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dimanche 18 décembre 2016

(Pr) Bethléem! Nom magique!


Cultes du 18 décembre 2016, Blonay et St-Légier






Dans la fameuse pièce de théâtre d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac disait de son célèbre pif: “O nez, qui dans tout lieu d’un quart d’heure me précède”...



Eh bien, je me dis souvent qu’il en est de même pour la paix. Partout où nous allons, elle n’est jamais là... Elle est toujours quelque part devant nous. Inaccessible!



Nous ne le savons que trop: l’histoire humaine fourmille de violences, depuis les temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui. Et, hélas, jusqu’à demain... voire au-delà! Attaquer... Se défendre... Ça n’arrêtera donc jamais? Mais que fait Dieu, nous dit-on?



En ce quatrième dimanche de l’Avent, la Bible nous plonge dans une atmosphère de ce genre. Pas pour nous effrayer! Ni pour nous exciter comme souvent à la TV. Non, la Bible veut esquisser devant nous un chemin différent. Une invitation à sortir des sentiers battus, pour essayer de comprendre Dieu un peu mieux, comment il tente de nous guérir de nos violences.





L’histoire se déroule vers 700 avant J-C. Israël est alors partagé en deux: le royaume du Nord, dont le chef-lieu est Samarie; et celui du Sud, autour de Jérusalem.



Une grande puissance de l’Est essaie d’envahir la région. Il s’agit de l’Assyrie (avec un A; toute confusion avec la Syrie, tristement célèbre depuis quelques années, est à éviter soigneusement!



Les Assyriens n’ont aucune peine à s’emparer du royaume du Nord. En 722, les élites de Samarie sont déportées à Assour, et on fait venir des colons assyriens qui s’approprient les territoires occupés (entre parenthèses, ça ne vous rappelle pas une histoire actuelle?)... ;-)



Depuis cette année-là, 722 avant J-C, la Samarie ne sera plus jamais juive. Ni au retour de Babylone, en 538, ni au temps de Jésus, où Samaritains et Juifs se regardaient en ennemis.



En 701, l’Assyrie continue sa marche et envahit le royaume du Sud, Juda. La résistance n’est pas plus efficace que dans le Nord. Rapidement, Jérusalem est assiégée. Pourtant, la ville sainte va être sauvée par un coup de chance inespéré: une épidémie frappe les troupes assyriennes, une épidémie si forte que le roi Sennachérib doit lever le siège et rentrer dans son pays.



Ouf! se dit-on à Jérusalem. Délivrés! Mais Juda sait maintenant qu’il n’est pas de taille à lutter contre ses grands voisins. À la prochaine occasion, ce sera la défaite. Et, effectivement, en 589, les troupes de Babylone n’auront aucune peine à conquérir le petit royaume.





Le prophète Michée vit donc en un temps où Israël fait une expérience douloureuse, celle de sa fragilité. Juda se sent à ce moment très petit, à la merci des puissants qui l’entourent. Et c’est cela qui va être important, pour comprendre le message de Michée.



Les Juifs racontaient que, pendant des siècles, c’étaient eux qui faisaient trembler la région: depuis les conquêtes de Josué jusqu’à celles de David et Salomon, un territoire important avait été annexé. Mais tout à coup, un pays plus fort apparaît, et Israël doit considérer la situation avec un regard totalement différent. Il s’était cru, pendant près de 500 ans, puissant; presque invincible. Et surtout, il s’était considéré, durant toute cette période, comme le peuple élu, protégé par Dieu. Béni. Et voilà que, vers 700, les Juifs doivent exprimer leur relation avec le Seigneur de manière nouvelle.



La religion n’est pas un acquis immuable. La relation avec Dieu peut évoluer, selon les circonstances. Et c’est, bien sûr, le mérite des prophètes, en tout temps, de discerner ces changements et de les faire comprendre.



Je vous relis quelques lignes de Michée. Dieu dit: “Et toi, Bethléem Ephrata, tu es un petit village de Juda. Pourtant, c’est de toi que sortira celui qui gouvernera Israël. Il viendra d’une très ancienne famille...

Sachez-le: le Seigneur va abandonner son peuple pendant quelque temps. Ensuite, le jour viendra où la jeune femme qui doit accoucher aura un fils. Alors, ceux qui seront encore en vie viendront rejoindre le reste d’Israël.   Et lui, le chef annoncé, il se lèvera et sera leur berger par la puissance du Seigneur. Les gens de son peuple vivront en sécurité, car sa majesté s’étendra jusqu’au bout du monde. C’est lui qui sera la paix!”



Michée, en prophète inspiré, utilise les événements politiques pour parler de Dieu. Pour aider Israël à mieux comprendre quelle relation Dieu veut instaurer avec les siens.



En termes voilés, et de manière poétique, Michée dénonce la faillite de tout le système traditionnel. Il pointe du doigt la fausse assurance de ses contemporains, leurs fausses images à propos de Dieu: non, il n’aide pas son peuple militairement! Non, le roi n’est pas infaillible! Non, la cour ne respecte plus la volonté du Seigneur! Le pouvoir a montré ses limites, Jérusalem est corrompue; on y intrigue, on s’y pousse, mais Dieu n’y est plus respecté.



C’est pourquoi, dit Michée, le salut ne viendra pas de Jérusalem, la grande, la puissante ville où trône la cour. Mais d’une petite bourgade de rien, en pleine campagne: Bethléem...



Bethléem! Un nom magique! Pour les Juifs de ce temps-là, c’était une allusion très claire: c’est le village d’origine du roi David. Comme si, aujourd’hui, je vous disais que le salut de la Suisse ne viendrait pas de Berne et du Palais Fédéral; ni de Zurich et de ses banques; mais qu’il viendrait, le salut, de la bourgade d’Avenches... Avenches, la commune d’origine du général Guisan. Symbole!





Michée prêche donc pour un retour aux sources: à Bethléem. Mais, plus encore, il annonce la venue, pour sauver Israël, non pas d’un roi, mais d’un enfant. Et d’un enfant qui gouvernera, dit Michée, et pas qui règnera. Intentionnellement, le prophète change de verbe pour bien marquer ceci: ce sauveur ne va pas prendre le pouvoir comme un souverain, comme ces rois qui ont fait faillite! Non, il va prendre soin de son peuple, comme un berger. Il va gouverner, comme les paysans d’ici quand ils s’occupent de leur bétail.



L’histoire humaine fourmille de conflits, de guerres et d’intrigues. Mais Dieu, dit Michée, Dieu n’agit pas ainsi. Il vient, dans la peau d’un enfant, amener la paix? Oh non, même pas! Car pour amener la paix, il faudrait l’imposer - et ce n’est pas le style de Dieu! Non, Michée nous dit en hébreu que ce sauveur, il sera la paix (et je regrette, entre parenthèses, que plusieurs traductions françaises confondent les deux verbes et donnent “il amènera la paix”.



Il sera la paix. Cela veut dire, donc, que nous pourrons nous-mêmes vivre en paix, lorsque nous le laisserons nous conduire, nous gouverner, nous faire du bien, comme un berger qui sait où son troupeau sera le mieux. Oui, quand nous le laisserons. Si nous le laissons!





Depuis 2000 ans, les chrétiens reconnaissent que cette prophétie de Michée s’est accomplie dans la venue de Jésus, notre bon berger, notre paix. Et depuis 2000 ans, les chrétiens sont partagés entre deux pulsions contradictoires: d’une part, leurs instincts humains, qui les poussent à se battre, à intriguer ou à conquérir... Et, d’autre part, leur volonté de suivre la voie de ce bébé de Bethléem; ce bébé qui, justement à Jérusalem, a été cloué sur la croix pour prendre sur lui toutes nos violences, nos pulsions meurtrières, nos envies de dominer. Pour les crucifier avec lui et les faire ressusciter, au matin de Pâques, à une vie nouvelle! Différente!



Cette transformation-là, elle ne peut avoir lieu que si nous nous tournons vers le petit village de Bethléem, et non vers la glorieuse cité de Jérusalem. Je veux dire: Dieu ne peut travailler en nous que si nous devenons des petits, des fragiles, des démunis. Que si nous parvenons, comme Michée le voudrait pour Israël, à changer de regard sur nous-mêmes: ne plus nous fier en notre force, ou nos illusions de sécurité; mais nous reconnaître faibles, humbles, blessés.



C’est aux Bethléem, c’est-à-dire aux laissés pour compte des puissants, aux mendiants, que Dieu vient donner la vraie force, la véritable sécurité. Demandez, et vous recevrez. Frappez, et on vous ouvrira!



Celui dont nous célébrons l’Avent (ça veut dire: la venue); celui dont nous attendons l’Avent (ça signifie: le retour!), Jésus ne peut nous faire entrer dans la lumière de Pâques, nous et nos aspirations, que si nous acceptons de devenir les enfants nus de la crèche; et les blessés de la croix. Notre paix intérieure et extérieure est à ce prix !



C’est ce chemin que Noël trace devant nous, pour nous. Saurons-nous le suivre? Amen




Jean-Jacques Corbaz    




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