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dimanche 13 janvier 2019

(Im) Etre riche!


(Bi, Hu) Promotion des carottes


Le Comité pour la Promotion des Carottes (CPC) fait un excellent travail. Ses membres s’activent sans relâche pour faire mieux connaître les qualités de ce légume. Il est délicieux, sain, bon marché, et (cerise sur la tourte aux carottes), il a des vertus amincissantes!

Enfin, je devrais plutôt parler de cela au passé. Car depuis quelque temps, les membres du CPC sont en profond désaccord.

Il y a d’un côté ceux qui préfèrent peler une carotte en la tournant vers l’extérieur, et de l’autre ceux qui affirment qu’il est bien plus efficace de la peler en la tournant vers l’intérieur. Chaque parti développe ses arguments, veut absolument prouver qu’ils sont meilleurs que ceux d’en face… Et surtout, chacun cherche à démolir l’autre camp, le rabaisser, le ridiculiser. Chaque prise de parole est interprétée avec malveillance. Bref, c’est la guerre!

Tant et si bien que le CPC n’a plus aucune énergie, aucune disponibilité pour promouvoir les carottes. Un comble !
   

Dites, mes amis: ces mésaventures ridicules n’auraient aucune chance d’arriver dans notre Communauté pour la Promotion du Christianisme (CPC), non? Rassurez-moi. 

Du 18 au 25 janvier, semaine de prière pour l’unité des chrétiens! 


Jean-Jacques Corbaz  
 




(Pr) "Je suis. Et toi, tu me suis?"

Prédication du 13 janvier 2019


"Suivre Jésus dans la tempête?”

 Introduction aux lectures bibliques: Les bougies de Noël sont à peine éteintes, les repas et les fatigues à peine digérés que l'évangile nous replace en face de Jésus adulte. Il grandit rapidement!

Je vous propose ce matin un passage ultra-connu qui risque de faire soupirer de lassitude les paroissiens les plus anciens, eux qui ont à leur actif l'écoute d'au moins 24 prédications, dont 15 en service funèbre, sur ce récit: celui dit de "la tempête apaisée". Y trouverons-nous du neuf pour l’an (deux mille dix) neuf?

Pour essayer d'en discerner l'essentiel, tel que l'auteur a voulu le transmettre,  il me semble important de lire aussi le passage qui le précède immédiatement ainsi que le verset qui le suit, dans l'évangile selon Matthieu.


Lectures: Matthieu 8, 18-28; Actes 27, 9-25; Psaume 23, 1-4


 Quand j’étais au collège, j’avais un prof de biologie un peu distrait. Un jour, il nous annonce que nous allons disséquer une grenouille; il sort de sa poche un petit paquet, d’où il extrait... un sandwich! Et on l’entend murmurer, très étonné: “Mais alors, qu’est-ce que j’ai mangé dans le bus?”...

Quand on est prof, les surprises et les aléas sont nombreux. Mais ils ne sont que peu de chose, comparés à ceux des personnes qui suivent Jésus!

C’est ce que le passage de ce matin essaie de nous dire, de multiples façons. Déjà dans sa manière de raconter notre épisode, Matthieu nous entraîne de surprise en étonnement! Dès le premier verset.

Voyant la foule autour de lui, Jésus dit: “Passons sur l’autre rive”. Logiquement, on s’attendrait à ce que l’embarquement soit alors immédiat; en général, quand Jésus parle, la chose se réalise! Mais ce récit est à peine commencé que l’évangile nous réserve une première surprise. Le fil de l’histoire s’interrompt. Un maître de la loi vient dire à Jésus: “Seigneur, j’irai partout où tu iras”. Puis c’est un autre homme, proche des disciples, qui demande la permission d’enterrer son père d’abord.

Ce n’est qu’après ces deux dialogues que le récit continue, et qu’on se met en route.

À l’évidence, Matthieu nous donne là un indice important: le véritable sujet de ce passage, c’est le fait de suivre Jésus. “Être chrétien dans les difficultés de la vie”, tel pourrait être le titre donné à cette histoire par l’auteur du premier évangile. “Suis-moi”, dit Jésus, et les disciples montent dans la barque. D’ailleurs, le verbe “suivre” reviendra souvent, dans nos versets.
 


Bien sûr, puisque Matthieu nous emmène sur des chemins de surprises, il s’agira d’aborder franchement les difficultés de ce texte, et les étonnements qu’il veut susciter en nous. Ainsi, j’ai toujours été un peu choqué que Jésus décourage des gens prêts à le suivre. “Laisse les morts enterrer les morts”, c’est rude! Pour un fils, enterrer son père, c’est une marque de respect minimum,    quand même!

Et c’est pour ça qu’il est important de lire ce passage jusqu’au bout, car tout se tient. Il est impossible de le comprendre si on s’arrête au calme après la tempête. Verset 27: Tous étaient remplis d'étonnement et disaient: “Quel genre d'homme est-ce pour que même le vent et les flots lui obéissent?”. Verset 28: Quand Jésus arriva de l'autre côté du lac, dans le pays des Gadaréniens, deux hommes sortirent des tombeaux et vinrent à sa rencontre.

Voyez-vous? Par son attitude un peu choquante, Jésus veut montrer le contraste entre le rivage qu’il quitte et le voyage sur l’eau, et les tombeaux qu’il va croiser de l’autre côté du lac. Le trajet sur l’eau, c’est la vie; la vraie vie. Une existence mouvementée, faite de tempêtes et de bouleversements, au bout de laquelle se trouve la résurrection, déjà annoncée puisque les deux Gadaréniens sortent des tombeaux. Une traversée qui va nous emmener dans un autre monde, où la Vie éclate comme un soleil!

Il y a donc pour Matthieu un choix à faire: ou bien rester en arrière, et demeurer dans la mort; ou bien devenir un vivant, et embarquer pour l’aventure!
 


Deuxième difficulté, ou surprise. Pourquoi Jésus dit-il à celui qui veut le suivre: Le Fils de l’Homme n’a pas d’endroit où poser sa tête?

Là encore, il y a un joli clin d’oeil à la suite du récit. Car, dans la tempête, que fait Jésus? Justement, il dort! Le Fils de l’Homme n’a pas d’autre endroit où poser sa tête qu’une tempête! Pourtant, ô étonnement, il sera possible d’y dormir!!

Voyez-vous, tout nous conduit à lire ce récit comme une parabole de la vie chrétienne, et de la vie dans l’épreuve; ou dans la persécution, ou la souffrance. Quand nous sommes ballottés par les éléments déchaînés, quand nous nous sentons aussi fragiles qu’une coquille de noix sur la mer démontée, eh bien, dit Matthieu, c’est ça, la vie en Christ, et rien d’autre! Si vous restez en arrière de cette aventure, vous demeurez dans la mort!

Avez-vous remarqué? Dans tout ce chapitre, ceux qui entourent Jésus ne sont jamais appelés disciples, sauf une fois qu’ils sont dans la barque ou qu’ils le suivent. Sur la rive, c’étaient des gens. Dans le bateau, ce sont des disciples!
 


Il y a tant de choses dans cette introduction qu’on pourrait s’arrêter là. Mais l’essentiel est encore à venir. La toute grande surprise, c’est bien sûr que Jésus apaise la tempête, et c’est là le principal. La traversée, figure de la vie avec Christ, disions-nous. Oui mais, qui est cet homme? Celui que nous avons fêté, chanté à Noël,  qui est-il, vraiment?

D’abord, nous l’avons dit, il dort. Image, évidemment, de l’absence apparente de Dieu dans notre monde, ce Jésus qui sommeille. Mais signe, aussi, de calme et de confiance. De foi. Comme l’apôtre Paul dans le livre des Actes, Christ sait que la tempête ne peut rien contre lui. Pour vous chrétiens, pour vous aussi, dans les épreuves, dans les souffrances, les bouleversements: gardez confiance et calme, ne vous affolez pas. Jésus est là, et sa puissance est infinie!

Car après le sommeil vient pour lui le temps de parler. Une fois réveillé, il s’adresse avec sévérité à la mer et aux vents... Mais non! Minute! Encore une surprise. Son premier sermon, il est pour les disciples, qui sont morts de peur! Les disciples, embarqués pour la vie avec Christ, et crevant de trouille!

Eh bien oui, dit Matthieu, la vraie vie, ce n’est pas du gentillet, ni du facile! Elle côtoie plus souvent la mort que son contraire. Jésus en saura quelque chose à Golgotha, vous ne croyez pas?

Hommes de peu de foi! C’est nous, là. C’est vous et moi, n’est-ce pas? Parce que suivre Jésus, ça inclut nécessairement des moments de doute et de peur. C’est parfaitement normal! Vous l’avez peut-être d’ailleurs ressenti vous-mêmes, ce matin, pour arriver dans cette église, en traversant la campagne par des chemins couverts de neige. Parfois nous avons peur, et c’est normal.




Mais alors, nouvel étonnement pour nous, mais alors pourquoi le Christ ne comprend-il pas cela? Pourquoi est-il si dur, là aussi, avec ceux qui veulent l’accompagner, et qui l’appellent?

La réponse se laissera entrevoir, encore une fois, dans le Suis-moi! Car Jésus ne dit pas “obéis-moi” ni “abrite-toi derrière moi”, comme on le croit parfois. Suis-moi, ça veut dire aussi: deviens autonome, comme moi.

Tant que tu crois que c’est moi seul qui peux calmer la tempête, tu resteras tributaire d’un autre, tu ne seras pas vraiment libre! Me suivre, dit le Christ, c’est croire que tu peux toi-même; que vous pouvez, vous! Même si je dors, même si, apparemment, je suis absent du monde où vous vivez, croire que nous sommes assez reliés, vous et moi, pour que vous puissiez...

Pour que vous puissiez quoi? Peut-être affronter, assumer, traverser l’épreuve; garder le calme et la confiance dans les grands ébranlements du monde, ceux des guerres au Proche-Orient ou ceux de ta vie personnelle. Envisager la fin du monde, la catastrophe écologique ou plus prosaïquement la mort, envisager tout ça en tant que compagnon du Christ, comme être relié à Dieu. Ainsi que le chantait déjà le Psaume 23: Même si je passe par la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains rien, Seigneur, car tu m’accompagnes, tu me protèges. Auprès de toi, je suis en sécurité.

Jésus parle aux disciples, puis, enfin, il sermonne les éléments déchaînés. Qui s’apaisent illico.
  


Etonnement des lecteurs d’hier, d’aujourd’hui et de demain, ce miracle. Etonnement des disciples aussi, d’ailleurs, qui se posent les mêmes questions que nous tout-à-l’heure. Mais qui est-il, ce gars-là, pour que même la mer et les vents lui obéissent?

Dans l’évangile selon Matthieu, lorsque Jésus guérit des malades,  la foule s’extasie et s’émerveille. Mais ici, c’est l’étonnement et les questions sans réponses. En effet, ils étaient nombreux, à l’époque, ceux qui opéraient des guérisons, parfois spectaculaires. Beaucoup, au nom de Jésus ou pas, avaient du pouvoir sur la maladie. Mais le pouvoir sur la mer et les vents, ça, ça n’existait guère. En Israël, on disait que c’était du ressort de Dieu, seul. Du Créateur.

Le miracle de la tempête calmée nous met donc en face d’une dimension de Jésus particulière: il est aussi maître de la création, il a pouvoir sur les éléments. Parce qu’il n’est pas qu’un homme spécialement doué, mais qu’il est le fils de Dieu. Tout est remis entre ses mains.
 

 
Conclusion. Nous étions partis (c’est le cas de dire!) sur le fait de suivre Jésus. Matthieu nous a fait découvrir ensuite que cette vie avec lui est en fait la vraie vie, passionnante, dangereuse, au parfum souvent de mort; qui débouche sur la résurrection. Et que ne pas s’embarquer, c’est choisir l’enterrement de première classe!

Nous avons entendu le Christ du premier évangile nous souffler que cette vie-là est réelle liberté, puisque l’absence même de Jésus nous appelle à oser par nous-mêmes, à prendre en charge nos épreuves et nos bouleversements. Tout cela nous est donné par Celui qui est Dieu, Créateur, maître du monde, car c’est lui-même qui nous accompagne dans cette aventure.




Moralité: l’enfant de Noël n’est pas venu pour nous attendrir, mais d’abord pour affronter devant nous les tempêtes de la vie.

En ce début d’année, n’oublions jamais de faire le lien entre le Jésus de la crèche et celui de la croix. Entre le Jésus de la douceur et celui de la tempête. Entre le bébé fragile et le maître des éléments déchaînés.

C’est lui qui nous dit, aujourd’hui encore: Suis-moi!

Et si nous partions, derrière lui, affronter nos pires craintes?



Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 23 décembre 2018

(Pr) "Dans la peau d’un handicapé"

Prédication du 23 décembre ‘18


Lectures: Luc 1, v. 5-25+57-79; Esaïe 12, v.1-3; Romains 8, v.28+31-39 

 


On le dit volontiers: “On est bien peu de chose”. Dans la Bible,  le prophète Esaïe l’exprime ainsi: “Les humains sont fragiles, comme l’herbe des champs. Vous le savez: l’herbe sèche; la fleur se fane...”

Aujourd’hui, les savants nous apprennent que nous sommes faits surtout de vide (ce qui est effectivement très peu de chose!); et que, si on supprimait tout ce vide en nous, nous ne serions  pas plus gros que le point que je mets à la fin de ma phrase.

C’est vertigineux, oh oui! Aussi vertigineux que d’essayer d’imaginer les distances entre les galaxies avec nos repères humains. Ou de se représenter le temps depuis la naissance du soleil, comparé à la durée de notre vie!

D’y penser nous fait prendre conscience de notre fragilité. Elle nous saute aux yeux. Mêlée de sentiments comme la peur;    la recherche de sécurités; ou la curiosité. Ou parfois quand même l’émerveillement.

Et pour nous, croyants, ces considérations nous conduisent encore à vouloir approfondir notre relation avec Dieu. Notre petitesse, nous sommes heureux de la remettre entre les mains de Celui qui dépasse toute chose et qui nous regarde avec une infinie tendresse.

C’est aussi ce qu’a vécu Zacharie, dont nous parle l’évangile de ce matin. Après avoir longtemps tâtonné, il a pu ouvrir une porte qui veut nous permettre, à nous également, d’avancer avec nos questions et nos frissons face aux mystères de l’infini.

Zacharie, pendant ces 9 mois où il ne pouvait plus parler, a découvert la vie autrement. Il a changé de point-de-vue. Lui qui était prêtre, bon juif, respectueux fidèle de la loi de Moïse, il a dû se mettre dans la peau d’un handicapé.


Il a dû subir les maladresses, les moqueries, sans doute; les barrières, sûrement; les visages trop curieux, ou au contraire fermés. Il a été marginalisé, parfois; mis de côté, souvent. On a dit:  “Dieu le punit. Qu’est-ce qu’il a fait au Ciel pour mériter ça?”
  
Il a changé de vie pendant 9 mois, un peu comme ces journalistes qui se déguisent pour découvrir comment vivent les autres. Seulement lui, ce changement, il ne l’avait pas choisi. D’avoir dû se mettre dans la peau d’un handicapé lui a ouvert les yeux. Et lui a même ouvert la bouche, pour finir!

Non, Zacharie n’était pas puni par Dieu. Il a passé par la porte étroite, celle qui nous fait quitter nos habitudes, nos sécurités, nos priorités humaines, pour rejoindre la vraie vie. La vie éternelle, dit l’évangile. Celle qui se donne.

Et Zacharie, effectivement, donne la vie à Jean, celui que nous appelons le Baptiste, le “père spirituel” de Jésus. Zacharie devient ainsi un maillon de la chaîne qui nous relie au salut; ou un étage de la fusée qui nous entraîne vers le Ciel!
 


“Loué soit le Seigneur, le Dieu du peuple d’Israël, dit Zacharie, parce qu’il a porté son attention sur son peuple, et l’a délivré. Il a fait apparaître un puissant Sauveur, pour nous”. (vv. 68-69a)

Notre peur latente, devant l’inconnu de l’histoire ou de la mort, notre fragilité, Dieu vient l’habiter, en Jésus!

Il vient, dans nos questionnements et nos inquiétudes, nous visiter pour nous libérer. Pour nous rendre forts et libres. C’est le centre de tout l’évangile, le plus important, le “sommet” de tout le message de Dieu pour nous.

En effet, le verset 69, qu’on traduit en général par “Il a fait apparaître un puissant Sauveur, pour nous” peut tout aussi bien vouloir dire: “Il a manifesté pour nous le sommet du salut”. Le mot grec utilisé par Luc signifie, exactement, la corne. Et il peut faire penser soit à la puissance de la corne du taureau; soit au sommet d’une montagne, souvent appelé aussi “corne” (en français, on dira plutôt “pic” ou “pointe”).
 


“Car Dieu avait fait serment à Abraham, notre ancêtre, de nous libérer du pouvoir de nos ennemis et de nous permettre de le servir sans peur”. (vv. 73-74)

Sachons bien, dit Zacharie, que les caves de notre enfance sont habitées! Ce qui est sombre et nous fait peur est habité, rempli de sa présence par quelqu’un qui nous dit: “Ne craignez pas”! Comme aux bergers de Noël. “N’ayez pas peur”. Dieu vient nous visiter pour nous délivrer de notre vulnérabilité; de nos superstitions; de nos culpabilités - parmi lesquelles aussi notre crainte de mal faire!
 


“Et toi, mon enfant, tu seras appelé prophète du Dieu très haut, car tu marcheras devant le Seigneur pour préparer son chemin, et pour faire savoir à son peuple qu’il le sauvera en pardonnant ses péchés.   Car notre Dieu est plein de tendresse et de bonté: il fera briller sur nous une lumière d’en haut, semblable à celle du soleil levant, pour éclairer ceux qui se trouvent dans la nuit et dans l’ombre de la mort, pour diriger nos pas sur le chemin de la paix”. (vv. 76-79)

Peut-être sommes-nous tellement habitués à ce passage que nous ne réalisons plus bien une rupture de sens qui voulait faire dresser l’oreille des premiers auditeurs. Quel rapport en effet entre la présence lumineuse de Dieu en Christ et l’invitation qu’il nous adresse à marcher sur les chemins de la paix?

En y méditant, je crois que ces derniers versets nous suggèrent qu’on ne peut pas créer la paix véritable, on ne peut pas l’obtenir sans être soi-même en paix. Impossible de la conquérir par la violence ou la contrainte, encore moins par la peur: la crainte, la force, à long terme, ne peuvent engendrer que la violence. La paix véritable, on ne peut pas l’obtenir sans être soi-même, profondément, en paix.
 

En paix avec ses proches, en paix avec soi.-même, en paix avec son Dieu - quel que soit ce dieu, d’ailleurs! Impossible d’avancer sur le chemin de la paix sans se savoir sincèrement pardonné, véritablement aimé de toute la tendresse du monde, libéré, gracié; comme le condamné dont on supprime le châtiment. Et là, vous voyez pourquoi la paix que Dieu nous donne n’est pas encore réalisée, concrètement, sur notre terre. Elle dépend de nous!

La paix authentique, on ne peut que la recevoir, et la laisser nous transformer! C’est cela, Noël: l’annonce de la présence de Dieu plantée au coeur du monde, et au coeur de l’humanité qui souffre, qui cherche, qui désespère ou qui se perd. L’annonce qui dit, malgré toutes les trahisons des hommes, qui dit la fidélité absolue de Dieu à son projet de salut; sa ferme détermination à nous conduire sur des chemins de liberté et de paix. Et ses appels obstinés à notre adresse, appels à faire preuve d’assez de souplesse pour nous y laisser entraîner!

 

Un dernier mot sur le fait que Zacharie était devenu muet. En vivant cela, il a découvert soudain un Dieu autre, tout autre, un Dieu de l’impossible et de l’inespéré - puisqu’il peut devenir père, enfin!

Le fait qu’il ressorte muet de sa rencontre divine ne voudrait-il pas nous suggérer que l’Evangile, la Bonne Nouvelle de Dieu, est indicible? Impossible à exprimer avec nos mots humains? Voire incroyable?

Par son mutisme, Zacharie nous dit (si j’ose dire!!) que Dieu dépassera toujours toutes nos images sur lui. Toutes nos paroles! Nos croyances et nos théologies!

Mais dites: et s’il nous arrivait un jour la même chose?

En tout cas, faites bien attention, quand vous entrez dans un lieu de culte (y compris dans cette église de Correvon)! Faites bien attention, car vous ne savez jamais comment vous allez en ressortir! C’est dangereux (dangereux pour la routine, en tout cas) ...lorsque nous laissons Dieu nous parler!
 
“On est bien peu de chose”, c’est vrai. Mais pour Dieu, et avec lui, nous pouvons devenir des manifestations de la puissance d’En Haut. Pareils à Zacharie, nous pouvons nous laisser entraîner  sur des chemins qui donnent un tout autre goût à la vie. À la nôtre et à celle des autres, et peut-être même à celle de nos descendants, dans 2000 ans!?!
Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 







----> Vous pouvez lire le texte poétique d'introduction ("C'est si petit") à l'url <https://textesdejjcorbaz.blogspot.com/search?q=c%27est+si+petit>

mercredi 19 décembre 2018

(Ci, Hu) Intellectuel?


Non: Dieu est manuel (ce qui signifie Dieu avec nous). 
Il travaille dans la construction comme charpentier, et il restaure l’homme intérieur.
Le chantier n’est pas terminé et il embauche.


Jean-François Ramelet


lundi 10 décembre 2018

(Bi, Co, Hu) La fable des ânes…





Ânerie







Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village. Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie. Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait en acheter dans huit jours et qu'il les paierait 500 €. Puis il quitta le village.

Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent.
 

Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances  dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés. Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.
  


Pour éviter ce désastre, le maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.
 

Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.
 

Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale… On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont frères et vivent ensemble sur une île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front. On les appelle les frères Marchés. Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne électorale des maires sortants.
 


Cette histoire n’est toutefois pas finie, car on ignore ce que firent les villageois. Et vous, qu’auriez-vous fait à leur place ? Que ferez-vous?


(auteur âne Onyme!)




samedi 8 décembre 2018

(Ré, Bi) Bon pied? Mon œil!


La communauté chrétienne est comme un corps. C’est l’apôtre Paul qui développe cette image (1 Cor. 12). Chaque partie a besoin des autres, on le sait.

Aujourd’hui encore, plus que jamais, dans ce temps où le repli a le vent en poupe. La peau, blessée, a besoin du tube digestif pour se réparer. L’os cassé dépend du sang pour se régénérer. Le corps veut se renouveler sans cesse pour porter plus loin ce trésor de la Vie.

De même, la communauté chrétienne est appelée à se renouveler continuellement pour transmettre plus loin ce trésor de l’Evangile et de l’amour passionné de Dieu pour nous. Pour chacune.

Respect. Tendresse. Pardon. Tout cela nous est donné. Saurons-nous en rayonner?


Jean-Jacques Corbaz

 

dimanche 2 décembre 2018

(Pr) Saint Nicolas, et si c’était toi?

Prédication du 2 décembre 2018

Lectures: Matthieu 25, 31-40; 1 Jean 4, 7-12; 1 Jean 3, 18

  

Nicolas rime avec chocolat. Et ça tombe bien, en ce dimanche où le CSP nous propose ses plaques de choc’ traditionnelles! Mais c’est aussi un des saints les plus populaires au monde. Même chez les protestants! Il est vénéré un peu partout, depuis l'Orient jusqu'aux Etats-Unis; de l'Italie aux pays scandinaves. Il est le patron de la Russie, de Fribourg et de la Lorraine; protecteur des enfants; des marins; et des jeunes filles à marier!

En fait, on ne sait quasi rien de lui, historiquement. On sait juste que Nicolas a été évêque de Myra (en Turquie actuelle), au 4è siècle après JC. Son culte s'est développé très tôt autour de quelques récits légendaires. Par exemple celui-ci:

Trois enfants, surpris par la nuit, demandent l'hospitalité dans une maison isolée. Or il y a, dans cette maison, un méchant boucher, qui les tue, les découpe en morceaux et les dépose dans un saloir à viande.  Sept ans plus tard, Nicolas passe par là. Il a faim, et demande à son hôte: "N'auriez-vous pas une viande qui attend au saloir depuis sept ans?" Effrayé, le boucher veut s'enfuir. Mais le saint le retient. Il lui promet le pardon de Dieu. Puis il ramène à la vie les trois enfants, qui se réveillent en disant qu'ils ont bien dormi!!
 


Voilà pourquoi, bien sûr, Nicolas est l'ami des enfants. Mais savez-vous comment s'est construite la légende? Au temps de l'empereur Constantin, trois généraux avaient été condamnés à mort, et enfermés pour être exécutés. Cela alors qu'ils étaient innocents. On dit que, pendant la nuit, le saint serait apparu à l'empereur, en rêve, pour lui annoncer qu'il avait commis une erreur judiciaire. Du coup, Constantin aurait fait libérer les prisonniers.

Or, on avait l'habitude, sur les icônes orientales, de représenter les saints beaucoup plus grands que les autres personnes. Alors, les images de cette histoire ont montré un Nicolas à côté duquel les généraux sauvés de la mort avaient l'air tout petits. Quand ces icônes sont arrivées en Occident, où l’on ne connaissait pas les symboles des icônes, on a cru qu'elles représentaient trois enfants; et la tour de la prison où ils étaient a été prise pour un tonneau de boucher. Vous voyez comment se forgent les légendes!
  


Dans un autre domaine, Nicolas est dit aussi protecteur des marins; et on raconte d'innombrables histoires de tempêtes qu'il aurait calmées, et de bateaux sauvés du naufrage.

Quant aux filles à marier, vous connaissez aussi la légende: Nicolas a hérité d'une importante fortune; son voisin, au contraire, est si pauvre que ses trois filles doivent se prostituer. Le saint l'apprend, alors il met des pièces d'or dans un sac, et il les jette pendant la nuit dans la maison de cette famille (certains disent même: par la cheminée - voyez comment cette histoire a engendré celle du Père Noël!). Le matin, le voisin trouve l'or. Tout heureux, il remercie Dieu; et grâce à cette somme, il peut marier sa fille aînée.

Par la suite, Nicolas va renouveler ses cadeaux pour les deux cadettes, qui trouveront elles aussi un époux!

C'est ainsi que le saint est devenu célèbre comme bienfaiteur des pauvres et des enfants. Et c'est à partir de son personnage que sont apparus les autres porteurs de cadeaux de fin d'année: le Père Janvier; Chalande; le Bon Enfant; et bien sûr le Père Noël. Aux Etats-Unis, ce dernier s'appelle Santa Claus, qui veut dire dans les langues germaniques Saint Nicolas.

Notre grand homme est donc un magnifique exemple de générosité. Pas seulement en argent (ou en or!); mais également en temps; en attention pour les autres; en bienveillance.

Puisse-t-il, en ces temps peu folichons, stimuler les nôtres, de générosités! À l'égard d'autrui, ou en faveur des institutions qui aujourd'hui prennent le relais de la solidarité individuelle, pour venir en aide de notre part aux plus pauvres. Et là, vous connaissez la litanie: Centre Social protestant, Pain pour le Prochain, Caritas, Terre Nouvelle, et tant d'autres...
  
Mais attention: on a trop prêché, dans nos églises, une générosité un peu
naïve, bébête... j'ai presque envie de dire: faible! Il ne s'agit pas de donner au premier arnaqueur venu! St Nicolas nous montre une tout autre manière d'être généreux: avec discernement! Avec courage! Sans conditions, sans chantage, sans morale! Une générosité solidaire et solide, qui ne calcule pas ce qu'elle donne, mais qui réfléchit bien où elle donne!

Une générosité, en somme, qui s'inspire de celle, énorme (oui: hors des normes!) de Dieu, au matin de Pâques!

Trop souvent, vous savez, nous fonctionnons sur le mode du “donnant-donnant”. Un mode humain, presque naturel: tu me salues, je te salue; tu es sympa avec moi, je le suis sympa avec toi; tu m’invites, je t’invite; tu baisses mes impôts, je te paie un voyage...
  

Or l’évangile, notamment cette belle description imagée de Matthieu 25, nous invite à tout autre chose. Comme Nicolas l’a vécu de manière exemplaire, la foi au Christ nous appelle à dépasser le système du “donnant-donnant” pour inaugurer les relations nouvelles du Royaume, celles du “donnant-tout-court”!

D’ailleurs, mes amis, vous le sentez bien: si Dieu s’était cantonné à la réciprocité toute crue, eh bien, nous serions morts! En Christ, que nous allons fêter dans 23 jours, lui, il nous donne tout, gratuitement. Son amour, son pardon, sa passion pour nous, sans condition! Mieux encore, il se donne entièrement, pour nous relever à une vie pleine et belle!

Chers amis, alors que tout, dans notre temps, invite au repli (sur soi ou sur ses traditions...); alors que la mondialisation crée en nous des sentiments de fragilité... de peur... de méfiance ou de colère; alors que nous manquons cruellement de repères... de points d'ancrage solides, auxquels s'accrocher lors des tempêtes de la vie; oui, dans notre hiver, il fait bon croiser la générosité bienveillante de Saint Nicolas, et de toutes les figures qu'il prend parmi nous depuis bientôt 1700 ans!
 

Il fait bon la croiser, et vous pensez bien qu'il fait bon la vivre, aussi! La réaliser, concrètement, ici tout près, ou bien au loin. L’attitude de Saint Nicolas, si généreux dans sa bonté, n’est bien sûr pas forcément à notre portée. Mais nous pouvons tous nous en rapprocher un peu, ce qui nous fera du bien à nous-même, d’abord.

En effet, j’en suis sûr, cette “St-Nicolattitude” est le meilleur antidote aux maux de notre époque: je pense à la course à la performance qui nous laisse tous démoralisés et épuisés. Je pense au matérialisme, au culte du rendement maximum, qui tuent en nous les valeurs humaines. Je pense... mais vous pensez, vous aussi; et vous n'avez pas besoin de moi pour dresser ce triste constat!

Le contrepoison à ces maux, je crois fermement que vous allez, que nous allons le trouver dans l'exemple de Saint Nicolas.   Comme une liberté, nouvelle. Comme un allègement. Dans une générosité reçue et donnée, exercée avec discernement et courage. Sans conditions, sans morale, sans chantage! Dans une générosité solidaire et solide, qui ne calcule pas ce qu'elle donne, mais qui réfléchit bien où elle donne! Dans une générosité qui s'inspire de celle de Dieu, pour nous. Amen

Jean-Jacques Corbaz  




  

dimanche 18 novembre 2018

(Pr) Julien, la poutze et la tendresse

Narration du 18.11.18  «Compter ses jours»

Lectures:  Psaume 90, 1-6 + 12; Matthieu 5, 3-9; Apocalypse 21, 1-4

 

Elle est assise là, sur le banc public; sur la petite place pour les jeux des enfants, au bord de la grande rue du village. Elle est assise, fatiguée de toutes ces années de peine, de toutes ces journées, trop pleines, où il fallait aller, venir, et encore aller, sans trêve, même pas le temps d’un rêve!

Elle est assise, elle essaie de reprendre son souffle; et surtout de reprendre le cours de ces pensées, qu’elle avait toujours dû renvoyer à des jours... euh, meilleurs? Enfin, à plus tard.

Elle est assise, pour passer le temps de ces matins maintenant trop longs; trop vides; sans présence; sans arrivée et sans partance... Huitante-neuf ans, déjà....

Alors, elle regarde les gens; les passants. Les passants du marché; les marchands du passé... très passé, le bon temps! Très.

Elle regarde les gens, et parfois reconnaît un visage. “Bonjour!” -Oh, déjà parti. Elle regarde les gens, et souvent ne reconnaît rien. Les Jean, les Jules, et les Julien, qui sont les vieux de demain. Ça va? Voui, voui, ça va; ça vient.

Julien... c’est qu’il lui manque; terriblement. Julien... Son homme. Son bonhomme, elle disait.

Julien... Quand elle pense à tout ce qu’elle a rouspété après lui, de son vivant; à tout ce qui l’énervait si fort: les essuie-mains, tout salis à peine elle les avait changés; les cheveux dans le lavabo; les verres et les tasses, rangés n’importe comment; les traces de ses souliers, boueux, sur le plancher, qu’il avait (encore!) oublié d’essuyer (...les souliers, pas le plancher!).
 

Julien... Oh, si j’avais su que la vie était si courte, je t’aurais parlé un peu moins de poutze, et un peu plus de... mais je ne sais même pas comment ça s’appelle; je crois que je n’ai pas appris à “ça” nommer. Et toi, encore moins, je sais bien.

Tu te souviens? À notre mariage, le pasteur avait lu ce verset d’un psaume: “Seigneur, enseigne-nous à bien compter nos jours, afin que notre coeur apprenne la sagesse... Fais-nous comprendre que nos jours sont comptés”. Eh bien, je regrette; j’avais écouté; mais pas compris.

Quarante-sept ans ensemble, pourtant, ça nous a paru long, des fois. Sur le moment. Ces mois de chômage, dont on ne voyait pas le bout. Et puis, ces soirs, quand les gamines ne rentraient pas; je m’inquiétais; la pendule ne voulait pas avancer. Quarante-sept ans, tous ces jours étaient comptés.

Et puis, Julien, tu es tombé malade. Cette grosseur, là... Tout s’est accéléré. Hôpital. Convalescence. Espoir! -Et rechute. Re-hôpital; re-convalescence; re-espoir! -Re-rechute, ma foi. Et... le visage fermé du docteur, quand... il est venu... me dire: “Madame Viret, il faudra être courageuse”.

Quarante-sept ans, comptés et... bien comptés.
 

À l’école, c’était tout simple de compter. J’aimais ça! Des pommes + des poires. Des kilos de farine; + des kilos de plumes, et des kilos de plomb...

Mais compter: des jours; des mois; des années. Fois deux. Divisés par nos énervements, nos impatiences. Et moins, surtout, moins tout ce que j’ai oublié. Parce qu’on était trop pressés.

Pressés de faire... quoi, je vous le demande. Pressés vers quoi? Par qui? ... Parti!

Pressés de vivre; pressés de vieillir; et maintenant, déjà, pressés...  de mourir? Mais, mon Dieu, quelle vie!?
  
Est-ce qu’on ne pourrait pas... ralentir? Aller... autrement? Goûter nos journées... S’arrêter devant une rose... La sentir entrer en nous... Se tourner vers le soleil... S’ouvrir à sa chaleur... comme une fleur? Respirer la vie? Prendre le temps d’apprécier celles et ceux qu’on aime. Faire des provisions de tendresse...

Ces passants, pressés: mais qui va le leur dire?

- Ohé! Arrêtez-vous, les jeunes! Prenez le temps de souffler; d’admirer; de rêver. Prenez le temps d’aimer! Dans vingt ans, vous direz: “Ah, si on avait vingt ans de moins!”. Eh bien, aujourd’hui, vous les avez! Alors, profitez!

Moi? Je ne les ai plus; évidemment. Il faut que je rentre à la maison. Je suis fatiguée, mais un peu soulagée aussi. Ça m’a fait du bien de crier.

Tu sais, Julien, je te sens mieux, maintenant. Je vis un peu plus ta présence, en ce soir de tristesse. La vie n’est pas facile. Mais ça m’aide. Tu m’aides.
  

Elle est assise là, sur le banc d’angle, dans sa petite cuisine, trop grande pour elle seule. Son souper terminé, elle prend sa bible; l’ouvre; et y voit un bout de journal qu’elle avait découpé, il y a quelques années. Un bout de journal où est inscrite une phrase du pasteur Zeissig, qu’elle aimait écouter à la radio. Elle relit cette parole, la repasse dans son coeur et médite. Sur ce bout de papier, il est écrit:  “Dieu t’a donné la vie courte; pour que tu n’aies pas le temps    de la faire petite.”

“Dieu t’a donné la vie courte; pour que tu n’aies pas le temps de la faire petite.”

Elle reste longtemps en silence, puis elle se met à prier: “Seigneur, enseigne-moi à mieux compter mes jours!”

Amen

Jean-Jacques Corbaz 








dimanche 11 novembre 2018

(Pr, Hu) De Maxime Gorki à Raymond Devos

Culte du 11 nov. 2018 
«Dieu de grand-père, Dieu de grand-mère» 
- Ouverture des catéchismes
 
Lectures:  Esaïe 65, 1-2; Jean 14, 27; Jean 15, 9+15

 


Monsieur le pasteur est très fier de sa treille, qui donne de magnifiques raisins. Mais, alors qu’il va bientôt pouvoir les cueillir, un matin, il voit qu’on lui en a volé la moitié!  Furieux, il place un gros panneau à côté de sa vigne, où il écrit: “Dieu voit tout”. Mais le lendemain, toutes les grappes restantes ont disparu. Et une main anonyme a ajouté, en-dessous de “Dieu voit tout”: “Mais il ne dénonce pas!” ...

Deux images de Dieu, bien différentes: celui qui épie les fautes; et celui qui passe l’éponge. Lequel est ton Dieu, à toi?

Cette question va nous accompagner ce matin. Mais aussi tout au long de cet hiver de catéchisme. Quel est ton Dieu? Car nous n’allons pas vous imposer notre manière de voir; mais plutôt discuter, et partager nos idées sur Dieu. Comme l’a déjà fait d’ailleurs la Bible, bien avant nous, elle qui est en somme une palette de multiples réponses à cette question!

Il y a 150 ans naissait le célèbre écrivain russe Maxime Gorki, qui a beaucoup médité sur cette question. Dans son livre “Ma vie d’enfant”, il raconte l’histoire de sa relation avec Dieu. Maxime Gorki était un ami de Lénine, mais il est toujours resté adepte d’une foi chrétienne paisible et joyeuse. Ecoutez ce qu’il écrit:

“J’ai compris très vite que le Dieu de grand-papa n’était pas le même que celui de grand-maman. Impossible de s’y tromper, la différence était flagrante.

Le matin, quand grand-maman se réveillait, elle priait sans se préparer spécialement; et presque chaque jour elle trouvait de nouveaux mots pour dire sa louange. Son enthousiasme me donnait envie de l’écouter.

Le Dieu de grand-maman était toute la journée avec elle: même aux animaux, elle parlait de lui. Je sentais que les gens, les chiens, les oiseaux, les abeilles, les plantes, tout obéissait sans effort à ce seigneur qui était bon de la même manière pour chacune de ses créatures.

Grand-papa, lui, m’enseignait que Dieu est un être tout-puissant, partout présent, toujours prêt à venir en aide aux hommes, oui; mais grand-papa ne priait pas comme sa femme.

Le matin, avant de réciter ses oraisons, il se lavait soigneusement; s’habillait comme s’il allait passer un examen; se peignait méticuleusement...

Il priait debout, la tête en arrière, les sourcils dressés, la barbe à l’horizontale. Il récitait ses prières comme s’il répondait à un professeur. Par coeur. Sa voix était nette et impérieuse.

Un jour, grand-maman, en plaisantant, lui dit:

- Ta prière doit ennuyer Dieu, tu lui répètes toujours la même chose...

Le visage de grand-papa est devenu rouge de colère. Il s’est mis à trembler, puis il a lancé une assiette à la tête de sa femme:

- Va-t’en, vieille sorcière!

Quand il me parlait de la force invincible de Dieu, il en soulignait la cruauté avant toute autre chose. J’avais de la peine à croire que Dieu soit cruel...
 


À l’église, je pouvais distinguer à quel Dieu j’avais affaire: tout ce que le prêtre et le diacre récitaient s’adressait au Dieu de grand-papa, tandis que la musique et les chants célébraient celui de grand-maman.

Le seigneur de grand-papa m’inspirait de la peur et même de la haine. Il n’aimait personne. J’avais le sentiment très net qu’il ne croyait pas en l’homme.

À cette époque, la pensée de Dieu composait la principale nourriture de mon âme. C’était ce que j’avais de plus beau dans ma vie. Dieu était ce qu’il y avait de plus lumineux, de meilleur, l’ami de la création.”


Voilà. J’aime bien ces lignes de Maxime Gorki. Et je partage ses sentiments. Beaucoup de mes contemporains imaginent un Dieu qui n’a pas grand-chose de commun avec celui que j’aime, et que j’ai envie de vous faire découvrir, vous catéchumènes de 7 mois à 177 ans!

Un été, pendant mes vacances, je suis entré dans une vieille église. Dehors, grand soleil. Mais à l’intérieur, c’était très sombre. Je distinguais à peine les bancs. Pourtant, peu à peu, mon oeil s’est habitué à l’obscurité. Je distingue de mieux en mieux les formes; les sculptures, les piliers, les voûtes... De très belles choses m’apparaissent, alors que deux minutes avant j’étais incapable de les voir.

Une seule chose pourtant a changé depuis que je suis entré. Et ce n’est pas l’église, c’est seulement mon regard.
  


De même, souvent la vie m’apparaît comme toute sombre et je n’y distingue rien de beau. Et si c’était mon regard qui ne me permet pas de discerner la beauté et le bonheur?

Je me dis parfois que le monde est plein de gens heureux qui ne voient pas qu’ils sont heureux. Or Dieu non plus, nous ne savons pas le voir. Nous pensons que c’est tout noir, là aussi!

La vérité ne crève pas les yeux. C’est plutôt nos yeux qui ont besoin de peu à peu crever les choses qui nous cachent la beauté, et la vérité.

Voilà le catéchisme qu’il nous reste à vivre. Toutes et tous, non? Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz



Après la prédication:
Merci à Maxime Gorki, mais aussi au pasteur Philippe Zeissig, à qui j’ai emprunté des fragments de ma prédication. Et encore, merci à l’immense humoriste Raymond Devos, à qui j’emprunte un sketch que j’aime beaucoup. Je le lui emprunte, mais promis: je le rendrai!


J’ai lu quelque part : « Dieu existe, je l’ai rencontré ! »

Ça alors ! Ça m’étonne !

Que Dieu existe, la question ne se pose pas !

Mais que quelqu’un l’ai rencontré 
avant moi, voilà qui me surprend !

Parce que j’ai eu le privilège
 de rencontrer Dieu juste à un moment
 où je doutais de Lui !
Dans un petit village de Lozère 
abandonné des hommes, il n’y avait plus personne.

En passant devant la vieille église,
 poussé par je ne sais quel instinct, 
je suis entré...
Et là, j’ai été ébloui, par une lumière 
intense... insoutenable !


C’était Dieu... 
Dieu en personne, 
Dieu qui priait !

Je me suis dit : Mais qui prie-t-il ?
 

Il ne se prie pas lui-même ?
 Pas lui ? Pas Dieu !?

Et non ! Il priait l’homme !
Il me priait, moi !

Il doutait de moi

Comme j’avais douté de lui !

Il disait : -O homme !


si tu existes, donne-moi un signe de toi !

J’ai fait : Mon Dieu je suis là !
Il a dit : Oh, miracle !


Une apparition humaine !

Je lui ai dit : Mais, mon Dieu...

Mais comment peux-tu douter 
de l’existence de l’homme,

puisque c’est toi qui l’a créé ?
Il m’a fait : Oui... Mais il y a si longtemps
 que je n’en ai pas vu dans cette église...


je me demandais si ce n’était pas une vue de l’esprit !
Je lui ai dit : Te voilà rassuré, mon Dieu !


Il m’a fait : Oui !

Oui, je vais pouvoir aller leur dire là-haut :

« L’homme existe, je l’ai rencontré ! »

Raymond Devos  
 




dimanche 28 octobre 2018

(Pr) Vous y arrivez, vous?

Cultes du 28.10.18

Luc 10, 25 – 37:   Qui est mon prochain?


Qu’est-ce que je dois faire pour être sauvé? Vaste question! Vous le savez, vous?

C’est comme une fois y avait Ouin-Ouin, euh pardon, un bon juif d’il y a 2000 ans, qui demandait à Jésus: «Maître, que dois-je faire pour être sauvé?».
 

 
Or, quand on lit les évangiles, on voit que Jésus ne donne pas toujours la même réponse à ces vastes questions de l’existence. Aux uns il dit: «repens-toi». Aux autres: «sois pardonné»… À certains: «vends tout, et donne l’argent aux pauvres»…  Ou encore: «crois seulement, fais confiance». Souvent, il appelle: «change de vie»!

Jésus n’a pas de réponse passe-partout. Ici, il accueille cet homme dans les catégories qu’il peut comprendre. Comme ce bon juif est un spécialiste de l’Ancien Testament, de ce qu’en Israël on appelle la Loi, Jésus lui dit: «Qu’est–il écrit dans la loi?» Il le rejoint sur son terrain.

L’homme a bien appris son catéchisme. Vous connaissez sa réponse: «Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée; et tu aimeras ton prochain comme toi–même».

«Bonne réponse», lui dit Jésus… mais aussitôt il jette un gros pavé dans la mare: «Alors fais cela, et tu vivras. Sois parfait et, pas de problème, tu seras sauvé».

Aïe! Que voilà une exigence inaccessible - pour chacun(e)! Comment est-ce possible, d’aimer Dieu, de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force, et de toute sa pensée; et son prochain comme soi-même? Vous y arrivez, vous? En tout cas, pour moi… Hem!!
  


Cela, Jésus le sait, évidemment. Il est important de dissiper ici un malentendu: ce n’est pas ce qu’il attend de nous, la perfection. Mais il a devant lui un homme qui pense pouvoir en faire assez pour être sauvé. Par lui-même. Alors il le pousse au bout de sa logique, par dérision. Il le prend au mot pour lui montrer que ses valeurs sont impossibles à mettre en pratique: «si c’est ce que tu fais qui te donne la vie éternelle, si c’est ton obéissance aux commandements, alors il faut que tes actes soient parfaits».

À ce moment, le gaillard, qui pourrait être vous et moi, se sent piégé; et il joue sa dernière carte pour essayer de se justifier; ou pour détourner la conversation! Il demande: mon prochain… mais c’est qui, mon prochain?

Et cette question dilatoire va permettre à Jésus d’élever le débat d’un cran, plus haut; de le recentrer sur l’essentiel. Vous le savez, il répond par une parabole, une petite histoire, qu’on peut résumer ainsi:

Un voyageur innocent se fait attaquer par des brigands. Il est laissé pour mort par ses agresseurs. Et tandis qu’il est couché là, au bord du chemin, agonisant, passe un prêtre. Ce dernier, un religieux professionnel pourtant, continue sa route comme si de rien n’était. Arrive ensuite un lévite, qui lui aussi fait semblant de n’avoir rien vu.

Enfin, survient un étranger, membre d’un peuple voisin avec qui les juifs entretiennent des relations de haine cordiale. Et c’est cet homme impie qui pourtant s’arrête, et prend soin du blessé bien au-delà de tout ce qu’on aurait pu imaginer.
  

Dans cette histoire, conclut Jésus, lequel de ces trois te semble avoir été le prochain du voyageur agressé?

Et la réponse vient tout naturellement: le prochain, c’est celui qui a été bon pour cet homme.

Et voilà. L’interlocuteur de Jésus a eu la clé de l’énigme, et il l’a trouvée lui-même: le prochain, ce n’est pas d’abord celui que tu as le devoir d’aimer. Si tu pars comme ça, mon vieux, c’est foutu! Le prochain, c’est avant tout quelqu’un qui vient t’aimer. Ce n’est pas celui que tu dois aider, mais c’est celui qui vient t’aider! Jésus raconte la parabole de telle manière que l’auditeur s’identifie spontanément à ce voyageur blessé, et non pas à un quelconque saint-bernard. Le prochain, dit le Christ, c’est le Samaritain, et toi, et moi, nous sommes les blessés au bord du chemin.

Tu veux aimer l’autre, c’est bien, mais fais d’abord comme cet homme attaqué, et molesté: reçois l’amour de ton prochain, d’abord, et alors tu pourras aimer l’autre, comme toi-même! Comme toi-même tu es aimé… Comme toi-même tu es secouru… Comme toi-même tu es accueilli… Comme toi-même tu es compris…
  

Et ce n’est pas tout, laisse entendre Jésus: car ton premier prochain, c’est d’abord moi, le Christ, qui te parle! Laisse-toi aimer par l’accueil et la tendresse gratuits que je t’offre, et alors tu pourras aimer par tes propres gestes!

En somme, l’évangile nous appelle à une espèce de révolution copernicienne (à un renversement des mentalités). Des générations et des générations d’hommes d’Eglise (mais aussi de parents, de maîtres, de pontifes…) nous disaient: «Dieu t’aime à condition que tu deviennes meilleur… plus saint… plus repentant… que tu extirpes mieux le péché de ta vie».

Dommage! Parce que l’évangile nous affirmait le contraire depuis 2000 ans: «Dieu t’aime comme tu es. Il connaît tes difficultés à devenir ce dont tu rêves. Il t’accueille et te sauve avec tes qualités et avec tes défauts; son seul espoir c’est que tu progresses dans le bonheur. Et puis, tu le sens bien: c’est justement cette liberté et cette affection sans condition qui pourront t’aider à devenir meilleur!
  

Ne l’oublions jamais, Jésus veut nous aider à sortir de l’âge du «faire» pour entrer dans l’âge de l’amour! Lui, le Christ, il veut devenir pour nous ce premier prochain par lequel Dieu nous montre sa passion infinie.

C’est vrai pour chacun(e) de nous. C’est l’impulsion de la tendresse du Christ dans notre vie qui fera de nous des êtres aimants et accueillants.

Alors ne demandons plus: comment mieux aimer pour être sauvé? Mais travaillons en nous-mêmes autour de la question: comment ce salut, donné, reçu gratuitement, me permettra-t-il de mieux aimer? Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz