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dimanche 23 décembre 2018

(Pr) "Dans la peau d’un handicapé"

Prédication du 23 décembre ‘18


Lectures: Luc 1, v. 5-25+57-79; Esaïe 12, v.1-3; Romains 8, v.28+31-39 

 


On le dit volontiers: “On est bien peu de chose”. Dans la Bible,  le prophète Esaïe l’exprime ainsi: “Les humains sont fragiles, comme l’herbe des champs. Vous le savez: l’herbe sèche; la fleur se fane...”

Aujourd’hui, les savants nous apprennent que nous sommes faits surtout de vide (ce qui est effectivement très peu de chose!); et que, si on supprimait tout ce vide en nous, nous ne serions  pas plus gros que le point que je mets à la fin de ma phrase.

C’est vertigineux, oh oui! Aussi vertigineux que d’essayer d’imaginer les distances entre les galaxies avec nos repères humains. Ou de se représenter le temps depuis la naissance du soleil, comparé à la durée de notre vie!

D’y penser nous fait prendre conscience de notre fragilité. Elle nous saute aux yeux. Mêlée de sentiments comme la peur;    la recherche de sécurités; ou la curiosité. Ou parfois quand même l’émerveillement.

Et pour nous, croyants, ces considérations nous conduisent encore à vouloir approfondir notre relation avec Dieu. Notre petitesse, nous sommes heureux de la remettre entre les mains de Celui qui dépasse toute chose et qui nous regarde avec une infinie tendresse.

C’est aussi ce qu’a vécu Zacharie, dont nous parle l’évangile de ce matin. Après avoir longtemps tâtonné, il a pu ouvrir une porte qui veut nous permettre, à nous également, d’avancer avec nos questions et nos frissons face aux mystères de l’infini.

Zacharie, pendant ces 9 mois où il ne pouvait plus parler, a découvert la vie autrement. Il a changé de point-de-vue. Lui qui était prêtre, bon juif, respectueux fidèle de la loi de Moïse, il a dû se mettre dans la peau d’un handicapé.


Il a dû subir les maladresses, les moqueries, sans doute; les barrières, sûrement; les visages trop curieux, ou au contraire fermés. Il a été marginalisé, parfois; mis de côté, souvent. On a dit:  “Dieu le punit. Qu’est-ce qu’il a fait au Ciel pour mériter ça?”
  
Il a changé de vie pendant 9 mois, un peu comme ces journalistes qui se déguisent pour découvrir comment vivent les autres. Seulement lui, ce changement, il ne l’avait pas choisi. D’avoir dû se mettre dans la peau d’un handicapé lui a ouvert les yeux. Et lui a même ouvert la bouche, pour finir!

Non, Zacharie n’était pas puni par Dieu. Il a passé par la porte étroite, celle qui nous fait quitter nos habitudes, nos sécurités, nos priorités humaines, pour rejoindre la vraie vie. La vie éternelle, dit l’évangile. Celle qui se donne.

Et Zacharie, effectivement, donne la vie à Jean, celui que nous appelons le Baptiste, le “père spirituel” de Jésus. Zacharie devient ainsi un maillon de la chaîne qui nous relie au salut; ou un étage de la fusée qui nous entraîne vers le Ciel!
 


“Loué soit le Seigneur, le Dieu du peuple d’Israël, dit Zacharie, parce qu’il a porté son attention sur son peuple, et l’a délivré. Il a fait apparaître un puissant Sauveur, pour nous”. (vv. 68-69a)

Notre peur latente, devant l’inconnu de l’histoire ou de la mort, notre fragilité, Dieu vient l’habiter, en Jésus!

Il vient, dans nos questionnements et nos inquiétudes, nous visiter pour nous libérer. Pour nous rendre forts et libres. C’est le centre de tout l’évangile, le plus important, le “sommet” de tout le message de Dieu pour nous.

En effet, le verset 69, qu’on traduit en général par “Il a fait apparaître un puissant Sauveur, pour nous” peut tout aussi bien vouloir dire: “Il a manifesté pour nous le sommet du salut”. Le mot grec utilisé par Luc signifie, exactement, la corne. Et il peut faire penser soit à la puissance de la corne du taureau; soit au sommet d’une montagne, souvent appelé aussi “corne” (en français, on dira plutôt “pic” ou “pointe”).
 


“Car Dieu avait fait serment à Abraham, notre ancêtre, de nous libérer du pouvoir de nos ennemis et de nous permettre de le servir sans peur”. (vv. 73-74)

Sachons bien, dit Zacharie, que les caves de notre enfance sont habitées! Ce qui est sombre et nous fait peur est habité, rempli de sa présence par quelqu’un qui nous dit: “Ne craignez pas”! Comme aux bergers de Noël. “N’ayez pas peur”. Dieu vient nous visiter pour nous délivrer de notre vulnérabilité; de nos superstitions; de nos culpabilités - parmi lesquelles aussi notre crainte de mal faire!
 


“Et toi, mon enfant, tu seras appelé prophète du Dieu très haut, car tu marcheras devant le Seigneur pour préparer son chemin, et pour faire savoir à son peuple qu’il le sauvera en pardonnant ses péchés.   Car notre Dieu est plein de tendresse et de bonté: il fera briller sur nous une lumière d’en haut, semblable à celle du soleil levant, pour éclairer ceux qui se trouvent dans la nuit et dans l’ombre de la mort, pour diriger nos pas sur le chemin de la paix”. (vv. 76-79)

Peut-être sommes-nous tellement habitués à ce passage que nous ne réalisons plus bien une rupture de sens qui voulait faire dresser l’oreille des premiers auditeurs. Quel rapport en effet entre la présence lumineuse de Dieu en Christ et l’invitation qu’il nous adresse à marcher sur les chemins de la paix?

En y méditant, je crois que ces derniers versets nous suggèrent qu’on ne peut pas créer la paix véritable, on ne peut pas l’obtenir sans être soi-même en paix. Impossible de la conquérir par la violence ou la contrainte, encore moins par la peur: la crainte, la force, à long terme, ne peuvent engendrer que la violence. La paix véritable, on ne peut pas l’obtenir sans être soi-même, profondément, en paix.
 

En paix avec ses proches, en paix avec soi.-même, en paix avec son Dieu - quel que soit ce dieu, d’ailleurs! Impossible d’avancer sur le chemin de la paix sans se savoir sincèrement pardonné, véritablement aimé de toute la tendresse du monde, libéré, gracié; comme le condamné dont on supprime le châtiment. Et là, vous voyez pourquoi la paix que Dieu nous donne n’est pas encore réalisée, concrètement, sur notre terre. Elle dépend de nous!

La paix authentique, on ne peut que la recevoir, et la laisser nous transformer! C’est cela, Noël: l’annonce de la présence de Dieu plantée au coeur du monde, et au coeur de l’humanité qui souffre, qui cherche, qui désespère ou qui se perd. L’annonce qui dit, malgré toutes les trahisons des hommes, qui dit la fidélité absolue de Dieu à son projet de salut; sa ferme détermination à nous conduire sur des chemins de liberté et de paix. Et ses appels obstinés à notre adresse, appels à faire preuve d’assez de souplesse pour nous y laisser entraîner!

 

Un dernier mot sur le fait que Zacharie était devenu muet. En vivant cela, il a découvert soudain un Dieu autre, tout autre, un Dieu de l’impossible et de l’inespéré - puisqu’il peut devenir père, enfin!

Le fait qu’il ressorte muet de sa rencontre divine ne voudrait-il pas nous suggérer que l’Evangile, la Bonne Nouvelle de Dieu, est indicible? Impossible à exprimer avec nos mots humains? Voire incroyable?

Par son mutisme, Zacharie nous dit (si j’ose dire!!) que Dieu dépassera toujours toutes nos images sur lui. Toutes nos paroles! Nos croyances et nos théologies!

Mais dites: et s’il nous arrivait un jour la même chose?

En tout cas, faites bien attention, quand vous entrez dans un lieu de culte (y compris dans cette église de Correvon)! Faites bien attention, car vous ne savez jamais comment vous allez en ressortir! C’est dangereux (dangereux pour la routine, en tout cas) ...lorsque nous laissons Dieu nous parler!
 
“On est bien peu de chose”, c’est vrai. Mais pour Dieu, et avec lui, nous pouvons devenir des manifestations de la puissance d’En Haut. Pareils à Zacharie, nous pouvons nous laisser entraîner  sur des chemins qui donnent un tout autre goût à la vie. À la nôtre et à celle des autres, et peut-être même à celle de nos descendants, dans 2000 ans!?!
Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 







----> Vous pouvez lire le texte poétique d'introduction ("C'est si petit") à l'url <https://textesdejjcorbaz.blogspot.com/search?q=c%27est+si+petit>

mercredi 19 décembre 2018

(Ci, Hu) Intellectuel?


Non: Dieu est manuel (ce qui signifie Dieu avec nous). 
Il travaille dans la construction comme charpentier, et il restaure l’homme intérieur.
Le chantier n’est pas terminé et il embauche.


Jean-François Ramelet


lundi 10 décembre 2018

(Bi, Co, Hu) La fable des ânes…






Ânerie







Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village. Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien un peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie. Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait en acheter dans huit jours et qu'il les paierait 500 €. Puis il quitta le village.

Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent.
 

Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances  dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés. Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.
  


Pour éviter ce désastre, le maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.
 

Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.
 

Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale… On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont frères et vivent ensemble sur une île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front. On les appelle les frères Marchés. Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne électorale des maires sortants.
 


Cette histoire n’est toutefois pas finie, car on ignore ce que firent les villageois. Et vous, qu’auriez-vous fait à leur place ? Que ferez-vous?


(auteur âne Onyme!)




samedi 8 décembre 2018

(Ré, Bi) Bon pied? Mon œil!


La communauté chrétienne est comme un corps. C’est l’apôtre Paul qui développe cette image (1 Cor. 12). Chaque partie a besoin des autres, on le sait.

Aujourd’hui encore, plus que jamais, dans ce temps où le repli a le vent en poupe. La peau, blessée, a besoin du tube digestif pour se réparer. L’os cassé dépend du sang pour se régénérer. Le corps veut se renouveler sans cesse pour porter plus loin ce trésor de la Vie.

De même, la communauté chrétienne est appelée à se renouveler continuellement pour transmettre plus loin ce trésor de l’Evangile et de l’amour passionné de Dieu pour nous. Pour chacune.

Respect. Tendresse. Pardon. Tout cela nous est donné. Saurons-nous en rayonner?


Jean-Jacques Corbaz

 

dimanche 2 décembre 2018

(Pr) Saint Nicolas, et si c’était toi?

Prédication du 2 décembre 2018

Lectures: Matthieu 25, 31-40; 1 Jean 4, 7-12; 1 Jean 3, 18

  

Nicolas rime avec chocolat. Et ça tombe bien, en ce dimanche où le CSP nous propose ses plaques de choc’ traditionnelles! Mais c’est aussi un des saints les plus populaires au monde. Même chez les protestants! Il est vénéré un peu partout, depuis l'Orient jusqu'aux Etats-Unis; de l'Italie aux pays scandinaves. Il est le patron de la Russie, de Fribourg et de la Lorraine; protecteur des enfants; des marins; et des jeunes filles à marier!

En fait, on ne sait quasi rien de lui, historiquement. On sait juste que Nicolas a été évêque de Myra (en Turquie actuelle), au 4è siècle après JC. Son culte s'est développé très tôt autour de quelques récits légendaires. Par exemple celui-ci:

Trois enfants, surpris par la nuit, demandent l'hospitalité dans une maison isolée. Or il y a, dans cette maison, un méchant boucher, qui les tue, les découpe en morceaux et les dépose dans un saloir à viande.  Sept ans plus tard, Nicolas passe par là. Il a faim, et demande à son hôte: "N'auriez-vous pas une viande qui attend au saloir depuis sept ans?" Effrayé, le boucher veut s'enfuir. Mais le saint le retient. Il lui promet le pardon de Dieu. Puis il ramène à la vie les trois enfants, qui se réveillent en disant qu'ils ont bien dormi!!
 


Voilà pourquoi, bien sûr, Nicolas est l'ami des enfants. Mais savez-vous comment s'est construite la légende? Au temps de l'empereur Constantin, trois généraux avaient été condamnés à mort, et enfermés pour être exécutés. Cela alors qu'ils étaient innocents. On dit que, pendant la nuit, le saint serait apparu à l'empereur, en rêve, pour lui annoncer qu'il avait commis une erreur judiciaire. Du coup, Constantin aurait fait libérer les prisonniers.

Or, on avait l'habitude, sur les icônes orientales, de représenter les saints beaucoup plus grands que les autres personnes. Alors, les images de cette histoire ont montré un Nicolas à côté duquel les généraux sauvés de la mort avaient l'air tout petits. Quand ces icônes sont arrivées en Occident, où l’on ne connaissait pas les symboles des icônes, on a cru qu'elles représentaient trois enfants; et la tour de la prison où ils étaient a été prise pour un tonneau de boucher. Vous voyez comment se forgent les légendes!
  


Dans un autre domaine, Nicolas est dit aussi protecteur des marins; et on raconte d'innombrables histoires de tempêtes qu'il aurait calmées, et de bateaux sauvés du naufrage.

Quant aux filles à marier, vous connaissez aussi la légende: Nicolas a hérité d'une importante fortune; son voisin, au contraire, est si pauvre que ses trois filles doivent se prostituer. Le saint l'apprend, alors il met des pièces d'or dans un sac, et il les jette pendant la nuit dans la maison de cette famille (certains disent même: par la cheminée - voyez comment cette histoire a engendré celle du Père Noël!). Le matin, le voisin trouve l'or. Tout heureux, il remercie Dieu; et grâce à cette somme, il peut marier sa fille aînée.

Par la suite, Nicolas va renouveler ses cadeaux pour les deux cadettes, qui trouveront elles aussi un époux!

C'est ainsi que le saint est devenu célèbre comme bienfaiteur des pauvres et des enfants. Et c'est à partir de son personnage que sont apparus les autres porteurs de cadeaux de fin d'année: le Père Janvier; Chalande; le Bon Enfant; et bien sûr le Père Noël. Aux Etats-Unis, ce dernier s'appelle Santa Claus, qui veut dire dans les langues germaniques Saint Nicolas.

Notre grand homme est donc un magnifique exemple de générosité. Pas seulement en argent (ou en or!); mais également en temps; en attention pour les autres; en bienveillance.

Puisse-t-il, en ces temps peu folichons, stimuler les nôtres, de générosités! À l'égard d'autrui, ou en faveur des institutions qui aujourd'hui prennent le relais de la solidarité individuelle, pour venir en aide de notre part aux plus pauvres. Et là, vous connaissez la litanie: Centre Social protestant, Pain pour le Prochain, Caritas, Terre Nouvelle, et tant d'autres...
  
Mais attention: on a trop prêché, dans nos églises, une générosité un peu
naïve, bébête... j'ai presque envie de dire: faible! Il ne s'agit pas de donner au premier arnaqueur venu! St Nicolas nous montre une tout autre manière d'être généreux: avec discernement! Avec courage! Sans conditions, sans chantage, sans morale! Une générosité solidaire et solide, qui ne calcule pas ce qu'elle donne, mais qui réfléchit bien où elle donne!

Une générosité, en somme, qui s'inspire de celle, énorme (oui: hors des normes!) de Dieu, au matin de Pâques!

Trop souvent, vous savez, nous fonctionnons sur le mode du “donnant-donnant”. Un mode humain, presque naturel: tu me salues, je te salue; tu es sympa avec moi, je le suis sympa avec toi; tu m’invites, je t’invite; tu baisses mes impôts, je te paie un voyage...
  

Or l’évangile, notamment cette belle description imagée de Matthieu 25, nous invite à tout autre chose. Comme Nicolas l’a vécu de manière exemplaire, la foi au Christ nous appelle à dépasser le système du “donnant-donnant” pour inaugurer les relations nouvelles du Royaume, celles du “donnant-tout-court”!

D’ailleurs, mes amis, vous le sentez bien: si Dieu s’était cantonné à la réciprocité toute crue, eh bien, nous serions morts! En Christ, que nous allons fêter dans 23 jours, lui, il nous donne tout, gratuitement. Son amour, son pardon, sa passion pour nous, sans condition! Mieux encore, il se donne entièrement, pour nous relever à une vie pleine et belle!

Chers amis, alors que tout, dans notre temps, invite au repli (sur soi ou sur ses traditions...); alors que la mondialisation crée en nous des sentiments de fragilité... de peur... de méfiance ou de colère; alors que nous manquons cruellement de repères... de points d'ancrage solides, auxquels s'accrocher lors des tempêtes de la vie; oui, dans notre hiver, il fait bon croiser la générosité bienveillante de Saint Nicolas, et de toutes les figures qu'il prend parmi nous depuis bientôt 1700 ans!
 

Il fait bon la croiser, et vous pensez bien qu'il fait bon la vivre, aussi! La réaliser, concrètement, ici tout près, ou bien au loin. L’attitude de Saint Nicolas, si généreux dans sa bonté, n’est bien sûr pas forcément à notre portée. Mais nous pouvons tous nous en rapprocher un peu, ce qui nous fera du bien à nous-même, d’abord.

En effet, j’en suis sûr, cette “St-Nicolattitude” est le meilleur antidote aux maux de notre époque: je pense à la course à la performance qui nous laisse tous démoralisés et épuisés. Je pense au matérialisme, au culte du rendement maximum, qui tuent en nous les valeurs humaines. Je pense... mais vous pensez, vous aussi; et vous n'avez pas besoin de moi pour dresser ce triste constat!

Le contrepoison à ces maux, je crois fermement que vous allez, que nous allons le trouver dans l'exemple de Saint Nicolas.   Comme une liberté, nouvelle. Comme un allègement. Dans une générosité reçue et donnée, exercée avec discernement et courage. Sans conditions, sans morale, sans chantage! Dans une générosité solidaire et solide, qui ne calcule pas ce qu'elle donne, mais qui réfléchit bien où elle donne! Dans une générosité qui s'inspire de celle de Dieu, pour nous. Amen

Jean-Jacques Corbaz