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lundi 2 novembre 2026

(Li, Hu) Il est dessous

Accueil - L'armoire est tombée 


Bonjour, et merci d’être venus ce matin ! 

C’est l’histoire de la dame au chapeau, qui entend son fils crier:

- Maman, l'armoire est tombée!!

 - Ouhlà, répond-elle, il faut prévenir Papa!

 - Oh, reprend le gamin, il le sait déjà: il est dessous! 

Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, notre Père du Ciel, lui également, sait déjà tout ce que nous brûlons de lui dire. Il le sait déjà parce qu’il est en-dessous, lui aussi! 

Je veux dire : il s’est abaissé plus bas que le plus bas des hommes pour être tout près de nous, le plus près possible... surtout lorsque nous sommes écrasés par les accidents de la vie! 

Bienvenue... 

 

Jean-Jacques Corbaz, septembre 2015 

 

(Pr) Halloween? Toussaint? Quelles relations avec nos défunts?

 Prédication du 2 novembre 2026  

 Lecture biblique: Jean 11, 17- 44 


Comme chrétiens, quelles relations pouvons-nous vivre avec nos défunts? Plus précisément, en tant que réformés, ou protestants, comment pouvons-nous vivre des relations avec nos défunts?

Les catholiques, eux, ils ont la Toussaint, bien sûr. Le 1er novembre, ils honorent les saints qui les ont précédés. Et le lendemain, 2 novembre, (donc aujourd’hui), ils marquent le jour des morts, qui évoque le souvenir des ancêtres, et qui invite à prier pour leur salut. On fleurit les tombes, on inter-cède pour les proches décédés.

Et il y a encore Halloween, plus récemment arrivé chez nous. Cette fête était, au départ, la veille de la Toussaint, mais elle est devenue davantage une célébration de la peur, de la magie et des sorciers; façon d’exorciser nos craintes, nos fantômes. Et puis voilà que, déjà, nous voyons Halloween évoluer encore et se transformer en fête de l’automne, de la courge ou des potirons.

Durant trois jours d’affilée, la mort est donc au centre des préoccupations de bien des gens par chez nous. Et comme les traditions religieuses s’imbriquent de plus en plus les unes dans les autres, nous réformés nous sommes automatiquement pris dans le mouvement. Sans parler des familles mixtes!

En théorie, vous le savez j’imagine, les protestants ne prient pas pour leurs défunts. Et ils n’ont pas de vénération particulière pour les saints.

Pourtant, le décès ne coupe pas toute relation entre les morts et les vivants. Heureusement! Beaucoup de personnes veuves me disent qu’elles parlent encore à leur conjoint, parfois plusieurs années après l’avoir enterré. Et souvent, des survivants écrivent: «De là-haut, veille sur nous»! Quoi de plus normal, même dans notre Église? Ne vous en privez pas, si ça vous aide à vivre votre deuil!



Maintenant, un peu d’histoire.

Savez-vous que ces trois fêtes (Halloween, la Toussaint et le jour des morts) sont d’origine païenne? Mais attention: avant de les effacer de vos mémoires, ou avant, à l’opposé, de vous lever et de partir fâché de ce culte, comprenez bien ce que ça veut dire, «païen». Le mot vient de la même racine (latine) que «paysan». Il désigne l’homme ou la femme de la terre, qui vit au rythme des travaux des champs, et des récoltes. Et qui, logiquement, exprime sa spiritualité, sa religion, d’une manière syntone, qui résonne en harmonie avec son quotidien. Sa culture.

Nos ancêtres étaient tous païens. Et ce paganisme a encore des conséquences aujourd’hui; parfois positives. On sait que Noël, par exemple, était une très ancienne fête païenne, célébration de la lumière, au moment où les jours recommencent à grandir; juste après le solstice d’hiver. À l’arrivée du christianisme, cette festivité a été transformée en commémoration de la naissance de Jésus, Lumière du monde.

Pour nos trois «jours des morts», c’est assez exactement la même chose: au départ, ces fêtes s’inscrivaient dans des sociétés stables, axées sur 4 réalités: (1) le sol; (2) les ancêtres; (3) les divinités; et (4) les vivants. Il fallait surtout relier ces quatre réalités, et en renforcer la cohésion: le sol, les ancêtres, les divinités et les vivants resserraient leurs relations, une fois par année, à travers des réjouissances religieuses. C’était tout un rituel d’apaisement face aux peurs soulevées par la mort. Les vivants, en renforçant leurs liens avec les proches décédés, réaffirmaient le sens de leur vie, leur solidarité «de clan». Ce geste de mémoire rattachait ainsi les humains à ceux qui les avaient précédés et enracinés sur leur terre.
Évidemment, ces célébrations n’ont pas de fondement dans les évangiles. Au contraire, Jésus a été, sur cette question, plutôt, euh... iconoclaste! Contestataire! Vous connaissez ses formules: «Laisse les morts ensevelir les morts» ou «Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais celui des vivants».

C’est à l’époque de Charlemagne (vers 800 après JC) que ces rites autour des défunts ont été «christianisés», donc recouverts d’un vernis chrétien. On a fait cela pour permettre à la foi évangélique d’être adoptée par de nombreux peuples et tribus. En effet, l’Église ne parvenait pas à balayer ni la fête de la lumière de décembre, ni les célébrations d’automne autour de la mort. Alors, l’Église a introduit dans ces rites des contenus en relation avec l’évangile. On a encouragé la vénération des saints et de la Vierge, et le culte des reliques (c’est-à-dire l’adoration des restes des saints, par exemple cheveux ou ossements); on a encouragé encore les pèlerinages, les processions...

C’est à ce moment aussi que le pays a été découpé en diocèses et en paroisses, pour encadrer le peuple, l’enseigner et le surveiller. Et c’est alors qu’a été réinventée l’école, pour instruire tout ce petit monde. C’est le cas de le dire, avec France Gall: sacré Charlemagne, oui sacré!

Ce fut donc le génie du Moyen Âge d’oser faire la synthèse entre l’héritage païen et le message chrétien. Mais cette synthèse a du coup provoqué un revers à la médaille: on a quelque peu émoussé le tranchant de l’évangile, on l’a dilué dans un ensemble de coutumes qui s’écartaient de l’enseignement du Christ et de ses apôtres.

Et c’est pourquoi, au 16è siècle, vous l’imaginez bien, c’est pourquoi la Réforme a voulu revenir aux sources et supprimer les traditions païennes qui s’étaient rajoutées. Les protestants ont alors balayé la Toussaint et le jour des morts (mais pas Noël, quand même; ça, c’était impossible, ils n’ont pas réussi!).


Tombe de Gainsbourg à Paris
Pourtant, le fait d’effacer une tradition populaire, ça ne permet pas de répondre aux besoins qui avaient fait naître cette tradition. Le protestantisme n’a souvent rien résolu en profondeur, quand il a supprimé ce genre de rites, sans rien mettre à la place. Nous réformés avons peu de symboles, peu d’images fortes ou de gestes parlants, qui aident à donner un sens aux grandes questions de la vie; et qui aident à transmettre ce sens!

Comment donc exprimer aujourd’hui les liens, la solidarité que la Toussaint essayait de concrétiser? En 2026, entre nous et entre les générations, comment resserrer les attachements communautaires?

Il ne faut pas se faire d’illusions: dans les contrées catholiques, la visite des tombes va aussi diminuer. Car nous ne vivons plus dans un monde rural statique. Les sépultures sont désaffectées en moins d’une génération; la pratique de l’incinération gagne du terrain; les cendres sont souvent déposées dans un Jardin du Souvenir qui ne mentionne même pas les noms des personnes placées là; et surtout, les déménagements, de plus en plus fréquents, distendent les liens avec le lieu d’origine et l’endroit de sépulture de nos parents.

Notre société, marquée par la mobilité, devra donc inventer de nouveaux langages pour exprimer cette continuité de l’humanité par-delà la mort. Et ce ne sont pas les psychologues, dépêchés sur les lieux des catastrophes, qui pourront développer cette solidarité spirituelle. Ils agissent sur le moment présent, pour aider à supporter le choc de la tragédie. Et c’est très utile. Mais ce n’est pas de leur ressort que de proposer des symboles collectifs; des rites qui ancrent le lien avec nos défunts dans la durée; des gestes qui disent le mystère d’une divinité qui seule peut tenir entre ses mains la vie et la mort, et donc le fil qui les rattache l’une à l’autre.

Ne nous trompons pas: ce n’est pas un acte rétrograde que de rendre hommage à celles et ceux qui nous ont précédés. Dans ce monde où tant de choses nous coupent de nos racines, c’est au contraire indispensable et sain de cultiver une telle solidarité.

Vous me voyez conclure: puisque les rites traditionnels moins à l’ordre du jour,  il est important de resserrer les liens entre les vivants encore davantage, en attendant que se dessinent de nouveaux rites adaptés à notre société. Il est important de vivre plus proches les uns des autres, en famille, en quartier, en immeuble ou en lieu de vie, comme ici à Plein Soleil. Veiller à entretenir ce qui nous relie aux autres. Et, peut-être par des photos, des vidéos ou des écrits, rester proches des générations qui viennent comme de celles qui nous ont précédés.

 

C’est pour les unes et pour les autres que Jésus exprime son émotion, ainsi que le raconte l’évangile de Jean que nous avons entendu tout à l’heure. Le Christ pleure de tristesse avec les endeuillés, et il pleure de joie ou de tendresse avec les enfants ou les jeunes couples. Et puis, en faisant ressortir Lazare du tombeau, ne nous remet-il pas en relation, tous, par-delà la mort? Ne nous remet-il pas en religion, puisque c’est toujours le fait de relier qui est dans ce mot?

Oui, qu’il nous relie, les uns aux autres. Qu’il nous attache mieux. Nous vivrons plus solides. 
Amen


Jean-Jacques Corbaz