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dimanche 10 janvier 2016

(Pr) « Tes disciples n'ont pas pu... » Prédic du 10 janvier 2016

Lectures:  Luc 9, 37-45; Esaïe 65, 1-2; Romains 7, 17-23


Nous avons tous été, dans notre enfance, plus ou moins nourris par des récits de miracles. À l’école du dimanche surtout, c’était quand même plus facile de raconter des guérisons que les Béatitudes ou les lettres de Paul!

Malheureusement, cette foison de miracles nous a souvent joué des tours. Nous avons reçu une image de la foi chrétienne beaucoup plus “miraculeuse” qu’elle n’est en réalité. Un peu comme si, voulant faire visiter Lausanne à un ami japonais, je ne lui montrais presque que des églises. Il en déduirait que les Vaudois sont très religieux... ce qui n’est pas vraiment la réalité!

Ce qui est embêtant, c’est que nous avons tendance à toujours revenir à ce premier enseignement religieux que nous avons reçu enfant! Soit parce qu’on n’en a guère eu d’autre, ce qui est rare; soit parce que c’est comme dans la chanson de Brassens: “Jamais de la vie, on ne l’oubliera, la première fille qu’on a pris dans ses bras”. Je veux dire: le premier contact, la première émotion restent gravés beaucoup plus profond que les autres. Vous vous souvenez, nos yeux émerveillés, tout ronds, quand la monitrice nous racontait ces guérisons extraordinaires, mystérieuses?!
 

 

L’ennui, avec les miracles, c’est qu’on en voit rarement, dans notre quotidien. Nous avons tous prié avec ferveur pour la guérison de telle personne, ou tel autre objectif. Hélas, le pourcentage de réussite est aussi faible que la proportion d’amis véritables dans l’entourage d’un milliardaire...

Alors, deux possibilités, quand on réfléchit: ou bien on balance la religion aux orties, déçu, en décrétant que c’est un attrape-nigauds; ou bien on essaie de comprendre, et on peine souvent, parce que c’est difficile. Dieu est-il vraiment tout-puissant?

Puisque vous êtes ici ce matin, j’en conclus que vous êtes plutôt de la seconde catégorie! Mais vous voyez bien que ceux de la première, on peut comprendre leur réaction!

Donc, essayons d’y voir un peu plus clair! Et le passage de l’évangile de Luc d’aujourd’hui peut nous y aider. Pour cela, regardons de plus près trois ou quatre détails.

Premier détail important: le récit de miracle que nous lisons ce matin commence par “le jour suivant”. Cette mention nous indique que ce qui va être conté a un lien avec le passage qui précède. Or, ce qui précède, c’est la Transfiguration, ce moment où Jésus est devenu, aux yeux des disciples, éclatant de la lumière de Dieu, avec Moïse et Elie à ses côtés. Cet évènement est une démonstration de sa nature divine. La Transfiguration, c’est un signe fort que Jésus vient de Dieu (un peu comme l’auréole sur les tableaux du Moyen Âge, dont nous parlions dimanche dernier). Donc, la guérison miraculeuse, elle aussi, est liée à cette démonstration de la nature divine du Christ.

Giovanni Lanfranco, Trasfigurazione, XVIIè s, Galleria Nazionale d'Arte Antica, Roma

Puis ils redescendent de la montagne. C’est alors qu’une foule vient vers eux, une foule d’où sort un homme qui crie vers Jésus “Viens sauver mon fils, mon fils unique!” (entre parenthèses, admirez le clin d’oeil: c’est un autre qui perdra son fils unique, un peu plus tard, sur la croix!). Mais top, deuxième détail (vous avez remarqué?): “Tes disciples ont essayé de le guérir, mais ils n’ont pas pu”!

Voilà, tout le problème est posé, là. Jésus guérit l’enfant, alors que les disciples n’y étaient pas arrivés. Les gens qui sont là s’extasient, alléluia... Mais top, troisième détail: ils ne sont pas frappés par les capacités extraordinaires de Jésus, comme souvent ailleurs, non! L’évangile dit: “Tous étaient bouleversés par la grandeur de Dieu”!

Voilà. Le drame. Les disciples prient, mais le miracle ne se produit pas. Seul Jésus y parvient, “faco-décontract’”; et tous reconnaissent là exactement la main de Dieu! La “patte” de l’artiste!

Et c’est aussi notre drame. Car si les disciples-compagnons du Christ n’ont pas pu provoquer le miracle, vous voyez bien que pour nous, disciples d’aujourd’hui, à combien plus forte raison, on peut comprendre nos échecs...

Donc, le problème n’est pas que nous n’ayons pas assez de foi, comme on le dit parfois; ni que nous ne soyons pas assez ceci, ou trop cela... Je ne sais pas si vous saisissez le rapport étroit entre notre récit et la Transfiguration, qui venait juste avant?

Si tous les hommes ratent leurs miracles 9 fois sur 10, et si on vient de nous donner démonstration que Jésus est de nature divine, on peut en déduire que Jésus réussit ses guérisons étonnantes parce qu’il n’est pas comme nous. Parce qu’il est d’une autre nature, d’une autre “pâte”; d’une autre dimension. Nous ne sommes pas Jésus, ni vous ni moi, et à vouloir l’oublier, nous risquons la “plantée” magistrale, comme les disciples.

Nous, nous sommes comme le dit l’apôtre Paul: le péché habite en moi, il agit en moi. Il y a une autre force dans mon coeur et dans mon corps qui me tire à l’opposé de celle de la foi, et de celle de Dieu. Et je suis partagé entre ces deux mouvements, et ma vie est le résultat, la résultante de ces deux mouvements qui m’entraînent tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.
 
Martyre de Saint Hippolyte, Dirk Bouts (1470-1475).

On pourrait s’arrêter là. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel de notre passage. Car le récit continue, avec un passage une fois encore signalé comme important, puis qu’il commence par cette injonction de Jésus: “Retenez bien ce que je vous dis”. Il s’agit de l’annonce par Jésus qu’il va être livré aux hommes. Top! Dernier détail, mais le plus important: par 9 fois, les évangiles racontent que Jésus prédit sa Passion, comme on dit. Or, les 8 autres fois, il annonce qu’il va souffrir, et qu’il va mourir, puis que Dieu le ressuscitera. Mais ici, une seule annonce: “Je serai livré entre les mains des hommes”. Celui dont on vient de souligner la nature divine, il va être abandonné, sans pouvoir, entre les pattes de cette espèce mauvaise et sans foi (pour reprendre les termes de Jésus dans l’évangile): les humains!

Si on ne parle ni des souffrances, ni de la mort, ni de la résurrection, c’est donc qu’on veut souligner le seul abandon! Ainsi, la voilà, la toute-puissance de Dieu: il livre son fils unique entre nos mains de pécheurs! Il nous le donne, pour nous sauver!

Récapitulons: les hommes ne parviennent presque jamais à réaliser de miracle, à cause de leur nature empreinte de péché (c’est-à-dire de séparation d’avec Dieu). Par contre, Jésus a laissé toute la place en lui à son Père, qui pouvait donc agir à travers ses mains. Par Jésus, Dieu a donc guéri bien des gens. Mais. Mais il a fait beaucoup plus encore. Jésus a laissé son Père agir en lui jusque dans la mort, sur la croix. Celui qui est tout entier Dieu (donc tout entier amour, tout entier puissance, tout entier pardon), il a été livré, à cause de cela justement, il a été livré aux mains des hommes.

Pourquoi donc? Pour quoi (en 2 mots)? C’est justement ça qui est difficile à comprendre; et que notre passage nous invite à méditer. Il le fait à travers un paradoxe, que j’exprimerais comme ceci: il a été livré pour nous dire, pour nous montrer que, même si nous sommes ces gens partagés, cette espèce infidèle, eh bien il ne nous abandonne pas. Il nous aime d’autant plus fort. Il nous pardonne et nous sauve, comme il l’a fait pour le fils malade.
 


Au fond, il y a dans cette histoire une série de pied-de-nez à la résignation: (1°) l’homme dans la foule ne se résigne pas à la maladie et à la perte probable de son fils, il crie, il demande;    (2°) Jésus ne se résigne pas au mal, et à la souffrance, il agit, il guérit, il se donne; (3°) et surtout, Dieu ne se résigne pas à notre incapacité de disciples, à notre péché d’humains, il fait à Pâques toutes choses nouvelles! Il nous révèle notre petitesse, mais surtout notre dignité!

Et nous, Eglise, et nous croyants? Notre rôle n’est-il donc pas de nous révolter nous aussi contre la résignation? De crier, face à la souffrance? D’appeler? Et: d’aider Dieu à agir?

Ni baisser les bras, ni nous prendre pour des dieux. Mais ouvrir notre humanité à cette immense tendresse venue d’ailleurs, qui nous dépasse, pour qu’elle nous parle de ces trucs vraiment fabuleux: la Joie entière; la Paix majuscule, l’Espérance qui déplace des montagnes... Oui, depuis la première Pâques chrétienne, cette espèce très imparfaite que nous sommes peut connaître le vrai Bonheur. En Christ! Amen


Jean-Jacques Corbaz 



---> Voir aussi

“Dieu, tout-puissant?” - Prédication du 2 11 2014: <http://textesdejjcorbaz.blogspot.ch/2014/11/pr-dieu-tout-puissant-predication-du-2.html>


 

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