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samedi 26 octobre 2024

(Po, Co) Marche lente automne terrien


Le passé sur ses épaules alourdissait ses omoplates. Un peu plus épais peut-être que la moyenne, un peu plus grand. Mais n’était-ce pas qu’une impression?


Ces heures intimes du milieu de la nuit étaient son domaine. Dans les rues du village, où les siècles collaient aux façades; à travers les champs, où le passé couvait, silencieux mais présent. Peu d’années. Peu d’années encore, mais grosses de temps mort, mais lourdes de tant porter. Peu d’années vécues, combien à déployer?


Un bruit d’automobile, au loin. Promeneur hâtif vers son port, rejoindre le feu, chaleur de vie. Les autres. Le lit. Les murs. Sécurité.


Le passé dans son dos le courbait contre terre. Terre grasse et indolente de ses ancêtres paysans. Terre vieille et sûre qu’il rejoindrait - un jour.


Sa pensée cheminait à grands pas bottés, semelles épaissies par la boue glaise. Je viens, tu sais, je viens. Mais j’arrive avec tout ça dans ma hotte: mon pays, mes collines, ces pommiers, ces maisons. J’arrive avec ces hommes gestes lents, bouche lente, pensées lentes; mais si pleins, si pleines. J’arrive avec mon cœur, mes pipes, mes souvenirs tièdes ou glacés. Mes espoirs demi-ton. Mes compromissions. J’arrive avec le temps passé sur mes épaules.


Je viens. Mais pourquoi je vois si mal? Le brouillard est-il partout autour de moi? Non, il y en a aussi sur mes lunettes; poussières, saletés. Et puis non, il y en a encore dans ma tête, mes brumes d’avoir tant existé.


Le passé sur ses épaules alourdissait sa marche. C’est ainsi qu’il allait, au rythme de sa terre. La récolte est maigre, cette année. Les pommes-de-terre trop grosses ont un vide au milieu. Les épis trop petits. La vigne mal mûre.


Le pays l’empêchait de courir. Même de vouloir courir. La mort immobile, même pas menaçante, et pourtant inexorable. La mort enracinée dans le terroir, avec les vieux, avec les autres, dans les virgules et les soupirs.


Le passé annonçant la mort pesait sur ses épaules. C’est ainsi qu’il traînait sa lente presqu’espérance. Ne le jugez pas, coursiers de l’avenir galopant à son approche, ne le jugez pas. Je crois que c’est comme cela qu’il vivait, et qu’il vivait heureux.



Jean-Jacques Corbaz,14.10.77  



(Po, Co) Dans le brouillard forclain

La forêt d’en-haut a mis sa houppelande pâle. Un étang, promeneur mollusque, traîne au ras des collines, bras baladeurs. Les chalets se blottissent les uns contre les autres.
C’est l’heure grise où l’on repense aux vieux, que l’on croyait perdus.


Il descend sur nous. Enlace mollement nos maisons engourdies. Estompe nos contours dans un rêve embrumé, insaisissable.
C’est l’heure triste où tombent nos bras fatigués.


Mon  cœur
est un îlot où s’arc-boute la vie. Mais dehors, tout sourire lui paraît étranger. Un point, le début d’un rayon, pour un départ. Nommé espoir.


C’est l’heure blanche, petit matin, où l’on sait bien que tout repartira.

Dans le brouillard, l’espérance est vive. Elle me sauvera.


JJ Corbaz, le 5.7.77

 

 

(Po) Rendez-nous notre été


Rendez-nous notre été,
L’été qu’on nous a volé,
Le soleil de juillet,
Les chaudes soirées étoilées,
Mon cœur en paix.

Rendez-nous notre été,
Celui qui a filé
Droit sous mon nez,
Parti, sans se retourner…

Rendez-nous notre peur,
Trafiquants de la méfiance,
Laissez-nous ce chemin de partance,
D’adolescence (pas fuite, mais distance!),
N’y posez pas vos gros souliers.

Le saurez-vous?
C’est notre bonheur,
C’est notre liberté gagnée
Que de pouvoir, peu à peu, l’apprivoiser.

Rendez-nous notre paix.
Et vous… rendez-vous en été!


Jean-Jacques Corbaz, 24.7.1977  


jeudi 24 octobre 2024

(Po) Minuit

Regarde les choses:
Le monde qui tourne son surplace,
Ma maison, bateau qui flotte au milieu de la nuit,
L’oeil rond de l’église qui fixe l’éternité.

Regarde le vent,
Le vent qui tombe, et ça fait un grand creux,
Le vent qui troue le temps quand il s’en va,
Un calme immense où tout se fond.

Regarde les hommes,
Paisibles angelots déchus détendus pour la trêve,
Polissons endormis méconnaissables
Mais rêvant leurs peurs et leurs désirs.

Regarde leurs rêves,
Le général qui joue à saute-mouton tout seul,
Le copain qui grandit jusqu’à crever la terre
Et le petit berger qui devient loup-garou.

Regarde minuit:
Le jour change alors que tout est immobile,
Le jour marmonne, liturgie incompréhensible,
Et le veilleur fait signe de dormir.

Regarde la nuit:
Les prophètes reprennent leur souffle,
Le futur s’en vient, lentement,
Le chemin ne sera jamais plus comme avant.

Regarde,
Paupières closes,
Tu ne peux pas dormir?
Dans l’heure chose
S’ouvre ton avenir.

Veux-tu être émerveilleur?


Jean-Jacques Corbaz, 9.12.1976