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dimanche 11 novembre 2018

(Pr, Hu) De Maxime Gorki à Raymond Devos

Culte du 11 nov. 2018 
«Dieu de grand-père, Dieu de grand-mère» 
- Ouverture des catéchismes
 
Lectures:  Esaïe 65, 1-2; Jean 14, 27; Jean 15, 9+15

 


Monsieur le pasteur est très fier de sa treille, qui donne de magnifiques raisins. Mais, alors qu’il va bientôt pouvoir les cueillir, un matin, il voit qu’on lui en a volé la moitié!  Furieux, il place un gros panneau à côté de sa vigne, où il écrit: “Dieu voit tout”. Mais le lendemain, toutes les grappes restantes ont disparu. Et une main anonyme a ajouté, en-dessous de “Dieu voit tout”: “Mais il ne dénonce pas!” ...

Deux images de Dieu, bien différentes: celui qui épie les fautes; et celui qui passe l’éponge. Lequel est ton Dieu, à toi?

Cette question va nous accompagner ce matin. Mais aussi tout au long de cet hiver de catéchisme. Quel est ton Dieu? Car nous n’allons pas vous imposer notre manière de voir; mais plutôt discuter, et partager nos idées sur Dieu. Comme l’a déjà fait d’ailleurs la Bible, bien avant nous, elle qui est en somme une palette de multiples réponses à cette question!

Il y a 150 ans naissait le célèbre écrivain russe Maxime Gorki, qui a beaucoup médité sur cette question. Dans son livre “Ma vie d’enfant”, il raconte l’histoire de sa relation avec Dieu. Maxime Gorki était un ami de Lénine, mais il est toujours resté adepte d’une foi chrétienne paisible et joyeuse. Ecoutez ce qu’il écrit:

“J’ai compris très vite que le Dieu de grand-papa n’était pas le même que celui de grand-maman. Impossible de s’y tromper, la différence était flagrante.

Le matin, quand grand-maman se réveillait, elle priait sans se préparer spécialement; et presque chaque jour elle trouvait de nouveaux mots pour dire sa louange. Son enthousiasme me donnait envie de l’écouter.

Le Dieu de grand-maman était toute la journée avec elle: même aux animaux, elle parlait de lui. Je sentais que les gens, les chiens, les oiseaux, les abeilles, les plantes, tout obéissait sans effort à ce seigneur qui était bon de la même manière pour chacune de ses créatures.

Grand-papa, lui, m’enseignait que Dieu est un être tout-puissant, partout présent, toujours prêt à venir en aide aux hommes, oui; mais grand-papa ne priait pas comme sa femme.

Le matin, avant de réciter ses oraisons, il se lavait soigneusement; s’habillait comme s’il allait passer un examen; se peignait méticuleusement...

Il priait debout, la tête en arrière, les sourcils dressés, la barbe à l’horizontale. Il récitait ses prières comme s’il répondait à un professeur. Par coeur. Sa voix était nette et impérieuse.

Un jour, grand-maman, en plaisantant, lui dit:

- Ta prière doit ennuyer Dieu, tu lui répètes toujours la même chose...

Le visage de grand-papa est devenu rouge de colère. Il s’est mis à trembler, puis il a lancé une assiette à la tête de sa femme:

- Va-t’en, vieille sorcière!

Quand il me parlait de la force invincible de Dieu, il en soulignait la cruauté avant toute autre chose. J’avais de la peine à croire que Dieu soit cruel...
 


À l’église, je pouvais distinguer à quel Dieu j’avais affaire: tout ce que le prêtre et le diacre récitaient s’adressait au Dieu de grand-papa, tandis que la musique et les chants célébraient celui de grand-maman.

Le seigneur de grand-papa m’inspirait de la peur et même de la haine. Il n’aimait personne. J’avais le sentiment très net qu’il ne croyait pas en l’homme.

À cette époque, la pensée de Dieu composait la principale nourriture de mon âme. C’était ce que j’avais de plus beau dans ma vie. Dieu était ce qu’il y avait de plus lumineux, de meilleur, l’ami de la création.”


Voilà. J’aime bien ces lignes de Maxime Gorki. Et je partage ses sentiments. Beaucoup de mes contemporains imaginent un Dieu qui n’a pas grand-chose de commun avec celui que j’aime, et que j’ai envie de vous faire découvrir, vous catéchumènes de 7 mois à 177 ans!

Un été, pendant mes vacances, je suis entré dans une vieille église. Dehors, grand soleil. Mais à l’intérieur, c’était très sombre. Je distinguais à peine les bancs. Pourtant, peu à peu, mon oeil s’est habitué à l’obscurité. Je distingue de mieux en mieux les formes; les sculptures, les piliers, les voûtes... De très belles choses m’apparaissent, alors que deux minutes avant j’étais incapable de les voir.

Une seule chose pourtant a changé depuis que je suis entré. Et ce n’est pas l’église, c’est seulement mon regard.
  


De même, souvent la vie m’apparaît comme toute sombre et je n’y distingue rien de beau. Et si c’était mon regard qui ne me permet pas de discerner la beauté et le bonheur?

Je me dis parfois que le monde est plein de gens heureux qui ne voient pas qu’ils sont heureux. Or Dieu non plus, nous ne savons pas le voir. Nous pensons que c’est tout noir, là aussi!

La vérité ne crève pas les yeux. C’est plutôt nos yeux qui ont besoin de peu à peu crever les choses qui nous cachent la beauté, et la vérité.

Voilà le catéchisme qu’il nous reste à vivre. Toutes et tous, non? Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz



Après la prédication:
Merci à Maxime Gorki, mais aussi au pasteur Philippe Zeissig, à qui j’ai emprunté des fragments de ma prédication. Et encore, merci à l’immense humoriste Raymond Devos, à qui j’emprunte un sketch que j’aime beaucoup. Je le lui emprunte, mais promis: je le rendrai!


J’ai lu quelque part : « Dieu existe, je l’ai rencontré ! »

Ça alors ! Ça m’étonne !

Que Dieu existe, la question ne se pose pas !

Mais que quelqu’un l’ai rencontré 
avant moi, voilà qui me surprend !

Parce que j’ai eu le privilège
 de rencontrer Dieu juste à un moment
 où je doutais de Lui !
Dans un petit village de Lozère 
abandonné des hommes, il n’y avait plus personne.

En passant devant la vieille église,
 poussé par je ne sais quel instinct, 
je suis entré...
Et là, j’ai été ébloui, par une lumière 
intense... insoutenable !


C’était Dieu... 
Dieu en personne, 
Dieu qui priait !

Je me suis dit : Mais qui prie-t-il ?
 

Il ne se prie pas lui-même ?
 Pas lui ? Pas Dieu !?

Et non ! Il priait l’homme !
Il me priait, moi !

Il doutait de moi

Comme j’avais douté de lui !

Il disait : -O homme !


si tu existes, donne-moi un signe de toi !

J’ai fait : Mon Dieu je suis là !
Il a dit : Oh, miracle !


Une apparition humaine !

Je lui ai dit : Mais, mon Dieu...

Mais comment peux-tu douter 
de l’existence de l’homme,

puisque c’est toi qui l’a créé ?
Il m’a fait : Oui... Mais il y a si longtemps
 que je n’en ai pas vu dans cette église...


je me demandais si ce n’était pas une vue de l’esprit !
Je lui ai dit : Te voilà rassuré, mon Dieu !


Il m’a fait : Oui !

Oui, je vais pouvoir aller leur dire là-haut :

« L’homme existe, je l’ai rencontré ! »

Raymond Devos  
 




dimanche 28 octobre 2018

(Pr) Vous y arrivez, vous?

Cultes du 28.10.18

Luc 10, 25 – 37:   Qui est mon prochain?


Qu’est-ce que je dois faire pour être sauvé? Vaste question! Vous le savez, vous?

C’est comme une fois y avait Ouin-Ouin, euh pardon, un bon juif d’il y a 2000 ans, qui demandait à Jésus: «Maître, que dois-je faire pour être sauvé?».
 

 
Or, quand on lit les évangiles, on voit que Jésus ne donne pas toujours la même réponse à ces vastes questions de l’existence. Aux uns il dit: «repens-toi». Aux autres: «sois pardonné»… À certains: «vends tout, et donne l’argent aux pauvres»…  Ou encore: «crois seulement, fais confiance». Souvent, il appelle: «change de vie»!

Jésus n’a pas de réponse passe-partout. Ici, il accueille cet homme dans les catégories qu’il peut comprendre. Comme ce bon juif est un spécialiste de l’Ancien Testament, de ce qu’en Israël on appelle la Loi, Jésus lui dit: «Qu’est–il écrit dans la loi?» Il le rejoint sur son terrain.

L’homme a bien appris son catéchisme. Vous connaissez sa réponse: «Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée; et tu aimeras ton prochain comme toi–même».

«Bonne réponse», lui dit Jésus… mais aussitôt il jette un gros pavé dans la mare: «Alors fais cela, et tu vivras. Sois parfait et, pas de problème, tu seras sauvé».

Aïe! Que voilà une exigence inaccessible - pour chacun(e)! Comment est-ce possible, d’aimer Dieu, de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force, et de toute sa pensée; et son prochain comme soi-même? Vous y arrivez, vous? En tout cas, pour moi… Hem!!
  


Cela, Jésus le sait, évidemment. Il est important de dissiper ici un malentendu: ce n’est pas ce qu’il attend de nous, la perfection. Mais il a devant lui un homme qui pense pouvoir en faire assez pour être sauvé. Par lui-même. Alors il le pousse au bout de sa logique, par dérision. Il le prend au mot pour lui montrer que ses valeurs sont impossibles à mettre en pratique: «si c’est ce que tu fais qui te donne la vie éternelle, si c’est ton obéissance aux commandements, alors il faut que tes actes soient parfaits».

À ce moment, le gaillard, qui pourrait être vous et moi, se sent piégé; et il joue sa dernière carte pour essayer de se justifier; ou pour détourner la conversation! Il demande: mon prochain… mais c’est qui, mon prochain?

Et cette question dilatoire va permettre à Jésus d’élever le débat d’un cran, plus haut; de le recentrer sur l’essentiel. Vous le savez, il répond par une parabole, une petite histoire, qu’on peut résumer ainsi:

Un voyageur innocent se fait attaquer par des brigands. Il est laissé pour mort par ses agresseurs. Et tandis qu’il est couché là, au bord du chemin, agonisant, passe un prêtre. Ce dernier, un religieux professionnel pourtant, continue sa route comme si de rien n’était. Arrive ensuite un lévite, qui lui aussi fait semblant de n’avoir rien vu.

Enfin, survient un étranger, membre d’un peuple voisin avec qui les juifs entretiennent des relations de haine cordiale. Et c’est cet homme impie qui pourtant s’arrête, et prend soin du blessé bien au-delà de tout ce qu’on aurait pu imaginer.
  

Dans cette histoire, conclut Jésus, lequel de ces trois te semble avoir été le prochain du voyageur agressé?

Et la réponse vient tout naturellement: le prochain, c’est celui qui a été bon pour cet homme.

Et voilà. L’interlocuteur de Jésus a eu la clé de l’énigme, et il l’a trouvée lui-même: le prochain, ce n’est pas d’abord celui que tu as le devoir d’aimer. Si tu pars comme ça, mon vieux, c’est foutu! Le prochain, c’est avant tout quelqu’un qui vient t’aimer. Ce n’est pas celui que tu dois aider, mais c’est celui qui vient t’aider! Jésus raconte la parabole de telle manière que l’auditeur s’identifie spontanément à ce voyageur blessé, et non pas à un quelconque saint-bernard. Le prochain, dit le Christ, c’est le Samaritain, et toi, et moi, nous sommes les blessés au bord du chemin.

Tu veux aimer l’autre, c’est bien, mais fais d’abord comme cet homme attaqué, et molesté: reçois l’amour de ton prochain, d’abord, et alors tu pourras aimer l’autre, comme toi-même! Comme toi-même tu es aimé… Comme toi-même tu es secouru… Comme toi-même tu es accueilli… Comme toi-même tu es compris…
  

Et ce n’est pas tout, laisse entendre Jésus: car ton premier prochain, c’est d’abord moi, le Christ, qui te parle! Laisse-toi aimer par l’accueil et la tendresse gratuits que je t’offre, et alors tu pourras aimer par tes propres gestes!

En somme, l’évangile nous appelle à une espèce de révolution copernicienne (à un renversement des mentalités). Des générations et des générations d’hommes d’Eglise (mais aussi de parents, de maîtres, de pontifes…) nous disaient: «Dieu t’aime à condition que tu deviennes meilleur… plus saint… plus repentant… que tu extirpes mieux le péché de ta vie».

Dommage! Parce que l’évangile nous affirmait le contraire depuis 2000 ans: «Dieu t’aime comme tu es. Il connaît tes difficultés à devenir ce dont tu rêves. Il t’accueille et te sauve avec tes qualités et avec tes défauts; son seul espoir c’est que tu progresses dans le bonheur. Et puis, tu le sens bien: c’est justement cette liberté et cette affection sans condition qui pourront t’aider à devenir meilleur!
  

Ne l’oublions jamais, Jésus veut nous aider à sortir de l’âge du «faire» pour entrer dans l’âge de l’amour! Lui, le Christ, il veut devenir pour nous ce premier prochain par lequel Dieu nous montre sa passion infinie.

C’est vrai pour chacun(e) de nous. C’est l’impulsion de la tendresse du Christ dans notre vie qui fera de nous des êtres aimants et accueillants.

Alors ne demandons plus: comment mieux aimer pour être sauvé? Mais travaillons en nous-mêmes autour de la question: comment ce salut, donné, reçu gratuitement, me permettra-t-il de mieux aimer? Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz    



dimanche 14 octobre 2018

dimanche 23 septembre 2018

(Pr) "Pas isolément, SVP!”

Choisis la vie!

Lectures: Deutéronome 30, 15-19; Matthieu 5, 14-17; 1 Corinthiens 2, 1-2


Il y a quelques années, une réclame dans un journal disait ceci: “Faites fortune en un temps record! Le secret de la richesse vous sera révélé! Contre le versement de 500.- sur le compte X, vous recevrez par retour du courrier la recette garantie pour gagner très facilement des quantités d’argent!”

Ceux qui versaient la somme demandée recevaient la fameuse recette; elle tenait en trois mots: “Faites comme moi!!”
  


Des méthodes qui promettent la réussite, eh bien, les journaux en sont pleins. Et la TV, et internet, ô combien, et les pubs, les magasins... Partout, on nous promet que nous serons heureux! Et dans ce foisonnement, évidemment, il y a mille fois plus d’attrape-nigauds que de vraies solutions. Il y a même des gaillards qui disent que la foi chrétienne, c’est justement une de ces techniques pour le succès...

Est-ce que le fait de croire en Dieu, c’est une méthode pour être heureux? Le Deutéronome répond résolument “non”. Pendant 30 chapitres, il explique jusque dans les petits détails comment Dieu veut que nous vivions. Il y a les 10 commandements, et des centaines et des centaines d’autres. Les rabbins en ont compté 613.

Le passage que nous avons entendu en est la conclusion: ces lois, dit Moïse, elles ne sont pas inaccessibles. Ce ne sont pas des recettes ésotériques. Elles ne réclament pas des super-performances de foi, ni des convictions exceptionnelles... Ces lois ne sont pas l’apanage de quelques élues au-dessus de la moyenne. Non, elles nous concernent toutes, au ras des pâquerettes. Chacun peut s’engager dans la direction qu’elles indiquent. Elles nous appellent, toutes, à une obéissance on ne peut plus ordinaire.
 


Mais attention, ici, de ne pas partir dans une fausse direction. Nous avons la mauvaise habitude (et les protestants plus encore que les catholiques), nous avons la mauvaise habitude de lire la Bible comme si Dieu nous parlait à nous, personnellement, aujourd’hui. Or, ce grand discours de Moïse, à la fin du Deutéronome, il s’adresse à l’ensemble du peuple d’Israël. Dans les anciennes traductions, on lit: “devant toi... choisis la vie”. Merci aux traducteurs de “français courant” ou de “Parole de Vie” de mettre “vous”!

Car quand Moïse dit “tu”, il ne parle pas à une personne isolée, mais à une communauté rassemblée: au peuple d’Israël.

Ce passage du Deutéronome ne s’adresse donc pas à Yves, à Marianne ou Jean-Samuel. Il interpelle l’Eglise entière, la communauté des croyants. C’est elle qui peut choisir la vie plutôt que la mort; le bonheur plutôt que la malédiction. C’est ensemble que nous allons marcher sur les chemins de Dieu ou au contraire sur ceux qui s’en écartent. L’enjeu n’est pas tant la vie ou la mort d’une personne, mais celle de tout un peuple!

Cette précision permet de ne pas nous tromper sur ce mot de “vie”. Il ne s’agit pas de préserver l’existence d’un individu à tout prix. Ici, la vie, c’est la solidarité; le corps dans son ensemble. Quand une personne arrive au terme d’une maladie incurable,  la vie dont parle la Bible, ce n’est pas forcément l’acharnement thérapeutique, la lutte pour nous prolonger à tout prix. Le décès peut être un choix plus vivant que la poursuite d’une existence de souffrances sans espoir.


“Choisis la vie”, ça veut donc dire: les 30 chapitres précédents, qui expliquent en long et en travers la volonté de Dieu pour vous, c’est cela le chemin du bonheur. En avançant sur cette voie, jour après jour, solidaires, vous le verrez: vous serez authentiquement vivants; animés du souffle même de Dieu, de sa Vie majuscule, qui transfigure les nôtres!

La foi n’est pas une méthode, mais c’est un choix fondamental, qui s’opère en communauté (pour nous, en paroisse, en Eglise), un choix qui se vérifie dans la pratique toute quotidienne de l’amour les unes des autres.

Pas pour faire plaisir à Dieu! Pas pour prouver que nous sommes de bonnes croyantes (prouver à qui, d’ailleurs?). Mais: pour que nous soyons heureux! Parce que ce chemin de la foi, c’est ce qui nous permettra de vivre le mieux ensemble: ne pas tuer, ne pas voler ou frauder, respecter ses parents, c’est cela qui permet à un peuple de garder de bonnes relations internes.

Attention donc: la “mort” ou la malédiction dont on parle ici, ce ne sont pas des punitions que Dieu nous infligerait pour nos désobéissances. Quel mal ont fait de telles interprétations! Non, la “mort” ou la malédiction sont ici les conséquences logiques des violences humaines, de nos égoïsmes.

Vous le voyez, le Deutéronome pense que la loi est bonne et utile! “C’est pour ton bien!” On est très loin des commandements légalistes des pharisiens contemporains de Jésus. C’est plutôt, en termes modernes, d’une éthique dont nous parle notre passage de ce matin. D’un style de vie. De valeurs.
   

Aujourd’hui encore, le Deutéronome nous l’affirme: si vous voulez parvenir au bonheur, il n’y a pas de truc miracle ou de recette infaillible. Vous n’y arriverez ni en payant; ni en souffrant; ni en restant les bras croisés!

Le seul chemin, il est à parcourir, pas tout seul, mais ensemble. Reliés. Solidaires. Aimer son prochain, respecter ce qu’il possède; chercher à l’écouter, à le comprendre avant de le critiquer ou de le démolir... Ensemble, vous verrez que ce chemin permet d’être merveilleusement vivants, même dans la souffrance ou dans la mort.
   

Un dernier mot: cet humble chemin, c’est exactement celui qu’a parcouru Jésus. Lui, il a été jusqu’au bout de l’amour des autres. Ça l’a mené sur la croix: il a choisi la Vie, dans la mort, pour qu’avec lui nous soyons réellement vivants! Amen

Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 16 septembre 2018

(Pr, Ré, Hu) À l'heure de Dieu: Jeûne de faire?

Prédication du Jeûne Fédéral, 16 septembre ‘18: "Et si on respirait?"

Lectures: Matthieu 6, 5-6, 24-27; Matthieu 18, 12-14; Luc 12, 33-34


L’autre jour, je rencontre un ami dont le patron soigne une tumeur cancéreuse plutôt inquiétante. “Comment il va?” je demande.

“Eh bien, nettement mieux, répond mon ami. Le traitement est efficace, ça lui fait du bien. Il a retrouvé ses forces, quel plaisir! On peut presque dire qu’il est redevenu comme avant.”

Et puis mon ami se reprend et ajoute: “En fait non, il n’est plus comme avant. Maintenant, il prend le temps de vivre. Il joue avec ses petits-enfants, il leur fait découvrir les beautés de la nature. Il pense moins au travail, on dirait que sa maladie lui a fait retrouver un nouveau goût de vivre, et des autres valeurs. Il passe plus de temps avec ceux qu’il aime, et moins dans son entreprise.”
 


Ces mots m’ont fait beaucoup réfléchir. Je me demande si nous ne sommes pas tous un peu comme ce patron. Notre système de société, notre style de vie nous poussent à travailler, à produire,  à faire plutôt qu’à être. À avoir plutôt qu’à aimer. Et il est bien dommage que ce soient souvent des maladies ou des accidents qui nous obligent à revoir nos priorités.

Sur une montre qu’on m’a offerte il y a quelques années, on avait gravé ce texte: “Prends le temps de vivre amicalement avec toi-même”. C’est le début de la règle de la communauté protestante de Reuilly, en France. Et c’est surtout une belle injonction pour nous, gens stressés du 21è siècle, à l’occasion de ce Jeûne Fédéral.

“Prends le temps de vivre amicalement avec toi-même”. C’est également une conséquence logique des promesses de l’évangile, en particulier telles que les ont développées et mises en valeur les Réformateurs comme Luther et Calvin: Dieu nous aime gratuitement, comme nous sommes, sans nous demander de faire ceci ou cela pour mériter sa tendresse. Il nous sauve par grâce, par libre choix. Ce ne sont pas nos actes, nos oeuvres, qui nous permettent d’entrer au Paradis, non: c’est le pardon divin, attesté sur la croix. Depuis que Jésus est mort pour nous, notre Jugement Dernier a déjà eu lieu. Nous sommes sauvés depuis 2000 ans!
  


Vous voyez sans doute la logique: si Christ nous accorde le Bon Dieu sans condition (je veux dire: le Paradis gratis pro Deo!), alors nos vies peuvent être mieux libérées du souci de faire, de produire; de rentabiliser et d’amasser.

Elles peuvent, mais ce n’est pas automatique, hélas! Et nous le savons bien: ce n’est surtout pas facile du tout. Parce que ce siècle, qui s’est tant éloigné des valeurs chrétiennes, nous contamine dangereusement. Matérialisme; rendement; paraître; avoir... Qu’il est difficile de résister à ces virus qui se propagent partout, insidieusement!

Il faut énormément de caractère, de volonté, pour ne pas nous laisser entraîner à courir avec la foule derrière le “faire”- (le “faire” qui repasse sans cesse! - veuillez m’excuser, je n’ai pas pu résister à ce jeu de mot)!

Pour garder nos priorités, pour mieux tenir bon, il est utile de relire souvent l’Evangile. De s’arrêter. De respirer. De prier! De jeûner aussi, pas forcément au sens de se priver de nourriture, mais plutôt de faire une pause dans notre manière de vivre... et dans notre manière de courir! Important aussi de méditer souvent le verset “Ne vous inquiétez pas du lendemain...”.

Quand Jésus dit “Pour prier, ferme ta porte”, je le comprends ainsi: comme un appel à s’éloigner du monde, de ses pressions et de ses fausses priorités. Quand tu veux te rapprocher de Dieu, écarte-toi du tumulte, des désirs d’avoir, et rends-toi disponible  à Celui qui n’est que gratuité, douceur et paix.


C’est ainsi que ce Jeûne Fédéral nous invite à cultiver assidûment notre relation avec l’Evangile. L’Evangile qui est une force de résistance à cette mode insidieuse qui voudrait nous faire croire que le bonheur s’achète; que plus on possède et plus on est épanoui; que plus on fait, et meilleur on est.

Compétition sociale... Repli sur une identité, par peur des autres... Violence... Tous ces maux de notre époque, si nous voulons les éviter, nécessitent un antidote, tissé de relation sereine avec le Ciel; de contemplation; de prise de distance d’avec ce qui nous agresse. Puissions-nous y travailler en nous-même. Du coup notre Terre deviendra plus vivable!

Puissions-nous aussi créer ou favoriser davantage de lieux et d’occasions où nos contemporains puissent vivre ce travail intérieur de rapprochement avec le Christ, notre Prince de Paix.

 

Et si nous n’avons pas le temps d’ouvrir notre Bible ou de nous joindre à un groupe de méditation, si nous sommes trop pressés, je nous encourage à au moins graver quelque part bien en vue (sur notre montre, sur notre agenda, nos calendriers... sur notre coeur) je nous encourage à graver en lettres d’or ces mots tout simples:
“Prends le temps de vivre amicalement avec toi-même”.
Amen 
                                         

Jean-Jacques Corbaz 


 
 

 
 
(après l’interlude, ce texte que j’aime, et qui aborde notre thème sous un angle à peine différent:)


Un plombier britannique compte traverser l'Atlantique à la rame...


La nouvelle a pu vous échapper, cachée qu'elle était dans un cahier secondaire du journal. C'est pourtant une nouvelle importante. Une nouvelle qui nous dit que l'homme s'ennuie. Rien de moins.

Le dimanche matin, il boit son café et lave sa voiture, mais que voulez-vous qu'il fasse d'autre le dimanche après-midi sinon traverser l'Atlantique à la rame ?

Dieu a créé l'homme pour le défi, pour le record, pour le parcours du combattant, pour le dépassement. Disons-le, Dieu a créé l'homme pour l'impossible.

Or, qu'est-il arrivé ? On l'a vu, l'homme, après avoir bien répondu à la volonté de Dieu au tout début, après s'être épuisé à frotter des pierres pour faire du feu, après avoir mené vaillamment quelques guerres de cent ans et gagné quelques trophées dans la boue, l'homme a inventé la serviette de plage, la crème à bronzer... et il a inventé aussi les athlètes professionnels pour gagner des trophées dans la boue à sa place.

Mais, le voilà maintenant qui s'ennuie, parce que ce n'est pas pour ça que Dieu l'a créé. Je vous l'ai dit, nous sommes faits pour le défi.

Attendez-vous donc à rencontrer de plus en plus de plombiers sur l'Atlantique... Et si par malchance vos lavabos sont bouchés, patience : sachez qu'un plombier moyennement en forme met environ quatre mois pour traverser l'Atlantique à la rame.

Pierre Foglia, La Presse (Montréal), 2.7.1988  


 



vendredi 14 septembre 2018

(Hu) rapace qui fleurit

Quel est le rapace qui fleurit quand il n'est pas coupé en deux?


L'aigle!


J-J Corbaz 



(Ci) Pas pratiquant...

De Jean-François Ramelet
Combien de fois ai-je entendu : "Je ne suis pas pratiquant !" Mais il y a méprise totale, car on ne pratique pas à l'église. A l'église, on s'y ressource, on s'y oriente, on s'y décentre, on se met à l'écoute d'une autre Parole que la nôtre, on y affûte notre esprit critique, c'est essentiel ! Mais quand comprendra-t-on enfin que c'est dans le monde et dans notre relation aux autres et à la création que l'on est appelé à pratiquer !

dimanche 22 juillet 2018

Puissance de l'Esprit de Dieu 3° - Renversement de pouvoir à Jérusalem

Narration du 22 juillet 2018 - Ho, Pierre, tu me fais marcher!?!


Lectures:  Jean 16, 12-14; Romains 10, 8-13



L’histoire se déroule à Jérusalem, il y a 1988 ans exactement. Raphaël arrive tout excité, ce jour-là: cheveux décoiffés, essoufflé, on dirait qu’il a inventé le rock-and-roll en mettant les doigts dans une prise électrique! Je ne l’ai jamais vu comme ça.

- Qu’est-ce qui se passe? Disons-nous tous en choeur.

- Faites-moi quelque chose à boire, je vais vous raconter, répond Raphaël. ... Merci. Alors, voilà: ce matin, comme tous les matins, le vieux Galiob a été amené par ses amis à la porte du Temple, pour mendier.

- Galiob? Fait quelqu’un. Le paralysé?
  


- C’est ça. Il n’arrive plus du tout à marcher, il faut le porter pour qu’il puisse quémander quelques sous. Il doit bien vivre, le pauvre. Bon, bref, aujourd’hui c’était encore pire que d’habitude: au milieu de l’après-midi, Galiob n’avait encore rien reçu. Pas une seule petite pièce. Les passants ne manquaient pas, pourtant, et plusieurs avaient largement de quoi; les riches Sadducéens, par exemple. Mais: des clous! Rien. Vous pensez bien que Galiob voyait descendre le soleil avec angoisse: il sentait qu’à ce taux-là, il ne survivrait pas longtemps...

- Et alors? faisons-nous, que s’est-il passé?

- J’y arrive, les gars. Patience! Est-ce que vous connaissez Pierre et Jean, les amis de ce Jésus qui a été crucifié il y a quelques semaines? Eh bien, ils sont venus au Temple, pour la prière. Galiob criait pour demander l’aumône, d’une voix désespérée. Pierre et Jean se sont approchés de lui, l’ont regardé; longtemps; et puis ils ont dit: “Nous n’avons pas d’argent; mais ce que nous avons, on te le donne: au nom de Jésus de Nazareth, lève-toi, et marche!”
  


Moi, j’arrivais 100 mètres derrière eux, continue Raphaël. Je n’ai pas bien vu comment ça s’est passé, au milieu de tout ce monde. Il y a eu des cris de surprise; et j’ai entendu: “IL MARCHE!!”

Je me suis approché, à travers la foule, et j’ai vu: Galiob était debout! Il marchait, à petits pas, d’accord, mais il marchait! Sans sa canne, sans l’aide personne!

- Incroyable, font les amis. Ils ont fait comme Jésus!

- Parfaitement, continue Raphaël. Mais attendez! Ça a fait du raffut, vous imaginez! La foule s’exclamait, des gens péroraient, d’autres disaient que c’était pas possible! Mais Galiob, lui, tout heureux, criait, dansait, chantait: “Gloire à Dieu! Merci, Seigneur!”
  


Alors Pierre a pris la parole. Dans un silence (approximatif!), il a expliqué que, depuis hier, les amis de Jésus ont reçu un... euh,  un souffle, je crois... un esprit qui souffle et qui leur donne le pouvoir de Jésus... Je n’ai pas très bien entendu, il y avait tellement de gens qui posaient des questions, tous à la fois! Je n’ai pas bien compris, un souffle saint, un esprit de Dieu, quelque chose comme ça, qui leur permet de guérir les exclus, comme Jésus. De redonner la liberté. ...

Nous restons tous muets, soufflés par l’inattendu de ce récit.

- Alors, continue Raphaël, alors ils sont arrivés.

- Qui ça, “ils”? demande Esra. Les anges de Dieu?

- Mais non, tomate! Les chefs! Les huiles! Tous les pontes du Sanhédrin, les grands-prêtres, les commandants de la police du Temple, les riches Sadducéens... Le gratin, quoi! Ils avaient été alertés par le bruit (vous savez comme ils ont peur d’un éventuel soulèvement populaire). Et ça n’a pas loupé, ils sont arrivés pile au moment où Pierre disait que Jésus n’était plus mort, qu’il est à nouveau vivant, que son esprit... ou son souffle, c’est Jésus ressuscité, Jésus à l’oeuvre aujourd’hui encore!

- Génial! dit quelqu’un. Les Sadducéens et les grands-prêtres ne croient pas à la résurrection! Ça a dû exploser!

- Exact, fait Raphaël. Ils étaient rouges! verts! Ils suffoquaient.

- Et alors?

- Et alors, ils ont fait embarquer Pierre et Jean! Au clou! Comparution immédiate devant le Sanhédrin, érigé en tribunal.
  

- Eh, comme pour Jésus, se souvient Silas.

- Comme pour Jésus, tu l’as dit. Mais la suite s’est passée différemment. D’abord, Galiob n’a pas voulu les quitter. Depuis qu’il était guéri, impossible de lui faire lâcher les baskets de Pierre. Il est donc entré au tribunal avec les deux prisonniers. Vous imaginez, c’était mieux qu’une pièce à conviction!

- Euh, et toi, Raphaël? je fais. Tu ne les as pas suivis, quand même?

- J’avais peur de me faire coffrer, tu penses. Mais il s’est passé quelque chose que je n’ai pas compris (d’abord). Derrière Pierre et Jean, derrière Galiob, des autres sont entrés au Sanhédrin.   Pas des officiels, donc: des pauvres, des pécheurs, des gens du peuple, comme moi. Sans savoir pourquoi, je suis entré aussi. Comme s’il y avait... une force, un vent qui me poussait.

- Eh, tu nous charries, dit Silas. Toi, le trouillard, tu as osé les suivre? Non, mais raconte ça  à d’autres!

- Vous me croirez, vous me croirez pas, continue Raphaël, mais je vous assure! Même que le Sanhédrin a délibéré longtemps, en posant des questions à Pierre et Jean: “Qui êtes-vous? Qu’avez-vous fait? Au nom de qui avez-vous agi?”. On les sentait embarrassés. Pourtant, c’étaient les grands pontes du Temple et de la Loi, les familles les plus puissantes d’Israël, les élites, quoi! Ceux que nous envions toujours, à cause de leur pouvoir. Eh bien là, ils se regardaient, ils hésitaient... ils compulsaient leurs livres... Comme s’ils avaient peur. J’ai compris qu’ils cherchaient à étouffer l’affaire. Ils se sentaient menacés...
  

Par contre, Pierre, lui, était plein d’assurance. Lui qu’on avait vu il y a quelques jours désespéré par la mort de Jésus, lui qui parlait de se f... à l’eau et qui n’avait plus aucun but, eh bien, il était fort et rayonnant! Il parlait avec sûreté de ce Jésus que Dieu a ressuscité; qui vit toujours aujourd’hui avec eux, ses amis! Qui sauve! Qui guérit! On aurait dit que c’était lui le grand-prêtre, et eux les petits, les perdants. Il a même dit (Pierre, donc), il a même dit une phrase que les prêtres seuls ont le droit de prononcer. C’était: “Il n’y a sous le ciel aucun autre nom par lequel les hommes et les femmes puissent être sauvés!” Comack! “Aucun autre nom que celui de Jésus”!

- De Jésus? Pas de Dieu?

- Comme je l’ai dit! De Jésus! Du coup, les grands-prêtres bégayaient, se consultaient... Ils balançaient entre colère et peur...

- Mais peur? Pourquoi peur, Raphaël? Puisque c’est eux qui ont le pouvoir?

- Justement, j’ai mis du temps à comprendre. D’abord, il y avait Galiob, debout, inexorable. Galiob dont la seule présence était une preuve indubitable.

Et puis, et surtout, il y avait nous! Nous étions plusieurs centaines à être entrés dans le Sanhédrin, et encore quelques milliers dehors. Tout à coup, j’ai compris: les pontes, ils avaient peur de nous!  Ils étaient moins libres que Pierre et Jean, moins libres même que nous, le peuple! C’était comme s’il soufflait un vent qui mettait tout à l’envers!

- Mais comment ça s’est fini, demande Silas?

- Eh bien, fait Raphaël, les grands-prêtres ont dû relâcher Pierre et Jean, qui n’avaient rien fait de mal. Ils ont évidemment essayé de les intimider, de leur interdire d’enseigner le nom de Jésus... Bref, du vent! Autant souffler dans un tambour!
  

Pierre et Jean sont sortis en disant: “Nous avons choisi: nous obéirons à Dieu plutôt qu’aux hommes.” Et ça chantait, et ça dansait, nous étions soulevés par un espoir immense... Nous nous sentions forts comme jamais nous ne l’avions éprouvé. Et moi, Raphaël le traqueux, moi qui n’ai jamais appris à lire ou à parler, je me suis mis à raconter partout cette folle journée... J’ai abordé des inconnus, j’ai embrassé des soldats, j’ai affronté les rires et  les moqueurs pour expliquer ce phénomène. Ce souffle, cet esprit de Dieu, il a complètement changé ma vie. J’aime chanter, j’aime vivre, j’aime les autres disciples de Jésus... Allez, les copains, c’est décidé: j’y retourne. Vous venez avec moi?

Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz   



dimanche 15 juillet 2018

(Pr) Puissance de l'Esprit de Dieu 2° - Y a-t-il une vie après le désespoir?

Prédication du 15 juillet 18  -  "On m'appelle enclume"

Ezéchiel 37, 1-14



Ollon, le 17 juin 2018

Mon cher Patrick,

Depuis quelques années, je te sens fatigué. Un peu usé. Tu t’es énormément battu, au chevet d’un monde égoïste. Au chevet aussi de ton Eglise, de ta paroisse, quelque peu essoufflées.

Et quand je qualifie notre société d’essoufflée, je me rends compte que ça veut dire, presque, “en panne d’esprit”. En panne d’esprit tout court... voire en panne du Saint-Esprit. Lui, il nous vient sans cesse, mais on n’arrive pas toujours à le recevoir.

Alors, quand le deuil t’a frappé, j’ai cherché une parole biblique qui puisse te redonner un souffle d’espoir. Une lueur de sourire. C’est ainsi que je suis tombé sur cette jolie narration de Daniel Roux*, à partir de la vision d’Ezéchiel 37.

Ni toi ni moi n’avons l’étoffe d’un prophète. Alors, je te propose de nous glisser dans la peau (euh... si j’ose dire!!), dans la peau d’un tout petit os, à peine 4 ou 5 millimètres. Un os qui n’a rien pour lui, à part la tendresse gratuite de Dieu. Ecoute-le:

 


Je m’appelle enclume. Ma place est entre le marteau et l’étrier.

D’habitude, la mort venue, je reste à ma place avec le marteau et l’étrier précisément, dans notre petite grotte. Nous restons attachés l’un à l’autre, tranquillement. La vermine ne s’intéresse pas à nous. Aucune chair ne nous entoure, alors les bestioles nous dédaignent.

Les ligaments qui nous relient se dessèchent, mais ils tiennent bon. Ainsi, nous continuons à faire une petite chaîne à trois maillons durant des siècles, des millénaires. Même si les tympans se délabrent, entre nous, nous résistons. Enfin, quand tout va bien.

Car là, je parle de mes congénères, les enclumes normales. Entre marteaux et étriers normaux, dans des oreilles humaines normalement constituées. Ce qui n’est pas du tout notre cas.

Car mes frères et moi, imagine! Nous sortons d’une espèce de rêve, ou d’une histoire à dormir debout. C’est un personnage nommé Ezéchiel qui nous a vus, moi et des milliers d’autres os humains.

Ezéchiel? C’est un drôle de bonhomme, un prêtre du Temple de Jérusalem.

Il y a 2600 ans, les armées de Babylone ont envahi son pays et l’ont emmené en exil. Avec beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants de son peuple, déportés à Babylone.

Notre Ezéchiel, ça lui a tapé sur l’enclume. Il est devenu un peu marteau. Il semble qu’il ait joliment perdu les étriers, comme on disait quand on allait à cheval (aujourd’hui, on perd plutôt les pédales!).
  

C’est ainsi qu’à Babylone, il a senti la souffrance de son peuple qui était perdu lui aussi, il se sentait abandonné, désemparé. Il a vibré si fort, au coeur de cette souffrance, qu’il en est devenu prophète.

Prophète, qu’est-ce que ça veut dire? Je vais l’exprimer comme je le comprends, avec mes mots d’enclume: quand la mort vient, le regard se brouille, le corps ne sent plus rien; seules les oreilles captent encore les sons. En tout cas, c’est ainsi que nous avons vécu la mort, mes deux compagnons et moi.

Eh bien Israël, à l’époque, était comme un homme en train de mourir. Et Ezéchiel était comme l’oreille de cet homme. Une oreille si sensible qu’elle a entendu une voix venue d’ailleurs.

“Petit d’homme”, disait la voix. Et cette voix résonnait en lui comme dans une immense caverne. Comme dans le grand Temple de Jérusalem quand il était encore debout.

Ezéchiel s’est alors senti saisi comme une plume entre deux doigts, et soufflé, emporté par cette brise, et transporté dans une vallée.

“Petit d’homme”, a répété la voix. Et à ce son, un désert est apparu, jonché de squelettes démantibulés. Ezéchiel, porté par le vent, s’est vu balader dans toute cette vallée, au milieu de milliers et de milliers d’ossements tout secs.

Moi, l’enclume, j’étais donc là, perdue parmi ces os, délaissée; inutile comme un déchet non recyclable. J’avais perdu mon crâne, perdu mes frères le marteau et l’étrier. J’étais couché entre un tibia et une vertèbre que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam.
 
Ezéchiel, oreille d’Israël, a vibré dans la voix venue d’ailleurs. Elle a dit: “Petit d’homme, ces ossements peuvent-ils revivre?”. Puis elle a ajouté: “Parle à ces os, dis-leur que Dieu veut leur redonner vie”. Incroyable!?

Imagine! Qu’y a-t-il de plus mort que des os blanchis par le soleil et éparpillés dans la fournaise d’une vallée désertique? Et comment ces os pourraient-ils entendre une voix? Même si cette voix redisait les paroles mêmes de Dieu.

Mais il y a plus incroyable que cet incroyable-là. Car qui suis-je, moi qui te parle? Une enclume, un osselet de rien. Et même pas une vraie, je suis une enclume sortie de l’imagination d’un lecteur du 21è siècle, lecteur d’un vieux bouquin d’il y a 2600 ans, écrit par un insensé,   tout prêtre qu’il était; prêtre réduit au chômage par la destruction du Temple et la déportation.

Cet exilé, Ezéchiel, a décrit avec des mots d’homme une expérience paranormale. Et il a eu la folle illusion que son message pourrait être entendu par le peuple d’Israël, qui avait le moral dans les chaussettes, déporté comme lui à Babylone.

L’incroyable de chez incroyable, c’est que je me suis senti emporté dans un immense mouvement qui nous a tous fait voler comme un jour de grand vent. J’ai senti tout à coup mon frère le marteau qui me cognait, me cognait encore, rajeuni et plein de vigueur. “Bing, bang, qu’il me chantait à tue-tête, c’est le big bang!”. J’ai retrouvé l’étrier retapé à neuf. Et nous avons repris place dans notre crâne recomposé, derrière un tympan souple et tendu comme un tympan de nouveau-né. Nous avons vibré ensemble de la lente pulsation des vagues du sang. Et nous avons retrouvé notre fonction première, qui est de transmettre une parole.
  

Tu as entendu?

Il ne nous était pas demandé de croire, ni même d’espérer, encore moins de comprendre; mais de nous mettre à l’écoute. Moi comme tous les autres os. Oui tous, jusqu’au bout du coccyx. Nous mettre à l’écoute pour reformer un corps digne de recevoir le souffle, ce souffle qui est voix, cette voix qui est force de vie, cette force de vie qui est amour.

                                            *                         *

Voilà, mon cher Patrick, l’histoire que j’ai reçue. Je ne prétends pas, à moi seul, te redonner des raisons d’espérer. Mais je veux juste jouer mon rôle, modeste, de récepteur et de transmetteur. De maillon d’une chaîne. Comme un petit os qui reprend sa place.

Cette place, elle m’est donnée par chaque personne avec qui  je suis relié: mes proches et mes moins proches... jusqu’à Ezéchiel, et au-delà!

Sais-tu qu’Ezéchiel, ça veut dire deux choses:
- ou bien Dieu est fort;
- ou bien Dieu rend fort!

Et ça tombe bien! Car la voix qui l’appelle “Petit d’homme”, elle lui rappelle que cette force vient d’ailleurs. Et qu’elle existe. Et qu’elle agit! Cette force que nous, chrétiens, appelons le Saint-Esprit.

Quand tu traverses la souffrance, je te souhaite ainsi beaucoup de transmetteurs. De maillons d’une chaîne. Comme des voix d’En Haut. Pour te redire qu’au coeur de ta faiblesse une force infinie est à l’oeuvre.

Un jour, c’est toi qui m’avais redonné le courage de vivre. Je prie pour que tu reçoives, toi aussi, un grand souffle, qui soit porteur de l’Esprit de Dieu. C’est Lui qui redonne la vie... en nous rapprochant les uns des autres!

Bien à toi, amicalement,

(signé) David
 
Amen


Jean-Jacques Corbaz 


* Dans “Itinéraires” n° 51, été 2005, pp. 10 sq



dimanche 8 juillet 2018

(Pr) Puissance de l'Esprit de Dieu 1° - Le rôle de l’Esprit de Dieu, selon Joël

Prédication du 8 juillet 18, Ollon et Villars  «En avant - pour une Eglise qui ait du souffle!»

Lectures: Joël 3, 1-5; Nombres 11, 24-29; év. de Jean 20, 19-23



On l’appelle Joël. On ne sait pas bien ni qui il est, ni d’où il vient. Mais lui, il semble savoir où il va!

On l’appelle Joël. On connaît surtout de lui ce bref passage: “Je répandrai mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos hommes d’âge mûr auront des songes, et vos jeunes des visions...”

Dans la TOB en deux volumes, une note précise (je cite): “Ce passage est cité dans le récit de Pentecôte (Actes 2). On notera toutefois que, chez Joël, l’effusion de l’Esprit a un caractère plutôt angoissant; prophétiser signifie: se conduire de façon extraordinaire, perdre l’emprise sur soi-même, être emporté par la force irrésistible du Seigneur. Tous, hommes et femmes, vieillards et enfants, maîtres et esclaves, seront saisis d’une violente frénésie. En plus, l’univers tout entier s’effondrera dans une effrayante symphonie de feu, de sang et de ténèbres. Cependant, tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur seront sauvés”.
  


C’est donc un gigantesque bouleversement que décrit ce poème de Joël, un renversement complet de l’ordre des choses. Tous les habitants de Juda seront amenés à des comportements irrationnels, inhabituels: jeunes et vieux! Même les femmes! Même les esclaves et les servantes, parmi lesquels se trouvaient un grand nombre d’étrangers. De païens, donc! Tous, ils seront “emportés par la force irrésistible du Seigneur”.
 


Attention pourtant: il s’agit de bien tenir compte de ce qu’est l’Esprit de Dieu dans l’Ancien Testament. Oublions quelques instants la Pentecôte chrétienne, si c’est possible! Pour la pensée juive, l’Esprit, c’est une vitalité qui émane de Dieu. Une force de naissance. L’Esprit est déjà cité au tout début de la création, qui soufflait sur le chaos.

Au sens premier, le mot traduit ici par Esprit veut dire “air en mouvement”; donc “souffle”; “respiration”; et aussi “vent”, bien sûr. Au sens figuré, il signifie “souffle de vie”, voire “vie” tout court. On pense à ce formidable récit d’Ezéchiel où des ossements tout secs sont rassemblés, puis recouverts de chair, puis animés par l’Esprit de Dieu, qui leur permet de redevenir vivants.

Dieu promet donc une naissance! Un souffle de vie emportera chacun(e). Mais un souffle de vie autre, nouvelle, différente!  E-norme, donc hors normes!
  

Et cette puissance divine se manifestera jusqu’au ciel: le soleil et la lune, comme la terre, joueront la grande symphonie du rouge et du noir, du sang, du feu et de la nuit; signes (toujours) que Dieu se manifeste, qu’il apparaît, qu’il éclate!

Face à un tel chambardement cosmique, le réflexe, c’est la peur! C’est crier “au secours!”.

Nous y voici, dit sereinement Joël: si c’est Dieu que vous appelez à l’aide, alors vous serez sauvés. Littéralement: survivants. Par trois fois, Joël emploie un terme de guerre, celui qui désigne les rescapés après une bataille. Ceux qui appelleront vers Dieu en réchapperont, c’est certain; parce que d’abord, précise le prophète, d’abord c’est Dieu qui les appelle, et il les appelle ses survivants.



Sur - vivants. Je trouve que ça nous va bien, comme nom; comme nom de baptême, à nous, chrétiens. Sur - vivants. Vivants d’une autre vie, nouvelle, extraordinaire! Surnaturelle! Cela, parce que c’est Dieu d’abord qui nous appelle. Qui crie vers nous!
  
Vous avez remarqué? Joël, dans sa métaphore guerrière, ne s’intéresse aucunement à ceux qui n’en réchappent pas. Y en a-t-il, d’ailleurs? Mystère! J’aime ce silence, que je comprends comme un “ce n’est pas ton problème”. Paraphrasant les Inconnus, il nous dit: “Mais cela ne nous regarde pas”!

Car ce qui me concerne, c’est de toujours appeler ce Dieu qui d’abord m’appelle. Chercher Celui qui m’a déjà trouvé. Me laisser emporter par le souffle de sa vie! Il est si puissant que toujours il m’échappe. Moi, ce que je dois viser, c’est de ne pas lui échapper!

Au fond, le rôle de l’Esprit, il est là: me permettre d’écouter la voix de Celui qui prie en moi. Et qui veut m’emporter, me mettre en route par sa force irrésistible. Souffle de vent, emmène-moi! Souffle devant, la vie est là!

Vous voyez, j’espère, combien ce bouleversement promis est un fabuleux programme de foi! Appel à vivre! À côté de lui, je me dis (avec un petit sourire), à côté, les bouleversements de l’Eglise, passés et à venir, ne sont qu’un frémissement.

Par son Esprit, Dieu va tout chambouler dans nos vies. Pas seulement des extases dansantes ou frénétiques; non, il s’invite dans tous les recoins bien préservés de nos coeurs pour les animer, les retourner en direction de son futur, de son espoir.

L’Eglise À Venir n’est pas derrière nous, elle est devant! Le voilier symbole des chrétiens n’a pas de marche arrière, il ne peut qu’avancer, entraîné par le Christ, poussé par le vent de son Esprit!

  


Mais. Mais il me reste une question, comme une frustration. Car enfin, cela fait des pellées de siècles que tout ça nous est offert. Cet appel, cette puissance qui met en route.

Alors comment se fait-il que le monde aille si mal, quand y vivent tant de millions de gens qui se réclament de cet Esprit? Comment se fait-il que tant d’égoïsmes nous jettent les uns contre les autres, alors que souffle une si forte bise vers le Royaume de Dieu? Qu’est-ce que cela veut dire par rapport à notre foi? Par rapport à notre volonté de laisser le Saint-Esprit travailler dans nos vies?

Vous connaissez peut-être l’histoire de cet enfant africain qui demande à son père pourquoi il est noir. “Mon fils, c’est à cause du soleil, chez nous, en Afrique...”. Le gamin renouvelle sa question avec ses cheveux, crépus; son nez, épaté; ses grands pieds... Et c’est toujours la même raison: “Mon fils, chez nous, en Afrique, la chaleur... la chasse... les arbres...” Tout s’explique. Pourtant, le garçon n’est pas satisfait: “Dis, papa, alors pourquoi on habite à Tolochenaz?”

Je rêve que, de même, dans nos Eglises, beaucoup plus d’enfants (de 7 à 177 ans) nous demandent, et se demandent pourquoi nous avons le Saint-Esprit; pourquoi nous avons l’évangile; pourquoi nous avons l’amour passionné de Dieu, son pardon, ses promesses et ses appels, si c’est pour vivre à Tolochenaz; je veux dire: sans que ces dons ne nous servent?

  


Voilà. On l’appelle Joël (ça veut dire: “Dieu est le Seigneur”). Il nous pose, aujourd’hui, cette question essentielle: comment nos vies pourront-elles s’ouvrir mieux au souffle de Celui qui nous appelle? Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz



“En avant - pour une Eglise qui ait du souffle!”

Joël 3, 1-5


(1) Une page nouvelle se tourne, dit Dieu:
Je vais déverser ma vie, mon souffle, sur toute chair.
Vous serez mis en route par le vent de l’Esprit,
Hommes et femmes, jeunes et vieux, notables et enfants,
(2) Même les plus basses couches de la population, même les étrangers,
vous tous, vous serez animés par mon souffle de vie!
(3) Je vais placer des signes de ma puissance jusqu’au fond du ciel:
du sang, du feu, des colonnes de suie et de fumée.
(4) Le soleil deviendra noir, et la lune rouge sang,
lorsque je révèlerai la force de ma transcendance,
immense et effrayante!
(5) Alors, pourtant, toute personne qui fera appel au Seigneur sera sauvée.
Il y aura des rescapés à Jérusalem, auprès du Temple,
C’est le Seigneur lui-même qui l’a promis.
Oui, les survivants, c’est ceux que le Seigneur appelle!


(traduction JJ Corbaz)