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dimanche 19 juin 2016

(Pr) Tout est à vous... Mais à qui es-tu?

Prédication du 19 juin

Lectures: 1 Corinthiens 3, 4-15;1 Corinthiens 3, 21-23; Luc 19, 1-9


Dans une revue missionnaire, j’ai lu cette jolie histoire:

“Sur une route, en Inde, des hommes armés m’ont arrêté et fait sortir de mon véhicule. Ils m’ont pris toutes mes valeurs et se sont enfuis avec ma voiture. Quand j’ai vu un des bandits prendre ma bible, je lui ai crié: “Lisez-la souvent!”

Quatre ans plus tard, j’ai reçu une lettre qui disait: “Je suis un de ceux qui vous ont attaqué sur la route. Je me rappelle encore votre visage calme et amical alors que je vous menaçais avec mon arme, et que vous m’avez dit de lire la Bible. Je veux vous remercier, car vous m’avez sauvé la vie. J’ai lu votre bible, et j’ai décidé de quitter ce gang. Et, récemment, mes anciens compagnons se sont fait tuer en attaquant un bus sur la route. Aujourd’hui, si je n’avais pas suivi votre conseil, je serais mort moi aussi. C’est la bible que je vous ai prise qui m’a sauvé la vie.”

 

 
Indirectement, ce n’est pas la première fois, ni la dernière, que le fait de croire en Dieu sauve la vie de quelqu’un. La foi peut sauver de la mort violente, comme dans notre récit. Elle peut aussi sauver de la mort lente, celle du désespoir. Je veux dire ici: du manque d’espérance. Vous le croyez?

À force de vivre en symbiose avec l’Evangile, l’Europe s’y est habituée. Dramatiquement. Petit à petit, le tranchant de la Parole du Christ s’est émoussé pour nous, comme un médicament qui fait de moins en moins d’effet, parce que le corps s’y est accoutumé.

Nous en sommes venus à ne plus réaliser la différence qu’il y a entre la vie que nous menons et celle que l’Evangile appelle! On croit, et sincèrement, que vivre en bons chrétiens, c’est: ne pas tuer, ne pas voler; donner (un peu!); pardonner (parfois...). Bon, je suis un des premiers à déraper dans ce travers!

On entend même certains dire qu’il faut chasser les musulmans de chez nous, parce qu’ils ne respectent pas les fondements du christianisme, qui sont de ne pas voler, de ne pas tuer. Hem! Que ceux qui prétendent cela aillent essayer de commettre un vol dans un pays musulman... Ils s‘en mordront les doigts, si j’ose dire: vous connaissez la règle de couper les mains des voleurs!
  

Dieu merci, nous avons aujourd’hui des contacts avec d’autres continents, qui nous aident à reconnaître tout ce qu’il y a de révolutionnaire dans le Nouveau Testament (NT), tout ce qui va beaucoup plus loin qu’une morale humaniste: car ne pas tuer, ne pas voler, donner ou pardonner, c’est un peu comme la peinture sur la carrosserie d’une voiture: ça parachève l’oeuvre, mais ce n’est pas l’essentiel. C’est une conséquence de la foi chrétienne, et non le coeur. C’est ce que l’apôtre Paul qualifie dans notre passage de construction: une construction d’or ou d’argent, de bois ou de paille, une oeuvre qui résistera plus ou moins bien au feu, c’est-à-dire à l’épreuve.

Une construction... Un peu comme la maison des trois petits cochons face au grand méchant loup! Et la lettre aux Corinthiens précise: “Celui dont l’oeuvre sera consumée, même celui-là sera sauvé, comme on est sauvé à travers le feu.” Evidemment, cette personne aura eu chaud, c’est le cas de dire! Mais, rendez-vous compte, l’essentiel, le coeur, ne sera pas touché.

Alors, l’essentiel, le coeur du NT, qu’est-ce que c’est? Evidemment, si on avait trouvé la définition parfaite en deux lignes, ça se saurait! Nous sommes condamnés à tâtonner.

Aujourd’hui, je trouve dans ce chapitre aux Corinthiens un angle d’approche que j’avais un peu tendance à oublier. Il y a une dispute de clans, entre les chrétiens disciples de Paul et ceux qui se sont ralliés à un nouvel évangéliste, nommé Apollos.

Partant de ce conflit, l’apôtre écrit ces versets, que j’aime à méditer en ce jour où une page se tourne pour notre paroisse: “Paul plante, et Apollos arrose; mais c’est Dieu qui fait pousser. Celui qui plante et celui qui arrose ne sont rien.”
  

Et il poursuit: “Que personne ne fonde sa fierté sur des hommes. Car tout vous appartient: Paul, Apollos ou Pierre; le monde, la vie, la mort; le présent ou l'avenir, tout est à vous; mais vous, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu.”

Voilà. Nous n’appartenons pas à des hommes. Vous, paroissiens de Grandson, de Giez, d’Orges, des Tuileries ou d’ailleurs encore, vous n’appartenez pas à votre pasteur ou votre diacre, ni au Conseil Synodal, ni à Mgr Schmoll... Vous n’appartenez même pas à vous-mêmes! ”Vous êtes au Christ et, par lui, à Dieu.”

Finalement, ne serait-ce pas dans cette question de l’appartenance que se joue l’essentiel de notre foi? “À qui es-tu?” disait-on autrefois; “au Jules de la Combe ou au Max du Very?”. Au Moyen Âge, les paysans étaient au seigneur du lieu, sire de Grandson ou duc de Lorraine: “À qui sont ces gens?” disait-on.

Être au Christ; et, par lui, à Dieu... Pas facile, mes aïeux!! Cela suppose de savoir accueillir dans nos vies, dans notre quotidien, les valeurs nouvelles de l’Evangile. Le sens donné à l’existence, et qui nous manque tant aujourd’hui.

“À qui es-tu?”, ça veut dire: pour quoi (en deux mots), pour quoi est-ce que tu vis? Quel est ton but, ton essentiel? L’argent? alors tu es à ton porte-monnaie. L’admiration des autres, la gloire? alors tu es à toi-même. Le pouvoir? La réussite? Être en haut de l’échelle, surpasser les autres? alors tu es à ton orgueil...

Nous sommes si peu à Christ, et à Dieu! En ce jour où je vous dis adieu, oui, j’ai surtout envie de vous dire “à Dieu”! Soyez à Dieu!
  

Mais attention: la vie chrétienne, bien sûr, ce n’est pas d’être pleinement détachés de toutes contingences matérielles, et de n’avoir les yeux fixés que sur Dieu seul! Cela, c’est une espèce d’idéal monastique qu’il est quasi impossible de mener dans notre société, surtout si l’on travaille ou qu’on a des enfants...

Le NT ne nous appelle donc pas à nous couper du monde, mais à travailler sur nous-même pour, dans ce monde, essayer d’appartenir le plus possible à Celui qui nous a rachetés (!). Pour nous convertir, toujours mieux, à sa personne. Pour refaire sans cesse le chemin de Zachée; lui qui, touché par l’amour et le pardon de Jésus, a su lâcher son idole (pour lui, c’était l’argent), lâcher son idole et se donner au Christ. Refaire ainsi le chemin de ce bandit, voleur d’auto et de bible, qui a pu changer de vie à temps.

Se donner... Vous voyez, le malentendu, c’est qu’on en a fait une morale: il faut vous donner au Christ. Surtout non! Arrière de moi, Satan! il ne faut pas vous donner au Christ, pas plus qu’il ne faut être bon, donner ou pardonner, s’abstenir de tuer ou voler.

Non, avec Paul, avec les missionnaires d’hier et ceux d’aujourd’hui, qui viennent souvent d’Outre-Mer, j’ai envie de vous dire: dans la Parole de Jésus, je découvre le ferment d’une vie bouleversante et bouleversée, qui me fait voir le monde avec des yeux neufs, et qui m’aide à devenir meilleur. En essayant, avec tous mes défauts d’être un peu mieux à Christ, je me libère de bien des égoïsmes, je deviens plus heureux.

L’Eglise, notre Eglise, c’est la communauté de celles et ceux qui marchent sur ce chemin-là. Nous sommes ensemble pour nous y encourager.

Chers amis du Nord vaudois, de Grandson, d’Orges, de Giez et des Tuileries, au moment de tourner une page de notre vie ensemble, je vous souhaite bonne route! Avec Celui à qui vous appartenez déjà. N’oubliez pas: “Tout est à vous; mais vous, vous êtes au Christ et le Christ à Dieu.” Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 





 

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