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dimanche 10 juillet 2016

(Pr) "Venez à moi, vous qui êtes fatigués et rêvez de vacances..."

Prédication du 10 juillet

Lectures: Matthieu 11, 25-30; Esaïe 29, 13-14; 1 Corinthiens 1, 22-30

  


“Venez à moi, vous qui êtes fatigués et chargés, je vous donnerai le repos...”. Encore un de ces versets qu’on a l’impression de connaître comme sa poche!

Je ne sais pas si vous êtes comme moi? Mes poches, je les sens avec mes mains, mais je ne les regarde jamais. Si, un jour, je me décidais à jeter un coup d’oeil dans une de mes poches, je serais sans doute surpris par sa couleur; sa forme; et par les petits “bruchons” accumulés...

Mais je m’égare!

Un de ces versets tellement familiers que peut-être on ne les écoute plus avec attention. “Mon joug est facile, mon fardeau léger...”. Bien sûr...

Je vais vous demander un effort ce matin: imaginez que vous entendez ce passage pour la première fois - et sans complaisance. Probablement alors réagirez-vous comme moi: facile, la volonté de Dieu? Pas tellement! Nous sommes juste quelques pages après le Sermon sur la montagne, qui pose des exigences... faramineuses, c’est plutôt surprenant! Facile, de pardonner à ceux qui vous ont fait du tort? Facile, d’aimer ses ennemis? Facile, de ne pas répondre à la violence par la violence? De ne pas juger les autres? (On pourrait continuer un bout comme ça). Non, ce n’est pas facile, mais alors pas du tout!
   

Vous connaissez peut-être un début d’explication: cette parole ne figure que dans un seul évangile (celui selon Matthieu); ce qui indique toujours que ça concerne une situation particulière. Or Matthieu écrit pour une Eglise de chrétiens qui ont été opprimés par les pharisiens juifs, quelque 50 ans après la mort de Jésus. Pour des chrétiens qui ont quitté la religion de Moïse parce qu’ils pliaient sous le joug de la Loi d’Israël, sous le fardeau des multiples contraintes imposées par les scribes.

Les chrétiens de Matthieu sont des “petits”, c’est-à-dire des sans pouvoir, des pauvres de coeur dans l’esprit des Béatitudes. Non pas des enfants ou des “bobets”! Il s’agit du petit peuple des campagnes, des pécheurs (avec accent aigu!), des impurs;  ces gens pour qui les pharisiens n’avaient que mépris, tandis qu’eux-mêmes se sentaient bons juifs, infiniment supérieurs.

Leur idéal, à ces pharisiens, c’était de connaître la loi de l’Ancien Testament et les traditions rabbiniques aussi parfaitement que possible. “Mieux j’applique les commandements, pensaient-ils, plus j’ai de valeur pour Dieu”.

Il est donc important de rectifier la trajectoire: pour Matthieu, ce sont les petits (et eux seuls) qui peuvent comprendre le Christ, et le suivre. Ni la connaissance de la Loi, ni l’application des commandements, rien de tout cela ne permet de vivre selon la véritable volonté de Dieu. Pas besoin non plus d’être spécialement sage ou intelligent, encore moins d’être instruit: l’important est d’accueillir le Christ sans autre sécurité, les mains nues!

Voilà pourquoi notre passage commence par dire que les savants, les forts en thème n’ont pas reçu le message de Jésus: ils en étaient incapables; trop prisonniers de leurs systèmes de pensée, de leur philosophie, leurs préjugés sur Dieu et sur les hommes. Devant ces gens-là, la prédication de Jésus ne pouvait qu’échouer.
   

Pourtant, avez-vous remarqué? Jésus ne se lamente pas, comme nous le faisons souvent, parce que ses appels n’ont pas abouti. J’entends encore les plaintes de tous ceux qui, dans l’Eglise, regrettent le peu de succès des campagnes d’évangélisation ou de sensibilisation. Nous connaissons tous ces discours désolés sur les bancs vides, le dimanche.

Mais Jésus, lui, ne se plaint pas: il s’en réjouit! Mais oui! Il remercie Dieu d’avoir caché l’intérêt de son message, de l’avoir caché aux sages et aux gens instruits, tandis qu’il a été révélé aux petits dont nous parlions. Les petits, c’est-à-dire la minorité. Les faibles, les sans pouvoir, les veuves et les orphelins... C’est un choix de Dieu. C’est lié à ce qu’il veut nous dire.
  
 
Chers paroissiens, ce constat me pose une grave question: est-ce qu’une Eglise majoritaire, une Eglise de notables et de riches, de savants, est-ce qu’elle est conforme à la volonté de Dieu? Question (im)pertinente, alors que nous allons commémorer les 500 ans de la Réforme.

Mais je vais encore plus loin: est-ce qu’une Eglise de gens instruits, de puissants, est possible? Est-ce que le fait d’être majoritaires ne nous met pas presque automatiquement hors-jeu, je veux dire: en position de ne pas pouvoir comprendre le message que nous propose le Christ?

Dures interrogations, auxquelles il ne faut pas répondre trop vite, ni par oui ni par non, bien sûr, car cela nous ferait retomber dans le camp des pharisiens et des “Jean-qui-sait-tout”... Mais questions qu’il est nécessaire de nous poser, en ces temps de mutations d’Eglise et de société; questions qui auront par ailleurs le mérite de nous faire moins regretter le passé...

Alors voilà: vers qui nous tourner, lorsque nous voulons témoigner de l’évangile? Qui sera réceptif aux appels incroyables du Christ? Et encore: comment travailler sur nous-mêmes, pour mieux devenir, devant Jésus, des assoiffés de ses paroles?
   

“Venez à moi, vous tous, les petits, fatigués et chargés, je vous donnerai le repos. Mon joug est facile, et mon fardeau léger...” Oui, c’est quand nous plions sous le poids de la peine, sous le poids de l’injustice ou de la peur, c’est quand nous sentons nos forces faiblir que Jésus nous appelle ainsi.

Des “petits”, nous pouvons l’être d’ailleurs dans toutes sortes de situations, il peut même y en avoir qui soient millionnaires ou Prix Nobel! Puisque seule compte notre capacité à laisser le Christ agir. Quand nous n’en pouvons plus des contraintes, alors il nous appelle pour nous soulager et nous donner le repos.

Mais attention: si son joug est facile, il n’est pas pour autant “rien du tout”. Le tournage de pouces, ce n’est pas un joug! Avec Jésus, il y a un fardeau à porter, même s’il est léger.

La volonté du Christ, nous le disions, est spécialement exigeante, pensez au Sermon sur la montagne! Des tâches multiples nous sont proposées, des défis souvent.

En quoi est-ce facile et reposant de désamorcer la violence, de pardonner, ou de ne pas servir l’argent? Je vois deux raisons:

(1°) D’abord, parce que notre salut ne dépend pas de notre obéissance, de notre fidélité à mettre en pratique les commandements en détail. Ça, c’est essentiel. Je dirais même: c’est l’essentiel; c’est l’essence de l’évangile. Au contraire des pharisiens, nous savons que Dieu nous sauve gratuitement, par choix, par amour, sans que nous ne le méritions. Notre valeur devant lui ne dépend que du fait que nous sommes ses enfants. Rien d’autre.

(2°) Deuxième raison pour laquelle le joug du Christ est reposant: c’est que Jésus lui-même est humble et doux, comme il le dit. Il n’est pas un maître sévère, rigide ou moralisant. Il est indulgent. Sa douceur bien sûr n’a rien de douçâtre ou de sulpicien, comme l’a déformé l’époque romantique. Jésus n’est pas un loukoum: mais il est bon, il veut avant tout notre bonheur, notre paix. Il veut nous soulager, nous reposer.
   

Dernier écueil à discerner: le repos du Christ, ce n’est pas dormir tout le temps, ni se mettre au chômage! À l’époque, le travail quotidien était dur et harassant, il fallait soulager les fatigues, énormes. Aujourd’hui, notre vie est, sauf exceptions, plus stressante, usante pour les nerfs qu’épuisante physiquement. Et le chômage est souvent vécu aussi comme un drame.

Le repos auquel Jésus nous invite, ce n’est pas une absence de travail; ce serait plutôt cette absence de stress, cette paix du coeur. Pour le paysan qui craint l’avenir; pour le patron qui a peur de la faillite; pour l’employé qui rame afin de garder son emploi et qui n’ose pas dire ce qu’il pense. Pour le chômeur ou le chercheur d’emploi; pour la femme, l’homme moderne coincés par les exigences démentielles d’une époque de moins en moins humaine, vitesse, efficacité, profit... Pour tous nous est proposé de retrouver en nous la fragilité du “petit”, et de découvrir que c’est justement dans cette nudité-là que le Fils de Dieu est venu. Que c’est justement de cette nudité-là qu’il est solidaire. C’est elle qu’il nous appelle à découvrir comme vraie force, avec lui, bien sûr, mais aussi avec les autres, dans l’entraide et la communion.

Si vous avez des vacances, je me dis que ce serait une bonne occasion de cultiver cette attitude, non?

Pendant le temps de silence et le jeu d’orgue, je vous propose déjà d’y réfléchir: comment laisser le Christ me rejoindre? Et qu’est-ce qui, dans ma vie, pourrait l’empêcher de me donner la véritable paix?
Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz 



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