Pour vous y retrouver

Bonjour! Bienvenue sur ces pages, que j'ai plaisir à ouvrir pour vous!
Vous trouverez sur ce blog différentes sortes de contributions:
- annonce (An),
- billet (Bi),
- citation (Ci),
- confession de foi (CF),
- conte (Co),
- formation d'adultes (FA),
- humour (Hu),
- image (Im),
- liturgie (Li),
- poésie (Po),
- prédication (Pr),
- réflexion (Ré),
- sciences bibliques (SB),
- vulgarisation (Vu).
Bonne balade entre les mots!

Ces œuvres sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé.

Ce blog fait partie d'un réseau de sites réformés "réseau-protestant.ch" qui vise à coordonner et rendre visibles et lisibles les publications web de la galaxie du protestantisme de Suisse romande. Voir sur ce blog la page https://textesdejjcorbaz.blogspot.com/p/blog-page.html>.

lundi 7 septembre 2020

(Pr) Quand Dieu "se retire" - Samson et la vengeance

Du 7 septembre 2020 - commémoration du 11 septembre 2001

(si possible lire toute l’histoire de Samson, dans Juges 13 à 16)

Résumé des épisodes précédents:

Samson est le fils d’un couple qui a été longtemps stérile. Un jour, Dieu leur promet un enfant, en demandant que ce dernier lui soit consacré. Signe de cette consécration, les cheveux de cet héritier ne devront jamais être coupés, et sa mère devra ne pas boire d’alcool ni manger aucune nourriture impure pendant sa grossesse.

Après sa naissance, Samson se révèle très tôt doté d’une force prodigieuse. Devenu chef des armées d’Israël, il est le fer de lance de la lutte contre les Philistins, qui occupent le pays.

Après des aventures rocambolesques que je vous conseille de lire dans le texte (Juges 13 à 16), autant dans le domaine militaire que sur le plan amoureux, Samson se lie avec une belle femme nommée Dalila.

Les Philistins soudoient Dalila pour qu’elle les aide à capturer Samson, en perçant le secret de sa force surhumaine. Après plusieurs tentatives de chantage sentimental, Dalila parvient à ses fins. Elle coupe les cheveux de Samson, qui est fait prisonnier; les Philistins lui crèvent les yeux et réunissent une grande fête pour célébrer la victoire.

Lire maintenant au moins
Juges 16, 23-31
puis Matthieu 5, 38-45
puis 1 Corinthiens 2, 1-5


 

 

Dans le journal “Libération” du 8 septembre 2003 (donc trois jours avant un sinistre anniversaire...), l’ancien chef des services secrets israéliens qualifiait Samson de “premier kamikaze de l’histoire”. Parce qu’il s’était tué par désespoir. Que faut-il en penser?

Un kamikaze, par définition, c’est quelqu’un qui se sacrifie pour son peuple, ou pour sa patrie, ou ses idées. Sa mort trouve un sens dans un idéal politique ou religieux; le kamikaze imagine, en offrant sa vie, faire avancer la cause qu’il soutient. Et souvent, il espère être récompensé dans l’au-delà. Ainsi, au Proche-Orient, des mères se glorifient de ce que leurs enfants kamikazes obtiendraient une place de choix au paradis...

Or la prière de Samson n’entre pas dans une telle logique; ni la façon dont sa fin de vie est rapportée. Ce qu’il exprime apparaît d’abord comme un cri de désespoir. Samson ne cherche pas à justifier sa prière qui appelle à la vengeance - ni par un idéal de guerre sainte ni par un désir de salut pour son peuple. Seul compte pour lui de punir les Philistins pour le mal qu’ils lui ont fait. De frapper plus fort encore qu’il n’a été blessé.

En cela, Samson ressemble assez peu aux kamikazes de nos guerres modernes (les Japonais des années 40, ou les extrémistes musulmans d’aujourd’hui).

De plus, remarquez que son acte ne sera pas justifié par des raisons religieuses. En effet, nulle part, dans notre passage, on ne voit Dieu intervenir. Bien qu’il soit fortement interpellé dans la prière de Samson (que nous avons lue), le Seigneur ne réagit pas. Pourtant, dans les épisodes précédents, on mentionnait souvent que l’Esprit de Dieu s’emparait de Samson pour lui faire accomplir des exploits mémorables!

Que signifie cette absence de réaction de Dieu? Samson n’a-t-il récupéré sa force que parce que ses cheveux ont repoussé? (c’est ce que sous-entend le verset 22, tandis qu’au verset 20, on nous disait au contraire que le Seigneur s’était retiré de lui)...

Notre histoire oscille donc entre une conception quasi-magique de la force de Samson, et une compréhension plus spirituelle où les capacités de l’être humain dépendent de sa relation avec Dieu. Parfois, on est tout proche d’Astérix et des Gaulois, et de leur fameuse potion! Et d’autres fois, on va déjà en direction d’une religion plus moderne, davantage basée sur l’amitié et la confiance; une force intérieure offerte par une foi solide.

La force retrouvée de Samson est-elle le signe que Dieu approuve son projet? En tout cas, la tragédie finale ne donne ni raison ni tort, à Samson pas plus qu’aux Philistins.

On voit donc qu’on ne peut pas s’appuyer sur ce passage pour justifier d’éventuels kamikazes, chrétiens ou juifs. Dieu ne nous appelle pas à la vengeance directe, comme le confirme Jésus, spécialement dans le passage de l’évangile selon Matthieu que nous venons de lire.
  

  J’ouvre ici une parenthèse pour rappeler que cette parole du Christ a souvent été mal comprise. Et même mal traduite, comme dans la version en français courant. En effet, en nous disant de tendre l’autre joue, Jésus ne nous demande pas de nous laisser faire violence, passivement, sans réagir. D’ailleurs, ce n’est pas ainsi qu’il a agi lui-même. Ne pas répondre à la violence par la violence, ça oui, bien sûr! Mais ne pas réagir du tout, rester passifs, céder; alors non, ce n’est pas ce que dit le Christ.

La violence est partout, nous le savons. Il est important, vital, de ne pas l’amplifier. Sinon c’est la loi de la jungle, la volonté du plus fort qui l’emporte; l’escalade. Il faut contenir la violence, la dresser comme on le ferait pour une bête féroce qui cherche à vous sauter dessus. Pour sortir du cercle vicieux, il faut être plus fort que les agressions, les brutalités, la haine...

Être plus fort: non pas passifs, mais actifs. Ne pas baisser les bras, mais les utiliser au mieux. Non pas ne rien faire, mais... tendre l’autre joue.

L’autre joue: savez-vous que le Nouveau Testament, écrit en grec, exprime là quelque chose d’intraduisible en français? Pour dire “autre”, il y a en grec deux mots: “allos” et “heteros”. “Heteros” (d’où vient le terme “hétérosexuel”, par exemple), c’est l’autre parmi deux choses, ou deux personnes; quand il n’y a que deux possibilités. “Allos”, c’est l’autre parmi plus de deux objets ou personnes. Ainsi, quand je dis: “Mes petits-fils sont malades: l’un a la grippe, et l’autre une bronchite”, l’autre, c’est “heteros”, car je n’ai que deux petits-fils. Par contre, pour “Un de mes paroissiens est à Bâle, un autre est resté chez lui”, l’autre, ce sera “allos”, puisqu’en tout ils sont plus que deux!

Or, dans “tendre l’autre joue”, pour “l’autre”, ce n’est pas “heteros” qui est employé par l’évangile (alors qu’on n’a que deux joues, pourtant); ce n’est pas “heteros”, c’est “allos”. Présenter l’autre joue, c’est donc tendre une autre joue, une joue différente. C’est réagir d’une manière nouvelle, qui aide à sortir du cercle vicieux de la violence; à rompre la symétrie.

Vous l’avez tous expérimenté: de répondre à l’agressivité par l’agressivité, ça engendre l’escalade de la violence. Mais à l’opposé, un mot, un geste, un acte à contre-courant peut tout changer; désamorcer l’agression, dés-armer la haine.
  

  Je ferme la parenthèse pour revenir à l’histoire de Samson, dont l’intérêt, pour moi, réside dans deux thèmes: celui de la prière; et puis cette image des colonnes.

D’abord la prière. Car cette histoire, pour moi, illustre le fait que nous pouvons tout dire à Dieu. Jusqu’à nos désirs de vengeance, jusqu’à nos cris de bête blessée, lorsque nous sommes comme Samson incapables de comprendre ni de supporter ce qui nous arrive. Même si ma prière, qui sort des tripes, demande quelque chose de contraire à la volonté de Dieu, eh bien, lui, il m’écoute. Plein de tendresse. Il comprend. Il ne porte aucun jugement sur mes imprécations. Il sait qu’un être humain humilié a besoin de retrouver une force, très profondément, qui le relie au Ciel, et aux autres, et à lui-même.

Bien sûr, Dieu ne va pas nous aider à mener nos vengeances, grosses ou minimes; mais il reçoit nos cris avec son affection infinie. On peut tout lui dire! ... Je pense même que de crier à la violence et la remettre presque entre les mains de Dieu peut devenir salutaire: de telles prières pourraient nous éviter peut-être de passer à l’acte...
  

 L’autre intérêt de cette parole biblique, pour moi, réside dans l’image forte des colonnes.

Nous parlions tout-à-l’heure des Gaulois d’Astérix. Vous savez qu’ils ne craignaient qu’une chose: c’est que le ciel ne leur tombe sur la tête. Ne serait-ce pas, d’une certaine façon, ce qui arrive aux Philistins, lorsque Samson fait s’écrouler sur eux le toit de leur temple païen?

Pour comprendre cette image, je vous invite ainsi à (re)découvrir cette histoire des Juges comme un récit plus proche des films d’action saupoudrés d’humour -ou des bandes dessinées- que du sérieux qu’on prête trop souvent à la Bible. Relisez-la chez vous, avec ses ennemis aussi entêtés que Gargamel... ses conquêtes féminines rocambolesques... ses développements inattendus... On n’est pas loin de James Bond, Lucky Luke ou San Antonio!

Mais arrêtons-nous sur ce détail du tableau: les deux colonnes, qui soutiennent le toit du temple philistin, dédié au dieu Dagon. Ces piliers sur lesquels Samson va s’appuyer; puis qu’il va entraîner dans sa chute, pour faire s’écrouler tout l’édifice dans un carnage épouvantable, digne du 11 septembre!

Car à quoi servent ces deux colonnes? À porter le toit du temple. Dans cet édifice, solidement soutenu par ces piliers, les Philistins se sentent forts. Tellement puissants qu’ils s’autorisent à user de leur prisonnier comme bon leur semble. Ils jouent avec lui comme avec une bête de foire, ils l’humilient, pour célébrer leur victoire. Voilà la première image que nous présente notre passage de Juges 16: un peuple sûr de lui, qui croit à la solidité des colonnes de son temple; et de son culte; qui croit à la solidité aussi de son système de compréhension du monde; de ses valeurs; de sa foi.

Face à cette assurance, il y a la faiblesse de Samson. Pour lui, les colonnes ne servent plus à élever, à construire, à soutenir un peuple en fête: elles servent de point d’appui, pour éviter la chute. Cet homme ridiculisé, tourmenté à la mort peut s’adosser sur ces piliers, comme on offre une béquille à un handicapé.

Pourtant, qu’elles soient porteuses d’arrogance ou de fragilité, ces colonnes vont être renversées toutes les deux. Pour devenir, paradoxalement, non plus un soutien, mais un instrument d’écrasement, et de vengeance. Elles détruisent ici un royaume de puissance et d’arrogance; mais, dans cette fin, Samson ne peut qu’être entraîné lui-même, puisqu’il fonctionne lui aussi dans cette logique de mort et d’écrasement. Notre parole biblique est donc en fait une description réaliste de l’écroulement littéral qui se produit quand nous entrons dans le cercle vicieux des vengeances et des contre-vengeances. Lorsque Dieu n'a plus de place dans nos vies.

  

   
Et nous, aujourd’hui, sur quelles colonnes construisons-nous notre compréhension du monde, et notre manière d’y vivre? Qu’est-ce qui nous fait tenir debout? Quels piliers érigeons-nous pour nous sécuriser?

Il y en a beaucoup, de ces colonnes que nous nous fabriquons. Vous en connaissez: le pouvoir; l’argent; l’admiration des autres; ou la peur que nous leur inspirons; les assurances; voire peut-être notre religion... Cette parole biblique nous invite à relativiser la solidité de nos piliers humains pour nous retrouver comme face à Dieu: sans qu’il n’y ait de colonnes pour faire croire qu’on tient debout (ou pour prouver quelque chose à ceux qui regardent); dans une relation de confiance et de sincérité. Comme l’exprime si bien l’apôtre Paul: ne rien savoir d’autre que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié.

Dans cette spiritualité-là, l’évangile nous offre un autre genre de pilier; ou plutôt une “non-colonne”: c’est la croix! Une croix qui n’est plus là pour asseoir nos certitudes, ni pour consolider nos arrogances (bien sûr); même pas pour porter nos faiblesses vers le haut magiquement. Mais elle est là pour nous aider à découvrir, au creux des questions sans réponses, au creux de nos ébauches de solidarités, découvrir que Dieu est infiniment proche, puisqu’il est descendu au plus bas de nos souffrances.

C’est là tout un chemin de vie, pas facile. Un apprentissage du mystère, en somme.

Comment allons-nous rester debout, dans un monde où la violence est si fortement tolérée... si fortement qu’elle en devient presque encouragée? Je crois qu’il nous faudra relire le Sermon sur la montagne de nombreuses fois!

À tous, je nous souhaite bonne méditation!  Amen                                       


Jean-Jacques Corbaz


 

dimanche 2 août 2020

(Bi, Re) « Dieu a rappelé à lui… »

Tout récemment, j’ai lu sur un faire-part de décès : « Dieu a rappelé à lui… »
…Dieu a rappelé à lui ! Comme si Dieu, le Dieu de l’appel, le Dieu de la vie, le Dieu de toute vocation, pouvait nous appeler à la mort ! Quelle folie d’imprimer des choses pareilles ! Quand ce n’est pas la version, pire encore et également lue ici ou là : «Il a PLU au Seigneur de rappeler à lui…»

Hérésie absolue de penser une seule seconde que Dieu pourrait prendre plaisir à la mort de quelqu’un. La mort c’est l’absence de vie et Dieu est le Créateur. Il ne peut pas vouloir et le Bien et son absence.

« Dieu n’a pas créé la mort », c’était même la première phrase de notre première lecture, le livre de la Sagesse, à l’instant. Et la suite de la phrase clarifiait encore, si nécessaire : « Il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants ».

Dieu VOIT mourir les êtres vivants, il ne les FAIT pas mourir.
De notre mort, il tire la vie éternelle. C’est bien parce que la mort existe qu’il y a la vie éternelle ensuite. Sans l’une, impossible d’avoir l’autre. Vous ne pouvez pas ressusciter au dimanche de Pâques sans passer par la croix du vendredi saint. Et parfois on aimerait bien !
La mort est un mal, elle n’est pas le fait de Dieu.
Mais Dieu a tiré du bien, la vie éternelle, d’un mal, la mort.


Abbé Vincent Lafargue (1er juillet 2018)





lundi 6 juillet 2020

(Pr, Vu, SB, FA) Sacrée épée de Charlemagne!

Prédication du 25 septembre 2016 et du 6 juillet 2020

"Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée”
 


Lectures: Matthieu 10, 32-39; Matthieu 12, 46-50; Jean 14, 26-27
 
C'est comme une fois, y avait un jeune pasteur, très sûr de lui, qui donnait son premier culte au village. À la sortie, le vieux régent le prend à part: "M. le ministre, dit-il, votre prédication m'a fait penser à l'épée de Charlemagne." 

- "L'épée de Charlemagne? pense le jeune pasteur, tout guilleret; elle était incisive, puissante! Etincelante! Victorieuse!!" 
- "Non, dit le vieux maître; votre sermon était comme l'épée: long et plat!"

 

 
C'est ainsi que les mots ne veulent pas toujours dire la même chose pour chacun(e). Ils font naître parfois des sentiments très différents selon les circonstances... Donc, attention: une épée peut en cacher une autre!

C'est tout spécialement vrai de ce passage mystérieux de l'évangile, une histoire d'épée, justement: "N'allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur terre, dit Jésus; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée!"

Ce verset a troublé bien des chrétiens. Est-ce qu'il encouragerait la guerre sainte, comme chez les musulmans intégristes (soit imposer sa religion par la violence)? Est-ce qu'il nous inviterait à rechercher les conflits dans nos familles, avec nos proches? Malheureusement, la traduction en français courant semble aller dans ce sens, puisqu'elle rend "épée" par "combat".

Cette interprétation heurte tout ce qu'on croit savoir de l'évangile. On nous a toujours dit que le Nouveau Testament encourage la paix, la douceur, la concorde; le respect; mais pas l'agression ou le conflit!

Mais. Appeler au combat, est-ce que c'est vraiment ce que ce passage veut nous dire? Est-ce qu'il nous invite réellement à nous opposer à nos parents, à nos enfants, à nos proches? Pour ma part, je crois fermement que non.

Pour bien comprendre ces paroles de l'évangile, il faudrait davantage qu'une prédication de 15 minutes, bien sûr. Pour tâcher d'aller à l'essentiel, je vous propose ces quatre remarques:

(1°) D'abord, le mot grec qu'on traduit par épée, ou glaive. En version originale, c'est "machaira" (μάχαιρα). Et une "machaira", c'est d'abord et surtout un grand couteau; un coutelas. Une "machaira", c'est l'instrument du boucher, celui aussi du chirurgien, et du chef de famille, à table.

Une "machaira", c'est également le couteau utilisé pour les sacrifices, chez les Juifs. On emploie ce mot encore pour la serpe du jardinier, pour l'outil qui sert à élaguer les arbres; et pour le rasoir, le ciseau, le sécateur... Bref, tout ce qui coupe, qui tranche et qui sépare. C'est seulement dans un sens figuré que "machaira" désigne une arme. Mais il ne s'agit jamais alors d'une arme de guerre; uniquement d'un petit sabre que les hommes portaient pour se défendre, en cas d'embuscade. À peu près comme celui-ci:
   


En résumé, "machaira", ça peut être un couteau, un ciseau, un scalpel; une dague ou un poignard; ça peut être un tranchoir, une lame, un coutelas, un rasoir; un sécateur, une hache, une machette; ça peut être une serpe, une faucille, ou un bistouri... Mais jamais une arme d'attaque, de guerre. Si vous devez traduire "machaira", n'utilisez donc pas un terme militaire. Trouvez plutôt un mot qui évoque le fait de trancher, de séparer. - Et pas celui de tuer!

"Je ne suis pas venu apporter la paix, mais la coupure, mais la rupture" devrait-on traduire. "Oui, je suis venu, poursuit Jésus au verset 35, je suis venu séparer l'homme de son père, la fille de sa mère...". L'enchaînement devient alors plus clair: la venue du Christ au milieu de nous a pour effet de nous séparer en deux camps (c'est le sens du verbe grec: séparer en deux parties). Il y a ceux qui suivent Jésus, et les autres, ceux qui renoncent.

   


(2°) Seconde remarque. La suite du passage pose aussi problème: "celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi"... Aïe! Faudrait-il aimer son prochain, mais pas ses parents?

Evidemment non. On comprend mieux quand on consulte la note de la TOB: "le mot grec philein (aimer) n'est pas celui qui, dans les évangiles synoptiques, désigne l'amour pour Dieu et le prochain (c'est agapân); philein a ordinairement chez Matthieu un sens péjoratif: s'attacher excessivement".

Il y a donc en grec trois verbes différents pour dire "aimer":          

- "erân" pour l'amour du couple, "eros";
- agapân pour l'amour fraternel, l'affection, l'attention, l'amour pour Dieu ou son prochain;
- et philein qui veut dire s'attacher à quelqu'un ou quelque chose, et, dans l'évangile de Matthieu, toujours dans un sens négatif: un attachement nuisible, qui empêche de suivre le Christ.

Vous voyez que la langue grecque a trois mots différents pour dire "aimer"... mais un seul pour désigner une kyrielle d'armes et de couteaux!!

  


(3°) Troisième remarque: "porter sa croix". Encore une expression qu'on a tellement entendue qu'elle a fini par s'éloigner de ce qu'elle veut dire vraiment dans l'évangile. Il ne s'agit ici absolument pas de supporter des maux ou des difficultés de la vie telles que les maladies, les handicaps, les injustices ou autres. Pas du tout. Dans la bouche de Jésus, "porter sa croix", c'est le suivre sur le chemin du rejet, de l'incompréhension, des moqueries... C'est affronter, comme lui, que les hommes ne croient pas la Vérité qui nous anime. Affronter la solitude, parfois la souffrance, voire la mort par fidélité au Christ.

Ce que l'évangile veut nous dire, par ce verset, ce n'est donc pas de chercher une croix, ou des souffrances, pour mériter notre salut. En aucun cas! Mais il nous dit que la foi, la vraie, peut nous emmener très loin. Très loin dans les oppositions, les persécutions, parfois. Très loin dans les conflits, les ruptures, les séparations aussi. Ce ne sera pas toujours le cas, bien sûr. Mais notre passage nous rappelle ce risque immense de la foi.

Attention: une épée peut en cacher une autre! À l'époque où Matthieu rédige son évangile, les chrétiens sont justement en train de se séparer définitivement de la religion juive. Ils avaient toujours été considérés comme faisant partie des croyants d’Israël. Mais en ce temps-là, la cohabitation est devenue insupportable. Les deux religions se séparent, et ça ne se fait pas sans colère, sans blessures ni conflit. 


On comprend que, dans ce contexte de divorce religieux, la communauté matthéenne ait besoin de méditer sur le tranchant de la parole du Christ. Sur le fait que suivre Jésus, c'est risquer de se couper d'autres personnes, parfois de proches, parce qu'ils ont fait un choix différent.

Et aujourd'hui, alors que nous sortons d'une période où la foi chrétienne était presque une évidence? Aujourd'hui, où nous devons réapprendre que suivre le Christ, c'est un choix personnel aussi, et pas d'abord un fait de société; ou un héritage de famille? Aujourd'hui, où notre Eglise nous encourage à manifester plus clairement notre couleur... Aujourd'hui, n'est-il pas nécessaire de reprendre cette réflexion d'il y a bientôt 2000 ans, pour ne pas oublier que suivre Jésus peut être une aventure dangereuse - et qui risque de nous séparer d'autres personnes? Un choix personnel à faire, à refaire sans cesse, pour continuer d'avancer sur les pas de Dieu tracés sur notre terre?

Le risque de la foi. Croire en Christ aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec la tranquille évidence de notre enfance. Ce n'est pas que la Bible ait changé, mais c'est la société. Et le monde! Attention: une épée peut en cacher une autre!

  


(4°) Dernière remarque: la paix. On l'a souvent dit, il faut le rappeler: il y a deux sortes de paix. Celle, d'abord, de l'apparence, la paix qu'on fiche aux autres. Au niveau mondial, c'est l'équilibre des forces, qui empêche les guerres. Mais qui n'est pas une paix en profondeur. Car les conflits peuvent couver, la violence être en incubation... Et soudain, ça nous saute à la figure, comme on le voit un peu partout sur terre.

Au niveau de la famille ou des relations personnelles, il y en a, aussi, de ces paix de surface, qui ne sont qu'un vernis posé par-dessus un conflit, par-dessus une injustice ou un pouvoir sans respect.

La vraie paix, bien sûr, elle est tout autre: faite non de relations fusionnelles ou immobiles, mais d'espaces de dialogue, d'accueil profond; d'échanges, surtout, où on se dit les désaccords franchement, pour oser les vivre dans la confiance, pour tenter de les analyser - quitte à devoir reconnaître ses propres torts. C'est ça, la paix du Christ, telle qu'il l'a vécue jusqu'à la croix de Golgotha! Non pas cacher les divergences, les désaccords, mais les aborder; lucidement.

Et c'est bien sûr la première paix, celle du vernis, que Jésus vient troubler: "Je ne viens pas apporter cette paix de surface, je vous amène le couteau, le ciseau, ce qui tranche et sépare..." Bien entendu, il ne nous donne pas une épée pour châtier l'infidèle. Mais c’est lui qui se donne, entièrement, sans retenue, et sa présence tranche entre ceux qui le suivent et ceux qui restent là.

Vous vous rappelez? Pour créer, dans la Genèse, Dieu avait séparé: la lumière de l'obscurité; la terre du ciel; les eaux des continents... L'aventure de la foi au Christ serait-elle donc la continuation de l'oeuvre du Créateur?

  


Je me dis qu'un jour, un vieux régent pourrait bien interpeller nos Eglises officielles, notre christianisme parfois trop immobile... Il nous demandera si notre foi, si notre vie spirituelle, ressemble à l'épée de Charlemagne. Sera-t-elle incisive? Etincelante? Tranchante? Victorieuse?

Ou un discours de surface, long et plat?

Amen

Jean-Jacques Corbaz   



dimanche 5 juillet 2020

(LI, Ci) Notre Père libération

Notre Père et notre Mère,
qui es dans la rue,
dans notre vie quotidienne,
partout dans nos luttes,
Que ton nom et ton message soient reconnus,
Que justice soit faite !


Que le partage soit vécu
Comme Tu nous l'as montré
Que tous les exploités d'ici et d’ailleurs
Aient du pain,
Que tous les opprimés vivent dans la dignité

Donne-nous la force de continuer
Ce que tu as commencé
Montre-nous à construire une société nouvelle
Dans laquelle les femmes et les hommes
vivent de nouveaux rapports sociaux.

Délivre-nous de notre suffisance
Et de toute notre soif de pouvoir.
Que nos mains continuent la pratique de Jésus
Dans les gestes de partage et de solidarité
Que le regard de Jésus nous aide
à dépasser nos frontières !

Libère-nous de la logique de la dette entre nous
Donne-nous le courage de résister à l'attrait
Du dieu argent et de tout privilège.
Donne-nous la force de résister à la société de consommation
Et à ses fausses sécurités.
Arme-nous de ta sécurité qui est à toute épreuve.
Amen !

Julia Esquivel
pasteur et théologienne du Guatémala, 1930-2019




lundi 22 juin 2020

(Pr, Co, Hu) Balance ton porc à la flotte!


Narration du 22 juin 2020  -  « Jésus dans la tempête »

Lectures: Psaume 23, 4-6; Romains 1, 16-17; Romains 8, 35-39






Introduction:

Notre prédication aujourd’hui sera une narration; le texte biblique de Marc 4, 35 à 5, 20 va être raconté comme une histoire, ou plutôt trois histoires qui se suivent, comme c’est le cas dans l’évangile de Marc, entrecoupées de musique (merci Layla!).

Imaginez: on a découvert récemment une lettre datant d’il y a presque 2000 ans! Voici ce qu’elle dit:



Antioche, le 12 octobre de l’an 30

Mon cher Fabius,

Il y a maintenant une année que ces évènements se sont passés. Une année pendant laquelle ce curieux matin m’a accompagné sans cesse, souvent sans que je m’en aperçoive.

Et c’est en méditant, en ruminant avec le temps cette drôle d’histoire de cochons que j’ai commencé à en comprendre le sens. À la lumière, bien sûr, de l’épisode central que j’ai vécu avec Jésus: je veux parler, tu le sais, de sa mort sur la croix; et de la découverte, deux jours plus tard, de sa tombe vide...

Ce n’est qu’après cette Pâque nouvelle que j’ai pu y voir clair. Oh, pas tout de suite, évidemment; tu te souviens du choc, du bouleversement que nous avons tous éprouvé à la mort du Maître; puis à l’annonce qu’il était quand même vivant!

Bref. Le matin dont je veux te parler dans cette lettre est resté longtemps truffé de points d’interrogations. De symboles, dont j’ignorais si c’était du lard ou du cochon.

Il faisait encore nuit. Nous traversions la Mer de Tibériade, la peur au ventre, comme souvent. Nous redoutions les tempêtes, imprévisibles et d’une violence terrifiante, qui peuvent s’y lever sans crier gare. Tu sais en plus que pour nous les juifs, la mer est un lieu de mort; c’est la source des démons, le bouillonnement primitif d’où tout sort, et où tout retourne, un jour ou l’autre.

Et soudain, voilà, ça ne rate pas! Le vent se lève, les vagues se creusent, menaçantes, plus de deux mètres! Notre petit bateau danse misérablement, comme un jouet aux mains du démon.



Bien sûr, nous affalons les voiles. Les deux ou trois qui savent naviguer s’activent à éviter le naufrage. Mais que peuvent-ils?  Et puis, Jean crie: “Appelez Jésus!”. Pierre, à la proue, qui se bat avec une rame contre des montagnes d’eau surgissant de partout, Pierre hurle: “Mais il est où, bon sang?”

Marie, de l’arrière, répond: “Il est là, il dort.”

“Quoi? fait Pierre. Il dort!? C’est pas vrai! Réveillez-le, les gars, on est foutus!”

Et comme Marie n’ose pas y aller franchement, c’est moi, avec toute ma trouille, et le goût amer de l’eau salée qui entre dans ma bouche, c’est moi qui le secoue et qui beugle: “Maître! Réveille-toi! Maître! On va couler! J’sais pas nager! Sauve-nous!”

Imagine le tableau: au milieu de toute cette panique, Jésus... ou-vre un oeil. Me regarde... comme s’il voyait le Pape (!)... Il sourit, je te jure! Et il me dit: “Ah?”

Il se lève, se met face au vent et aux vagues, qui redoublent de violence. “SILENCE!”, il crie. Ou il murmure, je ne sais plus. “Silence!” “Caaalme!”

Et les vagues; et la mer; et la mort, comme un chien qu’on a réprimandé, viennent se coucher aux pieds du Maître. Oreilles basses. Coeur en paix.

Nos poitrines cognent toujours; je regarde les autres, ils sont verts; comme la mer. Et dans nos oreilles résonne encore son ordre: “Silence!” “Caalme!”

“Pourquoi avez-vous peur? dit Jésus. Vous n’avez pas confiance? En Dieu? En moi?

Mais tu sais, Fabius, la trouille, ça ne s’en va pas comme ça, sur demande! Je reste immobile, à tâcher de récupérer, avec mon coeur qui n’arrête pas de bousculer mes côtes, et avec des questions en pagaille sous mes cheveux dégoulinants d’eau sale...      

(musique)



   

Nos poitrines cognent toujours, Fabius; je regarde les autres, ils sont verts; comme la mer. Et dans nos oreilles résonne encore son ordre: “Silence!” “Caalme!”

Je reste immobile, à tâcher de récupérer, avec mon coeur qui bouscule mes côtes, et avec des questions en pagaille...

Mais! à peine ai-je repris mon souffle que nous touchons terre,  en pays païen, chez les Géraséniens. Les vagues, toutes paisibles maintenant, semblent bercer un matin de paradis. Ssschlllloufff... ssschllllouffff... Le soleil se lève, avec l’air de s’excuser du désordre surgi pendant son absence.

Jésus descend de la barque, debout, comme un général victorieux de la mer, victorieux de la mort!

Mais soudain, la chanson des vagues dociles est couverte par... des cris... sauvages?! Nous nous tournons vers les falaises sombres, sur la gauche, et nous voyons un être bizarre, ahurissant, qui fonce sur nous! Comme sorti du néant! Il est échevelé, et gesticule de façon incohérente.

Être humain? Animal? Personnage surnaturel? Nous nous serrons les uns contre les autres, d’instinct. Nos tripes se nouent, à nouveau. Vraiment, tous les éléments déchaînés nous tombent dessus. Comme si Jésus les attirait?!

L’effrayante apparition se rapproche de nous. Que faire? Il doit s’agir d’un homme, d’un fou, d’un possédé! Il pue le sang séché, le cadavre et la pourriture. C’est intenable!


“Il y a des tombeaux là-derrière, dit André. Ce doit être un aliéné qu’ils ont chassé du village, et qui s’est réfugié dans ces grottes pleines de corps en décomposition...”

Je sens mon estomac qui se révulse. Le gars n’est plus qu’un cadavre, mais un cadavre secoué de tics violents, et qui court, et qui hurle des sons inarticulés...
 

Et voilà qu’il se plante devant Jésus. Et: s’agenouille? Baisse la tête? Incroyable! Et, plus inouï encore, il crie, d’une voix presque humaine: “Que me veux-tu, fils de Dieu? Ne me punis pas, au nom du Très-Haut, je t’en supplie! Laisse-moi tranquille!”

Que ce mort-vivant reconnaisse le pouvoir de Jésus, qu’il n’a jamais vu en plus, ça me coupe le peu de sifflet qu’il me reste! Alors que les grands-prêtres d’Israël et les maîtres de la loi, eux, n’en ont jamais rien voulu savoir!

Jésus avance la main, dans un geste d’accueil: “Qui es-tu, dit-il, toi qui m’appelles et me repousses en même temps?”

“C’est que je suis ‘Beaucoup’, fait l’autre. Je ne me possède pas moi-même, j’ignore qui je suis réellement. Je suis habité par une armée de forces qui m’enchaînent, et m’entraînent où je ne veux pas. On m’appelle ‘Légion’, à cause de cette armée à qui je ne peux pas résister. ‘Légion’, mais c’est pas un nom, ça...”

Alors, Jésus le regarde; et c’est sûrement le seul à pouvoir discerner l’être humain derrière ce zombie. Il le touche. Le relève. “Caalme!”

Calme.

Et les tics nerveux; et les cris; et la tempête qui secouait son esprit; et les lueurs affolées dans ses yeux égarés; tout ça s’en va. Dieu sait où?!

Mon regard reste fixé sur le gaillard. Il reprend petit à petit figure humaine, Fabius, j’ai l’impression d’assister à la Genèse, lorsque Dieu façonna Adam de la terre...

Je reste immobile, à tâcher de récupérer, avec mon coeur qui n’en peut plus, et des questions en pagaille sous mes cheveux dégoulinants de sueur...


(musique)




                                 

Mon regard reste fixé sur le gaillard, Fabius, j’ai l’impression d’assister à la Genèse, lorsque Dieu façonna Adam de la terre.

Mais l’histoire n’est pas finie, bien sûr. Restent... les cochons. Tu t’en doutes. Les cochons: impossible de savoir ce qui s’est vraiment passé. Et à cause de quoi...

Mais voilà: à peine j’ai repris mon souffle qu’un autre tohu-bohu, effroyable, se fait entendre derrière nous. Cris! Hurlements multipliés par mille! Une armée de porcs, comme blessés à mort par une folie sanguinaire, surgit, aveuglée de douleur. Et ils courent vers la falaise, dans un incroyable désordre de fin du monde, et ils continuent de courir dans le vide... et ils tombent, de plus de cent mètres dans la mer, qui les avale comme un tombeau, sans qu’aucun n’en réchappe!

Comme si toute la violence et toute la méchanceté du monde étaient retournées dans les flots originels; renvoyées à l’expéditeur, en somme!

Happy end? Alléluia? Mmmh, pas encore, mon ami. N’oublie pas les villageois, qui gardaient ces cochons. Plus de 2000 bêtes, perdues d’un coup. Tu les vois venir!

Ils arrivent, en effet. Avec: effarement; colère; mais aussi peur! Encore et toujours la peur. Ils se montrent Jésus en caquetant comme de la volaille: “Le juif!” “Le magicien!” “Attention, il a une puissance redoutable!”

Ils voudraient nous attaquer, mais ils hésitent. Ils sont plus nombreux que nous, avec tous les paysans des environs qui les soutiennent; mais la “magie” de Jésus les impressionne.

“Partez!”, qu’ils crient de loin. “Retournez chez vous, juifs! Fichez-nous la paix!”

Notre ami “Légion” s’interpose: “Laissez-les! Ils m’ont guéri! Le Jésus m’a fait renaître, pour vous, c’est un crime?”

“Le crime, va le voir dans la mer, au pied de la falaise!”, vocifère l’un d’eux. “2000 porcs massacrés pour le porc que tu es!”

“Ouais, crie un autre, les cochons, ça vous fait bien rigoler! Vous les juifs, vous dites qu’ils sont impurs. C’est signé, tout ça! Mais nous, c’est notre gagne-pain! Notre vie!”

“Voilà pour nos porcs!” hurle un excité. Et une pierre se met à voler. Oh! Le début de la lapidation! Seigneur, non! Protège-nous! Pitié!
   


Mais Thomas, qui n’a pas les yeux dans sa poche, me dit: “Regarde!”

La pierre atterrit pile aux pieds de Jésus. Et lui? Il... se baisse. Il la... ramasse!? Et il la rapporte à celui qui l’a lancée!

“N’ayez pas peur! dit Jésus. Moi aussi, j’ai un troupeau à garder. Il est toute ma vie, et je suis prêt à mourir pour lui. Comme vous, je suis scandalisé quand mon troupeau perd la raison. La rage me prend, pour le protéger... C’est pour cela que j’ai guéri “Légion”. Sa vie vaut plus que ma propre vie.”

Le villageois, ahuri, regarde la pierre que Jésus lui a remise dans les mains. Puis il s’enfuit en courant, comme s’il avait vu un fantôme. Un autre aussi s’en va. Et quelques-uns encore.

“Partez!” disent ceux qui restent, la voix mal assurée.

“D’accord, dit Jésus. Mon Dieu m’appelle là-bas, vers une autre partie de mon troupeau” (il montre la Judée).

Et comme nous remontons dans le bateau, soulagés de sortir vivants de cette incroyable série d’aventure (on en ferait un jour de la Bande Dessinée que ça ne m’étonnerait pas!!), bref, comme nous embarquons, dernière surprise: “Légion”!

“Laissez-moi venir avec vous! Grâce à toi, Jésus, ma vie a un sens; un ordre. Je veux entendre tes enseignements pour découvrir cette vie, derrière toi. Pour la faire belle!

“Non, répond Jésus. Non mon ami. Je t’ai rendu la liberté; vraiment. Vis ici, chez toi, dans ce pays, cette joie nouvelle que tu découvres.”

“Mais Jésus, mais tu m’as libéré. Ne suis-je pas libre de te suivre?”

“Mmmmh, fait le Seigneur, n’appelle donc pas ‘libération’ ce qui ne serait qu’un changement de maître! Non non, ta mission, elle est ici: va raconter à ces gens que Dieu veut aussi les sortir de leurs tombeaux! Que la vie leur est ouverte, comme à toi!”
  


Voilà, Fabius. Mon souvenir se referme. Sur cette dernière image: celui qui n’est plus “Légion”, qui est ramené à la vie, s’éloigne vers l’intérieur des terres, tandis que nous reprenons la mer, comme au matin de Pâques.

La traversée sera calme, cette fois. On a déjà donné!

Mais, en arrivant à bon port (!! à bon porc, mon cochon!) de l’autre côté, sur la terre d’Israël, j’entends Philippe qui murmure: “Eh, les gars, savez-vous quel est l’emblème de la légion romaine qui occupe notre pays? Oui, son drapeau? Ben vous le savez. Il représente: un cochon!”
   

Je te jure, Fabius! C’est vrai! Vérifie dans tes bouquins!

Allez, à la prochaine! Prie pour moi, pour ma vie.

Je te salue.

Ton ami Barthélémy

Amen
                                         

Jean-Jacques Corbaz   




samedi 13 juin 2020

(Ci) Comment donner la paix?

"Comment le fleuve tranquille peut-il calmer le torrent impétueux? 
Simplement: en se tenant plus bas."





jeudi 11 juin 2020

(Im, Hu) Attention, danger, police!




(Ci, Hu) Noir et blanc, bêtement

À méditer et savourer cette phrase d'André Gide, écrite en 1926:

"Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui paraît bête".



Dit plus crûment:
Le problème c'est pas les noirs.
Le problème c'est pas les blancs. 
Le problème c'est pas les juifs.
Le problème c'est pas les arabes. 
Le problème : c'est les cons.


(vu sur un réseau social)



vendredi 22 mai 2020

(FA, SB, Re, Vu) Les fêtes en mai et juin

Nous vivons, ces jours, le temps des fêtes.
- Mais non! direz-vous, le temps des fêtes, c’est Noël et Nouvel-An. Ou alors Pâques.
Je vous le concède: si ce sont les cadeaux qui font la fête, eh bien, je suis à côté de la plaque! 
Pas de ruée dans les magasins pour l’Ascension et Pentecôte, ces jours dont l’utilité première, pour beaucoup de nos contemporains, est d’offrir quelques congés supplémentaires. Congés qui remplissent les routes et vident les églises... 
Pour la Bible, cependant, l’événement central de l’évangile, c’est Pâques. Voire la double Pâque de Vendredi saint et de la Résurrection. Et même, dans l’évangile selon Luc, la quadruple Pâque de Vendredi saint, de la Résurrection, de l’Ascension et de Pentecôte: 
(1) la mort de Jésus; 
(2) le fait que, malgré sa mort, mystérieusement, il est pourtant toujours vivant; 
(3) il vit ailleurs que dans notre monde, dans une autre dimension; 
et (4) même s’il n’est plus là, concrètement, eh bien il reste infiniment proche, il continue de nous insuffler sa force et son espoir. 
Vendredi saint, Pâques, l’Ascension et Pentecôte: quatre fêtes qui relatent le même évènement, vu sous quatre angles différents; le même message, sous quatre formes distinctes. 
Ce message, je le résume ainsi: Jésus de Nazareth, le Christ, ne vit plus à côté de nous, sur notre terre; mais il est toujours présent, tout proche de nous. Il continue de nous aimer et de nous soutenir; mais différemment. 
Les évènements de cette quadruple Pâque changent notre relation avec lui, du tout au tout; ainsi que notre rapport avec Dieu. C’est-à-dire notre religion, la manière dont nous sommes reliés aux réalités divines. 
Dans les temps les plus reculés, c’est surtout par la peur que nos ancêtres étaient en relation avec le divin. Tout ce qui les impressionnait, tout ce qu’ils ne comprenaient pas, c’était ça qui les rattachait aux dieux. Le feu; la foudre; la beauté; la naissance; la mort... Tout ce devant quoi ils se sentaient infiniment petits. 
Et nous, aujourd’hui? Comment vivons-nous en lien avec ce qui nous dépasse? Comment habitons-nous notre spiritualité? 
On a dit du poète que d’un pied il touche à la terre, et que de l’autre il regarde le ciel! C’est formulé de manière comique, mais c’est hyper-important: relier! Mettre en communication le monde d’En-Haut avec celui d’ici-bas. 
Puissent nos paroles, nos musiques; nos fêtes; nos architectures; nos binettes même (!) aider à faire passer le souffle du ciel sur la terre. Et aussi faire monter le courant de notre planète jusqu’à Dieu! Qu’elles aident à relier la sphère de l’absence du Christ avec la sphère de sa présence. Non pas les yeux fixés vers le ciel, mais plutôt tournés les uns vers les autres, en y reconnaissant une part de Jésus, qui se promène dans toi, incognito! 
Je rêve que nous, croyants raisonnables, devenions donc plus enthousiastes de l’évangile. Savez-vous que ce mot, «enthousiaste», veut dire étymologiquement «rempli de Dieu»? 
J’aime cette jolie phrase de Voltaire, il y a 250 ans: «N’est-il pas honteux que les fanatiques aient du zèle, et que les sages n’en aient pas?». Ça me semble tout spécialement vrai pour la foi! 
Oui,nous vivons, ces jours, le temps des fêtes. Parce que c’est la fête chaque fois qu’un être humain est soulevé; allégé; libéré; rendu poète; porté plus loin par le Souffle majuscule du Prince de la vie. Du Premier des vivants vraiment vivants. 


Jean-Jacques Corbaz, 13.5.2020 


dimanche 3 mai 2020

(Ci) Les erreurs d'autrui

Apprends aussi des erreurs des autres car tu n'arriveras pas à faire toutes les erreurs tout seul !

Proverbe arabe





mardi 28 avril 2020

(Hu) bref supplément au jeu des écrivain-e-s

Et un petit supplément comme dessert ! Cinq autres écrivain-e-s romand-e-s que je m’en voulais d’avoir omis-es : 

« Maille après maille artisan d’espérance, l’aumônier, ayant bien vécu, naît au ciel debout, vierge de toute mort, axène. »


Voir les solutions à la page:

http://textesdejjcorbaz.blogspot.com/2020/04/hu-solutions-aux-trois-jeux-des.html


 J-J Corbaz


samedi 25 avril 2020

(Hu) Un petit jeu: 25 écrivain-e-s romand-e-s

Titillé par le défi de Nanette Scheder, qui m'a occupé quelques tranches de la soirée d'hier, je vous propose un exercice semblable, mais avec des écrivain-e-s romand-e-s! Le réservoir est moindre, donc c'est un peu plus facile, même si quelques-un-e-s sont peut-être peu connu-e-s.

Dans le texte ci-dessous se cachent les noms de 25 écrivain-e-s romand-e-s. Saurez-vous les retrouver ?


Tais-toi !

« Tais-toi, Jacquot, tais-toi », dit Constantin à son perroquet roux, perché sévèrement sur le lustre. Jacquot n’avait rien d’un rat muet, encore moins d’un rat de bibliothèque. Gros, bête, illettré, il éructait sa babille pareil à un prêcheur de carnaval au ton cathodique, éreintant.

Constantin le fit descendre, armé d’un manche à balai. Hurlant de rire, le perroquet s’envola, lourd, bancal d’asymétrie, jusqu’au long couloir d’entrée.
Là, il ne se percha pas sur la rambarde de l’escalier, comme d’habitude, mais resta en l’air. Il y paraissait plus grand, sombre, menaçant. 

Constantin repensa à sa mère, quand on la contrariait. Secrète, angoissée, elle lui faisait peur. Il arriva à grand-peine à glisser cette réminiscence sous le tapis. Son père y était pour beaucoup.

La boule rousse aux griffes grises se posa enfin, comme un pacha sa tâche terminée. Du coup, Constantin se réveilla, et, rassuré, il contempla la bête immobile. Empaillée. Il vit qu’elle tenait au bec un rameau d’olivier.

P.S. Mes excuses à Marc Voltenauer, je n’ai pas réussi à glisser son nom !!

Jean-Jacques Corbaz

   
Un indice...


Et voici le premier défi, dont je ne connais pas l'auteur:

Un petit exercice de culture littéraire
Dans le texte, se cachent les noms de trente écrivains de langue française. Saurez-vous les retrouver ?

Confiné, il racontait ce qu’il ferait une fois libre, d’ici un mois, dans ces eaux-là. Ce moment semble si dur à surmonter… mais les mots, lierre de la pensée, permettent de s’évader un moment, de laisser fuir des maux passants.
Près de la fontaine dont les flots bercent l’oreille distraite, des oiseaux volent, terre, et racines semblent endormis. Les oiseaux sont là, souverains, beaux, jeunes encore.
Une tribu goguenarde qui boit l’eau et la bénédiction du soleil qui couvre leur air novice.
Le rabot de l’air ne les épuise pas : ils n’en font cas, mus par la douceur du jour.
Mus, c’est le mot, mais sans le mouvement : ils se posent, l’arbre vert ne bouge presque pas.
Du mât naturel, ils regardent au loin, plus ou moins anges, peu ou prou statues.
Braves bêtes, la becquée te les rend grands mais où est le bec aujourd'hui ?
Le héros poursuit son chemin rêvé. Les ronces ardentes frôlent ses pieds.
Il avance, doucement, cherchant une aide, blonde, brune, rousse, au hasard.
Il a beau voir toute cette splendeur, il ne s’y trompe pas.
Il a beau marcher par l’esprit, il ne bouge pas en réalité pas.
C’est la force des poètes : se promener sans mouvement, sans de grands efforts.
Voir la vie en beau malgré tout, malgré les épreuves.
L’esprit est une gare : y passent mille idées qui s’enfuient et nous entraînent.

Toujours l’art a gonflé cette voile humaine, cette force : tenir bon, jusqu'au prochain voyage.  

(anonyme)

...et un autre!


Voir les solutions à la page: 

http://textesdejjcorbaz.blogspot.com/2020/04/hu-solutions-aux-trois-jeux-des.html