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dimanche 3 juin 2018

(Pr) Ruth, une incroyable histoire d’amour


  Prédic du 3 juin 2018

Lectures bibliques: Ruth 1, 1-16 ; Romains 6, 3-8 ; Romains 8, 1-2

Il m’est arrivé une étonnante aventure : j’ai eu la chance (en tant que pasteur retraité) de visiter le paradis !
Ce qui m’a le plus frappé, c’était, dans le hall d’entrée, immense, une quantité de cadrans, comme de petites horloges. Chacun de ces cadrans portait le nom d’une personne.
J’ai demandé à l’ange qui m’accueillait ce que c’était.
- Eh bien, me dit-il, ce sont les compteurs des péchés. Chaque fois que la personne commet un péché, l’aiguille avance d’un cran. Ainsi, nous pouvons savoir en permanence où chacun en est.
Intrigué, je demande à voir le cadran de certains de mes paroissiens.  
Edouard Briquet ? Son compteur marque 4h17. 
Pas de souci, me dit l’ange, il est sur la bonne voie.  
Boris Voirol ? 2h24 !! 
Là, nous avons une personne exceptionnelle ! La moyenne est d’environ 7 ou 8 heures.
Encouragé par ces commentaires, je demande à voir mon propre compteur.
- Jean-Jacques Corbaz ? Aïe, non, ce n’est pas possible : votre cadran est sur le bureau personnel de Dieu le Père.
- Ah bon ? Mais pourquoi ? Il surveille les pasteurs de si près ?
- Non, non, ce n’est pas ça ! Mais vous comprenez, il fait si chaud aujourd’hui : il s’en sert comme ventilateur !!!

J’aime bien cette histoire, parce qu’elle décrit exactement ce que beaucoup de gens croient, c’est-à-dire que Dieu s’amuserait à comptabiliser les péchés des humains, qu’ils ou elles soient pasteur, coiffeuse ou ménagère !

J’aime bien cette histoire, parce qu’elle montre exactement le contraire de ce que nous dit la Bible : en réalité, Dieu ne calcule pas nos péchés, il n’épie pas nos désobéissances pour voir si nous méritons le paradis ou non. La Bible ne nous parle de péchés que pour nous aider à réaliser le fait que Dieu les pardonne entièrement, gratuitement, sans condition. Il vient supprimer le péché, c’est-à-dire nos culpabilités face à lui.

Et là, vous voyez comme cela rejoint le baptême de Viktoria, que nous avons célébré tout à l’heure. L’eau est le symbole d’un Dieu qui nous lave, nous purifie de nos fautes, dit le Nouveau Testament.

L’évangile n’insiste sur nos désobéissances que pour montrer qu’elles nous éloignent du projet de Dieu pour nous, ça oui : un projet de bonheur, de liberté, de paix. Mais ce sont nos peurs, nos légendes humaines qui ont bâti tous ces scénarios d’enfer, de purgatoire et de je ne sais quelles punitions. Ce sont nos consciences qui ont de la peine à accepter d’être déchargées gratuitement, comme ça, par amour ! Car Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a donné son fils pour que nous soyons sauvés. – On pourrait dire aussi : pour mettre nos compteurs à zéro, et qu’ils y restent !

La Bible, ainsi, n’est pas obsédée par le courroux divin, comme certains le croient. Je dirais plutôt qu’elle est obsédée par une seule chose : la tendresse de Dieu pour nous, et son absolue fidélité à son projet de nous sauver, quoi que nous fassions.


Cet attachement, c’est exactement ce que raconte le livre de Ruth, dont nous avons entendu le début. Je vous encourage à le lire en entier ; d’ailleurs, il n’est pas long : cinq pages en tout. Dans une traduction en français moderne, il se lit comme un roman. Ou plutôt comme une très belle histoire d’amour – émouvante.

Un juif, Elimelek, décide de s’expatrier, à cause de la famine. En ce temps-là, en effet, les réfugiés économiques pullulaient, mais on les laissait entrer ! Elimelek trouve donc refuge à Moab, un pays fertile proche de l’actuelle Jordanie.

Mais cette famille est poursuivie par la malchance : Elimelek meurt bientôt, et ses deux fils, à peine mariés,   le suivent. Ne restent que trois femmes, sans ressources. À cette époque, une veuve ne peut survivre qu’en se remariant, ou alors en se plaçant sous la protection d’un fils.

Nos trois malheureuses n’ont aucun descendant. Il ne leur reste donc qu’une seule chose à faire : retourner chacune dans sa famille, en espérant trouver un mari pour les deux jeunes, ou un parent compatissant, ce qui est nettement plus aléatoire ! Le sort de Noémi n’est vraiment pas enviable ; c’est la famine assurée. Mais il n’y a rien d’autre à faire.

Rien ? Ce n’est pas l‘avis de Ruth, qui refuse de quitter sa belle-mère. Ruth piétine les traditions, parce qu’elle ne veut pas abandonner Noémi. Elle qui est païenne, elle vient vivre en Israël, à Bethléem, pour aider celle à qui elle s’est attachée.

C’est ainsi que tout va changer pour Noémi (dont le nom veut dire « Bienheureuse », et qui pourra le rester, bienheureuse, malgré les coups du sort). Tout va changer pour Noémi, et aussi pour Israël : par des aventures que racontent les chapitres 2, 3 et 4, Ruth non seulement permet à sa belle-mère de survivre, mais encore elle lui donne un enfant ! Ce fils de Ruth sera le grand-père du roi David, le plus fameux, le plus brillant de tous les juifs. Elle, l’étrangère, deviendra l’ancêtre du roi symbole d’Israël, étoile de la foi ! Mieux encore, elle sera, comme David, ancêtre de Jésus lui-même !

Parabole ! L’attachement obstiné de Ruth pour Noémi devient ainsi, comme souvent dans l’Ancien Testament, signe de l’attachement obstiné de Dieu pour son peuple. Pour tous les hommes. Pour toutes les femmes. Et surtout pour les plus démunis !

Et de la même façon, le baptême de Viktoria, et tous nos baptêmes deviennent ainsi symbole, signe et fête de l’attachement obstiné de Dieu pour nous.



J’aime à vous parler de ces deux femmes en ce jour où une petite fille baptisée est accompagnée par deux marraines. En un temps aussi où les personnes du beau sexe sont nettement majoritaires dans nos lieux de culte ; cela alors que notre société a toujours tant de peine à laisser aux dames leur part de pouvoir !

Il y a un petit détail qui, à ma connaissance, n’a jamais été relevé par aucun exégète. Comme un clin d’œil ! À la première ligne du livre de Ruth, l’auteur écrit (je cite) : « C’était au temps où les Juges avaient le pouvoir en Israël ». D’habitude, on ne donne jamais ce genre de précision comme ça. Donc, cette petite introduction veut dire quelque chose d’original, elle met le doigt sur une particularité.

« C’était au temps où les Juges avaient le pouvoir en Israël », et toute la suite nous montre deux femmes obscures, Ruth et Noémi, qui font basculer leur destin, et celui d’Israël,  et celui de l’univers : puisque c’est de leur attachement invraisemblable que naîtront le roi David et surtout Jésus ! Le pouvoir n’était pas où l’on croyait !


Ecoutez cette jolie histoire :
- Sais-tu, demande le rouge-gorge, sais-tu combien pèse un flocon de neige?
- Oh, répond la colombe, rien du tout! C’est insignifiant! Négligeable!
- Ecoute, reprend le rouge-gorge, j’étais dans la forêt, et j’admirais l’hiver. J’ai compté les flocons qui tombaient. Sur une branche, qui était fragile, sont tombés 14’277 flocons. Mais quand s’est posé le 14’278ème (qui pèse trois fois rien, comme tu disais, négligeable...), eh bien, la branche a cassé... Parfois, il suffit de peu pour tout changer.
- C’est peut-être vrai, se dit la colombe (une autorité en matière de paix). Peut-être ne manque-t-il qu’un geste, dérisoire, insignifiant, pour que tout bascule... pour que la paix soit possible... ou qu’on soit heureux...

Non, le pouvoir n’est pas toujours où l’on pense. Selon le livre de Ruth, il est entre les mains de Dieu. Dieu qui ne fait jamais les choses comme on attend. Dieu qui veut toujours faire éclater les petits-cadrans-de-nos-petites-horloges-de-nos-petits-péchés. Pour nous faire éclore librement au grand soleil de sa passion-tendresse !
Amen

 
                                                 Jean-Jacques Corbaz 


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