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samedi 3 décembre 2016

(Ci, Vu, FA) Pour être heureux, il faut avoir souffert


Boris Cyrulnik

par Patrice van Eersel et Marc de Smedt


Photo : ActuaLitté [CC BY-SA 2.0] via Wikimedia Commons

Le bonheur et le malheur ne s'opposent pas, mais se complètent comme le jour et la nuit. L'inverse de leur indissociable couplage est la mort affective, l'indifférence. Attachement et amour ne peuvent se développer que si nous avons connu la souffrance et le retour à la sécurité. La neurologie cognitive n'a qu'une vingtaine d'années, et déjà ses découvertes se comptent par milliers, dont Boris Cyrulnik vulgarise génialement les paradoxes.

Dans la trajectoire de Boris Cyrulnik, il y eut d'abord les livres d'éthologie sur l'affectivité animale. Puis toute la série humaine sur la résilience, qui explique comme un enfant maltraité peut s'en sortir, grâce au regard de l'autre. Paru fin 2006, De chair et d'âme constitue le premier livre d'une nouvelle série sur l'inséparable unité de ce qui constitue l'humain. Ce qui est frappant, c'est la précision ultrafine de ce que l'imagerie médicale est désormais capable de nous apprendre sur ce qui se passe en nous à chaque seconde, quand nous percevons, pensons, croyons, agissons - et comment cela bouleverse notre vision du monde, en décortiquant la genèse neuro-relationnelle de nos organes. Quand un singe regarde un autre singe agir, il met en branle les mêmes processus neuronaux que s'il agissait lui-même. Même processus quand il rêve qu'il se trouve dans telle ou telle situation. Chez l'humain, cette imbrication du réel et de l'imaginaire va au-delà du concevable.

NC : Ce qui frappe dans votre nouveau livre, c'est ce que vous dites sur le malheur.      Il ne s'opposerait pas au bonheur, mais constituerait son indispensable complément. C'est leur tandem qui nous rendrait vivants...

Boris Cyrulnik : Toute vie psychique suppose une dualité bonheur-malheur. Privé de cet antagonisme, vous avez un électroencéphalogramme plat, une absence de vie psychique, autrement dit une mort cérébrale. Le couple bonheur-malheur fonctionne comme la manivelle en croix que vous utilisez pour changer les roues de votre voiture. D'un côté vous tirez vers le haut, de l'autre, vous poussez vers le bas, et un observateur étourdi pourrait s'imaginer que ces deux gestes sont contradictoires alors qu'ils constituent un seul et même mouvement. Il en va de même neurologiquement.

Dans la partie antérieure de l'aire singulaire de chacun de nos hémisphères cérébraux, il existe deux renflements. Si une tumeur, un abcès ou une hémorragie altèrent le premier de ces renflements, ou si vous y introduisez une électrode, vous allez éprouver des sensations de souffrance, physique et mentale très aiguës. Si vous déplacez un tout petit peu l'électrode, pour la planter dans le second renflement, vous allez éprouver une euphorie qui peut aller jusqu'à l'extase. Le réel n'a pourtant pas changé. Vous avez juste déplacé l'électrode de quelques millimètres. Au regard de la neurologie, le bonheur et le malheur ne sont pas extérieurs au sujet. Ils sont dans le sujet.

N. C. : C'est une découverte récente ?

B. C. : En fait, on le sait depuis les expériences de James Olds et Peter Milner, en 1954.   Ces chercheurs avaient placé des électrodes dans le cerveau d'un groupe de rats et montré que la zone de la douleur jouxtait celle de la jouissance. Par ailleurs, ayant équipé les rats de telle sorte qu'ils puissent électriquement auto stimuler ces zones, ils avaient constaté que les animaux n'arrêtaient pas d'appuyer sur le bouton électrifiant la zone du plaisir, sans pouvoir s'arrêter. Au point d'en mourir ! Jouir à mort est un phénomène que l'on trouve aussi dans la nature. S'ils en ont la possibilité, toutes sortes d'animaux poussent leur recherche du bonheur jusqu'à se tuer. Quand les fourmis tombent par exemple sur un certain coléoptère dont la sécrétion lactée les enivre : elles en oublient leurs tâches, vont et viennent en tout sens et la fourmilière finit en un indescriptible chaos. On pourrait citer les pigeons et les corbeaux qui vont se saouler aux vapeurs de sarments, indifférents aux vignes en flammes...

N. C. : Trop de bonheur conduirait à notre perte ?

B. C. : La réalité est paradoxale. Placez des gens dans une situation de bonheur total, où tous leurs vœux sont immédiatement exaucés, où rien ne vient contrarier leurs moindres désirs : ils se retrouvent vite malheureux. À partir d'une certaine dose, tout bonheur devient insoutenable. Par contre, mettez ces mêmes personnes dans un état de malheur, elles vont souffrir, mais aussi lutter : « Je vais me battre contre le malheur et le vaincre.» C'est dans la résistance au malheur que les humains s'associent, se protègent les uns les autres, construisent des abris, découvrent le feu, luttent contre les animaux sauvages... et connaissent finalement le bonheur d'avoir triomphé de leurs peurs.

Malheur et bonheur ne sont pas des frères ennemis. Ils sont unis comme les doigts de la main. On le constate aussi dans le rêve, l'utopie, l'espérance qui sont de grands pourvoyeurs de bonheur. On ne peut espérer que si l'on se trouve dans le mal-être. Le bonheur de vivre vient de ce que l'on a triomphé du malheur de vivre. J'ai faim. Arrive quelqu'un qui me donne son sein - qu'est-ce que je l'aime ! J'ai peur. Voilà quelqu'un qui, par sa force et ses armes, me rassure - qu'est-ce que je l'aime ! Il fait froid. Quelqu'un me réchauffe avec son corps et sa couverture - qu'est-ce que je l'aime ! C'est le paradoxe de la manivelle en croix : d'un malheur peut surgir un bonheur ; sans malheur, ce serait impossible.

N. C. : Il y a là une leçon de philosophie naturelle. Accepter la vie, ce serait accepter aussi le malheur, sans lequel il n'y aurait pas de bonheur. Ne pourrions-nous, de même, pas aimer si nous n'avions pas souffert ?

B. C. : Exactement. Seule la complémentarité entre malheur et bonheur fait que nous pouvons aimer la vie. Des chevaux ailés tirent l'attelage de l'âme dans des directions opposées pour le faire pourtant avancer sur un même chemin, écrivait déjà Platon dans Phèdre.

N. C. : Ce processus se met-il en place dès la naissance ?

B. C. : C'est même de fondement des théories de l'attachement. Après le traumatisme de la naissance, le petit humain découvre le malheur. Il ne connaît rien du monde qui l'entoure. Il a froid. Il a faim.. Il a peur. Il souffre. Il se met à brailler. Et tout d'un coup, hop ! On le prend dans les bras. On lui parle. On le nourrit. On l'essuie. Il a chaud. Il reconnaît l'odeur et les basses fréquences de la voix de sa mère. Il se dit : « Ouf ! ça va, je suis à nouveau tranquille. » Il trouve là un substitut d'utérus, et c'est le premier nœud du lien de l'attachement qui va le rendre heureux. À l'inverse, imaginons un bébé qui ne connaîtrait aucun malheur, dont l'environnement serait impeccablement organisé : température idéale, soif de lait aussitôt soulagée, couches propres dans la seconde, etc. Eh bien, ce bébé n'aurait aucune raison de s'attacher.

N. C. : C'est la vieille histoire du « too much »... L'excès nuit toujours ?

B. C. : Oui. Et il en va de même pour nous. Vous avez soif, vous buvez un verre d'eau. Quel délice ! Mais qu'éprouvez-vous au cinquantième verre d'eau ? Du dégoût. C'est un supplice. De même, si la mère entourait son enfant trop longtemps, si elle ne le laissait pas seul au bout d'un moment, il se retrouverait prisonnier d'un cocon étouffant et en viendrait à éprouver de la douleur. « Si maman ne m'entoure pas, je souffre. Mais si elle m'entoure trop, je souffre aussi. » L'être humain ne peut se construire que dans l'alternance, la respiration bonheur-malheur. Et si cette dernière doit être la plus harmonieuse possible, elle doit également suivre un certain rythme. Car, si le bonheur ne peut durer, le malheur non plus...

Si on laisse pleurer le bébé pendant une heure, ça peut aller ; deux heures, ça devient beaucoup ; au bout de trois heures, ça commence à devenir difficile. Arrive un seuil où tout bascule. Le bébé arrête de pleurer. Il commence à s'éteindre. S'il n'est pas rapidement secouru, son système nerveux va interrompre son développement. J'ai été l'un des premier à décrire les atrophies cérébrales liées à une carence affective. Au début, bon nombre de neurologues ne m'ont pas cru : « Ce n'est pas possible, vous vous trompez. » Aujourd'hui, de nombreux confrères confirment cette observation, notamment aux États-Unis. Tous les pédiatres qui travaillent dans les pays en guerre ou en misère savent que les enfants abandonnés ne pleurent pas. Ils attendent la mort en silence. Ils sont morts psychiquement avant de mourir physiquement. Leurs cellules cérébrales sont les premières à s'étioler puisqu'elles ne sont plus stimulées. Puis la base du cerveau arrête ses sécrétions hormonales. Et tout le corps dépérit. Le contre-exemple existe : mettez un enfant abandonné atteint de nanisme affectif dans une famille d'accueil, son cerveau va peu à peu reprendre son développement, c'est rigoureusement vérifié au scanner.

N. C. : Vous évoquez souvent l'image d'une « enveloppe affective sensorielle, faite à la fois de molécules que de mots », absolument vitale au développement de l'enfant. Comme l'a été l'enveloppe matricielle de sa mère...

B. C. : Absolument. Chez l'enfant, il y a d'abord une longue période d'intelligence sans parole. L'enfant décode le monde non par des mots, mais grâce à des images. Puis vient le stade de la parole maîtrisée, vers trois ans. La parole récitée, elle, c'est-à-dire la capacité à faire un récit de soi-même, n'arrive qu'à sept ans, quand les connexions du lobe préfrontal de l'anticipation se sont connectées au circuit de la mémoire - sans quoi vous ne seriez pas capable de vous faire une représentation du temps. Or, toute cette maturation neurologique et hormonale ne se fait que si vous avez cette enveloppe affective autour de vous. Une enveloppe qui, donc, respire, avec flux et reflux, inspiration et expiration, diastole et systole. La vie fonctionne ainsi : par contraste. Et nos sens aussi : pour que le concept « bleu » me vienne en tête, il faut qu'il y ait autre chose que du bleu dans mon champ de vision ; s'il n'y avait que du bleu, je ne pourrais pas le penser. Pour penser le bonheur, il faut qu'il y ait autre chose que du bonheur : le malheur est parfait pour ça.

N. C. : Autre paradoxe, vous écrivez que la parole a une fonction bien plus affective qu'informative.

B. C. : On se parle pour s'affecter. Par mes mots, je peux modifier votre état physique, vous faire pâlir, rougir, rire, bailler, hurler. Si je fais des phrases, c'est pour vous convaincre, vous amuser, vous irriter, vous insulter, vous calmer... davantage que pour vous informer. Et il est à peu près impossible de parler longtemps à quelqu'un sans affecter ses sentiments.

N. C. : Vous dites: « Quand je suis face à Véronique, j'ai une certaine chimie intérieure. Face à Marion, c'en est une autre.  Je ne suis littéralement pas le même moléculairement. »

B. C. : La présence de Véronique me stimule. Tout ce qu'elle dégage - qu'elle me communique implicitement par ses formes, son odeur, ses vêtements, ses gestes, sa voix, ses mots - touche quelque chose d'inscrit au fond de ma mémoire neuronale, sans doute depuis l'âge fœtal. Tout se passe à son insu et j'en suis également inconscient, mais tout ce qui vient d'elle m'intéresse et m'amuse. Du coup, toutes mes catécholamines sont stimulées, condition biologique favorable à la mémorisation. Alors que Marion me renvoie, sans s'en rendre compte non plus, toutes sortes de messages qui ne me touchent pas et ne constituent donc pas un événement pour moi. Or, nous ne pouvons pas mettre en mémoire un non-événement.

N. C. : N'est-ce pas ce qu'en langage courant on appelle avoir des « atomes crochus » ?

B. C. : Si vous voulez. Avec des dosages et des catalyses étonnants. Les entraîneurs d'équipes sportives le savent bien, qui recrutent certains joueurs plus pour l'ambiance positive qu'ils vont mettre dans l'équipe que pour leurs qualités intrinsèques. À l'inverse, il m'est arrivé de voir une excellente équipe de scientifiques lamentablement sombrer dans le spleen, simplement parce qu'on avait recruté un chercheur qui, par sa seule présence, stérilisait ou inhibait le travail de tous les autres ! On connaît ça en éthologie animale, par exemple chez les chimpanzés, où l'arrivée d'un nouvel individu va faire que tous les autres deviennent maladroits, laissent tomber les objets qu'ils tiennent, ratent les branches qu'ils visent : ils sont crispés, leur chimie intérieure est déséquilibrée.

N. C. : N'est-ce pas aussi au sein de cette enveloppe que naît la compassion, quand un animal souffre de ce qui arrive à un autre ?

B. C. : Je le pense en effet, même si de jeunes confrères normaliens sont en désaccord avec moi. Vous faites allusion aux « neurones miroir ». Un chimpanzé voit un être signifiant (un congénère, par exemple, ou un être humain qu'il connaît) s'apprêter à manger un aliment qu'il aime (mettons une banane). Automatiquement, il allume la partie de son cerveau qui le prépare à faire le même geste, par exemple tendre la main vers la banane. En même temps, il stimule son lobe préfrontal pour bloquer ce geste, qui doit rester imaginaire - ce qui fait que le cerveau du chimpanzé qui observe dépense deux fois plus d'énergie que celui du chimpanzé qui mange réellement !

De façon similaire, que je sois homme ou singe, si un personnage signifiant de mon enveloppe affective, quelqu'un que j'aime bien, souffre, je vais allumer la partie antérieure de mon aire singulaire antérieure, celle qui déclenche des sensations de souffrance. Ce n'est pas moi qui souffre, mon organisme est impeccable, pourtant ma zone de souffrance s'allume et déclenche en moi une sensation de malaise. Alors, que c'est lui qui souffre. Mais je le vois et ça me fait entrer en résonance, parce que c'est un personnage signifiant pour moi. Sa souffrance et la mienne sont de nature différentes. Lui, il est blessé, il saigne. Moi, je souffre de la représentation que je me fais de sa souffrance.

N. C. : Dans son documentaire Shoah, Claude Lanzmann interviewe un paysan polonais qui labourait un champ près d'Auschwitz. « Alors vous labouriez à deux pas des barbelés, lui demande-t-il, ça ne vous faisait pas mal ? » Et l'autre de s'étonner : « Pourquoi auriez-vous voulu que ça me fasse mal à moi ? Si l'on vous coupe vos doigts, les miens vont bien ! »

B. C. : Cet homme est un pervers, pas au sens sexuel, mais par arrêt d'empathie. Les pervers ont, dans le développement de leur personnalité, quelque chose qui s'est déréglé dans l'empathie, soit par excès, soit par défaut. Par défaut, c'est ce que vous racontez : si vous vous coupez le doigt, c'est vous qui avez mal, pas moi - donc, si l'on brûle des milliers de personnes dans des fours, ce sont eux qui brûlent ; moi, je laboure tranquillement mon champ. Les situations de guerre pousse des masses de gens à basculer dans cette pathologie, puisque, si l'on veut gagner la guerre, il faut ignorer l'autre, le chosifier.

À l'inverse, l'excès d'empathie, c'est Leopold von Sacher-Masoch, dont on a fait l'archétype du masochiste : « Moi, je ne compte pas, je ne suis rien, quasiment mort psychiquement, je ne jouis plus. Mais si le fait de me faire souffrir fait plaisir à Wanda, la Vénus au manteau de fourrure, au moins éprouverai-je le plaisir de lui faire plaisir. Elle seule compte. En me maltraitant, en me fouettant, elle me donnera un petit sursaut de vie.  »

N. C. : Et si l'on vit dans une enveloppe sensorielle « positive », peut-on user de son empathie à son propre égard ? Ce serait une façon d'expliquer que l'on puisse volontairement influencer son état physique et « reprogrammer » sa santé...

B. C. : Je ne suis pas spécialiste de la question. Mais il est clair que les êtres humains peuvent intentionnellement se « recircuiter », c'est-à-dire s'entraîner à fonctionner et à « se représenter » autrement. Je pense que la psychothérapie fonctionne de cette façon... quand ça marche ! Cela dit, je n'utiliserais pas le mot « reprogrammer », parce qu'aujourd'hui, nous savons que personne n'est programmé. Même génétiquement. L'idée que nos gènes nous déterminent a fait long feu.

Quelle est la conclusion du fameux « décryptage du génome humain » ? Vous avez entendu ce silence ! (rire) La conclusion, c'est que nous avons à peu près le même génome que les vers de terre (il paraît que les vers de terre sont vexés !) et que nous sommes comme des chimpanzés à plus de 99% ! Il y a donc moins de 1 % de différence entre un chimpanzé et un humain. Mais qui parle de « programme génétique » ? Des journalistes, des psychologues, des psychiatres, jamais des généticiens ! Attention, je ne nie pas l'existence d'un déterminant génétique. Lorsque le spermatozoïde de votre père a pénétré l'ovule de votre mère, ça ne pouvait donner qu'un être humain, pas un chat, ni un vélomoteur. Mais ça n'était en rien prédestiné à devenir vous !

Le déterminant génétique donne un être humain. Mais pour donner telle personne réelle, il faut toute la condition humaine, la mémoire, la culture, l'histoire. La moindre variation de l'environnement modifie l'expression des gènes. Mieux : à l'intérieur d'un même gène, un morceau de gène sert d'environnement à un autre morceau ! Par exemple, vous avez des déterminants génétiques du diabète, mais sans diabète, parce qu'une autre partie du même chromosome du même bonhomme induit la sécrétion d'une insuline empêchant l'expression de la maladie. Autrement dit, l'environnement commence dans le gène lui-même ! Nous sommes pétris par notre milieu autant que par nos gènes. Je crois ainsi que la distinction gène/environnement - c'est-à-dire inné/acquis - est purement idéologique et pas du tout scientifique. Le gène est aussi vital que l'environnement, ils sont inséparables. Nous sommes déterminés à 100 % par nos gènes et à 100% par notre environnement. Scientifiquement, je dois dire que cela redonne du poids à la théorie de Lamarck, jadis pourfendue par Darwin : il n'est pas forcément faux de dire que les girafes naissent avec un long cou parce que leurs ancêtres ont beaucoup tiré dessus pour manger en hauteur - alors que l'auteur de L'évolution des espèces n'y voyait que le fruit d'un hasard écologiquement favorable...

Là où Darwin continue d'avoir brillamment raison, c'est quand il dit que les espèces disparaissent par leur point fort. Les élans du Canada réussissaient à se protéger, grâce à leurs formidables bois, lourds et tranchants, qui éventraient les loups d'un simple geste de la tête. Mais les bois sont devenus de plus en plus lourds, à tel point que les grands mâles ne sont même plus parvenus à se redresser... et les loups en ont profité pour apprendre à les égorger ! Le point fort de l'humanité, par lequel nous sommes clairement menacés de disparaître, c'est notre intelligence technologique, désormais si puissante qu'elle modifie la biosphère...

N. C. : Ce qui, si l'on fait preuve d'empathie, nous plonge dans la déprime. N'est-ce pas pour cela, par sentiment d'impuissance, que tant de gens prennent des antidépresseurs ? À ce propos, pourquoi selon vous les Français en consomment-ils tant ?

B. C. : Actuellement, le plus grand consommateur est l'Iran. Mais il faut se méfier de ces comparaisons, culturellement biaisées, car chaque pays gère la dépression à sa manière. Les gens se suicident, somatisent, consomment de la fausse médecine, passent de faux examens, parce que le problème n'est pas posé. Il est clair que l'on compense par la chimie une défaillance culturelle. On prend des molécules pour se sentir moins mal, alors que normalement, c'est la relation humaine qui devrait jouer ce rôle. Relation familiale, amicale, villageoise, professionnelle, confessionnelle, politique, artistique... peu importe. Si nous vivions comme jadis dans des structures affectives, nous n'aurions que rarement besoin de psychotropes et d'antidépresseurs. Mais notre culture a détruit ça.

Pour bien se porter, il faut participer à la vie sociale. Je suis convaincu que c'est fondamental. Ici, dans le Var, il y a beaucoup de retraités espagnols, ex-réfugiés, républicains comme franquistes. Ils prennent des antidépresseurs, comme tout le monde. Mais dès qu'ils vont voir leurs familles en Espagne, ils arrêtent d'en prendre. Pourquoi ? Parce qu'il y a là-bas une vie sociale beaucoup plus intense que chez nous, avec notamment des fêtes incessantes. Quand vous êtes tout le temps en cuisine, en train de vous maquiller ou de vous entraîner pour le lâcher de taureaux, vous vous couchez à trois heures du matin, et vous n'avez plus besoin de psychotropes. Mais dès qu'ils reviennent ici, hop ! ils reprennent des psychotropes.

N. C. : Pourquoi certains pays, la France en particulier, ont-ils une vitalité locale si molle ?

B. C. : Norman Sartorius, l'un des directeurs de l'OMS avec qui j'ai travaillé, a dirigé un énorme travail sur ce thème dans plusieurs pays. Sa conclusion est tragique : plus la solidarité est administrative (sécurité sociale, RMI, indemnités de chômage, etc), moins elle est affective et moins elle joue son rôle de tranquillisant naturel, qui est la base du sentiment de sécurité. « Je te connais ; quand je suis avec toi, on se raconte des histoires qui nous sécurisent ; tu as de l'expérience, je te fais confiance ; tu auras des solutions, parce que je t'attribue un pouvoir. » C'est incontestable : plus la solidarité est administrative, plus le désert affectif se développe.

Si nous ajoutons à ça le fait que l'amélioration de la technologie s'accompagne partout d'une augmentation de l'isolement, de l'angoisse et des dépressions, nous nous retrouvons avec un joli casse-tête. Parce que, bien sûr, il n'est pas question d'arrêter le progrès technologique, ni celui des systèmes sociaux de solidarité. C'est donc à chacun de savoir augmenter la communication affective dans sa vie - prendre le temps de cuisiner lentement, de recevoir des amis, de rire en faisant les andouilles... Il faut multiplier les rituels de rencontres, les fêtes de quartiers, les retrouvailles de toutes sortes, les chorales, les associations de pétanque, les tables d'hôte... Dès que vous rencontrez des gens et que vous buvez un verre avec eux, vos fantasmes agressifs baissent. Ça ne règle pas tout, mais vous mettez en place un rituel d'interactions affectives qui a un grand effet tranquillisant. C'est juste vital pour l'humanité.

(Tiré du site "Clés", http://www.cles.com/debats-entretiens/article/pour-etre-heureux-il-faut-avoir-souffert)


A lire
- De chair et d'âme, Boris Cyrulnik, éd. Odile Jacob.
- La fabuleuse aventure des hommes et des animaux, Boris Cyrulnik, Karine lou Matigon. éd. Le Chêne.
- Les nourritures affectives, Boris Cyrulnik. éd. Odile Jacob.
- Le murmure des fantômes, Boris Cyrulnik. éd. Odile Jacob.


vendredi 2 décembre 2016

(Bi, Ci, Ré) «Valeurs chrétiennes» et identité suisse, attention danger!


«Valeurs chrétiennes» et identité suisse, attention danger!

 

Protestinfo propose régulièrement des éditos rédigés par des membres des rédactions de Médias-pro.
Noriane Rapin, stagiaire, revient sur la notion de «valeurs chrétiennes» dans le débat public ces derniers mois.



 

Photo: Femme musulmane en prière au bord du lac, à Genève.
Diegofornero CC(by-nc-sa)

 

Ce mois de novembre aura eu le mérite de nous montrer ce que signifiaient les valeurs chrétiennes pour l’Occident d’aujourd’hui. Edifiant! Donald Trump, aux Etats-Unis, s’est ouvertement opposé à l’immigration des musulmans tout en promettant, paradoxalement, de défendre la liberté religieuse. François Fillon, en France, a remporté les primaires de droite: totalement inattendue, cette victoire s’explique sans doute par ses prises de position conservatrices ainsi que par son engagement à défendre la famille, à exercer une autorité stricte sur les musulmans… et à respecter l’Eglise catholique.

 

En Suisse, un sondage mené pour Le Matin dimanche et la Sonntagszeitung a récemment révélé que pour 80% des Suisses, les valeurs chrétiennes font partie de l’identité de ce pays. On apprend plus loin qu’environ 60% des sondés considèrent que l’islam n'appartient pas à la Suisse et refuseraient que cette religion soit officiellement reconnue au même titre que le christianisme et le judaïsme. En d’autres termes, pour une majorité appréciable de nos concitoyens (et pour les ¾ de ceux qui ont plébiscité les valeurs chrétiennes helvètes), quand on est suisse, on est chrétien et pas musulman.

 

Mais n’allez surtout pas croire que les valeurs chrétiennes sont celles qui sont défendues par les Eglises, pauvres insensés! L’UDC, qui selon le sondage compte un nombre écrasant de loyaux chrétiens, vilipendait dans son programme 2011-2015 «les prises de position unilatérales et gauchisantes des fonctionnaires ecclésiastiques», tout comme «l’attitude couarde et intimidée de certains (…) représentants de l’Eglise». Un constat que ne devrait pas renier Gerhard Pfister, président du PDC, qui affirmait cet automne que «l’islam n’appartient pas à la Suisse» en réponse à Angela Merkel qui avait eu la sacrilège outrecuidance de prétendre le contraire pour l’Allemagne. Si ce Monsieur souhaite manifestement lever le doute sur la signification de la dernière lettre de l’acronyme de son parti, sa position ne concorde à ma connaissance avec aucune déclaration officielle des autorités catholiques.

 

Permettez-moi maintenant quelques considérations personnelles, puisqu’en tant que théologienne, j’ai une vague connaissance du dossier (malgré mon engagement dans une Eglise, ce qui dénote certainement ma couardise...). Il est totalement banal de rejeter la dernière vague d’immigration, aussi pour des motifs religieux. 80% des Suisses revendiquent des valeurs chrétiennes, très bien, mais combien d’entre eux s’en sont souvenus au moment où on leur demandait leur avis sur la présence de l’islam en Suisse? Quelle ironie que les gardiens autoproclamés de ces valeurs contestent les Eglises, pourtant dépositaire de la foi chrétienne et bénéficiant d’une expertise pluriséculaire. Or la religion chrétienne se pervertit gravement lorsqu’elle devient, malgré les protestations des croyants, un critère pour définir une identité nationale et qui doit en être exclue, car c’est bien de cela qu’il s’agit en l’occurrence.

 

Mais peut-on vraiment parler de valeurs chrétiennes sans évoquer l’hospitalité? Non, à moins de réécrire des pans entiers de la Bible. «J’étais étranger et vous m’avez accueilli», dit Jésus (Matthieu 25,35). Une chimère de gauchiste, dites-vous? Non plus. Notre pays s’est construit grâce aux réfugiés: les huguenots, par exemple, ont amené en Suisse leur savoir-faire en matière de mécanique, ce qui a permis de développer l’horlogerie. Plus récemment, les immigrés italiens, portugais et espagnols ont largement contribué à l’essor de notre économie. Et c’est encore sans compter la tradition humanitaire de la Suisse! De même, peut-on parler de valeurs chrétiennes sans évoquer l’humilité, le refus de la fatalité ou l’amour du service? Non, non et encore non!

 

C’est étrange, j’ai beau être chrétienne et pratiquante, il ne me viendrait jamais à l’idée que l’Islam, en la personne des musulmans de Suisse, puisse constituer une menace pour ma propre pratique religieuse ou pour certains acquis (telles la liberté de conscience ou l’égalité supposée des sexes). Il va bien falloir se faire à l’idée que la majorité des musulmans de ce pays ont la nationalité suisse ou vont l’obtenir. L’islam appartient donc de fait à la Suisse, qu’on le veuille ou non, et la seule question qu’il convient de se poser, c’est: «Comment va-t-on vivre ensemble le mieux possible?»

 

Chers compatriotes, je vous assure que ni l’islam, ni l’athéisme, ni aucune autre religion ne menacent les valeurs chrétiennes: seuls les chrétiens peuvent les corrompre, en trahissant cet héritage, en méprisant leur tradition spirituelle et en cédant à la peur de l’inconnu.

Noriane Rapin


jeudi 1 décembre 2016

dimanche 20 novembre 2016

(Li) Gospel Go Down adapté en français




Go Down

1.    When Israel was in Egypt's land, let my people go,
Oppressed so hard they could not stand, let my people go,
Go down, Moses, 'way down in Egypt's land,
Tell old Pharaoh:  let my people go!

2.    Là-bas mon peuple est enchaîné – chante liberté!
Travaille et meurt à coups de fouet – chante liberté!
Tu vas, berger, chanter la liberté,
Cours là-bas, crie pour moi: Dieu vient vous sauver!

3.    Vos yeux, vos fronts vont se lever – chante liberté!
Vos chaînes partir en fumée – chante liberté!
Tu vas, berger, chanter la liberté,
Cours là-bas, crie pour moi: Dieu vient vous sauver!

4.    Un jour, l'espoir sera vainqueur – chante liberté!
Dieu chassera la mort, la peur – chante liberté!
Tu vas, berger, chanter la liberté,
Cours là-bas, crie pour moi: Dieu vient vous sauver!


                                             Musique: negro spiritual traditionnel
                                             Paroles 1: negro spiritual traditionnel
                                             Paroles 2-4: JJ Corbaz


dimanche 30 octobre 2016

(Pr) L'arme de reconstruction massive

Prédication du 30 octobre  -  "L’évangile au Far West"

Lectures: Matthieu 28, 16-20; Jean 15: 11-15; Jean 3, 16-17


Un vieil arabe était parti pour le Far West - je veux dire qu’il avait émigré aux USA... Un jour de printemps, il veut planter des pommes-de-terre dans son jardin. Mais zut, le sol est trop dur, et ses bras n’ont plus assez de force... Alors il envoie un e-mail à son fils, qui est resté au pays. Il lui écrit: “Si tu étais ici, tu pourrais labourer pour moi!”

Le fils lui répond aussitôt, par courriel également: “Papa, surtout, ne touche pas au jardin, c’est beaucoup trop dangereux, avec ce que j’y ai caché!”

Deux heures plus tard, voilà que la police débarque, avec la CIA et l’armée... Ils envahissent le jardin de notre homme avec des machines, des outils, des chiens... Ils retournent le sol de fond en comble... mais ils ne trouvent rien.

Le lendemain, le fils envoie un nouveau courriel à son père: “Maintenant, papa, tu peux planter tes pommes-de-terre: le sol doit être parfaitement labouré!”
   


J’aime cette histoire parce qu’elle me parle de Dieu et de nous! Je me dis que c’est un peu ainsi que Dieu travaille, dans notre monde, pour défricher et cultiver son jardin. Pour faire germer chez nous des relations plus humaines, plus amicales et solidaires. Pour venir en aide à celles et ceux qui en ont besoin. Pour que nous nous respections mieux les uns les autres.

Lui, il n’a pas d’autres mains que les nôtres pour lutter contre le mal, alors, il nous embauche! Il nous utilise, parfois de manière inattendue, comme le fils de notre histoire utilise la police américaine!

C’est ainsi en tout cas que Jésus a conquis le Far West, l’Ouest sauvage de son temps; c’est-à-dire l’Empire romain. Son Père du Ciel n’ayant pas de bras pour répandre l’évangile en Europe, le Fils a mis en route des hommes - et même des femmes, ce qui était un scandale pour l’époque. On les appelle apôtres, ce sont Paul, Barnabas, Pierre, Silas... Des gens comme vous et moi!

Bien sûr, ils ne cherchaient pas des bombes, ni des armes de destruction massive. Au contraire: ils portaient sur eux une espèce d’”arme de reconstruction massive”! Ils ont traversé les contrôles aux frontières, les détecteurs des aéroports (euh, j’adapte, bien sûr!), tout ça sans se faire stopper.

Car cette arme de reconstruction massive, vous l’avez deviné, c’est le pardon de Dieu! C’est son message étonnant: le Créateur veut le bien-être de chacun(e), sa liberté, sa paix!

   


Oh, je sais ce que pensent quelques-uns, en entendant ce discours. Ils ou elles ont trop souffert d’une religion rigide, intolérante... jugeante... Une religion qui semblait se complaire à culpabiliser l’humanité.

Ces personnes se disent, en entendant mes paroles: “Où est le piège? Où est-ce que le carcan bondieusard va se refermer?” - Un peu comme quand nous recevons des mess@ges nous annonçant que nous avons gagné à la superloterie du million! Forcément, y a un hic, c’est un attrape-gogo!

Pour les loteries publicitaires, c’est vrai. Mais pas pour l’évangile! Dieu ne veut pas nous avoir! Il ne rêve que de nous rendre la vie plus belle.

Ce sont des textes religieux antérieurs, comme certains dans l’Ancien Testament (AT), qui jouaient sur la peur et la culpabilité. Ceux du Nouveau Testament ont opéré une révolution copernicienne (si j’ose dire!): ce n’est plus “Dieu au centre, et l’être humain à son service”. Mais c’est “l’être humain au centre, et Dieu à son service”. Relisez les évangiles! Voyez les paroles de Jésus lui-même: c’est lui qui se présente comme notre serviteur, et pas l’inverse!

Malheureusement, vous le savez bien, les responsables religieux sont souvent tentés par le pouvoir. Manipuler les foules. Jouer le jeu des puissants. Tant de dignitaires, chrétiens aussi, ont surfé sur ces vagues, accusateurs, prêchant un Dieu qui comptabiliserait nos fautes et nous punirait.

Encore une fois, ce n’est pas ainsi que Jésus nous invite à croire. Et c’est pour cela que son message est une réelle libération. Si je place ma confiance dans ce gaillard étonnant, qui a préféré mourir plutôt que de laisser Dieu me punir, alors, je n’aurai plus peur d’aucun prophète de malheur; je ne me laisserai plus aliéner par des menaces, ni pour le vin d’ici, ni pour l’eau de là!!

   


Et à propos de flotte, est-ce que vous voyez la relation de tout ça avec le baptême?

Pour moi, le rapport, il est ici: l’eau reçue ce matin par Kyrian, comme par chaque personne baptisée, eh bien cette eau est un symbole de ce qui lave et de ce qui fait vivre.

Quand je demande à des enfants à quoi sert l’eau, “tu l’utilises pour faire quoi?”, eh bien, ils me répondent qu’ils l’emploient pour se laver; et pour boire.

Et c’est exactement le symbole du baptême. L’eau qui lave, c’est la promesse de Dieu de toujours enlever les salissures de nos vies, celles qui pourraient nous faire croire que nous ne sommes pas dignes d’être aimés, par Jésus ou par les autres. Comme l’eau nettoie la saleté, de même le baptême nous assure que toujours, Dieu nous aime pleinement, sans qu’aucune impureté ne nous sépare de lui. Allez, on va le dire en anglais, ce sera plus rigolo: le baptême nous dit “God loves you”, donc Dieu te lave... euh, je veux dire: Dieu t’aime! Baptême = Dieu t’aime!

Après l’eau qui lave, il y a celle qui fait vivre. On emploie l’eau pour boire, me disent les enfants. Et c’est tout à fait vrai: tous les êtres vivants, les plantes comme les animaux, tous ont besoin d’eau pour vivre. Sans eau, on se dessèche. Comme chantait Gilbert Bécaud: “L’important, ça s’arrose”!
   


Le baptême est donc aussi une promesse de vie. Par l’eau versée sur le front de Kyrian, nous lui disons que le Créateur a pour lui un projet. Un projet de vie belle et heureuse, tout comme une plante pourra s’épanouir si tu l’arroses. Pour Kyrian, et pour chaque personne sur terre!

Baptême = Dieu t’aime. Mais souvenez-vous de ma petite histoire d’arabe et de CIA. Pour nous aimer, pour dire sa passion à chacun(e), pour nous aider à vivre heureux et libres, eh bien Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres. Donc, il a besoin de nous, il nous appelle à devenir ses bras, sa voix, son coeur pour faire du bien à tous. Sans nous, il reste impuissant!

Voilà. Vous avez donc compris que la conquête du Far West n’est de loin pas terminée. Parce qu’elle dépend de nous! De notre engagement. De nos gestes d’amitié, de solidarité, de paix, pour concrétiser ceux du Créateur. Pour Kyrian, et pour tous nos enfants, et pour tous nos contemporains.

Oui, il reste du pain sur nos planches! La liberté et le respect de Jésus ont encore bien du chemin à faire, pour être tangibles et efficaces sur notre terre, à l’est comme à l’ouest - au nord comme au sud! Entre nous et en nous.

Cette progression vers le bonheur et la paix, elle est votre affaire, gens du pays! C’est votre tour de vous laisser parler d’amour!
Amen                                         
    



Jean-Jacques Corbaz  



dimanche 23 octobre 2016

(Pr) Cochons, peurs et passerelles - Prédic. du 23 octobre 2016

Lectures bibliques: Marc 4, 35-41 + Marc 5, 1-20

Quelle histoire étrange et étonnante, que celle du possédé et des cochons! Un chapitre de roman d’aventures! Pour bien comprendre ce qu’elle veut nous dire, il faut savoir deux ou trois choses. La plupart d’entre vous les connaissez sans doute, mais permettez que je les rappelle, ce matin.

D’abord, il faut savoir que les récits surnaturels, dans les évangiles, sont fréquents. Ils sont nés dans une culture où les connaissances médicales n’ont rien à voir avec celles d’aujourd’hui, évidemment. Ces histoires miraculeuses sont écrites par des gens et pour des gens qui baignent dans cette mentalité un peu magique. Alors, ne nous laissons pas arrêter par tout ce qui semble impossible ou fantastique, sinon nous passerions à côté de ce que la Bible veut nous dire. Souvenons-nous du dicton “Quand on montre la lune du doigt, le benêt regarde le doigt”. Le miracle, c’est un doigt qui désigne une réalité difficile à saisir, et c’est sur elle qu’il faut essayer de tenir notre attention.


Pour bien regarder la lune, dans ce récit, il faut savoir ensuite qu’en ce temps-là déjà, le peuple d’Israël (les Juifs) avait un sens très aiguisé du territoire: ils habitaient un pays promis par Dieu, donc considéré comme saint. Les frontières n’étaient pas seulement des découpages administratifs; c’était, bien plus, des limites fortes entre (d’une part) un sol béni par le Seigneur, et (d’autre part) des contrées dites païennes, donc sans lien avec Dieu.

Israël, au temps de Jésus, avait un autre sens très aigu: c’était la distinction entre ce qui était pur et ce qui était impur. Selon les croyances juives, des forces invisibles opposées au Seigneur, donc impures, essayaient sans arrêt d’envahir la Terre Sainte. Et il fallait absolument les contenir et les refouler, soit par des prières ou des sacrifices, soit par des rites de purification (c’est le sens premier du baptême de Jean, le Baptiste). Si vous alliez à l’étranger, ou si vous entriez en contact avec du sang ou des excréments, eh bien du coup, vous étiez considéré comme contaminé par cette impureté.

Dans ce contexte, vous imaginez qu’on ne se déplaçait à l’étranger que rarement, et au prix d’extrêmes précautions religieuses. Ce n’était donc pas vraiment l’idéal pour s’ouvrir aux autres peuples et essayer de les comprendre!

Or, dans l’évangile, surprise: on voit Jésus qui traverse sans arrêt la mer de Galilée, donc la frontière avec le territoire païen. Il voyage continuellement, à pied ou en bateau, sans craindre les forces impures, ni les reproches des prêtres ou autres chefs religieux d’Israël. On dirait qu’il veut sans cesse jeter des ponts, tisser des liens par-dessus la frontière. Entre les pays, entre les peuples. Et même à l’intérieur des gens!
  


J’ai écrit en majuscules “sans craindre les forces impures”. Car c’est exactement ici l’essentiel du message de notre épisode, dans l’évangile de Marc. Jésus se montre plus fort que la peur; et souverain face aux esprits impurs. Ni les reproches ni les craintes ne pourront l’empêcher de se rapprocher de nous, et de nous rapprocher les uns des autres!

Mais ce rapprochement ne se fait pas sans mal. Je veux dire: pas sans douleur, ni sans peur! C’est ce que souligne le premier passage de notre histoire. Car sur le lac, Jésus et ses amis se heurtent aux éléments déchaînés. La tempête! Danger de mort! Savez-vous que, pour les Juifs, la mer (la mer, pas la mère!) est la source et l’origine des esprits mauvais, et des énergies impures. Ces dernières semblent ainsi se soulever avec violence contre le Christ, comme pour se défendre par avance, comme pour l’empêcher de dresser ces passerelles dont nous parlions. Mais bien sûr c’est en vain: Jésus se montre le plus fort, il apaise la tempête!


   

À peine Jésus et ses amis ont-ils posé le pied sur le rivage qu’ils se voient à nouveau confrontés à ces forces païennes, justement: un homme, tourmenté par un esprit impur, vient vers eux, sortant d’une zone de grottes où il s’est réfugié; des grottes utilisées comme tombeaux. Vous imaginez: ça devait sentir horriblement mauvais! Le lieu impur par excellence... Cet homme passe son temps à hurler, à se lacérer le corps avec des pierres; donc à faire du mal et à faire peur, à lui-même au moins autant qu’aux autres!

Ses voisins et sa famille sont complètement impuissants face à ces tourments. La seule solution qu’ils ont trouvée, c’est de l’éloigner. À l’image des lépreux ou autres pestiférés, notre homme est tenu à distance, obligé de demeurer (je n’ose même pas dire: de vivre!) dans des lieux de mort, de pourriture. De solitude.

Quand il voit Jésus débarquer, l’homme a une attitude étrange. Ou plutôt, il a deux attitudes contradictoires, comme pour bien montrer qu’il souffre d’une séparation à l’intérieur de lui-même. D’une part, il court vers le Christ et s’agenouille devant lui! Mais d’autre part, il lui dit en substance: “Fiche-moi la paix! Laisse-moi tranquille!”... L’homme tourmenté supplie Jésus de ne pas le tourmenter! Jésus.

Mais celui-ci, nous le disions, veut sans arrêt jeter des ponts, tisser des liens par-dessus la frontière. Entre les pays, les peuples. Et même à l’intérieur des gens! “Quel est ton nom?”. “Moi? Mais c’est Légion; parce qu’un armée de forces agressives m’habite. Un régiment de semeurs de mort m’agite”.
   


Alors, Jésus va raccommoder notre homme. L’unifier. Le pacifier. Les énergies impures qui le possèdent vont devoir le quitter; le libérer. Ou: l’acquitter! - comme on gracie un accusé reconnu innocent. Mais: où vont-elles aller? En effet, on croyait à l’époque que les esprits mauvais, s’ils étaient chassés, devaient chercher asile chez un autre être vivant. C’est pour ça qu’ils supplient le Christ de ne pas les faire sortir du pays. Sans doute perdraient-ils de leur pouvoir, au-delà de la frontière.

Alors, Jésus les prend au mot. Il leur permet d’aller posséder un troupeau de cochons (clin d’oeil: vous savez que, pour les Juifs, les porcs sont considérés comme impurs!). Et ce sont les cochons qui vont quitter le pays, dans un gigantesque mouvement de terreur panique. Ils se précipitent dans la mer. La mer, source et origine de tous les esprits mauvais. Comme un retour à l’expéditeur, en somme!
   


Vous l’avez remarqué, il y a un sentiment qui accompagne tout notre récit, en continuo. C’est la peur. Depuis la tempête déchaînée jusqu’au possédé qui brise ses liens... Depuis les énergies impures qui craignent Jésus jusqu’aux cochons affolés... Depuis les disciples atterrés jusqu’aux villageois effrayés par la puissance du Christ... Tout le monde a peur. Sauf, bien sûr, Jésus. Car lui, c’est la Confiance majuscule. Le prince, le premier de la paix.

Celui qui ne craindra pas même le supplice de la croix, c’est auprès de lui que nous pouvons trouver la libération de nos trouilles.

La peur, on le sait, est mauvaise conseillère. Elle nous rend capables du pire, comme notre possédé. Elle nous disperse à l’intérieur de nous-même. Elle nous fait faire, ou dire, des choses complètement contradictoires. Elle nous sépare les uns des autres, et nous enferme derrière des murailles d’incompréhension. Elle nous possède, nous ne nous appartenons plus nous-mêmes. Vous connaissez tous des récits où la panique fait mille fois plus de mal que ce dont on a peur.

S’approcher de Jésus peut donc nous aider à redevenir libres face à nos terreurs. Comme les disciples sur la barque agitée par la tempête. Comme l’homme autrefois habité par “Légion”.

Mais attention, ne ratons pas l’aiguillage: car ici, trop souvent, on dérape. Vous connaissez le discours pieux qui démarrerait à partir de ces considérations: donne ton coeur au Christ, approche-toi sans cesse du Seigneur, et tu seras sauvé.

Or ce n’est pas cela que dit l’évangile. Car l’homme guéri, eh bien Jésus refuse qu’il l’accompagne: “Reste ici, auprès des tiens”. Il s’agit toujours de raccommoder, et pas de séparer. De relier, et non de quitter. Ne jamais s’approcher du Christ sans également s’approcher de ses prochains!

Vous le pressentez sans doute, pour nous guérir de nos peurs, Dieu nous appelle donc à aller les uns auprès des autres. À nous mettre en relation... ou en religion, ce qui est la même chose! S’il veut sans cesse jeter des ponts, tisser des liens par-dessus la frontière; entre les peuples; et même à l’intérieur des gens, alors ils nous invite à faire de même! Être chrétien, c’est vivre relié, non seulement avec le Ciel, mais aussi avec les humains et la terre!
   

C’est, entre autres, ce à quoi souhaite nous inviter le Conseil de notre paroisse, qui voudrait privilégier l’accueil concret entre nous, aux cultes comme dans tous les secteurs de notre communauté chrétienne. Nous pouvons transformer notre paroisse en lieu de vie spirituelle, d’échanges, de découvertes. Être Eglise ensemble, en unissant nos forces, dans cette société où nous devons parler de plus en plus fort pour être entendus; dans ce monde où nous devons nous relier plus nettement les uns aux autres pour devenir visibles et pour qu’on nous prenne au sérieux.

Dresser des passerelles entre les hommes et les femmes de ce temps. Ici, à Blonay et Saint-Légier. Jeter des ponts, tisser des liens aussi avec nos contemporains, et nos voisins, même quand ils ne sont pas intéressés par la foi chrétienne. Et c’est toute la réflexion que notre Eglise entreprend depuis quelques années dans le domaine de l’évangélisation. Stimuler le rayonnement des chrétiens d’ici, pour que les paroles du Christ, remplies de respect, de pardon et de liberté, que les paroles du Christ touchent davantage de personnes, et leur permettent d’accéder mieux à cette qualité de vie pacifiée que nous trouvons auprès de lui.
   

Ici tout près comme à travers les continents, Jésus a besoin de nous, il nous appelle à tisser sans fatigue les passerelles dont il a besoin pour vivre sa proximité bienfaisante. Il nous invite à ne jamais nous replier sur nos coutumes, nos traditions, si bonnes soient-elles, car tout seul, on s’étiole. Au contraire, sans cesse ouvrir nos portes, et nos coeurs, pour progresser ensemble dans l’humanité habitée par le Christ. Pour raccommoder les personnes, entre elles et à l’intérieur d’elles-mêmes.

Alors, pour éviter de rester barricadés par crainte des autres, rendons-nous visite! Comme ces gens qui invitent des voisins étrangers, pour qu’ils leur deviennent moins étranges. Parlons-nous, et nous verrons nos appréhensions diminuer. Mangeons ensemble, et nous découvrirons, derrière cette personne qui nous faisait peur, un frère, une soeur en Dieu.

Oui, il reste du boulot! Voyez les murs qui se dressent, depuis quelques années, en Europe, en Palestine ou en Amérique. Ou encore... mais n’allongeons pas. Plutôt: allongeons le pas! Allongeons le pour, avec Christ, franchir les frontières de nos peurs. Amen.                                         


Jean-Jacques Corbaz  


dimanche 11 septembre 2016

(Pr, Vu, SB) Bon, le Samaritain?

Prédication du 11 septembre 2016

Lectures bibliques: Luc 10, 25-37; Luc 18, 18-23; Lévitique 19, 17-18



La parabole que je propose à votre attention, ce matin, elle est sans doute celle qui a le plus marqué la chrétienté. À tel point que le mot «Samaritain» a passé dans le langage courant, pour désigner les secouristes. Il y a même à Vevey un hôpital qui a pris ce nom: le Samaritain!

C'est un peu dommage, car le héros de la parabole que Jésus raconte n'a au départ pas grand-chose à voir avec le domaine médical!

Au temps du Christ, les Samaritains sont les habitants du pays voisin d'Israël, au nord. Leur religion et celle des juifs se ressemblent beaucoup, mais ils se battent comme des ennemis. Bref, le Samaritain dont parle Jésus, ce serait plutôt aujourd'hui un Libanais, un Palestinien ou un Syrien, davantage qu'un infirmier. Imaginez un dialogue saugrenu du genre: «Tu as passé ton diplôme de Libanais?» - «Je vais être opéré à l'hôpital du Palestinien»...

Ça choque, n'est-ce pas? Or Jésus aussi voulait faire sursauter ses auditeurs. Le prêtre et le lévite dont il parle, ce sont les spécialistes du sacré, en Israël. Mais quand ils voient un blessé, abandonné: ils passent tout droit! Les apôtres de la charité refusent de se mouiller pour un inconnu couvert de sang.

Au contraire, le Samaritain (le Palestinien, le Libanais – biffer ce qui ne convient pas), bref, l'étranger détesté, le musulman, eh bien lui, il s'arrête. Non seulement il soigne le blessé, mais encore il le transporte à l'hôtellerie, et paie de sa poche tout le nécessaire!

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Voilà. On pourrait presque s'arrêter ici. Vous imaginez la suite: faites comme le Samaritain (ou le musulman)! Soyez bons et secourables, ayez pitié du misérable, etc. etc...

Eh bien, pas du tout! Non seulement cette conclusion passerait complètement à côté de ce que Jésus veut dire, avec sa parabole; mais pire encore, cela ajouterait du bois à un incendie néfaste qui a déjà fait beaucoup trop de dégâts! Je m'explique.

Jésus ne veut pas nous faire la morale. Il refuse de nous faire évoluer en nous culpabilisant, comme l'ont hélas trop fait certains chrétiens. Ça ne mène à rien, de mettre à vif la culpabilité. Pire, ça dégoûte et ça démobilise. L'amour du prochain, selon l'évangile, ce n'est pas cela, mais pas du tout!

Là où ça commence à déraper, c'est déjà dans le titre que nous donnons à la parabole. Jésus ne dit jamais que notre Samaritain est bon. On moralise déjà, avec cet adjectif, nous entrons dans le récit par la fausse porte.

Car comment Jésus y entre-t-il, lui, dans cette histoire? Voici: «Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho... Il se fait attaquer, voler, molester... Il reste là, au bord du chemin, à moitié mort...». Ce n'est pas innocent, cette entrée en matière. Dans l'évangile, rien n'est jamais là par hasard! On aurait pu le dire en deux mots: un homme était couché, blessé, au bord de la route... ça suffisait. Mais ce que veut Jésus, vous comprenez, c'est que le héros de la parabole, ce soit l'homme attaqué et roué de coups, et non le secouriste.

Quand vous racontez une histoire à des enfants, ils s'identifient au héros de l'aventure, ils se mettent dans sa peau, ils vibrent à ses heurs et malheurs et font corps avec lui. «Il était une fois dans un château, une pauvre jeune fille que sa marâtre faisait travailler du matin au soir...» - et c'est parti, la magie opère, mes gamins se mettent dans la peau de Cendrillon ou Blanche-Neige...

Jésus fait de même. Il raconte sa parabole de telle manière que ceux qui l'entendent s'identifient, non pas au secouriste, mais au blessé, à celui qui est couché là, meurtri par la souffrance, sans espoir.

Est-ce que vous comprenez l'enjeu? Si notre premier mouvement, je devrais dire notre premier faux mouvement, c'est de nous mettre dans la peau du Samaritain, nous rallumons l'incendie de la culpabilité: «Je devrais prendre exemple sur lui... Il faut que je fasse mieux, que je donne davantage, etc.»

C'est justement pour éviter que nous nous engagions sur ce chemin du moralisme que Jésus, dans un récit très semblable, répond, à un riche notable qui l'appelle «Bon maître»: «Mais non! Pourquoi m'appelles-tu bon? Tu sais, personne n'est bon, sinon Dieu seul!»



Il ne s'agit donc pas de la parabole du Bon Samaritain, mais de celle du blessé secouru! Pour me dire qui est mon prochain, Jésus ne me fait pas la morale. Pour savoir comment aimer mon prochain, il me propose d'entrer dans la peau d'un homme qui n'a plus rien, ni argent ni santé; un homme qui ne peut que tout attendre des autres. Tout attendre des autres. À l’image du jeune homme riche, que Jésus invite à quitter toute sa fortune.

Dans la religion juive, les théologiens avaient de graves débats sur la question «qui est mon prochain?». Les maîtres de la loi, c'est-à-dire les spécialistes de la théologie, étaient partagés. Pour certains, le prochain, c'est seulement un juif (et des passages de l'Ancien Testament, c'est vrai, l'affirment). Pour d'autres, le prochain, c'est toute personne qui a besoin d'aide, quel qu'elle soit (et on trouve d'autres versets de l'AT qui le confirment).  Le maître de la loi dont parle notre récit voulait certainement entendre l'avis de Jésus sur ce grave débat.

Mais lui, le Christ, il refuse de répondre par une définition. Il ne veut pas faire de la théorie, pas plus que de la morale: il nous fait entrer, par son histoire, au coeur de la détresse d'un homme, d'un homme qui souffre et qui dépend entièrement du secours des autres! «Je ne te dirai pas qui est ton prochain. Mais tu le découvriras toi-même, quand tu te seras mis dans la peau de ce type molesté, violenté, volé, à moitié détruit, là, au bord du chemin».

… Et ça marche! Parce que voici la conclusion, donnée par le maître de la loi lui-même: «Mon prochain, eh bien je découvre que c'est l'homme qui lui a porté secours!».

Comprenez-vous le retournement? Le prochain, ce n'est plus le type à sortir de la mistoufle. Non, je suis le  blessé, et mon prochain, c'est celui qui vient à mon aide!


 Voilà. Cette fois, on peut s'arrêter. Car la conclusion, vous allez, aussi, la tirer vous-même. Mon prochain? Mais c'est celui qui s'approche! Et ce n'est que parce que je suis d'abord secouru que je deviens capable, à mon tour, d'aider les autres. D'avoir pour eux des gestes d'amour. Et vu que j'ai passé par là, je sais de quoi l'autre a vraiment besoin.

Amen. Ah, vous éteindrez l'incendie en partant.
Merci!


Jean-Jacques Corbaz
 



jeudi 1 septembre 2016

(Vu, SB, FA) Osée et son aventure... osée!




Reçu cette question intéressante d'une responsable de l'Eglise évangélique réformée vietnamienne de Lausanne (qui se réunit à St-Paul, Avenue de France):

Dans notre communauté, nous avons étudié le thème "La dernière fois que Dieu m'a fait signe, c'était quand?" du cahier suivant:
Le texte d'Osée nous a semblé très difficile d'accès, savez-vous un peu sur le texte d'Osée et pourquoi (quel lien) on a voulu faire un rapport avec le thème du dialogue avec Dieu?
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Réponse:
Le prophète compare Israël à une prostituée, qui ne reconnaît plus tout ce que son mari lui donne. Israël ne discerne plus ce qu'il doit à son Dieu, et va chercher auprès de divinités païennes ce que le Seigneur veut lui offrir. Donc, Israël ne discerne pas les signes de Dieu.
Osée vit une relation difficile avec sa femme, qui se prostitue et qui abandonne son mari. Le prophète fait de cette relation une sorte de parabole de la relation d'Israël avec Dieu. Israël aussi abandonne son Seigneur pour se tourner vers les Ba'al. Or, nous dit cette histoire, or Dieu veut instaurer avec nous une relation d'amour, basée sur le dialogue et la confiance. Mieux encore, Osée va payer une nouvelle fois une somme d'argent pour "racheter" sa femme de la prostitution; de même, Dieu va nous racheter, c'est lui qui paie tout le prix pour nous libérer et pour vivre avec nous dans le bonheur et la paix.
Cette relation, il nous appartient de la nourrir, de la faire vivre. Dieu a besoin de notre réponse pour entrer dans nos coeurs et dans nos vies!

JJC