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dimanche 23 février 2014

(Pr) Qui a gagné? Qui a perdu? Le baptême

Lectures bibliques: Genèse 32, 23-32; 2 Corinthiens 5, 18-20

Quand j'étais petit, je croyais que baptiser, c'était surtout donner un nom. Je pensais que les parents choisissaient comment appeler leur enfant au baptême. J'ai été très étonné quand j'ai su que le prénom devait être fixé dès la naissance, et inscrit à l'état-civil.

Cette idée du baptême qui donne un nouveau nom a pourtant existé, aux premiers temps de l'Eglise. Elle s'enracine dans les âges les plus anciens. Ainsi, dans la Bible, Céphas devient Pierre; Saul devient Paul. Et, dans notre passage, Jacob reçoit le nom d'Israël.
 
Etrange, cette lutte mystérieuse! Bizarre, ce Jacob! Nous qui aimons voir clairement qui sont les bons et les méchants, Jacob nous déroute. Il est choisi par Dieu, qui veut le bénir; et pourtant, yayouille: il ruse; trompe son père et son frère; vole son beau-père; et il trouve le moyen de se battre contre Dieu lui-même!
 
Jacob serait-il si mauvais?


Je crois surtout que ce gaillard nous ressemble beaucoup, avec son mélange de qualités et de défauts, lui qui lutte parfois contre et parfois pour Dieu. J'en ai rencontré, des Jacob, et même dans mon miroir!
 
C'est un malin, Jacob. On se rappelle l'épisode des lentilles: Esaü, son aîné, rentre d'une journée de chasse, affamé. Voyant son frère qui prépare une soupe, mmmh, il demande à manger. Mais Jacob fait du chantage: OK, je l'échange contre ton droit d'aîné! Mort de fatigue et de faim, Esaü accepte.
 
Deuxième supercherie: il reste à extorquer au père sa bénédiction, donc son testament. Recevoir la bénédiction d'un chef de clan, c'est obtenir une partie de ses pouvoirs. Jacob se déguise pour tromper Isaac, qui est presque aveugle.
 
Son frère dépouillé crie vengeance. Alors, notre héros s'enfuit chez un oncle, dont il épouse les deux filles. Il s'enrichit sur le dos de son beau-père, en lui piquant les meilleures bêtes du troupeau. Troisième supercherie!
 
Le résultat ne se fait pas attendre: sa belle-famille veut sa peau, et Jacob doit fuir, une fois de plus, rentrer au pays, vers Esaü.
 
Mais il a toujours peur de son frère. Contre sa colère, il déploie de nouvelles ruses: des troupeaux, en cadeau, partent devant. Jacob divise sa famille en petits groupes, pour qu'en cas d'attaque, certains puissent s'enfuir.

C'est alors qu'il se retrouve seul. Tout seul, avec sa frousse! Et, là-contre, ses ruses ne peuvent rien. Plus il se rapproche d'Esaü, plus il tremble.
 
Il arrive à la rivière – la frontière. C'est le soir. Un inconnu l'attend. Ils se battent. Roulent dans la poussière, toute la nuit.
 
Au fond, Jacob ne lutte-t-il pas surtout contre lui-même?
 
Toute sa vie, il a misé sur les tromperies. Cent fois, Dieu a voulu le bénir. Mais Jacob n'écoutait pas. Il ne se fiait qu'à lui-même, son intelligence, sa ruse. Le jour où il avait fui son frère, il avait même marchandé avec Dieu: «Si je m'enrichis, avait-il dit, alors je chasserai de ma famille toutes les idoles».
 
Jacob? Il a plus confiance en lui qu'en Dieu. C'est peut-être pour cela qu'il nous ressemble. Il préfère voler une bénédiction par roublardise que la demander ou l'attendre.  Désespérant!
 

Qu'auriez-vous fait, vous, à la place de Dieu?
 
Lui, il a souri: «ah bon, Jacob, tu veux jouer au plus futé? D'accord! À malin, malin et demi!»
 
Et vous le savez, l'inconnu qui lutte avec Jacob, vers la rivière, c'est Dieu. Il se bat avec une force semblable à celle de son adversaire, si bien que le combat peut durer une éternité; il n'y aura ni vainqueur ni vaincu.
 
Arrive le matin. «Laisse-moi partir, dit Dieu, j'abandonne». Et Jacob, qui ne loupe aucune occasion de s'offrir un avantage, Jacob rétorque: «OK, je te laisse si tu me donnes ta bénédiction» - donc une partie de tes pouvoirs!
 
Dieu accepte. En apparence, il a perdu le combat; le combat de la rivière. Mais il a gagné la guerre; la guerre d'usure qui le voyait poursuivre Jacob depuis des dizaines d'années, pour lui proposer de vivre avec lui, et le bénir. Là, c'est Jacob qui demande lui-même cette faveur!

J'aime ce Dieu si proche, qui roule par terre avec nous, et nous laisse gagner au petit jeu du plus fort, pour nous donner faim de ses promesses, de son alliance!

Et c'est la bénédiction. «Tu ne t'appelles plus Jacob, celui qui prend la place d'un autre, l'embobineur. C'est fini. Tu t'appelles Israël, c'est-à-dire «Dieu se bat» ou «celui qui lutte avec Dieu». Dans cette alliance nouvelle, tu n'appartiens plus à tes faux dieux: ta ruse, tes tromperies. Non, tu es un partenaire de Dieu, un lutteur de Dieu!
 
À cette époque, le nom est beaucoup plus qu'une étiquette. Il indique un rôle, une fonction. L'esclave qui changeait de maître recevait un nouveau nom, car seul celui qui a des droits sur vous peut décider comment vous appeler!
  
Jacob, qui es-tu? Par mon alliance, dit Dieu, tu cesses d'être le rusé-qui-trompe, tu deviens mon partenaire dans mon combat.
 
Israël, à son tour, voudrait entendre le nom de son adversaire. Si Dieu le prononce, il donne à l'homme du pouvoir sur lui.
 
Mais Dieu disparaît. Et c'est Israël-Jacob qui le dit, ce nom, face au soleil levant. Debout, il sait que, de ce combat, tous deux sont sortis vainqueur.
                                                              

Cette belle histoire de la Bible est un mythe, une parabole. Jacob représente ici le peuple d'Israël. Mais nous pouvons y lire aussi l'annonce déjà du baptême en Christ; l'alliance que Dieu nous offre, et pour laquelle il nous cherche avec autant d'assiduité que Jacob.

Nous, nous disons souvent: «Si Dieu existe, il devrait ceci ou cela...». Mais, comme Jacob, nous ne voyons pas que les obstacles à la bénédiction de Dieu et ses bienfaits, c'est nous qui les dressons, pas lui!
  
«Laissez-vous réconcilier» dit l'apôtre Paul. Laissez la paix de Dieu, son amour, pénétrer dans vos vies par l'alliance qu'il vous offre. Abandonnez vos fausses sécurités. Acceptez vos fragilités, et regardez-les à la lumière de la tendresse immense de Dieu.
 
Tout à l'heure, nous avons baptisé Alicia. Elle n'a pas changé de nom. Mais Dieu lui a dit ses promesses, son projet de vie heureuse pour elle.
 
Alicia aura besoin de beaucoup d'années, comme Jacob, pour apprivoiser cette relation spirituelle. Et pour demander à Dieu sa bénédiction.
 
Espérons qu'elle y parvienne! Mais aujourd'hui, c'est à nous, adultes,  que la question est posée: qui es-tu? Quels sont tes dieux? Où est ta force? Amen 
  
Jean-Jacques Corbaz




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