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dimanche 24 avril 2016

(Pr, Vu) Qu'est-ce que ça change d'être réformé?!

Prédication - discussion du 24 avril 2016

Lectures: Hébreux 10, 11-24; Jean 14, 5-7; Romains 3, 21-24


Il m’arrive volontiers de parler début novembre de la “Fête de la Réformation”. Et plusieurs fois, je me le suis vu reprocher par des paroissiens, pourtant protestants. Pourquoi parler de fête, me disent-ils? C’est d’abord une rupture de l’unité de l’Eglise qui s’est produite en 1517. On devrait plutôt demander pardon de n’avoir pas su préserver une Eglise unie, comme le Christ le voulait.

Cette opinion est respectable, mais elle idéalise les temps d’avant la Réforme! En effet, l’Eglise a connu bien des ruptures d’unité dès le 1er siècle déjà. De nombreux mouvements sont apparus dans tous les temps; certains ont disparu; d’autres sont restés au sein de l’Eglise catholique (ainsi les franciscains); et d’autres s’en sont séparés, comme les orthodoxes ou les Vaudois du Piémont.

Déjà quand on lit le Nouveau Testament (NT), on est frappé par le nombre de conflits, de scissions, de groupes qui se traitent mutuellement de faux apôtres, voire qui s’excommunient.    Toute l’histoire de l’Eglise foisonne d’hérésies, i.e. de doctrines religieuses différentes de celle qui a fini par émerger, après bien des combats.

Au temps de l’apôtre Paul, les ruptures séparaient principalement les chrétiens de culture grecque de ceux qui étaient d’origine juive. Le NT montre comment les seconds (on les appelle “judéo-chrétiens”) voulaient imposer la circoncision à tous les convertis venus du paganisme. C’est ce conflit qui a été entre autres à l’origine du martyre d’Etienne, le premier diacre. Vous voyez, dix ans après la mort de Jésus, il y a déjà des chrétiens qui tuent d’autres chrétiens à cause de leur foi différente!
  

 
L’unité parfaite de l’Eglise n’a donc jamais existé. Et les communautés chrétiennes ont toujours été marquées par les imperfections très humaines de leurs chefs. De plus, il faut rappeler que les Réformateurs n’ont jamais eu l’intention de quitter l’Eglise catholique. Ils voulaient la transformer de l’intérieur, la réformer pour qu’elle corresponde mieux à l’évangile. Et c’est la hiérarchie catholique qui les a expulsés.

Rappeler tout ça ne veut pas dire que les Réformateurs étaient les “bons”, victimes des “méchants” catholiques, bien sûr. Non, le rappeler, ça n’a de sens que dans le but de nous mettre en garde contre le glissement qui guette toute institution humaine, l’Eglise comme les autres (quand cela concerne une communauté religieuse, on parle (hem) d’”églissement”, dirait un humoriste!). Imperceptiblement, on s’écarte de la bonne direction, on dévie, comme un explorateur dans la forêt vierge.

Toute Eglise est imparfaite, il n’y a pas un modèle unique qui serait donné par l’évangile. Même les doctrines sont toujours en lien avec des contingences très terre-à-terre, des circonstances locales ou historiques, voire des tempéraments humains.

Toute Eglise est faillible. Bien sûr, le Saint-Esprit la dirige, mais chacun interprète à sa manière ce qu’il lui souffle. Davantage encore, Luther et ses collègues ont très tôt jugé hyperimportant que la réformation de l’Eglise soit toujours à recommencer, jamais parachevée, sans cesse à reprendre. En latin, “Ecclesia semper reformanda” était leur slogan: l’Eglise est toujours à réformer. C’est une structure contingente, imparfaite, qui doit continuellement se remettre en question pour être mieux fidèle à l’esprit de l’évangile.

Cette volonté de rester sans cesse en mouvement est pour moi l’un des grands trésors légués par la Réforme (aux catholiques comme aux protestants, bien sûr!). Toujours revenir aux paroles du Christ, lui qui est le chemin, la vérité et la vie. Même si, je vous le concède, c’est parfois peu confortable. Il est si agréable de penser avoir trouvé la vérité, et de s’y installer!
  

 
Bien sûr, cette remise en question ne va pas se faire en fonction des goûts de quelques-uns ou des modes. Elle doit se fonder toujours sur l’évangile. Un évangile lu et réinterprété, là aussi, à la lumière des circonstances et des temps. Et c’est là, vous l’avez compris, un second trésor essentiel transmis par les évènements d’il y a 500 ans. Le NT est sans cesse à rouvrir, il a toujours à nouveau des richesses à nous faire découvrir. Nous n’aurons jamais fini d’explorer toutes les pistes qu’il déroule devant nous, lui qui transcende toutes nos habitudes.

Le troisième trésor que je discerne avec vous, ce matin, tient à l’autorité. Car une question se pose alors: s’il y a réforme continue et interprétation à toujours actualiser, qui décide?

Dans les structures anciennes, au Moyen Âge et avant, c’étaient des hiérarchies qui exerçaient l’autorité. Dans la société civile, les gens du peuple n’avaient aucun pouvoir. C’étaient les seigneurs locaux qui prenaient les décisions, eux-mêmes dirigés par les nobles, ducs, comtes ou barons; et ces derniers devant obéissance au roi ou à l’empereur.

De même, dans l’Eglise médiévale; les fidèles étaient entièrement soumis au curé, qui était comme un seigneur local; avec l’évêque au-dessus de lui; et le pape régnait.

Les Réformateurs n’ont certes pas inventé la démocratie, elle a existé sous diverses formes dans l’antiquité parfois. Mais Luther et les autres ont eu le génie de s’extraire des modèles sociaux de leur temps. Ils ont redécouvert dans la Bible ce qu’on appelle le “sacerdoce universel”, c’est-à-dire la liberté pour chaque croyant de s’approcher de Dieu au plus près, sans intermédiaire. Comme le dit la lettre aux Hébreux, Christ a ouvert pour nous un chemin nouveau et direct pour accéder au Père. Les Réformateurs ont ainsi développé des Eglises qui ont cultivé ce troisième trésor.

Ce faisant, ils ont préparé le terreau pour nos démocraties modernes. Un excellent article de Jacques-André Haury, dans la Revue des Cèdres de décembre dernier, le met bien en évidence: les régions où la politique a donné le plus de pouvoir au peuple sont des terres qui ont cultivé de longue date la foi réformée!
   


Quatrième trésor que nous devons à Luther: le libre-arbitre. Chacun est responsable de ses valeurs et de sa foi, et peut les exercer librement. Nul ne peut être contraint de croire ceci ou de penser cela. Pas besoin de développer ce point, on voit clairement une filiation entre ce thème de la Réforme et les Droits humains apparus au 18è siècle.

Enfin, cinquième et dernier trésor que je souhaite vous exposer ce matin (il y en a encore des quintaux, et vous en aurez vous-mêmes à partager dans la discussion de tout-à-l’heure!), cinquième et dernier trésor pour ce matin: le salut par grâce. Si je suis libre, le NT me dit aussi que Dieu ne va jamais me condamner pour mes erreurs. Je n’ai pas à mériter d’être sauvé, ni par mes actes, ni par un rite, ni par quoi que ce soit. Le salut est gratuit (c’est ce que veut dire le mot “grâce”: gratuité). Comme la lettre aux Romains le souligne avec vigueur, tous nous sommes pécheurs; mais Dieu, dans sa bonté sans limite, nous sauve tous et nous rend justes sans que nous ne le méritions.

Ce trésor se dit, en latin, ”Sola gratia” (par la grâce seule) ou “sola fide” (par la foi seule). C’est Dieu qui nous rend justes, par son amour infini. Je ne peux que l’accepter dans la foi.

Voilà les cinq aspects importants de la Réforme que je voulais vous partager ce matin. Mais, et vous? Quels sont vos trésors, ceux que vous avez reçus des évènements d’il y a 500 ans? Je me réjouis de vous entendre, et d’échanger à ce sujet.

En vivant cette discussion, vous l’avez déjà compris, nous réaliserons concrètement les cinq trésors dont je vous ai parlé: toujours nous réformer; le faire à partir de l’évangile, à redécouvrir sans cesse; le vivre ensemble, dans une autorité partagée; le faire en toute liberté; et enfin le vivre avec confiance, en se sachant déjà entièrement aimé et sauvé par Dieu. À lui seul la gloire!

Amen                                          
  

 

De la discussion sont ressortis de nombreux éléments,  j’en mentionne trois:

- la Réforme a mis l’accent sur la liberté et sur la responsabilité.    Nos contemporains n’oublient-ils pas trop la seconde?

- l’action sociale est aussi fille de la réforme: Armée du Salut, Croix-Bleue... l’évangile qui libère nous rend solidaires les uns des autres.

- nous humains avons besoin de “veaux d’or”, d’objets, de rites pour vivre notre religion. Ils sont utiles, mais attention à ne pas les diviniser!  



Jean-Jacques Corbaz 



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