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dimanche 16 avril 2017

(Pr) C’est pas naturel


Prédication de Pâques, 16 avril 2017

Lectures: Matthieu 28, 1-10; Psaume 116, 1-9


Pâques! La fête du printemps! Célébration de la vie qui monte, du renouveau! De la nature, habillée aux couleurs de la joie! ...

Je pourrais continuer longtemps sur cette lancée, sans que personne ne proteste. Pourtant... question impertinente: est-ce que vous imaginez que Pâques puisse avoir lieu en automne, ou en hiver?

Impossible, dites-vous? Ce ne serait pas la même chose!?!

Mais pourtant, c’est bien ce qui se passe, pour la moitié du monde! Je veux dire: dans l’hémisphère sud; là, l’été vient de finir, l’hiver va commencer.

Vivre Pâques en automne, cela pourrait peut-être nous aider à comprendre que cette fête n’a rien à voir avec une célébration de la nature qui renaît. Tout au plus une heureuse coïncidence. Pâques, ce n’est pas naturel!

Au milieu de notre monde de lois (et je pense autant au code civil qu’aux lois universelles de la physique); au coeur de notre histoire humaine, quelque chose, tout à coup, a changé. Non pas une correction de trajectoire, pas un réglage supplémentaire: mais une révolution! (j’allais dire: une conversion!). Quelque chose a été tourné fond sur fond! Pâques, ce n’est pas naturel du tout, c’est même l’envers du naturel!

Oui, bien sûr, le naturel reviendra au galop, mais depuis qu’il a été chassé, nous savons qu’il a été vaincu; qu’il n’est pas le dernier mot du monde, et de l’histoire, et de Dieu; qu’auprès du Christ, avec l’aide de son Esprit saint, nous pouvons toujours retrouver la force de le dominer, nous aussi.

Le naturel c’est quoi ? Eh bien, la guerre, c’est naturel. Et la souffrance, et l’égoïsme, et la peur; ça, c’est naturel. La mort aussi, bien sûr! Mais la révolution, vous le savez, c’est qu’au matin de Pâques, tout ça, même la mort, s’est fait poser un lapin!!
 

Dans l’Antiquité, et dans le judaïsme aussi, on pense que la mort est une fin totale. L’arrêt du corps, du coeur, du cerveau, on croit que c’est la fin de toute existence, et même de toute relation avec Dieu.

Face à ces religions-là, la résurrection proclamée par le Nouveau Testament s’inscrit complètement à contre-courant: Dieu nous aime, il reste relié à nous au-delà de la mort. Ce qui était une barrière totale n’est plus une barrière du tout: Christ est des deux côtés; vivant ou mort, il règne de part et d’autre, et les croyants avec lui! Pâques, ce n’est pas naturel du tout!

Une preuve encore: la frousse! Les gardes sont paralysés par la peur. Les deux Marie sont toutes tremblantes, et l’ange doit déployer toute sa psychologie pour les rassurer. Pâques, ce n’est pas naturel.
 


Mais surtout, à quoi sert cet événement incroyable? Eh bien, il n’a pas d’autre but que d’être annoncé aux disciples, aux chrétiens. La résurrection n’est pas faite pour être proclamée aux incroyants, elle est trop incroyable! Elle peut même devenir, nous le savons, un obstacle à la foi.

Pâques n’est pas un événement pour l’extérieur, mais pour l’intérieur: pour redonner courage aux chrétiens, pour les stimuler sur les chemins de la mission que Jésus va leur confier, quelques versets après notre passage, quand il dit: “Allez, faites de tous les peuples mes disciples, apprenez-leur tout ce que je vous ai appris, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et sachez-le: je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde!”
 

Comme aux croyants d’il y a 2000 ans, Pâques nous est donné, à nous chrétiens d’aujourd’hui, comme une ouverture formidable à l’inespéré, pour faire exploser nos résignations, pour nous mettre en marche sur des chemins neufs, risqués, des chemins pas naturels du tout! C’est le fameux renversement des valeurs que chantent les chrétiens: celui qui a été mis en route par le Christ n’a plus les mêmes priorités que les autres. Quelque chose a été tourné fond sur fond.

Dans quelle direction le ressuscité va-t-il nous lancer? Dans quelle direction le ressuscité va-t-il te lancer? Dans le domaine social, la lutte contre le chômage, ou l’accueil des migrants? Dans les relations avec les pays pauvres, à l’exemple d’un Raoul Follereau? Ou, plus près de nous, dans le combat quotidien contre la résignation, le fatalisme, la peur, à l’intérieur même de notre propre vie? Dans la lutte avec la mort, en nous ou autour de nous? Dans des gestes, des paroles, des amitiés qui ressuscitent l’espoir pour deux ou trois que Dieu a placés à portée de notre foi?
 

La réponse, bien sûr, ne peut être donnée que par chacun, pour lui-même. Par chacune, pour elle-même!

Mais nous ne nous montrons disciples du Christ que dans cette transformation de la vie entière, qui atteste notre participation à son règne (son règne, qui n’est pas plus naturel que le reste, bien sûr!).

Vous me direz: “c’est complètement fou!” Evidemment! Comme Pâques, vous l’avez déjà compris! C’est fou comme la victoire de Jésus sur la mort et la haine. L’aventure de la foi pascale est à l’envers du monde.

Je ne vous suggère donc pas, en prolongement de cette prédication, de choisir dans votre coeur des gestes de réconciliation ou de solidarité, comme parfois. Non, je vous propose aujourd’hui beaucoup plus: de vous choisir une vie entière. Les gestes viendront bien après, tout seuls!

Vous me direz, pour la plupart, qu’il y a longtemps que vous avez fait vos choix de vie; les orientations essentielles de votre existence, vous n’avez pas attendu cette prédication pour les découvrir, heureusement! C’est clair.

Mais ce culte de Pâques nous est offert pour y repenser, à ces choix essentiels. Pour les retrouver, peut-être, face à l’évangile, afin que la Résurrection les re-vivifie, les rajeunisse, leur donne une vigueur nouvelle.

Depuis bientôt 2000 ans, Pâques nous appelle à devenir ferments d’un monde changé. Pâques nous appelle à ressusciter, chaque jour, ici-bas! Ce n’est pas naturel du tout, mais qu’est-ce que ça remplit la vie d’espérances passionnantes! Amen
  



Jean-Jacques Corbaz 


J’avais déjà écrit cette prédication quand j’ai lu ce texte de James Woody, qui la rejoint bien:





Pâques sans effets spéciaux

Pâques est-elle une fête à réserver aux superstitieux qui pensent qu’être croyant c’est être certain qu’il y a un dieu qui a réanimé un mort il y a deux mille ans? Les évangiles font d’abord de Pâques une réponse au vendredi de la condamnation à mort d’un innocent. Pâques, c’est avant tout le fait d’assumer les vendredis noirs de l’histoire : les dénis de justice, le massacre des innocents, le cynisme politique qui organise la paix civile sur le dos des populations; c’est assumer les crucifixions moins spectaculaires, mais tout aussi cruelles: un licenciement, une rupture, un cancer. Cela nous concerne tous, que nous revendiquions une identité chrétienne ou non, que nous ayons prévu d’aller à un office de Pâques ou non.

Les récits de Pâques mettent en défaut une conception physique de la résurrection: Jésus ne peut plus être touché, il n’est même plus reconnaissable par ses plus proches, ce qui signifie qu’il n’est plus visible en tant que tel. Le tombeau n’est pas vide du corps de Jésus; il est vide de ce qu’il a accompli, de son enseignement, de la puissance d’amour qu’il a manifestée et qui ne peut être définitivement enterrée. Pâques n’est pas la fête de ceux qui croient en un dieu tout-puissant qui aurait fabriqué les atomes et les cellules ou qui croient en ce dieu qui aurait décidé que la meilleure manière de rendre le monde plus vivable était de mettre à mort un innocent. Pâques n’est pas la fête de ceux qui pensent que «Dieu» est un être surnaturel siégeant dans un coin de l’univers, capable de réparer les corps meurtris ou d’arrêter un nuage de gaz mortel aux portes d’un hôpital. Pâques n’est pas la fête de ceux qui pensent que les bons croyants peuvent mourir cliniquement et, trois jours plus tard, retrouver une activité cardiaque et cérébrale.

Le dimanche de Pâques répond au vendredi en proclamant la résurrection, mais entendons-nous bien sur ce que signifie ce mot. «Ressusciter» dans la langue grecque qu’utilisent les évangélistes, c’est réveiller, c’est relever. Ce sont des verbes de la vie courante qui expriment la résurrection dans notre quotidien. Cela s’adresse en tout premier lieu aux contemporains de Jésus, qui vivotaient au lieu d’exister. Raconter la résurrection de Jésus c’est mettre en scène le réveil du désir de vivre chez ceux qui étaient noyés dans une ambiance mortelle. Les récits de Pâques disent la possibilité de retrouver du sens lorsque la vie semble n’être que chaos. «Dieu» désigne alors tout ce qui nous permet, aujourd’hui encore, de sortir de nos torpeurs, tout ce qui nous permet de devenir un peu plus vivants, un peu plus humains, d’exister à nouveau.

Ce qui est surnaturel, à Pâques, c’est que les histoires personnelles peuvent trouver un nouvel élan alors qu’elles semblaient épuisées de manière inexorable. Le deuil d’un être cher peut être traversé. Un échec peut être l’occasion d’un nouveau départ. On peut se réveiller de nos cauchemars. On peut être relevé de ce qui nous accable. On peut se relever d’un licenciement abusif. Nous pouvons être fautifs, avoir trahi et, néanmoins, être pardonnés. Une crise politique majeure peut être surmontée. Une conscience citoyenne peut ressusciter. Tout cela et bien d’autres choses encore sont possibles parce que le fondement de notre vie est toujours susceptible d’être libéré des entraves du moment. Lorsque nous manquons de rites qui nous permettent de faire face à nos deuils, qui nous permettent d’affronter les impasses dans lesquelles nous nous condamnons à demeurer, Pâques peut constituer un patrimoine dans lequel il est possible de puiser les éléments nécessaires pour reprendre pied dans une histoire qui est en train de nous échapper. Derrière le mythe de Pâques sommeille cette grande vérité qui nous concerne tous: il est possible de vaincre ce qui rend le quotidien mortel. Sans avoir besoin de nous affilier à une religion particulière, Pâques peut être une fête pour porter notre vie à son incandescence.

James Woody 
  






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