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dimanche 8 octobre 2017

(Pr) «tu aimeras…»


Prédication du 8 octobre 2017  


Matthieu 22, 34-40; Deutéronome 7, 7-9; Colossiens 3, 1-2   

J’ai longtemps cru que ma cousine Rosette était une pimbêche. Elle vivait, elle parlait comme si elle n’avait que du vent dans le crâne. Elle ne savait rien faire d’autre que singer les vedettes du cinoche ou de la chanson... en plus modeste, évidemment! 

... Jusqu’au jour où, dans des circonstances particulières, j’ai découvert une autre Rosette: intelligente et sensible. Mais elle n’avait jamais pu le montrer avant, probablement parce qu’elle était trop timide; pas assez sûre d’elle. 

Après cette découverte, je m’en suis voulu: pendant des années, j’avais passé à côté des qualités de Rosette, j’avais perdu tout ce temps à cause des préjugés que j’avais sur elle.

 

Si je vous parle de ma cousine ce matin, c’est que j’ai vécu presque le même retournement avec un passage biblique. Un peu la même découverte: ces versets n’étaient pas du tout ce que j’avais cru pendant des années. Mes préjugés m’avaient empêché de les comprendre; et d’en vivre mieux! 

Il s’agit du fameux texte de Matthieu 22, qu’on nous a servi et resservi jusqu’à l’indigestion... en particulier dans la liturgie de confession des péchés. «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ta force, de toute ton âme...». Pour moi, comme pour vous peut-être, c’était clair: ce passage était le commandement de base donné par Jésus dans un système de morale, de règles de vie: c’est ça qu’il faut faire, quand on est chrétien, si on veut que Dieu nous approuve. 

Facile à dire, mais pas du tout à mettre en pratique! Comment aimer le Seigneur de toute sa vie, de toute sa personne, de tout son coeur? - Surtout aujourd’hui, quand nous sommes sollicités de tous côtés; envahis par les émotions; stressés; séduits par la publicité; agressés par la société commerçante; dirigés par les divinités à la mode, qui se nomment st-Flouze, ste-Gloriole et consorts? Aimer Dieu sans partage? Mais c’est mission impossible! On ne touche pas le puck! 

Or j’ai découvert, un jour, que ces fameux versets voulaient dire bien autre chose. Comme si la Bible me murmurait à l’oreille «je ne suis pas celle que vous croyez!»  

Pour bien les comprendre, regardons ce qu’il y a juste avant et juste après notre passage - car ce n’est pas une tranche de saucisson isolé de ses voisins; il y a une continuité, un mouvement général, dans l’évangile. 

Juste avant, Matthieu nous présente une série de controverses  entre le Christ et les principaux partis juifs: les Sadducéens, les Pharisiens et les Hérodiens, tous essayent de tendre des pièges à Jésus par des questions à chausse-trappe. On voit le Christ rejeté violemment par ces légalistes de l’Ancien Testament, ces espèces de fondamentalistes de l’époque, ces intégristes vieux comme Hérode! 

Juste après notre passage, Jésus va lui aussi invectiver ces religieux bornés et fanatiques. Si vous avez le temps, relisez le chapitre 23 de Matthieu, ce n’est pas piqué des hannetons («Malheur à vous, leur dit-il, vous qui filtrez votre boisson pour éviter un moustique, mais qui avalez un chameau!»). 

Les Pharisiens, à qui Jésus s’adresse, également dans nos versets, sont des adeptes du salut par les oeuvres: si on fait ce que Dieu veut, alors il nous récompense et nous sauve; si on désobéit, prétendent ces obscurantistes, on est puni par l’accident, la maladie ou la mort! 

Alors, en ces jours d’anniversaire de la Réforme, il me paraît important de protester avec Jésus, et avec celles et ceux qui l’ont suivi. Non! Non, Dieu ne nous aime pas parce qu’on lui obéit ni même parce qu’on croit en lui. Dieu ne nous sauve pas à cause de nos mérites! Il nous accueille comme nous sommes, il nous aime d’abord, et sans aucune condition - ce que nous rappelons à chaque baptême.


Les Pharisiens, eux, ont besoin de classer les commandements, d’établir une hiérarchie: qu’est-ce qui est fondamental? qu’est-ce qui est important seulement? et qu’est-ce qui est secondaire? 

Alors ils demandent à Jésus: quel est le commandement essentiel? Le «number one» au hit-parade du parfait petit croyant?  

Avez-vous remarqué? Jésus ne répond pas. Il refuse de hiérarchiser. Il donne un commandement n° 1, mais tout de suite après, il en énonce un second, qui est de la même importance. Il y a donc des ex-aequo au classement du top mondial! 

Plus encore, Jésus dévie en corner la demande des fondamentalistes juifs. Car est-ce bien un commandement, ces deux versets qui commencent par «tu aimeras...»? Est-ce qu’on peut commander d’aimer? Je ne crois pas...


Pour Jésus, il y a donc erreur: Dieu ne se place pas sur le plan du faire, et des «tu dois». Il est d’ailleurs regrettable que la Bible en français courant ait choisi de traduire notre passage par «Tu dois aimer...», car, en version originale, en grec, Matthieu emploie un futur. Merci à la TOB d’avoir respecté cela! Et quand Jésus parlait, en araméen, il semble bien qu’il ait utilisé un temps qu’on appelle «inaccompli». L’inaccompli, c’est le temps de ce qui est commencé, mais pas achevé.


Il faudrait plutôt dire alors: «Aime davantage» ou «tu aimes déjà, fais-le plus intensément», quelque chose comme ça. Cette demande de Jésus n’est pas présentée comme un devoir, mais comme une suite à donner; une manière de parachever ce qui est à ses débuts.  

Donc, aimer Dieu! Ce n’est pas une question de choses à faire et de morale: c’est avant tout une question de relation. 

De relation. C’est ça que Jésus répond aux Pharisiens: «Mais, pauvre ami, ce n’est pas des devoirs qu’on peut classer, et se dire qu’on est bon élève! C’est dans ton affection pour Dieu, dans tes élans que réside le plus important de la foi. Dans ton amour, ton coeur; dans ta vie qui vibre, qui espère, - pas dans tes actes d’abord!» - N’est-ce pas là aussi le plus beau trésor légué par la Réforme? 

Allons encore un petit bout plus loin: notre controverse avec les légalistes juifs s’inscrit dans le contexte d’une grande violence: il y a encore, juste avant notre passage, la parabole des vignerons révoltés, qui tuent le fils du patron; et d’autres histoires tout aussi sanglantes. Tout cela annonce qu’au bout de l’évangile, il y a la croix, la mort de Jésus. Exécuté par les hommes révoltés.


Lui, il nous parle d’amour, et on lui répond par les clous et l’épée, le sang et le tombeau! Ainsi, Jésus révèle l’incapacité des humains à répondre à l’amour sans violence!


J’espère que vous comprenez un peu mieux le vrai visage de cousine Rosette - oh, pardon: de notre passage! Jésus dit «aimez mieux» à ceux-là même qui sont en train de fomenter sa mort! Ce n’est donc pas une morale adressée d’abord aux chrétiens de tous les temps; c’est une vanne cinglante dirigée contre ces intégristes de l’époque: «Tu me demandes ce qu’il faut faire surtout pour être en règle avec Dieu? Toi, tu me le demandes, alors que tu es, au fond de toi, dans une relation avec lui plus proche de la haine que de la communion? Ne fais rien, de grâce! Ne fais rien, mais: sois! Sois, et re-çois! Reçois son amour, infini, sa tendresse débordante. Reçois-les, et laisse-les modifier ta vie, comme un grand amour, qui transforme l’existence! Sans loi, sans interdits, sans morale: une passion, ça se vit, ça se laisse pétiller, et rayonner tous les jours!»


Sois! Reçois! Et laisse-toi épanouir, comme une fleur au soleil de Dieu!


La rose n’a pas de morale pour être belle: elle est. La rose, et la Rosette, et toi, et moi! tous, nous pouvons recevoir assez d’amour pour aimer Dieu, pour aimer les autres, et, le plus difficile peut-être, pour nous aimer nous-même! C’est justement ça, le salut par grâce!
Amen

Jean-Jacques Corbaz

 





 

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