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dimanche 25 octobre 2015

« La terre en partage - En route pour Zurich, Paradeplatz » - Prédication du 25 octobre


Lectures:  Matthieu 5, 5; puis 5, 13-16; Genèse 13, 1-12; Luc 19, 1-10


Le mur faisait presque trois mètres de haut. Inutile de dire qu’il était impossible de voir par-dessus. Et ils étaient les cinq au pied du mur, chacun debout sur sa caisse, les cinq à ne rien voir quand même, et à se plaindre que le mur était trop haut, et que sa caisse était trop petite...

Et puis, tout à coup, un des cinq a eu une idée: “Et si on empilait les caisses?” La collaboration était née!

Tout bête et tout simple... en théorie. Mais, dans la pratique, les caisses sont souvent plus difficiles à empiler qu’il n’y paraît. D’abord, c’est qu’on n’a pas l’habitude de se prêter les caisses. Jusqu’à présent, c’était chacun la sienne! D’ailleurs, celle du voisin est de moins bonne qualité que la nôtre, ça ne rate jamais! Et si je lui demande de me passer sa caisse, je risque de devoir un jour lui prêter la mienne! ...

Ce qui est déjà compliqué avec des caisses, pensez alors à quel point ça devient ardu quand il s’agit de la terre. Autant dans le sens de la planète que dans celui du sol à cultiver. La terre en partage: aïe Seigneur, tu pourrais pas nous demander quelque chose de plus facile? Quelques prières, ou un coup de main à la voisine?

Partager la terre. Partager les ressources naturelles, les richesses mondiales, de manière équitable. Vous avez dit: utopique?!


 
Quand mes quatre fils étaient petits, nous aimions jouer au Monopoly. Vous connaissez le principe du jeu: chacun dispose de la même somme au départ, pour acheter, construire ou faire des affaires. La même somme au départ, pour tous. C’est ensuite que les différences apparaissent, souvent de plus en plus gigantesques, en fonction du hasard ou du cours du jeu.

Eh bien, pour les richesses de la terre, dans l’immense Monopoly mondial, c’est déjà au départ que le déséquilibre des ressources est incrédiblement élevé!


Prenons les chiffres du Produit Intérieur Brut (PIB). Imaginez-nous, mes quatre fils et moi, autour d’une table de jeu avec ces données-là, le PIB authentique. Si les ressources de la terre entière sont représentées par ce panneau brun, eh bien l’un des cinq joueurs aura... Vous savez quelle partie de ce panneau il aura, le plus fortuné des cinq? Qui veut essayer d’évaluer la richesse des 20 % les plus aisés? Le quart du tout? La moitié? Les deux-tiers? ... Essaie encore! ...

Les richesses des 20 % les plus fortunés se montent à 82 % de la totalité! Oui, depuis ma main gauche jusqu’au premier trait noir, presque tout à droite. 82 %! Et les 20 % les plus pauvres, il leur reste seulement 1,2 % des ressources de la terre. C’est le tout petit liséré bleuté sous mon index, moins large que mon ongle...

C’est exactement comme si, au jeu du Monopoly, chacun des cinq joueurs commençait la partie avec des sommes différentes. Au lieu de 30’000.- chacun (comme le dit la règle du jeu), eh bien l’un aurait 123’000.- et un autre seulement 1’700.-, et il resterait aux trois autres entre 8 et 9’000.- chacun. Pas besoin de se demander qui va gagner!

Je n’ai jamais osé faire ce coup-là à mes fils. Ça les aurait dégoûtés du jeu!

Je n’ai pas osé non plus suivre les consignes de la Campagne DM-EPER de cet automne. En effet, elle recommande pour aider à comprendre ce déséquilibre, de prendre un pain, ou un gâteau, ou du chocolat, et de le partager entre cinq personnes selon les proportions “82 % pour le plus favorisé et 1,2 % pour le plus déshérité”. Je me suis dit qu’aucun de vous ne réussirait à manger les 82 % du dessert devant les autres... Ou bien? 




Inutile d’insister, vous avez compris. Je vous invite donc, maintenant, à entrer dans le second volet de cette prédication, consacré au Brésil (Le Liban, ce sera le 22 novembre, avec une invitée de là-bas).

Cet immense pays d’Amérique latine est justement le théâtre de déséquilibres parmi les plus élevés du monde. Le Brésil compte 203 millions d’habitants, dont le tiers vit en dessous du seuil de pauvreté. Et c’est bien sûr dans les campagnes que la situation est la plus terrible. 60 % des paysans connaissent la misère. Déficit de scolarisation et répartition inéquitable des terres, voilà les causes principales de ces déséquilibres sociaux.

Comme la Russie, l’Inde ou la Chine, le pays est en plein essor. Mais hélas, ce ne sont que quelques milliers de familles qui s’enrichissent, tandis qu’à l’inverse des millions d’autres s’appauvrissent de plus en plus. Et le mouvement s’accentue.

Cet essor est dû en bonne partie à des cultures industrielles de soja, de canne à sucre et d’eucalyptus, qui hélas entraînent une dégradation du sol, de même que l’élevage intensif de bovins. Les profits tombent dans la poche des multinationales qui se sont implantées là-bas. Tandis que les cultures traditionnelles, adaptées aux caractéristiques des terres, ont tendance à disparaître. Chaque année, des milliers de paysans doivent renoncer à leur activité, parce qu’ils sont criblés de dettes ou victimes de la concurrence des géants de l’industrie agro-alimentaire.

Pour combattre cette évolution, l’EPER (Entraide protestante) soutient des projets en collaboration avec les Eglises locales: conseils et soutien aux petits paysans; création de coopératives agricoles pour commercialiser leurs produits; développement de cultures qui nécessitent peu d’eau dans les nombreuses régions très sèches (eh oui, au Brésil il n’y a pas que la forêt luxuriante d’Amazonie, il y a aussi d’immenses territoires qui souffrent chaque année de grosses sécheresses)... Savez-vous que par exemple les ananas demandent très peu d’eau?

L’EPER essaie aussi de promouvoir la culture de certaines plantes qui constituent des médicaments naturels et bon marché... Tout un travail de fourmi, au ras du gazon, qui permet à de nombreuses familles paysannes de subsister de manière digne. Chic alors! Petits moyens, grands effets!

Vous l’avez deviné, l’offrande de notre culte, ce matin, sera destinée à soutenir ces projets. De même que le produit de la vente des sachets de sel que je vais vous proposer à la sortie. Ce sel est le symbole de l’action efficace des chrétiens, vous êtes le sel de la terre, et la lumière du monde!


 

Il y a du boulot, bien sûr. La partie est loin d’être gagnée. Le mur est très haut, et nos caisses parfois minuscules et fragiles. Mais, empilées, elles vont nous donner de la hauteur, et nous permettre d’être plus forts, ensemble.

Un peu comme Zachée, dans l’évangile. Ce petit homme qui avait peur de perdre, tellement peur de perdre qu’il volait les autres pour se donner l’illusion de la sécurité matérielle.

L’évangile nous dit qu’un jour, poussé par la curiosité; poussé peut-être aussi par un besoin de changer, de découvrir d’autres valeurs, plus vraies, plus hautes... eh bien il a grimpé pour regarder de l’autre côté du mur. Et alors, miracle: d’avoir pris de la hauteur lui a permis de sentir l’infinie proximité de Dieu, comme une caresse! D’avoir pris de la hauteur lui a permis ainsi de se défaire de sa cupidité, et de son attachement maladif aux biens matériels.

Il a pu du coup découvrir d’autres valeurs. Il a pu partager. Etonnant, il s’est découvert généreux et sensible aux autres.

Il y a là, peut-être, quelque chose à cultiver en nous. Ou bien?
Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz




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