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dimanche 10 avril 2016

(Pr) Qui est tout proche du Seigneur? Une étonnante histoire d'idole

Prédication des 3 et 10 avril

Lectures: Juges 17, 1-13; Jean 21, 15-19


Il se passe de drôles de choses, en ces temps anciens, dans la région montagneuse d’Ephraïm (c’est-à-dire pas très loin de Jérusalem). Nous sommes à l’époque des Juges, donc peu après la conquête de la Palestine par Josué et les Hébreux.

Un homme parmi tant d’autres, un obscur inconnu va sortir de l’ombre. Il s’appelle Mika. Tout un programme, ce nom, puisqu’il signifie: “Qui est tout proche du Seigneur? point d’interrogation” - Et la manière dont le texte hébreu nous le présente veut suggérer que ce Mika est le symbole, l’image des hommes qui cherchent Dieu. “Qui est tout proche du Seigneur? point d’interrogation”, c’est donc vous et moi, quand nous essayons de donner un sens à notre vie. Vous et moi, quand nous essayons, souvent maladroitement, d’orienter notre spiritualité vers Dieu.

Mika, l’homme qui cherche, commence d’ailleurs sa quête de manière bien peu recommandable: il dérobe une grosse somme d’argent à sa propre mère.  

Cette dernière alors maudit le voleur en présence de son fils. A-t-elle des soupçons? On n’en sait rien. Mais cette malédiction va porter du fruit: Mika avoue que c’est lui; très probablement par crainte d’une punition divine, par superstition, par peur d’être maudit.

La réaction de sa mère est alors étonnante: elle bénit son fils!! Pourquoi? Eh bien, certainement pour annuler sa malédiction. Elle redoute que ses premières paroles ne fassent du tort à Mika. Alors, elle les contrebalance par des bénédictions.

Et elle ne s’arrête pas là: elle décide de consacrer cette somme à un lieu de culte, dans leur maison, puisque cet argent est déjà engagé dans le domaine religieux, à cause de ses malédictions et de ses bénédictions. Remarquez: elle fait fabriquer une idole, une idole pour le Seigneur! Elle ne ressent aucune contradiction entre le vrai Dieu et une image païenne, alors que ces dernières sont pourtant expressément interdites dans tout l’Ancien Testament!
  


Tout cela est donc bien peu orthodoxe; peu moral. Et le rédacteur du livre des Juges a presque l’air de s’excuser quand il commente, au verset 6: “A cette époque, il n'y avait pas de roi en Israël, et chacun agissait comme il lui semblait bon.” En somme, c’était presque l’âge des cavernes pour la foi et l’éthique, ne vous choquez pas, M’sieu-dames!

Mika,“Qui est tout proche du Seigneur? point d’interrogation”, Mika a donc des besoins spirituels et une recherche religieuse qui, hem, ont peu d’influence sur son comportement et sa morale! Sur ce plan, il ressemble assez à beaucoup d’entre nous, qui avons de la peine à mettre en accord nos bribes de foi et nos actes concrets, vous ne trouvez pas?

Et c’est alors que commence la réflexion principale de cette histoire, une méditation intéressante sur la proximité de Dieu, et sur les intermédiaires dans la foi: comment vivre mieux en conformité avec la volonté du Seigneur? Qui, oui, qui donc pourra assurer que cette famille va continuer d’être bénie, et qu’elle marchera sous le regard de Dieu? Qui va la diriger, dans ce monde où chacun agit comme il lui semble bon? Vous voyez que, là aussi, le sujet se révèle d’une étonnante actualité!

Mika installe d’abord, comme prêtre de son autel, un de ses fils. Mais ce dernier n’est pas formé pour un tel boulot. C’est pourquoi, quand passe un lévite, un spécialiste du sacré, disponible, Mika l’embauche. Contrat de travail, cahier des charges, tout se passe alors de manière très règlementaire. Comme pour dire que l’anarchie décrite au début du chapitre est déjà bien loin.
 


Le lévite devient même “comme l’un des fils de la maison”, nous dit-on, et la Bible ajoute que tous ces gens forment une paroisse, c’est le mot qui désigne en grec des étrangers qui vivent ensemble. Exactement le terme qu’on a utilisé pour traduire la situation de ce lévite de Juda qui s’établit chez des gens d’une troisième tribu, celle d’Ephraïm. Une paroisse. Car en ce temps-là, les différentes tribus qui formeront Israël se considèrent encore comme étrangères les unes aux autres. Il leur arrive de se faire la guerre entre elles!

Happy end. Notre passage s’achève sur l’expression d’un grand contentement. Mika se dit: «Maintenant, le SEIGNEUR me fera du bien, j'en suis sûr, puisque j'ai un lévite comme prêtre». Dieu est de mon côté, pas de problème, j’ai les meilleurs atouts en main...

Eh bien, pas du tout! L’histoire rocambolesque continue au chapitre 18. Une autre tribu d’Israël, celle de Dan, vient envahir Ephraïm. Ils s’emparent et de l’idole et des statuettes sacrées, et même du lévite, qui se trouve enrôlé malgré le premier contrat; tout cela sans que Mika ne puisse réagir; il est impuissant, face à cette armée!

Le lieu de culte subsistera pendant des siècles, mais au bénéfice d’autres Israélites, ceux de Dan, alors que notre ami “Qui est tout proche du Seigneur? point d’interrogation” se retrouve gros-jean comme devant.
  

 

Méditons donc quelques minutes avec le livre des Juges sur la fragilité des intermédiaires religieux... et sur la question “Comment vivre en communion avec Dieu?” “Qui sera vraiment tout proche du Seigneur? point d’interrogation”.

À travers cette aventure, en tout cas, Mika va se trouver remis en question; les chemins qu’il avait pris pour sa vie spirituelle, sa recherche, ne sont pas longtemps satisfaisants. Idoles, statuettes sacrées, prêtres... La Réforme, au XVIè siècle, l’a bien remis en évidence: rien ne vaut la ligne directe avec Dieu!

Ouf, chic, enfin une conclusion morale? Euh, oui, sauf que beaucoup de nos contemporains protestants réclament encore des (1°) signes, des (2°) objets, voire des (3°) ministres du culte pour pouvoir vivre tout proches du le Seigneur. Une paroissienne me disait: “Priez pour moi, M. le pasteur! Dieu vous écoutera plus que moi. Vous êtes quand même consacré à son service”...

Aujourd’hui, dans ces temps troublés, à une époque où tout veut nous faire croire qu’il n’y a pas de roi, et où chacun agit comme il lui semble bon (rien n’a changé!), le besoin d’intermédiaires reste fort. Osons-nous parler à Dieu comme à un ami, proche, attentionné? Ou bien nous croyons-nous obligés de multiplier les prouesses spirituelles ou les spécialistes pour tenter de l’atteindre?

Tout-à-l’heure, nous avons dit à Lison que, pour Dieu, elle est une princesse, à l’image de ses parents quand nous avions célébré leur mariage. Prince et princesse, le baptême nous affirme que nous le sommes tous aux yeux, en Christ. 
   Dès lors, à celui qui nous regarde ainsi comme son trésor le plus précieux, comment parler de manière cérémonieuse, indirecte ou artificielle quand nous voulons lui confier le plus intime de nous-même?

L’évangile, depuis Noël jusqu’à Vendredi saint et Pâques, l’évangile nous redit que Dieu est là, tout près, tout prêt à nous bénir!

Pourtant, à travers le mystère de la Résurrection, le Nouveau Testament nous précise aussi que l’être humain a besoin de signes, de gestes, d’objets pour parler de cette Transcendance si forte, si haute. Dieu nous offre donc les signes tout quotidiens de l’eau du baptême, du pain et de la coupe; il nous offre des personnes qu’on appelle “ministres”, c’est-à-dire serviteurs, pour nous aider à le sentir merveilleusement proche de nous, qui que nous soyons, où que nous soyons; si maladroits que nous soyons pour le chercher!

Mais davantage encore, et c’est ici le message fort de notre histoire, Dieu nous appelle à devenir nous-mêmes, qui que nous soyons, des signes quotidiens, des ministres, des artisans de sa proximité qui permettent à ceux qui nous entourent de vivre en communion avec lui; des reflets vivants de son intérêt infini pour chacun(e). Il nous dit, comme Jésus à Pierre, qui venait pourtant de le trahir par trois fois, il nous dit “Fais paître mon troupeau. Occupe-toi de mes agneaux”.

En effet, Mika,“Qui est tout proche du Seigneur? point d’interrogation”, Mika est béni par sa mère, peut-être à moitié païenne. Donc à combien plus forte raison sommes-nous appelés à nous bénir les uns les autres, pour retrouver, plus proche encore, l’étonnante passion de Dieu pour toutes et tous!?  
  

Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 




(à Orges et Grandson, cette bénédiction partagée s'est vécue notamment par la prière commune, avec des intentions de prières sur feuilles de papier)

 






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