Pour vous y retrouver

Bonjour! Bienvenue sur ces pages, que j'ai plaisir à ouvrir pour vous!
Vous trouverez sur ce blog différentes sortes de contributions:
- annonce (An),
- billet (Bi),
- citation (Ci),
- confession de foi (CF),
- conte (Co),
- formation d'adultes (FA),
- humour (Hu),
- image (Im),
- liturgie (Li),
- poésie (Po),
- prédication (Pr),
- réflexion (Ré),
- sciences bibliques (SB),
- vulgarisation (Vu).
Bonne balade entre les mots!
Ces œuvres sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé.

dimanche 18 novembre 2018

(Pr) Julien, la poutze et la tendresse

Narration du 18.11.18  «Compter ses jours»

Lectures:  Psaume 90, 1-6 + 12; Matthieu 5, 3-9; Apocalypse 21, 1-4

 

Elle est assise là, sur le banc public; sur la petite place pour les jeux des enfants, au bord de la grande rue du village. Elle est assise, fatiguée de toutes ces années de peine, de toutes ces journées, trop pleines, où il fallait aller, venir, et encore aller, sans trêve, même pas le temps d’un rêve!

Elle est assise, elle essaie de reprendre son souffle; et surtout de reprendre le cours de ces pensées, qu’elle avait toujours dû renvoyer à des jours... euh, meilleurs? Enfin, à plus tard.

Elle est assise, pour passer le temps de ces matins maintenant trop longs; trop vides; sans présence; sans arrivée et sans partance... Huitante-neuf ans, déjà....

Alors, elle regarde les gens; les passants. Les passants du marché; les marchands du passé... très passé, le bon temps! Très.

Elle regarde les gens, et parfois reconnaît un visage. “Bonjour!” -Oh, déjà parti. Elle regarde les gens, et souvent ne reconnaît rien. Les Jean, les Jules, et les Julien, qui sont les vieux de demain. Ça va? Voui, voui, ça va; ça vient.

Julien... c’est qu’il lui manque; terriblement. Julien... Son homme. Son bonhomme, elle disait.

Julien... Quand elle pense à tout ce qu’elle a rouspété après lui, de son vivant; à tout ce qui l’énervait si fort: les essuie-mains, tout salis à peine elle les avait changés; les cheveux dans le lavabo; les verres et les tasses, rangés n’importe comment; les traces de ses souliers, boueux, sur le plancher, qu’il avait (encore!) oublié d’essuyer (...les souliers, pas le plancher!).
 

Julien... Oh, si j’avais su que la vie était si courte, je t’aurais parlé un peu moins de poutze, et un peu plus de... mais je ne sais même pas comment ça s’appelle; je crois que je n’ai pas appris à “ça” nommer. Et toi, encore moins, je sais bien.

Tu te souviens? À notre mariage, le pasteur avait lu ce verset d’un psaume: “Seigneur, enseigne-nous à bien compter nos jours, afin que notre coeur apprenne la sagesse... Fais-nous comprendre que nos jours sont comptés”. Eh bien, je regrette; j’avais écouté; mais pas compris.

Quarante-sept ans ensemble, pourtant, ça nous a paru long, des fois. Sur le moment. Ces mois de chômage, dont on ne voyait pas le bout. Et puis, ces soirs, quand les gamines ne rentraient pas; je m’inquiétais; la pendule ne voulait pas avancer. Quarante-sept ans, tous ces jours étaient comptés.

Et puis, Julien, tu es tombé malade. Cette grosseur, là... Tout s’est accéléré. Hôpital. Convalescence. Espoir! -Et rechute. Re-hôpital; re-convalescence; re-espoir! -Re-rechute, ma foi. Et... le visage fermé du docteur, quand... il est venu... me dire: “Madame Viret, il faudra être courageuse”.

Quarante-sept ans, comptés et... bien comptés.
 

À l’école, c’était tout simple de compter. J’aimais ça! Des pommes + des poires. Des kilos de farine; + des kilos de plumes, et des kilos de plomb...

Mais compter: des jours; des mois; des années. Fois deux. Divisés par nos énervements, nos impatiences. Et moins, surtout, moins tout ce que j’ai oublié. Parce qu’on était trop pressés.

Pressés de faire... quoi, je vous le demande. Pressés vers quoi? Par qui? ... Parti!

Pressés de vivre; pressés de vieillir; et maintenant, déjà, pressés...  de mourir? Mais, mon Dieu, quelle vie!?
  
Est-ce qu’on ne pourrait pas... ralentir? Aller... autrement? Goûter nos journées... S’arrêter devant une rose... La sentir entrer en nous... Se tourner vers le soleil... S’ouvrir à sa chaleur... comme une fleur? Respirer la vie? Prendre le temps d’apprécier celles et ceux qu’on aime. Faire des provisions de tendresse...

Ces passants, pressés: mais qui va le leur dire?

- Ohé! Arrêtez-vous, les jeunes! Prenez le temps de souffler; d’admirer; de rêver. Prenez le temps d’aimer! Dans vingt ans, vous direz: “Ah, si on avait vingt ans de moins!”. Eh bien, aujourd’hui, vous les avez! Alors, profitez!

Moi? Je ne les ai plus; évidemment. Il faut que je rentre à la maison. Je suis fatiguée, mais un peu soulagée aussi. Ça m’a fait du bien de crier.

Tu sais, Julien, je te sens mieux, maintenant. Je vis un peu plus ta présence, en ce soir de tristesse. La vie n’est pas facile. Mais ça m’aide. Tu m’aides.
  

Elle est assise là, sur le banc d’angle, dans sa petite cuisine, trop grande pour elle seule. Son souper terminé, elle prend sa bible; l’ouvre; et y voit un bout de journal qu’elle avait découpé, il y a quelques années. Un bout de journal où est inscrite une phrase du pasteur Zeissig, qu’elle aimait écouter à la radio. Elle relit cette parole, la repasse dans son coeur et médite. Sur ce bout de papier, il est écrit:  “Dieu t’a donné la vie courte; pour que tu n’aies pas le temps    de la faire petite.”

“Dieu t’a donné la vie courte; pour que tu n’aies pas le temps de la faire petite.”

Elle reste longtemps en silence, puis elle se met à prier: “Seigneur, enseigne-moi à mieux compter mes jours!”

Amen

Jean-Jacques Corbaz 








dimanche 11 novembre 2018

(Pr, Hu) De Maxime Gorki à Raymond Devos

Culte du 11 nov. 2018 
«Dieu de grand-père, Dieu de grand-mère» 
- Ouverture des catéchismes
 
Lectures:  Esaïe 65, 1-2; Jean 14, 27; Jean 15, 9+15

 


Monsieur le pasteur est très fier de sa treille, qui donne de magnifiques raisins. Mais, alors qu’il va bientôt pouvoir les cueillir, un matin, il voit qu’on lui en a volé la moitié!  Furieux, il place un gros panneau à côté de sa vigne, où il écrit: “Dieu voit tout”. Mais le lendemain, toutes les grappes restantes ont disparu. Et une main anonyme a ajouté, en-dessous de “Dieu voit tout”: “Mais il ne dénonce pas!” ...

Deux images de Dieu, bien différentes: celui qui épie les fautes; et celui qui passe l’éponge. Lequel est ton Dieu, à toi?

Cette question va nous accompagner ce matin. Mais aussi tout au long de cet hiver de catéchisme. Quel est ton Dieu? Car nous n’allons pas vous imposer notre manière de voir; mais plutôt discuter, et partager nos idées sur Dieu. Comme l’a déjà fait d’ailleurs la Bible, bien avant nous, elle qui est en somme une palette de multiples réponses à cette question!

Il y a 150 ans naissait le célèbre écrivain russe Maxime Gorki, qui a beaucoup médité sur cette question. Dans son livre “Ma vie d’enfant”, il raconte l’histoire de sa relation avec Dieu. Maxime Gorki était un ami de Lénine, mais il est toujours resté adepte d’une foi chrétienne paisible et joyeuse. Ecoutez ce qu’il écrit:

“J’ai compris très vite que le Dieu de grand-papa n’était pas le même que celui de grand-maman. Impossible de s’y tromper, la différence était flagrante.

Le matin, quand grand-maman se réveillait, elle priait sans se préparer spécialement; et presque chaque jour elle trouvait de nouveaux mots pour dire sa louange. Son enthousiasme me donnait envie de l’écouter.

Le Dieu de grand-maman était toute la journée avec elle: même aux animaux, elle parlait de lui. Je sentais que les gens, les chiens, les oiseaux, les abeilles, les plantes, tout obéissait sans effort à ce seigneur qui était bon de la même manière pour chacune de ses créatures.

Grand-papa, lui, m’enseignait que Dieu est un être tout-puissant, partout présent, toujours prêt à venir en aide aux hommes, oui; mais grand-papa ne priait pas comme sa femme.

Le matin, avant de réciter ses oraisons, il se lavait soigneusement; s’habillait comme s’il allait passer un examen; se peignait méticuleusement...

Il priait debout, la tête en arrière, les sourcils dressés, la barbe à l’horizontale. Il récitait ses prières comme s’il répondait à un professeur. Par coeur. Sa voix était nette et impérieuse.

Un jour, grand-maman, en plaisantant, lui dit:

- Ta prière doit ennuyer Dieu, tu lui répètes toujours la même chose...

Le visage de grand-papa est devenu rouge de colère. Il s’est mis à trembler, puis il a lancé une assiette à la tête de sa femme:

- Va-t’en, vieille sorcière!

Quand il me parlait de la force invincible de Dieu, il en soulignait la cruauté avant toute autre chose. J’avais de la peine à croire que Dieu soit cruel...
 


À l’église, je pouvais distinguer à quel Dieu j’avais affaire: tout ce que le prêtre et le diacre récitaient s’adressait au Dieu de grand-papa, tandis que la musique et les chants célébraient celui de grand-maman.

Le seigneur de grand-papa m’inspirait de la peur et même de la haine. Il n’aimait personne. J’avais le sentiment très net qu’il ne croyait pas en l’homme.

À cette époque, la pensée de Dieu composait la principale nourriture de mon âme. C’était ce que j’avais de plus beau dans ma vie. Dieu était ce qu’il y avait de plus lumineux, de meilleur, l’ami de la création.”


Voilà. J’aime bien ces lignes de Maxime Gorki. Et je partage ses sentiments. Beaucoup de mes contemporains imaginent un Dieu qui n’a pas grand-chose de commun avec celui que j’aime, et que j’ai envie de vous faire découvrir, vous catéchumènes de 7 mois à 177 ans!

Un été, pendant mes vacances, je suis entré dans une vieille église. Dehors, grand soleil. Mais à l’intérieur, c’était très sombre. Je distinguais à peine les bancs. Pourtant, peu à peu, mon oeil s’est habitué à l’obscurité. Je distingue de mieux en mieux les formes; les sculptures, les piliers, les voûtes... De très belles choses m’apparaissent, alors que deux minutes avant j’étais incapable de les voir.

Une seule chose pourtant a changé depuis que je suis entré. Et ce n’est pas l’église, c’est seulement mon regard.
  


De même, souvent la vie m’apparaît comme toute sombre et je n’y distingue rien de beau. Et si c’était mon regard qui ne me permet pas de discerner la beauté et le bonheur?

Je me dis parfois que le monde est plein de gens heureux qui ne voient pas qu’ils sont heureux. Or Dieu non plus, nous ne savons pas le voir. Nous pensons que c’est tout noir, là aussi!

La vérité ne crève pas les yeux. C’est plutôt nos yeux qui ont besoin de peu à peu crever les choses qui nous cachent la beauté, et la vérité.

Voilà le catéchisme qu’il nous reste à vivre. Toutes et tous, non? Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz



Après la prédication:
Merci à Maxime Gorki, mais aussi au pasteur Philippe Zeissig, à qui j’ai emprunté des fragments de ma prédication. Et encore, merci à l’immense humoriste Raymond Devos, à qui j’emprunte un sketch que j’aime beaucoup. Je le lui emprunte, mais promis: je le rendrai!


J’ai lu quelque part : « Dieu existe, je l’ai rencontré ! »

Ça alors ! Ça m’étonne !

Que Dieu existe, la question ne se pose pas !

Mais que quelqu’un l’ai rencontré 
avant moi, voilà qui me surprend !

Parce que j’ai eu le privilège
 de rencontrer Dieu juste à un moment
 où je doutais de Lui !
Dans un petit village de Lozère 
abandonné des hommes, il n’y avait plus personne.

En passant devant la vieille église,
 poussé par je ne sais quel instinct, 
je suis entré...
Et là, j’ai été ébloui, par une lumière 
intense... insoutenable !


C’était Dieu... 
Dieu en personne, 
Dieu qui priait !

Je me suis dit : Mais qui prie-t-il ?
 

Il ne se prie pas lui-même ?
 Pas lui ? Pas Dieu !?

Et non ! Il priait l’homme !
Il me priait, moi !

Il doutait de moi

Comme j’avais douté de lui !

Il disait : -O homme !


si tu existes, donne-moi un signe de toi !

J’ai fait : Mon Dieu je suis là !
Il a dit : Oh, miracle !


Une apparition humaine !

Je lui ai dit : Mais, mon Dieu...

Mais comment peux-tu douter 
de l’existence de l’homme,

puisque c’est toi qui l’a créé ?
Il m’a fait : Oui... Mais il y a si longtemps
 que je n’en ai pas vu dans cette église...


je me demandais si ce n’était pas une vue de l’esprit !
Je lui ai dit : Te voilà rassuré, mon Dieu !


Il m’a fait : Oui !

Oui, je vais pouvoir aller leur dire là-haut :

« L’homme existe, je l’ai rencontré ! »

Raymond Devos