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lundi 7 septembre 2020

(Pr) Quand Dieu "se retire" - Samson et la vengeance

Du 7 septembre 2020 - commémoration du 11 septembre 2001

(si possible lire toute l’histoire de Samson, dans Juges 13 à 16)

Résumé des épisodes précédents:

Samson est le fils d’un couple qui a été longtemps stérile. Un jour, Dieu leur promet un enfant, en demandant que ce dernier lui soit consacré. Signe de cette consécration, les cheveux de cet héritier ne devront jamais être coupés, et sa mère devra ne pas boire d’alcool ni manger aucune nourriture impure pendant sa grossesse.

Après sa naissance, Samson se révèle très tôt doté d’une force prodigieuse. Devenu chef des armées d’Israël, il est le fer de lance de la lutte contre les Philistins, qui occupent le pays.

Après des aventures rocambolesques que je vous conseille de lire dans le texte (Juges 13 à 16), autant dans le domaine militaire que sur le plan amoureux, Samson se lie avec une belle femme nommée Dalila.

Les Philistins soudoient Dalila pour qu’elle les aide à capturer Samson, en perçant le secret de sa force surhumaine. Après plusieurs tentatives de chantage sentimental, Dalila parvient à ses fins. Elle coupe les cheveux de Samson, qui est fait prisonnier; les Philistins lui crèvent les yeux et réunissent une grande fête pour célébrer la victoire.

Lire maintenant au moins
Juges 16, 23-31
puis Matthieu 5, 38-45
puis 1 Corinthiens 2, 1-5


 

 

Dans le journal “Libération” du 8 septembre 2003 (donc trois jours avant un sinistre anniversaire...), l’ancien chef des services secrets israéliens qualifiait Samson de “premier kamikaze de l’histoire”. Parce qu’il s’était tué par désespoir. Que faut-il en penser?

Un kamikaze, par définition, c’est quelqu’un qui se sacrifie pour son peuple, ou pour sa patrie, ou ses idées. Sa mort trouve un sens dans un idéal politique ou religieux; le kamikaze imagine, en offrant sa vie, faire avancer la cause qu’il soutient. Et souvent, il espère être récompensé dans l’au-delà. Ainsi, au Proche-Orient, des mères se glorifient de ce que leurs enfants kamikazes obtiendraient une place de choix au paradis...

Or la prière de Samson n’entre pas dans une telle logique; ni la façon dont sa fin de vie est rapportée. Ce qu’il exprime apparaît d’abord comme un cri de désespoir. Samson ne cherche pas à justifier sa prière qui appelle à la vengeance - ni par un idéal de guerre sainte ni par un désir de salut pour son peuple. Seul compte pour lui de punir les Philistins pour le mal qu’ils lui ont fait. De frapper plus fort encore qu’il n’a été blessé.

En cela, Samson ressemble assez peu aux kamikazes de nos guerres modernes (les Japonais des années 40, ou les extrémistes musulmans d’aujourd’hui).

De plus, remarquez que son acte ne sera pas justifié par des raisons religieuses. En effet, nulle part, dans notre passage, on ne voit Dieu intervenir. Bien qu’il soit fortement interpellé dans la prière de Samson (que nous avons lue), le Seigneur ne réagit pas. Pourtant, dans les épisodes précédents, on mentionnait souvent que l’Esprit de Dieu s’emparait de Samson pour lui faire accomplir des exploits mémorables!

Que signifie cette absence de réaction de Dieu? Samson n’a-t-il récupéré sa force que parce que ses cheveux ont repoussé? (c’est ce que sous-entend le verset 22, tandis qu’au verset 20, on nous disait au contraire que le Seigneur s’était retiré de lui)...

Notre histoire oscille donc entre une conception quasi-magique de la force de Samson, et une compréhension plus spirituelle où les capacités de l’être humain dépendent de sa relation avec Dieu. Parfois, on est tout proche d’Astérix et des Gaulois, et de leur fameuse potion! Et d’autres fois, on va déjà en direction d’une religion plus moderne, davantage basée sur l’amitié et la confiance; une force intérieure offerte par une foi solide.

La force retrouvée de Samson est-elle le signe que Dieu approuve son projet? En tout cas, la tragédie finale ne donne ni raison ni tort, à Samson pas plus qu’aux Philistins.

On voit donc qu’on ne peut pas s’appuyer sur ce passage pour justifier d’éventuels kamikazes, chrétiens ou juifs. Dieu ne nous appelle pas à la vengeance directe, comme le confirme Jésus, spécialement dans le passage de l’évangile selon Matthieu que nous venons de lire.
  

  J’ouvre ici une parenthèse pour rappeler que cette parole du Christ a souvent été mal comprise. Et même mal traduite, comme dans la version en français courant. En effet, en nous disant de tendre l’autre joue, Jésus ne nous demande pas de nous laisser faire violence, passivement, sans réagir. D’ailleurs, ce n’est pas ainsi qu’il a agi lui-même. Ne pas répondre à la violence par la violence, ça oui, bien sûr! Mais ne pas réagir du tout, rester passifs, céder; alors non, ce n’est pas ce que dit le Christ.

La violence est partout, nous le savons. Il est important, vital, de ne pas l’amplifier. Sinon c’est la loi de la jungle, la volonté du plus fort qui l’emporte; l’escalade. Il faut contenir la violence, la dresser comme on le ferait pour une bête féroce qui cherche à vous sauter dessus. Pour sortir du cercle vicieux, il faut être plus fort que les agressions, les brutalités, la haine...

Être plus fort: non pas passifs, mais actifs. Ne pas baisser les bras, mais les utiliser au mieux. Non pas ne rien faire, mais... tendre l’autre joue.

L’autre joue: savez-vous que le Nouveau Testament, écrit en grec, exprime là quelque chose d’intraduisible en français? Pour dire “autre”, il y a en grec deux mots: “allos” et “heteros”. “Heteros” (d’où vient le terme “hétérosexuel”, par exemple), c’est l’autre parmi deux choses, ou deux personnes; quand il n’y a que deux possibilités. “Allos”, c’est l’autre parmi plus de deux objets ou personnes. Ainsi, quand je dis: “Mes petits-fils sont malades: l’un a la grippe, et l’autre une bronchite”, l’autre, c’est “heteros”, car je n’ai que deux petits-fils. Par contre, pour “Un de mes paroissiens est à Bâle, un autre est resté chez lui”, l’autre, ce sera “allos”, puisqu’en tout ils sont plus que deux!

Or, dans “tendre l’autre joue”, pour “l’autre”, ce n’est pas “heteros” qui est employé par l’évangile (alors qu’on n’a que deux joues, pourtant); ce n’est pas “heteros”, c’est “allos”. Présenter l’autre joue, c’est donc tendre une autre joue, une joue différente. C’est réagir d’une manière nouvelle, qui aide à sortir du cercle vicieux de la violence; à rompre la symétrie.

Vous l’avez tous expérimenté: de répondre à l’agressivité par l’agressivité, ça engendre l’escalade de la violence. Mais à l’opposé, un mot, un geste, un acte à contre-courant peut tout changer; désamorcer l’agression, dés-armer la haine.
  

  Je ferme la parenthèse pour revenir à l’histoire de Samson, dont l’intérêt, pour moi, réside dans deux thèmes: celui de la prière; et puis cette image des colonnes.

D’abord la prière. Car cette histoire, pour moi, illustre le fait que nous pouvons tout dire à Dieu. Jusqu’à nos désirs de vengeance, jusqu’à nos cris de bête blessée, lorsque nous sommes comme Samson incapables de comprendre ni de supporter ce qui nous arrive. Même si ma prière, qui sort des tripes, demande quelque chose de contraire à la volonté de Dieu, eh bien, lui, il m’écoute. Plein de tendresse. Il comprend. Il ne porte aucun jugement sur mes imprécations. Il sait qu’un être humain humilié a besoin de retrouver une force, très profondément, qui le relie au Ciel, et aux autres, et à lui-même.

Bien sûr, Dieu ne va pas nous aider à mener nos vengeances, grosses ou minimes; mais il reçoit nos cris avec son affection infinie. On peut tout lui dire! ... Je pense même que de crier à la violence et la remettre presque entre les mains de Dieu peut devenir salutaire: de telles prières pourraient nous éviter peut-être de passer à l’acte...
  

 L’autre intérêt de cette parole biblique, pour moi, réside dans l’image forte des colonnes.

Nous parlions tout-à-l’heure des Gaulois d’Astérix. Vous savez qu’ils ne craignaient qu’une chose: c’est que le ciel ne leur tombe sur la tête. Ne serait-ce pas, d’une certaine façon, ce qui arrive aux Philistins, lorsque Samson fait s’écrouler sur eux le toit de leur temple païen?

Pour comprendre cette image, je vous invite ainsi à (re)découvrir cette histoire des Juges comme un récit plus proche des films d’action saupoudrés d’humour -ou des bandes dessinées- que du sérieux qu’on prête trop souvent à la Bible. Relisez-la chez vous, avec ses ennemis aussi entêtés que Gargamel... ses conquêtes féminines rocambolesques... ses développements inattendus... On n’est pas loin de James Bond, Lucky Luke ou San Antonio!

Mais arrêtons-nous sur ce détail du tableau: les deux colonnes, qui soutiennent le toit du temple philistin, dédié au dieu Dagon. Ces piliers sur lesquels Samson va s’appuyer; puis qu’il va entraîner dans sa chute, pour faire s’écrouler tout l’édifice dans un carnage épouvantable, digne du 11 septembre!

Car à quoi servent ces deux colonnes? À porter le toit du temple. Dans cet édifice, solidement soutenu par ces piliers, les Philistins se sentent forts. Tellement puissants qu’ils s’autorisent à user de leur prisonnier comme bon leur semble. Ils jouent avec lui comme avec une bête de foire, ils l’humilient, pour célébrer leur victoire. Voilà la première image que nous présente notre passage de Juges 16: un peuple sûr de lui, qui croit à la solidité des colonnes de son temple; et de son culte; qui croit à la solidité aussi de son système de compréhension du monde; de ses valeurs; de sa foi.

Face à cette assurance, il y a la faiblesse de Samson. Pour lui, les colonnes ne servent plus à élever, à construire, à soutenir un peuple en fête: elles servent de point d’appui, pour éviter la chute. Cet homme ridiculisé, tourmenté à la mort peut s’adosser sur ces piliers, comme on offre une béquille à un handicapé.

Pourtant, qu’elles soient porteuses d’arrogance ou de fragilité, ces colonnes vont être renversées toutes les deux. Pour devenir, paradoxalement, non plus un soutien, mais un instrument d’écrasement, et de vengeance. Elles détruisent ici un royaume de puissance et d’arrogance; mais, dans cette fin, Samson ne peut qu’être entraîné lui-même, puisqu’il fonctionne lui aussi dans cette logique de mort et d’écrasement. Notre parole biblique est donc en fait une description réaliste de l’écroulement littéral qui se produit quand nous entrons dans le cercle vicieux des vengeances et des contre-vengeances. Lorsque Dieu n'a plus de place dans nos vies.

  

   
Et nous, aujourd’hui, sur quelles colonnes construisons-nous notre compréhension du monde, et notre manière d’y vivre? Qu’est-ce qui nous fait tenir debout? Quels piliers érigeons-nous pour nous sécuriser?

Il y en a beaucoup, de ces colonnes que nous nous fabriquons. Vous en connaissez: le pouvoir; l’argent; l’admiration des autres; ou la peur que nous leur inspirons; les assurances; voire peut-être notre religion... Cette parole biblique nous invite à relativiser la solidité de nos piliers humains pour nous retrouver comme face à Dieu: sans qu’il n’y ait de colonnes pour faire croire qu’on tient debout (ou pour prouver quelque chose à ceux qui regardent); dans une relation de confiance et de sincérité. Comme l’exprime si bien l’apôtre Paul: ne rien savoir d’autre que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié.

Dans cette spiritualité-là, l’évangile nous offre un autre genre de pilier; ou plutôt une “non-colonne”: c’est la croix! Une croix qui n’est plus là pour asseoir nos certitudes, ni pour consolider nos arrogances (bien sûr); même pas pour porter nos faiblesses vers le haut magiquement. Mais elle est là pour nous aider à découvrir, au creux des questions sans réponses, au creux de nos ébauches de solidarités, découvrir que Dieu est infiniment proche, puisqu’il est descendu au plus bas de nos souffrances.

C’est là tout un chemin de vie, pas facile. Un apprentissage du mystère, en somme.

Comment allons-nous rester debout, dans un monde où la violence est si fortement tolérée... si fortement qu’elle en devient presque encouragée? Je crois qu’il nous faudra relire le Sermon sur la montagne de nombreuses fois!

À tous, je nous souhaite bonne méditation!  Amen                                       


Jean-Jacques Corbaz


 

dimanche 2 août 2020

(Bi, Re) « Dieu a rappelé à lui… »

Tout récemment, j’ai lu sur un faire-part de décès : « Dieu a rappelé à lui… »
…Dieu a rappelé à lui ! Comme si Dieu, le Dieu de l’appel, le Dieu de la vie, le Dieu de toute vocation, pouvait nous appeler à la mort ! Quelle folie d’imprimer des choses pareilles ! Quand ce n’est pas la version, pire encore et également lue ici ou là : «Il a PLU au Seigneur de rappeler à lui…»

Hérésie absolue de penser une seule seconde que Dieu pourrait prendre plaisir à la mort de quelqu’un. La mort c’est l’absence de vie et Dieu est le Créateur. Il ne peut pas vouloir et le Bien et son absence.

« Dieu n’a pas créé la mort », c’était même la première phrase de notre première lecture, le livre de la Sagesse, à l’instant. Et la suite de la phrase clarifiait encore, si nécessaire : « Il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants ».

Dieu VOIT mourir les êtres vivants, il ne les FAIT pas mourir.
De notre mort, il tire la vie éternelle. C’est bien parce que la mort existe qu’il y a la vie éternelle ensuite. Sans l’une, impossible d’avoir l’autre. Vous ne pouvez pas ressusciter au dimanche de Pâques sans passer par la croix du vendredi saint. Et parfois on aimerait bien !
La mort est un mal, elle n’est pas le fait de Dieu.
Mais Dieu a tiré du bien, la vie éternelle, d’un mal, la mort.


Abbé Vincent Lafargue (1er juillet 2018)





mardi 14 juillet 2020

(Hi) Histoire de notre famille: “La Péraulaz” et les Pierrettes

NB: les parties entre °° °° signifient qu’il s’agit d’informations peu sûres, voire de conjectures.


Marlyse et Claudine, à La Forclaz


1. Des routes et du fumier - des inégalités

Les racines de notre famille Corbaz-Bolomey sont solidement plantées dans le terroir des Hauts de Lutry, Belmont, Corsy; pays agricole et vigneron au panorama unique mais au profil raide de chez raide et au sol glaiseux. Proche de la ville, et pourtant: au 19è siècle encore, on y va très peu. Aucune route ne mène à Lausanne avant la construction de celle des Monts-de-Lavaux, reliant le chef-lieu à Grandvaux via Belmont et La Croix. Tout au plus y a-t-il un chemin malaisé qui descend de Belmont sur Rochettaz puis Pully; ainsi qu’un autre, tout aussi abrupt, reliant la cité des "Cancoires" à La Rosiaz via approximativement l’actuel stand de tir de Volson.

De quand date la route des Monts? Le relevé de 1864 de Deriaz, établi en vue de la création de la ligne CFF de Berne, ne la mentionne pas. Mais elle est citée dans le dictionnaire Mottaz de 1921. En 1885, L. Vulliemin (éd. G. Bridel) en parle comme étant en voie d’achèvement (“elle n’attend qu’un pont pour aboutir à Chailly et Lausanne” - sans doute celui sur la Chandelar). Sa construction est liée à celle, en 1875, de la conduite destinée à amener à Lausanne les eaux du lac de Bret, agrandi par le moyen d’une digue de 2,5 m de hauteur et par le détournement d’une partie des eaux du Grenet. Ce dernier, qui appartient au bassin du Rhin, passe ainsi en partie dans le bassin du Rhône! L’eau est amenée au réservoir de Chailly puis, avec une conduite forcée, jusqu’à la Place du Flon. Elle sert dès 1877 à actionner la turbine qui entraîne le métro Lausanne-Ouchy.

Jusque-là, on vivait donc dans le sens de la pente, héritage de la manière dont la Paroisse de Lutry s’était peuplée, à partir du 14è siècle: de bas en haut, du bourg aux ondulations du Jorat, en défrichant progressivement. Savigny n’avait jusqu’au 19è siècle de liaison carrossable qu’avec la cité des singes! De même pour Corsy, évidemment.

Et quand on dit carrossable, il faut encore s’imaginer: en 1752, le Seigneur de Corsy, Albert Noé Crousaz, se plaint aux autorités du bord du lac que “le chemin de Paudex à Corsy, qui est l’unique pour les voitures des charoirs, est non seulement rapide (lisez: raide!), étroit et creux, mais aussi rempli de terre argileuse; il est à peine praticable pendant les temps de sécheresse, et pas du tout les temps de pluie”. Vivement le macadam! Je plains les bêtes qui tiraient ces voitures!

Ici, le chemin qui va de Corsy à Belmont (le Coin d'En Bas). Dessin de Ric Berger
Les échanges s’opéraient alors entre Lutry et les Hauts, de manière pas très équitable d’ailleurs. Une enquête du pasteur Jaccaud, de Savigny, révèle qu’à la fin du 18è siècle les gros propriétaires du bourg maintenaient à dessein les paysans de son village dans la monoculture et la pauvreté, par des traités apparentés à certaines formes de vassalité (voire de tiers-mondisation). Par exemple, ceux du bord du lac monopolisaient pour leurs vignes le fumier produit dans les campagnes des Hauts, tandis que ces dernières, ne pouvant enrichir leur sol, étaient condamnées à des rendements minables. D’où oisiveté hivernale “à la russe”, alcoolisme, ignorance, misère et brutalité chez les exploités (“victimes consentantes”). Schéma connu, hélas.
 

La Grande Commune de Lutry (que Savigny finira par quitter en 1823 - déjà des séparatistes, dis donc, Rémy!) est formée de trois parties:

 - la zone des vignes, sur les pentes bien exposées au soleil et au lac, depuis le bourg jusqu’aux hameaux du Châtelard, de Savuit et Corsy. Les familles riches vivent de préférence au bord du Léman, là où les communications routières sont faciles avec Lausanne et Vevey. Maisons serrées, à cause de la pente et du manque de place. Relations sociales intenses. Echanges.

 - les Hauts, au-dessus de 700 m. d’altitude, qui culminent au Martinet et dans les grandes forêts du Jorat. Les hivers y sont rigoureux, et les seules ressources viennent du bois ou de l’agriculture. Habitats dispersés. Pas de gros villages, mais de multiples hameaux ou fermes isolées, comme à Forel ou à Puidoux. Isolement. Vie rude.

 - entre deux, une zone intermédiaire qui comprend des domaines mixtes vigne-campagne au Miroir, au bas d’Escherin et au-dessus de Corsy. Parfois la pauvreté y est la même qu’à Savigny. On constate une situation semblable à Belmont, qui lui dépend de Pully.

C’est dans ce contexte qu’ont grandi nos ancêtres. Qu’ils ont travaillé et aimé. Et tenté de survivre.


L'ancien collège de Corsy

2. Les Bolomey et la Péraulaz

Corsy, appellé souvent Corsier autrefois, tire son nom du gentilice romain Cordius, suivi du suffixe -acus. Notre village était donc à son origine le domaine d’une famille Cordius. Mais y a-t-il là un rapport avec le coeur, voire avec celui de Dieu (cor-deus)? Mystère... et pouvoir de l’imagination!

La ferme qui est devenue “La Péraulaz” figure déjà sur le relevé de 1864 voire peut-être sur une ancienne carte (imprécise) de notre hameau tracée vers 1735: grosse ferme ou deux maisons accolées. Pas très loin d’une autre, plus petite, qui deviendra plus tard la maison Corbaz aux Pierrettes. Impossible bien sûr de savoir si ces bâtisses du 18è siècle n’ont pas été démolies puis reconstruites. Mais il est certain que des habitations sont là de bien ancienne date. Signalons même que, sur la carte du Bailliage de Lausanne établie en 1678 par Abraham de Crousaz pour LLEE, on pourrait peut-être distinguer nos deux maisons. Mais le dessin n’est pas très précis!

Détail amusant, le nom “Péraulaz” se retrouve ailleurs dans les hauts de Lutry: c’est un lieu-dit au nord de la Grange-Rouge, près du Lénage. Et sur la carte de 1678, qui mentionne les noms des exploitants ou des propriétaires à la place de certains lieux-dits, on voit plusieurs familles “Péraulaz” dans les hauts, entre l’actuelle Grange-Rouge et les Bois-de-la-Ville. On orthographie parfois ce nom “Perraulaz”, et l’étymologie est certainement la même: comme Perrallaz, Perrau, Perreux ou Peroset, ce mot doit désigner à l’origine un endroit pierreux. On n’est vraiment pas loin des Pierrettes.

Au milieu du 19è siècle, notre Péraulaz est une maison foraine isolée au coeur d’un domaine (assez grand pour l’époque) délimité:

- à l’ouest par le Flonzel, ruisseau qui marque aussi la limite entre les communes de Lutry et Belmont;

- au sud par ce qu’on appellera au 20è siècle “l’avenue”, chemin (pas encore) rectiligne qui relie Corsy à Belmont;

- à l’est par de petites parcelles qui le séparent du domaine des Pierrettes;

- et au nord, lorsqu’elle sera construite, par la “route des Monts”; il y aura même une parcelle, vendue plus tard aux Porta, située au-dessus de cette route, dans la “boucle” de Converney. La route de Converney n’existe pas encore, of course.

Cette maison et ce domaine appartiennent à Henri Bolomey, de Lutry et Forel, époux de Louise, née Cavin, nos ancêtres. Ils ont trois enfants: Julie, née en 1850; Vincent, qualifié d’«idiot» (né en 1855 ou 1856, mort en 1917); et Louis I (Joseph Henri Louis), qui reprendra l’exploitation. Deux vaches, quelques veaux, génisses, cochons; des vignes, surtout sur ce qui deviendra la mine de lignite à la deuxième guerre mondiale. La partie habitable de la maison est grande, sur deux étages (on sait qu’en ce temps-là les enfants, nombreux, dormaient fréquemment tous dans la même chambre; la cuisine tient lieu aussi de salon et de salle à manger, évidemment).

Une précision concernant cette mine de lignite: elle se trouvait au sud-ouest de la maison de la Péraulaz, dans le rectangle délimité aujourd’hui par le chemin du même nom et la route de Belmont. Exploitée durant la seconde guerre mondiale, vu l'impossibilité d'importer du charbon étranger, elle était de faible rendement. Dans les années 1950, on pouvait en voir encore le terril, en forme de pyramide tronquée. (Pour plus de détails sur l'exploitation du charbon à Belmont et Corsy, voir "Belmont-sur-Lausanne hier et aujourd'hui, 850 ans", édité par cette Commune, aux pages 132 à 140).

Rappelons encore brièvement le contexte de l’époque: on sort tout juste de l’Ancien Régime et de ses privilèges. Le canton de Vaud, jeune encore, vient d’unifier les mesures et les monnaies sur tout son territoire (souvenez-vous qu’auparavant, chaque seigneurie locale possédait ses propres unités, imaginez la gymnastique si vous alliez acheter solide ou liquide quelques villages plus loin!). La démocratie émerge lentement, et les grandes familles des bourgs parviennent parfois à conserver certaines positions dominantes. Ce n’est pas vieux: cent ans avant ma naissance.

En ce temps-là vivent sur les hauts de Corsy des familles Bolomey, Paschoud, Marguerat, Burnier, Noverraz... toutes originaires de Lutry; ainsi que quelques Blanc, venus de Belmont, notamment à la Grange-Rouge. Sur la carte de 1678 sont mentionnés dans cette même zone des Bujard, Potallaz, Baatard, ainsi que déjà des Bolomey, Marguerat et Burnier.

Les Bolomey (voir étymologie au bas de cet article) étaient arrivés de France voisine, comme beaucoup d’autres familles “bien vaudoises”, par exemple les Cuénoud (voir document “Aventures dans la famille Cuénoud”, JJC 2020). Plusieurs vagues de migrations sont venues en Lavaux, depuis les rudes vallées alpines de Savoie (y compris de Lombardie!), entre la fin du 14è siècle et le début du 16è; cela afin de combler les décès, notamment dus à une grosse épidémie de peste noire il y a quelque 700 ans. La peste n’ayant pas atteint les villages les plus reculés. Voir les recherches passionnantes de Jean-Pierre Bastian.

Les Bolomey sont arrivés à la fin du 15è siècle ou au début du 16è de Saint-Nicolas-de-Véroce (près des Contamines-Montjoie, dans la haute vallée de l’Arve, sur les flancs du Mont-Blanc), tout comme les Bessat. Ils se sont établis dans les bourgs vignerons entre Lausanne et Vevey: à Saint-Légier, à Villette (1518), à Lutry (avant 1525), à Belmont... puis, lorsque ces villages se sont constitués en communes autonomes, à Forel Lavaux (1824), Savigny, Riex, Epesses (1826 les trois). Nos ancêtres, qui sont bourgeois de Lutry et Forel, n’ont donc pas beaucoup “bougé” depuis leur arrivée, autour de 1500!

Relevons encore qu’au 19è siècle, La Conversion n’est qu’un petit hameau, dominé par le village de Corsy. Ce dernier est divisé en deux: il y a Corsy-dessous, situé entre le bas du chemin de la Jaque et le chemin des Marionnettes; et Corsy-dessus, entre l’ancien collège (démoli à la fin du 20è siècle et remplacé par le complexe culturel et sportif où se trouve la chapelle) et le petit bâtiment de la laiterie. Ce dernier, également démoli, se situait au carrefour des chemins des Brûlées; du Landar; et des Pierrettes, tout près de la ferme Wannaz. Nous y avons vécu de belles parties de cache-cache avec les autres enfants du village, souvent le seul matin où nous avions congé, soit juste après l’école du dimanche!


La Conversion deviendra peu à peu le nom du groupe de villages et de hameaux englobant les deux Corsy. Cela à cause de la poste, qui prendra place dans la gare, et qui sera mentionnée dans toutes les adresses.


La Conversion
Mais d’où vient donc ce nom de La Conversion? Il n’a vraisemblablement pas d’origine religieuse, comme on pourrait l’imaginer. L’Echomunal de Lutry d’avril 2019 nous en donne une étymologie bienvenue, ainsi que quelques fragments d’histoire.

Une conversion, mot dérivé du verbe “converser”, soit vivre avec, est au Moyen-Âge un ensemble d’habitations pour les êtres humains (maîtres et valets) et pour les animaux domestiques. Tous y vivaient ensemble, y cohabitaient. Une conversion est généralement entourée d’une clôture de protection.

Le domaine Foscale,
qui a donné son nom à notre Conversion, n’est que très peu documenté avant 1661. Pourtant, quelques traces documentaires médiévales laissent entendre qu’il avait appartenu à la seigneurie de Corsier qui l’amodiait à ses serfs qui y exerçaient le double métier de vigneron et de paysan.

Par héritage, il parvint dans la famille de Trey, de Payerne, qui poursuivit l’amodiation séculaire. Au 18è siècle, à une date inconnue, un rural vitiagricole fut construit à proximité de l’ancienne maison devenue maison de maître. En 1661, le sieur de Trey de Payerne, disposait de trois poses de vignes et autant de terre sur les Monts de Corsier. Daniel de Trey (1648-1709), capitaine bernois d’origine vaudoise, servit en Pologne puis en Suède; il fut tué lors de la bataille de Poltava qui vit la défaite des troupes du roi de Suède   Charles XII face à celles du Tsar de Russie Pierre le Grand.

En 1736, le domaine appartenait à Judith de Trex, femme de Gabriel Burnat, de Moudon, capitaine au service suisse en France; et en 1747 à son fils le lieutenant Burnat; puis en 1801  à sa petite-fille Salomé Burnat (1741-1817) qui mourut à son domaine de La Conversion sous Corsier.

Dès 1818, La Conversion entra dans la famille Bron, une dynastie de vignerons, de paysans et de houillers. Le domaine atteint son apogée au temps de Henri Bron-Corbaz (1826-1894)** et de son neveu Antoine Foscale-Bron (1864-1953), originaire d’Evian, municipal à Lutry, puis préfet de Lavaux. En 1864, le cadastre fait état d’une maison de maître et d’un rural avec logements, chambres, pressoirs, caves, jardin, boiton, bûcher, four, chambre à lessive, écurie, fenil, grange, étang, fontaine sous terrasse, bois et prés.

La famille Bron aurait pu vivre en parfaite autarcie. Elle disposait même d’un stand privé, car les hommes de la famille étaient sociétaires des trois abbayes de Lutry: Les Fusiliers, La Réunion d’Automne et L’Union des Jeunes Gens.

En 1858, Henri Bron ouvrit au nord de la maison de maître un café pour y recevoir les ouvriers du chemin de fer et ceux des mines de charbon de la Paudèze et du Flonzel:  il obtient une patente pour ouvrir dans sa maison de La Conversion un café restaurant, près de la ligne du chemin de fer de Lausanne à Fribourg où s’exécutent de grands travaux.

En 2002, après l’extinction de la famille, le domaine fut légué à la Société pour la protection des animaux qui la vendit à l’agence immobilière HRS Estate, qui transforma la maison de maître. L’ancien rural, délabré, a été détruit en 2015. On y a construit ensuite le bâtiment qui abrite la Migros.

En 1910, Antoine Foscale-Bron, qui ne veut plus de café dans sa maison, mit à l’enquête publique un projet de maison-café-restaurant sur des plans de l’entrepreneur Louis Buche-Blanc. L’établissement comportait au rez de chaussée un café avec perron d’entrée, une salle à manger, une cuisine et une chambre, et à l’étage cinq chambres dont une de bonne et un balcon. L’établissement prit le nom de Buffet de la Gare de La Conversion, et il existe encore aujourd’hui.


** Je paie un pot de bière surmaltée à qui trouvera si ces Bron-Corbaz-là sont de notre famille ou non!!



Corsy-Dessus (vers 1940?)


3. De “La Péraulaz” aux Pierrettes

Vers 1875, Julie se marie avec Louis Blanc (de Belmont), employé de banque, parent de Robert et Gaston Blanc (sans lien, proche en tout cas, avec ceux de la Grange-Rouge, auxquels nous sommes alliés par notre lointaine cousine Rose née Corbaz, soeur d’Yvette Dizerens). Dans un premier temps, Julie reste dans la maison familiale avec ses parents et ses frères.

En 1876, naissance de Mathilde, leur fille, qui deviendra institutrice. Et d’une autre fille, Edwige, qui mourra à 20 ans. Julie et les siens déménagent vers 1880; ils vont habiter le domaine des Pierrettes, plus petit, que Louis Blanc exploite en même temps qu’il poursuit son travail à la banque: vignes et campagne, peu de vaches. On ignore la raison précise de ce déménagement: à cause de l’agrandissement de la famille de Julie? ou du mariage de Louis Bolomey, vers 1883? (Son premier enfant qui soit devenu adulte, Blanche, est né en 1884 ou 1885).

On ne sait pas non plus si le domaine des Pierrettes appartenait déjà aux Blanc ou aux Bolomey; il semble bien que la maison ait été construite depuis quelques décennies au moins. Elle n’a de loin pas le volume d’aujourd’hui: il n’y a que le corridor, au rez, le long de la fourragère; la “cuisine en bas”, actuel local du chauffage, dont l’âtre sera plus tard aménagé en fumoir à charcuterie; la grande chambre “devant”, aujourd’hui bureau; et la chambre “derrière”, à moitié excavée, avec une seule fenêtre donnant sur l’est, devenue plus tard cave à vin et saloir. Peut-être y a-t-il une petite chambre à l’étage? Personne n’en a entendu parler. En tout cas, il n’y a pas de traces d’un escalier intérieur. Quant au rural, il ne dépasse guère à l’ouest le mur où se trouve la porte actuelle de l’écurie à vaches.

Louis Bolomey I s’est marié avec Marie Louise, née Cordey. Huit enfants parviendront à l’âge adulte, un ou deux autres mourront très jeunes. Mais Louis n’est pas un fort travailleur, et ses penchants pour la bouteille l’empêcheront de nourrir sa grande nichée. Vers 1890 (il doit avoir alors quatre enfants à charge, en plus de Vincent), il manque d’argent au point de devoir vendre sa maison et son domaine; il vient alors habiter chez sa sœur, aux Pierrettes. Il sera manoeuvre sur les chantiers, mais son alcoolisme continuera de lui jouer des tours. Élever sa nombreuse progéniture relèvera de la mission impossible.

C’est probablement pour loger son beau-frère que Louis Blanc agrandit sa maison. Il crée un second appartement au premier étage, avec entrée par un escalier extérieur qui longe le mur côté est. Corridor traversant depuis la porte d’entrée jusqu’au mur mitoyen séparant l’appartement du rural, cuisine (actuelle), une grande chambre devant (aujourd’hui salle à manger) et une petite derrière avec fenêtre au nord (qui en 1966 sera transformée en hall et cage d’escalier pour monter au deuxième étage) à laquelle on accédait depuis la cuisine, c’est le modèle courant. Entre le corridor et la chambre derrière, un escalier montait au galetas, où une chambre de domestique avait été créée, avec une seule fenêtre, sur la façade est; sous l’escalier, une “dépense”, petit réduit dont la porte donnait sur le corridor.

Il semble que Louis Blanc et les siens ont alors pris leurs quartiers dans l’appartement neuf, la famille Bolomey restant en bas. Mais cela pas pour longtemps: vers 1895, Louis Bolomey déménage, et depuis lors, la cuisine en bas ne sera plus utilisée en tant que telle. Il habite aux Chênes sur Bossières, puis à Pully. Mais il laisse sa fille Juliette, née en 1888, aux soins de Julie Blanc. Et bientôt une autre fille, Mathilde Alice, née le 10 avril 1895, qui “s’ennuie” loin de Corsy. Cette dernière, qu’on surnommera Rose (pour la distinguer de l’autre Mathilde, sa cousine et sœur de lait?), épousera plus tard Armand Corbaz, de Belmont et deviendra notre grand-mère. C’est elle qui restera au domaine des Pierrettes, puisque Juliette partira à son mariage et que les Blanc n’auront pas de petits-enfants.

Pour l’anecdote, ce fameux 10 avril 1895, l’heureux père, descendu à l’état-civil de Lutry pour y inscrire sa fille, avait oublié le prénom choisi avec sa femme! La faute probablement à quelques godets éclusés sans trop de modération pour fêter l’événement... Il semble que Mathilde Alice n’était pas le résultat du choix, et que “Rose” soit venu réparer la gaffe!



Arnold vide sa brante
 

4. La descendance d’Henri Bolomey

Henri et Louise ont donc trois enfants: Julie, Vincent et Louis I.

Julie (1850) épouse Louis Blanc. Ils ont deux filles. Mathilde (31 mars 1876 - 18 décembre 1957), institutrice, épouse (vers 1900~) Henri Bessat, de Lutry, né en 1878, et qui deviendra syndic de la commune; ils n’auront pas d’enfant. Edwige meurt à 20 ans. Louis Blanc décède vers 1908, et Julie en 1933.

Henri Bessat vivra à Lutry jusqu’à sa mort, en janvier 1948; à ce moment, sa veuve revient à Corsy. Comme son filleul Arnold Corbaz, fils de Mathilde Alice dite Rose et d’Armand, se marie en novembre de la même année, la maison devient trop petite. En 1949 “la marraine”  Mathilde fait donc construire (par l’architecte Alberto Sartoris, devenu célèbre pour d’autres œuvres... et qui a fini ses jours à Cossonay) une “carrée” à quelques mètres de la ferme; Mathilde Bessat habite l’appartement du premier étage, Rose et Armand Corbaz le rez-de-chaussée.

Vincent n’a pas de descendance.

Louis I épouse Marie Louise Cordey (vers 1883). Ils ont une dizaine d’enfants, dont huit parviennent à l’âge adulte:

- Blanche (1884 ou 1885) épouse Joseph Frei. Elle meurt en 1928, sans enfants. À ce moment-là, son père vit encore, mais pas sa mère.

- Marguerite (~ 1887) épouse F. Bourgeois. Ils habitent au Château-Sec (Lausanne) et ont une fille, Marguerite, dite Margoton; cette dernière marie un Chavan dont elle aura un fils unique, Marcel, aveugle, célibataire. Marguerite Bourgeois meurt entre 1937 et 1955.

- Marie Julie, dite Juliette (27 avril 1888 - 8 mars 1969) épouse vers 1914 Edouard Hodler (1887 - 6.11.1961). Deux filles: Roxane, qui épouse Georges Ryffel, à Prilly, et Edwine (1916 - 21.3.1937), fiancée à Fernand Tardy. Roxane aura trois enfants: Geneviève, femme de Jean-Jacques Eichelberger, Jocelyne, mariée à Michel Hersperger, et Jean-Pierre, qui épouse .... Graf.

- Louise (1990 ou 1991 - 1977) épouse Emile Ischy (parfois appelé Maurice?), à Denges (1991 - 1960). Deux fils: Emile, surnommé Titi, époux de Régina Paquier, à Denges, dont les enfants sont Jean-Pierre, Denise et Roger; Jean-Pierre et sa femme Marlyse ont deux enfants, Sylvette et François. Et Loulou (Louis), marié à Gisèle Bonzon, à Renens, qui a un fils, Bernard Bonzon.

- Louis II (1893 - 1.11.1957) épouse Alice Bönzli. Il vit à Bahyse-sur-Cully. De gros problèmes d’alcool l’accompagneront à son tour, jusqu’à ce triste soir où son fils le trouvera mort, tombé d’une passerelle dans le ruisseau de Champaflon. Ses quatre enfants sont Rose-Marie (1917/18 - 2006), femme d’Emmanuel Chautemps, dit Manu (1899/1900 - 30.5.1984), à Champvent; elle aura quatre fils: Roland, Pierre, Ernest et Louis-René. Puis Denise (1920 - 2012), mariée à Paul Flotron, à Forel; ils donneront le jour à une fille, Jacqueline, dite Jacotte, qui épousera André Blanc; et ils en adopteront deux autres: Micheline, femme de Bernard .... , et Mady, d’Albert Grin. Vient ensuite Philippe (1923), qui comme ses aïeux a trop penché vers la bouteille; marié à Lucienne Fatio, puis divorcé, il aura deux filles, Claudine et ??? . Enfin, Gilberte (1928/29 - 2006), qui épouse Marcel Lauper, dit Misette, et a une fille unique, Marianne.

- Mathilde-Alice, dite Rose (10.4.1895 - 22.2.1968) se marie en 1923 avec Armand Corbaz (17.5.1895 - 13.2.1975), de Belmont. Les parents de ce dernier, gros paysans rêvant d’une union plus profitable, le privent de la plupart de ses droits sur le domaine de Belmont. Le couple reste donc sur celui des Pierrettes, qu’il rachète en 1927 à Henri Bessat pour Fr. 21’000.-
1948, mariage Edith et Arnold
 Ils ont un seul fils, Arnold (11.2.1924, décédé le 13.9.2009), vigneron et paysan à son tour, qui épouse le 21 novembre 1948 Edith Cuénoud, de Cugy (6.6.1926). La légende dorée rapporte (à pas feutrés, mais elle rapporte gros) que cette union a offert à l’humanité (tatsaam! nous voici!) trois mignons bambins potelés qui par leur arrière-arrière-trisaïeule descendent en ligne directe d’Adam et Eve, et sont donc cousins éloignés de l’Homme de Cro-Magnon, voire de l’australopithèque et des grands singes. ;-)
Marlyse (4.2.1949), femme de Bernard Matthey-Doret (17.1.1952) devient mère de Luc (25.11.1977) et Didier (14.2.1980). Jean-Jacques (1.5.1950) marié d’abord avec Claire-Lise Duvanel (17.3.1956) devient père de Cyril (3.9.1978) et Benjamin (8.7.1980); puis, avec Marinette Rousseil, de Sylvain (6.10.1989) et Fabrice (4.1.1991). Claudine enfin (18.7.1952) aura deux filles, Julianne (22.3.1985) et Laura (9.5.1987) Corbaz, de Rémy Borer.
À leur tour, ces petits-enfants d’Arnold et Edith sont devenus parents:
Luc épouse Celsa Lopez (13.2.76), ils ont deux enfants: Luis (3.5.11) et Sofia (6.11.13). Cyril épouse Fabienne Corlet (10.12.77), ils donnent la vie à Jonas (6.3.14) et à Lou (23.7.16). Benjamin épouse Sarah Campiche (10.7.80), d’eux naissent Elie (30.1.14) et Esther (30.11.16). Sylvain épouse Alice Dalla Valle (3.6.91), ils donnent la vie à Hannah (1.11.18). Fabrice épouse Tiziana Nicora (20.10.90), d’eux naît Elena (15.10.18). Julianne épouse Yann Imesch (23.6.80), ils ont deux filles: Clara (16.6.14) et Mélissa (24.8.16).

- Edwige (1897 - 1990) épouse Jean Ingold (1880 - 18.1.1955). Deux enfants: Willy et Edith; celle-ci marie Edouard Schweingruber, dit Didi, et meurt en 1989; ils ont une fille, Nicole.

- Anaïs (1899 - 1990), enfin, est la femme d’Aloïs Serex (1890 - septembre 1964), fils d’Henri, à Puidoux. Ils n’auront pas d’enfant.


Claudine, Bernard et Edith, vers 1980


5. “Chez Cardinaux”

Louis Bolomey a donc vendu son domaine et sa ferme vers 1890. L’acheteur s’appelle Louis Cardinaux I (1850/51 - 1914), époux d’Elisa, née Pasche (1860/61 - 1943). Il vient de Bussigny-sur-Oron et reprend le travail à la ferme et dans les vignes, doté d’une nombreuse progéniture: Cécile Henriette (1881/82 - 1912), qui épouse le 8 novembre 1906 François Samuel Abetel; Vincent (27.8.1884); Mathilde (21.6.1887) qui le 4 mai 1912 marie Paul Hartmann, du moulin du Miroir-sur-Lutry, et deviendra l’arrière-grand-mère de Jean-Pierre Hartmann, organiste à Cossonay et professeur d’orgue de Fabrice Corbaz, lui-même arrière-arrière-petit-fils de Louis Bolomey I; François, qui vivra à La Conversion (1.4.1889 - 27.1.1955);  Marie (26.9.1891 - 25.1.1919), qui a épousé un boucher de Thonon nommé Bouchu; Jean-Louis (19.4.1895 - 1938), qui  avec sa femme Elise, née Testuz (1890 - 1949) reprendra le domaine agro-viticole de Corsy; et Berthe Elisa, célibataire (1.12.1900 - 25.6.1931).

Louis Cardinaux I perpétue donc la tradition des prénoms chers aux rois de France. Son fils Louis II ne règnera pas sur la Bavière, mais il partage encore avec les Louis Bolomey un fort attrait pour le pinard du coin. Il mourra jeune encore (des suites de son alcoolisme?).

Avec Elise, ils ont cinq enfants: l’aînée Cécile (1920), qui épouse Willy Glanzmann; Francis (1921), employé CFF, mari de Denise, née Amy en 1930, et qui n’aura pas d’enfants; Robert, dit Roby, (1924), époux de Raymonde, née Collet en 1930, travaille aux TL, puis aux grands magasins Au Centre (soit Coop); Henri (1926), dit Riquet, surnommé Toccande (souvenir d’un rôle de théâtre), chauffeur de camion à la boucherie Bell; et Annette (1929), la cadette, qui en 1949 se marie avec Aristide Dorthe.

En 1941, la veuve de Louis II et ses enfants vendent aux chocolats Perrier la vigne située au sud du domaine. C’est la guerre, et la Suisse manque de charbon. Le sous-sol de cette vigne étant riche en lignite, comme d’autres dans la région proche, on y creuse une mine qui sera exploitée jusqu’en décembre 1944.

En 1942, avec l’argent obtenu par cette vente, la famille Cardinaux agrandit la maison en construisant la partie habitable côté ouest, qui est restée presque la même aujourd’hui. À la mort de sa mère, Francis reprend la maison et rachète les parts de ses frères et sœurs. Mais pour cela il s’est endetté trop lourdement. Sa seule ressource est alors de vendre. Son ami d’enfance Arnold Corbaz, petit-fils de Louis Bolomey I, voulant s’agrandir, lui rachète pour Fr. 50’000.- le domaine. Ce dernier revient ainsi dans la famille de ses anciens propriétaires. Nous sommes en 1954.

La ferme (rural et ancienne habitation) est alors en très mauvais état. Après quelques années, elle menace de s’écrouler, et il faut construire d’urgence un gros mur pour la retenir. Seule la grange, du côté est, est encore utilisable, avec sa porte à l’ancienne, à 80 cm du sol, qui ne laisse pas passer les chars. Plus tard, Arnold Corbaz revendra quelques parcelles à bâtir et rénovera cette ferme (en 1970-71) pour en faire un petit locatif. Cet immeuble se nomme aujourd’hui La Péraulaz, du nom ancien du lieu-dit où il est situé. Quant à la “nouvelle” habitation qui lui avait été accolée, elle est occupée maintenant par Claudine, fille d’Arnold Corbaz.

(Bolomey; Blanc; Bessat; Borer; Corbaz; Cardinaux; Cuénoud; Belmont, Corsy; La Conversion; Cugy; plus Brel, Brassens et Bühler... notre famille et la maison de nos ancêtres semblent apprécier le haut de l’ordre alphabétique!)


 
Benjamin, Didier, Arnold et Jean-Jacques



6. La maison des Pierrettes

a) 1890-1908

Revenons un peu en arrière pour parler des transformations de la ferme des Pierrettes. Après les agrandissements de 1890, °°Louis Blanc (ou Henri Bessat à la mort de ce dernier?) entreprend de nouveaux travaux. Peut-être d’ailleurs certains aménagements (galetas?) que j’ai attribués à 1890 datent-ils plutôt de cette seconde série de modifications, en 1908? À confirmer.°° Dès cette date en tout cas, la partie habitable est telle que décrite sous 1890; son toit est à la hauteur de celui de la grange actuelle. Quant au rural, dont le faîte est alors inférieur d’environ un mètre, plusieurs changements sont à noter.

Louis Blanc commence à presser le raisin lui-même. Il construit donc un pressoir (à vis, vertical, actionné par une “palanche”, grosse perche de bois manœuvrée à bras d’homme) avec comme base une forte pierre. Cela à l’angle sud-ouest de la ferme. La grosse pierre en question, qu’on a faite sauter en °°1946-47°° se trouve aujourd’hui, en plusieurs morceaux, entre la fontaine et le puits; elle a servi de sièges et table extérieurs, puis de soutien à la terre à côté de la fontaine, là où seront enterrées plus tard les cendres d’Arnold Corbaz.

La porte de l’écurie à vaches reste en 1908 sur la façade sud, à l’emplacement de la fenêtre actuelle (mur très large; voir le premier mètre actuel). L’écurie est étroite: quatre ou cinq bêtes seulement, car elle n’occupe que la moitié sud du rural. Des crèches en bois la séparent de la fourragère, d’où l’on nourrit les bêtes.

La partie nord du rural est occupée sur toute sa longueur par une grande cave surmontée d’une énorme voûte; ce devait être magnifique! Depuis le carnotzet actuel y compris jusqu’au local où l’on a mis plus tard la réserve de paille (puis encore le moteur de la machine à traire), d’une seule pièce. Cette cave a une seule entrée, donnant sur le pressoir, et qui se trouve justement à l’emplacement de la réserve de paille. Depuis l’appartement, il faut donc faire presque le tour de la maison pour y accéder. Le mur séparant la cave de l’écurie se trouvait à l’emplacement du “rail” qu’on voit encore au plafond de l’écurie.

Un étage plus haut, c’est la grange. Laquelle comprend plusieurs recoins différents, comme c’est fréquemment le cas alors. Au-dessus du pressoir, un hangar à graines ou à fourrage se situe au niveau actuel, tout comme l’endroit pour le foin au-dessus de l’écurie de l’époque. Au-dessus de la fourragère se trouve la place pour le regain, 80 cm plus haut. Un vide entre ces deux niveaux permet de descendre le fourrage. Arnold Corbaz se souvient qu’on entreposait des pommes dans le plancher autour de cet espace! Enfin, au-dessus de la cave, le sol est encore plus haut, quelque 20 cm, à cause de la voûte. C’est sur cette partie nord que donne la porte, à double battant, au sommet d’une petite montée si raide qu’elle est infranchissable, même avec un char vide.

Redescendons d’un étage pour décrire les abords de la ferme. Au sud, il n’y a qu’un passage à pied entre la maison et le jardin “d’en-bas”. Louis Blanc construit un boiton avec des toilettes (sans eau) à l’emplacement de la terrasse actuelle et du moteur de la piscine. Laquelle piscine est alors une fosse à purin, of course, simplement creusée dans la terre. Auparavant, les toilettes se trouvaient dans le jardin “d’en-haut”, à l’angle nord-est de l’habitation. Ce n’était alors qu’une petite cahute en bois, dont il fallait périodiquement vider le trou avec une puisette et une brante. Si quelqu’un se dévoue aujourd’hui pour accomplir ce charmant boulot, il aura droit à mon exubérante gratitude, ainsi qu’à la complète gratuité sur l’usage du trou en question...

Nous achèverons ce tour du propriétaire en mentionnant la fontaine, en ce temps-là couverte, dont l’inscription (“L.B. 1898”) doit renvoyer au même Louis Blanc. Sans oublier le puits, d’où l’on tirait l’eau potable à l’époque, et cela sans doute depuis la construction de la ferme. C’est en 1931 qu’on installera l’eau courante dans la maison.  On pose alors un évier en pierre jaune, et on enlève le réservoir à eau de la cuisine (à gauche de la fenêtre); on enlève aussi l’ancien cendrier de mollasse et la plaque noire sise sous la fenêtre sur laquelle (la plaque, pas la fenêtre!) on mettait sécher la vaisselle. Ce doit être presque en même temps que sont enlevés les gros fûts de vin à la cave. Le puits, depuis, sera de moins en moins employé. On y versera même, quelque temps, les déchets solides. Ciel!

En 1939, la fosse à purin sera refaite en ciment. Et c’est ce même bâti de ciment qui deviendra l’actuelle piscine -recrépie à neuf, évidemment. En 1939 toujours, la porte de l’écurie est déplacée sur la façade ouest, pour empêcher un peu le froid de rentrer. Les bêtes traversent donc maintenant le “pressoir” pour sortir.

 
b) 1945-46

La guerre est à peine achevée. Arnold Corbaz reprend l’exploitation. Plus entreprenant que ses prédécesseurs, il a besoin d’agrandir le domaine. Pour cela, il loue plusieurs parcelles de terrain dans la région.

Il veut aussi développer la ferme. La vente d’une forêt lui permet de mettre en chantier d’importantes modifications. Il démonte le pressoir et élargit l’écurie à vaches, faisant reconstruire les murs moins larges (voir à l’intérieur, vers le robinet, la différence avec l’ancienne cave). Une cave à betteraves est créée à l’emplacement où se trouve aujourd’hui la citerne à mazout, donnant à ce qui reste du vieux pressoir la forme d’un L inversé. Des clapiers à lapins et cobayes occupent l’extrémité ouest de ce recoin.

Le toit du rural est porté au niveau actuel, rejoignant celui de l’habitation à l’époque. La voûte de la cave est abattue et la grange agrandie à l’angle nord-ouest. On construit alors le “pont” de grange en amenant de la la terre pour former une surface plane devant la porte; cette dernière devient bien plus haute et large, à un battant coulissant, permettant ainsi aux chars d’entrer. Le sol est bien sûr mis au même niveau à l’intérieur comme à l’extérieur, à l’exception de l’emplacement de la nouvelle chambre à coucher des parents, actuellement le salon, qui fait comme un cube de béton au sud-est de la grange. Une petite trappe, fermée par un panneau de bois, communique avec la cave à betteraves et un plus grand trou est créé au-dessus de la fourragère pour descendre le foin. Une grosse échelle permet le passage des bipèdes (et des chats!).

Enfin, le chemin devant la maison est élargi pour arriver avec un char devant la fourragère, dont la porte est refaite, coulissante (auparavant, elle était à deux battants).

L’habitation aussi subit quelques modifications. Apparaît la chambre dont nous venons de parler, avec une porte donnant sur le fond du corridor, tout près de celle de l’escalier du galetas, soit à l’emplacement aujourd’hui occupé par la cheminée de salon. Armand et Rose, qui jusque-là dormaient dans la pièce du rez inférieur, donnant sur le sud, s’installent dans cette nouvelle chambre. Arnold, qui dormait d’abord au salon du premier, puis dans la chambre non chauffée derrière la cuisine (celle de la tante jusqu’à sa mort, en 1933), déménage dans celle du bas.

On crée aussi à ce moment un local accolé au mur est de la maison pour y installer de nouvelles toilettes avec eau courante ainsi que l’escalier qui y conduit depuis le premier étage. On peut accéder depuis la fenêtre de la cuisine à la “terrasse” formée par le toit de cette annexe, d’où la vue est superbe: il n’existe alors ni l’entrée actuelle, ni le garage, ni la maison de “la marraine”, ni la construction du “terrain à Max” (aujourd'hui Grieshaber), ni la villa Paschoud et ses grands arbres... Les maisons les plus proches sont en ce temps-là la propriété Burnier, au sud de “l’avenue” et ses voisines; la ferme de la Péraulaz; ainsi que celle des Cuennet, du côté de Champ-Maffrey.

En 1948, retour de la marraine et mariage d’Arnold. En 1949, construction de la carrée. En 1952, achat du premier tracteur du domaine, un Meili. Jusqu’alors, c’étaient des vaches qui tiraient les chars! En 1954, achat de la ferme et du terrain aux Cardinaux.

1950. Edith, Jean-Jacques et Marlyse

 
c) 1957-58

La nouveauté de cette série de travaux s’appelle chauffage central. D’abord très modeste, à bois et charbon. La chaudière se trouve dans l’annexe des toilettes, où se situe aujourd’hui la machine à laver le linge. Puis elle est transférée dans la cuisine en bas.

La “chambre-derrière” du premier étage servait alors de frigo en hiver et de réserve en toute saison. Comme elle est enfin chauffable, Jean-Jacques s’y installe. Car jusque-là, les trois enfants dormaient dans la “chambre-devant”, actuelle salle à manger. Marlyse et Claudine déménageront peu après dans la pièce sud du rez inférieur. On ajoute à la cuisine un boiler qui permettra de disposer d’eau chaude de façon continue.

Dans le rural, on modernise aussi: l’ancienne cave est supprimée; l’écurie et la fourragère sont agrandies, elles utilisent dorénavant toute la largeur de la ferme. Nouvelles crèches, en ciment, au nombre de neuf, et “astral” (système pour en ouvrir ou fermer l’accès aux vaches). À l’angle sud-ouest de l’ancienne cave est créé un emplacement pour la paille, avec une trappe supplémentaire permettant de la faire descendre depuis la grange.

En 1958-59, le boiton est agrandi et rénové. On y crée une écurie à génisses. Ces dernières logeaient jusqu’alors dans la ferme Cardinaux, côté est. C’est dans ces années également qu’est démoli le toit de la fontaine.

En 1961, vente d’une vigne, à “La Jaque”. Arnold achète sa première automobile, une Opel, ainsi que “L’Edelweiss”, le chalet de La Forclaz; en effet, les enfants toussent et ont besoin d’un changement d’air. Ce seront les premières vacances, à la montagne, d’abord à quatre, puisque le chef de famille doit rester pour le bétail et les travaux -les paysans alors ne prennent aucun congé- puis à trois avec des copains, de plus en plus nombreux...
  Le garage est construit en 1962 sur la partie est du jardin d’en haut. À cette époque, le chemin des Pierrettes est goudronné pour la première fois, achevant un réseau routier enfin indépendant des intempéries. On pourra dire qu’Albert Noé de Corsy est exaucé, 210 ans après!

1960. L'emplacement du futur garage est à gauche. Rose, Armand, Jean-Jacques, Arnold, Marlyse, Claudine, Edith et le cousin Roger Corbaz

 
d) 1966

En 1965, l’autoroute A9 est en gestation. Pour en permettre la construction, Arnold Corbaz doit vendre une parcelle en Converney qui se trouve sur le futur tracé (à la sortie est du tunnel de Belmont). L’argent obtenu permettra de rénover la ferme de manière importante.

Construction d’un volume adossé au mur est pour y créer l’entrée, en agrandissant l’annexe est vers le sud. Nouveaux escaliers. Le toit de l’habitation est surélevé de 90 cm, et quatre chambres à coucher sont créées à l’étage nouveau. Celle des parents, ainsi que la salle de bain, se trouvent au-delà du mur mitoyen, dans un espace pris sur la grange. Tout comme les toilettes et la douche du premier. Un hall et l’escalier de bois remplacent la chambre-derrière et la moitié du corridor. On perce d’une voûte le mur entre la salle à manger et l’ancienne chambre des parents, celle-ci devenant le salon. Et on installe le chauffage à mazout.

Tout le monde dort maintenant dans les combles: la famille au cours des âges se rapproche sans cesse du ciel! La chambre du rez inférieur devient le bureau d’Arnold. Le galetas a beaucoup diminué dans l’opération, mais il est débarrassé d’une foule d’objets inutiles accumulés au fil des ans. Quelques témoins du passé resurgissent pourtant, comme cette bassinoire en cuivre, où l’on mettait des braises pour chauffer les lits dans des chambres qui ne connaissaient pas d’autre forme de chauffage.

- en 1969-70, d’autres terrains sont vendus: Klingler, Delaloye (deux villas au nord de l’actuelle route de Converney, qui n’existe pas encore), Huguenin. Ce qui permet la transformation du vieux rural des Cardinaux en petit locatif, La Péraulaz (1970-71).

La maison continue d’évoluer. En 1970, Arnold Corbaz arrête l’exploitation du domaine agricole pour se consacrer à la vigne et à l’Association viticole de Lutry, dont il est à la fois le président et le gérant. Il n’y a donc plus de vaches à l’écurie. La partie nord de la fourragère est aménagée en carnotzet. Autre nouveauté, une “loggia” est créée dans la grange, dans le prolongement du salon. La fosse à purin est transformée en piscine. Le puits est remis en valeur, ainsi que le coin de la fontaine.

- en 1972, parallèlement à la construction de l’autoroute A9 est créée la nouvelle route de Converney, perpendiculaire au chemin des Pierrettes.

- en 1975, construction du second locatif “Es Grands Champs”, route de Converney 43.

- en 1976, Marlyse et Bernard Matthey-Doret se marient, et ils viennent habiter dans la villa de la marraine, après quelques rénovations. En 1982, ils l’agrandiront du côté est.



 
Edith, Marlyse, Didier au jardin d'en bas
 
Quelques notices étymologiques, qui concernent de près ou de loin notre famille

Un rocher qui attirait l’attention ou un pierrier près de la maison suscitait en pays germanophone les noms Steiner, Zumstein, Amstein ou Steinmann, équivalents de nos Delapierre et Deppierraz. Le vrai nom du pierrier était Gand, d’où les Gander, Gantner et Indergand. En Suisse romande, les voisins d’un gros rocher s’appellaient soit Dussex, soit Rochat ou Rochaix. Quant aux Duperrex, Perrey, Perriraz et Perroset, ils côtoyaient un pierrier ou un sol où la roche affleure.

En règle générale, la terminaison –acum (iacum après un nom en –ius) est devenue –ay /-y en France du Nord en Suisse romande, et -ac dans le Midi. Le pendant alémanique est –ach. Mais en Rhénanie, -iacum s’est mué en –ich.


 
Hartmann
Hartmann est un ancien nom de personne germanique particulièrement machiste. Comme tous ses semblables il se compose de deux éléments. Le premier, hart, exprimait la force (et non pas la dureté comme en allemand moderne). Le second, mann, est l’homme, au sens de personne mâle. Ce nom est également à l’origine du prénom Armand, qui est la variante méridionale d’un Harmand qui servait de nom de baptême en France du Nord.

Hartmann s’est parfois confondu avec un nom semblable, Hermann. Celui-ci associe le terme homme avec le mot hari ou heri, qui désigne l’armée (Heer en allemand moderne). C’est de ce dernier que dérive le prénom italien Ermanno. Tant Hartmann que Hermann sont des patronymes fréquents dans le monde allemand.



Pache, Pasche, Pa(s)choud
Le patronyme Pache ou Pasche renvoie à la variante médiévale d’un mot latin qui survit dans les néologismes français pacte et pactiser. Les anciens Romains possédaient un verbe signifiant «se mettre d’accord» qui a donné d’une part le mot paix (pax) et de l’autre le substantif pactum qui désignait un accord ou une convention. Le pluriel de pactum, pacta, a été interprété plus tard comme un singulier féminin en -a. En ancien provençal la pacha désignait le fait d’avoir quelqu’un pour compagnon, puis a assumé les sens d’accord ou de convention. 

Dans les patois romands le mot se prononçait la patse, transcrit la pache. Ce mot a pris le sens d’accord verbal. A Blonay, le verbe patseyî signifiait faire un accord et le sceller par une poignée de mains. Ailleurs la pache désignait l’engagement d’un domestique ou même les fiançailles. Un dicton courant sur les marchés disait «la pache fait l’attache» - on est lié par l’accord oral.

 Si ce terme est devenu un patronyme au moyen âge, c’est sans doute que l’usage commercial du terme s’est doublé d’une notion de droit foncier. La terre appartenait au seigneur. Il pouvait la faire exploiter par ses propres fermiers, mais aussi par des tenanciers selon des modalités diverses (redevances fixes ou proportionnelles aux récoltes, etc.). La pache a dû désigner une de ces formes de contrat, puis le terrain en question et finalement son exploitant. 

Les patronymes Pachoud et Paschoud ont la même signification que Pasche. On leur a simplement ajouté – comme à d’autres noms - une terminaison empruntée aux noms d’origine germanique qui finissaient en –oud / -oux comme Badoux, Genoud, Giroud, etc.

 
Brélaz
Dans les patois romands bréla désigne la chaise à traire qui n’a qu’un seul pied (chez nous, on disait: “botte-cul”). Ce mot semble être emprunté au terme d’allemand médiéval bretel (diminutif de Brett) qui désignait une planchette - et un escabeau dans le nord de la France. Le mot bréla partageait peut-être aussi le sens de planchette. Il existe un lieu-dit La Brélaz en-dessus de Lutry. On peut se demander s’il correspond aux nombreux toponymes nommés Les Planches ou Les Planchettes, qui décrivent une parcelle de bonne terre plus longue que large, en général située près de la maison.

 
Corbaz, Corboz, Corbat
Les patronymes Corboz et Corbaz ont la même origine, mais pas exactement le même sens. Tous deux dérivent de l’adjectif latin curvus, qui signifiait «courbe». Corboz, qui est un masculin, peut désigner un homme voûté, difforme voire bossu. En France du Nord son pendant est Lecourbe. Mais on ne connaît pas de matronyme Lacourbe…

Les Corbaz – un nom féminin en patois – doivent plutôt se référer à un toponyme. Le substantif abstrait «la courbe» n’existait pas au moyen âge. Mais on pouvait dire d’un pré, d’un champ, d’un sentier ou d’un chemin qu’il était courbe. Les deux premiers sont masculins, mais la sinda (sentier) et la vy (chemin) étaient des féminins et pouvaient être à l’origine d’un lieu-dit Corbaz, devenu à son tour le nom d’une famille habitant à proximité.

Le nom du peintre français Gustave Courbet est un diminutif: un petit homme courbé. En Franche-Comté le diminutif –et se prononce et s’écrit –at. Cela explique les Corbat jurassiens et romands en général. Outre-Jura on trouve aussi des Courbin, Courbey, Courbot, etc, ainsi que des Courbu.

Par ailleurs on ne peut pas exclure qu’un certain nombre de Corboz, Corbaz, Corbat etc. aient une origine bien différente et dérivent du latin corvus, le corbeau (comme le village fribourgeois de Corbières). Car les patois romands ne font pas la distinction entre le O de corbeau et le OU de courbe.

 
Chardon
Chardon et sa variante Cardon (Midi et Nord-Ouest de la France) sont des patronymes ambigus qu’on peut interpréter de différentes façons. Et, bien entendu, il est impossible de savoir laquelle correspond dans notre cas. La première hypothèse est celle d’un sobriquet. Le chardon est une plante qui pique dans tous les sens. Donc on aurait pu surnommer ainsi un individu au caractère agressif, piquant ou médisant. Mais le nom pouvait aussi se référer à une personne habitant dans un endroit infesté de ces plantes. 

Il est aussi probable que Chardon ait été un surnom de métier. Au moyen âge le chardon était une plante utile qu’on laissait pousser même dans les villes. On l’utilisait pour peigner et démêler la laine. C’est pourquoi on appelle cette opération «carder la laine». Au moyen âge, on appelait chardonnier ceux qui recueillaient les chardons et les vendaient aux fileuses. Il est imaginable qu’on ait aussi surnommé ces travailleurs du nom de la plante. 

Enfin, le patronyme Chardon peut aussi n’avoir aucun lien avec la plante, mais être une forme à la fois diminutive et tronquée d’un nom de baptême médiéval se terminant en –chard. Par exemple de Richardon, Bouchardon ou Guichardon. Le même phénomème peut expliquer des Chardin, Chardet, Chardeau, etc. et les Cardin du Midi.

Parmi les variantes du nom Chardon on recense des Chardonnet, Chardonneau, etc., et des Cardenet dans le Midi. On trouve des Cardoni en Italie, des Cardoso en Espagne et au Portugal, des Carding en Angleterre et des Distler en Allemagne. Les Disteli suisses, eux, semblent plutôt dériver d’un Jean Baptiste tronqué.


Arnold, Arnaud, Arnoux, Erni, Arndt, Nolde
Arnold est un ancien nom de personne vieux-germain. Comme tous les autres, il se compose de deux éléments. En l’occcurence il associe l’aigle (arin, arn-) avec la notion de pouvoir (wald, voir le verbe moderne walten, régner). Arnwald s’est simplifié en Arnold en allemand et en Arnaud en français. 

De prénom, il est aussi devenu patronyme lors de l’apparition des noms de famille. On trouve des variantes telles que Arnault, Arnaudy et Arnoty, mais également des Arnou ou Arnoux qui peuvent aussi dériver d’un Arnwulf germanique (aigle et loup). Il existe par ailleurs en France des formes tronquées Naud ou Naudin qui se confondent avec des variantes de Renaud.

Arnaud a donné des Arnal ou Arnau dans le Midi et en Catalogne, des Arnáldez en Espagne, des Arnaldi et Arnoldi au sud des Alpes et des Arnold ou Hornett en Grande Bretagne. 

Chez les Alémaniques on trouve des Arnold, mais aussi des formes plus familières telles qu’Aerni et Erni. Outre-Rhin le compactage a donné des nom tels qu’Arendt, Arndt, Arendtsen voire Arns. Inversément le maintien de la seule terminaison a produit des Nolde et Nölte. La combinaison d’Arn avec l’adjectif bald (hardi) ne survit qu’en italien dans le patronyme Arnaboldi.


Blanc, Blanchard, Canut, Bianchi, Wyss, White
Quand au moyen-âge le simple nom de personne (devenu l’actuel prénom) n’a plus suffi pour désigner des individus devenus plus nombreux, on leur a ajouté un surnom. Et un des critères les plus simples pour les distinguer était de mentionner la couleur de leur chevelure. C’est pourquoi on trouve une foison de patronymes qui dérivent des adjectifs noir, blanc, gris, roux, brun, rouge, blond, jaune, fauve… Sans parler des chauves, bien entendu. Tous ces termes pouvaient se combiner avec diverses terminaisons - diminutives ou autres - ce qui a créé une foule de noms supplémentaires.

Un jeune homme qui avait les cheveux blancs – et encore plus un albinos – devait frapper tout particulièrement les esprits. On trouve donc de nombreuses personnes dont le nom de famille est Blanc ou Leblanc, et plus rarement un dérivé tel que Blanchet, Blanchot, Blanchon ou Blanquin. Sans parler des Blanjean, Blanpied et Blandamour… Blanchard peut être une forme plus ou moins péjorative de Blanc, mais aussi un prénom germanique alliant la brillance et la force.

Un autre adjectif - d’origine latine - s’appliquait aussi aux cheveux blancs: chenu. Il explique les patronymes Chenu, Chenuz et Chenudeau, et dans le Midi et au Nord les Canu, Canut, Lecanu et Lecanuet. Canut était aussi le surnom des ouvriers de la soie à Lyon, mais l’essor de cette industrie est postérieur à la formation des patronymes.

L’Italie fourmille de Bianchi, Bianchini, Bianchetti, etc., l’Espagne de Blanco et le Portugal de Branco. Dans le domaine allemand on trouve des Weiss, Wyss, Weissmann ou Weisshaupt (tête blanche), des Witt(e) dans le Nord et des De Witt chez les Néerlandais. Quant au monde anglo-saxon, il a ses White, Whitman et les Finn de l’Irlande gaélique.

Blanc a la particularité de pouvoir se référer soit à la couleur des cheveux, soit à celle d’une peau exceptionnellement pâle. Ce patronyme trouve encore ses pendants dans le polonais Bialy.


Conne, Kuhn, Cuénod
Les noms Cone, Conne, Conus dérivent tous d’un ancien nom de personne médiéval français qui se prononçait Cone ou Conon, selon qu’il était sujet ou non de la phrase. Conon de Béthune était un trouvère célèbre. Le nom est d’origine germanique et se rattache à la racine kuon, qui signifiait audace ou hardiesse (kühn en allemand moderne).

Ce terme entre dans le composé allemand Konrad qui associe la hardiesse et le bon conseil et était très populaire au moyen âge. Ce nom est à l’origine de nombreux nom alémaniques raccourcis tels que Kuhn, Kühn, Kunz, Künzli, Kuoni, Cueni ou Kurt. Les Haut-Valais a ses Kuonen. Le nom entier survit dans les noms Konrad et Kundert. Konrad est devenu Corrado en italien et est arrivé jusqu’en Russie sous la forme Kondratiev.

Il existe enFrance des diminutifs de Cone tels que Connet, Connez, Connot ou Connesson. En Suisse romande dominent les formes qui ont conservé le U tels que Cuénod, Cuénoud, Cuennet ou Cuénin.


Creux, Crot, Croset, Crausaz
Tous ces patronymes sont des noms d’habitat. Les ancêtres de ceux qui les portent devaient habiter dans une maison à proximité d’un creux. D'origine celtique ou encore plus ancien, le mot creux se dit crâo en patois. C’est de lui que dérivent les patronymes Creux, Crot, Cropt, ainsi que le diminutif Croset et les formes féminines Crausaz, Decrausaz, De Crausaz et Decreuse. Les Crottaz, et Crottier en revanche, se réfèrent à une grotte (un mot tiré du latin crypta, la crypte, le G actuel étant un emprunt à l’italien).

Dans le midi de la France on trouve des Cros, Crozet, Ducros et Delcros. Les pendants alémaniques sont variés. Selon la taille et la forme du creux, on a des Locher, Wanner, Gruber, Hohler, Furrer ou Inderkummen. 

En pays romand, les habitants de fermes isolées se mettaient volontiers à l’abri du vent. A voir la rareté des patronymes qui évoquent une colline (notre dernier billet), ils étaient bien moins nombreux que les Alémaniques à s’installer sur des hauteurs. Ils devaient préférer les creux, comme en témoignent les nombreux patronymes tels que Creux, Cros, Cropt, Croset et, au féminin, Crausaz, Decrouzat, De Crousaz, Decreuze.  Les Crottier et Crottaz, eux, avoisinaient une grotte ou une caverne, tout comme les Tannaz, Barmaz et Balmat. Et les Dupertuis vivaient près d’un trou..


Ceux qui partaient libérer Jérusalem étaient appelés Croisés. Il existe des familles Croisé dans l’ouest de la France, et des Crouzat dans le Midi. D’autres patronymes restent ambigus. Les premiers Croisier, Crosier, Crozier etc. étaient-ils des pèlerins, des vendeurs de crucifix ou des porte-croix lors des processions? Ou habitaient-ils simplement près d’une croix, d’une croisée de chemins, voire d’un creux? De même le nom ibérique Cruzado pouvait se référer à une petite monnaie homonyme. Idem avec le Kreuzer dans les pays germaniques, où toutefois le terme Kreuziger semble avoir été réservé aux vrais Croisés.


Cordier
Cordey est un nom de métier – en l’occurrence une profession disparue, celle du cordier qui fabriquait des cordes. Cordey est le pendant de Cordier dans les régions orientales du domaine français. Il transcrit le cordâi du patois. Ailleurs, on trouve aussi des Cordié, Cordet, Cordeix, etc. (mais Corday est un nom de localité). 

Les pendants italiens sont Cordari et Funari. Mais en espagnol, où cordero désigne l’agneau, l’artisan était surnommé Cuerda (corde). Les correspondants anglo-saxons sont Roper et Rooper. En allemand la corde se dit Seil ou Strick, ce qui explique les Seiler et les Stricker, ce dernier pouvant aussi descendre d’un homme qui posait des pièges à lacet.


Bolomey
Un de nos lointains ancêtres du moyen-âge a dû être surnommé Bolomey en raison d’un défaut physique. En patois, boloma désigne une grosseur, une tumeur ou l’excroissance d’un arbre. Bola signifie la boule et la terminaison –oma a été ajoutée par analogie à d’autres mots de sens semblable qui se terminent en –ma, comme droûma (gonflement, tumeur ou chancre du sapin). Bolomâi était donc l’homme affecté d’une tumeur voyante.

Bolomey - Du latin bulla, boule, patois boloma, excroissance, occitan bouloum, tas, monceau. Variantes: Bolomay, Bolomet, Bolomier, Boulmier. Les patronymes Boulade et Bouladier sont aussi issus de boule, dans le sens de porteur de massue ou de canne à noeud pour se battre (vieux français boulade ). Boulanger, Boulangey et Boulenger viennent du vieux français boulenc, fabricant de pain, fournier (du germanique bolla, froment, apparenté au latin pollen, farine).


Matthey et Mathez sont des variantes jurassiennes et franc-comtoises de Mathieu - un nom que devait porter un de vos lointaines ancêtres à l'époque où les gens se contentaient d’un nom unique. Comme Mathieu était un des quatre évangélistes, ce nom était très populaire au moyen-âge, puis délaissé ensuite.

Ailleurs en France on trouve des patronymes Mathé, Mathier, Mathiez, etc. Matisse a la même origine. Outre-Rhin on tombe sur des Mattias, Theis, Thyssen, etc., dans les pays anglo-saxons des Matthews, en Italie des Mattei et Maffei, et en Espagne des Mateos et Macias


Cardinaux
Anciennement Cardinalis, Chardinaul, Cardino. Surnom ironique, issu du latin cardinalis, vieux français chardenal, patois cardenau, cardinal. Un chapeau de cardinal dans certaines armoiries familiales. Cardenaux est une variante du patronyme originaire de Bussigny-sur-Oron et Blonay (VD).
Cardinet est un diminutif du prénom Richard, du germanique Rickhard, "fort et puissant", vieux français Ricardin


Chavonin
Du patois tsavonna, extrêmité de terrain (d’où le lieu-dit Chavonnes), latin caput, tête, patois tsavon, bout. Le patronyme Chavan vient du patois tsavouan, chat-huant, hibou (celtique cavannu).


Chessex, Chesaux
Anciennement Chosel, Chessel, Chessey. Du village vaudois de Chessel, nom issu du latin casa, maison, casale, maisonnée. Le dérivé patois tsèsau, vieux français chésal, a laissé les patronymes Chesaux, Cheseaux et Chezeaux (anciennement Casali, Chesal, Chesaul, Chesaulz), avec en Haut-Valais une germanisation Hofstetter (= établissement agricole). Nombreux lieux-dits romands Cheseaux, Chesalles, Chéserex, Chesières, Chézard.


Curchod
Anciennement Curchodi dans les Vallées vaudoises du Piémont. Est-ce un dérivé du patois et vieux français culchaud, cuchaud, curchaud, sensuel? Ou un diminutif de cruche (vieil allemand kruka, vase à anse), qui a donné aussi Cruchaud, Cruchet et Cruchon (une cruche dans les armoiries)?


Jean-Jacques Corbaz, 2007 puis complété en 2012, 2017, 2019, 2020...