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dimanche 22 mai 2016

(Pr) “Prophète de bonheur, tu te plantes” à propos d'Ezékiel.

Prédication du 22 mai: Ezekiel, vrai ou faux prophète? 

Lectures: Ezékiel 12, 21-24; Ezékiel 13, 1-
3 + 10-12; 2 Pierre 3, 8-9


Le passage d’Ezekiel que nous lisons aujourd’hui n’est pas spécialement “sexy”! Ce sont des versets qu’on aborde peu, ou qu’on lit en croix, en se disant qu’ils ne nous concernent pas.

Pour les comprendre, il faut déjà connaître les évènements de l’époque. Je commence donc par rappeler ce que dit l’Ancien Testament au sujet du peuple de Dieu.

Au 8ème siècle avant J-C, le royaume d’Israël a bien changé. Après un temps de croissance et d’apogée, sous les règnes de David et Salomon il y a eu des conflits internes, et tout a régressé. Le pays s’est séparé en deux parties: le royaume du Nord (capitale: Samarie), et le royaume de Juda, au sud (capitale: Jérusalem). Il s’est affaibli.

Au contraire, l’un des grands rivaux locaux s’est fortement développé; il s’agit du royaume d’Assyrie (donc l’actuel Iraq). C’est devenu une grande puissance. Les Assyriens rêvent de conquête. Ils partent en guerre pour étendre leur territoire; s’emparent de la Mésopotamie, de Babylone, et de ce qui est aujourd’hui la Syrie et le Liban.
  

 
En 722, l’armée assyrienne envahit Israël, le royaume du Nord. Samarie tombe, la ville est pillée, les élites sont emmenées en exil. C’est la fin de cet Etat.

Vous imaginez que Jérusalem doit trembler! Le royaume de Juda sait qu’il sera la prochaine victime, et que la déroute est imminente. Il est un nain face au géant!

Jérusalem négocie donc, et se soumet à une espèce de vassalité: le royaume du Sud conserve une certaine indépendance, en échange évidemment de redevances et d’impôts.

Et ça marche, parce que l’Assyrie est victime de soulèvements dans plusieurs provinces, là-bas, spécialement à Babylone. Cette conjoncture permet à Juda de jouir d’une paix relative pendant une centaine d’années.
   


Et puis, le bruit des bottes se fait à nouveau entendre. Car Babylone, qui a vaincu l’Assyrie, reprend son flambeau de grande puissance et d’envahisseur! Jérusalem se retrouve vassale de la grande cité des bords de l’Euphrate, tout comme l’Egypte, par exemple.

Mais, en 602 avant J-C, voilà que le royaume de Juda se soulève contre Babylone, croyant en la force de ses armées - et, peut-être, au pouvoir de son Dieu? Hélas, l’histoire de David et Goliath ne se renouvelle pas: le géant écrase la dernière moitié d’Israël. En 597, les Juifs se rendent. Les élites sont déportées à Babylone. Et, parmi ces déportés, un prêtre du Temple de Jérusalem nommé Ezékiel.

C’est donc ici que nous retrouvons les passages que nous avons entendus tout-à-l’heure. Ezékiel, prêtre (donc sacrificateur) est en quelque sorte réduit au chômage, puisque, loin du Temple, aucun sacrifice ne peut être célébré. Il se recycle donc et devient prophète, i. e. porte-parole de Dieu; proclamateur des mises en garde et des promesses de l’Eternel!
   
 
Pendant ce temps, à Jérusalem, la vie ne s’est pas arrêtée. Seules les élites ont été déportées. Et les autres, petits paysans, artisans ou commerçants, continuent de vivre - et de payer leurs impôts à Babylone.

Mais ils espèrent. Ils prient en secret, ils rêvent, ils croient... Ils attendent le moment où Dieu interviendra pour les délivrer; pour chasser l’envahisseur et rétablir Israël dans la prospérité et la liberté!

Plusieurs prophètes, il est vrai, jouent les rabat-joie. Comme Ezékiel, ils annoncent que les épreuves ne sont pas finies, que le pire n’est pas encore arrivé. Les catastrophes ne sont pas derrière nous, mais devant!

Meuais non, disent beaucoup d’autres prophètes. Pas du tout!  C’est fini! Dieu va intervenir, il va nous secourir; on a mangé notre pain noir, les gars!

Alors le peuple, vous imaginez, ils préfèrent quand même nettement ce deuxième discours. Entre les prophètes de malheur et ceux qui annoncent le bonheur, le choix est vite fait!
  
 
Dieu dit: “Ezékiel, dis-moi, pourquoi autour de toi (à Babylone, donc, en exil) pourquoi les Juifs s’intéressent-ils à ce dicton, à cette redite que répètent les gens, là-bas, à Jérusalem? Ils disent: “Le temps passe, et les prophéties ne se réalisent pas”. Ça veut dire: “Vous pouvez causer, vous les prophètes de malheur, mais vos prédictions restent des paroles en l’air. Du vent, quoi!” - Eh bien non! Ce n’est pas du vent! Ça va arriver tout soudain, ces évènements”.

Voilà le message de Dieu que transmet Ezékiel. Le Seigneur a patienté quelques années, mais c’est fini: la déroute est imminente.

Et de fait, cette année-là, le nouveau roi de Jérusalem, Sédécias, se révolte contre Babylone. Confiant sans doute dans les belles paroles des prophètes qui annoncent que Dieu va résoudre tous les problèmes. Seconde rébellion, et, ça ne rate pas, seconde défaite. En 587, c’est vraiment la fin. Le vainqueur frappe encore plus fort. Les principaux édifices de Jérusalem sont rasés, le Temple lui-même est détruit, la belle cité est presque rayée de la carte. Cette fois, c’est vraiment l’horreur.   Fin de l’épisode.

   

Or donc: en quoi ces évènements d’il y a quelque 2600 ans nous concernent-ils, nous Vaudois de 2016?

Pour moi, ils m’entraînent vers trois pistes de réflexion.

(1°) D’abord, ils me parlent de la peine que nous avons (je dirai même une peine du diable, en pesant mes mots!), la peine que nous avons à ne pas prendre nos désirs pour des réalités. Les faux prophètes aujourd’hui ne manquent pas, qui lissent dans le sens du poil, qui murmurent ce que chacun souhaite entendre, qui effacent les difficultés.

Dans le domaine de la foi, cela donne facilement des sectes, soumises à des gourous beaux parleurs. Ou bien ces théories gentillettes qui nous chantent que tous les problèmes vont se résoudre grâce à leurs techniques de relaxation ou de méditation. Ben tiens, c’est normal, que toutes les difficultés s’effacent, quand on les oublie, quand on se saoule de belles paroles. Mais on a beau oublier la réalité, elle est toujours là...

Ne pas prendre nos désirs pour des réalités, cela signifie aussi lire la Bible avec le moins de préjugés possible, en essayant de la comprendre pour aujourd’hui, avec les yeux neufs d’un(e) croyant(e) riche de tout l’héritage du passé, mais aussi tâchant d’y trouver des pistes nouvelles faces aux défis de 2016, qui ne sont plus ceux d’hier. En cette année où nous nous préparons à commémorer les 500 ans de la Réforme, il me semble spécialement indiqué de rouvrir régulièrement les pages de notre livre saint, et d’y puiser des trésors nouveaux de foi, d’espérance et d’amour, qui permettent d’accéder à un vrai bonheur..
   


(2°) En second lieu, les débats d’Ezékiel avec ses faux prophètes me font réfléchir à ceci: comment prenons-nous au sérieux les paroles de Dieu? Est-ce qu’elles sont là juste pour faire joli, dans quelques grands évènements (baptêmes, mariages...), comme des ballons multicolores dans une fête? Est-ce que notre foi, notre écoute de Dieu, c’est pour nous évader des difficultés de la vie, ou bien au contraire pour mieux les affronter, ces difficultés?

Notre culte est-il une jolie rengaine qui revient, toujours la même, ou une manière de laisser Dieu empoigner avec nous notre quotidien, chaque fois un peu différent, pour le transformer à la lumière de ses promesses?

Souvent, dans les compte-rendus de manifestations (je pense par exemple à des réceptions de personnalités politiques), on résume dans les journaux le contenu de chaque discours, sauf celui du pasteur ou du prêtre. Comme s’il n’était là que pour le décor; de toute façon, ça sonne creux, ça ne se réalise pas. Alors oui, comment porter l’évangile de manière percutante, aujourd’hui, pour qu’il soit pris au sérieux?
  
 
(3°) En dernier lieu, ces aventures d’Ezékiel évoquent pour moi la portée, l’actualité des évènements de l’évangile: que ce soit Noël ou Pâques, Vendredi-Saint ou Pentecôte, est-ce que nous n’avons pas trop tendance à penser que c’est du passé; que c’est loin de nous, tout ça?

Les contemporains d’Ezékiel se disaient “Il ne prêche pas pour aujourd’hui, ses prédictions concernent un temps éloigné, ça ne va pas se réaliser de sitôt”.

Ne ferions-nous pas pile l’erreur inverse? À savoir qu’au lieu de penser “Ce n’est pas pour aujourd’hui, mais c’est pour après-demain”, nous nous disons, nous: “C’est pas pour aujourd’hui, mais c’est pour avant-hier”! Ce qui en fin de compte revient exactement au même: à cantonner la parole de Dieu, et ses promesses (surtout ses promesses!) dans un temps qui n’est pas le nôtre, qui est bien séparé du nôtre, eh bien on lui coupe les ailes, on lui enlève tout impact.

Les faux prophètes, écrit Ezékiel, sont en train de recrépir un mur sans voir que ce mur commence à s’écrouler. Chers amis, quels sont nos murs pourris, aujourd’hui? N’y aurait-il pas à méditer, ensemble, sur les défis de notre temps, pour que la foi chrétienne se transmette encore, et mieux si possible, aux générations à venir?
    

Finalement, est-ce qu’Ezékiel ne nous appelle pas à considérer avec plus de sérieux les exigences de Dieu face à nos fausses sécurités, nos valeurs matérielles, nos conforts égoïstes, si souvent éloignés de la volonté de Dieu? Ne nous encourage-t-il pas à nous laisser bousculer par le Saint-Esprit pour que nos rêves, nos attentes soient un petit peu moins les nôtres (rien qu’à nous), et un petit peu plus ceux du Christ?

Merci d’y réfléchir! Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz 



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