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vendredi 23 août 2019

(Bi) Rien contre, vraiment?!?

Lu sur Internet:












À cela, je réponds:

Je suis désolé, Caroline, mais la personne qui a écrit ça ne connaît pas grand chose ni aux religions ni aux conflits. Les guerres et la violences sont causées par les fanatismes ou la soif de pouvoir. Les fanatismes sont parfois religieux, parfois nationalistes, parfois sportifs (ah le foot....); ils sont toujours réducteurs et contraires à la religion telle que je la conçois. Pourtant, je ne vais pas faire la guerre à ceux qui pensent différemment de moi. La foi telle que je la vis est plutôt un antidote à la violence, aux fanatismes et aux recherches de pouvoir qui oppriment. Dieu est pour moi du côté des victimes, pas des bourreaux.





D'ailleurs, les gens qui font la guerre ne le font quasi jamais pour "savoir qui est le meilleur dieu"; ils le font parce qu'ils se sont fait piéger par les fanatiques ou les oppresseurs. Les jeunes qui partent faire "le djihad" le font non pas pour montrer la supériorité de l'islam, mais pour assouvir une violence qui est en eux; violence qui souvent s'adresse à une société, la nôtre, qui ne leur donne plus de sens ni de raisons d'espérer. Notre société, qui n'est plus chrétienne que de vernis, mais qui, en perdant sa dimension religieuse, creuse le lit des fanatismes et des puissants qui veulent l'être toujours plus.




Et j'ajoute:
Je vous invite à venir m'écouter, ou à lire des extraits de mon blog. Par exemple https://textesdejjcorbaz.blogspot.com/2012/12/pr-sb-je-ne-suis-pas-venu-apporter-la.html?fbclid=IwAR3SV4vUpA1NC06YBk_YrYAPOsF-QiCOqCOgIAaxQnntv-MakYRF4IIDevw

ou encore: 
https://textesdejjcorbaz.blogspot.com/2012/12/pr-sb-je-ne-suis-pas-venu-apporter-la.html?fbclid=IwAR3SV4vUpA1NC06YBk_YrYAPOsF-QiCOqCOgIAaxQnntv-MakYRF4IIDevw
 


 

dimanche 18 août 2019

(Pr, Co) Qui est ressuscité? - De Corinthe à San Francisco

Narration du 18 8 19  -  La résurrection de Maxime 


Jean 11, 21-27; 1 Corinthiens 11, 17-22.  Récit d’Actes 20, 7-12

C’est une maison bleue, adossée à la colline, en ville de Corinthe. La maison de Maxime, mon ami.

Maxime, il voyage beaucoup, à cause de son métier. Rome, Athènes... Ephèse... Alexandrie... Jérusalem... Depuis des années! Car il dirige un commerce d’épices orientales. Mmh, ça sent bon dans ses entrepôts!

Il voyage beaucoup, Maxime. Il travaille dur aussi. On peut le dire: il a réussi dans la vie. Il a des quantités d’amis un peu dans toutes les cités; il est largement au-dessus du besoin. Cultivé, curieux de tout, il parle couramment les langues commerciales de son temps: le grec; le latin; l’égyptien; et même l’araméen.


Or un jour, à Antioche, Maxime entend parler d’une femme juive qui fait partie d’un groupe étrange: les “chrétiens”. Elle accueille à sa table tous ceux qui sont de passage. On y rencontre, paraît-il, des gens passionnants.

Quelqu’un lui a déjà parlé de cette espèce de secte?... Ah oui, c’est le gérant de son dépôt à Jérusalem; un Juif très sympathique.

Ce soir-là, Maxime est libre. Pour une fois, il a terminé avec ses rendez-vous d’affaires. Alors, il décide d’aller chez cette femme, pour voir. Et là, il n’est pas déçu: il est accueilli avec chaleur.

À table, son voisin parle beaucoup. Plutôt exalté, le gaillard! Il se présente: Paul; dans le textile! Hébreu, mais, il y tient, mais aussi citoyen romain: il vient de Tarse. Maxime et lui découvrent qu’ils ont plusieurs relations communes, et qu’ils voyagent autant l’un que l’autre. Leurs chemins se sont d’ailleurs déjà croisés parfois, mais sans qu’ils ne se rencontrent.



Tout à coup, Paul s’interrompt et dit:

- Je crois que tout le monde est là, on va commencer!

Et puis, sans s’occuper de Maxime, il s’adresse à toute la tablée, plus de trente personnes:

- Mes frères, mes soeurs; nous sommes réunis, ce premier jour de la semaine, pour que vive en nous Jésus notre Seigneur, le Christ. En rompant le pain, nous recevons le cadeau de sa présence...

Maxime ne comprend pas grand-chose. Et Paul parle; parle avec enthousiasme.

Maxime, ébahi, contemple les autres: ils sont tellement attentifs! Mais ce qui le surprend le plus, lui le commerçant grec qui aime l’ordre, ce qui l’étonne, c’est le mélange de tous ces gens: il y a des riches et des pauvres; des patrons et même des esclaves; il y a des hommes et des femmes; des Egyptiens, des Juifs, des Grecs; des gens à la peau foncée... Maxime est interpellé; d’habitude, on ne vit pas comme ça!

Pourtant, il règne là une atmosphère paisible: chacun semble à l’aise avec tous les autres, accepté, reconnu... Maxime a l’impression d’être dans un monde à part.

Alors, quelques jours plus tard, il a envie de revivre ce genre d’ambiance. À Troas, où il se trouve maintenant, il découvre qu’il y a une communauté du même style, une “Eglise de maison”, chez un certain Carpos. Maxime y va. Il y trouve le même accueil chaleureux, le même mélange humain; et le même respect les uns des autres. Un peu moins étonné, un peu moins largué surtout, Maxime sent son intérêt grandir. Il lui vient le désir de faire partie, lui aussi, d’un tel groupe.

Dans toutes les villes importantes où il s’arrête, il trouve une communauté de “chrétiens”. De plus en plus convaincu, il finit par demander le baptême. Et puis, quand il revient chez lui, à Corinthe, il fonde dans sa maison une Eglise pareille à celles qu’il a visitées dans son périple.

Pourtant, l’ambiance n’y est pas vraiment la même. La communauté est très mélangée, bigarrée, c’est vrai; mais il y a des petits groupes qui se forment à l’intérieur de son Eglise. Maxime sent des tensions, des rivalités. Ainsi, quand quelqu’un parle, les autres clans ne l’écoutent pas vraiment... Et quand ils rompent le pain, ce n’est pas réellement un partage.

Maxime est déçu. Parfois, il doute de son choix. Mais où a passé cette joie qu’il ressentait si fort aux premiers temps? Cette “communion” chaleureuse?
 


Alors, c’est presque soulagé qu’il prépare son voyage suivant. Oui, ça lui fera du bien de prendre un peu de recul. Et puis, tiens, pourquoi pas, il pourrait retourner chez Carpos; il doit justement passer par là-bas. Peut-être que son ami pourrait lui donner un bon conseil... Et ce serait super de retrouver cette atmosphère positive qui l’avait enthousiasmé, à ses débuts.

À Troas, Maxime est accueilli avec beaucoup de chaleur. Carpos prend des nouvelles de la communauté de Corinthe. Il ne s’étonne pas des difficultés que traverse cette jeune Eglise. “Repose-toi, fais-toi du bien! Demain, c’est dimanche, jour de la Résurrection du Seigneur. Nous allons nous réunir ici pour rompre le pain. Et, grande nouvelle: Paul lui-même sera là, parmi nous!”

Le lendemain, la chambre où se tiennent les réunions est pleine. Maxime est heureux de retrouver bon nombre de connaissances, voire des amis. Il y a aussi plusieurs nouveaux-venus... Tous se saluent, joyeusement. On sent une envie profonde d’échanges et de paix les uns avec les autres. Comme ça fait du bien!

Sur la table, chacun a déposé de quoi manger, pour le repas qu’ils partageront tout à l’heure, après la Cène. Un peu à part, Carpos a placé le pain sur un plat, et le vin dans une cruche. Il y a des fleurs, toutes simples; mais une beauté harmonieuse se dégage de cette table.
  


Tiens, se dit Maxime, c’est une bonne idée de mettre légèrement de côté le pain et la coupe de la communion, pour ne pas les mélanger avec le repas qui suivra.

- Frères et soeurs, dit Carpos, nous avons la joie d’accueillir Paul, que vous connaissez tous. Il vient de fêter Pâques à Ephèse, et il va nous parler pour affermir notre foi et notre solidarité en Christ.

L’apôtre prend la parole; rempli d’enthousiasme, comme toujours! Il en a des choses à raconter! La nouvelle Eglise d’Ephèse bouillonne d’espoirs et de projets. Il y a tant de signes que Dieu agit, par son Saint-Esprit!

Paul parle, parle longtemps, pétillant... C’est presque minuit, et il parle toujours! Mais ce soir, Maxime ne trouve pas le temps long: il essaie de graver dans son coeur l’énergie bienfaisante qui se dégage des paroles de l’apôtre; l’optimisme; la conviction aussi... Comment a-t-il pu douter, et se décourager?

Plus tard pourtant, Maxime se souviendra très peu de ce message. Car il va se passer un événement qui va rejeter tout le reste au second plan. Dans la chambre haute, il y a beaucoup de lampes, beaucoup de lumière; donc il fait très chaud. Un jeune homme, qui s’appelle Eutyque, est assis sur le bord de la fenêtre.   Soudain, Maxime le voit se pencher, lentement. Mais? Il s’endort! C’est vrai qu’il est tard, et que Paul ne s’arrête pas de prêcher!
  


Et puis, catastrophe! Dans son sommeil, Eutyque se penche tellement qu’il... tombe par la fenêtre. Ouille! Nous sommes au 2è étage, crie quelqu’un, il va se tuer!


 Carpos se précipite dans la nuit de la cour, auprès du corps brisé. Et là, dans un grand silence soudain, il dit: “Hélas, il est mort! Je n’ai rien pu faire.”

Alors Paul dévale les escaliers. Arrivé près de son hôte, il prend Eutyque dans ses bras. “Pas d’inquiétude, fait-il d’une voix forte, il est vivant!!”

- (Hein) qui est vivant, demande une voix?

- Mais, le Seigneur Jésus, répond Paul, ça fait des heures que je vous le dis!

L’apôtre remonte alors vers la lumière, dans la pièce illuminée, auprès des autres. Il rompt le pain en remerciant Dieu. Puis il mange, et tous font comme lui. Quant au jeune homme, Eutyque? On l’a porté pour remonter, lui aussi. Il est vivant!

- Oui, vivant! me dit Maxime, très ému.
   


Il y a maintenant des années que cela s’est passé. L’Eglise de Corinthe a vécu depuis un renouveau étonnant, sous la conduite de mon ami. Car Maxime ne s’est jamais découragé. Cette aventure de Troas, chez Carpos, lui a donné une force intérieure admirable. Et il est devenu, à son tour, un stimulant pour les autres.

Il aime raconter cette histoire; je l’ai entendue au moins 20 fois. S’est-elle réellement passée? Quelle importance, au fond! L’important, c’est qu’elle ait porté, et qu’elle porte encore la communauté dirigée par Maxime; qu’elle lui redonne confiance et rayonnement, dans les difficultés.

- Tu comprends, me dit-il, c’est un signe. La victoire du matin de Pâques, elle s’est manifestée une nouvelle fois, au milieu de nous! Dans la parole partagée; dans le pain rompu, fraternellement; eh bien le Christ devient présent, tout proche. Vivant!

- Et... et Eutyque? m’arrive-t-il souvent de demander.

- Le jeune homme? répond Maxime. On ne l’a jamais revu. Paul, lui aussi, a disparu, plus tard, à l’étranger. Mais, ce soir-là, il a été pour moi comme une incarnation du Christ: descendu dans la nuit de la mort, il est remonté vers la lumière de la chambre haute, porteur de vie! Porteur de vie, pour nous tous!

- Mais... est-ce vraiment vrai, ce que tu me racontes là?

- En tout cas, commente Maxime, cet épisode de Troas a toujours été pour moi une source puissante de courage, d’espoir et de solidité. Pour nous tous, ajoute-t-il en regardant sa communauté. Pour nous tous. J’espère qu’un jour, tu pourras le dire toi aussi.
   

C’est une maison bleue, adossée à ma mémoire. J’aime y retourner, pour y puiser courage et force. Le témoignage de Maxime. Et sa communauté. Je m’y sens tellement vivant!

Amen                                     

Actes 20, 7-12.    -    Jean-Jacques Corbaz




dimanche 14 juillet 2019

(Pr) La conversion, à redécouvrir

Prédication du 14.7.2019  -  «Vous avez dit: conversion?»

Lectures bibliques: Matthieu 3, 1-6; Matthieu 4, 17-19; Joël 2, 12-13


C’est avec un peu d’appréhension que j’aborde, ce matin, un thème délicat: la conversion. Mais puisque c’est le nom de la localité où j’habite, il fallait bien que je m’y colle une fois!

Thème délicat, car le mot est chargé de tout un passé religieux, surtout dans les milieux très pieux. Et ce poids peut être ressenti bien différemment selon les personnes. Evidemment.

Pour certains, la conversion, c’est la magnifique porte d’entrée de toute vie chrétienne. C’est elle qui fait de moi un être relié à Dieu, et au Christ.

Mais pour d’autres, à l’opposé, le mot conversion rappelle certaines campagnes d’évangélisation parfois plus culpabilisantes que libératrices. Ce terme a pris dès lors pour eux, pour elles, des connotations plus ou moins sectaires et simplistes.
 


Aucune de ces réactions n’est la bonne ou la fausse, bien sûr. Toutes sont dignes de respect. Notre ressenti a de la valeur parce que c’est le nôtre, il dépend de notre vécu et des émotions qui ont accompagné ce vécu.

La conversion, cela veut dire, littéralement, un «retournement». Pareil à la technique que l’on apprend à ski. Ou à l’image du promeneur qui s’aperçoit tout à coup qu’il ne marche pas dans la bonne direction, et qui change de route.

Retournement. On a vite fait, à partir de là, de simplifier le trait: se convertir, pense-t-on, ça signifie «J’étais dans l’erreur totale, et aujourd’hui je le reconnais; donc, je repars dans l’autre sens».

Et de là, on risque de glisser facilement à l’étape suivante:  penser que, pour un chrétien, l’important, c’est d’aller vers ceux qui ne croient pas comme nous, et de les convaincre de changer; de les convertir à Celui que nous adorons.

Or la réalité, notre expérience nous le montre bien, la réalité n’est jamais toute noire ou toute blanche. Nous évoluons continuellement dans une palette de nuances de gris, de jaune ou de bleu… Davantage encore, nous constatons souvent que la bonne direction, celle de Dieu, nous échappe toujours en partie!
  


Attention donc aux simplifications excessives! Attention surtout au manichéisme, ou au dualisme, c’est-à-dire à l’erreur d’imaginer que le monde est composé de justes d’une part, et d’autre part de gens perdus que nous avons à remettre dans le droit chemin. La conversion, ce n’est pas si simple; pas si simpliste; et même pas simple du tout! Mais c’est une réalité importante, qu’il ne faudrait pas non plus abandonner.

Faisons un détour par l’histoire récente et la politique. Un ancien ministre de François Mitterrand, qui s’appelle Hubert Védrine, a donné une excellente analyse de l’action des USA en Iraq dans les années 90. Il disait: «Exporter la technique démocratique, c’est-à-dire les élections, c’est facile. Mais exporter la culture démocratique, i.e. le respect des minorités et des individus, ça, c’est long et c’est ingrat».

Je vois d’impressionnants parallèles entre la politique et la foi. En particulier aux USA, avec des présidents comme George W. Bush surtout et Donald Trump aussi, proches des mouvements très évangéliques (ou qui les utilisent à leur profit - impossible de le dire). Leur action au Proche Orient en particulier prend parfois des allures de campagne missionnaire voulant convertir les autres à nos valeurs occidentales.
  
Or, là non plus, rien n’est tout noir ou tout blanc. Il y a du bon dans les valeurs occidentales, mais aussi des aspects moins engageants. Je pense par exemple au matérialisme de plus en plus fort autour de nous; au culte de la réussite; à la recherche de la victoire au détriment des plus faibles… Dans ces domaines, nous avons beaucoup à apprendre d’autres traditions.
 


Chaque peuple, comme chaque individu, a son histoire, ses particularités; sa culture; ses valeurs et ses difficultés. L’Iraq comme les USA. Vouloir leur faire tout abandonner pour entrer dans un nouveau système, religieux ou politique, c’est non seulement impossible à réaliser, mais c’est encore un manque de respect des autres, et, j’ose dire, un manque d’amour.

La conversion prônée par certains mouvements religieux m’apparaît comme rapide, immédiate, et presque facile.

Si l’appel des évangiles à se convertir, c’est ramener les autres dans le droit chemin (droit chemin qui comme par hasard est notre chemin!), alors la parole biblique ne dit rien de plus que nos paroles très humaines. Et ces dernières montrent rapidement leurs limites. À l’image des politiques US au Proche Orient ces 30 dernières années.
  

Mais en vérité, que dit la Bible au sujet de la conversion?

On voit assez vite ce qu’elle n’est pas. La conversion n’est pas l’expérience soudaine et bouleversante qu’un autre a raison et que j’ai tort. Seul le Christ peut se targuer d’être dans la pleine vérité.

La vraie conversion, au contraire, c’est un élan de vie qui me saisit en profondeur – et rarement en une seconde! C’est un renouvellement de toute ma personne, intense et profond, qui part de mon cœur.

La conversion, c’est une réponse qui m’est donnée à des questions essentielles que je me pose depuis longtemps. Elle prend naissance dans un contact humble et vrai, pas dans une attitude conquérante.

La conversion, c’est une ouverture à une vision renouvelée du monde, et de soi, et des autres. Un regard neuf qui entraine souvent des remises en question de ce qui nous entoure et de ses lois. Voire à des remises en question de soi-même!

La conversion ne s’ordonne donc pas par décret. Jean Baptiste  au Jourdain, comme Jésus, au début de son ministère, proclament: «Le Royaume de Dieu s’est fait tout proche, convertissez-vous et croyez en l’évangile!».

C’est un appel, et non un commandement. Et c’est parce que Dieu s’est approché de nous jusqu’à nous toucher que Jésus et Jean peuvent nous y inviter. Sachant que seul notre Père du Ciel pourra juger si nous y avons acquiescé selon Sa volonté.

Ni Jean Baptiste ni Jésus ne sont des conquérants. Leur seule force, c’est la Parole qui les habite. Ils vivent une existence précaire, qui s’achèvera d’ailleurs dans la violence et le meurtre.

Dernière précision: la conversion qu’ils prêchent n’est jamais définitive, jamais atteinte une fois pour toutes. Elle ne cesse jamais de se poser des questions. À l’image de notre Eglise, qui se veut toujours à réformer, la conversion est toujours à recommencer, à vivre à nouveau. Nous sommes appelés à ne jamais cesser de nous convertir, de revenir à Dieu, selon l’expression du prophète Joël. De nous réorienter vers Dieu, dont on ne connaîtra jamais tout, bien sûr!

N’est pas converti qui veut. Ne convertit pas les autres qui veut! D’ailleurs, je ne peux pas convertir quelqu’un sans me mettre, réellement et sincèrement, à l’accueillir; à l’écouter, tel qu’il est; à l’aimer. Et, du coup, sans me mettre à changer, moi aussi, avec lui.
  

Permettez-moi à titre d’exemple de vous conter deux situations que j’ai vécues personnellement.

La première, c’est lorsque je suis allé passer une année en Afrique, comme étudiant. J’y ai rencontré des chrétiens blessés par des attitudes missionnaires conquérantes et simplistes, du type «Vous êtes dans l’erreur, nous vous apportons la vérité».   

Mais j’ai surtout découvert, chez ces Africains, des richesses de foi, d’imagination, de solidarité, et même de solidité dans la relation avec Dieu bien supérieures à ce que j’avais constaté en Europe.

À la fin de mon séjour, c’est moi qui avais changé, bien davantage que les personnes que j’y avais rencontrées. Et si aujourd’hui ce genre d’affirmation est presque banal, c’était une  nouveauté à l’époque, soit en 1974.
  

La seconde situation m’a touché dans ma première paroisse. À côté de l’Eglise réformée, il y avait une communauté très confessante qui s’appelait «Assemblée Evangélique des frères». Des chrétiens plutôt bouillants dans la foi. Ils se voyaient plusieurs fois par semaine et n’avaient pas de pasteur, ils présidaient leurs cultes eux-mêmes, chacun leur tour.

Lorsque je suis arrivé dans la paroisse, je me suis mis à prêcher ce que j’avais appris en faculté. À savoir que, par exemple, bien des récits de l’Ancien Testament n’étaient pas historiques, comme celui d’Adam et Eve, mais qu’ils étaient porteurs d’une vérité imagée, symbolique.

Apprenant cela, les membres de l’Assemblée Evangélique en ont déduit que je n’étais pas converti. Et dès lors ils se sont mis à prier pour demander ma conversion!

Je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup changé de théologie. Pourtant, dix ans plus tard, j’étais devenu ami avec le leader de cette communauté. Et nous nous sommes associés, l’Assemblée des frères et la paroisse réformée, pour vivre une grande campagne d’évangélisation, l’Action Vie Nouvelle. Puis nous avons encore organisé des études bibliques en commun, croyants des deux bords. Je me suis retrouvé à animer un groupe de prière composé uniquement de membres de l’Assemblée Evangélique, tandis que leur leader faisait de même avec un groupe de réformés.

Il me semble évident en y repensant que nous avions tous changé, que nous nous étions tous convertis à une vérité supérieure. Merci!
  

N’est pas converti qui veut. Ne convertit pas les autres qui veut. Cela vaut sans doute autant pour la foi que pour la politique. Pour nous humains, la vérité n’est jamais absolue, elle est relationnelle, et elle se cherche toujours. Elle se cherche d’ailleurs bien mieux à plusieurs.

C’est encore Hubert Védrine qui disait, en parlant de la démocratie, que «la conversion, ce n’est pas du café instantané»!

Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 30 juin 2019

(An) prochaine prédication


--> ma prochaine prédication sera donnée

dimanche 18 août, 10h Pailly:
"La résurrection de Maxime",
narration à partir d'Actes 20, 7-12.

Ce sera notre culte d'adieux, à Etienne Roulet et à moi.
Ce sera aussi le "retour" du camp d'enfants paroissial,
donc un culte tous âges.
Apéritif après-culte.

(Pr) La “tartine au péché", pour les enfants... de Dieu?!

Prédication du 30.6.19

Lectures bibliques: 1 Jean 3, 1-3; Matthieu 12, 46-50

Il y a bien des années, un missionnaire arrivait chez les Inuit, dans le grand Nord. Ce pasteur leur parla de Dieu et de Jésus. C’était la première fois que l’évangile était annoncé dans ces banquises.

Les Inuit furent émerveillés par cette religion, savez-vous pourquoi? Parce que les chrétiens appelaient Dieu “leur Père”.

Cette surprise étonna beaucoup le missionnaire; il était tellement habitué à prier le “Notre Père” qu’il ne réalisait plus vraiment à quel point c’était révolutionnaire!

“Oui, dirent les Inuit, on nous a toujours parlé d’un dieu qui fait peur, qui gronde et qui punit. Mais un dieu qui est notre père, dont nous sommes les enfants, alors ça, c’est merveilleux, c’est extraordinaire!”
  


J’aime cette histoire, à cause de la surprise des Inuit. Et à cause de celle du missionnaire! Est-ce que nous ne sommes pas souvent comme lui, habitués à appeler Dieu notre Père, trop habitués pour en sentir toute la force? Serions-nous “vaccinés” contre les mots qui disent l’amour paternel de Dieu, au point de ne plus réaliser ce que ça implique comme tendresse; comme désir; comme responsabilité; comme envie de faire grandir?

Oui, tout l’évangile, toute la vie et l’oeuvre de Jésus veulent dire au monde la passion du Créateur pour chacun(e); sa volonté de paix, de "res-paix" même, pour tou(te)s; et ses promesses. Alors que la terre entière avait une «sainte frousse» de ses divinités, Dieu, lui, souhaite bannir en nous toute peur d'une punition, avant ou après la mort; il rêve de vivre avec nous des relations tissées de confiance (confiance, c'est ce que veut dire le mot «foi»), tissées de liberté.

Nous avons, durant des siècles, entendu des sermons qui nous exhortaient à la responsabilité; à l’amour du prochain; à croire en Dieu... Et c’était juste, c’est sûr! Aussi juste que de dire qu’une bonne voiture doit avoir des roues!

Mais aujourd’hui, dans ce temps de Pentecôte, la Bible nous dit que d’abord, Dieu nous aime; que d’abord, Dieu est responsable de nous; qu’il éprouve pour nous: tendresse, émotion, désir; envie de faire grandir; confiance; donc foi! Et tout cela, dans notre image de la voiture, tout ça c’est le moteur, qui fait tourner les roues!
  

Un chrétien sans amour, sans responsabilité, sans justice, c’est comme une auto sans roues, bien sûr! Mais un chrétien qui n’est pas, avant tout, enraciné dans l’amour de Dieu, dans son affection paternelle, dans son pardon, c’est comme une voiture sans moteur!

Bon, une voiture sans moteur, ça peut rouler: à la descente! (comme le char noir d’Abram du Champ-des-Pierres). Mais à la première montée, à la première difficulté, ça pose problème!

Nous, chrétiens, nous aimons parce que Dieu nous a aimés le premier, en Jésus Christ. Parce que le Saint-Esprit a fait de nous des enfants de Dieu. D’abord, avant de nous demander quoi que ce soit, le Créateur nous adopte. Comme le font les parents: bien avant de rien demander à leur enfant, ils lui en donnent,  des choses, en nourriture; en confort; en affection; en sécurité...

Dieu fait de nous ce qu’aucune autre religion n’a jamais fait, auparavant: il se lie avec nous d’un amour infini. Et il fait de nous ses héritiers; ses fils et ses filles.

Car, nous l’avons entendu: nous sommes maintenant déjà des enfants de Dieu, effectivement, puisque nous croyons en lui. Nous n’avons rien à faire pour mériter ce titre; il n’y a pas de condition; pas de petites lettres dans le contrat; pas de prières à réciter, ni de bonnes oeuvres à accomplir; aucune démarche à mener, comme chez les témoins de Génova de François Silvant. C’est gratuit!
  

Nous sommes aujourd’hui enfants de Dieu, et nous deviendrons encore bien plus, quand le Christ reviendra faire toutes choses nouvelles: nous le verrons tel qu’il est, face à face. Plus rien ne nous séparera de sa clarté, de son bonheur et de sa paix. Nous vivrons avec lui dans une proximité parfaite.

Et c’est cette espérance, dit la première lettre de Jean, c’est cette espérance qui nous rend purs. C’est-à-dire: c’est cette espérance de vivre avec lui dans une proximité parfaite qui nous aide à être meilleurs, dans notre vie de tous les jours. Puisque nous sommes non seulement enfants de Dieu, mais ses héritiers, ceux qui deviendront presque lui-même, alors nous pouvons vivre déjà avec assurance, ici-bas. Avec confiance. Dieu s’est lié avec nous pour la Vie; je veux dire: pour la vie éternelle!

C’est ce moteur-là qui fait tourner nos roues. Et c’est pourquoi le passage de la première lettre de Jean que nous avons entendu continue par un immense développement sur le péché et sur l’amour pour nos frères et soeurs.

J’ai hésité, et j’ai finalement renoncé à demander à Yves Bornick de vous lire la suite de nos versets. Car cette insistance sur la morale et le péché passe très mal aujourd’hui. Il y a quelques années, j’avais proposé ce passage à un groupe de collègues pour leur prédication. Mais ils ont tous hurlé “Non, ça va culpabiliser les gens, toutes ces mentions du péché!”.
  

Avec vous, pour vous, je relève le défi! Je pense que ces “tartines au péché” sont indigestes, évidemment, à condition qu’on ait oublié le moteur, avant de penser au travail des roues; si on demande d’aimer, d’aider, de devenir solidaire, sans d’abord mettre en évidence la paternité de Dieu, son pardon, son amour; alors, c’est insupportable!

Mais si le moteur du Père céleste tourne rond pour nous, alors la culpabilité nous est enlevée! La passion de Dieu pour nous est si forte qu’elle efface tous nos manquements. C’est la grâce.

Ecoutez la superbe manière avec laquelle en parle cette prière de Jacques Leclerq:

“Un jour, je viendrai devant toi, Seigneur, et tu liras sur mon visage toute la détresse, tous les combats, tous les échecs des chemins de liberté. Et tu verras tout mon péché.
Mais je sais, mon Dieu, que ce n’est pas grave, le péché, quand on est devant toi. Car c’est devant les hommes qu’on est humilié. Mais devant toi, c’est merveilleux d’être si pauvre, puisqu’on est tant aimé. Puisqu’on est pardonné, gratuitement!
Un jour, je viendrai vers toi. Et dans la formidable explosion de ma résurrection, je saurai enfin que la tendresse, c’est toi. Que ma liberté, c’est encore toi.
Je viendrai vers toi, mon Dieu, et tu me donneras ton visage.
Père, j’ai tenté d’être un homme. Et je suis ton enfant!”

Jacques Leclerq

  
L’évangile ne nous invite donc pas à croire en un Dieu magicien, qui voudrait éluder les lois physiques universelles qui régissent nos vies. Mais en un Père qui travaille dans nos coeurs par amour passionné. Et vous voyez qu'on répond déjà, ici, à une de ces objections qu'on entend tout le temps: pourquoi Dieu n'intervient-il pas contre les drames de la terre?

La réponse, étonnante, est donc là: parce qu'il est solidaire! Parce qu'il refuse d'être plus fort que nous. Parce qu'il ne veut pas de lois physiques à géométrie variable, pas de chouchou, pas de passe-droit ni de privilège. Juste de l’amour.

Il préfère souffrir avec nous. Il préfère même mourir avec nous. Elle est là, sa passion!

En ce jour de fête, vos Eglises n'ont aucunement le désir de vous faire la morale. Bien au contraire! Elles souhaitent surtout vous dire la stupéfiante relation que Dieu rêve de vivre avec nous, pour nous: un amour fou, qui se donne jusqu'à la mort tant il nous respecte. Un élan du coeur qui bouleverse tout sur son passage.



Un dernier mot. Si vous osez, lisez quand même chez vous la fameuse “tartine au péché”; dans 1 Jean 3 jusqu’à la fin du chapitre. Elle insiste sur l’amour pour les frères et soeurs. Eh oui, quoi de plus normal, si nous sommes enfants de Dieu, que de nous aimer fraternellement?

Mais attention: aimer son frère, ce n’est pas la même chose que d’aimer son prochain. Le frère, dans notre épître, représente le membre de la même communauté chrétienne. Locale. Le paroissien de la même paroisse.

Vous n’avez pas attendu cette prédication pour savoir que Dieu nous demande d’aimer les humains, surtout les plus fragiles. Mais notre passage, aujourd’hui, nous invite à faire un gros plan sur nos relations les uns avec les autres, dans cette paroisse. Comment les vivons-nous, ici, à Vuarrens; à Bercher; à Pailly; bref, dans nos villages du Sauteruz - ou bien là où vous habitez, vous qui me lisez?


Vous le saviez, mais c’est sans doute bon de le rappeler parfois: aimer son frère, ce n’est pas seulement envoyer un paquet pour l’Afrique ou verser 100.- pour les victimes de la guerre en Syrie. C’est aussi, par exemple, ne pas dire du mal de son voisin!

Savez-vous qu’un de mes collègues, un jour, a été suffisamment “gonflé” pour proposer une action très concrète, dans son journal paroissial. Il a demandé à chacun(e) de s’abstenir, pendant toute la semaine, de dire du mal d’un autre membre de la paroisse...

Il paraît que la vie de la communauté en a été transformée.

Euh... pendant... en tout cas une semaine!
Amen

Jean-Jacques Corbaz   



(Co, Hu) Une belle farce à Vuarrengel

Il y avait un fois un paysan qu’on appelait « Abram du Champ des Pierres ». Il restait à Vuarrengel, dans la dernière maison à droite en montant Chollet. Les prés attenants ainsi que sa maison portaient ce nom de lieu-dit, ce qui avait fourni un sobriquet au héros de notre histoire (c’était un Fiaux d’Hermenches). (…)

Pour compléter le produit de ses quelques poses, il tenait un petit commerce d’épicerie dans une chambre derrière. (…) Sa femme, une Gonet du Praz-Folliet, débitait laine et fil, cassonade, clous de socques et le sel, car il avait aussi le débit de sel de l’Etat de Vaud. (…)


Venons-en à un soir sans lune, disons vers 1875. Notre Abram avait passé la soirée au cabaret (lisez Café du Cerf de Vuarrens), à côté de la Poste actuelle. Il rentrait chez lui avec une conception du monde nettement plus optimiste qu’en allant, due peut-être au sel qui donne soif… (…) Sur son chemin, bien sûr pas éclairé, il fait une rencontre imprévue: des jeunes du village faisant une farce.

Ici, une mise à jour s’impose pour les jeunes générations. En ces temps, souvenez-vous, pas de radio, téléphone, TV, ni même de journaux au village. Le soir, à part dormir, « aller aux filles » ou faire des farces, les jeunes s’ennuyaient.

Les farces n’étaient pas trop méchantes: pendant le sommeil des honnêtes gens et en grand silence, ils échangeaient les chevaux d’écurie, cachaient les ustensiles de la traite ou bien attachaient la brouette à fumier au fin coutzet d’un grand noyer. Ils allaient jusqu’à décharger un char de fumier tout prêt, à l’aguiller sur le toit des boîtons et à le recharger, sans oublier timon et maillons! La figure du patron, le lendemain matin, était un spectacle rare! (…)

Revenons à nos acteurs qui, surpris, s’observent dans le noir. L’équipe des farceurs, 5 ou 6, avait pris un « char noir » laissé devant une maison et allait le cacher bien loin.

Ici, il faut expliquer ce qu’était ce char noir, car il n’en existe plus. C’était un véhicule léger pour un cheval (…), peint en noir, qui servait pour le déplacement des personnes, et aussi pour les commissions à Echallens ou Yverdon. Chaque maison avait le sien.
  


L’attelage, à bras, s’arrête, prêt à détaler. Mais Abram comprend tout et, sentant sa jeunesse lui remonter d’un coup, leur dit: « Je vais avec vous », ce qui rassure l’équipe, inquiète d’être découverte par un « vieux ». On le couche entre les ridelles, et l’équipage repart au galop en bas la route du Gros Fayard. Enfin, route est un grand mot: c’était un grand chemin, bien gravelé chaque printemps, et où les grosses pierres assuraient des secots constants avec un détertin à inquiéter les darys du Bois des Ecornaz. C’était en fait la voie de communication – importante en ce temps-là – entre Orbe et Moudon, avec un trafic de gros charrois à six chevaux.

Abram, couché sur le dos, est secoué comme un petit pois sur le crible. Il se met à rigoler, effet de l’euphorie, voir plus haut, et s’exclame en hurlant: « C’est pire que le chemin de l’enfer! »
 


Pour comprendre Abram, il faut remonter dans l’Histoire vaudoise. Il y avait alors à peine 20 ans que le train passait à Chavornay (première ligne vaudoise, entre Bussigny et Yverdon, en 1855). Le choix du tracé de la voie avait fait l’objet de discussions passionnées dans les communes. Celles du Gros-de-Vaud n’en voulaient pas ; un slogan « contre » disait même que c’était là « le chemin de l’enfer ». Pourtant, celles du bas l’acceptèrent; et c’est pourquoi, paraît-il, il n’y a pas de gare à Vuarrengel! (…)
  
Notre équipage, toujours emballé, traverse le bois ; salue au passage les Mottettes endormies; et arrive au ruisseau du Buron qui coule paresseusement sous le pont de pierres. Descendant jusqu’à l’eau par le pré à Flaction, on plante le char au milieu du courant.

En rentrant au village à travers prés et bois, les jeunes « semèrent » Abram, qui soufflait épais. Cependant, il retrouva tout son acouet pour jurer et tempêter en arrivant chez lui: son char noir, qu’il avait laissé devant la grange, n’y était plus. Il l’avait lui-même accompagné jusqu’au ruisseau !

Ne trouvez-vous pas que c’était une belle farce, puisqu’on en parle encore aujourd’hui ?



 

William Gonet, paru dans l’Echo du Gros-de-Vaud vers 1990,
transmis par JJ Corbaz



dimanche 23 juin 2019

(Co, Pr) David et Saül, une déchirure qui raccommode

Narration du 23 juin 2019 - David et la violence (1 Samuel 24)


Lectures: Esaïe 9, 1-6; 2 Corinthiens 5, 17-20; Matthieu 5, 43-45


L’histoire pourrait commencer comme un film d’action: les deux hommes se regardent, mâchoires serrées, l’oeil noir... Tous deux transpirent. À cause de la chaleur, mais aussi parce qu’ils sont tendus à l’extrême, chacun guettant la réaction de l’autre. Prêts à dégainer, à se voler dans les plumes comme deux coqs agressifs!

Derrière eux, leurs troupes attendent, en retenant leur souffle. L’air est moite. David n’entend que la respiration de son ennemi, bruyante, un peu rauque. Est-ce qu’il a peur? se demande David. Avec une telle armée sous ses ordres?!? Est-ce qu’il essaie d’évaluer les forces en présence? On dirait... on dirait qu’il cherche à mettre de l’ordre dans son esprit.

David a envie de fermer les yeux. De prier. Et... de se souvenir. C’était presque aussi oppressant, quand il s’était battu contre le géant. Comment avait-il fait alors? Il n’avait pas réfléchi. Heureusement d’ailleurs, car sinon il se serait enfui! À toutes jambes! Il n’avait pensé à rien, à rien d’autre qu’au lion qu’il avait tué d’un coup de fronde, pour protéger son troupeau. Il avait fait les mêmes gestes, exactement. Machinalement, comme si quelqu’un d’autre le dirigeait depuis l’intérieur.


C’est ainsi qu’il avait gagné. Abattu le géant Goliath, le champion des Philistins! La gloire, tout soudain! La renommée, enflammée! - La gloire, oui, mais aussi le début de la peur! Et des manoeuvres par derrière, des jalousies de la cour, des coups tordus et compagnie! - Tout ce qui l’avait amené là, à se cacher dans cette caverne, à Eïn-Guédi. Et puis à se montrer, en position de faiblesse, à Saül, qui le recherche, à Saül qui veut le tuer, à Saül son pire ennemi!

Après la victoire sur les Philistins, le peuple, fier et insouciant, avait célébré en chantant. Ils reprenaient sans fin: “Saül a tué ses mille, et David ses 10 000!!” On l’avait porté en triomphe, et les plus fous disaient déjà, d’un ton exalté, qu’il ferait un bon roi! Un tout bon! Un meilleur roi peut-être que Saül!?

La légende s’amplifiait. À la tête d’une division de l’armée royale, le jeune berger avait volé de victoire en succès, et l’imagination populaire avait fait le reste. “Saül a tué ses mille, et David ses 10 000!!”

- Mmh Dix fois plus que moi! Moi, son chef, son roi! Aurait-il déjà oublié, mon peuple, tout ce que j’ai fait pour lui: les Philistins, toutes ces années de guerre?
  


Comme une pourriture, la jalousie s’était mise à ronger le coeur de Saül:
- Mais qu’est-ce qu’il a de mieux que moi? Oui, il est jeune, il est beau. Les gens l’adorent. Pourtant, c’est moi que Dieu a choisi, pour régner sur son peuple; c’est moi, et pas lui!

Saül avait mal. Mal à sa couronne, et peut-être même mal à sa foi. Mal à son culte. Les regards admiratifs que les filles de Jérusalem lançaient sur David devenaient pour Saül des insultes. Même ses enfants Mical et Jonathan ne voyaient de beau que ce jeune berger frondeur.
Trop, c’est trop! Et un jour que David chantait une de ces chansons modernes qui lui couraient sur le fil, Saül avait vu les yeux de Mical, tout ronds, émerveillés, béats...
- Oh non, ma fille, pas toi!

Saül avait disjoncté. Empoigné sa lance, et... essayé de transpercer le jeune coq! Lequel avait évité le coup, comme par miracle. Puis s’était enfui, loin dans la montagne...
 


Depuis régnait la guerre civile. Le pays s’était divisé en deux: d’un côté les partisans du vieux roi, les loyalistes; et de l’autre,  la bande à David, les fougueux, les têtes brûlées.

Guérilla; échauffourées à coups de pierre, à coups d’épées; razzias, pour se ravitailler... La violence était montée; avec l’angoisse et la peur; la colère et la haine. Espions, délations... Tous les coups étaient “bons”.

Jusqu’à cette rencontre, enfin, devant la grotte, à Eïn-Guédi. Harassée par la poursuite, la bande à David s’était réfugiée au fond de la caverne, pour souffler un peu et panser ses blessures. Elle savait l’armée royale sur ses talons.

Mais voilà que, sans le savoir, Saül s’était arrêté au même endroit. Pile devant la grotte, il avait ordonné une pause. Un besoin naturel, comme on dit. Le roi s’était isolé derrière un rocher, juste à l’entrée; s’était accroupi (joli terme des Anciens pour parler d’autre chose, que vous devinez!); il s’est retrouvé là seul, sans défense, à quelques mètres de son mortel ennemi!
  
Les compagnons de David se sont dit que la chance avait tourné. Ils l’ont poussé en avant: “Va-s-y, il est à toi, Dieu le livre entre tes mains! C’est la fin de nos persécutions!”
  


La belle occasion a fait frissonner le jeune chef de guerre. Mais alors c’est un combat intérieur qui s’est engagé dans son coeur: Tuer celui que Dieu a choisi pour régner sur Israël? Mais c’est céder au piège, au cercle vicieux de la violence... Pourtant: c’est aussi  la fin de tous mes ennuis. Il ne me voit pas, un seul coup suffira. Si souvent nous avons prié le Seigneur qu’il nous délivre de ce roi paranoïaque...

David s’est levé, doucement; doucement... sans bruit... Il s’est approché... à pas de chat... Et soudain, vif comme un serpent qui mord, a sorti son épée et... coupé un morceau du manteau de Saül.

Saül qui n’a rien vu, rien senti. Qui s’est levé, royalement  soulagé (!) - et qui a rejoint ses troupes. Pendant que David,  dans le silence de la caverne, David affrontait le regard de ses compagnons fâchés, qui n’avaient rien compris. Qui le traitaient intérieurement de lâche, de faible... Qui s’apprêtaient à jaillir de l’ombre pour attaquer le roi à sa place.

Alors, David s’est relevé. Il s’est interposé entre les deux armées. Lentement, le coeur battant, il est sorti de la grotte, jusqu’en plein soleil. Face à Saül, face à l’armée royale qui le traquait, ébloui de lumière, il a appelé:
- Majesté!?  ...  Majesté!?

Saül s’est retourné, surpris.
- Majesté! Pourquoi écoutes-tu les mauvaises langues qui te disent que je te veux du mal? Regarde: tout-à-l’heure, à l’entrée de la caverne, je te tenais au bout de mon épée. Vois ce morceau de ton manteau... J’aurais pu te tuer. Mais j’ai dit: non! Non, jamais je ne porterai la main sur mon roi!


 

 

Et voilà pourquoi les deux hommes se regardent maintenant, crispés; en sueur... Prêts à dégainer. Sous les yeux de leurs troupes, qui retiennent leur souffle... Un seul geste de Saül, et: c’est la tuerie, effroyable!

Le roi ouvre la bouche. Il va donner des ordres. Ses lèvres bougent, mais aucun son n’en sort... Ses joues brillent, des perles de sueur coulent, mais... mais non, ce... ce sont des larmes?! Saül pleure!?

- David, c’est toi? David...
L’émotion l’empêche d’en dire davantage. Puis il se reprend:
- David, tu es plus juste que moi. Je t’ai fait du mal... et toi... Tu m’as épargné!”

Dans les rangs des deux armées, on sent la tension qui tombe. Les mains se décrispent. Les soldats reposent leurs armes. Et chacun peut voir une colombe qui survole paisiblement la caverne d’Eïn-Guédi, ses rochers, ses ombres...

D’habitude, quand le roi rejoint son gibier, il n’a pas de pitié. Quand un chef d’armée tient son ennemi au bout de son épée, il ne le laisse pas continuer tranquillement son chemin... Aujourd’hui, pense-t-on, aujourd’hui la bonté, l’espoir de paix sont plus forts que la haine.

Je le sais, dit Saül à David, un jour, c’est toi qui seras le roi de ce peuple. Et un jour, bien plus tard, sur l’arbre des générations et des générations, un rameau portera le nom de Fils de David. On l’appellera Roi merveilleux, Conseiller, Dieu fort; Prince de la paix. Aux humains de bonne volonté, il proclamera: Heureux les créateurs de paix, ils seront appelés “enfants de Dieu”!
  


Maintenant, c’est David qui pleure. De joie; de soulagement. Et là-haut, encore, c’est même Dieu qui pleure. Heureux que sa volonté soit faite, sur la terre...

Mais il le sait, mais nous le savons: il restera encore des milliers, des millions d’occasions où, là aussi, la paix se jouera sur... un souffle... une obéissance...

Saurons-nous, comme Saül, comme David, la saisir?
...
...

Amen
                   
Jean-Jacques Corbaz 


dimanche 16 juin 2019

(Po, Li) Voie de givre - Joie de vivre



 


















Tu sais, le monde est beau
Dans ses multiples peaux,
Dans ses visages immenses
Il invite à la danse
Et nous sort du tombeau.


            Tu sais, la vie est belle,
            Tremblante d’impuissance,
            Fragile transhumance
            Faite d’espoirs rebelles
            Qui la rendent irréelle...



Comme lustre elle allume, au ciel, une lune de cuivre,
Nous fait signe d’entrer, si frêle, on n’ose pas la suivre
De peur de l’effrayer.
On reste dans ses livres,
Le coeur battant,
Essoufflé,
Tremblant d’espérer vivre
Quelques germes de liberté.


            Tu sais, cette peur même est belle:
            Dans nos désespérances,
            Nos bonheurs en partance,
            Poussent d’obscurs appels,
            Soifs de naissance:
            Vienne un nouveau Noël!


                        Vienne une autre beauté
                        Qui nous rende un peu ivres,
                        Nous desclérose et nous délivre
                        De nos timidités.

  


Tu sais, le monde est beau
-Et moi, tu vois ce que je vaux...


            Cette tension me fait survivre,
            Éveil et sommeil, alternés,
            Vide et plein mélangés
            Me traçant une voie de givre,
            Mon Dieu, pour te laisser
            Venir m’apprivoiser.




Jean-Jacques Corbaz
Écrit en novembre 1984



dimanche 2 juin 2019

(Po, Li) Quand tu voyages



Tu aimes pourtant rire et tu pleures souvent
De nous voir avoir peur de n’être que nous-mêmes,
Tu poses dans les rues tes yeux sur les passants
Et tes yeux sont pareils au bon grain que tu sèmes.

Quand tu voyages,
Où t’en vas-tu, dans quel pays,
Quand tu voyages, dis
Pour avoir l’air d’aimer la vie ?

La nuit de nos regards, tu la voudrais lumière,
Les larmes de nos joues, tu en fais des cristaux
De neige ou de tendresse au-delà des frontières,
Et tu nous aimes tant que ça brûle ta peau.

Quand tu voyages,
Où t’en vas-tu, dans quel pays,
Quand tu voyages, dis
Pour avoir l’air d’aimer la vie ?

Adieu, Voleur de haine, on rêve que peut-être
Bientôt tu reviendras nous voir de l’infini.
Mais quand un homme prie ou qu’un enfant va naître,
Je me demande si tu es vraiment parti.

Quand tu voyages,
Où t’en vas-tu, dans quel pays,
Quand tu voyages, dis
Pour avoir l’air d’être la vie ?

Jacques-Emile Deschamps

(Po, Li) Ecoute, Regarde, Respire…



 

Ecoute,
Il y a dans le monde un frémissement clair,
Regarde :
Tout ce Dieu fait, prêt à danser de joie,
Respire large,
La foule du printemps, en route vers l’été, gonflée d’une forte espérance,
Ouvre tes mains,
Une force d’En Haut t’anime et te soutient,
Le Christ vivant en toi est un trésor!


Il porte nos silences, précède nos partances,
Et sur nos peurs qui rôdent, il vient rouler la pierre!
Il veut filer l’étoile au creux de nos nuits chaudes
Pour qu’un nouvel hiver ouvre un nouvel été.


Ecoute… Regarde… Respire :
Depuis Pâques, l’Homme qui aime ouvre pour nous l’éternité!


Jean-Jacques Corbaz



(Pr) Les quatre siamois de Pâques

Prédication du 2 juin 2019  -  Religion - poésie

Lectures bibliques: Actes 1, 1-11, Genèse 1, 27-28


Nous vivons, ces jours, le temps des fêtes.

- Comment? m’a-t-on dit. Les fêtes? Mais non! Le temps des fêtes, c’est vers Noël et Nouvel-An. Ou alors Pâques, à la rigueur.
 


Je vous le concède: si c’est la fréquentation des cultes qui fait la fête, euh... alors, je suis à côté de la plaque! Les Rameaux; Noël... sans parler des mariages et des services funèbres, tout ça dépasse   de loin les affluences de ces quelques jours de mai et juin; ces quelques jours dont l’utilité première est, pour beaucoup de nos contemporains, d’offrir quelques congés supplémentaires. Congés qui remplissent les routes et vident les églises...

Pourtant, la Bible insiste: pour elle, l’événement central de l’évangile, c’est Pâques. Voire la double Pâque de Vendredi saint et de la Résurrection. Et même, chez Luc, la quadruple Pâque de Vendredi saint, de la Résurrection, de l’Ascension et de Pentecôte:  (1) la mort de Jésus; (2) le fait que, malgré sa mort, mystérieusement, il est pourtant toujours vivant; (3) il vit ailleurs que dans notre monde, dans une autre dimension; et (4) même s’il n’est plus là, concrètement, eh bien il reste infiniment proche, et il continue de nous insuffler sa force et son espoir. Vendredi saint, Pâques, l’Ascension et Pentecôte: quatre fêtes qui relatent le même évènement, vu sous quatre angles différents; qui nous proposent le même message, sous quatre formes distinctes.

Ce message, je le résume ainsi: Jésus de Nazareth, c’est le Christ, le Seigneur. Il ne vit plus à côté de nous, sur notre terre; mais il est toujours présent, tout proche de nous. Il continue de nous aimer et de nous soutenir; mais différemment.

Les événements de cette quadruple Pâque changent notre relation avec lui, du tout au tout. Ainsi que notre rapport avec Dieu. Ils nous posent par conséquent la question fondamentale de notre relation avec notre Père du Ciel. C’est-à-dire notre religion, la manière dont nous sommes reliés aux réalités divines.
  

Dans les temps les plus reculés, c’est surtout par la peur que nos ancêtres étaient en relation avec le divin. Tout ce qui les impressionnait, tout ce qu’ils ne comprenaient pas, c’était ça qui les rattachait aux dieux. Le feu; la foudre; la beauté; la naissance; la mort... Tout ce devant quoi ils se sentaient infiniment petits.

Pour essayer d’apprivoiser ces forces supérieures, les premiers humains ont développé des rites. Des gestes, des paroles qui voulaient se concilier, voire amadouer les dieux. Prières; sacrifices; chants; danses; offrandes; dessins...

C’est ainsi qu’est née ce qu’on appelle la liturgie. C’est-à-dire l’ensemble de ce qui est exprimé dans les cérémonies religieuses, par la voix ou par tout autre moyen de communication.

Or, pour bien fonctionner, une liturgie a besoin de deux choses contradictoires: il faut d’une part qu’elle soit la même de cérémonie en cérémonie, d’année en année, pour que les fidèles s’y retrouvent, pour qu’ils puissent s’inscrire dans le rite, et y adhérer. Mais il faut aussi, d’autre part, que cette liturgie soit créative, et créatrice. Elle a sans cesse besoin de poètes, c’est-à-dire de créateurs, pour l’actualiser. Pour qu’elle parle à son époque. Pour chanter le sacré tel qu’il est ressenti et vécu au jour du culte. Il faut, autrement dit, que ce qui est exprimé ne soit pas de vaines redites, un “patois de Canaan”. Mais que cela résonne profondément aux oreilles des acteurs de la cérémonie.

C’est ce mouvement que nos quatre siamois (Vendredi saint, Pâques, l’Ascension et Pentecôte) veulent stimuler. Aujourd’hui comme il y a 2000 ans!
  

Savons-nous, en notre temps, prier, chanter de manière créative, et qui rejoigne nos contemporains? De même bâtir des cathédrales; témoigner de notre liberté spirituelle; dire merci; exprimer nos craintes et nos sérénités... tout cela dans un souffle qui parle pour aujourd’hui? Est-ce que notre Eglise le sait? Vaste programme, comme disait le général!

Et puis, est-ce que nous savons faire cela, non pas comme les hommes des cavernes, à coups de “trucs” pour exorciser leurs peurs, mais: comme des poètes de Pentecôte, ouverts au vent nouveau de Celui qui veut nous rejoindre, en tout lieu et en tout temps, pour éclairer notre chemin, pour que nous sachions bien que jamais il ne nous laissera tomber?

Et enfin, est-ce que nous saurons vivre tout cela, pourtant, (O gageure!) de manière à ce que nos contemporains s’y retrouvent, qu’ils puissent s’inscrire dans le rite, à l’aise, et y adhérer? Cela même s’ils ne viennent au culte qu’une seule fois par année?

Notre grand Ramuz écrivait: “Rien n’est sacré naturellement. Mais tout le devient, ou peut le devenir, grâce au poète. Le poète fait retentir la poésie là où on pensait qu’elle ne serait jamais”.

La Genèse le disait déjà: Dieu nous a créés à son image, c’est-à-dire homme et femme; donc créateurs, ou poètes, c’est la même chose. Appelés à créer par amour. À devenir ceux qui prolongent son cadeau de vie et de tendresse: littéralement des pro-créateurs!
  

On a dit du poète que d’un pied il touche à la terre, et que de l’autre il regarde le ciel! C’est formulé de manière comique, mais c’est hyper-important: relier! Mettre en communication le monde d’En Haut avec celui d’ici-bas.

Que nos paroles, nos musiques; que nos fêtes; nos architectures; nos binettes même (!) aident à faire passer le souffle du ciel sur la terre. Et fassent monter le courant de notre planète jusqu’à Dieu! Qu’elles aident à relier la sphère de l’absence du Christ avec la sphère de sa présence. Non pas les yeux fixés vers le ciel, mais plutôt tournés les uns vers les autres, en y reconnaissant une part de Jésus, qui se promène dans toi, incognito!

Je rêve que nous, croyants raisonnables, devenions donc plus enthousiastes de l’évangile. Savez-vous que ce mot, «enthousiaste», veut dire étymologiquement «rempli de Dieu»? J’aime cette jolie phrase de Voltaire, qui écrivait il y a 250 ans: «N’est-il pas honteux que les fanatiques aient du zèle, et que les sages n’en aient pas?». Cela me semble tout spécialement vrai pour la foi chrétienne!
  

Oui, nous vivons, ces jours, le temps des fêtes. Parce que c’est la fête chaque fois qu’un être humain est soulevé; allégé; libéré; rendu poète; porté plus loin par le Souffle majuscule du Prince de la vie. Du Premier des vivants vraiment-vivants.

S’il est le premier, c’est qu’il y en aura d’autres, derrière lui! Ce sera toi, ce sera nous, ces créateurs de vie, de passion, de souffle. Dieu nous invite à devenir les maillons indispensables d’une chaîne de création, qui commence en lui et qui s’achèvera en lui!

Comme signe de cet appel, j’ai le plaisir de vous donner, pour conclure, une page blanche. Vous l’avez compris: elle vous offre de devenir poètes. Créateurs! Amen
 


Jean-Jacques Corbaz