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dimanche 30 mars 2014

(Pr) Changer? De vie? Prédication du 30.3.14

Matthieu 3, 1-2, puis 4, 17; Matthieu 6, 19-21; Esaïe 61, 1-4

Antoine, 5 ans, vient d'avoir un petit frère. Ce poupon tout nouveau bouleverse beaucoup de choses dans la vie familiale. Antoine entend des mots, des expressions inconnus. C'est ainsi que maman, un jour, regarde le bébé et s'écrie:
- Oh zut, je dois le changer.
- Comment, fait Antoine, il est déjà foutu?

 
Les mots ne veulent pas toujours dire la même chose. Mais certaines homonymies, en plus d'être parfois comiques, nous suggèrent des pistes inattendues. En effet, si le bébé n'est pas... euh... périmé, usé, pourtant, Dieu veut le changer, lui aussi! Il l'invite à changer de vie! Et ce n'est pas du tout simple!

 
Le verbe grec employé dans l'appel de Jean Baptiste et de Jésus est parfois rendu par «Convertissez-vous» ou par «Changez de comportement». Mais il désigne quelque chose de beaucoup plus large qu'une bonne morale: une réorientation totale de l'être. Une transformation globale. C'est la personne toute entière, avec ses choix de vie et ses priorités, qui entre dans un processus de changement.

 
Et puis, il y a une difficulté supplémentaire, à propos de ces invitations à faire mieux. En effet, quand on me demande de changer, souvent je comprends «Tu fais tout faux»... Ou même «Tu es un idiot»!

 
Or, Dieu nous appelle à changer, mais sans nous culpabiliser. Sans nous faire de reproches, sans nous peser sur la tête. Dieu nous invite à mieux faire, parce que nous avons tout à y gagner: notre vie peut devenir plus légère, plus fluide, meilleure. Notre capacité à résister au découragement, à l'angoisse ou à la bêtise (mais oui!), elle peut grandir! Notre aptitude à résister au stress aussi, nous en parlions dimanche dernier (voir
“Du stress, des babouins et de la méditation”)
 
Mieux encore: quand il nous invite à nous améliorer, Dieu s'y engage avec nous! Il ne nous regarde pas d'en haut, comme un juge ou un examinateur. Non, il s'implique lui-même dans ce changement souhaité. Il nous y accompagne. Cela devient son oeuvre, à lui aussi.
 
C'est dans ce sens qu'il faut comprendre l'appel de Jésus à changer de vie. Non pas «vous faites tout faux», mais bien plutôt «Engagez-vous, avec moi, sur un chemin de renouvellement. Laissez pousser dans votre quotidien les germes d'une existence différente, plus heureuse. Une existence où des poussières d'éternité commencent déjà à se manifester». Ce n'est pas une culpabilisation. Au contraire, c'est une bonne nouvelle, dit Jésus.

 
Un autre écueil qu'il nous faut éviter, c'est de croire que ce changement s'effectue une seule fois, une fois pour toutes. Martin Luther insistait déjà beaucoup sur la nécessité de ne jamais s'arrêter de changer de vie, avec Jésus. De même que les Eglises réformées n'ont jamais terminé leur conversion, de même les croyants inspirés par l'évangile seront toujours à nouveau en train de se réorienter vers le Père de tendresse. Non pas à l'image d'une locomotive qui a pris le bon aiguillage, et qui n'a qu'à avancer sans remise en question; mais plutôt comme un voyageur dans la forêt vierge, qui doit sans cesse faire le point, parce qu'il sait qu'à chaque instant il dévie de sa route, oh, légèrement, mais que ces quelques millimètres trop à gauche ou à droite, au début, peuvent se transformer en kilomètres et kilomètres d'écart, à la longue.

 
Pour éviter donc de nous retrouver un jour à côté de notre but (ou à côté de nos pompes!), nous aurons avantage à laisser régulièrement une place au Christ, à côté de nous. Voire en nous. Une place où il puisse nous interpeller; nous stimuler; nous rassurer; nous remettre en question; nous apaiser; tout ça au moment où nous en aurons besoin.

 
En effet, accomplir la volonté de Dieu, c'est infiniment difficile. J'ai d'ailleurs l'idée que vous le savez bien! ;-) Il ne suffit pas de respecter un petit catalogue d'interdictions et d'obligations; de dire «Je n'ai ni tué ni volé, donc...». Donc quoi? Dieu est parfaitement content de moi?!? Euh... pas si sûr! 
 


Un petit exemple: l'attitude à propos de l'argent. Pour un enfant de 8 ans, on peut en rester à «Tu ne voleras pas». Mais pour un adulte, intelligent (comme nous le sommes tous) (!), la question devient: «Quel est le meilleur usage de mes biens? De ceux que je peux gagner; ou de ceux que je peux renoncer à gagner? De ceux que je peux économiser; ou de ceux que je peux renoncer à économiser? Comment Dieu sera-t-il le plus heureux de mes choix, dans ce domaine-là?».

Un vieux pasteur, un jour de grande offrande, lançait à ses paroissiens: «Dieu se soucie moins de ce que vous donnez que de ce que vous gardez!»

 
Nous sommes en plein dans la campagne de Carême, qui veut nous sensibiliser à acheter de manière plus équitable. À tenir compte dans nos emplettes des personnes mal rémunérées des pays pauvres qui les produisent. Quand j'achète des jeans, ou un maillot; un ordinateur; ou un ballon de foot... eh bien, quels sont mes critères de choix? Est-ce que je me renseigne sur les conditions de production?


Vaste programme, comme disait l'autre!

Comment faire de l'argent un serviteur, et pas un maître? Comment concilier mes besoins de sécurité matérielle avec ceux des autres, et avec la solidarité et la générosité dont Dieu a besoin, lui aussi? ...

Aïe, je sens que je peux vous entraîner dans des abîmes de réflexions. Puissiez-vous les vivre, ces cogitations, non pas tout seul, ni de manière culpabilisée, mais en cheminant avec l'Ami majuscule. Lui qui, avant de nous inviter à changer de vie, nous garantit son pardon. Le baptême en est sans doute la plus belle expression!


Une dernière remarque: plus j'avance dans l'existence, plus je me dis que le Dieu de Jésus Christ, au fond, c'est le représentant des autres humains sur terre. Il est comme l'avocat de toutes celles et de tous ceux qui risquent de se retrouver victimes des égoïstes; des violents; des profiteurs et spéculateurs... Il est en somme «la voix du monde sans voix» comme on le disait du célèbre évêque brésilien Dom Helder Camara. La voix qui proclame ce verset de l'évangile: «Chaque fois que vous avez fait du bien à ces petits, qui sont mes frères, sachez-le: c'est à moi, Jésus, que vous l'avez fait». Amen      
       
       

Jean-Jacques Corbaz


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