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dimanche 30 août 2015

(Pr, FA) Le père perd... et gagne! - Prédication du 30 août, « La stratégie subtile de Jésus »

Lectures:  Luc 15, 1-10; Luc 15, 11-24; Luc 15, 25-32

Vous êtes chez des connaissances, en visite. Tout à coup, vos hôtes commencent un discours virulent contre les chrétiens, en disant que, de toute façon, “ceux qui vont au culte sont des hypocrites, ils n’y assistent que pour observer le chapeau de leur voisine” etc, vous connaissez le refrain! Alors, que faites-vous?
 


Moi aussi, je me pose souvent la question... Ça dépend...

- Dire fermement qu’on n’est pas d’accord? Mais souvent, alors, l’autre durcit sa position, le ton monte, et on finit par se fâcher... Chacun repart avec son opinion encore plus profondément ancrée, et avec aussi le sentiment que l’autre est un imbécile!

- À l’inverse, éviter de répondre? Parler d’autre chose? Approuver plus ou moins lâchement son interlocuteur? On ne l’aidera pas non plus à dépasser ses préjugés, et on gardera en plus une bien piètre image de soi!

Heureusement, Jésus nous donne un excellent exemple. Il s’est trouvé quelquefois dans des situations semblables. Bien plus dramatiques d’ailleurs, car, là, c’était sa vie même qui était en jeu! En contredisant les traditions juives, il savait qu’il risquait la mort.

L’évangile de Luc, au chapitre 15, nous raconte une de ces controverses. Les scribes et les pharisiens s’indignent contre Jésus, à cause de ses fréquentations: car il partage le repas de collecteurs d’impôts ou de prostituées, il touche des lépreux et des mourants, tous considérés comme impurs. Ces contacts mettent Jésus lui-même en état d’impureté. Et, au lieu d’offrir des sacrifices pour obtenir le pardon du Seigneur, pour se purifier, voilà que c’est lui-même qui pardonne les autres, et qui se prétend fils de Dieu!

Pour un bon scribe ou pharisien, c’est aussi intolérable que pour vous un pasteur qui cambriolerait ses paroissiens. Inacceptable! Révoltant!

Que fait Jésus, ce jour-là? Il n’entre pas dans la polémique. Il ne fuit pas non plus la discussion. Mais il leur raconte une histoire. Mieux encore, il leur raconte trois histoires! Et c’est là sa subtilité:  avec ces trois contes, Jésus propose aux scribes et aux pharisiens un cheminement, un cheminement qui peut déboucher sur un progrès dans l’échange, au lieu d’un affrontement stérile.

Première histoire: c’est du tout proche, du connu. Beaucoup de scribes et de pharisiens sont de la campagne, et possèdent des bêtes. Ou en tout cas viennent d’une famille terrienne. “Si quelqu’un parmi vous a cent moutons...”, situation courante. La joie du berger qui retrouve sa brebis, ils connaissent bien. Ils s’identifient facilement à cet homme et à sa fête.

Notez que ce n’était pas du tout extraordinaire de laisser les 99 moutons dans leur pâturage: ils y sont en sécurité, ils ne sont pas abandonnés. Ce qui est mis en évidence, ici, c’est la joie: celle du berger qui ramène sa brebis; et de même celle qu’il y a, au Ciel, pour un seul pécheur qui commence une nouvelle vie!
 


Deuxième histoire: “Si une femme...”; également une situation courante. Mais plus ménagère, plus féminine. Pourtant, Jésus ne s’adresse pas à des dames! Il est toujours en train de répondre à la polémique des pharisiens.

Le schéma est le même: un objet perdu; on le cherche; on le trouve; et on souligne la joie, également par deux fois, “puisque ce qui était perdu est retrouvé”.

Il n’y a que deux petites différences entre la parabole de la pièce d’argent et celle de la brebis: l’objet perdu est un sur dix, au lieu de un sur cent; et la propriétaire est une femme. Ces deux différences éloignent très doucement les pharisiens de leur domaine à eux; ils doivent faire un plus grand effort pour s’identifier à la maîtresse de maison, à ses voisines et à leur joie. Mais il le font, cet effort, à cause de la première histoire, si parallèle à la seconde.

Ce deuxième conte nous entraîne doucement, sans violence, vers le troisième, celui qui appellera à changer de perspective.
 


Troisième parabole donc: celle du fils prodigue perdu, ou plutôt celle des deux fils; parabole qui va, en fait, décrire le changement de perspective chez ces fils à l’égard de leur père. On est à nouveau entraîné dans une situation parallèle, bien que nettement moins courante. En plus, la proportion devient ici de un sur deux!

Un père voit partir son fils cadet; ce jeune homme se perd; puis il revient à la maison, accueilli par son papa qui déclare: “Mon fils était perdu, et je l’ai retrouvé!”. Et encore une fois, on souligne la joie des retrouvailles, avec le festin, la musique et le veau gras. Ce schéma presque identique pour les trois paraboles est d’ailleurs souligné par les titres de la traduction en français courant: le mouton perdu et retrouvé; la pièce d’argent perdue et retrouvée; et le fils perdu et retrouvé.

Vous avez remarqué? Notre histoire ne s’intéresse absolument pas aux détails tels que cette bizarre demande d’héritage du cadet, et quel sera son statut après son retour. L’essentiel, il est à nouveau dans cette invitation adressée aux scribes et aux pharisiens, invitation à s’identifier au père, heureux de retrouver son enfant, et qui l’accueille dans la fête, sans poser de conditions, sans même réfléchir: il n’écoute que son coeur!

Ce cadet revenait à la maison poussé par la faim, prêt à s’écraser pour trouver un emploi décent. Il demandait un statut de domestique. Or le père ne s’intéresse pas à la justice, à combien tu as droit, au pourquoi, au comment. Il n’est pas juste: il aime!
 


Happy end? Ben non. Car il y en a un qui ne trouve pas son compte dans ce retour. C’est le frère aîné. Le plus jeune est rétabli dans tous ses droits (c’est ce que signifient les symboles de l’anneau et des sandales); alors, c’est l’autre qui trouve injuste! Lui, il a toujours obéi; toujours bossé; toujours été là; toujours été honnête. Et voilà ce chenapan qui reçoit autant... mais non: encore plus que lui! Avec la fête en prime! C’est inacceptable. Révoltant.

C’est presque une quatrième histoire qui nous est racontée ici. La plus intéressante, dans le débat avec les pharisiens. Celle qui est décisive. L’aîné s’indigne. Il refuse d’entrer dans la maison pour la fête. À son tour, il se coupe du père. Ce dernier, pense-t-il, est un homme sévère, qui ordonne, qui fait travailler, qui administre... Il devrait être équitable. Il devrait punir le cadet. La colère de l’aîné et ses préjugés sur son père le perdent!

Et alors, une seconde fois, papa sort de la maison et court vers le fils perdu. Il écoute son indignation, et il laisse parler son coeur en l’invitant à entrer. Pas seulement pour festoyer, mais pour retrouver son cadet, et du même coup reprendre sa place dans la famille: “Ton frère est retrouvé”, dit le père. Alors que l’aîné avait dit: “ton fils que voilà...”. Non! Pas pas mon fils, mais ton frère! Viens fêter, viens être heureux avec nous, avec ton frère!

Du coup, les scribes et les pharisiens se retrouvent impliqués jusqu’au chignon! Car évidemment, leur attitude envers les percepteurs d’impôts et les prostituées ressemble beaucoup à celle du fils aîné pour son cadet!

Si Jésus avait commencé par cette histoire, il n’y aurait eu aucune hésitation: les pharisiens se seraient sentis attaqués, culpabilisés; et le dialogue aurait été bloqué.

Mais voilà que, par cette suite de contes, les scribes ont été amenés à voir les choses avec l’oeil du père, et non celui de l’aîné. Comme les deux fils de la parabole, les pharisiens sont invités à changer de regard sur le Père céleste; ou plutôt à entrer dans sa perspective à lui: celle d’un homme qui aime ses enfants passionnément, encore plus qu’un père terrestre; encore plus qu’une femme ses pièces d’argent; encore plus qu’un berger ses moutons... Immensément plus heureux de les retrouver quand, sur le chemin de la maison, survient l’occasion de les embrasser.
 


Je suis impressionné par la réponse de Jésus. Emerveillé par le temps, la disponibilité; l’ingéniosité, la patience qu’il montre envers ses opposants. Il ne leur fait pas la morale, mais il les amène, sans violence, à voir les choses autrement!

Les 99 justes, les 99 moutons, le fils aîné, donc les juifs eux-mêmes ne sont pas dévalorisés: il y a de la joie pour eux, cela est souligné à chaque fois. Mais cette joie existe aussi, et plus grande encore, quand quelque chose ou quelqu’un qui était perdu est retrouvé!

Et cette suite d’histoires, elle n’a pas de conclusion! Jésus ne dit pas ce que fait le fils aîné, s’il rentre ou s’il reste dehors. De même, l’évangile ne dit pas ce que font les scribes et les pharisiens, s’ils entrent dans la perspective du Christ ou non. On reste comme sur des points de suspension, avec une invitation! Une invitation qui nous est adressée aussi, lecteurs ou auditeurs de ces paraboles. Ce sera à nous, à chacun(e) de nous, d’y répondre...

Au fond, Jésus témoigne, même dans la forme de sa réponse, de tout l’amour qu’il y a dans le contenu de chaque histoire. Tout le respect; toute l’absence de préjugés.

Je suis impressionné par la réponse de Jésus. Et je me dis que peut-être, grâce à cet exemple du Christ, peut-être pourrions-nous vivre un peu mieux nos polémiques, nos différends: en essayant d’accompagner comme Jésus l’a fait nos opposants dans leurs réactions négatives, voire dans leurs colères. En tentant de débloquer la situation sans faire la morale, sans dire ce qui est bien et ce qui est mal. En nous regardant et en nous faisant regarder comme des frères, des proches, sans cesse appelés à le redevenir! Tout cela, surtout, parce que d’abord Dieu fait de même avec nous, au moment même de nos polémiques, parce que son amour est infiniment plus grand que sa justice!

À tous il nous dit: “Viens, entre fêter avec nous! Si tu es fâché, quitte ta pote et viens rejoindre ton pote!” 



 

Voilà un bel échantillon de la diplomatie de Jésus. Mais il n’a pas toujours agi ainsi. Nous savons qu’il a aussi, en d’autres occasions, invectivé les pharisiens et chassé les marchands du Temple!

Alors, que répondrait-il à vos connaissances, quand elles vitupèrent comme tout-à-l’heure sur la prétendue hypocrisie des chrétiens?

Ça m’intéresserait de le savoir! Je l’imagine bien commencer en tout cas par remarquer malicieusement qu’aujourd’hui, les dames qui viennent au culte ne portent plus guère de chapeau?
Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz  




lundi 24 août 2015

(Ci, Ré) Croyant ou non?

"En notre siècle où, comme jadis, on tue au nom de Dieu, il importe de ne pas amalgamer les croyants et les imposteurs : les amis de Dieu restent ceux qui Le cherchent, pas ceux qui parlent à Sa place en prétendant L'avoir trouvé."


(La nuit de feu - Eric-Emmanuel Schmitt)

samedi 22 août 2015

dimanche 16 août 2015

(Pr) Les dons de l’Esprit, le parler en langues - prédication du 16.8.15

Lectures:  Esaïe 11, 1-5; Actes 2, 1-8; 1 Corinthiens 12, 1-7


L’écrivain Montesquieu vivait en un temps où la France était particulièrement égocentrique et intolérante, elle se prenait pour le nombril du monde. Alors, pour ces Français qui croyaient que tout irait beaucoup mieux si le monde entier était comme eux, Montesquieu écrit ses fameuses “Lettres persanes”. Un Persan, établi à Paris, observe nos voisins d’un oeil extérieur et critique; et, devant les différences qu’il découvre immanquablement avec la vie à Téhéran, il se pose la question: “comment, mais comment peut-on ne pas être Persan?”

L’humour de Montesquieu et son ouverture d’esprit feraient beaucoup de bien, aujourd’hui, dans nos contrées où on se crispe face à tout ce qui est différent de soi: les étrangers; les autres religions; les jeunes; les vieux... Nous avons si souvent le réflexe de fermeture face aux “autres”: “comment, mais comment peut-on ne pas être de Grandson, ou de Giez?” nous disons-nous de temps en temps...

Et la foi chrétienne, qui devrait normalement aider à cette ouverture, la foi chrétienne augmente encore cet esprit de tranchées parfois (par foi?!). Il arrive que notre religion devienne un repère pour se démarquer des autres différents; qu’elle engendre des séparations, des conflits, et des rancunes... Pas besoin d’aller jusqu’au Proche-Orient ou en Irlande; la région de Grandson a bien connu cela, au temps du “plus”, entre catholiques et protestants. Voire beaucoup plus près de nous!

C’est ce qui se passait aussi à Corinthe au 1er siècle: la communauté chrétienne était divisée. La majorité était on dirait aujourd’hui “pentecôtiste”, c’est-à-dire se réclamant des dons du St-Esprit (puisque Pentecôte est le jour où les apôtres ont reçu l’Esprit de Dieu, selon le livre des Actes). Pentecôtiste ou charismatique, car les dons du St-Esprit s’appellent souvent des charismes, soit en grec des cadeaux.

Cette majorité, avide de manifestations spectaculaires, méprisait la minorité qui, elle, vivait sa foi davantage comme nous.

Quelles étaient ces manifestations qui marquaient la frontière entre les chrétiens de “première catégorie” et les autres?

Eh bien, il y avait surtout le “parler en langues”. Il s’agit d’une manière de parler sans articuler de mots existants, un peu comme si on déconnectait la parole du cerveau, qu’on la laissait aller totalement libre, sans que l’intelligence ne commande quoi que ce soit. Le “parler en langues” est un peu à la parole ce que le gribouillage est à l’écriture, si vous voulez.

Cette manifestation étrange existe dans beaucoup de cultures différentes, et aussi dans des religions autres que le christianisme. Elle n’a donc rien de spécifiquement chrétien. Elle apparaît chez de nombreuses peuplades du monde à peu près dans les mêmes conditions que les transes mystiques.

Le hic, c’est qu’on a fait un rapprochement entre cette manifestation d’enthousiasme religieux et le don du St-Esprit à Pentecôte, en se disant que les langues étranges parlées par les apôtres, c’était la même chose. Selon la Bible pourtant, les apôtres s’exprimaient dans la langue maternelle des gens qui étaient là, et qui venaient de toutes sortes de pays étrangers. Le don du St-Esprit, dans les Actes, c’est donc de communiquer l’évangile à des personnes qui ne le connaissaient pas; alors que le “parler en langues” est incompréhensible aux non-initiés.

Si je vous parle beaucoup du “parler en langues”, c’est que ce phénomène a été bien étudié, et qu’il est emblématique de nombreuses autres “manifestations du St-Esprit”; il y a par exemple ce qui s’était produit il y a quelques années dans un groupe de jeunes d’Orbe. Ces jeunes vivaient des prières marquées par des tremblements, des chutes, des symptômes ressemblant à ceux de l’ivresse ou à des transes. On appelait cela “bénédiction de Toronto”; là, c’était le corps entier qui était comme déconnecté du cerveau, en roue libre.

Les gens qui ont étudié le “parler en langues” n’ont jamais pu trouver une traduction. Il y a bien sûr toujours des croyants qui disent pouvoir traduire ce langage; mais, si l’on isole cinq personnes qui se disent capables de traduire, on aura cinq traductions totalement différentes!

Vous le voyez, il est donc impossible d’être sûr que ce “parler en langues” vient de Dieu, du St-Esprit. On peut tout à fait penser qu’il s’agit de phénomènes purement humains, nés dans des atmosphères propices, dans des groupes chaleureux, mystiques, enflammés. Idem bien entendu pour les autres “manifestations de l’Esprit”, comme la “bénédiction de Toronto”.

Je dis bien “il est impossible d’être sûr” et “on peut penser”. Car la Bible enseigne aussi que le St-Esprit, et Dieu, et le Christ, peuvent se manifester de toutes sortes de manières, certaines très communes, et d’autres plus étonnantes. Ne tranchons donc pas trop vite, pour ne pas tomber nous-mêmes sous l’ironie de Montesquieu (“comment peut-on ne pas être comme nous?!”). Ce n’est de toute façon pas à nous de juger si ces phénomènes sont vraiment d’origine divine. Je préfère attendre et voir venir les fruits.

Si les chrétiens qui affectionnent ces dons du St-Esprit extraordinaires se mettent à oeuvrer pour la paix sur terre, pour le dialogue et le respect entre les humains; s’ils aident les plus faibles; s’ils ouvrent des Magasins du Monde ou des écoles de mission, alors ce sera signe que ça vient de Haut! ...

Ne tranchons pas trop vite. Mais ce qui ne va pas, surtout, ce qui est anti-biblique, c’est lorsque des phénomènes particuliers deviennent LE critère absolu pour distinguer les vrais chrétiens des autres, comme à Corinthe. “Vous n’avez pas le don du Parler en langues? Mes pauvres amis, quel chemin il vous reste à parcourir!”


C’est pour ça que le Nouveau Testament (NT) parle des dons du St-Esprit d’abord pour dire qu’il y en a de toutes sortes, et que la plupart sont infiniment moins étranges et tarabiscotés que le Parler en langues. Don de diriger une assemblée; don de gérer une communauté; don de servir; d’enseigner... Voilà qui est tout à coup beaucoup plus proche de nous! Le St-Esprit n’est plus un “machin” exotique, il devient notre voisin!

Le savez-vous? Dans le NT, il y a par trois fois un passage qui dit en substance: “le don du St-Esprit le plus important, c’est...”

Evidemment, les trois fois, c’est quelque chose de différent, ça ne rate jamais!

Dans le livre des Actes, le don du St-Esprit le plus important, c’est de prêcher l’évangile aux autres, aux étrangers de langue.

Selon le chapitre 12 de la lettre aux Corinthiens, que nous avons entendu tout à l’heure, le don le plus important, c’est de croire! “Nul ne peut dire Jésus Christ est seigneur s’il n’est pas guidé par l’Esprit”!

Et un tout petit peu plus loin, dans 1 Corinthiens 13, le don du St-Esprit le plus important, c’est l’amour. Vous connaissez ce passage, qu’on lit souvent dans les mariages. L’amour, c’est ce qui manque aux chrétiens de Corinthe, qui se croient les seuls vrais, les croyants de première catégorie, à cause de leur Parler en langues.

La foi; l’évangélisation; et l’amour. Voilà donc dans quelle zone se trouve de préférence l’Esprit de Dieu. Voilà où il agit le plus volontiers. Et voilà donc les critères pour examiner tout ce qui, aujourd’hui, s’affirme venir du St-Esprit. La foi; l’évangélisation; et l’amour.


Dans le temps de discussion, tout à l’heure, il m’intéressera de vous entendre à ce sujet. Vos expériences, si vous êtes d’accord de les partager; votre avis; vos connaissances, qui complèteront les miennes; vos questions et vos craintes, peut-être. J’aime que nous puissions être Eglise en partageant tout cela, dans le respect que nous rappelle fort à propos notre ami Montesquieu! Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz



P.S. Discussion très riche; 15 personnes, certaines ayant vécu des expériences charismatiques (eux ou des proches), d’autres non. Beaucoup citant des choses positives que ces manifestations leur ont apporté, mais aussi du négatif, des choses à éviter. Tous se rejoignent pour relever l’importance du respect des autres quand leurs pratiques sont différentes des nôtres. Merci!

dimanche 9 août 2015

(Pr, SB, FA, Vu) « Pour ne pas être nu » - prédication du 9 août

Une pomme, deux poires et bien des pépins...

Lectures:  Genèse 3, 1-24; Matthieu 5, 3-9

 


L’histoire d’une découverte. Dans les deux sens du terme, une découverte!

D’abord, parce que l’homme et la femme apprennent à connaître leur condition humaine. Ils se découvrent tels qu’ils sont.

Et une découverte ensuite parce que cette condition humaine, c’est qu’ils sont nus. Ils sont à découvert! Fragiles. Périssables. Exposés.

Vous avez entendu, combien de fois l’expression “péché originel” apparaît dans notre passage? ... Oui, elle n’apparaît pas du tout! À aucun moment. Vous ne la trouverez d’ailleurs jamais dans la Bible, ni dans l’Ancien ni dans le Nouveau Testament.

Et ma seconde question posée en introduction aux lectures bibliques? Vous l’avez remarqué aussi: Dieu ne maudit pas l’homme. Ni la femme. Il n’y a que le serpent qui est l’objet d’une malédiction. Et puis le sol; la terre, qui est dure à travailler.

Dans les paroles de Dieu, il n’y a donc aucune colère (comme on le croit trop souvent). Il n’y a aucune volonté de punir ni de faire souffrir les humains. Non, Dieu ne fait que constater le malheur de notre condition. Il ne dit pas “Je vous envoie au diable!”, mais il annonce plutôt: “La transgression que vous venez de vivre, eh bien elle a des conséquences. Vous êtes maintenant dans la situation où vos actes vous ont conduit. Votre désir de connaissance et de puissance vous a menés, en fait, à découvrir votre vulnérabilité! En croyant devenir les maîtres du monde, vous vous êtes découverts petits, fragiles; éphémères. Bref: tout nus!”.

Précisons bien qu’en ce temps-là, il n’y a aucune connotation sexuelle dans le fait d’être nu. Aux temps bibliques, la nudité est le plus souvent une image de faiblesse; de précarité; ou de soumission à quelqu’un de plus fort. Elle représente aussi le dénuement des pauvres; ainsi que la fragilité du nouveau-né ou du mourant.

Oui, l’histoire d’une découverte: les humains se rendent compte qu’ils sont tout cela. - Alors qu’ils pensaient, eux, acquérir ce que l’AT appelle la connaissance du bien et du mal! Ce qui veut dire la connaissance universelle.

Et d’ailleurs, le mot hébreu qu’on traduit par connaissance, il veut dire beaucoup plus que cela. Il signifie le savoir, mais aussi le pouvoir. On pourrait le traduire par “prise de possession”, ou mieux encore par “maîtrise”.

Ainsi, c’est en voulant devenir maître de l’univers que l’être humain se découvre vulnérable et dérisoire dans le cosmos. Dites, n’y aurait-il pas quelques parallèles à tirer avec aujourd’hui? En voulant posséder la planète, et la lune, et l’énergie, et les ressources, et le temps, nous détraquons le climat, nous déréglons les équilibres du monde...
 


L’homme découvre qu’il est nu. Exposé. Alors, il essaie de se protéger: il fabrique des espèces de pagnes, avec des feuilles. Rudimentaire, mon cher Watson!

Avez-vous remarqué? Dieu ne laisse pas l’homme et la femme au fond de leur précarité. Il leur fait des vêtements plus résistants que les feuilles: avec des peaux de bêtes, il leur offre de quoi se protéger plus efficacement.

J’aime ce Dieu paternel, voire maternel, qui se soucie du bien-être des humains, et qui les accompagne, proche dans leur fragilité. Ce n’est pas “la chute”, il ne les laisse pas tomber!

Bien sûr, il les “met dehors” du jardin qu’il avait créé pour eux. Mais, là aussi, comprenons bien le mot hébreu que la Genèse emploie ici: le verbe “shalah" n’a pas un sens négatif a priori. Il signifie aussi “envoyer”, “envoyer en mission”, ou “renvoyer”, et même “laisser libre”. Mais oui, c’est le même verbe que dans le fameux “let my people go” de Moïse: “laisse mon peuple s’en aller libre”! Dieu n’est pas décrit ici comme celui qui punit, mais comme celui qui donne une nouvelle mission; qui ouvre un nouveau chapitre de vie. L’histoire d’une découverte! Comme une naissance.

Oui, il y a dans notre récit bien des parallèles avec l’accouchement: le bébé quitte lui aussi un monde où il est protégé, réchauffé, nourri sans effort. Obligé d’en sortir, il découvre un univers où règnent la douleur; le froid; la faim et la soif; la peur, la peur de manquer!

Vous le voyez, notre passage est un mythe au vrai sens du terme: c’est-à-dire un récit qui n’est pas exact historiquement, mais qui est rempli de vérités générales sur l’humanité dans son ensemble. Un mythe n’est pas une invention pure, c’est une oeuvre empreinte de réalité, qui rejoint l’être humain en tout lieu et en tout temps. C’est une réponse imagée et poétique, une réponse aux grandes questions qui habitent chacun(e): pourquoi sommes-nous venus au monde? Et pour quoi, en deux mots?
 

On pourra lire dans notre passage également bien des parallèles avec un autre âge-clé: je pense à l’adolescence (nouvelle naissance!). Là aussi, le jeune quitte un cocon, une existence tissée de sécurité, pour entrer dans une vie de travail, de peine. C’est un âge ultra-sensible, où nous ressentons tout spécialement notre fragilité; notre nudité. Un âge également où on a envie de transgresser les interdits, de désobéir, pour devenir... comme des dieux (euh, je veux dire: comme des adultes!).

J’aime le Dieu de notre récit, à la fois ferme et à la fois plein de compréhension pour cet Adam et cette Eve boutonneux, qui sont convaincus qu’ils vont créer un monde meilleur!

Bien sûr, notre passage est très marqué par quelques préjugés de l’époque: le travail à la sueur de son front, c’est la réalité de la Palestine d’il y a 3000 ans, essentiellement agricole. Et puis, surtout, mesdames, la soumission féminine aux mâles! C’est parce que ce sont là les manières de vivre de l’époque. C’est cette existence-là que notre mythe veut expliquer. L’expliquer, mais pas la pérenniser.
 

Car depuis, il y a eu Jésus Christ. Avec son message d’amour et de pardon, infiniment moins culpabilisant. Il y a eu le Sermon sur la montagne, qui prône la proximité avec Dieu, mais qui commence par dire “Heureux ceux qui se savent pauvres”; donc ceux qui ont conscience de leur nudité. Il y a eu aussi le superbe passage de Paul aux Galates, que nous avons entendu il y a deux semaines: “Devant Dieu, il n’y a plus ni Juif ni Grec; ni homme ni femme; ni esclave ni homme libre”.

Le NT veut nous aider à ne pas nous achopper aux particularités juives de ce récit de Genèse 3; mais à nous laisser guider dans une méditation bienfaisante (pour nous-mêmes) sur ces questions:
Comment vivons-nous notre vulnérabilité aujourd’hui?
... et nos désirs de changer le monde? ou de le maîtriser?
Quelles sont nos feuilles de figuier, c’est-à-dire ce que nous nous façonnons pour être moins exposés? Nos “cache-misère”?
Dans une société du paraître, qui prône la jeunesse, la santé, la performance... où va notre priorité?
Et puis enfin: quels sont les vêtements de peau que Dieu nous offre, pour améliorer notre sécurité?.

Je trouve que ce passage vieux comme le monde et connu comme le loup blanc nous donne à réfléchir! Je le crois, cette histoire de paradis qu’on disait perdu, elle peut nous rejoindre, aujourd’hui et demain. Cette vérité mystérieuse peut s’avérer pour nous un puissant levier d’espérance.

Le chanteur français Joël Favreau nous a donné ces belles paroles: “Le paradis sur terre, c’est pas ailleurs, c’est pas hier ou dans un an. Le paradis sur terre, c’est un chemin qui s’ouvre, ici et maintenant.” Amen                                          

 


(Puis, en introduction à la Cène):
Dieu ne nous laisse pas tomber. Pour nous donner force et sécurité, il nous relie les uns aux autres dans la communion des croyants, par son Esprit, afin de nous entraider. Et il nous relie à lui, à ses promesses, à son amour et son pardon infinis. À tous ceux qui se croient maudits sur cette terre à cause de leur sort, il offre Jésus, pendu sur la croix, image de malédiction, pour leur ouvrir les portes du Ciel!

Jean-Jacques Corbaz  



dimanche 2 août 2015

(Pr) "Rendez à César" ou "Flagrant délit" - prédication du 2 août

Lectures:  Marc 12, 13-17; Esaïe 58, 2-8; Matthieu 6, 19-21


“Rendez à César ce qui est à César”. Ce verset est ultra-connu. On l’a entendu; on l’a cité, paraphrasé, tellement que beaucoup ne se rendent plus très bien compte de ce qu’il veut dire. Alors, rappelons l’histoire.

Nous sommes à Jérusalem, sous l’occupation romaine. Les troupes de l’empereur font régner un ordre strict. Israël, comme toutes les provinces conquises, est exploité par de lourds impôts, afin de satisfaire les goûts de luxe de ces demi-dieux, demi-fous: les empereurs, les “César”.

Le peuple juif est divisé sur l’attitude à adopter. La plupart acceptent de payer l’impôt; ce sont les partis des pharisiens, des Sadducéens et des Hérodiens. Mais le parti révolutionnaire, le mouvement de libération, lui, refuse cette compromission. Ces insoumis s’appellent les zélotes, et quelques disciples de Jésus font partie de cette tendance radicale. Pour eux, la foi en Dieu est incompatible avec toute allégeance au pouvoir romain. Ces zélotes, évidemment, sont sévèrement persécutés.
 


Les pharisiens qui viennent vers Jésus lui poser la question de l’impôt ont donc déjà choisi: ils paient, sans doute à contre-coeur, et probablement en se sentant un peu lâches. Ils paient. Ils savent que leur foi est plus ou moins trahie par cette compromission: parce que l’empereur se prétend Dieu, parce qu’il se fait adorer. En effet, sur le denier qu’on montre à Jésus, il est écrit ceci: “Tibère, empereur, fils du divin César, souverain pontife”. Et vous savez que “souverain pontife”, c’est le titre du chef suprême de la religion. C’est aussi, entre parenthèses, le titre que donne l’Eglise catholique aux papes.

Bien sûr, la monnaie impériale est la seule à avoir cours en Israël, comme dans tout le reste de l’empire romain. Toutefois, les juifs ont obtenu une dérogation, dans le cadre de leur religion. Cette dérogation établit que, dans le Temple de Jérusalem, et là seulement, c’est la monnaie juive qui a cours. Pour leurs offrandes, et pour acheter les animaux qu’ils offriront en sacrifice, les juifs vont donc changer leurs sesterces et leurs deniers en argent hébreu.

Les pièces romaines étaient d’ailleurs interdites dans le Temple de Jérusalem, à cause de l’inscription que je viens de vous lire, puisque cette inscription remettait en cause la souveraineté du seul vrai Dieu. Et c’est pourquoi il y avait à l’entrée du Temple ces bureaux de change dont parle l’évangile, lorsque Jésus en a chassé les fameux marchands.
 


Voilà le cadre de notre histoire. Les pharisiens qui viennent interroger Jésus savent tout cela. Mais que veulent-ils?

- Première possibilité: ce sont des juifs honnêtes qui se sentent mal à l’aise avec cette question de l’impôt; et qui donc espèrent que Jésus les aide à résoudre ce dilemme: obéir aux Romains ou obéir à Dieu?

- Deuxième possibilité: ils veulent mettre Jésus à l’épreuve; l’obliger à se déclarer d’un côté ou de l’autre: ou bien de leur parti, donc du bord de ceux qui obéissent aux lois romaines; ou bien de se déclarer ouvertement zélote, en rébellion, ce qui leur permettrait de mettre Jésus hors-la-loi, de le faire poursuivre par les légions romaines. Ils lui disent en substance: “Nous, en fait, on sait que tu es un zélote camouflé. Alors jette le masque, montre aux Romains que tu es contre leur pouvoir”.

Jésus, par sa réponse, indique que, pour lui, c’est cette deuxième possibilité. “Vous voulez me piéger? Attendez un peu, mes gaillards!”

Or, nous sommes dans le Temple, le Temple où il est interdit par la loi juive d’avoir de l’argent romain sur soi. “Montrez-moi une pièce” dit Jésus. Et les pharisiens sortent leur monnaie, à l’effigie de l’empereur! Eux qui voulaient prendre Jésus en flagrant délit d’insoumission à Rome, eh bien ce sont eux qui sont pris en flagrant délit d’insoumission. D’insoumission au Temple, à leur religion, et à Dieu même!

“Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu”. Ça veut dire: d’accord, vous êtes de loyaux sujets de l’empereur. Mais là n’est pas la question. La vraie question, c’est: êtes-vous de loyaux sujets de Dieu?!?

Ceux qui venaient vers Jésus avec une demande théorique ou avec un piège repartent avec une question qui interroge toute leur existence: que fais-tu de ta vie? Quelle est la place de Dieu chez toi... Comment le laisses-tu régner sur ce que tu fais... sur ce que tu es... sur ce que tu as...

                                     *                         *
 

Voilà pour les pharisiens et les Romains. Mais à nous, aujourd’hui, qu’est-ce que Jésus veut dire?

Pour m’aider à répondre à cette question, j’ai besoin du concours de l’un(e) de vous. Oui, j’aimerais que l’un(e) de vous nous montre une pièce de cinq francs. Nous allons faire comme Jésus! Alors, qui parmi vous aurait une tune?
 

Quelle est son effigie? Et qu’est-il écrit dessus? L’effigie: Guillaume Tell, un insoumis, lui aussi; un peu comme un zélote. Et l’inscription sur la tranche: “Dominus providebit” - Dieu pourvoira. Donc assez exactement le contraire des monnaies romaines!

Je me dis: chic, quelle chance que notre argent renvoie à Dieu! Mais: est-ce que nous prenons cette inscription au sérieux? En y repensant, je trouve étonnant que ce soit le pays le plus équipé en assurances de toutes sortes, en systèmes d’épargne, en multiples piliers qui affirme que c’est Dieu qui “pourvoit”.

Serait-ce un simple discours de façade? Ou la survivance d’une foi du passé qui n’a plus tellement cours aujourd’hui? Est-ce que vraiment nous faisons autant confiance à Dieu qu’à nos assurances-vie?

Voilà les réflexions que l’évangile suscite en moi en ce lendemain de 1er août. Où est notre réelle assurance? Et qu’est-ce que c’est, la foi chrétienne, pour nous: des réponses toutes faites, comme cherchaient les pharisiens, ou des questions toujours à poser de nouveau, comme Jésus nous y engage?

Nous aussi, à toutes les époques, nous allons vers Jésus. Nous ouvrons la Bible avec des interrogations précises: est-il permis de faire ceci ou cela? Comment agir dans telle ou telle circonstance? Voter pour ou contre la suppression de l’armée? la procréation médicalement assistée? les réfugiés, les migrants... Et puis les relations sexuelles, Seigneur, à quel âge?

Jésus ne répond pas. Ce serait si commode! Ou plutôt Jésus ne répond pas comme on s’y attendait, il ne se laisse pas enfermer dans nos dilemmes, il s’échappe. Il veut nous ouvrir à des questions plus hautes, plus essentielles, plus vitales, comme: qu’est-ce qui est au centre de ta vie? Le plus important? Où as-tu mis ton coeur? 




On ne peut pas tirer de ce passage biblique (ni d’aucun autre) des réponses définitives quant au paiement de l’impôt, quant à la soumission aux autorités ou quant à l’engagement politique du chrétien. Ces versets ne critiquent pas l’Empire romain. Ils ne visent pas à instaurer un régime où l’Eglise serait aux commandes de la société. Mais ils nous renvoient à nous-mêmes; à notre façon d’utiliser l’argent; à notre manière de vivre la politique ou la foi.

On ne peut pas non plus restreindre notre réflexion à ce qu’on appelle en général “vie religieuse”, soit le culte du dimanche, la prière, la lecture de la Bible. Ce n’est pas cela, la place dont Dieu rêve dans nos vies!

“Ce qui me fait plaisir, dit le Seigneur, c’est de libérer les opprimés; c’est de partager ton pain avec qui a faim; un habit ou un abri avec qui a froid...”

La vie religieuse, c’est ce qui donne un goût nouveau à toute l’existence. Un goût d’amour, de respect, de justice et de solidarité. La place de Dieu chez moi, c’est ce que sa présence transforme dans le concret de mes journées, dans ma manière d’être, d’avoir et d’agir. Et bien sûr que le culte et la prière sont là pour m’y aider, pour me recentrer sur la volonté de Dieu, comme Jésus l’a fait pour les pharisiens.
 


Tout à l’heure, nous serons invités à une offrande, comme chaque dimanche. Combien donner? Là non plus, Jésus n’a aucune réponse simple. J’aime bien cette boutade d’un pasteur du Midi qui lançait à ses ouailles, en leur tendant la crousille: “Dieu ne se préoccupe pas tellement de ce que vous donnez; mais de ce que vous gardez”!

Puisse sa présence être libératrice. Nous passons notre temps (qui est aussi le temps de Dieu) à nous laisser piéger dans des dilemmes comme celui des pharisiens: impôt ou non? Comment (ré)agir, dans telle circonstance?

Puisse l’évangile nous renvoyer plutôt à ces interrogations essentielles, qui sont à sans cesse cultiver, à faire grandir en nous: quel est l’impact de Dieu dans ta vie? Sur quoi le laisses-tu régner, chez toi? Qu’est-ce qui est au centre de ton existence, le plus important? Où as-tu mis ton coeur?
Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz


samedi 1 août 2015

(Ci, Ré, Vu) De notre réactivité ou quand Brutus prend les commandes dans la relation

combat coqs

Nos architectures neurologiques sont fascinantes! Je vais vous expliquer en quelques lignes comment notre cerveau est en risque de disjoncter dans le conflit.

En situation de stress l’amygdale (un noyau gros comme une cerise logé dans le cerveau émotionnel ) prend les commandes dans notre tête et « débranche » notre néocortex (surtout la partie du lobe préfrontal).

Le néocortex est le siège (entre-autres) de la raison, du langage, de nos capacités à penser le monde ou à mettre en perspective, de notre conscient. C’est dans notre lobe frontal que se logent des règles comme  « tu ne tueras point » et autres lois humaines et sociales, nos valeurs. Il est notre cerveau « pensant ».

Mettre sur « pause » cette partie du cerveau en cas de grand stress permet de court-circuiter la pensée pour apporter une réponse rapide, ce qui peut nous sauver la vie…  Mais cette amygdale peut manquer de discernement!

Vous êtes vous déjà entendu dire « j’ai pété les plombs, un fusible a sauté, j’ai disjoncté, je ne sais pas ce qui m’a pris… » .

Et c’est exactement cela: votre cerveau émotionnel surchargé par le stress a coupé le contact avec votre cerveau rationnel, vous êtes passé en mode « fight for life », l’autre est devenu l’ennemi à combattre. Plus rien n’existe de l’empathie, de la connexion, des sentiments que vous éprouvez , ni de vos valeurs et règles de vie personnelles ou sociales…

Votre petit « Brutus » intérieur a pris les commandes et déverse dans l’organisme des flots d’ hormones qui vous préparent au combat (cortisol, noradrénaline…)

(voici une petite vidéo de David Servan Schreiber  illustrant parfaitement ce mécanisme  https://www.youtube.com/watch?v=CO-b5Y8jo14 )

C’est ce qui peut nous conduire à émettre des mots, commettre des actes dommageables ou irréparables , même avec ceux que nous aimons profondément, simplement parce qu’une partie de notre cerveau est inhibée….

Des mots ou des gestes que nous regrettons sincèrement dès que le néocortex peut refaire son travail…Or les dommages sont là!  Nous pouvons devenir  d’une grande violence psychique ou physique car toute notre énergie est canalisée pour mettre l’autre (qui est désormais le danger, l’ennemi) à terre.

Brutus est contagieux! C’est à dire que quand l’une des personnes impliquées passe en mode « Brutus » dans la discussion (dispute), l’autre ne va pas tarder à faire de même!

Imaginez le tableau: nous avions deux amoureux essayant d’aborder un sujet sensible, nous voilà avec deux dinosaures prêts à tout; nous avions deux conducteurs dans leurs voitures (et une priorité à gérer) et nous voilà avec deux coqs en combat à la vie à la mort….(sans néocortex notre cerveau est proche de celui des animaux!)

Il nous faudra alors 20 mn de calme pour redevenir un être qui pense et qui est en lien avec son amour et quitter le mode Brutus, c’est ce que montrent les recherches par IRM (22 minutes exactement sans stimulation de l’amygdale).
Mon conseil aux couples (et à tous d’ailleurs) est de quitter la discussion dès que vous sentez que l’un ou l’autre « disjoncte »; non pas pour fuir le sujet mais bien pour protéger le lien, la sécurité avec l’autre, la santé de la relation.

Nous ne sommes pas tous égaux devant Brutus, certains d’entre nous ont un « sang-froid » remarquable (techniquement des liaisons synaptiques super performantes entre néocortex et cerveau archaïque), d’autres sont plus réactifs…

La fatigue, la faim, le cycle hormonal, l’insécurité influencent notre réactivité .

Une bonne nouvelle dans ce monde de Brutus: ça s’entraîne!

Par le dialogue intentionnel Imago par exemple (mon dada), mais aussi par la méditation, la respiration consciente et autres, il existe de nombreuses façons de solidifier notre réponse corticale; autrement dit de rester en contact avec nos belles aptitudes à l’échange et ne pas nous laisser embarquer dans la peur et la réactivité lorsque notre partenaire vient toucher des zones sensibles chez nous. La plasticité du cerveau est réelle et d’un potentiel incroyable.

Mon conseil aux couples en pleine crise : pour protéger le lien, l’autre et vous-même, quand vous sentez que ça « disjoncte », partez vous ressourcer 20 mn au moins. Quittez la scène du conflit. Souvent la reconnexion dans le cerveau passe par une activité dans le Corps (douche, jogging, yoga…), la Nature (balade, contemplation…) ou une activité sollicitant très directement le néocortex (lecture, méditation, sudoku….). L’idée étant vraiment de retirer de l’énergie de notre cerveau archaïque. Trouvez ce qui marche pour vous.
Il est inutile et illusoire de penser que nous réglerons quoi que ce soit dans la relation lorsque nous sommes en « Brutus », nous ne traitons pas avec la bonne partie de notre cerveau, tout ce qui peut arriver alors est de la bouillie relationnelle!


Florentine d’Aulnois-Wang


(ps 1: j’ai volontairement caricaturé et simplifié le fonctionnement cérébral pour illustrer mon propos)

(ps 2: mon champ de prédilection est le couple, cependant cette note s’applique vraiment dans nos relations plus étendues: avec nos parents, nos enfants, nos amis, nos collègues bien plus encore.)

(ps3: voici une photo de moi en mode « Brutus » ;-)

colere!