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dimanche 22 avril 2018

(Pr) "Dans les bras de qui?"

Prédication du 22.4.18, Villars, 10h

«Vous croyez en la résurrection... mais ya qqch qui cloche!»

Lectures: 1 Corinthiens 15, 1-5; 12-14; 19-20; 31-32; Esaïe 25, 6-9


Dans une réunion d’évangélisation, une jeune femme donne son témoignage. “Hier, dit-elle, j’étais dans les bras de Satan. Aujourd’hui, je suis dans les bras de Jésus Christ”. Alors, du fond de la salle, une voix d’homme: “Et demain, vous êtes libre?”

Et ce qui n’était, au départ, qu’une joyeuse mise en boîte est devenu soudain une jolie parabole de la foi chrétienne. En effet, c’est vrai qu’il nous arrive de passer d’une paire de bras dans une autre, dans le domaine de notre vie spirituelle. Ce n’est d’ailleurs pas tellement les bras de Satan ou ceux du Christ. La vie n’est jamais aussi simple qu’on le dit dans certaines réunions d’évangélisation!
 


Non, notre foi oscille plutôt entre le respect au Dieu créateur; entre la confiance dans un Dieu qui nous sauve sur la croix; entre la peur d’être puni, avant ou après la mort; entre l’obéissance morale aux commandements; entre les questions, les doutes; et entre l’espérance agissante dynamisée par la foi au Ressuscité...

Chers paroissiens: dans quels bras êtes-vous, aujourd’hui?

Il y a encore ceux du Dieu colérique, tout-puissant et tout-punissant de l’Ancien Testament; ceux du Bon-Dieu style Père-Noël; ceux d’une vague divinité bienveillante mais très très loin de nous; ceux d’une force vitale qu’on pourrait se rendre favorable ou non selon nos gestes, nos prières ou nos rites... Et j’en oublie des kyrielles, sinon on serait encore là à midi!

Dans quels bras êtes-vous, aujourd’hui?

Les Corinthiens, eux, étaient dans les bras du Ressuscité. Du moins le croyaient-ils. Ils avaient reçu de Paul la Bonne Nouvelle de l’évangile, et ils se réunissaient le dimanche, tout joyeux, pour rappeler que ce jour-là Jésus avait été remis debout et qu’il était sorti de sa tombe, libre et vainqueur.

Dans leur culte, ils aimaient réciter ces phrases, qui sont l’un des plus anciens résumés de la foi: “Christ est mort pour nos péchés, comme l’annonçaient les Ecritures (c’est-à-dire l’Ancien Testament). Il a été enterré. Il est ressuscité le troisième jour, comme l’annonçaient les Ecritures; il est apparu à Pierre, puis aux douze”.
 

Pourtant, l’apôtre Paul se rend compte qu’il y a quelque chose qui cloche. Ces affirmations de foi éclatantes ne débouchent sur rien. Il semble que la religion des Corinthiens se restreigne à la connaissance, au culte, à la mémoire. Rien ne se passe dans leur vie de tous les jours, dans le concret de leur quotidien. Et surtout, rien ne se passe dans leur attitude face à la mort! La résurrection du Christ n’a aucun impact sur la façon dont les chrétiens de Corinthe pensent à leur mort.

L’apôtre Paul, par conséquent, les sermonne, dans la plus grande partie de ce chapitre 15. Il leur tire les oreilles en ces termes:  Vous savez bien que le coeur de la foi, c’est la résurrection du Christ. Alors, pourquoi est-ce que vous ne vous sentez pas concernés, vous aussi personnellement, par cette dynamique? Pourquoi plusieurs d’entre vous pensent-ils que les humains, vous et moi, nous ne ressusciterons pas? Si vous laissez de côté cette espérance-là, vous restez en-dehors de l’essentiel de la foi chrétienne!

“Je vous rappelle, dit-il, -littéralement je vous présente- la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée; que vous avez reçue; et à laquelle vous êtes fermement attachés...”.

Pourquoi est-ce que Paul présente cette Bonne Nouvelle si ses lecteurs la connaissent, et s’ils y croient?

Il y a sans doute ici un peu d’humour. Un peu comme si,dans une soirée arrosée, un copain faisait du plat à ta femme et que tu la prennes par l’épaule en te tournant vers le gaillard, lui disant de manière appuyée: “Je te présente mon épouse”! - alors qu’il la connaît, bien sûr!

Et ce que Paul veut dire, avec ce clin d’oeil, c’est que les Corinthiens y croient sans y croire vraiment, à cette Bonne Nouvelle. Qu’ils ne sont pas allés assez loin. Qu’ils en sont restés à la porte d’entrée!

“Je vous présente l’essentiel, la Bonne Nouvelle: “Christ est mort pour nos péchés, comme l’annonçaient les Ecritures. Il a été enterré. Il est ressuscité le troisième jour, comme l’annonçaient les Ecritures; il est apparu à Pierre, puis aux douze”... Ce que vous récitez chaque dimanche, amis de Corinthe, pourquoi ne l’appliquez-vous pas à votre quotidien? Si le Christ nous ouvre la route de la vie nouvelle, et de la résurrection, comment pouvez-vous penser que ce n’est pas pour vous et vos semblables?

Si les morts ne ressuscitent pas, notre foi ne vaut pas un clou! Notre vie spirituelle repose principalement sur cet axe. S’il manque, ce n’est plus du christianisme!
  

22 avril 2018. Nous ne sommes pas là pour faire le procès des gens de Corinthe, évidemment! Mais pour nous demander si cette lettre ne nous concerne pas aussi un peu...

Il me semble que la résurrection des personnes après leur mort nous cause moins de problèmes qu’aux Corinthiens. Dans les cultes de funérailles, comme dans le secret de nos coeurs, et peut-être même dans les discussions de bistrot, nous chrétiens admettons volontiers qu’il y ait une vie après la mort. Donc Villars contre Corinthe: 1 - 0!

Mais. Aujourd’hui, est-ce que ce n’est pas la résurrection du Christ qui est difficile à croire, chez nous? Si nous sommes prêts à accepter que le Créateur nous fasse revivre, d’une façon ou d’une autre, pourtant notre culture rationnelle et matérialiste bute contre ce tombeau ouvert, immense point d’interrogation du matin de Pâques. Christ a-t-il vraiment été ramené de la mort à la vie? Comment est-ce possible?

Pour beaucoup de nos contemporains, la résurrection de Jésus est une sorte de supplément à la foi chrétienne, un élément pas du tout central. Un complément pour des gens particulièrement convaincus, qui ont envie d’aller plus loin.

Du coup, Corinthe égalise: 1 - 1!!

Bien sûr, la lettre de Paul ne répond pas à nos questions de gens modernes et cartésiens. L’apôtre s’adresse à des chrétiens vivant une tout autre culture. Et puis, il baigne, lui aussi, dans cette tout autre culture!

Ce qui va m’aider, c’est justement qu’il n’entre pas dans les détails. Il n’essaie pas de décrire; ni de prouver ou d’expliquer. J’ai l’impression qu’il me laisse libre de me représenter la résurrection comme je veux. Libre d’y voir un fait historique; ou au contraire d’y voir une prédication, un appel, un message général de victoire de la vie sur la mort. Libre d’inscrire l’évènement de Pâques dans nos catégories physiques (soit voir le ressuscité comme je vous vois); ou bien plutôt sous forme d’apparitions dans d’autres dimensions. Paul me laisse libre (davantage que les évangiles, écrits plus tard), et c’est justement cette liberté qui me parle de résurrection!
 
Mais le match n’est pas terminé. À Corinthe comme chez nous,  le plus ardu, la principale difficulté, c’est que notre foi puisse nous transformer; qu’elle ne reste pas au niveau des connaissances seulement, de la mémoire, du culte et des formules. Nous aimons chanter À toi la gloire, nous apprécions les textes liturgiques qui disent la fête, le tombeau ouvert, la vie deux fois donnée... mais comment est-ce que cette espérance se traduit dans nos existences quotidiennes?

La résurrection intervient-elle quand nous sommes fâchés avec quelqu’un? Ou quand nous sommes confrontés à notre fragilité, voire à notre propre mesquinerie? Croyons-nous que toute situation bloquée peut être dynamitée par le ressuscité? Pâques peut-elle changer quelque chose à mes rouilles, à mes trouilles et mes brouilles?

“Christ est mort pour nos péchés, comme l’annonçait l’Ancien Testament. Il a été enterré. Il est ressuscité le troisième jour, comme l’annonçait l’Ancien Testament; il est apparu à Pierre, puis aux douze”: une foi comme celle-là peut-elle dynamiser ma vie, et m’entraîner dans une espérance qui agit concrètement?

De la réponse à cette question dépend le résultat final du match. Corinthe: 1; Villars: 1, ou 2? Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz 



samedi 21 avril 2018

(Ci, CF, Li) La réussite

La réussite...

La réussite c’est de s’être fait passer en dernier et d’y avoir trouvé plaisir.
La réussite c’est d’avoir eu le recul d’avoir pardonné et de s’en sentir délivré.
La réussite c’est contre vents et marées d’avoir pu ne pas tomber dans les pièges tendus de la vengeance et d’avoir trouvé la force ou la faiblesse d’aimer.
La réussite c’est d’avoir reçu moins ou plus qu’on a donné et de se sentir riche d’en être pauvre.
La réussite c’est une inversion des valeurs qui nous fait voir que ce qui est faible aux yeux du monde est fort à nos propres yeux.
La réussite c’est d’avoir pu transformer des montagnes en taupinières.
La réussite c’est de ne pas être tombé dans la tristesse mais d’avoir pu préserver la joie.
La réussite c’est d’accepter de perdre et de lâcher le premier pour gagner des sommets de lumière.
La réussite c’est de relancer sans cesse, encore et toujours la balle de l’amitié et de l’amour.
Car un jour tout disparaîtra, mais l’amour lui, ne disparaîtra jamais.

Guilhem Lavignotte, le 17 avril 2018

dimanche 8 avril 2018

(Po, Li) Comme une promesse



Au bord de la nuit,
Ce n'est déjà plus tout à fait la nuit,
C'est l'aube - qui luit.
 


Au bord de la mort,
Est-ce la mort, encore, ou la vie qui dort?
Au bord du bord, désespoir enfoui - ou enfui,
Pâques vient naître, à l'aurore.


Au bord de tes pleurs,
Ce n'est déjà plus tout à fait des pleurs,
Mais une étoile, qui s'entr'ouvre, comme une fleur.


Au bord de ton regard privé de bleu,
Gris, pareil au ciel qui perle tes cheveux,
Triste comme le vide qui déborde de tes yeux,
Est-ce un regard, encore, est-ce un bateau sans port?


Au bord, à l'extrême fil du faufil de ton corps,
Germe le murmure de ton coeur d'or,
Fragile promesse de trésor.
Pâques naît, aujourd'hui encore.


Au bord de la nuit, c'est l'aurore,
Au bord de la mort, c'est la vie.


Au beau rivage de la tendresse,
Comme une promesse,
Pâques vient nous rendre plus forts.


 

J-J Corbaz, Pâques 2012


dimanche 1 avril 2018

(Li, Hu) Le logo de Pâques


Bonjour!
Les chrétiens du 1er siècle avaient du génie! Ils ont inventé un logo super-facile à dessiner, et pourtant très parlant! C'est devenu un signe de ralliement universel, clair et indispensable. Message caché au temps des persécutions, symbole d'appartenance et de foi: à l'heure où des armées de publicitaires phosphorent pour créer l'image idéale, personne n'a trouvé mieux!

(montrer le dessin)  


Il s'agit du poisson, vous l'avez sans doute deviné. Il évoque le baptême (puisque baptiser signifie "tremper dans l'eau"). Et il est une confession de foi élémentaire: en effet, le mot "poisson", en grec, est constitué de la première lettre de chaque mot dans la phrase "Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur".

Tous les chrétiens naissent donc sous le signe des poissons! Et c'est spécialement le cas aujourd'hui!

En ce 1er avril, fête de Pâques, ce logo nous accueille, et nous relie. Il nous parle d'un Dieu qui nous reçoit les bras ouverts, qui que nous soyons, et quelle que soit notre position face à lui. Il souhaite que nous puissions, dans cette célébration, nous sentir... comme un poisson dans l'eau! Et c’est bien sûr tout spécialement vrai et important en ce qui concerne le baptême, que nous célébrons ce matin!
 
J-J Corbaz



(Pr) la “preuve” de la résurrection

Prédication de Pâques, 1er avril 2018

«Pâques: de la résignation au courage»

Lectures: Matthieu 28, 1-20 (+ Colossiens 3, 1-4 et Psaume 118, 1-6, 19-23, 29)



L’histoire se passe peu après la révolution d’octobre 1917 en Russie. Le nouveau régime envoie un commissaire du peuple parcourir les campagnes afin d’extirper les prétendues “anciennes croyances”, comprenez: la foi chrétienne! Cet homme explique aux habitants des villes et des villages que la religion est l’opium du peuple; mais que l’athéisme va libérer le prolétariat; débarrassé de ses illusions, il marchera de progrès en progrès.

À la fin de son discours, ce commissaire offre la parole à qui veut la prendre, même si c’est un contradicteur.

Un petit pope miteux alors s’avance. On le fait monter à la tribune. Quand le silence est établi, il ne prononce que ces trois mots: “Christ est ressuscité”; et aussitôt, la foule se lève et répond d’une seule voix: “Il est vraiment ressuscité”! - soit la salutation de Pâques bien connue, en usage dans l’Eglise orthodoxe.

   


Cette histoire vraie montre deux choses: d’abord, elle met bien en évidence le caractère irrationnel de la résurrection de Jésus. Rien ne peut la prouver, ni même la rendre probable. Elle est affaire de conviction, de conviction profonde et non raisonnable! La résurrection suscite des doutes même chez les disciples, nous l’avons entendu. Et elle provoque toutes sortes de tentatives pour essayer de l’expliquer rationnellement, tel le plan des chefs juifs selon l’évangile de Matthieu.

Le second enseignement de cette histoire, c’est que, malgré cela,  la résurrection est le coeur de la foi au Christ. Pâques est la toute première fête chrétienne, et de loin la plus importante. C’est à cause d’elle que le dimanche est devenu le jour du Seigneur. La résurrection est le moteur de toute foi chrétienne.

À nous aussi, aujourd’hui, Pâques est proposée comme centre de notre vie religieuse. Comme coeur de notre relation avec Dieu, et avec nous-même. Comme pivot pour notre vie de tous les jours. Car Jésus était on ne peut plus inscrit dans le concret de notre terre.

Rappelez-vous son histoire: il vivait à une époque mouvementée. Son pays était occupé, et pliait sous la colonisation romaine.

Après trente ans de vie dans une famille modeste de travailleurs, il se met à annoncer l’évangile, la bonne nouvelle qui peut changer le monde. Il prêche un Dieu qui ne veut que le bonheur et la liberté de chacun(e). Les gens l’écoutent, le suivent; ils l’accueillent de manière triomphale aux Rameaux.

Mais ce que Jésus annonce ne plaît pas à tout le monde. Ceux qui tiennent le pouvoir n’aiment pas ce prophète de la bonté, de la gratuité; du pardon et de l’amour des autres sans conditions. Impossible, avec lui, d’exploiter et de manipuler le peuple tranquillement!

Les puissants complotent donc contre lui. Ils achètent les complicités nécessaires. En quelques jours, Jésus est arrêté, jugé, crucifié, enterré.
  

Mais il l’avait annoncé: il fallait qu’il soit torturé pour être avec nous partout, même dans les pires souffrances. Il fallait qu’il meure pour vaincre la mort, c’est-à-dire pour montrer que, quand on est relié à Dieu, même la mort peut avoir un sens. Trois jours après, il sort de la tombe, victorieux de tous les lâches (y compris ses disciples!), victorieux de tous les ennemis de la bonne nouvelle qu’il était venu proclamer.

Et c’est ainsi qu’au soir du tout premier dimanche de Pâques de l’histoire, les disciples se sont rassemblés, une nouvelle fois (mais aussi une nouvelle foi!!). Ils ont échangé ce cri de joie, qui est devenu la salutation de Pâques par excellence: “Le Seigneur est ressuscité, il est vraiment ressuscité”!
 

Les évangiles, à vrai dire, ne décrivent pas la résurrection elle-même. Ils essaient encore moins de l’expliquer. C’est impossible. Mais ce qu’ils montrent, ce sont des femmes et des hommes (oui, oui, Mesdames, les premiers témoins de Pâques s’appelaient Marie-Madeleine et Marie!!), des femmes et des hommes qui ont été brusquement transformés: des femmes et des hommes qui ont passé de la passivité à l’action; qui ont changé leur timidité en volonté de se prendre en charge; qui ont passé en quelques heures d’une résignation presque fataliste au courage d’affronter le monde.

Et depuis cette époque, depuis 2000 ans, savez-vous: il y a toujours eu des femmes, il y a toujours eu des hommes qui ont vécu une expérience semblable. Qui ont passé étonnamment de la résignation au courage, grâce au Christ.

Une telle expérience serait-elle exceptionnelle, ou réservée à quelques privilégié(e)s?

Pas du tout! J’ai presque envie de dire qu’elle est à la portée de chacun(e). Mais ce serait exagéré.

Ce serait exagéré, parce qu’il y faut une condition essentielle, pour que ce soit possible. Car pour réussir de tels retournements, nous avons besoin le plus souvent d’une aide concrète qui ne se paie pas de mots, mais qui paie en actes! Nous avons besoin d’exemples, nous avons besoin de voir des personnes concrètes transformées et ressuscitées, elles aussi, et qui nous permettront de suivre un peu leur chemin. Nous avons besoin de les voir, de les entendre, de les toucher. Car savez-vous: de passer de la résignation au courage, c’est réellement contagieux!

J’aime le dire: la seule “preuve” de la résurrection, ce sont des femmes et des hommes que Pâques a remis en marche, relevés, remis debout; des vies transformées. De même que la seule preuve du vent, ce sont les feuilles qu’il fait bouger, et les voiliers qu’il fait avancer!
  

Aujourd’hui donc, l’Espoir majuscule a besoin de nous. La Vie a besoin de nous. Chaque fois que nous nous relevons, chaque fois que le courage l’emporte sur le fatalisme, et l’amour sur la haine, alors de nouvelles personnes se voient offrir ce fabuleux cadeau de Pâques, cette porte ouverte sur une vie libérée!

Bien sûr, notre monde est rempli d’obscurité; de violence; de souffrances. Mais ce n’est qu’en retroussant nos manches que la lumière augmentera; que la paix gagnera; que la liberté et le bonheur que Dieu nous destine deviendront accessibles au plus grand nombre. En retroussant nos manches: pas une seule, mais dix manches (au moins!) - puisque c’est le jour de Pâques!

Merci donc aux femmes et aux hommes de notre temps qui relèveront ce défi-là! Sans eux, sans nous, Dieu est manchot et muet. Seuls nos gestes et nos sourires permettront à nos contemporains de commencer à ressusciter, eux aussi.

Et là vous voyez, Khanh et Lambro, chère famille, vous voyez la force de votre choix, en ce dimanche de Pâques, de baptiser Elina; de la placer sous les promesses et la Vie majuscule de Dieu en Christ; et donc de tâcher de toujours mieux devenir, pour elle, ces exemples de vie réconciliée et ressuscitée; ces modèles de solidité intérieure et d’amour, de soi, des autres et de Dieu. En ce 1er avril, on peut dire qu’Elina maintenant est née, non pas seulement sous le signe des poissons (comme le disait avec le sourire notre introduction au baptême), mais sous le signe de la Passion! La Passion de Dieu pour elle, et la nôtre pour la mission que Jésus nous confie!

Chers amis: que notre Pâques soit joyeuse, mais surtout vraie et rayonnante! Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 



vendredi 30 mars 2018

(Pr) Jésus est mort. En quoi est-ce une bonne nouvelle?



Prédication de Vendredi saint 30 mars 18, Huémoz

«Je n’ai rien voulu savoir d’autre»


Lectures: Matthieu 27, 27-50;  1 Corinthiens 2, 1-2 (+ Ps. 118 introït)


L’année chrétienne est jalonnée de fêtes.

Certaines sont hyper-connues, par exemple Pâques et Noël. Et d’autres beaucoup moins, comme l’Ascension et Pentecôte, qui ne doivent qu’à leur jour de congé de ne pas être tombées dans l’oubli.

Et Vendredi saint, que nous célébrons aujourd’hui? Quelle est sa place?

Vous l’avez entendu, lorsque l’apôtre Paul veut exprimer en un seul mot ce qu’il a découvert au centre de la foi, il ne mentionne ni Pâques ni Noël. Pour lui, le coeur de l’Evangile, c’est la croix. La Bonne Nouvelle, qui est bonne pour chacun(e), parce qu’elle est capable de renouveler toute personne, quelle qu’elle soit,  c’est d’abord l’évènement de Vendredi saint, Jésus crucifié!

“J’ai décidé, écrit Paul aux Corinthiens, j’ai décidé de ne rien savoir d’autre parmi vous que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié”.

L’acte décisif de notre salut, il se place ce vendredi-là, que nous appelons à juste titre “Vendredi saint”. Et dont on dit même que c’est une fête.
  


Pourquoi donc? Pourquoi les chrétiens ont-ils pris comme centre de leur foi ce qui est d’abord un échec, ce qui paraît le comble de la souffrance et de l’abaissement? Pourquoi le signe, le symbole des croyants au Christ est-il la croix?

Dans les évangiles, on lit que les disciples ont ressenti la mort de Jésus comme une écrasante défaite, qui les a laissés désemparés. Comment se fait-il qu’un peu plus tard, ces mêmes disciples s’acharnent à mettre en évidence cette catastrophe? Dans l’optique d’une évangélisation efficace, le simple bon sens aurait commandé de porter l’accent sur autre chose que la fin désastreuse du fils de Dieu, non?

D’où vient cette insistance de Paul et de beaucoup d’apôtres? “Parmi vous, je n’ai rien voulu savoir d’autre que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié”.

Ce changement de perspective vient du fait capital que, pour les disciples, ce qu’ils avaient d’abord ressenti comme l’échec   de Jésus s’est révélé sa victoire. Leur interprétation des évènements a été tournée à l’envers par un fait nouveau, et ce fait nouveau c’est la résurrection.

Les disciples ont été témoins, d’abord stupéfaits, souvent incrédules, témoins que leur maître après sa mort était toujours vivant et agissant. Petit à petit s’est glissée en eux la certitude que dans cette mort même Dieu avait montré le plus fort de sa puissance créatrice. Il y avait fait la démonstration éclatante que la mort n’est pas une défaite; autrement dit, que quand on est relié à Dieu, même la mort peut avoir un sens.



À partir de ce bouleversement, toute la foi des disciples s’est restructurée, reconstruite, autour de Vendredi saint. Comme le disait déjà le Psaume 118: “La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée est devenue la pierre de l’angle, la pierre principale” (v. 22).

Ainsi, la foi dans le Christ ressuscité a fait réinterpréter toute la vie et la mort de Jésus, son enseignement et ses actes... On s’est aperçu que la croix n’était pas une fin un peu étrange, mais un signe, une preuve même que Dieu est avec nous partout, y compris dans la souffrance la plus horrible, y compris dans la pire injustice, y compris dans l’échec le plus intolérable. Que partout Dieu est avec nous comme créateur, ouvreur d’horizons nouveaux, espoir et vie!

Les victimes de violences, les innocents sacrifiés le trouveront à leur côté infiniment proche, qu’ils soient dans les camps de concentration nazis, dans les salles de torture en Turquie ou dans les bateaux qui coulent en Méditerranée, surchargés de migrants; qu’ils soient dans nos hôpitaux ou dans les cimetières de nos villages. “Même quand je passerai par la vallée de l’ombre de la mort, je n’aurai pas peur, Seigneur, car tu es avec moi. Tu me conduis, tu me protèges. Auprès de toi, je suis en sécurité” (Ps. 23).

Sachez-le: c’est la résurrection, au matin de Pâques, qui nous permet de vivre Vendredi saint comme une fête, vraiment. Une fête qui fait de Jésus crucifié le signe de l’amour de Dieu, le signe d’un amour fou, inconcevable; d’un amour comme on n’en verra jamais de pareil. Le signe de son pardon. De sa victoire sur toute forme de désespoir.
 

Il est génial (et je pèse mes mots!), il est génial que notre religion ait compris le véritable visage de Dieu, le but ultime de sa révélation: que c’est justement dans la pire catastrophe, dans le sommet de l’injustice que le Christ est venu planter sa présence lumineuse, sa victoire. C’est justement en priorité pour les victimes de toutes les atrocités qu’il s’est fait proche, qu’il s’est montré sauveur, et réconciliateur, et bon berger. Pour tous ceux qui, à la suite de Jésus, s’identifient à l’auteur du Psaume 22, priant dans la détresse: “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?” (v. 2).
 
Ainsi, les humains ont bénéficié de multiples manières de l’évènement de Golgotha. Beaucoup y ont reçu un signe d’amour, de solidarité, de proximité de Dieu. Si certains ont appris à pardonner, tous ont pu connaître qu’ils étaient pardonnés. À cause de Jésus, plusieurs ont pu mourir sereins, mais certains ont compris qu’il fallait combattre et vivre.

À cause de Jésus mort sur la croix, quelques-uns ont pu donner leur vie en mourant, tel le lieutenant-colonel Arnaud Beltrane, ce croyant convaincu dont vous avez pu lire l’histoire dans les journaux tout récemment; quelques-uns ont pu donner leur vie en mourant, et d’autres l’ont donnée en vivant, en assumant leurs responsabilités, en portant visiblement la passion de Dieu pour tout être qui vit, de manière chaleureuse et rayonnante!
 

Pour cette mort, que nous fêtons, oui, fêtons aujourd’hui, disons MERCI! Et que ce Vendredi saint nous remette au coeur, et à l’esprit, cet appel de l’évangile à laisser Dieu nous rejoindre; à laisser Dieu nous aimer; à laisser Dieu vaincre, en nous. Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 4 mars 2018

(Pr, Li) Dieu, et la violence?

Prédication du 4 mars 2018, Ollon et liturgie de bénédiction
«La jalousie de Dieu - la guerre sainte»


Lectures: Nombres 25, 1-5; 2 Samuel 18, 31 – 19, 5; Jean 3, 14-17



Nous n’aimons pas la violence. Et nous avons cent fois raison. Nous pressentons bien que Dieu non plus n’aime pas la violence! Mais que faut-il faire de ces passages de l’Ancien Testament (AT) qui prônent l’extermination des infidèles? Que faut-il penser de ces soi-disant “missionnaires” qui, il y a quelques siècles à peine, obligeaient les prétendus “sauvages” à choisir: soit la conversion au christianisme, soit la mort violente?
  


Les musulmans intégristes ont vite répondu à cette question: pour eux, la guerre aux infidèles serait non seulement tolérée par Allah, mais encouragée. Or, attention, cette attitude n’est le fait que d’une minorité de musulmans, fanatiques et intolérants. Dommage, évidemment, qu’on parle d’eux bien davantage que de la majorité, infiniment plus ouverte et pacifique!

Chez les chrétiens aussi, du reste, on trouve des demi-fous qui appellent à la croisade. Au Moyen Âge, nos Eglises étaient  en plein dans cette violence.

Evitons donc les schémas simplistes, du style “les musulmans  tout noirs, les chrétiens tout blancs”; ou “y en a point comme nous”! Evitons aussi, bien sûr, à l’opposé d’accuser la foi en l’évangile de tous les maux, comme certains l’ont fait.

La réalité, c’est que la violence est au coeur de l’être humain. De tout être humain, en moi comme en chacun(e) de vous! Sinon nos ancêtres des cavernes n’auraient pas survécu, d’ailleurs. La violence est au coeur de chacun, et seules quelques toutes grandes personnalités, comme Gandhi ou Martin Luther King, sont arrivées à extirper totalement cette violence de leur être.
  
Or, Dieu s’est révélé à nous à travers des paroles humaines; à travers des systèmes de pensées, à travers des schémas humains. Dieu s’est montré à nous, dans toute la Bible, en passant par nos tripes, en passant par nos sentiments, nos épaisseurs humaines; en passant par nos intelligences limitées et orientées, en passant donc aussi par nos préjugés, nos défauts, nos oeillères. Et nos violences!

Pour dire qui est Dieu, il a bien fallu utiliser nos mots maladroits, nos raisonnements imparfaits, nos cultures imprégnées de petitesses toutes humaines!


Si vous deviez expliquer à une abeille ce qu’est l’amour maternel, dans un langage abeille (à supposer que vous la connaissiez, cette langue!), quel serait le résultat? ... Vous parleriez de leurs larves; mais que savons-nous des sentiments des abeilles pour les larves? Vous parleriez de prendre soin, de veiller sur, de protéger... alors que tout ça n’a aucun sens pour une abeille, surtout que c’est une ouvrière qui ne peut pas se reproduire!! Bref, c’est sans espoir.

Tout cela pour vous aider à mesurer l’impossible défi que représente l’envie de Dieu de se faire connaître à l’humanité! Dieu qui est cent mille fois plus différent de nous que nous ne le sommes d’une abeille! L’impossible défi aussi, bien sûr, de parler de lui à nos enfants, à nos contemporains, ou aux peuples à qui nous annonçons l’évangile, à travers ce qu’on appelle la mission.

Depuis la première mission, celle de Dieu lui-même, c’était la plantée garantie, vous êtes d’accord?!

Donc, il a bien fallu, il faut bien, aujourd’hui encore, passer par nos étroitesses, nos sentiments faussés; en sachant que le résultat sera de toute façon incomplet, décevant. En sachant que tout ce que nous disons de Dieu est une projection à partir de nos vécus humains, une déformation imposée par notre langage et nos raisonnements trop particuliers. Pour dire Dieu tout spécialement, traduire, c’est trahir!
  


Un bon exemple, c’est le thème d’aujourd’hui: la jalousie de Dieu. Pour les peuplades guerrières et à moitié civilisées qui vivaient au temps de Moïse, il était nécessaire de parler d’un Dieu qui ne supporte pas la concurrence d’autres divinités. Cela pour éviter que les religions ne se mélangent, pour éviter que les peuples convertis au Dieu d’Israël ne conservent en même temps leurs anciennes traditions religieuses; leurs adorations païennes; leurs superstitions, incompatibles avec la nouvelle foi.

- Et nous savons que ce mélange a été extraordinairement difficile à éviter; qu’il a fallu batailler à de nombreuses reprises pour qu’Israël ne sombre pas dans une “puissante” mixture avec les Baal, Astarté, et autres divinités de Babylone ou de Canaan.

Donc, il fallait, pour que la foi survive, dire que Dieu était jaloux. Mais la jalousie, en ce temps-là, s’exprimait par la violence, en cas d’infidélité. C’était automatique. À cette époque, une jalousie sans violence aurait été comme une loi sans amende ou autre sanction en cas d’infraction: inimaginable. Ç’aurait été un aveu de désintérêt, de faiblesse. Impossible!

Voilà pourquoi de nombreux passages de l’AT décrivent Dieu comme exigeant une entière adhésion, sans compromis - ce qui est toujours d’actualité! Mais avec des sanctions qui vont souvent jusqu’à la mort. C’était la norme, alors. Une norme qui est “joyeusement” appliquée par Moïse, dans notre récit du livre des Nombres.

Avez-vous remarqué? Comme Elie avec les prophètes de Baal dans l’épisode du sacrifice au Carmel, Moïse va bien plus loin que ce que Dieu demande. Il commet un énorme excès de zèle! Dieu lui dit de pendre les chefs du peuple, mais Moïse fait exécuter tous les Israélites idolâtres.

Pourtant, je vous l’ai dit, Dieu a essayé de relever le défi. Il a parfois réussi à ouvrir de petites brèches dans ces normes pesantes. Tout-à-coup, une phrase ou une image montre un aspect de Dieu qui tranche avec les croyances de l’époque. Une parole “avant-gardiste”, dirait-on aujourd’hui. Dans la Bible, on dit: une parole prophétique.
  


C’est ainsi qu’Elie, après le massacre du Carmel, doit fuir au désert; et là, à l’Horeb, à la montagne sainte, c’est l’épisode du souffle fragile, qui lui fait découvrir que Dieu n’est pas dans la violence, mais qu’il se donne dans la faiblesse. Annonçant ainsi la crucifixion de Jésus.

Parole prophétique, c’est aussi le cas de ce récit du roi David,  dont nous avons entendu un extrait tout-à-l’heure. David, séducteur impénitent; David à qui le pouvoir était monté à la tête, jusqu’à faire tuer un de ses meilleurs officiers pour s’approprier son épouse; ce même David, à la fin de sa vie, est traité comme il a traité les autres: ses propres fils lui font la guerre, obnubilés par le pouvoir royal et ses richesses. Eh bien David, quand il apprend que la guerre civile s’est achevée par la défaite de son fils rebelle, Absalom, et par sa mort, David pleure en répétant: “Absalom, mon fils, que ne suis-je mort à ta place? Absalom, mon fils, que ne suis-je mort à ta place?”

Parabole! Superbe image! Cet épisode nous parle de Dieu! En même temps que sa jalousie; juste à côté de son refus des compromis religieux, il nous fait découvrir son immense tendresse, infiniment plus grande encore que son intransigeance. À travers David pleurant, Dieu nous dit, à nous aussi, à nous pécheurs, à nous qui le trahissons si souvent, Dieu nous dit aussi: “Mon fils, que ne suis-je mort à ta place?”



Il le dit, et il le fait, en Jésus Christ, il meurt à notre place pour nous libérer de nos culpabilités!

Voilà comment l’AT (et le Nouveau également, bien entendu) sont des mélanges d’épaisseurs humaines et d’éclairs prophétiques lumineux, qui annoncent les dimensions toujours nouvelles de l’amour de Dieu!

Ne dites jamais: “Dieu est comme ceci, c’est écrit dans la Bible”, sans ajouter: “Mais il est aussi très différent, c’est également écrit dans la Bible”! - La Bible qui n’est que le pâle reflet de la lumière  indescriptible de Dieu, indicible (soit: impossible à dire).

Ne tirez jamais des conclusions exclusives d’un seul passage biblique, sans regarder encore tout ce qui le nuance, le complète, le corrige. Nos langages humains sont incapables de dire autre chose que des caricatures, des simplifications extrêmes, quand ils essaient de décrire la transcendance.

Vous me direz: la Bible n’est-elle pas la parole de Dieu? Oui, mais c’est une parole immergée, figée, réduite dès qu’elle est exprimée dans nos mots humains, dans nos cultures terrestres. On ne peut pas représenter la quatrième dimension dans nos trois dimensions sans l’appauvrir considérablement.

Et c’est pour cela que nous avons besoin de quatre évangiles, et non d’un seul, pour esquisser le message de Jésus. Et c’est pour cela que nous avons besoin de 66 livres bibliques, dans leur diversité, pour parler de Dieu sous autant d’angles différents. Et c’est pour cela que nous avons besoin du Saint-Esprit, du souvenir dynamique du Christ, pour éclairer notre lanterne trop souvent embuée par nos préjugés!

  

Alors, dans nos limites, dans nos maladresses, redisons-nous souvent cet autre éclair prophétique de notre livre saint: “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne soit pas perdu, mais qu’il ait la vie éternelle. Dieu n’a pas envoyé son fils dans le monde pour nous condamner, mais pour nous sauver”.
Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz  





 

Bénédiction finale:

Dans le livre des Actes, il est dit aux apôtres: “Ne regardez pas vers le ciel” (mais vers la Terre)...
La Bible entière aujourd’hui nous dit: “Regardez le ciel! Regardez la Terre! Regardez-vous vous-mêmes!
Fermez les yeux, parfois! Ouvrez-les parfois sur le monde et ses peines!
C’est par ces mille regards différents que vous pourrez mieux discerner Dieu votre Père, lui dont la hauteur; lui dont la largeur; lui dont la profondeur dépassent toujours infiniment tout ce que vous pouvez comprendre de lui, et de son amour passionné!”
Tels que nous sommes, et tel qu’il est, Dieu nous bénit, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen 



dimanche 25 février 2018

(Pr) Carême, ne pas nous priver!

Prédication du 25 février 18, Villars, «Les vraies valeurs - le bonheur»

Lectures: Luc 12, 13-21; Amos 8, 4-7;  2 Corinthiens 4, 14-18


Vous connaissez la chanson de Gilles: “Le bonheur est chose légère, que toujours notre coeur poursuit, mais en vain, comme la chimère, on croit le saisir, il s’enfuit”.
  


Chers amis, chers paroissiens: qu’est-ce qui vous rend heureux, vraiment? Qu’est-ce qui est le plus important pour vous?

On nous a tant seriné que “l’argent ne fait pas le bonheur, mais... qu’il y contribue”...

Alors bon, je ne vous apprends rien, la Bible nous invite à garder de la distance par rapport aux valeurs matérielles. Et chacun(e) le sait: notre fortune, nos mérites, nos achats, nos titres de gloire, voire nos médailles olympiques... tout cela est bon, voire agréable, mais nous ne les emporterons pas avec nous, au jour de notre mort. Nous ne les emporterons pas au paradis, au sens littéral!

Vous le savez, bien sûr. Tout le monde le sait. Tout le monde le dit.

Mais pourquoi alors tant de gens vivent-ils exactement le contraire? Comment se fait-il qu’aujourd’hui une immense majorité de gens soient obnubilés par les valeurs matérielles, au point de tout penser, tout juger, tout évaluer en termes économiques? Notre société semble incapable de voir autre chose que ce qui se monnaie de manière sonnante et trébuchante. Même le monde politique est devenu secondaire face au commerce et à la finance. Une seule règle, une seule priorité: faire du bénéfice.

Et la morale, l’éthique, dans tout ça? "Mais mon vieux,
c’est du passé, c’est dépassé, c’est démodé, une antiquité!! On ne fait plus de sentiment, quand on peut faire de l’argent..."
  


Pourtant, voilà que ce système est en train de révéler ses limites: par le chômage, d’abord, bien sûr; par toutes les personnes qui sont rejetées dans la bordure, larguées par une société qui ne sait plus qu’en faire... car les assistés coûtent cher!

Le système montre ses limites aussi par la dépression, et par les multiples formes de “casse” que nous connaissons, comme le burn-out, lorsque le corps ou l’esprit ne peuvent plus résister aux pressions de la vie quotidienne. Lorsque les personnes humaines se sentent obligées de répondre aux demandes d’efficacité et de rentabilité qu’elles reçoivent plutôt que de respecter leurs limites physiques ou psychologiques.

Et voilà, encore, que le vide spirituel est en train de nous exploser à la figure, avec la multiplication des sectes, et des fanatismes de toutes sortes. Avec ces groupes qui se rassemblent autour d’un gourou, en quête désespérée de sens à leur vie.  Avec ces gens qui se font plumer comme des pigeons parce qu’ils essaient de fuir notre monde trop matérialiste. Tragique!

Hier c’était l’Ordre du temple solaire, et aujourd’hui le djihad. Il n’y aurait pas toutes ces victimes si, chez nous, tant de personnes soi-disant éclairées n’avaient pas jeté l’évangile aux oubliettes pour s’intéresser en priorité au cours de l’aluminium ou aux mille façons de s’enrichir sans fatigue!?!
  
Chappatte
Et vous voyez que, là, nous sommes concernés. Tous. En tant qu’Eglise, en tant que croyants libérés en Christ, nous avons à mieux dire, et à mieux vivre les vraies valeurs de notre foi. À mieux les chanter, à mieux les danser dans notre quotidien!

Je sais, ça n’est pas facile. Mais nos contemporains déboussolés ont besoin de modèles -pas modèles au sens d’exemple parfait, bien sûr, mais au sens de référence, d’exemple parmi d’autres. Nos contemporains ont besoin de voir, de sentir (j’ai presque envie de dire de humer, de palper) des chrétiens authentiques, que leur espérance transforme, rende plus légers, plus souriants, plus chaleureux, et moins suffisants. Bref, des antidotes à cette morose course au fric qui n’amuse que la toute petite minorité qui gagne à ce jeu-là!

Il est ici, l’enjeu pour nous, en ce début de siècle; la mission qui nous est proposée pour cette année, et les suivantes! Que les disciples du Christ deviennent plus visibles, plus colorés, plus joyeux! “Un chrétien triste, a-t-on dit, est un triste chrétien”!

Si l’Eglise passe à côté de cette mission-là, j’ai bien peur que ce ne soit une dé-mission!

Savons-nous encore défendre nos valeurs? Pas les armes à la main, évidemment, mais savons-nous encore nous enthousiasmer pour nos valeurs spirituelles, et, du coup, contribuer à enthousiasmer les autres?

Dans 24 Heures d’hier, un psychiatre qui a beaucoup travaillé sur cette question du bonheur dit des choses qu’on pourrait croire tirées de l’évangile: “les résultats de notre étude montrent que le secret du bonheur (...) ne réside pas dans un compte en banque ou un statut social, mais dans le succès de nos relations affectives, dans la qualité des contacts que l’on entretient avec les autres
. Le bonheur vient aussi du “sentiment que l’on mène une vie qui a du sens”. (1)
 

Depuis dix jours, nous vivons le temps du Carême, de la Passion. Seriez-vous d’accord de faire un essai? Non pas prendre le sac et la cendre pour nous rabaisser, bien sûr, mais plutôt nous alléger. Elaguer dans notre vie ce qui nous sépare de l’appel de l’évangile. Faire des choix, pour que notre quotidien se débarrasse des valeurs matérielles qui entravent notre mission. Peut-être acheter moins, et vivre plus proches des autres. Cultiver nos relations, nos affections, nos amours... Laisser davantage de place à nos richesses humaines: tendresse, patience, accueil... sourire et paix... Laisser davantage de place, aussi, à la nature et aux trésors qu’elle offre à nos yeux, à nos oreilles, à nos odorats (c’est bientôt le printemps!).

Donc non pas nous priver, mais bien au contraire: nous combler de ce qui nous rend heureux!

D’accord? Allez, je vous fais un prix: un modeste bonheur du Bon Dieu, à l’essai pendant 40 jours. Bien sûr, c’est gratuit! Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 



(1)  Dr Théodore Hovaguimian, 24 Heures des 24-25 février 2018, p. 24


jeudi 22 février 2018

(Ci, Ré) Christ ne nous offre pas le ciel

Guilhem Lavignotte  

"Le Christ ne nous offre pas le ciel, il nous offre le salut. Le salut c’est être délivré de tous ses enfermements pour toujours progresser dans la vie avec le Christ comme dans un cœur à cœur pour voir avec ses yeux, toucher avec ses mains, entendre avec ses oreilles.

C’est cela le salut qu’il nous offre comme il était au commencement, comme il est et comme il sera pour les siècles des siècles. Le Christ ça n’est pas un paradis ou un ciel à gagner. Son salut est une liberté qu’il nous offre dès à présent et qui ne finit pas. Mais vous pouvez l’appeler le ciel si vous voulez, mais sachez que ce ciel commence ici et qu’il est déjà offert."

dimanche 4 février 2018

(Pr, Hu) Entre Dieu et le rire, quel rapport?

Prédication du 4 février 18, Ollon, 10h «Dieu et humour?!»

Lectures: Psaume 2, 1-4; Jean 9, 24-40; 1 Corinthiens 1, 27-29 



Le philosophe grec Aristote disait ”le rire est le propre de l’homme”. On peut en conclure avec un clin d’oeil que le rire n’est pas sale! Voire peut-être qu’il nous nettoie! Qu’il purifie l’esprit, et l’âme!

Blague à part, Aristote voulait souligner que le rire (ou, de manière plus générale, l’humour) est un élément essentiel pour le genre humain. Mais serait-il essentiel aussi pour les questions dernières que nous nous posons, celles sur le sens de la vie, celles sur notre finalité humaine? Autrement dit, les questions spirituelles, au sens religieux du terme, ont-elles quelque chose en commun avec les traits d’esprit, les réparties spirituelles, au sens humoristique cette fois?

Le fait que ce soit le même mot pour les deux domaines indique en tout cas un lien!


Première piste de réponse: le recul. Trop souvent, l’être humain prend les choses au premier degré. Il subit les évènements le nez dans le guidon, sans beaucoup réfléchir à ce qui donne à sa vie un sens, une direction, une vérité profonde. L’humour peut souvent permettre ce recul indispensable; il peut nous proposer une échelle des valeurs qui redonne une juste proportion aux malheurs de l’existence ou à ce qui nous fait peur, notamment. C’est ce qu’enseignait déjà Confucius: “Celui qui ne parvient pas à regarder la réalité de loin, eh bien il verra les ennuis de près!”

Les humoristes d’aujourd’hui, les clowns, les comédiens utilisent abondamment ce ressort. On pourrait citer presque toute l’oeuvre de Fernand Raynaud, par exemple. Vous vous souvenez de cet étranger qui avait été chassé parce qu’il “venait manger le pain des Français”. Depuis son départ, pourtant, au village “on n’a plus de pain du tout: car il était boulanger”!

En prenant ainsi à rebrousse-poil nos manies, nos préjugés, les humoristes montrent le décalage entre nos vies et ce qu’elles pourraient être (ou devraient être). Par surprise, ils nous interrogent sur nos vraies valeurs, et sur ce qu’elles changent ou non, sur nos actes. Pour moi, c’est une démarche hautement spirituelle, Devos ou Raynaud ont été d’excellents moralistes.

Citons encore ce mot du cinéaste Woody Allen, passé maître dans de tels décalages comiques entre les problèmes de fond et les soucis de surface: “Le doute me ronge: et si tout n’était qu’illusion? Et si rien n’existait? Dans ce cas, j’aurais payé ma moquette beaucoup trop cher!”
  


Deuxième piste: l’humour peut même aller jusqu’à poser la question de Dieu; ouvrir à la foi.

Cette affirmation étonne certains, qui pensent que le comique se moque du sacré, et que la religion est quelque chose de sérieux. C’est ce que devait se dire cette dame qui achetait de la lecture pour une amie hospitalisée. La libraire lui demande si elle envisage un livre religieux; l’autre lui répond: “Oh mon Dieu non! Elle va déjà beaucoup mieux!”

Pour moi, le rire nous rappelle nos limites, nos impossibilités. Donc il nous redit qu’il y a, dans la foi, cette instance supérieure, Dieu, qui dépasse, qui transcende nos épaisseurs humaines, et qui nous promet de nous recréer à neuf, ressuscités, dans un monde de perfection cette fois, lorsque nous verrons face à face!

C’est au fond toute la collision entre le fini et l’infini qui se joue dans l’humour; la collision entre la perfection et l’imperfection. J’aime ainsi ce sketch de Raymond Devos où il renverse le slogan “Dieu existe, je l’ai rencontré”. L’humoriste raconte qu’il a vu le Seigneur alors que ce dernier était en plein doute: dans son église, Dieu ne voyait plus personne, et il en arrivait à douter de l’existence de l’homme! Apercevant Devos, le Créateur s’écrie: “Oh, miracle! Une humaine apparition!” Puis il remonte au ciel  tout heureux pour y annoncer: “L’homme existe, je l’ai rencontré”!
   


Troisième piste: l’humour met en question nos idées toutes faites dans le domaine religieux aussi! Nous oublions trop souvent qu’on ne possède jamais la vérité, que c’est elle qui nous éclaire. Dans la foi, rien n’est jamais acquis: on n’est jamais chrétien, on le devient toujours, disait Kierkegaard.

L’humour peut donc mettre le doigt sur nos faux sérieux qui nous éloignent du Christ, lui qui “n’avait pas de lieu où reposer sa tête”.  Il rappelle que la foi doit constamment lutter contre les fausses évidences, les dogmes sclérosés, les banalités qu’on récite... C’est ce qu’a découvert ce pasteur qui parlait avec un paysan des récoltes, terriblement maigres cette année-là. “Il faut prier, mon cher!” disait le ministre. Et l’autre de rétorquer: “La prière ne sert à rien. C’est du fumier, ici, qu’il faudrait!”

  


Quatrième chapitre: l’humour est tout spécialement utile lorsque c’est l’Eglise elle-même qui se prend trop au sérieux! Quand la foi devient une institution, souvenons-nous que cette institution est humaine et imparfaite! Le rire est un bon antidote contre le cléricalisme, ou quand l’Eglise se prend pour son propre but, à l’image des pharisiens dans l’évangile de Jean.

C’est comme une fois y avait Ouin-Ouin qui se fait “attraper” par le pasteur, parce qu’il ne l’a plus revu au culte depuis... oh, bien longtemps. “Monsieur Ouin-Ouin, vous ne croyez donc plus en Dieu?” “Ben, le Dieu du ciel que oui, répond l’autre. Mais c’est son personnel au sol qui ne m’inspire plus trop confiance”! ... C’est vrai, et c’est bien dit. Nous, le “personnel au sol”, pouvons faire obstacle à la foi. Et nous avons besoin de cet humour-là pour nous le rappeler.

Un pasteur et un chauffeur de taxi arrivent en même temps devant la porte du paradis. Or, le ministre est envoyé au purgatoire, tandis que l’autre est directement accueilli au Ciel.  Le pasteur rouspète, bien sûr, mais il s’entend répondre: “Tu sais, il a plus de mérite que toi! Quand tu prêchais, les gens dormaient. Mais quand lui les conduisait, eh bien, ils... priaient”!”
  

Cinquième et dernière piste (et c’est une piste d’envol plutôt qu’une piste d’atterrissage)! Je lis dans la Bible que Dieu lui-même a de l’humour. Par la manière dont il échappe à nos mainmises, à nos tentatives de le mettre de notre côté. Dieu se rit de nos prétentions humaines, dit le Psaume 2. Il transcende, il dépasse toujours nos définitions, nos lois terrestres, nos récupérations de sa sainteté.

C’est un pasteur qui voit avec colère qu’on lui vole des raisins de sa treille, pendant la nuit. Alors, il y met un panneau où il écrit: “Dieu voit tout”. Le lendemain, les dernières grappes ont disparu; et une main anonyme a rajouté sur la pancarte: “Dieu voit tout... mais il ne dénonce pas!!”

Dieu n’est pas le gardien de notre morale, il échappe à nos emprises. C’est nous qui sommes appelés à entrer dans sa vérité, qui toujours dépasse les nôtres de plusieurs kilomètres!
  

Voilà quelques réflexions que j’avais envie de partager avec vous, ce matin, sur le rire dans sa relation avec Dieu. Bien sûr, il ne s’agit pas de “sanctifier” n’importe quel humour. Il y a des comiques tellement peu spirituels! Mais je me demande si l’humour, dans son ouverture à l’inattendu, n’est pas l’un des véhicules privilégiés de la liberté de Dieu, et de celle du chrétien. Liberté qui, vous le savez, est un fruit éminent du Saint-Esprit. Car “là où est l’esprit du Seigneur, écrit Paul, là est la liberté”. Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 


 


dimanche 31 décembre 2017

(Pr) La relation entre Dieu et nos années

Prédication du 31 décembre 17, «Le temps de Dieu...»

Lectures: Apocalypse 1, 4-8; Luc 13, 6-9; Genèse 1, 14-19 

Je vais sans doute vous étonner: l’année qui vient, 2018, vous allez voir Dieu! Oui, en 2018, vous allez voir Dieu!

Rassurez-vous, je ne me suis pas converti à l’une de ces sectes braquées sur la fin du monde. Je n’ai pas non plus reçu une révélation prophétique extraordinaire! Vous allez voir Dieu  parce que ça fait partie de sa nature, ça fait partie de sa façon d’être. Je vais m’expliquer.
 

 
Beaucoup de chrétiens pensent que, pour Dieu, le temps n’a aucune importance. N’est-il pas l’Eternel, l’Infini, celui qui traverse les siècles sans jamais vieillir? Pour bien des gens, la vocation humaine serait justement d’essayer d’échapper aux limites d’ici-bas pour rejoindre le monde éternel de l’au-delà. Le but de la religion serait de nous faire accéder au royaume divin, là où tout est lumière et paix, au-dessus de cette terre de souffrances.

Cette perspective, cette idée est très importante dans les religions orientales, surtout pour le bouddhisme: quitter ce temps, cette terre pour s’élever et rejoindre Dieu.

Et aujourd’hui, dans une société où les incertitudes se font durement ressentir, et les bouleversements, et le manque d’espoirs concrets, on comprend que beaucoup de gens sont fascinés par cette recherche d’un monde immuable et sûr, au-delà des pénibles réalités.

Pourtant, la Bible nous dit des choses différentes, et à mon goût plus stimulantes! Pour elle, Dieu est au-dessus du temps, c’est sûr: “devant lui, mille ans sont comme un jour”. Mais il n’est pas un Être Suprême figé dans son éternité et sa divinité: il bouge, il se déplace!

L’Apocalypse insiste beaucoup sur ce mouvement: elle décrit Dieu comme “celui qui est, qui était et qui vient”. Formule géniale! “Celui qui est, qui était et qui vient”, c’est-à-dire celui qui dépasse les catégories du temps, celui qui ne se laisse enfermer dans aucune époque; et celui qui bouge vers nous!

Dieu n’est pas hors du temps, comme dans les religions orientales. Au contraire, le temps, notre temps, n’est pas étranger à Dieu, pas plus que l’espace! Dès la première page de la Bible,  le Créateur s’inscrit dans nos mesures humaines de temps: “Que la lumière soit - et la lumière fut... Il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le premier jour”.


Cette évocation des débuts du monde est une manière imagée de proclamer ceci: le temps n’est pas une fatalité mauvaise, dont il faudrait sortir. Mais c’est un cadre dans lequel Dieu inscrit volontairement sa création.

Vous savez peut-être que la Genèse s’inspire beaucoup des récits des origines venus des autres religions du Proche-Orient. Or, aucune de ces autres religions ne décrit les débuts de l’univers dans un tel cadre de journées. C’est bien une originalité de l’Ancien Testament que de valoriser le temps de cette manière!

Pour la Genèse, chaque jour qui passe, aujourd’hui encore, est  un jour où Dieu crée, un jour que Dieu habite, puisque la vie continue de jaillir, autour de nous, et à travers nous. La création n’est pas finie, elle se prolonge dans notre temps, ici-même!

On remarquera encore que la Genèse situe au quatrième “jour” la création des astres: soleil, lune et étoiles. Ils ont deux rôles: celui d’éclairer la terre jour et nuit; mais d’abord celui de servir de “signes pour les fêtes, pour les jours et pour les années” dit la Bible. Alors que les religions voisines, par exemple à Babylone, les adoraient comme des divinités, les astres pour l’Ancien Testament sont les marques du temps, créés par Dieu. Des repères pour nos calendriers.

Le temps est donc un cadeau du Créateur. Mais un cadeau où il s’est emballé lui-même, si j’ose dire! Emballé dans les deux sens du terme! Emballé au sens où il s’y est placé, volontairement; il s’y est inscrit. Et emballé au sens où il le fait avec enthousiasme! Dieu s’emballe pour nous, dans sa passion pour l’humanité,  cette humanité pourtant si mal foutue!
Autrement dit, Dieu s’engage dans notre temps, afin de faire alliance avec nous. Depuis le fameux récit de l’arc-en-ciel, au sortir du Déluge, jusqu’à Jésus-Christ, en passant par Abraham, Moïse, Jérémie et tous les autres, Dieu travaille dans notre temps. Il le fait pour y semer des graines de bonheur et de paix.

L’histoire où nous vivons n’est donc ni vouée à la perdition, ni livrée au hasard. Elle a un but. Dans notre histoire, Dieu intervient régulièrement, il agit lui-même à travers tous les évènements où les auteurs bibliques ont reconnu la main de leur Seigneur.

Et bien sûr, vous l’avez déjà pensé, ces interventions de Dieu culminent dans l’évènement que nous avons célébré il y a une semaine, la venue de Jésus, en qui les apôtres ont discerné la venue de Dieu lui-même! Epiphanie! Révélation!

Depuis Noël -comment pouvons-nous en douter?-, le salut du monde ne se joue pas en-dehors du temps, mais à l’intérieur de notre histoire, à l’intérieur de notre monde: dans le temps. Et l’évangile va insister là-dessus: Jésus est né “alors que Quirinius était gouverneur de Syrie”; puis “il a souffert sous Ponce Pilate”. C’est dans un temps bien précis, concret, que tout a basculé en faveur de notre salut. Comme l’a chanté Jo Akepsimas: “Jésus était bien de son temps, et c’est pour ça qu’il est du nôtre”.

Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui encore, le Christ nous sert de repère pour compter les années. Quand on dit “2018”, est-ce que nous réalisons que nous prenons comme axe de notre temps le point culminant de l’action de Dieu dans notre histoire? Est-ce que nous réalisons encore qu’ainsi, nous décrivons la succession des années non pas comme un éternel recommencement, à l’image des religions hindoues par exemple, mais comme un mouvement qui part d’un début et qui va vers une fin? “Au commencement, Dieu créa...”. Le temps ne tourne pas en rond, Dieu y travaille! Et il voudrait nous y faire travailler avec lui!
   

Mais attention! N’allez pas en déduire que l’humanité avance sans cesse, en progressant constamment. On est bien revenu de cette théorie moderniste. Il suffit d’ailleurs de regarder comment va notre terre!

Non, l’histoire du monde, selon la Bible, elle est plutôt décrite comme une succession de crises où se manifestent à la fois l’orgueil humain et la ténacité de la fidélité de Dieu! Chaque jour, chaque année sont des invitations à renverser le premier, l’orgueil, pour faire mieux place au second, le projet de Dieu.

Le temps est donc précieux, il nous est donné comme une matière première à transformer, ou un terrain à cultiver. Rien n’est moins biblique que de chercher à “tuer le temps” ou à le fuir. Au contraire, mettez-le à profit, inscrivez votre temps dans celui de Dieu! Le temps du travail; celui des loisirs; celui du repos; celui dédié à la famille ou aux amis: le temps qui nous est donné est une chance: faites-y fleurir l’espérance, la solidarité, la paix qui viennent de Dieu!

Et même si vous n’y parvenez pas, ne craignez rien. Dieu connaît nos limites. Souvenez-vous de la parabole du figuier, lui qui n’avait donné aucun fruit en trois ans. Le vigneron, c’est-à-dire le Christ, insiste pour lui offrir encore une chance. Il sait que nous avons besoin de beaucoup de temps. Et il nous le donne. Il nous le donne.
  

Je disais tout-à-l’heure que vous allez voir Dieu, l’année prochaine. Vous avez peut-être compris en cours de route que Dieu est dans notre temps; et que nous l’y verrons, si nous savons le regarder! Que Dieu travaille dans notre temps, et que nous l’y verrons, si nous retroussons nos manches à ses côtés!   En disant “2018”, déjà nous disons que Dieu y est venu, dans notre histoire, en Jésus. Espérons que le “politiquement correct” n’en arrive pas à bannir cette référence au Christ!
  

À la veille de cette année, j’ai envie de terminer par un voeu. Celui-ci: que notre temps, celui de l’action et celui de la prière, celui de la fête et celui de la souffrance, celui de l’amour... que  les temps et les moments qui se succéderont pour nous cette année deviennent mieux un antidote efficace contre le découragement; contre l’égoïsme et la peur! Un ferment d’espérance! Un champ où puissent éclore les fleurs colorées de l’amour de Dieu. Amen.


Jean-Jacques Corbaz