chose d'idéal ou angélique. Au contraire, elle donne beaucoup d'importance aux petits, aux pauvres, aux marginaux. Par exemple, les premiers adorateurs de Jésus ne sont pas les riches mages, mais des bergers, qui alors étaient l'équivalent des gitans aujourd'hui. Le cantique de Marie (1, 46-55) comme les Béatitudes (6, 20-26) affirment que Dieu renverse les valeurs, qu'il élève les pauvres et qu'il plonge les riches dans la désolation.

Les femmes, les païens, les pécheurs sont spécialement l'objet de l'attention du Christ lucanien. Et ses "têtes de turc" ne sont pas les pharisiens, comme chez Matthieu, mais les gens fortunés et sans soucis (voir 12, 13-21; 12, 32-34; 13, 1-5; 14, 7-14; 16, 19-31; 18, 18-30; 19, 1-10 et j'en oublie). Croire n'est pas une sinécure, plutôt un long voyage.

Cette notion de voyage est d'ailleurs centrale chez Luc. Il montre Jésus en continuel déplacement (dès avant sa naissance!), comme le seront aussi les apôtres dans les Actes. On peut dire que, pour lui, la vérité n'est jamais statique. Elle est en chemin.

Enfin, remarquons que Luc, visiblement, connaît mal la Palestine et les usages juifs. Culturellement, il est plus proche de nous que les trois autres évangélistes. C'est lui qui d'ailleurs est à la base des traditions de nos Eglises occidentales.





E.  Selon Jean:  "Aimez-vous comme je vous ai aimés"

Vers la fin du premier siècle apparaît un quatrième évangile, celui de Jean. Son auteur prend davantage de libertés avec l'histoire de Jésus: il omet de nombreux épisodes, et en ajoute bien des nouveaux. Il occupe une place à part: Matthieu, Marc et Luc sont appelés synoptiques (c'est-à-dire qu'on peut les mettre en regard), à cause des multiples passages communs à quelques détails près. Ce qui n'est pas le cas de "Jean".

Ce dernier rapporte de longs discours de Jésus dans un style affectif, où l'amour, la communion, le fait d'être unis à lui tiennent beaucoup de place. Paroles tissées d'oppositions comme vérité/mensonge, nous/le monde, gloire de Dieu/gloire humaine, lumière/obscurité...

Quand il écrit "le monde" ou "les Juifs", Jean désigne les êtres humains qui s'opposent au Christ. Les miracles sont appelés "signes", c'est-à-dire repères pour savoir où placer sa foi et sa confiance: en Dieu seul.

Pour le quatrième évangile, la divinité de Jésus remonte bien plus tôt encore que chez Luc: il est la Parole agissante par qui le Créateur a façonné l'univers. Depuis le Commencement, il est Dieu; intimement proche du Père, comme il nous invite à vivre intimement proches de lui.

Une communauté fragile
 Il semble que Jean soit un chrétien d'origine juive, mais qui vit dans le monde grec. Il ferait partie d'une communauté d'Asie Mineure (Turquie actuelle) chahutée, voire persécutée, et menacée d'extinction.

Face à cette fragilité, le quatrième évangile nous montre Jésus comme l'élément solide, sécurisant, voire maternel. Il réconforte les siens découragés, leur donne à boire le vin de la joie (2, 1-11) ou l'eau de la vie (4, 14). Il les nourrit, même après la résurrection (21, 12-13). Leur lave les pieds (13, 1-17). Les console. Le Saint-Esprit est d'ailleurs appelé chez Jean "Consolateur".

L'Eglise johannique (= de Jean) souffre donc visiblement. Se sent-elle impuissante à attirer ses contemporains, à transmettre plus loin le message d'amour et de salut dont elle est porteuse? C'est possible. Tandis que les communautés formées de chrétiens d'origine païenne ("pagano-chrétiens") croissent et se multiplient, celles qui rassemblent surtout des croyants issus du judaïsme (les "judéo-chrétiens") péclotent et se sentent incomprises.

Dans ce contexte, le récit de la pêche miraculeuse prend un sens nouveau. Jean le situe après la résurrection, mais les disciples sont encore en plein dans le deuil. Ils retournent à leur ancien travail, sur le lac. Pourtant, après une nuit d'efforts, ils rentrent bredouilles. Jésus vient alors à leur rencontre et leur fait ramener une quantité de poissons telle que les filets sont à la limite de leur capacité.

Vous aussi, dit le quatrième évangile aux siens, vous êtes souvent "mayaules" dans vos tentatives missionnaires. Mais le Christ peut donner des résultats stupéfiants, à travers vous, et malgré votre petitesse!
  
Un évangile spirituel
Le quatrième évangile est ainsi nettement plus mystique que les trois autres: il valorise la contemplation, la communion spirituelle avec le Père et le Fils. Pour lui, "le monde" est perdu, c'est sans espoir (alors qu'il est "à gagner" pour les synoptiques).

Ce dualisme et son insistance sur l'importance de la connaissance de Dieu rapprochent Jean des courants gnostiques qui commencent à fleurir en ce temps-là, et qui deviendront une véritable mode dès le 2è siècle. Pour les gnostiques, le monde ici-bas est mauvais, tandis que l'univers divin, parfaitement bon, nous permet de nous en libérer. Les fameux albigeois, ou cathares, quelque 1000 ans plus tard,  hériteront de cette manière de voir.

Sa conception spiritualiste de la foi conduit Jean à "oublier" les récits de Noël et de la Tentation de Jésus. Par contre, il met un accent fort sur la crucifixion: c'est là, à Golgotha, que le Christ est glorifié, "élevé". Davantage que Pâques, c'est Vendredi saint qui est le pivot de sa théologie, comme chez Marc d'ailleurs. En cela, il se distingue des gnostiques et des cathares, qui eux nieront que le Fils de Dieu ait pu souffrir et mourir.

Le jumeau
S'il a connaissance de l'évangile de Luc, ce qui est probable, Jean n'en conserve pourtant pas l'ordonnance dans le temps. Par exemple, il décrit le don du Saint-Esprit aux apôtres, mais il le situe le jour même de la résurrection. Affect et présence proche, toujours.

Et il ajoute une suite touchante: l'un des douze disciples, Thomas n'était pas là lors de cette première apparition.  Il exprime donc des doutes: comment est-ce possible, qu'un homme se relève de la mort? Une semaine plus tard, soit lors du second dimanche chrétien, Thomas peut enfin voir le ressuscité. Lequel ne lui fait pas de reproches (comme nous l'imaginons trop facilement), mais l'accueille avec ses questions. Ce qui lui permet de croire, alors.

Or, Thomas, précise Jean, est surnommé le jumeau. Alors qu'on ne lui connaît aucun frère! Le quatrième évangile nous souffle donc que cet homme qui doute est le jumeau de sa communauté, le double de ces chrétiens attachés à Dieu et à Jésus, mais qui, 70 ans après sa mort sur la croix, ont de la peine à croire aux événements de Pâques, tant ils sont incroyables, justement!

-> Relevons encore que les Lettres de Jean (1 Jean, 2 Jean, 3 Jean) sont peut-être du même auteur, mais ce n'est pas sûr. Quant à l'Apocalypse, elle est probablement plus tardive, mais tributaire du même courant de pensée (donc un disciple) que le quatrième évangile.




F.  Qui dit vrai?

Quatre histoires de Jésus. Si différentes, et si proches pourtant! Quatre témoignages essentiels, tous marqués par le style de l'auteur, l'époque où il vit, les espoirs et les difficultés qu'il connaît... qui se complètent, comme le feraient quatre photos d'un même bâtiment prises sous quatre angles différents.

Pour qui recherche une véracité historique, on voit que l'ancienneté est un critère pour tenter d'apprécier les divergences. Mais le propos des évangélistes n'est pas là. Il s'agit d'abord d'une démarche spirituelle, voire théologique: dire qui est pour moi le Dieu de Jésus Christ, et comment il transforme ma vie.

Ce changement peut me conduire à clarifier ma relation à Jésus, et Jésus crucifié (Marc); ou à vivre de son enseignement pour le transmettre plus loin, sans frontières (Matthieu); ou à revoir mes valeurs pour me tenir proche des plus fragiles (Luc); ou à me placer dans une communion mystique avec le Christ (Jean); ou tantôt l'un, tantôt l'autre!

Y en a eu d'autres!
Nos quatre évangélistes ont eu beaucoup de successeurs. Au 2è et au 3è siècle surtout, nombre d'écrits ont vu le jour qui racontent de nouveaux détails de la vie de Jésus. En particulier sur son enfance, et sur les miracles que, tout petit déjà, il aurait accomplis, même pour des raisons bien peu spirituelles! Ce sont les évangiles apocryphes (pseudo-Matthieu, Thomas, protévangile de Jacques...). On peut les lire pour y trouver des échos des préoccupations de leur temps. Mais ils ont été à raison écartés du "canon" (= livres reconnus comme bibliques) à cause de leur trop grand éloignement d'avec les paroles et les actes du Christ tels que nous en avons connaissance.

Relevons en conclusion que les mécanismes qui ont présidé à la formation des évangiles se retrouvent, avec quelques variantes, dans quasi tous les textes bibliques, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament.

Chaque fois, une Parole est considérée comme sacrée parce qu'elle témoigne de regards sur le monde et sur la foi en Dieu nouveaux et stimulants, mais aussi en harmonie avec le coeur de la révélation de Dieu.

Cette Parole n'est jamais donnée directement par le Ciel. Au contraire, elle est le résultat de longues traditions orales et d'une lente élaboration, à travers les faits et pensées qui lui sont contemporains.

Cela ne veut pas dire que la Bible ait moins d'intérêt, au contraire! Son caractère humain lui confère une valeur de témoignage unique sur des époques lointaines, mais décisives pour comprendre qui est Dieu. Car ce dernier, transcendant, c'est-à-dire absolument différent de nous, nous échappera toujours en grande partie. Les reflets qu'il nous offre, à travers les vies humaines dont parle l'Ecriture sainte, sont infiniment précieux pour approcher, avec modestie et respect, sa divinité.

Puissions-nous donc relire la Bible souvent, et la méditer, pour que ses trésors nous apparaissent sans cesse dans leur nouveauté.

                                                    Jean-Jacques Corbaz, printemps 2011

(FA Vu) La foi réformée en bref

 La foi réformée en bref

1. La Bible
Tout est parti, et tout encore part de ceci: en matière de doctrine, la Bible est la seule référence. C'est pourquoi elle doit être accessible à chacun(e).

Mais attention: quand je dis que la Bible est la seule référence, je ne dis pas qu'il faut lui obéir à la lettre! On trouve dans l'Ecriture sainte des versets qui appellent à la guerre, et d'autres à la paix. On y trouve des passages merveilleux de sensibilité, de respect de l'être humain, de réconfort; -et d'autres qui laissent affleurer l'intolérance ou l'ignorance. Eh oui, car la Bible est à notre image, rédigée par des hommes (et même des femmes, mais plus rarement!) qui avaient fait l'expérience de Dieu, et qui en parlaient avec leur langue très humaine, avec leurs préjugés, leur intelligence limitée... avec aussi les représentations mentales de leur époque, bien différentes des nôtres aujourd'hui.

Il ne faut pas obéir à la lettre de la Bible, mais à son esprit. Selon quel critère? Les Réformateurs ont proposé ceci: une parole biblique est d'autant plus proche de Dieu qu'elle témoigne de Jésus-Christ tel qu'il a vécu, agi, enseigné; qu'il est mort et ressuscité. Plus un passage est empreint et inspiré de ce que l'Homme de Nazareth a montré parmi nous, et plus il est important et utile pour connaître la volonté de Dieu.

C'est dire donc que l'Ecriture sainte est multiple, et d'une étonnante diversité. Tout comme nos interprétations religieuses d'aujourd'hui, bien entendu. On ne devrait jamais affirmer "La Bible dit que..." - car elle n'enseigne rien de normatif, rien que nous pourrions (ou devrions) répéter littéralement, et qui serait valable partout et toujours. L'Ecriture sainte n'est en aucun cas dictée par Dieu (ce qu'un musulman dit du Coran), elle n'est pas un recueil de paroles du Créateur à l'état pur (voir ci-dessous, * "La Bible n’est pas tombée du ciel"). Le Livre des chrétiens est un bouquet de fleurs, toutes différentes, et dont chacune parle du Ciel (un peu) et de ceux qui l'ont rédigé (beaucoup). Aucune fleur n'est la vérité parfaite. Je dirai même que ce qui se rapproche le plus de la Vérité, c'est le bouquet dans son ensemble, et non l'un de ses éléments isolé.







2. L'autorité dans l'Eglise

Si la norme est ainsi dans la proximité au Christ, alors tout(e) croyant(e) peut s'en approcher de la même manière. Il n'y a pas de passage obligé, ni d'intermédiaire entre Dieu et les humains. Chacun(e) peut prier librement et directement, sans forcément réciter de formules; sans passer non plus par les saints ou par Marie, ou l'Eglise. Chacun(e) peut croire à sa manière: il n'y a pas de dogmes au sens catholique, mais une recherche partagée de cette proximité avec ce que Jésus a vécu, dont on n'aura jamais fini de s'approcher.

Il n'y a pas de prêtres (c'est ce qu'on appelle le "sacerdoce universel", i. e. la prêtrise de tous les chrétiens) ni de hiérarchie. Nous sommes responsables de nous-même, et de nos proches. Les pasteurs sont des croyants comme les autres. Leur spécificité est d'agir comme bergers, soit de guider leurs paroissiens dans leur marche vers Dieu et dans leur recherche de la communion avec le Christ. Pour cela, ils ont du temps (ils sont payés par la communauté ou par l'Etat); et surtout ils ont étudié au niveau universitaire le message biblique dans ses multiples facettes, ce qui leur donne une certaine autorité. Mais cette autorité est morale (liée à leur relation avec les gens), et non structurelle (liée à leur titre ou à leur ordination).

Les décisions concernant l'Eglise ne sont donc pas prises par un Pape ou un évêque (les catholiques ont eux conservé une organisation de type hiérarchique, comme on le vivait au Moyen-Âge en Europe), mais par des assemblées calquées sur le monde politique: conseil paroissial comme la municipalité de nos communes, conseil synodal comme le conseil d'Etat au niveau du canton...).

Tout cela fait que le protestantisme montre une joyeuse diversité. Entre Eglises, et à l'intérieur de chacune! Libre arbitre et autonomie ont toujours été des valeurs importantes chez les Réformés. D'où parfois une impression de "chenit" quand on les regarde... et quand ils essaient de se mettre d'accord!

3. Le salut par grâce (= gratuité)
La (re)découverte fondamentale de Martin Luther concerne le salut. Nous sommes sauvés gratuitement, par Dieu qui nous aime. La mort de Jésus sur la croix en est l'attestation.

Ni le baptême donc, ni le fait d'être membre de l'Eglise, ni les bonnes oeuvres ne sauvent automatiquement. Le baptême, le fait d'être membre de l'Eglise et les bonnes oeuvres sont des signes (ou des conséquences) d'une réalité qui ne dépend pas de ce que nous faisons ou disons. C'est le salut par grâce. Pour le dire autrement, c'est parce que nous sommes déjà sauvés que nous baptisons nos enfants (ou que nous nous faisons baptiser nous-même); c'est parce que nous sommes déjà sauvés que nous entrons dans l'Eglise et que nous tâchons d'accomplir des bonnes oeuvres. - Et non l'inverse.

Chez les protestants, rien n'est (ou ne devrait être, car il y a toujours un petit superstitieux qui sommeille en nous) obligatoire et rien n'est tabou. J'allais presque écrire: rien n'est sacré! Mais disons plutôt: un lieu, un temps, un acte, une parole, voire une personne est d'autant plus sacré(e) qu'il(elle) est proche de Jésus-Christ tel qu'il a vécu, agi, enseigné; qu'il est mort et ressuscité. C'est ce que les Réformateurs appelaient "la justification par la foi".




4. Les points faibles

Ce tableau ne cachera pas pourtant quelques dérives du protestantisme (des protestantismes, faudrait-il dire!): d'abord bien sûr un individualisme qui nuit parfois à l'esprit communautaire; une dispersion des forces; une autorité peu présente. Les Réformateurs ont également survalorisé l'expression orale, la parole; par réaction au catholicisme du Moyen Âge, ils se sont méfié exagérément des images, des traditions, des rites. D'où une foi souvent très cérébrale, intellectuelle, presque élitiste. Toutes choses que le rapprochement oecuménique aujourd'hui nous aide à améliorer!

5. D'autres petites différences

Relevons encore que les protestants n'ont que deux sacrements: le baptême et la communion (ou sainte cène). Il n'y a pas de confession individuelle chez nous, elle a lieu en communauté le dimanche, prononcée par le célébrant. Les pasteurs ont le droit de se marier et d'avoir des enfants. Tout cela est connu.

Mais veillons sur nos trésors: liberté du chrétien; conscience claire de l'amour inconditionnel de Dieu, attesté en Jésus-Christ; responsabilité de chaque croyant(e) de vivre cette tendresse donnée, au jour le jour; assurance que Dieu est présent au plus intime de nous, pour que grandisse dans ce monde davantage de justice, de confiance et de paix.




* La Bible n’est pas tombée du ciel

La Bible n’est pas apparue magiquement. Ce sont des hommes (et des femmes) qui l’ont élaborée au fil de leurs expériences religieuses, de leurs espoirs, de leurs soucis... Les intuitions venant de Dieu s’y mélangent avec les préjugés et les idées du temps. Avec aussi du merveilleux, et des mythes. La Parole de Dieu est comme un métal précieux présent dans une couche géologique, mais qu’il faut extraire, examiner, trier... Un métal que pourtant personne ici-bas ne pourra posséder à l'état pur!

Nous, chrétiens, devons par conséquent "creuser", analyser; assembler des bribes éparses. Ainsi, en lisant les récits de miracles, ne nous arrêtons pas au problème du "comment est-ce possible?". Selon le dicton "Quand on montre la lune du doigt, le benêt regarde le doigt", soyons attentifs à ce qu'un récit d'apparence "magique" enseigne sur Dieu plutôt qu'au problème de son authenticité historique. Portons nos yeux sur le message fort de Jésus qui revient tel un refrain: "Ayez confiance, n’ayez pas peur! Ne rejetez pas les lépreux, les malades mentaux. Si vous les traitez avec amour, vous entrouvrez pour eux un chemin de guérison".

Au lieu de nous arrêter à ce qui nous semble impossible, la Bible nous invite à partir plutôt à la découverte d’une Vie libérée et responsable, avec le Christ.


Jean-Jacques Corbaz

(FA Vu) Les fêtes chrétiennes

Avent: les 4 semaines avant Noël; on y est centré sur l'attente du retour de Jésus

Noël (25 décembre): naissance de Jésus

Epiphanie (6 janvier): adoration de Jésus par les mages ("rois")
et aussi: baptême de Jésus

Carême ou temps de la Passion (40 jours avant les Rameaux): préparation à la Semaine Sainte

Semaine Sainte (des Rameaux à Pâques): la plus importante semaine de l'année

Rameaux (une semaine avant Pâques): entrée de Jésus à Jérusalem, acclamé comme un "roi"

Jeudi saint (3 jours avant Pâques): Jésus institue la communion (ou Cène, ou eucharistie), puis est arrêté

Vendredi saint (2 jours avant Pâques): mort de Jésus, couronné d'épines ("roi à l'envers": "cet homme était vraiment le Fils de Dieu")

Pâques: Jésus n'est plus dans sa tombe, il est vivant ("ressuscité")! Son rayonnement ne mourra jamais.

Ascension (40 jours après Pâques): Jésus, s'il est vivant, n'est plus visible ni palpable à côté de nous. Il nous échappe, pour être mieux proche de tout le monde.

Pentecôte (50 jours après Pâques): si Jésus n'est plus visible, pourtant, il continue d'agir en nous. Quelque chose de son message, de sa force vit en celles et ceux qui croient en lui. C'est le "Saint-Esprit".



-> La fête de Pâques est donc le pivot du calendrier chrétien. Sa date est mobile: Pâques a lieu chaque année le dimanche qui suit la première pleine lune du printemps. Selon les lunaisons, la date de Pâques varie donc entre le 22 mars et le 25 avril.

Cette bizarrerie vient du calendrier des Juifs. Ces derniers connaissaient une fête nommée La Pâque (sans "s" à la fin), qui célébrait la sortie de l'esclavage d'Egypte par Israël sous la conduite de Moïse; et dont la date fluctuait comme notre fête de Pâques!


                                                                   Jean-Jacques Corbaz, octobre 2012

(FA SB Vu) Comment s'est constitué Israël - Du polythéisme au Dieu unique

I  Des quatre coins du Proche-Orient

Le peuple d'Israël est présenté dans l'Ancien Testament (AT) comme une entité cohérente, et même comme une grande famille (les 12 tribus représentant les enfants de Jacob, le patriarche). Or, dans la réalité historique, il n'en est rien. Le "peuple élu" est la résultante d'un grand mélange de divers groupes humains sémitiques, venus des quatre coins du Proche-Orient.

Aux 14 ème et 13ème siècle avant J-C, l'Egypte contrôle ce qu'on nomme aujourd'hui la Palestine, et qui est alors peuplée en majorité de Cananéens. En ce temps-là, une population de déracinés turbulents (probablement d'anciens nomades en voie de sédentarisation) fait parler d'elle. On les appelle les Habirou, terme accadien (= de Basse Mésopotamie) qu'on peut rapprocher du mot biblique "hébreu". Ils vivent en marge de la société cananéenne contrôlée par l'Egypte.

Ce sont probablement ces Habirou qui ont laissé des traces archéologiques sur les collines de "Palestine": des gens qui ne mangent pas de porc (logique pour des nomades, cet animal étant peu facile à déplacer, au contraire des moutons), et qui échangent leur viande contre des céréales cultivées par les Cananéens, sédentaires, des régions plus basses et plus fertiles. Les dieux des Habirou sont différents. Ils célèbrent leur culte dans des sanctuaires à ciel ouverts, où se pratiquent des sacrifices.

Entre les 14 ème et 11ème siècle avant J-C, la région côtière est envahie par des conquérants venus de la mer. Dans l'AT, on les appelle le plus souvent les Philistins. Ils sont en fait Mycéniens, donc Grecs. L'Egypte, qui est alors dans un creux de vague, ne parvient pas à les repousser.

Ces invasions font fuir les Cananéens sédentaires. Impossible donc désormais pour nos semi-nomades de troquer leurs produits. Ils vont dès lors se sédentariser et devenir eux-mêmes cultivateurs. Le récit de Caïn et Abel (Genèse 4) est-il un reflet de ces relations compliquées entre bergers et cultivateurs, voire la trace symbolique de ce moment où le sédentaire "tue" le nomade?



II  Les quatre groupes principaux

Ce peuple nouveau qui émerge n'est de loin pas monolithique. On a pu discerner plusieurs composantes, et au moins quatre origines diverses.

1. Certains sont venus de haute Mésopotamie au 13è siècle av. J.C.; ce sont les "Benê Jacob" ("fils de Jacob"), un groupe araméen en migration. Ils rencontrent, probablement dans la région de Sichem, un autre clan en déplacement, les "Benê Israël", et concluent une alliance avec eux. Pour cimenter cette union, ils fondent leurs traditions en une seule, faisant de leurs deux ancêtres, Jacob et Israël, une même personne.

2. Ces "Benê Israël" ont vécu quelque temps dans le delta du Nil, où ils auraient été employés à la construction de deux villes royales, Pitôm et Ramsès. Leur fuite d'Egypte, probablement sous le long règne de Ramsès II (~ 1279-1212), est devenue un élément mythique fondateur du nouveau peuple en formation.

La rencontre de ces deux groupes aboutit à l'"Alliance de Sichem" (Josué 24, notamment). Ce pacte leur donne un code de conduite commun, sous la tutelle d'un dieu nommé YHWH (Yahwé, Yahô ou Yahou). Ce dernier
semble avoir été adopté comme puissance spirituelle après la sortie d'Egypte, et être resté l'emblème du nouveau peuple en particulier dans les périodes de guerres ou de catastrophes naturelles.

À côté de lui, on adorait d'autres divinités, soit féminines (Ishtar ou Astarté, déesse mère, notamment), soit masculines, dont le plus connu est El, dieu de la fertilité (pendant du dieu cananéen Baal), et qui va progressivement voir son nom passer au pluriel ("Elohim" = dieux!). La religion est alors polythéiste, YHWH jouant le rôle de divinité de la victoire et de la liberté, à côté d'autres figures davantage centrées sur la fécondité.

3. Un troisième groupe sémitique habite la région d'Hébron, au sud de la Palestine. Population clairsemée de bergers et se réclamant d'un ancêtre nommé Abraham, ils peuplent peu à peu les zones montagneuses de Juda, entre Jérusalem (qui n'existe pas encore, en tout cas sous ce nom) et Hébron. De Bethléem, qui se trouve dans ce périmètre, sortira un chef de bande du nom de David. Ce dernier deviendra le roi le plus glorieux de toute l'histoire de ce nouveau peuple. Sous son règne, cette population se constituera peu à peu en "Maison" (= tribu) de Juda. Et lorsque David unira Juda à Israël sous sa domination, Abraham sera placé en tête des patriarches, comme ancêtre de Jacob/Israël.

(Notons qu'il n'est pas certain que cette unification ait été effective sous David. Peut-être n'a-t-elle été qu'un projet, plus ou moins concrétisé dans la réalité. Ou une vague confédération de tribus relativement indépendantes les unes des autres. Il est même possible que cette unification n'ait été imaginée qu'au 7ème siècle av. JC, par le roi Josias qui cherchait une justification historico-religieuse à ses désirs de conquête...).

4. Un quatrième groupe vient du Néguev occidental, soit également au sud du pays: le clan d'Isaac. Il est probable que ce groupe ait vu son territoire annexé par David et rattaché à Juda. À ce moment, on aurait assimilé leur ancêtre, Isaac, au fils du patriarche Abraham, à nouveau pour unifier les deux entités. Il était fréquent, à l'époque, de procéder ainsi, par amalgame.



III  Au long de l'histoire, pas à pas

À l'exception des règnes de David et Salomon (et encore, ce n'est pas certain, voir ci-dessus), Israël n'a jamais été un état uni. Il y a au nord le royaume d'Israël, plus fertile, où l'on adore davantage El/Elohim, Baal et Astarté (un synchrétisme, donc, entre les dieux cananéens et ceux d'Israël); et au sud celui de Juda, autour de Jérusalem, dont la population est plus pauvre, moins sédentaire et davantage soumise aux caprices de la météo.

La foi en un Dieu unique ne s'est imposée que tardivement, et probablement par à-coups. Ce sont surtout les tentatives d'unir les tribus sous une même autorité politique qui ont conduit à unifier, voire à centraliser la religion.

A
La première étape, imaginée ou réelle, est donc le règne de David, puis celui de Salomon (avec la construction d'un temple à Jérusalem, qui essaie de supplanter tous les "hauts lieux" sacrés du pays. Mais les anciennes croyances subsistent, et le pouvoir royal peinera toujours à éliminer les cultes secondaires.

B
La seconde étape commence avec la prise d'Israël (le nord) par l'Assyrie en 722 av. JC. Juda est menacé, et se sent à la merci des envahisseurs. Assiégée, Jérusalem résiste tant bien que mal grâce à sa topographie privilégiée. Et connaît alors un afflux de réfugiés du nord, fuyant l'ennemi. Au moment où les Mésopotamiens n'ont plus qu'à cueillir la ville, à bout de force après un long siège, coup de théâtre: une épidémie de peste décime les rangs des Assyriens, et les oblige à rentrer au pays.

Juda triomphe, et voit dans cette délivrance providentielle la main de YHWH, en réponse à ses prières. Pour assimiler les rescapés d'Israël, on réécrit les textes sacrés en unifiant les ancêtres, mais aussi les dieux. C'est là semble-t-il que l'identification entre El/Elohim et YHWH vit une étape importante.

C
Quelques années après, un roi de Jérusalem, Josias, se rend compte que les deux super-puissances de la région connaissent un temps d'essoufflement. L'Egypte et l'Assyrie, attaquées par d'autres peuples, laissent tranquille la Palestine. C'est l'occasion pour Josias de tenter un coup d'envergure: conquérir un vaste territoire, composé par les différentes tribus, villes et régions dont parlent les anciennes traditions.

La cour de Josias retravaille donc les écrits sacrés, produisant notamment le livre du Deutéronome, qui raconte la sortie d'Egypte d'une manière nouvelle. On centralise fortement la religion autour du temple de Jérusalem. Grandit alors une espérance immense, celle de voir Juda/Israël devenir une puissance régionale assez forte pour résister aux ennemis héréditaires, l'Assyrie et l'Egypte.

Malheureusement, Josias est vaincu et tué en 609 dans une bataille contre les troupes du pharaon. Et en 597, Babylone, qui a vaincu l'Assyrie, marche sur Juda et occupe toute la région, y compris Jérusalem. La ville est mise à sac, les principales constructions rasées, le temple est détruit. C'est la fin du dernier royaume juif totalement indépendant.


D
Et c'est alors le fameux exil à Babylone. Les élites sont déportées, et la religion subit l'une des pires remises en questions de l'histoire d'Israël. Pourquoi Dieu, qui a montré si souvent des signes de puissance, a-t-il laissé son peuple subir cette humiliante défaite?

Une réponse émerge lentement, douloureusement: Dieu nous punit parce que nous l'avons négligé. Nous avons adoré d'autres dieux à côté de lui. Elohim/YHWH demandait un exclusivisme, et il a été déçu.

À Babylone la foi juive se refaçonne donc de manière importante. Il n'y a plus de sacrifice possible, puisque le Temple n'existe plus. Et c'est autour de la volonté de Dieu, et du respect minutieux de sa Torah (= ses commandements), que s'articule la religion ainsi réformée. Eviter le péché (= négliger les projets d'Elohim/YHWH) devient essentiel, alors qu'auparavant on pouvait toujours, par l'offrande d'un sacrifice, tenter d'effacer nos manquements.

C'est pour fortifier ce respect et éviter les résurgences de polythéisme qu'on "serre les boulons" autour du Dieu unique. Avec en plus cet impératif de lutter contre l'influence des dieux babyloniens, forcément attrayants, puisque leurs protégés ont été victorieux!

C'est à ce moment, notamment, que les Juifs exilés réécrivent le récit de la Création. Ils veulent montrer, à travers la fameuse genèse en sept jours, que les astres, qui sont adorés à Babylone, ne sont que des objets façonnés par Dieu.

Tandis que les mythes de Mésopotamie présentent l'être humain comme jouet des "puissances" célestes, la Création des exilés affirme que le monde nous est offert pour que nous en soyons responsables. Tout ce que Dieu a fait (humains, animaux, végétaux, astres, éléments naturels, eaux, terres et montagnes), tout est positif et digne d'attention. Le Créateur nous appelle à
respecter cette terre et à y cultiver une relation vivante avec lui.

E
Ce n'est qu'au retour de l'exil, à la fin du 6ème siècle avant JC, que cette religion réformée va s'implanter en Judée. On rebâtit le Temple de Jérusalem et on se promet bien de ne jamais retomber dans les désobéissances et dans le polythéisme qui ont causé la catastrophe.

La foi accorde énormément d'importance aux sacrifices, et surtout aux prêtres, qui opèrent une véritable prise de pouvoir sur le judaïsme. La livre du Lévitique consacre cette évolution.

Une religion nouvelle est née, résolument monothéiste et scrupuleusement respectueuse des commandements de Dieu. Cependant, Juda et Israël restent sous la domination perse, puis grecque (Alexandre le Grand et ses successeurs, dès 332 avant JC), et enfin romaine, dès 63 avant JC. L'ancien royaume "de David" ne constituera plus jamais une entité politique indépendante... tout au moins jusqu'en 1948.



IV  Dire qui est Dieu

Ces tribulations politico-religieuses nous aident à comprendre à quel point l'AT et le judaïsme ont évolué pour devenir ce que nous lisons dans la Bible. Loin de constituer un bloc uniforme, ils fourmillent de nuances, de couleurs multiples, de couches historiques entremêlées, qui chacune ont leur voix propre. Aucune n'est plus "vraie" ou plus "fausse" qu'une autre, pas plus que les fleurs diverses qui constituent un bouquet.

Souvent, l'AT a été réécrit, en commettant parfois de gros anachronismes (Abraham nous est montré traitant avec des rois qui vivaient à des époques tout à fait différentes; les murs de Jéricho sont tombés plusieurs siècles avant Josué et n'ont jamais été rebâtis, etc).

Ces réécritures n'avaient aucune prétention historique ou journalistique: leurs auteurs faisaient de la théologie, ils parlaient de leur relation avec Dieu, quitte à déformer les faits!

Il s'agissait à chaque fois de dire qui était Dieu et quelle était la religion, la relation avec lui qu'il appelait, afin de répondre aux difficultés et aux défis d'une époque nouvelle qui se présentait.

Fortifier la cohésion, autant entre les Juifs qu'avec la transcendance. Montrer que Dieu était là, tout proche, malgré les événements qui lui semblaient contraires. Encourager à garder la foi, et la confiance; à rester debout et responsables, au milieu des mutations. Toujours, Dieu agit. Sans cesse, il nous aime et tient à nous. Continuellement, nous sommes infiniment précieux à ses yeux. Il est vivant!

                                                                            Jean-Jacques Corbaz, mai 2012

(FA SB Vu) L'Apocalypse - Révélation que le dernier mot de l'histoire appartiendra à Dieu

Le dernier livre de la Bible a nourri beaucoup de craintes et de fantasmes. Ses descriptions terrifiantes ont donné à bien des lecteurs l'impression que la fin des temps serait accompagnée de guerres, de violences, de cataclysmes et de tourments abominables. Et le terme même d'Apocalypse a fini par désigner, dans le langage courant, une "catastrophe épouvantable" ou la "fin du monde" (Petit Larousse).

Or, l'intention de ce livre biblique est tout autre. Son auteur s'inscrit dans la tradition très ancienne des prophètes d'Israël. Le savez-vous? le mot Apocalypse, en grec, veut dire révélation, dévoilement de ce qui était caché.

1. Qu'est-ce qu'un prophète?
Là encore, le langage courant a considérablement déformé le sens biblique du mot. Un prophète, dans l'Ancien Testament (AT), n'est pas d'abord quelqu'un qui prédit l'avenir, mais une personne inspirée qui parle au nom de Dieu, qui donne un message qu'elle considère comme venant d'En Haut. En grec, prophétès = celui ou celle qui parle à la place de quelqu'un.

Un prophète jette un regard critique sur la situation (dans l'AT, c'est souvent la politique des rois qui est dénoncée). Il l'interprète. Puis il indique comment Dieu souhaite voir réagir les humains. Et si le terme de prophétie s'est souvent confondu avec celui de prédiction, c'est que les Esaïe, Jérémie, Amos ou Zacharie ont fréquemment inclu dans leurs interprétations l'annonce d'interventions divines, soit pour punir son peuple (en général via une invasion étrangère), soit pour le sauver.

Au fond, un prophète biblique agit un peu comme un médecin d'aujourd'hui: diagnostic, puis traitement, ce dernier incluant un pronostic pour stimuler le patient! Mais sa science, affirme-t-il, son autorité lui viennent de Dieu seul.


2. Auteur, situation et visée
L'Apocalypse a été rédigée une centaine d'années après la naissance du Christ, sous la plume d'un certain Jean. Il ne s'agit ni du disciple contemporain de Jésus, ni de l'auteur du quatrième évangile (le style est trop différent). Mais il est possible que notre prophète se réclame d'une tradition ou d'un courant de pensée proche d'eux.

Ce qui est sûr, c'est que l'auteur de l'Apocalypse est familier des traditions juives palestiniennes. Il a probablement connu l'exil sur l'île de Patmos (1,9).*

* les chiffres entre parenthèses renvoient aux passages du livre biblique: (1,9) = Apocalypse chapitre 1, verset 9

En ce temps-là, les chrétiens vivent quasi tous dans l'Empire de Rome. Or, l'empereur exige de ses sujets qu'ils l'adorent comme un dieu. Un dieu à côté d'une quantité d'autres: le panthéon romain (Jupiter, Junon, Mercure, Vénus...), mais aussi de nouvelles divinités venues d'Orient ou de provinces conquises.

La religion dans l'Empire a donc un caractère résolument inclusif. À l'opposé de l'exclusivisme des juifs et des chrétiens. Ce syncrétisme est d'ailleurs un des leviers utilisés par le pouvoir en place pour cimenter la fameuse "pax romana", l'entente entre tous les pays réunis sous le joug de l'empereur.

Certains disciples du Christ refusent d'adorer les successeurs de César, et subissent donc des persécutions. Tandis que d'autres (parmi lesquels probablement les Nicolaïtes cités en 2,15, et dont nous savons peu de chose) accceptent les règles fixées par Rome et se soumettent. On retrouve une situation que les Eglises ont vécue plus récemment, sous le nazisme ou le communisme par exemple.

Il va s'agir dès lors de redonner du courage aux premiers, les fidèles, pour éviter qu'ils ne cèdent à la pression du pouvoir. Et aussi d'essayer de ramener à la raison les seconds, les soumis, en leur faisant comprendre qu'ils sont dans l'erreur face à Dieu.

3. Une lettre circulaire à clés
L'Apocalypse tente ainsi de donner la parole à Dieu lui-même, pour qu'il arbitre le conflit entre les deux groupes de croyants.

Cet écrit se présente sous forme de lettre, adressée un peu comme une circulaire à sept Eglises situées dans la province romaine d'Asie, soit aujourd'hui en Turquie occidentale: Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyartire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. Une région prospère, qui est dans l'ensemble plutôt favorable à la "paix" de l'Empire, puisqu'elle lui est bénéfique.

Afin de garder en vie chez ses lecteurs une foi courageuse et sans concessions, l'auteur parle aux sentiments, aux tripes, voire à l'inconscient. Il s'exprime par images, symboles, chiffres, couleurs... qui tous ont un sens pour les personnes familières des traditions juives palestiniennes; mais qui resteront obscures pour les agents du pouvoir romain, plus rationnalistes! Le contenu de ce livre du dévoilement, de la révélation, demeure caché pour les non inités.

Et c'est évidemment là notre problème, aujourd'hui! Car tous ces symboles nous sont aussi étrangers qu'aux agents de l'Empire, voire davantage. Nous avons beaucoup de peine à les comprendre.


4. Le sens général
L'apocalypse, à l'époque, est un genre littéraire en vogue. Citons quelques chapitres de la Bible: Esaïe 24-28; Ezékiel 37-39; Joël 3-4; Zacharie 9-14; Daniel 7-12; Matthieu 24; Marc 13; Luc 21... On en trouve également dans un peu toutes les religions, en ce temps-là. Les apocalypses décrivent les justes opprimés et les méchants qui triomphent. Le mal semble prendre le dessus définitivement, le salut paraît impossible. Mais Dieu intervient avec fracas au milieu d'épreuves terribles, et renverse la situation. Après bien des tribulations, les justes sont récompensés d'avoir tenu bon, et les oppresseurs punis. Cela de manière totale et définitive.

Il y aura donc, disent les apocalypses, de très lourdes souffrances pour les fidèles. Mais qu'ils gardent confiance. Sachez-le: le dernier mot de l'histoire n'appartiendra pas aux forces du mal et de l'oppression, mais à Dieu.

5. Les symboles les plus importants
Chez notre prophète chrétien, le dragon représente l'esprit du mal. Les "bêtes" du chapitre 13 désignent les empires qui prennent la place de Dieu. Et la principale bête, la plus terrible, symbolise le despote de Rome. On peut le comprendre grâce à son chiffre, nous dit l'auteur (13,18). Ce nombre de 666 ne renvoie pas à Satan, comme beaucoup le croient. Mais c'est un message codé qui désigne une personne précise.

En effet, en grec (langue dans laquelle l'Apocalypse a été écrite) et en hébreu, il n'existe pas de chiffres distincts des lettres, comme chez nous. Ce sont les Romains qui ont inventé ce système. En grec et en hébreu, ce sont les lettres qui tiennent lieu de chiffres: comme si pour nous A valait 1, B 2, C 3, etc. Or, en additionnant les valeurs chiffrées des lettres de Néron-César, on obtient justement 666.

On comprend bien que personne ne peut ni acheter ni vendre ni rien faire sans la marque de la bête, signe de son autorisation: tous les habitants de l'Empire sont obligés de se servir de la monnaie de la puissance occupante, à l'effigie du tyran de Rome.

Face à lui, l'Agneau, qui intervient dès le chapitre 5, représente évidemment le Christ. Et tout spécialement le Crucifié. Car c'est sur le Calvaire, dans les pires souffrances et la mort qu'il est vainqueur du mal et de la violence. Pour notre Apocalypse, qui est proche de la théologie de l'évangile de Jean, c'est sur la croix et non ailleurs que Jésus est glorifié. Le jour de la Victoire, ce n'est pas Pâques ou l'Ascension, mais Vendredi saint!

Les couleurs sont importantes: le rouge feu symbolise la violence et le caractère meurtrier; l'écarlate et le pourpre le pouvoir hostile à Dieu et aux siens; le blanc désigne la lumière, et tout ce qui appartient au monde céleste; l'or, enfin, la richesse et l'autorité.

La corne et la main sont signes de pouvoir sur les autres. La bouche (ou la gueule) représentent la parole. Et les yeux la connaissance.

Les nombres jouent bien sûr un grand rôle dans ces messages chiffrés: le 4 représente les réalités terrestres (c.f. les 4 points cardinaux), tandis que le 7 symbolise l'ordre cosmique (7 jours de la semaine, 7 planètes connues alors) et la perfection de Dieu. 3 1/2, la moitié de 7, c'est le contraire de parfait, tout comme 6 ("sous-7"!). Le 666 est donc l'imperfection absolue. Et 3 ans et demi (12,14), ou 42 mois (13,5) représentent un temps limité, imparfait, boiteux.

Le 3 au contraire renvoie à Dieu (trois fois saint; plus tard on dira Père, Fils et St-Esprit). Le 10 symbolise la totalité (base du système décimal). Le 1000 et ses multiples un grand nombre (le règne de mille ans est un règne infini).

Parfois, on verra aussi ces chiffres se combiner entre eux. Ainsi, le 12 (3 fois 4) représente l'harmonie cosmique (12 mois de l'année, 12 signes du zodiaque) ou la totalité du peuple de Dieu (12 tribus d'Israël, 12 disciples). Les 144 000 élus (12 x 12 x 1000) symbolisent la totalité la plus totale.

L'alpha et l'oméga sont la première et la dernière lettre de l'alphabet grec; donc: le début et la fin de tout ce qui existe. Le temple et Jérusalem renvoient à la religion et aux croyants, au peuple de Dieu. Il promet de les racheter, de les transformer, d'essuyer toute larme de leurs yeux.


6. Une promesse
L'Apocalypse n'est donc pas une annonce de catastrophe épouvantable, de souffrances ou de fin du monde. Elle est  avant tout une promesse. Dieu s'engage envers les croyants, et, plus largement, envers tous les opprimés. Il leur déclare solennellement qu'il ne tolère pas les injustices dont ils sont victimes, et qu'il va guérir la création de tout mal. Un jour nouveau viendra, qui verra les tyrans s'effondrer, et les justes triompher.

Si catastrophe il y a, elle ne vise que les systèmes totalitaires, qui asservissent les autres. L'Apocalypse leur dit: "Tu n'es pas éternel, tu vas t'effriter. Ton bel édifice est déjà condamné."

Mais à ceux qui souffrent sur terre, elle annonce la délivrance. Elle invite, parfois avec tendresse, à garder courage, à rester debout quand tout paraît perdu, à continuer de lutter. Elle appelle à fuir autant le défaitisme que le triomphalisme: rien ne sera facile, les pouvoirs d'ici-bas sont terriblement puissants. Mais ils ne sont pas invincibles.

Sur cette terre, les croyants sont témoins du monde nouveau que Dieu fait naître. Si nous savons en reconnaître les signes, nous devenons des hirondelles qui annoncent le printemps du Christ; qui l'anticipent; qui l'aident à advenir!

Sachez-le: le dernier mot de l'histoire appartiendra à Dieu.

                                                                      Jean-Jacques Corbaz, novembre 2012


(Pr) Prédication du 25 11 12: Samson, la vengeance et les colonnes

Juges 16, 23-31; Matthieu 5, 38-45; 1 Corinthiens 2, 1-5
(si vous avez le temps, il sera sans doute profitable de lire toute l’histoire de Samson, dans Juges 13 à 16)

Dans le journal “Libération” du 8 septembre 2003 (donc trois jours avant un sinistre anniversaire...), l’ancien chef des services secrets israéliens qualifiait Samson de “premier kamikaze de l’histoire”... - Parce qu’il s’était tué par désespoir. Que faut-il en penser?

Un kamikaze, par définition, c’est quelqu’un qui se sacrifie pour son peuple, ou pour sa patrie, ou ses idées. Sa mort trouve un sens dans un idéal politique ou religieux; le kamikaze imagine, en offrant sa vie, faire avancer la cause qu’il soutient. Et souvent, il espère être récompensé dans l’au-delà. Ainsi, au Proche-Orient, des mères se glorifient de ce que leurs enfants kamikazes obtiendraient une place de choix au paradis...

Or, il est intéressant de noter que la prière de Samson n’entre pas dans une telle logique. Ni la manière dont sa fin de vie est rapportée. Ce qu’il exprime apparaît d’abord comme un cri de désespoir. Samson ne cherche pas à justifier (par un idéal de guerre sainte ou un désir de salut pour son peuple) sa prière qui appelle à la vengeance. Seul compte pour lui de punir les Philistins pour le mal qu’ils lui ont fait. De frapper plus fort encore qu’il n’a été blessé.

En cela, Samson ressemble assez peu aux kamikazes de nos guerres modernes (les Japonais des années 40, ou les extrémistes musulmans d’aujourd’hui).

De plus, remarquez que son acte ne sera pas justifié par des raisons religieuses. En effet, nulle part, dans notre passage, on ne voit Dieu intervenir. Bien qu’il soit fortement interpellé dans la prière de Samson, le Seigneur ne réagit pas. Pourtant, dans les épisodes précédents, on mentionnait souvent que l’Esprit de Dieu s’emparait de Samson pour lui faire accomplir des exploits mémorables!

Que signifie cette absence de réaction? Est-ce que Samson n’a récupéré sa force que parce que ses cheveux ont repoussé? (c’est ce que sous-entend le verset 22, tandis qu’au verset 20, on nous disait au contraire que le Seigneur s’était retiré de lui)...

Notre histoire oscille donc entre une conception quasi-magique de la force de Samson, et une compréhension plus religieuse où les capacités de l’être humain dépendent de sa relation avec Dieu. Parfois, on est tout proche d’Astérix et des Gaulois, et de leur fameuse potion! Et d’autres, on chemine déjà en direction d’une spiritualité plus moderne, davantage basée sur l’amitié et la confiance...



La force retrouvée de Samson est-elle le signe que Dieu approuve son projet? En tout cas, la tragédie finale ne donne ni raison, ni tort, pas plus à Samson qu’aux Philistins.

On voit donc qu’on ne peut pas s’appuyer sur ce passage pour justifier d’éventuels kamikases, chrétiens ou juifs. Dieu ne nous appelle pas à la vengeance directe, comme le confirme Jésus, spécialement dans l’évangile selon Matthieu.

J’ouvre ici une parenthèse, parce que cette parole du Christ a souvent été mal comprise. En effet, en nous disant de tendre l’autre joue, Jésus ne nous demande pas de nous laisser faire violence, passivement, sans réagir. D’ailleurs, ce n’est pas ainsi qu’il a agi lui-même. Ne pas répondre à la violence par la violence, ça oui, bien sûr! Mais ne pas réagir du tout, rester passifs, céder; alors non, ce n’est pas ce que dit le Christ.

La violence est partout, nous le savons. Il est important, vital, de ne pas l’amplifier. Sinon c’est la loi de la jungle, la volonté du plus fort qui l’emporte. Il faut contenir la violence, la dresser comme une bête féroce qui cherche à vous sauter dessus. Pour sortir du cercle vicieux, il faut être plus fort que les agressions, les brutalités, la haine...

Être plus fort: non pas passifs, mais actifs. Ne pas baisser les bras, mais les utiliser au mieux. Non pas ne rien faire, mais... tendre l’autre joue.

L’autre joue: savez-vous que le Nouveau Testament, écrit en grec, exprime là quelque chose d’intraduisible en français? Pour dire “autre”, il y a en grec deux mots: “allos” et “heteros”. “Heteros” (d’où vient le terme “hétérosexuel”, par exemple), c’est l’autre parmi deux choses, ou deux personnes; quand il n’y a que deux possibilités. “Allos”, c’est l’autre parmi plus de deux objets ou personnes. Ainsi, quand je dis: “Mes parents sont malades: l’un a la grippe, et l’autre une bronchite”, l’autre, c’est “heteros”, car je n’ai que deux parents. Par contre, pour “Un de mes paroissiens est à Bâle, un autre est resté chez lui”, l’autre, ce sera “allos”, puisqu’ils sont en tout plus que deux!

Tout ça pour vous dire que: dans “tendre l’autre joue”, pour “l’autre”, ce n’est pas “heteros” qui est employé par l’évangile (alors qu’on n’a que deux joues, pourtant); ce n’est pas “heteros”, c’est “allos”. Présenter l’autre joue, c’est donc tendre une autre joue, une joue différente. C’est réagir d’une manière nouvelle, qui aide à sortir du cercle vicieux de la violence.

Vous l’avez tous expérimenté: de répondre à l’agressivité par l’agressivité, ça engendre l’escalade de la violence.  Mais à l’opposé, un mot, un geste, un acte à contre-courant peut tout changer; désamorcer l’agression, dés-armer la haine.

Je ferme la parenthèse pour revenir à l’histoire de Samson, dont l’intérêt, pour moi, réside dans deux thèmes: celui de la prière; et puis cette forte image des colonnes.

D’abord la “prière”. Car cette histoire, pour moi, illustre le fait que nous pouvons tout dire à Dieu. Jusqu’à nos désirs de vengeance, jusqu’à nos cris de bête blessée, lorsque nous sommes comme Samson incapables de comprendre ni de supporter ce qui nous arrive. Même si ma prière, qui sort des tripes, demande quelque chose de contraire à la volonté de Dieu, eh bien, lui, il m’écoute. Plein de tendresse. Il comprend. Il ne porte aucun jugement sur mes imprécations. Il sait qu’un être humain humilié a besoin de retrouver une force, très profondément, qui le relie au Ciel, et aux autres, et à lui-même.

Bien sûr, Dieu ne va pas nous aider à mener nos vengeances, grosses ou minimes; mais il reçoit nos cris avec son infinie affection. On peut tout lui dire! ... Je pense même que de crier à la violence, et la remettre presque entre les mains de Dieu peut devenir salutaire: de telles prières pourraient nous éviter peut-être de passer à l’acte...

L’intérêt de cette parole biblique, pour moi, réside aussi dans l’image forte des colonnes.

Nous parlions tout-à-l’heure des Gaulois d’Astérix. Vous savez qu’ils ne craignaient qu’une chose: c’est que le ciel ne leur tombe sur la tête. Ne serait-ce pas, d’une certaine façon, ce qui arrive aux Philistins, lorsque Samson fait s’écrouler sur eux le toit de leur temple païen?



Pour comprendre cette image, je vous invite ainsi à (re)découvrir cette histoire des Juges comme un récit plus proche des films d’action saupoudrés d’humour -ou des bandes dessinées- que du sérieux qu’on prête trop souvent à la Bible. Relisez-la chez vous (Juges 13 à 16), avec ses ennemis aussi entêtés que Gargamel... ses conquêtes féminines rocambolesques... ses développements inattendus... On n’est pas loin de James Bond, Lucky Luke ou San Antonio!

Mais arrêtons-nous sur un détail du tableau: justement les deux colonnes, qui soutiennent le toit du temple philistin, dédié au dieu Dagon. Ces piliers sur lesquels Samson va s’appuyer; puis qu’il va entraîner dans sa chute, pour faire s’écrouler tout l’édifice dans un carnage épouvantable, digne du 11 septembre!

Car, à quoi servent ces deux colonnes? À porter le toit du temple. Dans cet édifice, solidement soutenu par ces piliers, les Philistins se sentent forts. Tellement puissants qu’ils s’autorisent à user de leur prisonnier comme bon leur semble. Ils jouent avec lui comme avec une bête de foire, ils l’humilient, pour célébrer leur victoire. Voilà la première image que nous présente notre passage de Juges 16: un peuple sûr de lui, qui croit à la solidité des colonnes de son temple; et de son culte; qui croit à la solidité aussi de son système de compréhension du monde; de ses valeurs; de sa foi.

Face à cette assurance, il y a la faiblesse de Samson. Pour lui, les colonnes ne servent plus à élever, à construire, à soutenir un peuple en fête: elles servent de point d’appui, pour éviter la chute. Cet homme bafoué, ridiculisé, tourmenté à la mort peut s’adosser sur ces piliers, comme on offre une béquille à un handicapé.

Mais, qu’elles soient porteuses d’arrogance ou de fragilité, ces colonnes vont être renversées toutes les deux. Pour devenir, paradoxalement, non plus un soutien, mais un instrument d’écrasement, et de vengeance. Elles détruisent ici un royaume de puissance et d’arrogance; mais, dans cette fin, Samson ne peut qu’être entraîné lui-même, puisqu’il fonctionne lui aussi dans cette logique de mort et d’écrasement. Notre parole biblique est donc en fait une description réaliste de l’écroulement littéral qui se produit quand nous entrons dans le cercle vicieux des vengeances et des contre-vengeances.

                                                    *                                        *

Et nous, aujourd’hui, sur quelles colonnes construisons-nous notre compréhension du monde, et notre manière d’y vivre? Qu’est-ce qui nous fait tenir debout? Quels piliers érigeons-nous pour nous sécuriser?

Il y en a beaucoup, de ces colonnes que nous nous fabriquons. Vous en connaissez: le pouvoir; l’argent; l’admiration des autres; voire peut-être notre foi, notre religion... Cette parole biblique nous invite à relativiser la solidité de nos piliers pour nous retrouver comme face à Dieu: sans qu’il n’y ait de colonnes pour faire croire qu’on tient debout (ou pour prouver quelque chose à ceux qui regardent); dans une relation de confiance et de sincérité.

Dans cette spiritualité-là, l’évangile nous offre un autre genre de pilier; ou plutôt une “non-colonne”: c’est la croix! Une croix qui n’est plus là pour asseoir nos certitudes, ni pour consolider nos arrogances (bien sûr); même pas pour porter nos faiblesses vers le haut. Mais elle est là pour nous aider à découvrir, au creux des questions sans réponses ou de nos ébauches de solidarités, que Dieu est infiniment proche, puisqu’il est descendu au plus bas de nos souffrances.

C’est là tout un chemin de vie, pas facile. Un apprentissage du mystère, en somme.

Comment allons-nous rester debout, dans un monde où la violence est si fortement tolérée... si fortement qu’elle en devient presque encouragée? Aïe, il nous faudra relire encore tout le Sermon sur la montagne!

À tous, je nous souhaite bon voyage!  Amen

                                                                                         Jean-Jacques Corbaz