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dimanche 22 juillet 2018

Puissance de l'Esprit de Dieu 3° - Renversement de pouvoir à Jérusalem

Narration du 22 juillet 2018 - Ho, Pierre, tu me fais marcher!?!


Lectures:  Jean 16, 12-14; Romains 10, 8-13



L’histoire se déroule à Jérusalem, il y a 1988 ans exactement. Raphaël arrive tout excité, ce jour-là: cheveux décoiffés, essoufflé, on dirait qu’il a inventé le rock-and-roll en mettant les doigts dans une prise électrique! Je ne l’ai jamais vu comme ça.

- Qu’est-ce qui se passe? Disons-nous tous en choeur.

- Faites-moi quelque chose à boire, je vais vous raconter, répond Raphaël. ... Merci. Alors, voilà: ce matin, comme tous les matins, le vieux Galiob a été amené par ses amis à la porte du Temple, pour mendier.

- Galiob? Fait quelqu’un. Le paralysé?
  


- C’est ça. Il n’arrive plus du tout à marcher, il faut le porter pour qu’il puisse quémander quelques sous. Il doit bien vivre, le pauvre. Bon, bref, aujourd’hui c’était encore pire que d’habitude: au milieu de l’après-midi, Galiob n’avait encore rien reçu. Pas une seule petite pièce. Les passants ne manquaient pas, pourtant, et plusieurs avaient largement de quoi; les riches Sadducéens, par exemple. Mais: des clous! Rien. Vous pensez bien que Galiob voyait descendre le soleil avec angoisse: il sentait qu’à ce taux-là, il ne survivrait pas longtemps...

- Et alors? faisons-nous, que s’est-il passé?

- J’y arrive, les gars. Patience! Est-ce que vous connaissez Pierre et Jean, les amis de ce Jésus qui a été crucifié il y a quelques semaines? Eh bien, ils sont venus au Temple, pour la prière. Galiob criait pour demander l’aumône, d’une voix désespérée. Pierre et Jean se sont approchés de lui, l’ont regardé; longtemps; et puis ils ont dit: “Nous n’avons pas d’argent; mais ce que nous avons, on te le donne: au nom de Jésus de Nazareth, lève-toi, et marche!”
  


Moi, j’arrivais 100 mètres derrière eux, continue Raphaël. Je n’ai pas bien vu comment ça s’est passé, au milieu de tout ce monde. Il y a eu des cris de surprise; et j’ai entendu: “IL MARCHE!!”

Je me suis approché, à travers la foule, et j’ai vu: Galiob était debout! Il marchait, à petits pas, d’accord, mais il marchait! Sans sa canne, sans l’aide personne!

- Incroyable, font les amis. Ils ont fait comme Jésus!

- Parfaitement, continue Raphaël. Mais attendez! Ça a fait du raffut, vous imaginez! La foule s’exclamait, des gens péroraient, d’autres disaient que c’était pas possible! Mais Galiob, lui, tout heureux, criait, dansait, chantait: “Gloire à Dieu! Merci, Seigneur!”
  


Alors Pierre a pris la parole. Dans un silence (approximatif!), il a expliqué que, depuis hier, les amis de Jésus ont reçu un... euh,  un souffle, je crois... un esprit qui souffle et qui leur donne le pouvoir de Jésus... Je n’ai pas très bien entendu, il y avait tellement de gens qui posaient des questions, tous à la fois! Je n’ai pas bien compris, un souffle saint, un esprit de Dieu, quelque chose comme ça, qui leur permet de guérir les exclus, comme Jésus. De redonner la liberté. ...

Nous restons tous muets, soufflés par l’inattendu de ce récit.

- Alors, continue Raphaël, alors ils sont arrivés.

- Qui ça, “ils”? demande Esra. Les anges de Dieu?

- Mais non, tomate! Les chefs! Les huiles! Tous les pontes du Sanhédrin, les grands-prêtres, les commandants de la police du Temple, les riches Sadducéens... Le gratin, quoi! Ils avaient été alertés par le bruit (vous savez comme ils ont peur d’un éventuel soulèvement populaire). Et ça n’a pas loupé, ils sont arrivés pile au moment où Pierre disait que Jésus n’était plus mort, qu’il est à nouveau vivant, que son esprit... ou son souffle, c’est Jésus ressuscité, Jésus à l’oeuvre aujourd’hui encore!

- Génial! dit quelqu’un. Les Sadducéens et les grands-prêtres ne croient pas à la résurrection! Ça a dû exploser!

- Exact, fait Raphaël. Ils étaient rouges! verts! Ils suffoquaient.

- Et alors?

- Et alors, ils ont fait embarquer Pierre et Jean! Au clou! Comparution immédiate devant le Sanhédrin, érigé en tribunal.
  

- Eh, comme pour Jésus, se souvient Silas.

- Comme pour Jésus, tu l’as dit. Mais la suite s’est passée différemment. D’abord, Galiob n’a pas voulu les quitter. Depuis qu’il était guéri, impossible de lui faire lâcher les baskets de Pierre. Il est donc entré au tribunal avec les deux prisonniers. Vous imaginez, c’était mieux qu’une pièce à conviction!

- Euh, et toi, Raphaël? je fais. Tu ne les as pas suivis, quand même?

- J’avais peur de me faire coffrer, tu penses. Mais il s’est passé quelque chose que je n’ai pas compris (d’abord). Derrière Pierre et Jean, derrière Galiob, des autres sont entrés au Sanhédrin.   Pas des officiels, donc: des pauvres, des pécheurs, des gens du peuple, comme moi. Sans savoir pourquoi, je suis entré aussi. Comme s’il y avait... une force, un vent qui me poussait.

- Eh, tu nous charries, dit Silas. Toi, le trouillard, tu as osé les suivre? Non, mais raconte ça  à d’autres!

- Vous me croirez, vous me croirez pas, continue Raphaël, mais je vous assure! Même que le Sanhédrin a délibéré longtemps, en posant des questions à Pierre et Jean: “Qui êtes-vous? Qu’avez-vous fait? Au nom de qui avez-vous agi?”. On les sentait embarrassés. Pourtant, c’étaient les grands pontes du Temple et de la Loi, les familles les plus puissantes d’Israël, les élites, quoi! Ceux que nous envions toujours, à cause de leur pouvoir. Eh bien là, ils se regardaient, ils hésitaient... ils compulsaient leurs livres... Comme s’ils avaient peur. J’ai compris qu’ils cherchaient à étouffer l’affaire. Ils se sentaient menacés...
  

Par contre, Pierre, lui, était plein d’assurance. Lui qu’on avait vu il y a quelques jours désespéré par la mort de Jésus, lui qui parlait de se f... à l’eau et qui n’avait plus aucun but, eh bien, il était fort et rayonnant! Il parlait avec sûreté de ce Jésus que Dieu a ressuscité; qui vit toujours aujourd’hui avec eux, ses amis! Qui sauve! Qui guérit! On aurait dit que c’était lui le grand-prêtre, et eux les petits, les perdants. Il a même dit (Pierre, donc), il a même dit une phrase que les prêtres seuls ont le droit de prononcer. C’était: “Il n’y a sous le ciel aucun autre nom par lequel les hommes et les femmes puissent être sauvés!” Comack! “Aucun autre nom que celui de Jésus”!

- De Jésus? Pas de Dieu?

- Comme je l’ai dit! De Jésus! Du coup, les grands-prêtres bégayaient, se consultaient... Ils balançaient entre colère et peur...

- Mais peur? Pourquoi peur, Raphaël? Puisque c’est eux qui ont le pouvoir?

- Justement, j’ai mis du temps à comprendre. D’abord, il y avait Galiob, debout, inexorable. Galiob dont la seule présence était une preuve indubitable.

Et puis, et surtout, il y avait nous! Nous étions plusieurs centaines à être entrés dans le Sanhédrin, et encore quelques milliers dehors. Tout à coup, j’ai compris: les pontes, ils avaient peur de nous!  Ils étaient moins libres que Pierre et Jean, moins libres même que nous, le peuple! C’était comme s’il soufflait un vent qui mettait tout à l’envers!

- Mais comment ça s’est fini, demande Silas?

- Eh bien, fait Raphaël, les grands-prêtres ont dû relâcher Pierre et Jean, qui n’avaient rien fait de mal. Ils ont évidemment essayé de les intimider, de leur interdire d’enseigner le nom de Jésus... Bref, du vent! Autant souffler dans un tambour!
  

Pierre et Jean sont sortis en disant: “Nous avons choisi: nous obéirons à Dieu plutôt qu’aux hommes.” Et ça chantait, et ça dansait, nous étions soulevés par un espoir immense... Nous nous sentions forts comme jamais nous ne l’avions éprouvé. Et moi, Raphaël le traqueux, moi qui n’ai jamais appris à lire ou à parler, je me suis mis à raconter partout cette folle journée... J’ai abordé des inconnus, j’ai embrassé des soldats, j’ai affronté les rires et  les moqueurs pour expliquer ce phénomène. Ce souffle, cet esprit de Dieu, il a complètement changé ma vie. J’aime chanter, j’aime vivre, j’aime les autres disciples de Jésus... Allez, les copains, c’est décidé: j’y retourne. Vous venez avec moi?

Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz   



dimanche 15 juillet 2018

(Pr) Puissance de l'Esprit de Dieu 2° - Y a-t-il une vie après le désespoir?

Prédication du 15 juillet 18  -  "On m'appelle enclume"

Ezéchiel 37, 1-14



Ollon, le 17 juin 2018

Mon cher Patrick,

Depuis quelques années, je te sens fatigué. Un peu usé. Tu t’es énormément battu, au chevet d’un monde égoïste. Au chevet aussi de ton Eglise, de ta paroisse, quelque peu essoufflées.

Et quand je qualifie notre société d’essoufflée, je me rends compte que ça veut dire, presque, “en panne d’esprit”. En panne d’esprit tout court... voire en panne du Saint-Esprit. Lui, il nous vient sans cesse, mais on n’arrive pas toujours à le recevoir.

Alors, quand le deuil t’a frappé, j’ai cherché une parole biblique qui puisse te redonner un souffle d’espoir. Une lueur de sourire. C’est ainsi que je suis tombé sur cette jolie narration de Daniel Roux*, à partir de la vision d’Ezéchiel 37.

Ni toi ni moi n’avons l’étoffe d’un prophète. Alors, je te propose de nous glisser dans la peau (euh... si j’ose dire!!), dans la peau d’un tout petit os, à peine 4 ou 5 millimètres. Un os qui n’a rien pour lui, à part la tendresse gratuite de Dieu. Ecoute-le:

 


Je m’appelle enclume. Ma place est entre le marteau et l’étrier.

D’habitude, la mort venue, je reste à ma place avec le marteau et l’étrier précisément, dans notre petite grotte. Nous restons attachés l’un à l’autre, tranquillement. La vermine ne s’intéresse pas à nous. Aucune chair ne nous entoure, alors les bestioles nous dédaignent.

Les ligaments qui nous relient se dessèchent, mais ils tiennent bon. Ainsi, nous continuons à faire une petite chaîne à trois maillons durant des siècles, des millénaires. Même si les tympans se délabrent, entre nous, nous résistons. Enfin, quand tout va bien.

Car là, je parle de mes congénères, les enclumes normales. Entre marteaux et étriers normaux, dans des oreilles humaines normalement constituées. Ce qui n’est pas du tout notre cas.

Car mes frères et moi, imagine! Nous sortons d’une espèce de rêve, ou d’une histoire à dormir debout. C’est un personnage nommé Ezéchiel qui nous a vus, moi et des milliers d’autres os humains.

Ezéchiel? C’est un drôle de bonhomme, un prêtre du Temple de Jérusalem.

Il y a 2600 ans, les armées de Babylone ont envahi son pays et l’ont emmené en exil. Avec beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants de son peuple, déportés à Babylone.

Notre Ezéchiel, ça lui a tapé sur l’enclume. Il est devenu un peu marteau. Il semble qu’il ait joliment perdu les étriers, comme on disait quand on allait à cheval (aujourd’hui, on perd plutôt les pédales!).
  

C’est ainsi qu’à Babylone, il a senti la souffrance de son peuple qui était perdu lui aussi, il se sentait abandonné, désemparé. Il a vibré si fort, au coeur de cette souffrance, qu’il en est devenu prophète.

Prophète, qu’est-ce que ça veut dire? Je vais l’exprimer comme je le comprends, avec mes mots d’enclume: quand la mort vient, le regard se brouille, le corps ne sent plus rien; seules les oreilles captent encore les sons. En tout cas, c’est ainsi que nous avons vécu la mort, mes deux compagnons et moi.

Eh bien Israël, à l’époque, était comme un homme en train de mourir. Et Ezéchiel était comme l’oreille de cet homme. Une oreille si sensible qu’elle a entendu une voix venue d’ailleurs.

“Petit d’homme”, disait la voix. Et cette voix résonnait en lui comme dans une immense caverne. Comme dans le grand Temple de Jérusalem quand il était encore debout.

Ezéchiel s’est alors senti saisi comme une plume entre deux doigts, et soufflé, emporté par cette brise, et transporté dans une vallée.

“Petit d’homme”, a répété la voix. Et à ce son, un désert est apparu, jonché de squelettes démantibulés. Ezéchiel, porté par le vent, s’est vu balader dans toute cette vallée, au milieu de milliers et de milliers d’ossements tout secs.

Moi, l’enclume, j’étais donc là, perdue parmi ces os, délaissée; inutile comme un déchet non recyclable. J’avais perdu mon crâne, perdu mes frères le marteau et l’étrier. J’étais couché entre un tibia et une vertèbre que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam.
 
Ezéchiel, oreille d’Israël, a vibré dans la voix venue d’ailleurs. Elle a dit: “Petit d’homme, ces ossements peuvent-ils revivre?”. Puis elle a ajouté: “Parle à ces os, dis-leur que Dieu veut leur redonner vie”. Incroyable!?

Imagine! Qu’y a-t-il de plus mort que des os blanchis par le soleil et éparpillés dans la fournaise d’une vallée désertique? Et comment ces os pourraient-ils entendre une voix? Même si cette voix redisait les paroles mêmes de Dieu.

Mais il y a plus incroyable que cet incroyable-là. Car qui suis-je, moi qui te parle? Une enclume, un osselet de rien. Et même pas une vraie, je suis une enclume sortie de l’imagination d’un lecteur du 21è siècle, lecteur d’un vieux bouquin d’il y a 2600 ans, écrit par un insensé,   tout prêtre qu’il était; prêtre réduit au chômage par la destruction du Temple et la déportation.

Cet exilé, Ezéchiel, a décrit avec des mots d’homme une expérience paranormale. Et il a eu la folle illusion que son message pourrait être entendu par le peuple d’Israël, qui avait le moral dans les chaussettes, déporté comme lui à Babylone.

L’incroyable de chez incroyable, c’est que je me suis senti emporté dans un immense mouvement qui nous a tous fait voler comme un jour de grand vent. J’ai senti tout à coup mon frère le marteau qui me cognait, me cognait encore, rajeuni et plein de vigueur. “Bing, bang, qu’il me chantait à tue-tête, c’est le big bang!”. J’ai retrouvé l’étrier retapé à neuf. Et nous avons repris place dans notre crâne recomposé, derrière un tympan souple et tendu comme un tympan de nouveau-né. Nous avons vibré ensemble de la lente pulsation des vagues du sang. Et nous avons retrouvé notre fonction première, qui est de transmettre une parole.
  

Tu as entendu?

Il ne nous était pas demandé de croire, ni même d’espérer, encore moins de comprendre; mais de nous mettre à l’écoute. Moi comme tous les autres os. Oui tous, jusqu’au bout du coccyx. Nous mettre à l’écoute pour reformer un corps digne de recevoir le souffle, ce souffle qui est voix, cette voix qui est force de vie, cette force de vie qui est amour.

                                            *                         *

Voilà, mon cher Patrick, l’histoire que j’ai reçue. Je ne prétends pas, à moi seul, te redonner des raisons d’espérer. Mais je veux juste jouer mon rôle, modeste, de récepteur et de transmetteur. De maillon d’une chaîne. Comme un petit os qui reprend sa place.

Cette place, elle m’est donnée par chaque personne avec qui  je suis relié: mes proches et mes moins proches... jusqu’à Ezéchiel, et au-delà!

Sais-tu qu’Ezéchiel, ça veut dire deux choses:
- ou bien Dieu est fort;
- ou bien Dieu rend fort!

Et ça tombe bien! Car la voix qui l’appelle “Petit d’homme”, elle lui rappelle que cette force vient d’ailleurs. Et qu’elle existe. Et qu’elle agit! Cette force que nous, chrétiens, appelons le Saint-Esprit.

Quand tu traverses la souffrance, je te souhaite ainsi beaucoup de transmetteurs. De maillons d’une chaîne. Comme des voix d’En Haut. Pour te redire qu’au coeur de ta faiblesse une force infinie est à l’oeuvre.

Un jour, c’est toi qui m’avais redonné le courage de vivre. Je prie pour que tu reçoives, toi aussi, un grand souffle, qui soit porteur de l’Esprit de Dieu. C’est Lui qui redonne la vie... en nous rapprochant les uns des autres!

Bien à toi, amicalement,

(signé) David
 
Amen


Jean-Jacques Corbaz 


* Dans “Itinéraires” n° 51, été 2005, pp. 10 sq



dimanche 8 juillet 2018

(Pr) Puissance de l'Esprit de Dieu 1° - Le rôle de l’Esprit de Dieu, selon Joël

Prédication du 8 juillet 18, Ollon et Villars  «En avant - pour une Eglise qui ait du souffle!»

Lectures: Joël 3, 1-5; Nombres 11, 24-29; év. de Jean 20, 19-23



On l’appelle Joël. On ne sait pas bien ni qui il est, ni d’où il vient. Mais lui, il semble savoir où il va!

On l’appelle Joël. On connaît surtout de lui ce bref passage: “Je répandrai mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos hommes d’âge mûr auront des songes, et vos jeunes des visions...”

Dans la TOB en deux volumes, une note précise (je cite): “Ce passage est cité dans le récit de Pentecôte (Actes 2). On notera toutefois que, chez Joël, l’effusion de l’Esprit a un caractère plutôt angoissant; prophétiser signifie: se conduire de façon extraordinaire, perdre l’emprise sur soi-même, être emporté par la force irrésistible du Seigneur. Tous, hommes et femmes, vieillards et enfants, maîtres et esclaves, seront saisis d’une violente frénésie. En plus, l’univers tout entier s’effondrera dans une effrayante symphonie de feu, de sang et de ténèbres. Cependant, tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur seront sauvés”.
  


C’est donc un gigantesque bouleversement que décrit ce poème de Joël, un renversement complet de l’ordre des choses. Tous les habitants de Juda seront amenés à des comportements irrationnels, inhabituels: jeunes et vieux! Même les femmes! Même les esclaves et les servantes, parmi lesquels se trouvaient un grand nombre d’étrangers. De païens, donc! Tous, ils seront “emportés par la force irrésistible du Seigneur”.
 


Attention pourtant: il s’agit de bien tenir compte de ce qu’est l’Esprit de Dieu dans l’Ancien Testament. Oublions quelques instants la Pentecôte chrétienne, si c’est possible! Pour la pensée juive, l’Esprit, c’est une vitalité qui émane de Dieu. Une force de naissance. L’Esprit est déjà cité au tout début de la création, qui soufflait sur le chaos.

Au sens premier, le mot traduit ici par Esprit veut dire “air en mouvement”; donc “souffle”; “respiration”; et aussi “vent”, bien sûr. Au sens figuré, il signifie “souffle de vie”, voire “vie” tout court. On pense à ce formidable récit d’Ezéchiel où des ossements tout secs sont rassemblés, puis recouverts de chair, puis animés par l’Esprit de Dieu, qui leur permet de redevenir vivants.

Dieu promet donc une naissance! Un souffle de vie emportera chacun(e). Mais un souffle de vie autre, nouvelle, différente!  E-norme, donc hors normes!
  

Et cette puissance divine se manifestera jusqu’au ciel: le soleil et la lune, comme la terre, joueront la grande symphonie du rouge et du noir, du sang, du feu et de la nuit; signes (toujours) que Dieu se manifeste, qu’il apparaît, qu’il éclate!

Face à un tel chambardement cosmique, le réflexe, c’est la peur! C’est crier “au secours!”.

Nous y voici, dit sereinement Joël: si c’est Dieu que vous appelez à l’aide, alors vous serez sauvés. Littéralement: survivants. Par trois fois, Joël emploie un terme de guerre, celui qui désigne les rescapés après une bataille. Ceux qui appelleront vers Dieu en réchapperont, c’est certain; parce que d’abord, précise le prophète, d’abord c’est Dieu qui les appelle, et il les appelle ses survivants.



Sur - vivants. Je trouve que ça nous va bien, comme nom; comme nom de baptême, à nous, chrétiens. Sur - vivants. Vivants d’une autre vie, nouvelle, extraordinaire! Surnaturelle! Cela, parce que c’est Dieu d’abord qui nous appelle. Qui crie vers nous!
  
Vous avez remarqué? Joël, dans sa métaphore guerrière, ne s’intéresse aucunement à ceux qui n’en réchappent pas. Y en a-t-il, d’ailleurs? Mystère! J’aime ce silence, que je comprends comme un “ce n’est pas ton problème”. Paraphrasant les Inconnus, il nous dit: “Mais cela ne nous regarde pas”!

Car ce qui me concerne, c’est de toujours appeler ce Dieu qui d’abord m’appelle. Chercher Celui qui m’a déjà trouvé. Me laisser emporter par le souffle de sa vie! Il est si puissant que toujours il m’échappe. Moi, ce que je dois viser, c’est de ne pas lui échapper!

Au fond, le rôle de l’Esprit, il est là: me permettre d’écouter la voix de Celui qui prie en moi. Et qui veut m’emporter, me mettre en route par sa force irrésistible. Souffle de vent, emmène-moi! Souffle devant, la vie est là!

Vous voyez, j’espère, combien ce bouleversement promis est un fabuleux programme de foi! Appel à vivre! À côté de lui, je me dis (avec un petit sourire), à côté, les bouleversements de l’Eglise, passés et à venir, ne sont qu’un frémissement.

Par son Esprit, Dieu va tout chambouler dans nos vies. Pas seulement des extases dansantes ou frénétiques; non, il s’invite dans tous les recoins bien préservés de nos coeurs pour les animer, les retourner en direction de son futur, de son espoir.

L’Eglise À Venir n’est pas derrière nous, elle est devant! Le voilier symbole des chrétiens n’a pas de marche arrière, il ne peut qu’avancer, entraîné par le Christ, poussé par le vent de son Esprit!

  


Mais. Mais il me reste une question, comme une frustration. Car enfin, cela fait des pellées de siècles que tout ça nous est offert. Cet appel, cette puissance qui met en route.

Alors comment se fait-il que le monde aille si mal, quand y vivent tant de millions de gens qui se réclament de cet Esprit? Comment se fait-il que tant d’égoïsmes nous jettent les uns contre les autres, alors que souffle une si forte bise vers le Royaume de Dieu? Qu’est-ce que cela veut dire par rapport à notre foi? Par rapport à notre volonté de laisser le Saint-Esprit travailler dans nos vies?

Vous connaissez peut-être l’histoire de cet enfant africain qui demande à son père pourquoi il est noir. “Mon fils, c’est à cause du soleil, chez nous, en Afrique...”. Le gamin renouvelle sa question avec ses cheveux, crépus; son nez, épaté; ses grands pieds... Et c’est toujours la même raison: “Mon fils, chez nous, en Afrique, la chaleur... la chasse... les arbres...” Tout s’explique. Pourtant, le garçon n’est pas satisfait: “Dis, papa, alors pourquoi on habite à Tolochenaz?”

Je rêve que, de même, dans nos Eglises, beaucoup plus d’enfants (de 7 à 177 ans) nous demandent, et se demandent pourquoi nous avons le Saint-Esprit; pourquoi nous avons l’évangile; pourquoi nous avons l’amour passionné de Dieu, son pardon, ses promesses et ses appels, si c’est pour vivre à Tolochenaz; je veux dire: sans que ces dons ne nous servent?

  


Voilà. On l’appelle Joël (ça veut dire: “Dieu est le Seigneur”). Il nous pose, aujourd’hui, cette question essentielle: comment nos vies pourront-elles s’ouvrir mieux au souffle de Celui qui nous appelle? Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz



“En avant - pour une Eglise qui ait du souffle!”

Joël 3, 1-5


(1) Une page nouvelle se tourne, dit Dieu:
Je vais déverser ma vie, mon souffle, sur toute chair.
Vous serez mis en route par le vent de l’Esprit,
Hommes et femmes, jeunes et vieux, notables et enfants,
(2) Même les plus basses couches de la population, même les étrangers,
vous tous, vous serez animés par mon souffle de vie!
(3) Je vais placer des signes de ma puissance jusqu’au fond du ciel:
du sang, du feu, des colonnes de suie et de fumée.
(4) Le soleil deviendra noir, et la lune rouge sang,
lorsque je révèlerai la force de ma transcendance,
immense et effrayante!
(5) Alors, pourtant, toute personne qui fera appel au Seigneur sera sauvée.
Il y aura des rescapés à Jérusalem, auprès du Temple,
C’est le Seigneur lui-même qui l’a promis.
Oui, les survivants, c’est ceux que le Seigneur appelle!


(traduction JJ Corbaz)