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dimanche 16 septembre 2018

(Pr, Ré, Hu) À l'heure de Dieu: Jeûne de faire?

Prédication du Jeûne Fédéral, 16 septembre ‘18: "Et si on respirait?"

Lectures: Matthieu 6, 5-6, 24-27; Matthieu 18, 12-14; Luc 12, 33-34


L’autre jour, je rencontre un ami dont le patron soigne une tumeur cancéreuse plutôt inquiétante. “Comment il va?” je demande.

“Eh bien, nettement mieux, répond mon ami. Le traitement est efficace, ça lui fait du bien. Il a retrouvé ses forces, quel plaisir! On peut presque dire qu’il est redevenu comme avant.”

Et puis mon ami se reprend et ajoute: “En fait non, il n’est plus comme avant. Maintenant, il prend le temps de vivre. Il joue avec ses petits-enfants, il leur fait découvrir les beautés de la nature. Il pense moins au travail, on dirait que sa maladie lui a fait retrouver un nouveau goût de vivre, et des autres valeurs. Il passe plus de temps avec ceux qu’il aime, et moins dans son entreprise.”
 


Ces mots m’ont fait beaucoup réfléchir. Je me demande si nous ne sommes pas tous un peu comme ce patron. Notre système de société, notre style de vie nous poussent à travailler, à produire,  à faire plutôt qu’à être. À avoir plutôt qu’à aimer. Et il est bien dommage que ce soient souvent des maladies ou des accidents qui nous obligent à revoir nos priorités.

Sur une montre qu’on m’a offerte il y a quelques années, on avait gravé ce texte: “Prends le temps de vivre amicalement avec toi-même”. C’est le début de la règle de la communauté protestante de Reuilly, en France. Et c’est surtout une belle injonction pour nous, gens stressés du 21è siècle, à l’occasion de ce Jeûne Fédéral.

“Prends le temps de vivre amicalement avec toi-même”. C’est également une conséquence logique des promesses de l’évangile, en particulier telles que les ont développées et mises en valeur les Réformateurs comme Luther et Calvin: Dieu nous aime gratuitement, comme nous sommes, sans nous demander de faire ceci ou cela pour mériter sa tendresse. Il nous sauve par grâce, par libre choix. Ce ne sont pas nos actes, nos oeuvres, qui nous permettent d’entrer au Paradis, non: c’est le pardon divin, attesté sur la croix. Depuis que Jésus est mort pour nous, notre Jugement Dernier a déjà eu lieu. Nous sommes sauvés depuis 2000 ans!
  


Vous voyez sans doute la logique: si Christ nous accorde le Bon Dieu sans condition (je veux dire: le Paradis gratis pro Deo!), alors nos vies peuvent être mieux libérées du souci de faire, de produire; de rentabiliser et d’amasser.

Elles peuvent, mais ce n’est pas automatique, hélas! Et nous le savons bien: ce n’est surtout pas facile du tout. Parce que ce siècle, qui s’est tant éloigné des valeurs chrétiennes, nous contamine dangereusement. Matérialisme; rendement; paraître; avoir... Qu’il est difficile de résister à ces virus qui se propagent partout, insidieusement!

Il faut énormément de caractère, de volonté, pour ne pas nous laisser entraîner à courir avec la foule derrière le “faire”- (le “faire” qui repasse sans cesse! - veuillez m’excuser, je n’ai pas pu résister à ce jeu de mot)!

Pour garder nos priorités, pour mieux tenir bon, il est utile de relire souvent l’Evangile. De s’arrêter. De respirer. De prier! De jeûner aussi, pas forcément au sens de se priver de nourriture, mais plutôt de faire une pause dans notre manière de vivre... et dans notre manière de courir! Important aussi de méditer souvent le verset “Ne vous inquiétez pas du lendemain...”.

Quand Jésus dit “Pour prier, ferme ta porte”, je le comprends ainsi: comme un appel à s’éloigner du monde, de ses pressions et de ses fausses priorités. Quand tu veux te rapprocher de Dieu, écarte-toi du tumulte, des désirs d’avoir, et rends-toi disponible  à Celui qui n’est que gratuité, douceur et paix.


C’est ainsi que ce Jeûne Fédéral nous invite à cultiver assidûment notre relation avec l’Evangile. L’Evangile qui est une force de résistance à cette mode insidieuse qui voudrait nous faire croire que le bonheur s’achète; que plus on possède et plus on est épanoui; que plus on fait, et meilleur on est.

Compétition sociale... Repli sur une identité, par peur des autres... Violence... Tous ces maux de notre époque, si nous voulons les éviter, nécessitent un antidote, tissé de relation sereine avec le Ciel; de contemplation; de prise de distance d’avec ce qui nous agresse. Puissions-nous y travailler en nous-même. Du coup notre Terre deviendra plus vivable!

Puissions-nous aussi créer ou favoriser davantage de lieux et d’occasions où nos contemporains puissent vivre ce travail intérieur de rapprochement avec le Christ, notre Prince de Paix.

 

Et si nous n’avons pas le temps d’ouvrir notre Bible ou de nous joindre à un groupe de méditation, si nous sommes trop pressés, je nous encourage à au moins graver quelque part bien en vue (sur notre montre, sur notre agenda, nos calendriers... sur notre coeur) je nous encourage à graver en lettres d’or ces mots tout simples:
“Prends le temps de vivre amicalement avec toi-même”.
Amen 
                                         

Jean-Jacques Corbaz 


 
 

 
 
(après l’interlude, ce texte que j’aime, et qui aborde notre thème sous un angle à peine différent:)


Un plombier britannique compte traverser l'Atlantique à la rame...


La nouvelle a pu vous échapper, cachée qu'elle était dans un cahier secondaire du journal. C'est pourtant une nouvelle importante. Une nouvelle qui nous dit que l'homme s'ennuie. Rien de moins.

Le dimanche matin, il boit son café et lave sa voiture, mais que voulez-vous qu'il fasse d'autre le dimanche après-midi sinon traverser l'Atlantique à la rame ?

Dieu a créé l'homme pour le défi, pour le record, pour le parcours du combattant, pour le dépassement. Disons-le, Dieu a créé l'homme pour l'impossible.

Or, qu'est-il arrivé ? On l'a vu, l'homme, après avoir bien répondu à la volonté de Dieu au tout début, après s'être épuisé à frotter des pierres pour faire du feu, après avoir mené vaillamment quelques guerres de cent ans et gagné quelques trophées dans la boue, l'homme a inventé la serviette de plage, la crème à bronzer... et il a inventé aussi les athlètes professionnels pour gagner des trophées dans la boue à sa place.

Mais, le voilà maintenant qui s'ennuie, parce que ce n'est pas pour ça que Dieu l'a créé. Je vous l'ai dit, nous sommes faits pour le défi.

Attendez-vous donc à rencontrer de plus en plus de plombiers sur l'Atlantique... Et si par malchance vos lavabos sont bouchés, patience : sachez qu'un plombier moyennement en forme met environ quatre mois pour traverser l'Atlantique à la rame.

Pierre Foglia, La Presse (Montréal), 2.7.1988  


 



vendredi 14 septembre 2018

(Hu) rapace qui fleurit

Quel est le rapace qui fleurit quand il n'est pas coupé en deux?


L'aigle!


J-J Corbaz 



(Ci) Pas pratiquant...

De Jean-François Ramelet
Combien de fois ai-je entendu : "Je ne suis pas pratiquant !" Mais il y a méprise totale, car on ne pratique pas à l'église. A l'église, on s'y ressource, on s'y oriente, on s'y décentre, on se met à l'écoute d'une autre Parole que la nôtre, on y affûte notre esprit critique, c'est essentiel ! Mais quand comprendra-t-on enfin que c'est dans le monde et dans notre relation aux autres et à la création que l'on est appelé à pratiquer !

dimanche 22 juillet 2018

Puissance de l'Esprit de Dieu 3° - Renversement de pouvoir à Jérusalem

Narration du 22 juillet 2018 - Ho, Pierre, tu me fais marcher!?!


Lectures:  Jean 16, 12-14; Romains 10, 8-13



L’histoire se déroule à Jérusalem, il y a 1988 ans exactement. Raphaël arrive tout excité, ce jour-là: cheveux décoiffés, essoufflé, on dirait qu’il a inventé le rock-and-roll en mettant les doigts dans une prise électrique! Je ne l’ai jamais vu comme ça.

- Qu’est-ce qui se passe? Disons-nous tous en choeur.

- Faites-moi quelque chose à boire, je vais vous raconter, répond Raphaël. ... Merci. Alors, voilà: ce matin, comme tous les matins, le vieux Galiob a été amené par ses amis à la porte du Temple, pour mendier.

- Galiob? Fait quelqu’un. Le paralysé?
  


- C’est ça. Il n’arrive plus du tout à marcher, il faut le porter pour qu’il puisse quémander quelques sous. Il doit bien vivre, le pauvre. Bon, bref, aujourd’hui c’était encore pire que d’habitude: au milieu de l’après-midi, Galiob n’avait encore rien reçu. Pas une seule petite pièce. Les passants ne manquaient pas, pourtant, et plusieurs avaient largement de quoi; les riches Sadducéens, par exemple. Mais: des clous! Rien. Vous pensez bien que Galiob voyait descendre le soleil avec angoisse: il sentait qu’à ce taux-là, il ne survivrait pas longtemps...

- Et alors? faisons-nous, que s’est-il passé?

- J’y arrive, les gars. Patience! Est-ce que vous connaissez Pierre et Jean, les amis de ce Jésus qui a été crucifié il y a quelques semaines? Eh bien, ils sont venus au Temple, pour la prière. Galiob criait pour demander l’aumône, d’une voix désespérée. Pierre et Jean se sont approchés de lui, l’ont regardé; longtemps; et puis ils ont dit: “Nous n’avons pas d’argent; mais ce que nous avons, on te le donne: au nom de Jésus de Nazareth, lève-toi, et marche!”
  


Moi, j’arrivais 100 mètres derrière eux, continue Raphaël. Je n’ai pas bien vu comment ça s’est passé, au milieu de tout ce monde. Il y a eu des cris de surprise; et j’ai entendu: “IL MARCHE!!”

Je me suis approché, à travers la foule, et j’ai vu: Galiob était debout! Il marchait, à petits pas, d’accord, mais il marchait! Sans sa canne, sans l’aide personne!

- Incroyable, font les amis. Ils ont fait comme Jésus!

- Parfaitement, continue Raphaël. Mais attendez! Ça a fait du raffut, vous imaginez! La foule s’exclamait, des gens péroraient, d’autres disaient que c’était pas possible! Mais Galiob, lui, tout heureux, criait, dansait, chantait: “Gloire à Dieu! Merci, Seigneur!”
  


Alors Pierre a pris la parole. Dans un silence (approximatif!), il a expliqué que, depuis hier, les amis de Jésus ont reçu un... euh,  un souffle, je crois... un esprit qui souffle et qui leur donne le pouvoir de Jésus... Je n’ai pas très bien entendu, il y avait tellement de gens qui posaient des questions, tous à la fois! Je n’ai pas bien compris, un souffle saint, un esprit de Dieu, quelque chose comme ça, qui leur permet de guérir les exclus, comme Jésus. De redonner la liberté. ...

Nous restons tous muets, soufflés par l’inattendu de ce récit.

- Alors, continue Raphaël, alors ils sont arrivés.

- Qui ça, “ils”? demande Esra. Les anges de Dieu?

- Mais non, tomate! Les chefs! Les huiles! Tous les pontes du Sanhédrin, les grands-prêtres, les commandants de la police du Temple, les riches Sadducéens... Le gratin, quoi! Ils avaient été alertés par le bruit (vous savez comme ils ont peur d’un éventuel soulèvement populaire). Et ça n’a pas loupé, ils sont arrivés pile au moment où Pierre disait que Jésus n’était plus mort, qu’il est à nouveau vivant, que son esprit... ou son souffle, c’est Jésus ressuscité, Jésus à l’oeuvre aujourd’hui encore!

- Génial! dit quelqu’un. Les Sadducéens et les grands-prêtres ne croient pas à la résurrection! Ça a dû exploser!

- Exact, fait Raphaël. Ils étaient rouges! verts! Ils suffoquaient.

- Et alors?

- Et alors, ils ont fait embarquer Pierre et Jean! Au clou! Comparution immédiate devant le Sanhédrin, érigé en tribunal.
  

- Eh, comme pour Jésus, se souvient Silas.

- Comme pour Jésus, tu l’as dit. Mais la suite s’est passée différemment. D’abord, Galiob n’a pas voulu les quitter. Depuis qu’il était guéri, impossible de lui faire lâcher les baskets de Pierre. Il est donc entré au tribunal avec les deux prisonniers. Vous imaginez, c’était mieux qu’une pièce à conviction!

- Euh, et toi, Raphaël? je fais. Tu ne les as pas suivis, quand même?

- J’avais peur de me faire coffrer, tu penses. Mais il s’est passé quelque chose que je n’ai pas compris (d’abord). Derrière Pierre et Jean, derrière Galiob, des autres sont entrés au Sanhédrin.   Pas des officiels, donc: des pauvres, des pécheurs, des gens du peuple, comme moi. Sans savoir pourquoi, je suis entré aussi. Comme s’il y avait... une force, un vent qui me poussait.

- Eh, tu nous charries, dit Silas. Toi, le trouillard, tu as osé les suivre? Non, mais raconte ça  à d’autres!

- Vous me croirez, vous me croirez pas, continue Raphaël, mais je vous assure! Même que le Sanhédrin a délibéré longtemps, en posant des questions à Pierre et Jean: “Qui êtes-vous? Qu’avez-vous fait? Au nom de qui avez-vous agi?”. On les sentait embarrassés. Pourtant, c’étaient les grands pontes du Temple et de la Loi, les familles les plus puissantes d’Israël, les élites, quoi! Ceux que nous envions toujours, à cause de leur pouvoir. Eh bien là, ils se regardaient, ils hésitaient... ils compulsaient leurs livres... Comme s’ils avaient peur. J’ai compris qu’ils cherchaient à étouffer l’affaire. Ils se sentaient menacés...
  

Par contre, Pierre, lui, était plein d’assurance. Lui qu’on avait vu il y a quelques jours désespéré par la mort de Jésus, lui qui parlait de se f... à l’eau et qui n’avait plus aucun but, eh bien, il était fort et rayonnant! Il parlait avec sûreté de ce Jésus que Dieu a ressuscité; qui vit toujours aujourd’hui avec eux, ses amis! Qui sauve! Qui guérit! On aurait dit que c’était lui le grand-prêtre, et eux les petits, les perdants. Il a même dit (Pierre, donc), il a même dit une phrase que les prêtres seuls ont le droit de prononcer. C’était: “Il n’y a sous le ciel aucun autre nom par lequel les hommes et les femmes puissent être sauvés!” Comack! “Aucun autre nom que celui de Jésus”!

- De Jésus? Pas de Dieu?

- Comme je l’ai dit! De Jésus! Du coup, les grands-prêtres bégayaient, se consultaient... Ils balançaient entre colère et peur...

- Mais peur? Pourquoi peur, Raphaël? Puisque c’est eux qui ont le pouvoir?

- Justement, j’ai mis du temps à comprendre. D’abord, il y avait Galiob, debout, inexorable. Galiob dont la seule présence était une preuve indubitable.

Et puis, et surtout, il y avait nous! Nous étions plusieurs centaines à être entrés dans le Sanhédrin, et encore quelques milliers dehors. Tout à coup, j’ai compris: les pontes, ils avaient peur de nous!  Ils étaient moins libres que Pierre et Jean, moins libres même que nous, le peuple! C’était comme s’il soufflait un vent qui mettait tout à l’envers!

- Mais comment ça s’est fini, demande Silas?

- Eh bien, fait Raphaël, les grands-prêtres ont dû relâcher Pierre et Jean, qui n’avaient rien fait de mal. Ils ont évidemment essayé de les intimider, de leur interdire d’enseigner le nom de Jésus... Bref, du vent! Autant souffler dans un tambour!
  

Pierre et Jean sont sortis en disant: “Nous avons choisi: nous obéirons à Dieu plutôt qu’aux hommes.” Et ça chantait, et ça dansait, nous étions soulevés par un espoir immense... Nous nous sentions forts comme jamais nous ne l’avions éprouvé. Et moi, Raphaël le traqueux, moi qui n’ai jamais appris à lire ou à parler, je me suis mis à raconter partout cette folle journée... J’ai abordé des inconnus, j’ai embrassé des soldats, j’ai affronté les rires et  les moqueurs pour expliquer ce phénomène. Ce souffle, cet esprit de Dieu, il a complètement changé ma vie. J’aime chanter, j’aime vivre, j’aime les autres disciples de Jésus... Allez, les copains, c’est décidé: j’y retourne. Vous venez avec moi?

Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz   



dimanche 15 juillet 2018

(Pr) Puissance de l'Esprit de Dieu 2° - Y a-t-il une vie après le désespoir?

Prédication du 15 juillet 18  -  "On m'appelle enclume"

Ezéchiel 37, 1-14



Ollon, le 17 juin 2018

Mon cher Patrick,

Depuis quelques années, je te sens fatigué. Un peu usé. Tu t’es énormément battu, au chevet d’un monde égoïste. Au chevet aussi de ton Eglise, de ta paroisse, quelque peu essoufflées.

Et quand je qualifie notre société d’essoufflée, je me rends compte que ça veut dire, presque, “en panne d’esprit”. En panne d’esprit tout court... voire en panne du Saint-Esprit. Lui, il nous vient sans cesse, mais on n’arrive pas toujours à le recevoir.

Alors, quand le deuil t’a frappé, j’ai cherché une parole biblique qui puisse te redonner un souffle d’espoir. Une lueur de sourire. C’est ainsi que je suis tombé sur cette jolie narration de Daniel Roux*, à partir de la vision d’Ezéchiel 37.

Ni toi ni moi n’avons l’étoffe d’un prophète. Alors, je te propose de nous glisser dans la peau (euh... si j’ose dire!!), dans la peau d’un tout petit os, à peine 4 ou 5 millimètres. Un os qui n’a rien pour lui, à part la tendresse gratuite de Dieu. Ecoute-le:

 


Je m’appelle enclume. Ma place est entre le marteau et l’étrier.

D’habitude, la mort venue, je reste à ma place avec le marteau et l’étrier précisément, dans notre petite grotte. Nous restons attachés l’un à l’autre, tranquillement. La vermine ne s’intéresse pas à nous. Aucune chair ne nous entoure, alors les bestioles nous dédaignent.

Les ligaments qui nous relient se dessèchent, mais ils tiennent bon. Ainsi, nous continuons à faire une petite chaîne à trois maillons durant des siècles, des millénaires. Même si les tympans se délabrent, entre nous, nous résistons. Enfin, quand tout va bien.

Car là, je parle de mes congénères, les enclumes normales. Entre marteaux et étriers normaux, dans des oreilles humaines normalement constituées. Ce qui n’est pas du tout notre cas.

Car mes frères et moi, imagine! Nous sortons d’une espèce de rêve, ou d’une histoire à dormir debout. C’est un personnage nommé Ezéchiel qui nous a vus, moi et des milliers d’autres os humains.

Ezéchiel? C’est un drôle de bonhomme, un prêtre du Temple de Jérusalem.

Il y a 2600 ans, les armées de Babylone ont envahi son pays et l’ont emmené en exil. Avec beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants de son peuple, déportés à Babylone.

Notre Ezéchiel, ça lui a tapé sur l’enclume. Il est devenu un peu marteau. Il semble qu’il ait joliment perdu les étriers, comme on disait quand on allait à cheval (aujourd’hui, on perd plutôt les pédales!).
  

C’est ainsi qu’à Babylone, il a senti la souffrance de son peuple qui était perdu lui aussi, il se sentait abandonné, désemparé. Il a vibré si fort, au coeur de cette souffrance, qu’il en est devenu prophète.

Prophète, qu’est-ce que ça veut dire? Je vais l’exprimer comme je le comprends, avec mes mots d’enclume: quand la mort vient, le regard se brouille, le corps ne sent plus rien; seules les oreilles captent encore les sons. En tout cas, c’est ainsi que nous avons vécu la mort, mes deux compagnons et moi.

Eh bien Israël, à l’époque, était comme un homme en train de mourir. Et Ezéchiel était comme l’oreille de cet homme. Une oreille si sensible qu’elle a entendu une voix venue d’ailleurs.

“Petit d’homme”, disait la voix. Et cette voix résonnait en lui comme dans une immense caverne. Comme dans le grand Temple de Jérusalem quand il était encore debout.

Ezéchiel s’est alors senti saisi comme une plume entre deux doigts, et soufflé, emporté par cette brise, et transporté dans une vallée.

“Petit d’homme”, a répété la voix. Et à ce son, un désert est apparu, jonché de squelettes démantibulés. Ezéchiel, porté par le vent, s’est vu balader dans toute cette vallée, au milieu de milliers et de milliers d’ossements tout secs.

Moi, l’enclume, j’étais donc là, perdue parmi ces os, délaissée; inutile comme un déchet non recyclable. J’avais perdu mon crâne, perdu mes frères le marteau et l’étrier. J’étais couché entre un tibia et une vertèbre que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam.
 
Ezéchiel, oreille d’Israël, a vibré dans la voix venue d’ailleurs. Elle a dit: “Petit d’homme, ces ossements peuvent-ils revivre?”. Puis elle a ajouté: “Parle à ces os, dis-leur que Dieu veut leur redonner vie”. Incroyable!?

Imagine! Qu’y a-t-il de plus mort que des os blanchis par le soleil et éparpillés dans la fournaise d’une vallée désertique? Et comment ces os pourraient-ils entendre une voix? Même si cette voix redisait les paroles mêmes de Dieu.

Mais il y a plus incroyable que cet incroyable-là. Car qui suis-je, moi qui te parle? Une enclume, un osselet de rien. Et même pas une vraie, je suis une enclume sortie de l’imagination d’un lecteur du 21è siècle, lecteur d’un vieux bouquin d’il y a 2600 ans, écrit par un insensé,   tout prêtre qu’il était; prêtre réduit au chômage par la destruction du Temple et la déportation.

Cet exilé, Ezéchiel, a décrit avec des mots d’homme une expérience paranormale. Et il a eu la folle illusion que son message pourrait être entendu par le peuple d’Israël, qui avait le moral dans les chaussettes, déporté comme lui à Babylone.

L’incroyable de chez incroyable, c’est que je me suis senti emporté dans un immense mouvement qui nous a tous fait voler comme un jour de grand vent. J’ai senti tout à coup mon frère le marteau qui me cognait, me cognait encore, rajeuni et plein de vigueur. “Bing, bang, qu’il me chantait à tue-tête, c’est le big bang!”. J’ai retrouvé l’étrier retapé à neuf. Et nous avons repris place dans notre crâne recomposé, derrière un tympan souple et tendu comme un tympan de nouveau-né. Nous avons vibré ensemble de la lente pulsation des vagues du sang. Et nous avons retrouvé notre fonction première, qui est de transmettre une parole.
  

Tu as entendu?

Il ne nous était pas demandé de croire, ni même d’espérer, encore moins de comprendre; mais de nous mettre à l’écoute. Moi comme tous les autres os. Oui tous, jusqu’au bout du coccyx. Nous mettre à l’écoute pour reformer un corps digne de recevoir le souffle, ce souffle qui est voix, cette voix qui est force de vie, cette force de vie qui est amour.

                                            *                         *

Voilà, mon cher Patrick, l’histoire que j’ai reçue. Je ne prétends pas, à moi seul, te redonner des raisons d’espérer. Mais je veux juste jouer mon rôle, modeste, de récepteur et de transmetteur. De maillon d’une chaîne. Comme un petit os qui reprend sa place.

Cette place, elle m’est donnée par chaque personne avec qui  je suis relié: mes proches et mes moins proches... jusqu’à Ezéchiel, et au-delà!

Sais-tu qu’Ezéchiel, ça veut dire deux choses:
- ou bien Dieu est fort;
- ou bien Dieu rend fort!

Et ça tombe bien! Car la voix qui l’appelle “Petit d’homme”, elle lui rappelle que cette force vient d’ailleurs. Et qu’elle existe. Et qu’elle agit! Cette force que nous, chrétiens, appelons le Saint-Esprit.

Quand tu traverses la souffrance, je te souhaite ainsi beaucoup de transmetteurs. De maillons d’une chaîne. Comme des voix d’En Haut. Pour te redire qu’au coeur de ta faiblesse une force infinie est à l’oeuvre.

Un jour, c’est toi qui m’avais redonné le courage de vivre. Je prie pour que tu reçoives, toi aussi, un grand souffle, qui soit porteur de l’Esprit de Dieu. C’est Lui qui redonne la vie... en nous rapprochant les uns des autres!

Bien à toi, amicalement,

(signé) David
 
Amen


Jean-Jacques Corbaz 


* Dans “Itinéraires” n° 51, été 2005, pp. 10 sq



dimanche 8 juillet 2018

(Pr) Puissance de l'Esprit de Dieu 1° - Le rôle de l’Esprit de Dieu, selon Joël

Prédication du 8 juillet 18, Ollon et Villars  «En avant - pour une Eglise qui ait du souffle!»

Lectures: Joël 3, 1-5; Nombres 11, 24-29; év. de Jean 20, 19-23



On l’appelle Joël. On ne sait pas bien ni qui il est, ni d’où il vient. Mais lui, il semble savoir où il va!

On l’appelle Joël. On connaît surtout de lui ce bref passage: “Je répandrai mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos hommes d’âge mûr auront des songes, et vos jeunes des visions...”

Dans la TOB en deux volumes, une note précise (je cite): “Ce passage est cité dans le récit de Pentecôte (Actes 2). On notera toutefois que, chez Joël, l’effusion de l’Esprit a un caractère plutôt angoissant; prophétiser signifie: se conduire de façon extraordinaire, perdre l’emprise sur soi-même, être emporté par la force irrésistible du Seigneur. Tous, hommes et femmes, vieillards et enfants, maîtres et esclaves, seront saisis d’une violente frénésie. En plus, l’univers tout entier s’effondrera dans une effrayante symphonie de feu, de sang et de ténèbres. Cependant, tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur seront sauvés”.
  


C’est donc un gigantesque bouleversement que décrit ce poème de Joël, un renversement complet de l’ordre des choses. Tous les habitants de Juda seront amenés à des comportements irrationnels, inhabituels: jeunes et vieux! Même les femmes! Même les esclaves et les servantes, parmi lesquels se trouvaient un grand nombre d’étrangers. De païens, donc! Tous, ils seront “emportés par la force irrésistible du Seigneur”.
 


Attention pourtant: il s’agit de bien tenir compte de ce qu’est l’Esprit de Dieu dans l’Ancien Testament. Oublions quelques instants la Pentecôte chrétienne, si c’est possible! Pour la pensée juive, l’Esprit, c’est une vitalité qui émane de Dieu. Une force de naissance. L’Esprit est déjà cité au tout début de la création, qui soufflait sur le chaos.

Au sens premier, le mot traduit ici par Esprit veut dire “air en mouvement”; donc “souffle”; “respiration”; et aussi “vent”, bien sûr. Au sens figuré, il signifie “souffle de vie”, voire “vie” tout court. On pense à ce formidable récit d’Ezéchiel où des ossements tout secs sont rassemblés, puis recouverts de chair, puis animés par l’Esprit de Dieu, qui leur permet de redevenir vivants.

Dieu promet donc une naissance! Un souffle de vie emportera chacun(e). Mais un souffle de vie autre, nouvelle, différente!  E-norme, donc hors normes!
  

Et cette puissance divine se manifestera jusqu’au ciel: le soleil et la lune, comme la terre, joueront la grande symphonie du rouge et du noir, du sang, du feu et de la nuit; signes (toujours) que Dieu se manifeste, qu’il apparaît, qu’il éclate!

Face à un tel chambardement cosmique, le réflexe, c’est la peur! C’est crier “au secours!”.

Nous y voici, dit sereinement Joël: si c’est Dieu que vous appelez à l’aide, alors vous serez sauvés. Littéralement: survivants. Par trois fois, Joël emploie un terme de guerre, celui qui désigne les rescapés après une bataille. Ceux qui appelleront vers Dieu en réchapperont, c’est certain; parce que d’abord, précise le prophète, d’abord c’est Dieu qui les appelle, et il les appelle ses survivants.



Sur - vivants. Je trouve que ça nous va bien, comme nom; comme nom de baptême, à nous, chrétiens. Sur - vivants. Vivants d’une autre vie, nouvelle, extraordinaire! Surnaturelle! Cela, parce que c’est Dieu d’abord qui nous appelle. Qui crie vers nous!
  
Vous avez remarqué? Joël, dans sa métaphore guerrière, ne s’intéresse aucunement à ceux qui n’en réchappent pas. Y en a-t-il, d’ailleurs? Mystère! J’aime ce silence, que je comprends comme un “ce n’est pas ton problème”. Paraphrasant les Inconnus, il nous dit: “Mais cela ne nous regarde pas”!

Car ce qui me concerne, c’est de toujours appeler ce Dieu qui d’abord m’appelle. Chercher Celui qui m’a déjà trouvé. Me laisser emporter par le souffle de sa vie! Il est si puissant que toujours il m’échappe. Moi, ce que je dois viser, c’est de ne pas lui échapper!

Au fond, le rôle de l’Esprit, il est là: me permettre d’écouter la voix de Celui qui prie en moi. Et qui veut m’emporter, me mettre en route par sa force irrésistible. Souffle de vent, emmène-moi! Souffle devant, la vie est là!

Vous voyez, j’espère, combien ce bouleversement promis est un fabuleux programme de foi! Appel à vivre! À côté de lui, je me dis (avec un petit sourire), à côté, les bouleversements de l’Eglise, passés et à venir, ne sont qu’un frémissement.

Par son Esprit, Dieu va tout chambouler dans nos vies. Pas seulement des extases dansantes ou frénétiques; non, il s’invite dans tous les recoins bien préservés de nos coeurs pour les animer, les retourner en direction de son futur, de son espoir.

L’Eglise À Venir n’est pas derrière nous, elle est devant! Le voilier symbole des chrétiens n’a pas de marche arrière, il ne peut qu’avancer, entraîné par le Christ, poussé par le vent de son Esprit!

  


Mais. Mais il me reste une question, comme une frustration. Car enfin, cela fait des pellées de siècles que tout ça nous est offert. Cet appel, cette puissance qui met en route.

Alors comment se fait-il que le monde aille si mal, quand y vivent tant de millions de gens qui se réclament de cet Esprit? Comment se fait-il que tant d’égoïsmes nous jettent les uns contre les autres, alors que souffle une si forte bise vers le Royaume de Dieu? Qu’est-ce que cela veut dire par rapport à notre foi? Par rapport à notre volonté de laisser le Saint-Esprit travailler dans nos vies?

Vous connaissez peut-être l’histoire de cet enfant africain qui demande à son père pourquoi il est noir. “Mon fils, c’est à cause du soleil, chez nous, en Afrique...”. Le gamin renouvelle sa question avec ses cheveux, crépus; son nez, épaté; ses grands pieds... Et c’est toujours la même raison: “Mon fils, chez nous, en Afrique, la chaleur... la chasse... les arbres...” Tout s’explique. Pourtant, le garçon n’est pas satisfait: “Dis, papa, alors pourquoi on habite à Tolochenaz?”

Je rêve que, de même, dans nos Eglises, beaucoup plus d’enfants (de 7 à 177 ans) nous demandent, et se demandent pourquoi nous avons le Saint-Esprit; pourquoi nous avons l’évangile; pourquoi nous avons l’amour passionné de Dieu, son pardon, ses promesses et ses appels, si c’est pour vivre à Tolochenaz; je veux dire: sans que ces dons ne nous servent?

  


Voilà. On l’appelle Joël (ça veut dire: “Dieu est le Seigneur”). Il nous pose, aujourd’hui, cette question essentielle: comment nos vies pourront-elles s’ouvrir mieux au souffle de Celui qui nous appelle? Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz



“En avant - pour une Eglise qui ait du souffle!”

Joël 3, 1-5


(1) Une page nouvelle se tourne, dit Dieu:
Je vais déverser ma vie, mon souffle, sur toute chair.
Vous serez mis en route par le vent de l’Esprit,
Hommes et femmes, jeunes et vieux, notables et enfants,
(2) Même les plus basses couches de la population, même les étrangers,
vous tous, vous serez animés par mon souffle de vie!
(3) Je vais placer des signes de ma puissance jusqu’au fond du ciel:
du sang, du feu, des colonnes de suie et de fumée.
(4) Le soleil deviendra noir, et la lune rouge sang,
lorsque je révèlerai la force de ma transcendance,
immense et effrayante!
(5) Alors, pourtant, toute personne qui fera appel au Seigneur sera sauvée.
Il y aura des rescapés à Jérusalem, auprès du Temple,
C’est le Seigneur lui-même qui l’a promis.
Oui, les survivants, c’est ceux que le Seigneur appelle!


(traduction JJ Corbaz)



dimanche 17 juin 2018

(Pr) Quel est l'Africain qui te porte?

Prédication du 17 juin 18, Ollon

Lectures: Proverbes 14, 31; Matthieu 22, 34-39



Ce matin, je vous emmène en Italie. Plus précisément à Venise. La ville est renommée, pour ses canaux, bien sûr, mais aussi pour ses magnifiques palais. L’un d’eux s’appelle la Ca’Rezzonico; c’est un chef-d’oeuvre d’architecture et de décoration intérieure. La salle de bal, au 1er étage, est immense, et superbement ornée: sol de marbre, fresques au plafond... Sur les parois, d’admirables potiches chinoises émerveillent le visiteur par la finesse de leurs couleurs, par leur éclat, et la richesse de leurs formes...

Tout à coup pourtant, l’enchantement se brise. Car on s’aperçoit soudain que ces bijoux de porcelaine orientale sont portés, chacun, par la statuette d’un Africain, nu, qui ploie sous de lourdes chaînes.
  


Redoutable symbole, qui suscite en moi quelques réflexions sur notre société d’aujourd’hui.

Car nous avons vécu, durant bien des années, dans une prospérité exceptionnelle. Nous avons bénéficié des ressources d’une civilisation avancée, héritière de quelques autres, industrieuses et ingénieuses. Nous avons pu jouir d’une sécurité, d’un confort, d’une aisance que beaucoup nous ont enviés, et en même temps nous avons bénéficié d’une culture et de loisirs d’une richesse rare.

Il me semble que cette prospérité était un peu pareille aux porcelaines chinoises de Venise! Au premier coup d’oeil, on ne le voyait pas, mais une analyse plus fine le faisait comprendre: notre aisance était portée par des hommes, des femmes, et même des enfants, souvent Africains. Et c’était leur travail, mal payé, qui nous enrichissait; et c’étaient leurs matières premières, négociées à des prix dérisoires, qui nous permettaient d’acheter, ici, bananes, café, cacao à des tarifs inférieurs à nos propres produits agricoles, et j’en passe des etc, car tout ça vous le savez bien, déjà!
  

On pourrait ainsi s’étendre longuement sur le fait que notre essor reposait sur les épaules d’Africains mal nourris, mais aussi d’Asiatiques mal soignés, de Latino-Américains privés de libertés et de tant d’autres choses.

Dans notre pays, nous avons vécu si longtemps avec la croyance (presque le mythe) que c’était notre travail qui était la principale source de notre bien-être. Il est une des raisons de notre prospérité, bien sûr, mais la principale, c’est la chance que nous avons eue de nous être développés avant les autres continents, et de profiter de relations commerciales qui nous avantageaient.

Mais stop! Nous ne sommes pas ici pour faire de l’économie mondiale. D’autres, plus compétents, s’en chargent volontiers, on en trouve dans tous les bords politiques.

Je voudrais aujourd’hui que cette anecdote de la Ca’Rezzonico serve juste à nous parler de Dieu. Et de nos relations avec lui. Et de nos relations les uns avec les autres.
  

Les statuettes de Venise représentent des Bantous. En effet, l’Afrique a été, durant des siècles, le terrain privilégié des chasseurs de main-d’oeuvre gratuite: les trafiquants d’esclaves. Martin Luther King et ses semblables en Amérique sont les descendants des victimes de ces traitements, inhumains. Et cela, bien sûr, pèse encore d’un poids considérable sur les relations entre Noirs et Blancs, aux Etats-Unis et ailleurs.

De tout temps, on a considéré les personnes à la peau foncée et aux cheveux crépus comme inférieures aux autres. Savez-vous qu’on a retrouvé en Egypte des inscriptions hostiles aux Noirs datant d’il y a 4’000 ans!?! Au 18è siècle, on se demandait encore si Dieu avait pu mettre une âme dans un corps aussi sombre... “Ils sont de la couleur du démon”, a-t-on dit (et écrit!). “Ils ressemblent aux singes”, et pire encore!

Quand je vivais au Cameroun, j’ai souvent pu constater à quel point les Noirs étaient complexés face à nous. Michaël Jackson n’a pas été le premier à se décolorer la peau, beaucoup de jeunes-filles le font, en Afrique. Le plus souvent avec des produits extrêmement toxiques, dangereux! Certain(e)s se défrisent les cheveux, pour ressembler à des Blancs...

“Nous sommes une race inférieure”. Combien de fois ai-je eu la tristesse d’entendre ce discours, au Cameroun. Ce racisme à l’envers!

Le plus navrant, dans tout ça, c’est la forte influence de la foi chrétienne en Afrique! La quasi-totalité des élites a passé plusieurs années dans des écoles missionnaires. Comment a-t-on fait pour trahir le message biblique à ce point? Comment a-t-on pu oublier ainsi l’essentiel de la prédication de Jésus, que toutes et tous sont frères  et soeurs?!?
  

“Opprimer le pauvre, c’est insulter Dieu, qui l’a fait”. Mais ce verset, c’est de la dynamite! Comment de pieux chrétiens ont-ils pu l’entendre, au culte ou à la messe, alors qu’ils s’enrichissaient grâce à des esclaves?!?

Je me dis souvent que le genre humain possède un pouvoir infini d’oublier ce qui contrevient à ses intérêts...

“Opprimer le pauvre, c’est insulter Dieu, son créateur”. Ne faudrait-il pas inscrire ce verset en lettres de feu dans nos églises, pour éviter de l’effacer de nos mémoires, et de nos vies?

Il nous fait comprendre un peu mieux, d’ailleurs, pourquoi Jésus dit que les deux commandements sont pareils, celui d’aimer Dieu et celui d’aimer son prochain. “Et voici le second, qui lui est semblable”, faut-il traduire littéralement. C’est-à-dire que d’aimer son prochain, c’est la même chose que d’aimer Dieu, qui l’a fait. Ce ne sont pas deux actes différents: quand je respecte l’autre, concrètement, eh bien je respecte en même temps son Créateur. Et quand j’honore Dieu, en actes ou en paroles, je suis incohérent si je n’honore pas aussi mon prochain, en particulier le plus pauvre.
  

Vous voyez comme nos réflexions de ce matin rejoignent égale-ment ces mots bien connus de Jésus: “Tout ce que vous avez fait au plus petit des humains, qui sont mes frères, eh bien c’est à moi que vous l’avez fait”.
  
Il y a des fois où on s’habitue aux injustices. Et d’autres où on ne les supporte pas! Ce qui me révolte, aujourd’hui, c’est le décalage entre les valeurs de la Bible et ce que vivent nos contemporains soi-disant chrétiens. Je souffre de voir le Créateur si souvent bafoué dans la personne de celles et ceux qu’il a faits (à son image, dit la Genèse!).

Et ce qui m’anime, c’est l’espérance que de plus en plus de femmes, d’hommes, d’enfants se joignent à cette protestation. Afin que la dynamite de l’évangile retentisse, bouleverse, interroge... et peut-être même transforme!

“Opprimer le pauvre, c’est insulter Dieu, son créateur”.

Dites, et si nous prenions au sérieux notre fraternité?
Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 3 juin 2018

(Pr) Ruth, une incroyable histoire d’amour


  Prédic du 3 juin 2018

Lectures bibliques: Ruth 1, 1-16 ; Romains 6, 3-8 ; Romains 8, 1-2

Il m’est arrivé une étonnante aventure : j’ai eu la chance (en tant que pasteur retraité) de visiter le paradis !
Ce qui m’a le plus frappé, c’était, dans le hall d’entrée, immense, une quantité de cadrans, comme de petites horloges. Chacun de ces cadrans portait le nom d’une personne.
J’ai demandé à l’ange qui m’accueillait ce que c’était.
- Eh bien, me dit-il, ce sont les compteurs des péchés. Chaque fois que la personne commet un péché, l’aiguille avance d’un cran. Ainsi, nous pouvons savoir en permanence où chacun en est.
Intrigué, je demande à voir le cadran de certains de mes paroissiens.  
Edouard Briquet ? Son compteur marque 4h17. 
Pas de souci, me dit l’ange, il est sur la bonne voie.  
Boris Voirol ? 2h24 !! 
Là, nous avons une personne exceptionnelle ! La moyenne est d’environ 7 ou 8 heures.
Encouragé par ces commentaires, je demande à voir mon propre compteur.
- Jean-Jacques Corbaz ? Aïe, non, ce n’est pas possible : votre cadran est sur le bureau personnel de Dieu le Père.
- Ah bon ? Mais pourquoi ? Il surveille les pasteurs de si près ?
- Non, non, ce n’est pas ça ! Mais vous comprenez, il fait si chaud aujourd’hui : il s’en sert comme ventilateur !!!

J’aime bien cette histoire, parce qu’elle décrit exactement ce que beaucoup de gens croient, c’est-à-dire que Dieu s’amuserait à comptabiliser les péchés des humains, qu’ils ou elles soient pasteur, coiffeuse ou ménagère !

J’aime bien cette histoire, parce qu’elle montre exactement le contraire de ce que nous dit la Bible : en réalité, Dieu ne calcule pas nos péchés, il n’épie pas nos désobéissances pour voir si nous méritons le paradis ou non. La Bible ne nous parle de péchés que pour nous aider à réaliser le fait que Dieu les pardonne entièrement, gratuitement, sans condition. Il vient supprimer le péché, c’est-à-dire nos culpabilités face à lui.

Et là, vous voyez comme cela rejoint le baptême de Viktoria, que nous avons célébré tout à l’heure. L’eau est le symbole d’un Dieu qui nous lave, nous purifie de nos fautes, dit le Nouveau Testament.

L’évangile n’insiste sur nos désobéissances que pour montrer qu’elles nous éloignent du projet de Dieu pour nous, ça oui : un projet de bonheur, de liberté, de paix. Mais ce sont nos peurs, nos légendes humaines qui ont bâti tous ces scénarios d’enfer, de purgatoire et de je ne sais quelles punitions. Ce sont nos consciences qui ont de la peine à accepter d’être déchargées gratuitement, comme ça, par amour ! Car Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a donné son fils pour que nous soyons sauvés. – On pourrait dire aussi : pour mettre nos compteurs à zéro, et qu’ils y restent !

La Bible, ainsi, n’est pas obsédée par le courroux divin, comme certains le croient. Je dirais plutôt qu’elle est obsédée par une seule chose : la tendresse de Dieu pour nous, et son absolue fidélité à son projet de nous sauver, quoi que nous fassions.


Cet attachement, c’est exactement ce que raconte le livre de Ruth, dont nous avons entendu le début. Je vous encourage à le lire en entier ; d’ailleurs, il n’est pas long : cinq pages en tout. Dans une traduction en français moderne, il se lit comme un roman. Ou plutôt comme une très belle histoire d’amour – émouvante.

Un juif, Elimelek, décide de s’expatrier, à cause de la famine. En ce temps-là, en effet, les réfugiés économiques pullulaient, mais on les laissait entrer ! Elimelek trouve donc refuge à Moab, un pays fertile proche de l’actuelle Jordanie.

Mais cette famille est poursuivie par la malchance : Elimelek meurt bientôt, et ses deux fils, à peine mariés,   le suivent. Ne restent que trois femmes, sans ressources. À cette époque, une veuve ne peut survivre qu’en se remariant, ou alors en se plaçant sous la protection d’un fils.

Nos trois malheureuses n’ont aucun descendant. Il ne leur reste donc qu’une seule chose à faire : retourner chacune dans sa famille, en espérant trouver un mari pour les deux jeunes, ou un parent compatissant, ce qui est nettement plus aléatoire ! Le sort de Noémi n’est vraiment pas enviable ; c’est la famine assurée. Mais il n’y a rien d’autre à faire.

Rien ? Ce n’est pas l‘avis de Ruth, qui refuse de quitter sa belle-mère. Ruth piétine les traditions, parce qu’elle ne veut pas abandonner Noémi. Elle qui est païenne, elle vient vivre en Israël, à Bethléem, pour aider celle à qui elle s’est attachée.

C’est ainsi que tout va changer pour Noémi (dont le nom veut dire « Bienheureuse », et qui pourra le rester, bienheureuse, malgré les coups du sort). Tout va changer pour Noémi, et aussi pour Israël : par des aventures que racontent les chapitres 2, 3 et 4, Ruth non seulement permet à sa belle-mère de survivre, mais encore elle lui donne un enfant ! Ce fils de Ruth sera le grand-père du roi David, le plus fameux, le plus brillant de tous les juifs. Elle, l’étrangère, deviendra l’ancêtre du roi symbole d’Israël, étoile de la foi ! Mieux encore, elle sera, comme David, ancêtre de Jésus lui-même !

Parabole ! L’attachement obstiné de Ruth pour Noémi devient ainsi, comme souvent dans l’Ancien Testament, signe de l’attachement obstiné de Dieu pour son peuple. Pour tous les hommes. Pour toutes les femmes. Et surtout pour les plus démunis !

Et de la même façon, le baptême de Viktoria, et tous nos baptêmes deviennent ainsi symbole, signe et fête de l’attachement obstiné de Dieu pour nous.



J’aime à vous parler de ces deux femmes en ce jour où une petite fille baptisée est accompagnée par deux marraines. En un temps aussi où les personnes du beau sexe sont nettement majoritaires dans nos lieux de culte ; cela alors que notre société a toujours tant de peine à laisser aux dames leur part de pouvoir !

Il y a un petit détail qui, à ma connaissance, n’a jamais été relevé par aucun exégète. Comme un clin d’œil ! À la première ligne du livre de Ruth, l’auteur écrit (je cite) : « C’était au temps où les Juges avaient le pouvoir en Israël ». D’habitude, on ne donne jamais ce genre de précision comme ça. Donc, cette petite introduction veut dire quelque chose d’original, elle met le doigt sur une particularité.

« C’était au temps où les Juges avaient le pouvoir en Israël », et toute la suite nous montre deux femmes obscures, Ruth et Noémi, qui font basculer leur destin, et celui d’Israël,  et celui de l’univers : puisque c’est de leur attachement invraisemblable que naîtront le roi David et surtout Jésus ! Le pouvoir n’était pas où l’on croyait !


Ecoutez cette jolie histoire :
- Sais-tu, demande le rouge-gorge, sais-tu combien pèse un flocon de neige?
- Oh, répond la colombe, rien du tout! C’est insignifiant! Négligeable!
- Ecoute, reprend le rouge-gorge, j’étais dans la forêt, et j’admirais l’hiver. J’ai compté les flocons qui tombaient. Sur une branche, qui était fragile, sont tombés 14’277 flocons. Mais quand s’est posé le 14’278ème (qui pèse trois fois rien, comme tu disais, négligeable...), eh bien, la branche a cassé... Parfois, il suffit de peu pour tout changer.
- C’est peut-être vrai, se dit la colombe (une autorité en matière de paix). Peut-être ne manque-t-il qu’un geste, dérisoire, insignifiant, pour que tout bascule... pour que la paix soit possible... ou qu’on soit heureux...

Non, le pouvoir n’est pas toujours où l’on pense. Selon le livre de Ruth, il est entre les mains de Dieu. Dieu qui ne fait jamais les choses comme on attend. Dieu qui veut toujours faire éclater les petits-cadrans-de-nos-petites-horloges-de-nos-petits-péchés. Pour nous faire éclore librement au grand soleil de sa passion-tendresse !
Amen

 
                                                 Jean-Jacques Corbaz