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mercredi 25 décembre 2024

(Bi) Voici Noël les amis


Voici : Noël !

Odeur du sapin, grésillant sous la cire des bougies,

Mystère de la nuit,

Lueurs qui annoncent l’aube, si discrètes dans le sombre de nos vies.

 

Voici : Noël !

Poèmes, cadeaux, chants, contes… celles et ceux qui nous sont proches, rassemblés.

Et même d’autres, inconnus, offerts, à découvrir.

 

Tout cela nous parle d’une étonnante aventure, celle d’un Galiléen qui voudrait tant nous ouvrir à sa paix. À son respect de l’autre. À son espoir. À sa réconciliation, sa tendresse…

 

Voici : Noël !

Dites, et si cette fête pouvait nous rendre un peu mieux porteurs de sa lumière ? Plus sereins, plus résilients… mieux résistants à la tristesse ? Plus proches les uns des autres ?

Et si cette fête pouvait nous rendre un peu mieux cadeaux pour celles et ceux qui nous côtoient ? Ou qui sont plus loin ?

 

Voici : Noël ! Que la nuit vous soit douce !


 

Jean-Jacques Corbaz, pasteur     

 

mardi 24 décembre 2024

(Pr) Celui qui monte et celui qui descend

Prédication du 24.12.24 -  16 h  -  C'est qui, Auguste?


Lectures bibliques:  Luc 2 : 1 - 20  -  Psaume 2 : 1 – 7

 

J: Une histoire du paradis, il y a quelque 2000 ans. Le Seigneur Dieu, au milieu de ses anges, leur annonce une grande nouvelle: il a décidé d’avoir un enfant!

 

G: Murmures approbateurs des chérubins, séraphins et autres « facteurs » divins.

 

J: Quel jour, poursuit le Père, quel jour vous semble le plus favorable pour cet heureux événement? Que pensez-vous du 25 décembre?

 

G: Ah non, répond l’ange chargé du calendrier. Impossible! Ce jour-là, il y a déjà un immense bastringue sur Terre. J’ignore ce qu’on y fête, mais c’est sûr: la date est prise!!                   

(bref silence)

 

J: Alors, Noël: est-ce la célébration de Dieu, ou celle des hommes? Qui vraiment y fêtons-nous?

 

G: La question se pose, sans aucun doute. Elle s’est même posée dès le début. Car le récit bien connu de la naissance de Jésus dans l’évangile de Luc veut dénoncer de telles confusions: entre gloire de Dieu et gloire des hommes; entre divinité du Christ et pouvoirs humains.

 

J: Ce chapitre de Noël, on pourrait l’intituler: « Les sept différences entre Dieu et l’empereur Romain ». Tout entier, il a pour but de marquer ce qui oppose César-Auguste et le Christ.

 

G: Auguste, premier empereur de Rome, alors au faîte de sa gloire; fondateur de cette lignée de tout-puissants; exemple type du pouvoir qui asservit, qui va conduire à la folie!

 

J: « En ce temps-là parut un édit de César-Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre... »

 

G: L’empereur décrète. L’empereur ordonne.

 

J: Tandis que Dieu, lui, propose. Il arrive démuni de signes extérieurs de puissance, tout petit, fragile...

 

G: Un recensement, à l’époque, c’est d’abord le moyen de mesurer sa puissance militaire et fiscale. Il annonce des guerres et de nouveaux impôts. Souvenez-vous du roi David, qui avait aussi ordonné un dénombrement d’Israël, pour asseoir son autorité. Il s’était attiré la colère divine, puisque cet acte représentait en fait une mainmise sur le peuple: David s’appropriait ce qui appartenait à Dieu seul.

 

J: L’empereur veut connaître la force de son armée, et les ressources de ses sujets. Il compte ses richesses potentielles...

 

G: Petit clin d’œil: si Noël, pour beaucoup d’entre nous, est étroitement lié aux oranges et aux mandarines, eh bien, en fait d’agrumes, ce récit de Luc nous montre les provinces conquises pressées par Rome comme des citrons!

 

J: Jésus, lui, nous arrive dans le dénuement; la pauvreté. Une mangeoire à bétail, parce qu’il n’y avait plus de chambre disponible.

 

G: Dieu fait exactement le contraire d’Auguste.

 

J: Il ne compte... que sur nous!

 

G: L’empereur fait venir à lui les gens: pour le recensement, chacun doit se déplacer dans sa « commune d’origine ». Trajet à pied, fatigue, temps perdu... au service de Sa Majesté!

 

J: À l’inverse, c’est Dieu qui bouge: il ne nous demande pas d’aller, c’est lui qui nous rejoint. À notre service!

 

G: César et son Empire sont au sommet de leur puissance.

 

J: Tandis que Dieu est au plus profond du dénuement. Nouveau-né sans abri.  Sans sécurité. À la merci des hommes.

 

G: Au temps où Luc rédige son évangile, Rome fait courir une légende: Auguste serait né de façon merveilleuse, miraculeuse. Sa mère était vierge, et elle aurait été enceinte, non des œuvres de son père, mais de celles d’un dieu.

 

J: Et c’est comme pour répondre à cette prétention, et lui clouer le bec, que Luc annonce l’origine divine de Jésus. Seul le Christ est fils du Très-Haut, Dieu véritable. L’empereur n’est qu’un imposteur!

 

G: Déjà avant le Christ, on donne les qualificatifs de « Sauveur de tous les hommes » et « Seigneur » au tyran de Rome. Ses descendants obligeront leurs sujets à les adorer comme dieux!

 

J: Au fond, Auguste se divinise; il s’élève pour se faire l’égal d’un dieu.

 

G: Tandis qu’à Noël, le Très-Haut, lui, s’abaisse; il se fait l’égal d’un homme!

(bref silence)

 

J: Dernière touche sur le tableau: le recensement de Rome met en branle toute la terre connue. Se crée un gigantesque mouvement de déplacement.

 

G: Comme pour dire encore que l’empereur, sans le savoir, annonce Jésus. Car l’événement majuscule, celui qui va bouleverser le monde, c’est cette naissance en apparence dérisoire, inaperçue au milieu du tourbillon de César. C’est elle qui va changer la face des choses...

 

J: Et des gens !

 

G: C’est elle qui va mettre en marche le monde entier, vraiment.

 

J: Il y a bien sûr plusieurs inexactitudes historiques dans ce récit: Quirinius et Hérode n’ont jamais été au pouvoir en même temps. Le premier recensement mondial n’a eu lieu qu’en 75, soit 45 ans après la mort du Christ. Et les femmes comme Marie ne faisaient pas le déplacement avec leur conjoint, surtout si elles étaient enceintes jusqu’aux sourcils!

 

G: Mais peu importent ces détails. Car Luc ne fait pas de l’histoire, il prêche!

 

J: Il nous parle de Dieu à travers les événements qu’il raconte à sa manière, à l’exemple des savants de son temps. Par cette façon de présenter Noël, l’auteur nous suggère donc trois choses:

 

G: D’abord, que cet événement se déroule sous un horizon mondial, universel même, à l’exemple du fameux recensement.

 

J: Ensuite, que la puissance de Dieu n’a rien à voir avec celle d’Auguste et de l’Empire Romain. Elle en est même le contraire. C’est le pouvoir de celui qui se donne, et s’abaisse. Qui se met au service des autres.

 

G: Enfin, Luc annonce que cette naissance est le point de départ d’une aventure extraordinaire, bien plus extraordinaire que toutes les conquêtes romaines: dans ce qui démarre « en ce temps-là » se joue l’essentiel de notre vie. Notre salut.

 

J: Comme les bergers sont mis en marche par l’annonce des messagers de Dieu,

 

G: De même, l’évangile de Noël nous appelle à « bouger », à nous mettre en route pour « voir » le Christ et le louer. 2000 ans après l’histoire de Bethléem, saurons-nous découvrir ce Dieu à l’opposé des valeurs du monde? Saurons-nous le trouver, là où il est: dans une  mangeoire peu ragoûtante, sous une apparente banalité?  Saurons-nous l’adorer, nous émerveiller de sa proximité?

 

J: Cette surprise sera-t-elle notre cadeau de Noël?

 

G:  Cette année encore, Dieu vient.

 

J: Il ne sait, même, pas faire autre chose. Il ne veut régner que par la persuasion et l’amour. Il ne veut gagner notre adhésion que dans la faiblesse.

 

G: L’adoreront quelques bergers des steppes, voleurs de poules et mal civilisés...

 

J: Il est à notre merci. Depuis la paille de la crèche jusqu’au bois de la croix, et aujourd’hui encore, dans notre quotidien, nous tenons sa vie dans le creux de notre main. Comme déjà César-Auguste.

 

G: Comme Hérode et Pilate.

 

J: Nous avons tout pouvoir sur lui.

 

G: En ce Noël 2024, comment allons-nous l’accueillir?

Amen

 

 

Jean-Jacques Corbaz

 

 

samedi 14 décembre 2024

(Hu, Co) La famille Pimpin - conte de Nono gagophonique


 

La famille Pimpin


Il était une fois, dans un lointain pays du Proche-Orient, au coeur des régions glaciales de l’Arabie du Sud, une famille sympa de manchots, royaux bien sûr. C’était la famille Pimpin. Personne n’a jamais compris pourquoi ils portaient ce nom-là, puisque aucun d’eux ne ressemblait à une miche de pain, ni à un pin parasol, encore moins à une sirène de police ou à un lièvre de garenne (si vous étiez moins futés, j’aurais écrit «lapin»!).

Ils ressemblaient plutôt à une gentille mamanchot, à un sévère papanchot, à un étourdi enfanchot, sans oublier une adorable grand-mamanchot un rien gâteuse peut-être, mais qui aimait gâter son petit-fils, tellement qu’il en aurait eu les dents toutes gâtées - si par mégarde il avait eu des dents, ce qui, vous en conviendrez, est rarissime chez les manchots, même royaux.

Cette famille grelottait de froid à longueur d’année, sans le moindre répit. Ils auraient claqué des dents si du moins ils en avaient, de dents le bec! Chaque fois que le petit Pimpin ouvrait la porte du frigo pour y prendre une douceur, sa maman criait: «Ferme-la, petit Pimpin, on se les gèle jusqu’à la racine des cheveux!». Ce qui clouait le bec au jeune oiseau, vous vous en doutez, au point qu’il n’osait plus dire «Cheveu du chocolat». Voilà pourquoi sans doute sa grand-mamanchot lui en proposait 47 fois par heure, quand elle ne dormait pas.

                                               *

Un jour, le téléphone sonne. La mamanchot répond: «Allo?». Elle entend allôtre bout du fil une voix étrangère qui nasille: «Allo? Allo? À l’eau?»

- Ciel, fait Mamanchot, trois hommes à la mer! Qu’on leur jette des bouées!

- Mais, dit Papanchot, il n’y a pas de mer à 10 km alentours.

- C’est juste, susurre Mamanchot, et elle reprend: «Allo? Allo?»

- Allo? Allo? Allo? fait la voix inconnue.

- Allo quoi? questionne Mamanchot. Alloberge? Allotell? Allospice?

- Si vous me laissiez parler au lieu de sans cesse m’interrompre, gesticule l’interlocuteur anonyme (on pourrait presque dire: «AlloNyme»!).

- Bon, reprend Mamanchot, allo, euh, alors, accouchez, j’écoute!

- OK, dit l’autre. Je recommence. Allo? Je suis bien chez Monsieur Limpimpin? Est-ce que je peux lui parler?

- Lequel? fait Mamanchot. Limpimpin père ou Limpimpin fils?

- Je ne sais pas, répond allautre. C’est pour la poudre…

- Ah, je vois, dit Mamanchot. Pour la poudre, c’est sûrement le père Limpimpin, parce que le fils n’a pas encore inventé la poudre.

- Oulà, c’est embêtant, nasille M. Allo. J’en aurais besoin pour un cadeau de Noël. Quand pensez-vous qu’il l’inventera?

- Ouais, vous non plus, apparemmentchot, marmonne la maman.

- Quoi, moi non plus? Quoi ma non plus? Qu’est-ce qu’elle a, ma non plus?

- Ah, reprend Mamanchot soulagée, c’est toi, Pascal! Tu m’as bien eue. J’ai marché un bon moment. Comment va David?

- Ouais, fait la voix étrangère qui ne l’est plus du tout et qui ne nasille plus la moindre, David va bien, merci. Y a juste Marie qui a dû repartir à Bethléem, comme chaque année, pour fêter Noël. Elle commence à en avoir marre, la pauvre. J’ai été un âne de lui avoir choisi ce prénom quand nous l’avons adoptée à la crèche.

- Boeuf, dit Mamanchot… Euh, je veux dire «Bof», maintenant qu’elle connaît le climat, elle a pris les habits qu’il fallait pour ne pas avoir froid, je suppose.

- J’espère, répond Pascal, mais elle préfère la fête de Pâques, je me demande bien pourquoi…

- En tout cas, chez nous, je suis toujours emmitouflée au maximum, poursuit Mamanchot. Je suis gelée!

- À propos, les Pimpin, vous avez été bêtes aussi: si vous aviez appelé votre fils Napoléon, vous auriez eu un Bonaparte manchot! Héhé!

- Ouais, elle est aussi vieille que l’arrière-grand-mère de feu Mathusalem, celle-là. Toi, Pascal, tu fais un sacré manchot!

- C’est pour ça qu’avec moi, Marie a toujours sacrément chaud, s’amuse Pascal en raccrochant au nez - pardon, au bec - de Mamanchot. Ciao, ciao, gros becs à toute la famille!

                                             *

Mamanchot en rigole encore quand on sonne à la porte. «À cette heure tardive, qui  donc peut carillonner de manière aussi… wagnérienne?»

Elle ouvre et ne peut retenir un cri de surprise: sur le seuil se tient… vous n’allez pas le croire (puisque vous n’y croyez pas), se tient… le Père Noël!

- Mais, dit Mamanchot tout ébahie, mais, mêêêh…

- Bonsoir petit mouton, fait le Père Noël. Je suis bien chez Monsieur Limpimpin?

- Mais, mêêêh, bégaie Mamanchot, mais je ne crois pas au Père Noël!

- Oh ciel, petit mouton, répond le Père Nono, excuse-moi!

Et il disparaît aussitôt.

Pendant ce temps, Grand-Mamanchot s’est réveillée. Elle offre des chocolats à son petit-fils; puis, ayant entendu les mots «Père Noël», elle se met à chanter l’hymne de la famille Duciel: «Betty, Baba, Noëlle, Candide et Sandra Duciel, avec des jouets par milliers, n’oublie pas mon petit soulier…»

Aussitôt, le Père Noël réapparaît. «Ah, il y a quelqu’un qui croit au Bon Enfant dans cette maison!». Et il entre au salon avec autorité et hotte sur le dos.

Mamanchot, de plus en plus stupéfaite, a de la peine à varier son vocabulaire:

- Mais, mêêêh…

- Écoute, petit mouton, tu ne pourrais pas la boucler un moment? fait le Père Noël un peu agacé (il faut dire qu’il est fatigué, il travaille 24 heures par nuit depuis au moins midi, en suivant les fuseaux horaires).

- La boucler? répond Grand-Mamanchot. Mais elle est déjà toute bouclée, ma petite moutonnette. Même que, quand elle allait à l’école, tout le monde l’appelait déjà «Moumoute».

- Ça se passait chez le Père Huck, je parie, bougonne le vieux barbu.

- Dites, l’interrompt Grand-Mamanchot, Père Noël, vous ne pourriez pas nous raconter une histoire? Ma fille refuse toujours, elle dit que je n’ai plus l’âge.

À ce moment, Limpimpin junior déboule de l’escalier:

- Mais non, Grand-Maman, c’est faux! Elle dit toujours que tu retombes en enfance! Oh, bonjour, Père Nono! Alors, c’est vrai, vous allez nous raconter une histoire?

- Bonjour, petit Pimpin! Oui, je suis d’accord. Mais avant… mais avant, (il fouille dans sa hotte) j’ai un cadeau pour ce petit mouton qui ne croit pas au Père Noël. Vous m’avez bien dit qu’elle a tellement froid qu’elle grelotte? Du matin au soir et du soir au matin? Alors, voici la fin de vos tourments.

L’homme en rouge sort un paquet de sa hotte et le tend à Mamanchot. Qui l’ouvre, prête à croire au Bon Enfant, à saint Nicolas et même au Père Fouettard peut-être, si on parvient à la réchauffer. Dans le paquet, il y a… il y a… un grelot de traîneau!

- Ouaf, ouaf, fait le Père Noël en se tordant les côtes, vous avez compris? Je lui offre un grelot parce qu’elle grelotte, ouaf, ouaf!!

- Écoute, petit chien, tu commences à m’agacer, réplique Mamanchot, énervée (il faut dire qu’elle est fatiguée, elle travaille 24 heures par jour depuis au moins six heures du matin).

Et, se saisissant du grelot, elle le jette par la fenêtre.

- Ouaf, ouaf, fait le Père Noël, et il saute dehors à la poursuite du grelot. Le rattrape. Le saisit dans sa bouche et le ramène, tout frétillant, à Mamanchot.

- Nom d’un clebbs, dit Papanchot qui vient d’arriver, voilà un chien qui rapporte! De quelle race est-il?

- Je crois que c’est un dogue allemand, ou finlandais, répond Grand-Mamanchot. En tout cas, il vient du nord!

- Eh, dogue, dit Mamanchot, est-ce que tu as encore quelque chose pour nous dans ta hotte, dogue?

- Jawohl, répond le Père Noël en reprenant son apparence Bon Enfant. Admirez l’artiste au travail!

Et il sort de sa hotte un paquet plus gros, avec précaution. Papanchot l’ouvre, et découvre une cruche à feu.

- C’est mon ami Elias qui m’a donné l’idée, commente le vieux barbu. Dans cette cruche, il y a un paquet de braises. Et grâce à elles, vous pourrez toujours faire du feu pour vous réchauffer!

- Merci, oh merci, Père Noël, fait toute la famille en choeur. Quand tu es descendu du ciel avec des jouets par milliers, tu n’as pas oublié nos petits souliers!

Et voilà Papanchot et Mamanchot qui se mettent à faire un énorme feu dans la cheminée. Du coup, ils n’ont presque plus froid, et il paraît même que Mamanchot a cessé de grelotter pendant quelques minutes.

- Eh mais c’est pas tout, ça, réclame Grand-Mamanchot qui se réveille une nouvelle fois. Et mon histoire? Au fait, vous prendrez bien du chocolat, Père Noël?

- Désolé, répond le gros homme rouge, mais mon régime me l’interdit. Mais si vous insistez, je boirais bien quelque chose.

- Du vin? De la bière? Du Pernod (elle est bonne!)? propose Papanchot. Ça réchauffe!

- Mon régime, mon régime, les enfants, se lamente Grand-Père Nono. Comment voulez-vous que je passe par les cheminées avec toutes ces calories?

- Régime? Alors une banane? suggère Mamanchot.

- Vous n’auriez pas plutôt du Coca-Cola, supplie le barbu.

- Du Coca… light, alors, à cause de votre diète.

- Light, bien sûr, c’est la couleur de la lumière, fait le Père Noël.

C’est ainsi que, confortablement installés au coin du feu, avec ou sans cruche, une boisson à portée de main, la portée des Pimpins peut écouter l’histoire du PèreNod.

- Dans les montagnes de la Calabre vivait une troupe de brigands. Un soir, au coin du feu, le chef dit à Pipo: raconte-nous une histoire! Alors Pipo commença ainsi…

- Ah non, Père Noël, on la connaît, celle-là, pleurniche Grand-Mamanchot déçue.

- Attendez, réplique l’homme en rouge un peu fraîchement, Vous voulez une histoire, oui ou non?

- Oh oui, oh oui, oh oui! demande jeune Pimpin tout excité.

- Alors, Pipo commença ainsi: dans un lointain pays du Proche-Orient, au coeur des régions glaciales de l’Arabie du Sud, vivait une famille sympa de manchots.

- On s’y croirait, murmure Grand-Mamanchot en essuyant une larme de ses yeux.

- Un soir, au coin du feu, le Père Limpimpin prit la poudre d’escampette pour aller rejoindre une jeune brebis au doux lainage bouclé. Mais voilà que, tandis qu’il lui contait fleurette sur l’herbette (avaient-ils l’air bête, le manchot et la brebis?) survint un troupeau d’anges du ciel qui annonça une grande nouvelle, dans la ville de David, et gloria, et caetera, et sa mère Marie l’emmaillota et le coucha dans la nuit fraîche…

David? Marie? Les deux prénoms ouvrent soudain les yeux de Mamanchot qui s’exclame:

- Pascal! C’est toi! J’ai failli ne pas te reconnaître!

- Ah Pascal, quel bon gag, dit Papanchot en tirant la fausse barbe du Père Noël.

- Aïe, fait le Bon Enfant, aïe, mais qu’est-ce qui vous prend? Je ne suis pas Pascal, je suis le Père Noël, le vrai! Tenez, regardez ma carte.

Et il leur sort une pièce de légitimation officielle attestant qu’il est le vrai, le seul, l’unique Père Noël, celui qui est envoyé par un grand marchand de boissons gazeuses au délicieux goût de cola…

Du coup, Grand-Maman se réveille. Après avoir offert du chaud cola à l’assemblée (chaud à cause du feu, vous l’aviez deviné, sauf ceux qui somnolent), puis du froid Cola light à l’homme au régime, elle supplie:

- Et la fin de mon histoire, Grand-Papa?

- Bon, je continue, fait le Père Nono. Mais ne m’interrompez plus!

…Lorsque les anges les eurent quittés, les bergers se dirent les uns aux autres: ‘Allons jusqu’à Bethléem, avec les mages, porter à Jésus nos hommages’…

- Chef, chef! s’écrie le berger Pipo. Moi, je n’ai plus d’hommage. J’ai mangé tout le mien à souper!

- Pas du fromage, Pipo, répliqua le chef. Des hommages!

- Quel dommage, ô mage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie? fit Raphaël, le plus âgé des bergers.

- Qu’est-ce que tu as, Raphaël? demanda le chef.

- Eh bien, dans l’histoire, les hommages sont… attends, je sors la liste: un agneau tout petit; du miel; des fruits; et un pipeau taillé dans un roseau.

- Et alors, what’s the problem? Asked the boss.

- Ben tu sais bien, répondit Raphaël, c’est que Pipo ne sait pas chanter. Ça va faire un hommage terriblement cacophonique.

- Comment ça, je ne sais pas chanter? s’énerva Pipo, vexé. Pas du tout! Écoutez: «Oh nuit…»

- Non, tu ne chanteras pas! firent les autres en choeur.

Et ils lui tapèrent dessus à coups de poisson jusqu’à ce qu’il se taise, une grosse bosse sur le front.

- Oh, boss! pitié! souffla Pipo.

Et voilà pourquoi, conclut Papa Noël, voilà pourquoi les pipeaux, aujourd’hui encore,  sont muets et que les bergers n’offrent plus que des hommages de brebis.

                                             *

Il est presque minuit, maintenant. Un bref silence ponctue la narration. Mais soudain, un coup de sonnette déchire la nuit.

- Ah, c’est malin, s’écrie Mamanchot. Qui c’est qui devra la recoudre, la nuit, hein, je vous le demande, c’est moi bien sûr!

La porte s’ouvre toute seule et un rire sonore retentit dans la pièce:

- Joyeux Noël, mes amis!

La famille Pimpin n’en croit pas ses yeux: sur le seuil se tient, hilare, un… mais oui, un Père Noël!

- Au secours! Un imposteur! s’écrie le Bon Enfant n°1.

- Au secours! Un imposteur! s’écrie le Père Noël n°2.

Le ton monte, et Grand-Mamanchot se réveille une nouvelle fois:

- Du chocolat, mes amis?

Le second Père Noël se sert avec gourmandise. Aussitôt, toute la famille Pimpin s’exclame:

- C’est toi, Pascal, on t’a reconnu! Ta gourmandise t’a trahi!

Papanchot lui arrache sa fausse barbe, et le visage familier de Pascal apparaît.

- C’est vrai, j’avais oublié que le vrai Père Noël est au régime. Mais, poursuit-il, mais ce n’est pas une raison pour bouder mes cadeaux!

Et, de sa hotte, il sort… un grelot et une cruche à feu!

- C’est Marie qui m’a donné l’idée. Elle l’a reçue d’un certain… Elias, je crois! Joyeux Noël!



Jean-Jacques Corbaz, décembre 2003   




Pour tout comprendre de cette histoire, sachez que:

- la peluche favorite de Fabrice était un manchot royal nommé Pimpin.

- un des meilleurs amis de Sylvain était David, dont la soeur s’appelle Marie et dont le père, Pascal, raffolait de faire des farces.

- la grand-maman de Sylvain et Fabrice, quoique pas gâteuse du tout, était une dealeuse de chocolats hors pair!

- un dessin (duquel des quatre? Benjamin?) représentait la mer, avec un panneau sur lequel on lisait «La mer à 10 km» alors qu’on la voyait toute proche!

- Sylvain et Fabrice avaient beaucoup aimé le conte de Noël «Elias, qui avait toujours froid», de Joël Allaz, qui comprenait le cadeau d’une cruche à feu.

- quand j’étais petit, dans les années 1950, on ne parlait jamais de Père Noël, mais on disait «le Bon Enfant».

- il y a une allusion encore à une histoire de Noël avec le berger Raphaël que j’aimais raconter: un petit roseau qui voulait tellement chanter est taillé par un berger pour devenir un pipeau; il est offert ensuite à Jésus à la crèche, et son son si doux enchante la sainte famille. 
   

 

vendredi 13 décembre 2024

(Po, Co) Terre interdite (poème de Noël)

  


Le vent souffle sur la banquise. La glace craque, la banquise se rompt. Le fond qui fond. Frankenstein à la poursuite de son monstre. Frankenstein qui vient mourir épuisé entre mes bras. Et le monstre qui vient le pleurer près de moi.
Marie Shelley à la poursuite de mon ombre. O mon Annie, mon amour impossible, ruisseau de feu, banquise en flammes, mer de soif. Annie, mon petit clown pas assez triste, ma vie envolée à l’albatros. Claudicante et ressuscitante. Tenace.

Qui suis-je, pour mériter de tels déploiements? Qui est-ce que je deviendrai? Quelle façade devrai- je bâtir en hâte?
Le vent souffle chaud, c’est anormal. Meurtrissure. Le vent s’époumone. Tant mieux. Tant mieux si je m’endors. Je ne suis au moins pas responsable de mes songes. J’ai le droit d’être pathétique. Psychopathétique. En rêve.

Le vent s’époumone, mais c’est toujours ton nom qu’il murmure. Effet connu, stéréotypé, sans originalité. Mais ça fait toujours son effet.
Ton nom, Annie. Ton nom et tes mille visages. Trop belle pour être simple. Trop lumineuse pour être une. Annie. A comme angoisse, N comme nuée, N comme nuit, I comme immersion et E comme escalier. Je colimaçonne entre tes spots lumineux. Je veux m’accrocher, mais c’est interdit. Terre interdite.

Mais prends un visage humain, une fois! Sois humaine, non! Viens, fais-toi accessible, enfin! Enfin.

Le vent souffle sur la banquise, qui fait ressortir ma fixité. Annie. Théophanie. Montre-toi, quoi! Ça fait des périodes glaciaires que je t’attends.
Tu viens. Bien sûr, tu viens. Mais est-ce que je t’aurai attendue? Tu viens à en mourir. Mais qui de nous deux va mourir en premier?

Mais. Mais. Mais serais-tu déjà venue, et que je t’aie manquée?

 

Jean-Jacques, 28.12.75 

 

vendredi 6 décembre 2024

(Li, Po) Qu’elle vienne (Avent)

Qu’elle vienne, la Parole,
Qu’elle vienne comme un éclair,
Abondante comme un ruisseau,
Qu’elle vienne, infatigable.

Qu’elle vienne, la Parole,
Qu’elle vienne et nous éclaire,
Qu’elle danse à notre approche,
Qu’elle vienne, encor’ nouvelle.

Qu’elle vienne, juste et folle,
Vienne au creux de notre hiver
Nous sortir de nos tombeaux,
Changer nos vies par son sel.

Qu’elle vienne, la Parole,
Aux blessures de notre chair,
Qu’elle vienne, ronde ou croche,
Nous vivrons nouveau Noël!


Jean-Jacques Corbaz, 13.12.1977  


(Co) Une nuit pas comme les autres


Une nuit de Noël pas comme les autres. Je n’ai pas mis de souliers dans la cheminée. D’ailleurs, pas de cheminée. D’ailleurs, pas de Père Noël. Rien que l’amour. Et l’amour, c’est tout. Je suis riche!

Une nuit de Noël pas comme les autres. Depuis huit mois, mon amour. Chaque soir. Il vient. Pas besoin de cheminée. Depuis l’amour.

Une nuit de Noël pas comme les autres. Il viendra, pour la 248ème fois. Il me l’a dit. Une nuit de Noël à deux. Attendue depuis 30 ans. Seule.

Une nuit de Noël pas comme les autres. Pas de sapin, pas de cadeau. Mon amour, le seul cadeau. Mon espoir, la seule bougie. Ma confiance, le seul sapin.

Une nuit de Noël... Tiens, il est en retard. Bizarre. Une nuit de Noël qui commence par attendre. Une nuit pas comme les autres.

Une nuit de Noël... Minuit bientôt. La pendule assassine perce mon coeur de ses pointes saccadées. Tic, tic, tic, tique, et tique, retique, relique, éthique, tac, étique et tac, étiquette à coins noirs, pourquoi du noir, pourquoi toujours du noir?!

Une nuit... noire. Douze coups résonnent dans ma torpeur. Il - ne - vien - dra - ja - mais - il - ne - vien - dra - ja - mais. Je tuerai la pendule de Grand-Maman. La pendule noire, mais non elle est brune, je deviens gaga, c’est ma faute, me monter la tête avec ces histoires.

Une nuit à histoires. Histoires tristes. Pas comme les autres. Une nuit de Noël presque comme les autres. Presque pas.

Une nuit de Noël presque pas comme... ce bruit? Ce bruit?! C’est lui? C’est lui! C’est lui!!! D’où vient-il?
- D’où viens-tu?
Il n’est pas dans son état normal. Comme les autres. Il a bu?

- Tu as bu?!
Une tristesse pas comme les autres. Presque pas comme les autres. Une engueulade pas comme les autres. Oui, presque comme les autres pourtant... Une biture, au fond, comme les autres.

Une nuit de Noël pas comme... Ah, non! Il ronfle sur le parquet, plus fort que d’habitude, plus sale que d’habitude, plus tard que d’habitude. Une nuit de Noël pas comme les autres: ma première nuit de Noël à deux.

Mais notre enfant ne naîtra pas le 25 septembre... pas non plus... Que vienne enfant, pardon, enfin, une nuit pas comme les autres.


Jean-Jacques, 31.12.75 

 

(Po, Li) Venez, chantons (cantate Dominum)

Venez, chantons à Dieu un chant nouveau
Un chant vraiment nouveau
Un chant de joie et de reconnaissance
Un cri d’espoir, un pas de danse
Dieu vient, bientôt
Au cœur
du monde.

Beauté toute simple de l’étoile dans la nuit
Modeste jaune, humble éclat sur fond bleu
Signe de vie
Et de présence
Dieu vient, bientôt
Au
cœur du monde.

La terre frissonne devant cet avenir
Fascinée et craintive
Elle pressent que rien ne sera plus comme avant.
Ses calmes rives
À longues manches
Neige lascive
Ou larmes blanches?
Le monde attend.
Dieu vient, bientôt
Au
cœur du monde.

Viens!
Regarde!
Il se glisse au milieu de nous
Si puissant qu’il transfigurera le monde
Mais si discret qu’on peut toujours le rejeter
Tellement il respecte notre liberté.
Dieu vient, modeste et passionné
Il vient bientôt
Au
cœur du monde.

Viens!
Viens vivre!
Vivre et chanter, nouveaux
Vraiment nouveaux
Un chant de joie et de reconnaissance
Un cri d’espoir, un pas de danse
Dieu vient, bientôt
Au
cœur du monde.


Jean-Jacques Corbaz, 19 décembre 1973   


(Bi, Re) Dieu se moque-t-il de la souffrance des peuples?


Beaucoup de chrétiens me demandent que fait Dieu en ces temps. Nous a-t-il abandonné, se moque-t-il de la souffrance des peuples, de la ruine des uns et de la mort des autres ?
Alors je me suis dit : qu'a fait le Père quand son dernier fils a pris sa part d'héritage et qu'il est parti dans un pays lointain pour dépenser sa fortune dans une vie de désordre ?
(Luc 15, 11-32)

Le Père l'a laissé partir et il a attendu. Il n'a rien dit, n'a pas fait de reproches, ne l'a pas sermonné. Il l'a laissé libre de ses choix. Le fils est parti dans un pays lointain dépenser sa fortune et le Père n'a pas eu de nouvelles. Peut-être le Père a-t-il appris qu'une famine sévissait là-bas et il s'est inquiété pour son fils. Le Père n'était pas non plus responsable de cette famine, il ne l'a pas créée pour donner une leçon. Mais que pouvait-il faire ? Allait-il envoyer des émissaires pour le faire rechercher et le ramener par la peau du cou? Non il a attendu que le fils fasse l'expérience de la faim, du manque, d'un repentir, qu'il rentre en lui-même et se rende compte que sa prétendue liberté n'était qu'un esclavage. 

Quand le fils s'est décidé à rentrer, le Père ne lui a pas fait de sermon avec l'air entendu et victorieux de celui qui se réjouit de l'humiliation de l'autre. Il a organisé une fête. 
Nous sommes partis mener une vie de désordre dans un pays lointain. Désordre écologique, désordre économique, désordre social, désordre moral. Nous avons quitté la maison de notre Père, de notre patrie, de notre foi, de notre terre pensant que l'herbe serait plus verte ailleurs. Nous avons pensé que notre liberté passait par les plaisirs et la consommation, les abus et la domination des faibles. Et nous voudrions que Dieu agisse alors que nous sommes encore bien loin ? Tout le monde pense à demain en espérant que ce sera comme avant. "Mes vacances !" "Mes voyages !" "Mes soldes !" alors que beaucoup n'auront même pas les gousses que mangent les porcs. Beaucoup n'ont pas encore compris et se permettent en plus d'accuser Dieu d'une famine dont il n'est pas responsable, d'un désordre que nous avons créé, d'un abandon que nous avons choisi.  

Chaque fois que l'on accuse Dieu, c'est un Dieu païen qui est accusé et on a donc raison de le rejeter ce Dieu qui punit ou ce Dieu qui agirait sans respecter la liberté de l'homme. Ce Dieu là n'est pas notre Dieu. 

Dieu est Père et il attend que son Fils "rentre en lui-même" et revienne. Le silence de Dieu est l'espace de notre liberté.
Pierre Vivarès


(Co, Po) Avent, le vent

Le vent souffle sur la banquise. La glace craque; la banquise se rompt. Le fond qui fond. Le monde entier devient-il eau? Fleuve gris sombre pour nos errances? Grondant, gémissant, hoquetant… La peur du vide…

Mon Dieu, mon amour impossible, ma rencontre désespérée, ruisseau de feu, banquise en flammes, mer de soif. Toi que j’ai cherché dans les dunes de neige et de glace, comme Frankenstein à la poursuite de son monstre. Comme Frankenstein qui vient mourir épuisé entre mes bras. Et le monstre qui vient le pleurer près de moi.

Le vent souffle, il s’époumone. Tant mieux. Tant mieux si je m’endors. Que je rêve de ta venue, enfin.

Le vent s’époumone, mais c’est toujours ton nom qu’il murmure. Effet connu, mais qui fait toujours son effet.

Ton nom. Ton nom et tes mille visages. Trop beau pour être simple. Trop lumineux pour être un. Trop Dieu pour t’approcher.

Mais prends un visage humain, une fois! Sois humain, quoi! Viens, fais-toi accessible, enfin. Enfin…

Le vent souffle sur la banquise, et fait ressortir ma fixité. Viens, montre-toi! Ça fait des siècles, ça fait des périodes glaciaires que je t’attends.

Tu viens. Bien sûr, tu viens. Mais est-ce que je t’aurai attendu, alors? Tu viens à en mourir. Mais qui de nous deux va mourir en premier?

Mais. Mais. Mais serais-tu déjà venu, et que je t’aie manqué??


Jean-Jacques Corbaz, 22.11.1976   


lundi 2 décembre 2024

(Pr) Rencontre au coin du feu!

Le buisson ardent, 2 décembre 2024

Lectures: Exode 3, 1-7, puis 10; Jean 8, 31-36

Vous connaissez sans doute le negro spiritual «Go Down, Moses! Descend, Moïse, retourne en Égypte! Dis au pharaon de laisser partir mon peuple!»

Voici donc l’histoire d’une délivrance. Le passage qui nous occupe aujourd’hui, au début du livre biblique de l’Exode, est le point de départ de la fantastique libération de la sortie d’
Égypte. Un peuple nouveau va se constituer autour de ces chaînes brisées, autour de ce cadeau de Dieu: la liberté.

L’histoire d’une délivrance, donc aussi d’une naissance. Israël va venir au monde, après les contractions, les déchirements, les douleurs de l’Exode.

Quand ils étaient en Égypte, ils n’étaient qu’un paquet d’esclaves, descendants de plusieurs vagues de réfugiés… économiques (vous savez: lors des grosses sécheresses, le seul pays de la région où l’on pouvait trouver à manger, c’était la vallée du Nil). De ce groupe informe, Dieu va faire un peuple. Son peuple. Ses enfants.

Pour cet accouchement, il aura besoin d’une sage-femme… de sorte! D’ailleurs pas trop sage, car il faut être un peu fou pour se lancer à la tête de cette aventure! Ni trop sage ni trop femme… puisque les temps n’étaient guère propices au leadership féminin!

Cet accoucheur, Dieu le choisit dans la personne d’un berger. Peut-être à cause de son habitude à rassembler des bêtes rétives! Peut-être de par sa connaissance du désert et de l’
Égypte. Ou peut-être parce qu’il a montré des capacités de survie étonnantes en plusieurs occasions, va savoir. En tout cas, ce n’est ni un grand orateur, ni un chef militaire. Mais je parie qu’il a déjà souvent dû dans son troupeau conduire des mises bas éprouvantes!

Moïse. Fondateur d’un peuple, et d’une religion. Mais surtout, peut-être, sage-femme. L’histoire d’une naissance. Dites, et si c’était aussi la nôtre?

Il y a, dans le désert, une grande montagne qu’on appelle Horeb, et qu’on nomme ailleurs aussi le Sinaï. Mais les bergers du coin disent «la montagne de Dieu», allez savoir depuis quand? Presque pas de végétation, sinon quelques buissons rabougris qui s’accrochent à la pente, rude.

Un soir, Moïse voit tout-à-coup l’une de ces broussailles qui brûle. Mais sans faire de fumée! Il s’approche, curieux. Il observe, mais pas de trop près. Le buisson est en flammes, mais il ne se consume pas.

Alors Moïse se rapproche encore. Il dévie de sa route pour essayer de comprendre cet étrange phénomène. Et puis, l’avez-vous remarqué? c’est quand Dieu voit le berger quitter son chemin et venir dans sa direction, c’est alors seulement qu’il décide de lui parler. De l’appeler.

Pour que cette rencontre ait lieu, il a fallu que chacun fasse un pas vers l’autre. Il a fallu que chacun quitte son parcours balisé, prévu, normal. N’en est-il pas ainsi, également, de nos rencontres vraies, aujourd’hui?

L’histoire d’une naissance, c’est d’abord, logiquement, l’histoire d’une rencontre! La rencontre au coin du feu entre Moïse et Dieu. La rencontre, aussi, entre les cris, les plaintes, les souffrances des esclaves qui montent vers le Créateur; et lui qui descend, qui en a marre de voir les épreuves de ceux qu’il aime, qui décide d’intervenir.

Et ces mouvements du haut vers le bas et du bas vers le haut, ils sont le signe de l’incroyable bouleversement religieux et politique de cette année-là: tout à coup, Dieu n’est plus cantonné dans ses nuages, à baigner dans ses félicités éternelles. Il vient rencontrer notre monde, le pénétrer, le féconder, pour que naissent des temps nouveaux! Des temps de présence et de liberté.
 


Et si c’était l’histoire de notre délivrance? Avec les Églises chrétiennes, nous trouvons dans ce curieux récit imagé la préfiguration d’une autre naissance, encore plus étonnante, encore plus «révolutionnante»: celle où Dieu lui-même vient au monde, Noël.

Il vient au monde, il vient à nous pour nous rencontrer. Pour que nous fassions nous aussi le pas dans sa direction. Le pas qui sera notre chemin vers la liberté.

Mais attention aux illusions! Toutes ces images de chemin, de rencontre, de  délivrance et de naissance montrent bien que l’on n’est jamais achevé, accompli. Nous en avons trop entendus, de ces chrétiens qui affirment avoir rencontré Dieu tel jour, à telle heure, et que c’est acquis, et que, depuis, tout est parfait, le bonheur total…

La réalité, nous le sentons bien, est très différente. La Bible aussi, d’ailleurs. La rencontre avec Dieu n’est pas la fin de nos soucis, elle nous entraîne dans des difficultés nouvelles. Demandez un peu à Moïse, et aux amis de Jésus! Être esclave en 
Égypte était au fond facile, devenir homme libre est bien plus difficile!


Dans notre monde d’aujourd’hui; dans nos esclavages, nos oppressions, dans nos souffrances ou nos colères, nous aussi nous avons soif de libération. Comme au temps de Moïse, comme au temps des esclaves noirs aux USA, Dieu entend nos plaintes, nos appels. Et il descend!

Mais il n’a pas de baguette magique! Il a besoin de guides, et d’accoucheurs, comme Moïse. Il a besoin de nous aussi, de notre participation, de notre acquiescement. Aujourd’hui comme hier, comme en Jésus et comme au Sinaï, il nous appelle à nous engager sur des chemins de délivrance, ou de naissance.

Une route où il faudra beaucoup marcher. Où il y aura bien des murmures, des réticences, des souffrances. Des nostalgies aussi. Notre cadeau de Noël,  ce n’est pas du préfabriqué, et il faudra souvent relire le mode d’emploi. Comme pour ces meubles qu’on achète à Ikea!

Un chemin exigeant, une lutte quotidienne. Et pourtant c’est là que marche Jésus Christ, le modèle de notre parfaite liberté. Et c’est là que nous pouvons trouver la sérénité et la résilience qui nous permettront de traverser les épreuves sans nous laisser abattre.


Hier soir, à 18h, dans tout le canton, d’autres buissons ardents ont rappelé cette histoire-là. Les feux de l’Avent, chaque année, nous disent que les vieux récits de l’Ancien Testament peuvent se passer aujourd’hui.

Dites, et si cet Avent, c’était l’histoire de notre délivrance?
Amen

Jean-Jacques Corbaz





 Cantique: Go Down

1.  Là-bas mon peuple est enchaîné – chante liberté!
Travaille et meurt à coups de fouet – chante liberté!
Tu vas, berger, chanter la liberté,
Cours là-bas, crie pour moi: Dieu vient vous sauver!

2.  Vos yeux, vos fronts vont se lever – chante liberté!
Vos chaînes partir en fumée – chante liberté!
Tu vas, berger, chanter la liberté,
Cours là-bas, crie pour moi: Dieu vient vous sauver!

3.  Un jour, l'espoir sera vainqueur – chante liberté!
Dieu chassera la mort, la peur – chante liberté!
Tu vas, berger, chanter la liberté,
Cours là-bas, crie pour moi: Dieu vient vous sauver!