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dimanche 14 mai 2017

(Co, Pr) "Et n’oublie aucun de ses bienfaits"

Prédication narrative du 14.5.17

Lectures: Psaume 103, 1-18; Romains 5, 1-8



Soir d’octobre... “Lalala, lalalala la... Un peu d’ombre et de lumière, au partage entre chien et loup...”

Non! Marcel n’est pas d’humeur à chanter, aujourd’hui. D’un geste sec, il éteint la radio. D’ailleurs, ce n’est pas le soir, en ce dimanche. Ce n’est pas le soir? sauf peut-être dans sa vie. Sauf peut-être dans toutes ces années, accumulées, qui lui pèsent; sur les épaules et sur le coeur. Fatigue. Douleurs. Aigreurs, parfois. Et surtout cette surdité, qui l’empêche de se joindre aux conversations à plusieurs.

Marcel marche, péniblement; quitte la cuisine; sombre. Et se dirige vers la porte. Descend, lourdement, les trois marches du perron. Et s’arrête. Contemple le pâle soleil d’automne. Morose, Marcel. Et, s’assied; ou plutôt se laisse tomber, sur le vieux banc, devant la ferme-qui-ne-sert-plus (la ferme donc, pas le banc).



Et aujourd’hui, c’en est trop. Déjà, le volet, qui tape quand souffle la bise, et qu’il n’a pas réussi à réparer... avec ses mains qui tremblent tellement...

Et puis, il a bien fallu téléphoner au neveu, pour qu’il vienne, s’occuper de ce maudit volet. Mais que c’est difficile, d’avouer... qu’on n’a pas pu; qu’on ne peut plus; qu’on a besoin des autres. Alors qu’avant, alors que toute sa vie, c’étaient les autres qui avaient besoin de nous...

Et puis, la goutte qui a fait déborder le vase: voilà que c’est la femme du neveu qui a pris le téléphone; et qui lui a répondu, d’un ton un peu sec, un peu impatient, que oui son mari viendrait, mais pas aujourd’hui, mais peut-être mardi ou mercredi, en sortant du travail, car il a tant à faire, depuis qu’il est concierge de cet E.M.S. - et Marcel a entendu, derrière ces trois lettres, claquer comme une menace: E - M - S, maison de retraite, quoi, pour les vieux, Marcel, pour les qui ne sont plus capables, comme toi bientôt... peut-être...

- J’en peux plus! grommelle Marcel. Quelle rosse!

À qui parle-t-il, au fait? À lui-même? À Dieu peut-être? Il ne se pose même plus la question. Car depuis tout petit, Dieu a fait partie de sa vie: école du dimanche; catéchisme; Unions Chrétiennes, quand il avait rencontré Marguerite (léger soupir de bonheur). Ils allaient au culte, régulièrement. Il entendait mieux, alors! En son temps, il avait même été membre du Conseil de paroisse, pour rendre service au pasteur Amiguet, un tout vrai, un profond, celui-là...

Avec Marguerite, ils avaient pris l’habitude de “rendre grâces” avant les repas, comme leurs parents le faisaient avant eux, depuis toujours: “Mon âme, bénis l’Eternel, et n’oublie aucun de ses bienfaits”. Oui, ça lui fait du bien, de repenser à tout cela, ça lui fait du bien, en ce dimanche. Marcel se souvient même de son émerveillement, quand, petits gamins, ils écoutaient tante Rose raconter les miracles de Jésus: la guérison du paralytique; la multiplication des pains; Jésus qui marche sur l’eau; la tempête apaisée... Et puis, dans l’Ancien Testament, la sortie d’Egypte; et les murs de Jéricho; et David et Goliath...
  


Mais maintenant? Mais aujourd’hui, Dieu est-il toujours aussi puissant et agissant? Ou bien est-il devenu peu à peu aussi essoufflé que lui, Marcel? Aussi usé et handicapé? Aussi fatigué?

En tout cas, dans sa vie présente, il n’y a plus d’exploits; plus de miracles inouïs qu’on pourrait raconter à des enfants aux yeux écarquillés...

Non, rien de merveilleux; mais cependant... il y a quelque chose quand même: comme une amitié, continue; une présence, qui fait du bien. Quand Marcel se confie, dans la prière ou dans le silence, il sent une sorte de réconfort; un peu comme lorsque Marguerite était encore là, à côté de lui, sur le banc devant la maison, les soirs où tous deux avaient tant travaillé.

Et quand Marcel sent... une conscience lourde, des regrets, des actes dont il n’est pas fier, eh bien cette présence le rend plus léger; plus libre. Il se sait pardonnable... et pardonné! Oui, ça ressemble au bras de Marguerite sur son bras, les soirs de peine...
... Marguerite... (soupir de bonheur).

Il revoit le voyage qu’ils avaient fait, pour leurs 40 ans de mariage. Leur seul voyage! En Grèce. Sur le bateau, ils avaient reparlé de leur enfance, de leur jeunesse; de leurs espoirs... de ces enfants qu’ils n’ont jamais pu avoir...
  

Et si, maintenant, Marguerite repose au petit cimetière du village, elle est toujours si fortement présente dans le coeur de Marcel; dans leur foi, partagée; tranquille, mais sûre. Par elle, Dieu est plus proche, aujourd’hui encore, se dit le vieux paysan. Reconnaissant.

Sur son banc, Marcel se sent mieux. Ça lui a fait du bien, de sortir, et de méditer ainsi. Un bien fait! Son énervement l’a quitté.

Il entend maintenant les enfants des voisins qui jouent de l’autre côté de la haie. Il remarque aussi l’odeur à peine acide des pommes, tombées à quelques pas de lui. Parfum de bel automne. Fruits! Récoltes! Travail bien fait!

Est-ce que ce n’est pas le Créateur qui l’a soulevé, là, pour voir plus large? Comme son grand-père le portait, enfant, pour lui montrer des choses plus loin, plus haut?

Marcel a l’impression d’avoir regardé le monde à travers des lunettes d’approche: tout à l’heure, il voyait ses misères, agrandies, menaçantes, énormes. Et maintenant, on dirait que Dieu a retourné les jumelles, et ses soucis sont devenus beaucoup plus petits; presque des broutilles.
  

Marcel se sent plus près de Dieu, et, du coup, il a envie de se rapprocher des autres. Il se lève, et par-dessus la haie, il salue les voisins. “Bonjour!”. Il offre des pommes aux deux gamins.

Et puis, il pense à son neveu. Quand il viendra, il faudra qu’ils parlent franchement, tous les deux. Trouver une solution pour ces petits travaux. Et... dire qu’il n’a pas aimé l’allusion, l’allusion à l’EMS... Non, ça non, c’est au-dessus de ses forces. Peut-être qu’il comprendra tout seul, le neveu...

Marcel s’est levé. Sans s’en rendre compte, il fredonne la chanson qu’il a entendue tout à l’heure, à la radio: “Lalala, lalalala, la... On n’est pas dans les Cyclades, on est bien dans nos îles à nous; nous avons le vent, maussade, qui fait plier le genou. Mais pour vous, ce soir d’octobre, je voudrais rester debout. Que je sois perdu ou sobre, je veux vivre près de vous; je veux vivre près de vous.”

Marguerite... (soupir ému). Un jour, en Grèce, ils avaient visité un couvent. Un moine avait expliqué que, chaque matin, les chrétiens grecs disent le psaume 103: “Mon âme, bénis le Seigneur, et n’oublie aucun de ses bienfaits”. Le couple s’était regardé en souriant, étonné de cette coïncidence. Et la tendresse de ce moment-là avait toujours habité leur prière, depuis. Elle lui avait donné une nouvelle vigueur.

C’est l’heure du souper, maintenant. Le soir est vraiment là, cette fois. Devant son bol de café au lait, sa tranche de pain et son bout de fromage (c’est son menu ordinaire), Marcel dit d’une voix forte et paisible, presque joyeuse: “Mon âme, bénis l’Eternel, et n’oublie aucun de ses bienfaits”. Amen                                          

Evelyne Roland Korber et Jean-Jacques Corbaz 

Merci à Emile Gardaz pour les paroles de la chanson!  



samedi 22 avril 2017

(Im) Schaffhouse en images

Quelques photos de notre excursion à Schaffhouse, les 20 et 21 avril.

Il y a des centaines d'oriels différents (nous étions emballés par ces encorballements, si j'ose dire, mpffff).

Parmi les inscriptions, en toutes sortes de langues, j'ai apprécié le fameux "Da gli amici mi guardi Dio, da gli inimici mi guardero io" pour sa musique.














Les chutes du Rhin.
Admirez les deux rochers à droite, on dirait des génies des eaux qui se demandent pourquoi tant de monde vient les déranger... (Voir surtout les 7è et 8è photos).























mardi 18 avril 2017

(Bi) « Pâques sera trop chou ». Tu crois?

Merci à Pierre Bühler pour ce texte pertinent!!!

« Pâques sera trop chou »
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Ce titre, vous l’aurez reconnu, c’est le slogan publicitaire choisi par une grande chaîne d’alimentation de notre pays pour le temps de Pâques. En le lisant partout, sur les affiches, sur les sacs, sur les dépliants, etc., le théologien que je suis a été de plus en plus interpellé. Certes, on s’adresse aux enfants, on les invite à venir chercher leur « lapinou », en dix variantes ! Et pour les obtenir, il faut collectionner des timbres, et pour avoir ces timbres, il faut que les parents achètent. La fête de Pâques, donc, comme une bonne occasion de consommer ! Chaque temps de fête connaît sa commercialisation, plus ou moins efficace. D’ailleurs, à l’intérieur du dépliant où l’on colle les timbres, on voit une jeune vendeuse avec les bras pleins d’objets à acheter et la phrase « Nous réalisons nous-mêmes ce qui nous tient à cœur ». Acheter, acheter, pour réaliser ce qui nous tient à cœur…

Pour cette commercialisation, on a évidemment choisi de jouer sur le folklore habituel de Pâques, qui remplit aussi les rayons des magasins durant ces semaines : les lapins et les œufs. Dans un premier temps, j’ai tenté de contenir ma réaction de théologien : je me suis dit que cela faisait partie du jeu depuis bien des décennies. Mais ce slogan « Pâques sera trop chou » m’est resté à l’esprit : et si c’était tout ce qui resterait un jour de Pâques, des lapinous trop chous ?

 
Je me suis souvenu d’un entretien que j’avais eu il y a quelque temps avec un jeune homme qui me demandait : « En somme, c’est quoi exactement qu’on fête à Pâques, dans la tradition chrétienne ? » Et il n’en avait vraiment pas la moindre idée. Et j’avais alors tenté de lui expliquer : que les évangiles racontent que Jésus est monté à Jérusalem à l’occasion de la Pâque juive et que ces journées à Jérusalem furent ses dernières, qu’il y fut jugé et condamné à mourir sur la croix, mais que la foi chrétienne voyait dans cette mort une victoire sur la mort, qui fait qu’elle appelle Jésus-Christ le crucifié ressuscité, proclamant que la vie est plus forte que la mort. Cette première explication en amena d’autres : que le mot même de Pâques vient d’un terme hébreu qui veut dire « passage, et que donc la fête chrétienne de Pâques fait référence à la fête juive de la Pâque, qui célèbre la sortie d’Égypte du peuple d’Israël. Une fête du passage de l’esclavage à la liberté, à laquelle la fête chrétienne fait écho en annonçant la libération à l’égard du règne de la mort. Et les lapins et les œufs, alors ? J’avais répondu que c’était probablement en lien avec un vieux culte européen de la fertilité, célébrant la renaissance de la vie au printemps, après un long hiver de la mort… Ce fut un bel entretien, plein de découvertes et d’étonnements.

Du coup je me dis : qui sera là pour donner les explications nécessaires quand les enfants demanderont : « Dis, papa, pourquoi Pâques, c’est trop chou ? » Espérons qu’il y aura encore assez de mémoire chez quelques-uns pour rappeler qu’au-delà des lapinous, dans la fête de Pâques, il en va fondamentalement d’esclavage et de liberté, de vie et de mort, et que ce n’est pas une affaire de timbres et d’achats.

Alors collectionnons gaiement des lapinous ! Mais souvenons-nous aussi que ce qui pourrait faire la véritable joie de Pâques, c’est de vivre la libération d’un esclavage, de découvrir cette vie plus forte que tous les désespoirs de mort qui trop souvent nous hantent.

Joyeuses Pâques, bon passage !

Pierre Bühler


dimanche 16 avril 2017

(Pr) C’est pas naturel


Prédication de Pâques, 16 avril 2017

Lectures: Matthieu 28, 1-10; Psaume 116, 1-9


Pâques! La fête du printemps! Célébration de la vie qui monte, du renouveau! De la nature, habillée aux couleurs de la joie! ...

Je pourrais continuer longtemps sur cette lancée, sans que personne ne proteste. Pourtant... question impertinente: est-ce que vous imaginez que Pâques puisse avoir lieu en automne, ou en hiver?

Impossible, dites-vous? Ce ne serait pas la même chose!?!

Mais pourtant, c’est bien ce qui se passe, pour la moitié du monde! Je veux dire: dans l’hémisphère sud; là, l’été vient de finir, l’hiver va commencer.

Vivre Pâques en automne, cela pourrait peut-être nous aider à comprendre que cette fête n’a rien à voir avec une célébration de la nature qui renaît. Tout au plus une heureuse coïncidence. Pâques, ce n’est pas naturel!

Au milieu de notre monde de lois (et je pense autant au code civil qu’aux lois universelles de la physique); au coeur de notre histoire humaine, quelque chose, tout à coup, a changé. Non pas une correction de trajectoire, pas un réglage supplémentaire: mais une révolution! (j’allais dire: une conversion!). Quelque chose a été tourné fond sur fond! Pâques, ce n’est pas naturel du tout, c’est même l’envers du naturel!

Oui, bien sûr, le naturel reviendra au galop, mais depuis qu’il a été chassé, nous savons qu’il a été vaincu; qu’il n’est pas le dernier mot du monde, et de l’histoire, et de Dieu; qu’auprès du Christ, avec l’aide de son Esprit saint, nous pouvons toujours retrouver la force de le dominer, nous aussi.

Le naturel c’est quoi ? Eh bien, la guerre, c’est naturel. Et la souffrance, et l’égoïsme, et la peur; ça, c’est naturel. La mort aussi, bien sûr! Mais la révolution, vous le savez, c’est qu’au matin de Pâques, tout ça, même la mort, s’est fait poser un lapin!!
 

Dans l’Antiquité, et dans le judaïsme aussi, on pense que la mort est une fin totale. L’arrêt du corps, du coeur, du cerveau, on croit que c’est la fin de toute existence, et même de toute relation avec Dieu.

Face à ces religions-là, la résurrection proclamée par le Nouveau Testament s’inscrit complètement à contre-courant: Dieu nous aime, il reste relié à nous au-delà de la mort. Ce qui était une barrière totale n’est plus une barrière du tout: Christ est des deux côtés; vivant ou mort, il règne de part et d’autre, et les croyants avec lui! Pâques, ce n’est pas naturel du tout!

Une preuve encore: la frousse! Les gardes sont paralysés par la peur. Les deux Marie sont toutes tremblantes, et l’ange doit déployer toute sa psychologie pour les rassurer. Pâques, ce n’est pas naturel.
 


Mais surtout, à quoi sert cet événement incroyable? Eh bien, il n’a pas d’autre but que d’être annoncé aux disciples, aux chrétiens. La résurrection n’est pas faite pour être proclamée aux incroyants, elle est trop incroyable! Elle peut même devenir, nous le savons, un obstacle à la foi.

Pâques n’est pas un événement pour l’extérieur, mais pour l’intérieur: pour redonner courage aux chrétiens, pour les stimuler sur les chemins de la mission que Jésus va leur confier, quelques versets après notre passage, quand il dit: “Allez, faites de tous les peuples mes disciples, apprenez-leur tout ce que je vous ai appris, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et sachez-le: je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde!”
 

Comme aux croyants d’il y a 2000 ans, Pâques nous est donné, à nous chrétiens d’aujourd’hui, comme une ouverture formidable à l’inespéré, pour faire exploser nos résignations, pour nous mettre en marche sur des chemins neufs, risqués, des chemins pas naturels du tout! C’est le fameux renversement des valeurs que chantent les chrétiens: celui qui a été mis en route par le Christ n’a plus les mêmes priorités que les autres. Quelque chose a été tourné fond sur fond.

Dans quelle direction le ressuscité va-t-il nous lancer? Dans quelle direction le ressuscité va-t-il te lancer? Dans le domaine social, la lutte contre le chômage, ou l’accueil des migrants? Dans les relations avec les pays pauvres, à l’exemple d’un Raoul Follereau? Ou, plus près de nous, dans le combat quotidien contre la résignation, le fatalisme, la peur, à l’intérieur même de notre propre vie? Dans la lutte avec la mort, en nous ou autour de nous? Dans des gestes, des paroles, des amitiés qui ressuscitent l’espoir pour deux ou trois que Dieu a placés à portée de notre foi?
 

La réponse, bien sûr, ne peut être donnée que par chacun, pour lui-même. Par chacune, pour elle-même!

Mais nous ne nous montrons disciples du Christ que dans cette transformation de la vie entière, qui atteste notre participation à son règne (son règne, qui n’est pas plus naturel que le reste, bien sûr!).

Vous me direz: “c’est complètement fou!” Evidemment! Comme Pâques, vous l’avez déjà compris! C’est fou comme la victoire de Jésus sur la mort et la haine. L’aventure de la foi pascale est à l’envers du monde.

Je ne vous suggère donc pas, en prolongement de cette prédication, de choisir dans votre coeur des gestes de réconciliation ou de solidarité, comme parfois. Non, je vous propose aujourd’hui beaucoup plus: de vous choisir une vie entière. Les gestes viendront bien après, tout seuls!

Vous me direz, pour la plupart, qu’il y a longtemps que vous avez fait vos choix de vie; les orientations essentielles de votre existence, vous n’avez pas attendu cette prédication pour les découvrir, heureusement! C’est clair.

Mais ce culte de Pâques nous est offert pour y repenser, à ces choix essentiels. Pour les retrouver, peut-être, face à l’évangile, afin que la Résurrection les re-vivifie, les rajeunisse, leur donne une vigueur nouvelle.

Depuis bientôt 2000 ans, Pâques nous appelle à devenir ferments d’un monde changé. Pâques nous appelle à ressusciter, chaque jour, ici-bas! Ce n’est pas naturel du tout, mais qu’est-ce que ça remplit la vie d’espérances passionnantes! Amen
  



Jean-Jacques Corbaz 


J’avais déjà écrit cette prédication quand j’ai lu ce texte de James Woody, qui la rejoint bien:





Pâques sans effets spéciaux

Pâques est-elle une fête à réserver aux superstitieux qui pensent qu’être croyant c’est être certain qu’il y a un dieu qui a réanimé un mort il y a deux mille ans? Les évangiles font d’abord de Pâques une réponse au vendredi de la condamnation à mort d’un innocent. Pâques, c’est avant tout le fait d’assumer les vendredis noirs de l’histoire : les dénis de justice, le massacre des innocents, le cynisme politique qui organise la paix civile sur le dos des populations; c’est assumer les crucifixions moins spectaculaires, mais tout aussi cruelles: un licenciement, une rupture, un cancer. Cela nous concerne tous, que nous revendiquions une identité chrétienne ou non, que nous ayons prévu d’aller à un office de Pâques ou non.

Les récits de Pâques mettent en défaut une conception physique de la résurrection: Jésus ne peut plus être touché, il n’est même plus reconnaissable par ses plus proches, ce qui signifie qu’il n’est plus visible en tant que tel. Le tombeau n’est pas vide du corps de Jésus; il est vide de ce qu’il a accompli, de son enseignement, de la puissance d’amour qu’il a manifestée et qui ne peut être définitivement enterrée. Pâques n’est pas la fête de ceux qui croient en un dieu tout-puissant qui aurait fabriqué les atomes et les cellules ou qui croient en ce dieu qui aurait décidé que la meilleure manière de rendre le monde plus vivable était de mettre à mort un innocent. Pâques n’est pas la fête de ceux qui pensent que «Dieu» est un être surnaturel siégeant dans un coin de l’univers, capable de réparer les corps meurtris ou d’arrêter un nuage de gaz mortel aux portes d’un hôpital. Pâques n’est pas la fête de ceux qui pensent que les bons croyants peuvent mourir cliniquement et, trois jours plus tard, retrouver une activité cardiaque et cérébrale.

Le dimanche de Pâques répond au vendredi en proclamant la résurrection, mais entendons-nous bien sur ce que signifie ce mot. «Ressusciter» dans la langue grecque qu’utilisent les évangélistes, c’est réveiller, c’est relever. Ce sont des verbes de la vie courante qui expriment la résurrection dans notre quotidien. Cela s’adresse en tout premier lieu aux contemporains de Jésus, qui vivotaient au lieu d’exister. Raconter la résurrection de Jésus c’est mettre en scène le réveil du désir de vivre chez ceux qui étaient noyés dans une ambiance mortelle. Les récits de Pâques disent la possibilité de retrouver du sens lorsque la vie semble n’être que chaos. «Dieu» désigne alors tout ce qui nous permet, aujourd’hui encore, de sortir de nos torpeurs, tout ce qui nous permet de devenir un peu plus vivants, un peu plus humains, d’exister à nouveau.

Ce qui est surnaturel, à Pâques, c’est que les histoires personnelles peuvent trouver un nouvel élan alors qu’elles semblaient épuisées de manière inexorable. Le deuil d’un être cher peut être traversé. Un échec peut être l’occasion d’un nouveau départ. On peut se réveiller de nos cauchemars. On peut être relevé de ce qui nous accable. On peut se relever d’un licenciement abusif. Nous pouvons être fautifs, avoir trahi et, néanmoins, être pardonnés. Une crise politique majeure peut être surmontée. Une conscience citoyenne peut ressusciter. Tout cela et bien d’autres choses encore sont possibles parce que le fondement de notre vie est toujours susceptible d’être libéré des entraves du moment. Lorsque nous manquons de rites qui nous permettent de faire face à nos deuils, qui nous permettent d’affronter les impasses dans lesquelles nous nous condamnons à demeurer, Pâques peut constituer un patrimoine dans lequel il est possible de puiser les éléments nécessaires pour reprendre pied dans une histoire qui est en train de nous échapper. Derrière le mythe de Pâques sommeille cette grande vérité qui nous concerne tous: il est possible de vaincre ce qui rend le quotidien mortel. Sans avoir besoin de nous affilier à une religion particulière, Pâques peut être une fête pour porter notre vie à son incandescence.

James Woody 
  






vendredi 14 avril 2017

(Pr) Ne pas saucissonner, SVP. La vraie victoire

Prédication du 14 avril 2017

Lectures bibliques: Ps 2, 1-7 ; Marc 15, 16-39 ; 1 Cor. 15, 1-7

Nous avons l’habitude de baisser la tête à Vendredi saint, et de la relever à Pâques. On nous a inculqué que la croix était une défaite, et la résurrection une victoire… Tout juste? Ou tout faux?

Bien évidemment, ni l’un ni l’autre! Mais réfléchissons un instant: où est la plus grande victoire de Jésus? Etait-ce d’accepter l’abaissement de la croix, les souffrances, les injures et la mort, tout cela sans l’avoir mérité le moins du monde? Ou de se relever vivant du tombeau?

Vous me direz que vous manquez d’expérience de la chose, dans un cas comme dans l’autre. Moi aussi! Mais je crois qu’il est impossible d’établir une hiérarchie entre les deux événements, tellement ils sont inséparables. Davantage: il s’agit plutôt d’un seul et même événement vu sous deux angles différents, comme un tunnel qu’on regarderait tantôt par la sortie «nord» et tantôt par le côté «sud». Laquelle des issues est la plus utile? À l’évidence, l’une ne va pas sans l’autre.

 

Allons plus loin encore: célébrer Vendredi saint dans sa vie sans y associer Pâques, c’est amputer sa foi d’une moitié essentielle. Et réciproquement! Il faut que ces deux fêtes se donnent la main dans notre espérance et notre cœur, comme dans notre quotidien. Sinon, ce n’est pas plus une foi chrétienne qu’un célibataire ne forme un couple à lui tout seul!

En effet, si vous n’ouvrez la porte qu’à Pâques en laissant dehors Vendredi saint, vous allez fêter quoi ? Le renouveau, les fleurs,  la vitalité créatrice; vous pourrez rouler les œufs et acheter des lapins en chocolat… Dans ce cas, un conseil: fermez vos journaux et vos TV, évitez d’écouter les cris de celles et ceux qui souffrent sur cette terre, cela pourrait gâcher votre fête! Mais vous ne célébrez pas la résurrection. C’est la croix qui met en perspective la véritable dimension de Pâques.
  
Et si, au contraire, vous ne recevez chez vous que Vendredi saint, vous serez certes sensible à toutes les détresses, à toutes les oppressions qui frappent nos semblables; mais vous vous épuiserez dans une lutte où vos forces seront dérisoires, face à l’immensité des défis; ou bien vous resterez murés dans une mauvaise conscience qui ne fera aucun bien, ni aux autres ni à vous-même - tout ce que la Bible appelle le “péché”, et dont Jésus est venu nous délivrer.

   


Garder unis Vendredi saint et Pâques, oui, mais comment? Je répondrai par deux exemples.

D’abord en évoquant quelques personnes très âgées, la plupart à l’EMS. De ces aînés qui ont traversé des épreuves douloureuses, qui sont comme Job atteints dans leur santé, leur famille, leurs sécurités matérielles (pensez au deuil que représente le renoncement à pouvoir vivre chez soi…). Ces quelques aînés qui pourtant restent paisibles et confiants, qui n’ont pas peur de la mort, et qui en plus se soucient les uns des autres, se portent mutuellement dans les passages les plus pénibles…

C’est ainsi qu’une pensionnaire, qui venait de perdre son mari, lequel vivait dans la même chambre qu’elle, à l’EMS, me disait: «Heureusement que je suis ici, je ne suis jamais seule, il y a tant d’amies qui me soutiennent». Quand la vie vous paraîtra trop dure, eh bien allez les trouver, vous en sortirez enrichi!

Vendredi saint et Pâques, la solidarité et l’espérance; la sensibilité et l’assurance de ne jamais être tout seul dans nos combats, nos combats qui depuis la première Pâques sont gagnés d’avance! Vendredi saint et Pâques ensemble, ou quand la lutte elle-même devient fête, par l’Espérance majuscule du Ressuscité, en nous!
  
 

Mon second exemple de cette union entre Vendredi saint et Pâques, ce sera Raoul Follereau, l’apôtre des lépreux; il a transformé un nombre incalculable de vies grâce à sa foi et à son engagement. J’aimerais pour conclure lui laisser la parole:

Aimer, c’est aussi partager la même espérance.

Allez donc expliquer aux enfants qui meurent de soif dans le Sahel qu’il y a un bon Dieu, un paradis et une espérance. Ils ont soif, ils ont faim et ils meurent, c’est tout.

L’espérance, c’est elle surtout qui nous manque. C’est son éclipse qui nous est si cruelle. Si nous ne portons pas aux autres l’espérance, comment oser dire que nous les aimons?

En supprimant Dieu de la destinée humaine, on a créé la civilisation de l’égoïsme, du dégoût et du désespoir.

À chaque fois que, d’un air pénétré, je dis «Tout va mal» en laissant retomber et ma voix et mes bras, alors, tout va plus mal, à cause de moi.

Vous n’irez pas soigner les lépreux de la lèpre. Vous soignerez d’autres lèpres en inondant le monde de votre amour, chacun pour votre part. Ne me dites pas: «Qu’est-ce que je peux, moi? C’est si peu.» Une goutte d’eau qui tombe fait monter l’océan. Soyez cette goutte d’eau.

Refusez de mettre votre vie au garage. Mais refusez aussi l’aventure où l’orgueil a plus de place que le service.

Tout sera sauvé, si vous savez aimer. Pas un jour en passant, mais très fort, très longtemps… tous les jours; toujours.

Ne vous découragez pas, ne renoncez pas. Riez au nez des sceptiques, des prudents, de ceux qui mettent leur vie en conserve et commencent leur retraite au biberon.

Vous cherchez un but à votre vie ? Il manque dans le monde trois millions de médecins. Devenez des médecins. Plus d’un milliard d’êtres humains ne savent ni lire ni écrire. Devenez des enseignants. Deux hommes sur trois ne mangent pas à leur faim. Devenez des semeurs, et, des terres incultes, faites surgir les récoltes dont ils ont besoin.

Je ne suis qu’un vieil homme. Regardez-moi. Nous ne nous reverrons probablement jamais. Regardez-moi bien. Vous avez devant vous le visage d’un homme qui a toujours été parfaitement heureux.

Ce n’est pas que nous n’ayons jamais eu des coups durs. Vous vous imaginez bien, cette vie-là, elle a été difficile. On a eu des accidents, des pannes, des maladies, toutes sortes d’obstacles; mais nous ne nous sommes jamais endormis sans penser que, peut-être, grâce à nous, quelques visages avaient souri, quelques larmes s’étaient séchées.
C’est ça, voyez-vous, le secret du bonheur.

Raoul Follereau
  


Garder unis Vendredi saint et Pâques, chez vous aussi? Amen

Jean-Jacques Corbaz



dimanche 9 avril 2017

(Vu, FA) Les fêtes chrétiennes


Voici un bref descriptif des principales fêtes chrétiennes:


Avent: les 4 semaines avant Noël; on y est centré sur l'attente du retour de Jésus

Noël (25 décembre): naissance de Jésus (fête instaurée très tardivement)

Epiphanie (6 janvier): adoration de Jésus par les mages ("rois")
et aussi: baptême de Jésus

Carême ou temps de la Passion (40 jours avant les Rameaux): préparation à la Semaine Sainte. Ce temps commence par le Mercredi des Cendres. Les derniers jours avant le Carême sont marqués par le Carnaval («adieu la viande») puis Mardi-gras

Semaine Sainte (des Rameaux à Pâques): la plus importante semaine de l'année

  Rameaux (une semaine avant Pâques): entrée de Jésus à Jérusalem, acclamé comme un "roi"

  Jeudi saint (3 jours avant Pâques): Jésus institue la communion (ou Cène, ou eucharistie), puis est arrêté

  Vendredi saint (2 jours avant Pâques): mort de Jésus, couronné d'épines ("roi à l'envers": "cet homme était vraiment le Fils de Dieu")

  Pâques: Jésus n'est plus dans sa tombe, il est vivant ("ressuscité").
   Son rayonnement ne mourra jamais

Ascension (40 jours après Pâques): Jésus, s'il est vivant, n'est plus visible ni palpable à côté de nous. Il nous échappe, pour être mieux proche de tout le monde.

Pentecôte (50 jours après Pâques): si Jésus n'est plus visible, pourtant, il continue d'agir    en nous. Quelque chose de son message, de sa force vit en celles et ceux qui croient en lui. C'est le "Saint-Esprit".

 
 
On peut dire que Pâques au sens large va du Mercredi des Cendres à Pentecôte !
On se rappelle également que chaque dimanche est comme une nouvelle fête de Pâques.

-> La fête de Pâques (au sens restreint) est donc le pivot du calendrier chrétien. Sa date est mobile: Pâques a lieu chaque année le dimanche qui suit la première pleine lune du printemps. Selon les lunaisons, la date de Pâques varie donc entre le 22 mars et le 25 avril.

Cette bizarrerie vient du calendrier des Juifs. Ces derniers connaissaient une fête nommée La Pâque (sans "s" à la fin), qui célébrait la sortie de l'esclavage d'Egypte par Israël sous la conduite de Moïse; et dont la date fluctuait comme notre fête de Pâques!  

JJ Corbaz

 

dimanche 26 mars 2017

(Pr, SB, Vu) La croix: qu’est-ce que ça change?

Prédication du 26.3.17

Lectures: Jean 8, 1-12; Ephésiens 2, 14-16

  

C’était il y a quelques années. L’homme était juif, pratiquant. Il parlait de la Shoa (le massacre de six millions de juifs pendant la 2è guerre mondiale). Et il citait de nombreux passages de l’Ancien Testament (AT) où les prophètes annoncent que Dieu va se venger, et faire payer les nations coupables d’opprimer Israël.

Quelqu’un lui demanda: “Donc, Dieu va punir l’Allemagne?” 

Il eut alors cette réponse: “À vrai dire, je ne crois pas. Et cela à cause d’un juif!” 
- Comment?
“Oui, un juif. Vous, les chrétiens, vous l’appelez le Christ.” Après un bref silence, il ajouta: “Moi, j’ai beaucoup de sympathie pour celui-là.”

 


Cette anecdote illustre très bien ce que Jésus est venu changer à Vendredi saint. Le crucifié a tourné à l’envers nos religions et nos relations humaines, en y introduisant cet élément nouveau: le pardon. Il a changé la loi religieuse qui nous accusait, pour en faire une grâce, une parole qui nous sauve! Et c’est exactement cela qu’annonce l’épisode de cette femme, adultère, dans l’évangile selon Jean.

Il est peut-être dommage, aujourd’hui, que ce passage soit si connu. Cela risque de nous empêcher d’entendre son vrai message. “Ouais, ouais, on connaît la chanson, on doit pardonner; tout le monde il est gentil, etc.” Ou bien: “Ce Jésus angélique, bonasse, une fois de plus, il passe l’éponge. Très gentil, trop...”

Non! Pas du tout! La gentillesse n’a rien à voir, dans cette histoire. Ni la morale: Jésus ne dit jamais “Tu dois” ou “Il faut”, vous avez remarqué? Il ne nous demande pas ici de nous pardonner les uns les autres, pas plus qu’il ne nous laisse tout faire, débonnaire. Il ne banalise pas la faute de cette femme (et peut-être certains d’entre nous sont-ils aussi empêchés d’entendre ce passage comme il est à cause de tel adultère concret qu’ils ont en mémoire, et qui leur fait mal).

Essayons donc de déposer tout cela à côté de la porte d’entrée de notre récit, et de le découvrir comme Jean le voudrait.
   
D’abord, notre passage vient peu après le célèbre verset “Je suis  le pain de vie”. Le Christ est alors en plein affrontement avec les juifs; ces juifs qui, chez Jean, représentent la part d’incrédulité que nous avons en nous-même. Les chefs religieux d’Israël veulent faire mourir Jésus parce qu’il transgresse la loi de l’AT. Jugement sommaire, injuste, car l’accusé n’a pas la possibilité de se défendre.

Et puis, avant d’aller plus loin dans cette espèce de marche vers la croix, il y a comme une parenthèse, cette histoire de la femme adultère. Histoire qui est introduite par quelques détails significatifs. Observons-les.

(1°) Premier détail-signe: le lieu de l’action. Jésus se rend au Mont des Oliviers; un endroit lié à sa passion, vous le savez. Géographiquement, le Mont des Oliviers est situé face au Temple de Jérusalem. Il est à l’opposé du lieu traditionnel, classique, de la religion d’Israël. Le Mont des Oliviers symbolise donc que ce qui va se passer sera une contestation du Temple, et des traditions juives.

(2°) Deuxième détail-signe: le moment de l’action. “Tôt le lendemain matin...” Ça ne vous rappelle rien? Ce sont exactement les mêmes mots qui introduisent le récit de Pâques, quand une autre femme, Marie de Magdala, découvre que le tombeau est vide. La même porte d’entrée; et à nouveau une femme, d’ailleurs un peu méprisée: pas de doute, il y a une parenté proche entre ces deux histoires. Jean veut nous annoncer que des temps nouveaux ont commencé. Les anciennes valeurs sont périmées.

Résumons: opposition à la religion traditionnelle juive, et temps nouveaux qui se lèvent: c’est donc bien l’ancienne manière de vivre sa foi qui est périmée; ou condamnée: ce que l’évangile selon Jean appelle en général “la loi”, c’est-à-dire l’ensemble des prescriptions de l’AT; la religion des juifs - donc la religion de la part de nous-même qui n’accepte pas le Christ! La loi, qui se prétendait le chemin du salut. Mais qui n’est qu’un lieu de mort, selon Jean!

(3°) Troisième détail significatif: les scribes et pharisiens amènent une femme adultère. Pour qui a lu l’AT, impossible de ne pas penser à tous ces passages où les prophètes dénoncent Israël, l’accusant de se détourner de Dieu pour adorer des idoles, et comparant cela à un adultère. Il faut donc entendre ce récit, non pas comme une simple histoire sur la morale sexuelle, ni même sur le pardon, mais comme une prédication sur l’ensemble des relations entre Dieu et son peuple!

Des relations tendues, difficiles; tissées de trahisons. Un drame, par conséquent. Ce que précise l’évangile, quand il qualifie la manoeuvre des juifs de piège contre Jésus. Depuis les chapitres précédents, on a l’impression que le Christ est comme une mouche dans une toile d’araignée: plus il bouge, plus les fils se resserrent. Il n’y aura pas d’autre issue que la mort.
  

Vous commencez peut-être à sentir le parallèle: la loi de l’AT, qui condamne la femme adultère, elle va aussi tuer Jésus. C’est le même mouvement, le même encerclement, le filet qui se referme sur sa proie. À travers cette femme adultère, condamnée sans pouvoir se défendre, Jésus se montre à son tour écrasé et déjà tué par cette loi religieuse.

Car que fait-il, quand on lui pose la question-piège? Eh bien il se baisse; il s’abaisse, muet. Comme s’il entendait déjà la sentence sur lui-même: “au nom de la loi, je vous condamne!”

Jésus s’abaisse pour se montrer hors-la-loi, comme la femme. Il partage avec elle la condition de coupable. D’ailleurs, il la partage avec tous, puisqu’il invite chacun(e) à se reconnaître pécheur: “que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre!”

La loi nous réunit tous dans la même culpabilité. Et Christ s’y enfonce avec nous, du côté des adultères, du côté des victimes - et aussi des coupables!

Car c’est l’usage d’une loi pour mener au salut qui est péché; et c’est l’usage d’une religion comme moyen d’accusation qui est diabolique! Ce qui tue Jésus, dans l’évangile, ce sont nos lois, nos “méthodes-pour-sauver-les-uns-et condamner-les-autres”.
  

C’est par nos lois que nous tuons le Christ, et il ne s’agit pas que des lois juives (ou alors des lois des juifs, dirait l’évangile selon Jean, donc des lois venues de la part de nous-même qui rejette le Christ). Toutes nos lois sont visées, toutes celles qui nous semblent donner l’absolu et le salut! Probablement, aujourd’hui, pouvons-nous penser aux lois du monde économique, où seule la réussite est bonne: réussite scolaire, réussite sociale, réussite financière... L’échec, c’est “la honte”.

C’est par nos lois que nous tuons Jésus. Mais la nouvelle, la bonne nouvelle de Vendredi saint, c’est ceci: Christ, par sa mort, peut tuer nos lois (“Sur la croix, il a détruit l’instrument de condamnation” dit la lettre aux Ephésiens), il a aboli la loi. Celle-ci voulait condamner Jésus, mais c’est lui qui la condamne!

Vous avez remarqué? Par terre, il écrit par deux fois. Afin de montrer qu’il y a l’ancien régime, et le nouveau; l’ancienne loi, qui comptabilise les péchés, et la nouvelle religion, qui les biffe!

Jésus tire un trait sur nos anciennes vies, et nous invite à sortir de l’enfermement de toute loi, pour marcher vers la liberté. “Va”, dit-il à la femme. Sors de ce système périmé, et entre dans l’existence nouvelle des rachetés!
  

Vous voyez qu’on est à des kilomètres du Christ gentillet, coulant; et aussi du moraliste des “tu dois” et des “il faut”. C’est beaucoup plus difficile que ça! Il s’agit d’entrer dans une vie différente, nouvelle, où, toute loi à prétention d’absolu, Jésus la fait sauter! Comme une contredanse!

Ce qu’il prône, ce n’est donc ni le pardon trop facile, trop peu exigeant; ni la morale simpliste des commandements, des lois. Au contraire, Jésus nous invite à jeter un regard lucide sur nous-même; un regard exigeant, qui discerne ce qui, en nous n’accepte pas le Christ; mais un regard transformé par la solidarité et le pardon du crucifié; un regard neuf aussi, puisque le Juge a déserté le tribunal pour venir s’asseoir avec nous sur la chaise électrique - ou derrière les barreaux - ou sous le poids de nos condamnations villageoises; familiales; professionnelles....

Dites, si c’est à lui que nos jugements font mal; si c’est lui que nos jugements tuent... est-ce que ça pourrait nous aider à un peu moins nous condamner les uns les autres? Voire... à un peu moins nous condamner nous-même?

Je le crois. Je l’espère. Amen


Jean-Jacques Corbaz   



mardi 14 mars 2017

(Hu) physique de haut vol



J’ai donné un coup de fil à un ami, et je lui ai demandé ce qu’il faisait.

Il m'a répondu qu’il travaillait sur le traitement aqua-thermique des céramiques, du verre, de l'inox et du téflon sous un environnement contraint.

J’ai été très impressionné.
Pour mieux comprendre, je lui ai demandé des précisions; et il m'a déclaré qu’en fait il lavait la vaisselle à l’eau chaude... sous la surveillance de sa femme.