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samedi 18 avril 2020

(Re) Pâques au fer à repasser

Y’a un truc qui me chiffonne… ou Pâques au fer à repasser

Humeur froissée

Y’a un truc qui me chiffonne en cette période de semi-confinement. Et même plus d’un truc en fait : le manque de rencontres spontanées, de gestes d’amitié, d’apéros non-virtuels partagés et savourés à plusieurs ; et plus encore la maladie qui frappe sournoisement autour de moi, la solitude de ceux qui souffrent dans les hôpitaux et les EMS. Tout cela me chiffonne et a sérieusement tendance à me ratatiner le moral. Je me retrouve d’humeur froissée, replié sur moi-même, plié contre mon gré dans tous les sens et les non-sens de ce printemps... qui éclot partout, sauf dans nos vies.
Sculpture le Bernin Louise AlbertoniDans son journal de confinement Wajdi Mouawad affirme que « les liens que nous entretenons les uns avec les autres n’ont jamais été autant pliés qu’en ces jours qui réclament d’autant plus de douceur et de fraternité. Tout est froissé dans la peur et l’impuissance ».[1]
Et me voilà donc moi aussi, en forme de chiffon informe, ne ressemblant plus à grand-chose dans ce repliement forcé sur moi-même.
En cette période de Pâques, j’aimerais pouvoir sortir un fer à repasser d’un genre particulier, qui parviendrait à lisser tout ce qui me fait plisser le front et me recroqueviller sur moi-même.

Le linceul plié

L’Evangéliste Jean nous raconte que lorsque Pierre entra dans le tombeau vide, il trouva le linceul de Jésus, soigneusement plié et mis de côté.
Et je me demande quel ange a été chargé du soin de ce tissu si particulier. Comment s’y est-il pris pour le plier – ou pour l’enrouler selon d’autres traductions - et le ranger si délicatement. Et surtout j’aimerais qu’il intervienne pour me repasser de l’intérieur et me défroisser le moral.Anges et fer a repasser
Faute d’ange à disposition, j’ai relu le récit de Pâques sous l’angle du pli et de ses multiples déclinaisons dans la langue française, et voilà ce que cela a donné :

Le récit de la résurrection : du repli au dépliement

L’affaire semblait pourtant pliée,
(plier une affaire : faire un pli impossible à déplier)
suite au supplice de la croix,
(supplice : acte cruel qui fait se plier un humain de douleur)
la mort de Jésus ne faisait plus un pli pour personne.
(ne pas faire un pli : ne pas comporter de faux-pli, se trouver sans réfutation possible)
Ses amis ne savaient comment se l’expliquer
(expliquer : sortir d’un pli)
et du coup leurs vies étaient devenues très compliquées.
(compliquer : ajouter un ou plusieurs plis au pli initial)
Ils se retrouvaient, le front plissé,
(plisser : faire plusieurs plis à la fois)
dans la chambre haute où ils s’étaient repliés
(replier : faire un pli supplémentaire)
Et voici que Marie a rappliqué.
(rappliquer : remettre quelque chose sur une chose déjà posée sur un pli, pour la corriger) 
Elle leur a dit, la pierre roulée, le linceul plié,
(plier : faire un ou plusieurs plis dans le but de ranger quelque chose)
le jardinier qu’elle avait supplié,
(supplier : se plier soi-même dans une attitude de soumission pour demander quelque chose)
la réplique inattendue de ce dernier qui l’avait appelée pas son prénom, 
(réplique : art de faire un nouveau pli qui répond au pli initial)
comment elle avait été alors remplie de joie.
(remplir : mettre quelque chose dans un pli)
Et voici que, petit à petit, les compagnons de Jésus se sont dépliés, déployés,
(déplier : ouvrir un pli)
en rangs serrés, disciples disciplinés.
(discipliner : suivre un pli)
Et ils se sont appliqués à vivre dans l’élan du ressuscité. Ils ont proclamé :
(appliquer : mettre quelque chose sur un pli existant qui sert de modèle)
« Jésus est vivant, sa résurrection repasse les faux-plis de nos existences.
(faux-plis : plis non désirés)
Il multiplie tout ce qui en nous porte l’amour,
(multiplier : reproduire en de nombreux exemplaires le pli originel)
il nous adresse un sourire complice
(complice : se dit de celle ou celui qui a rejoint un pli)
et nous entraîne sur le chemin de vies accomplies. »
(accomplir : faire disparaître définitivement tous les plis)1311873 Voilier et ses passagers

Et voici du même coup mon linceul intérieur lui aussi repassé et soigneusement plié, dans le sens du ressuscité !
Bon repassage et bon déplissage à tous !
Christian Vez

[1] Wajdi Mouawad, journal de confinement du 26 mars : https://soundcloud.com/user-308301388


samedi 11 avril 2020

(Re, Bi) Pâques, la grenouille et le lapin…

Quand j'étais au collège, notre prof de sciences était plein d'idées, mais il vivait parfois dans la lune. C'est ainsi qu'un jour, il nous annonce fièrement que nous allons disséquer ensemble une grenouille. Il sort de sa poche un petit cornet et l'ouvre, sous nos yeux émerveillés, écarquillés. Il en sort, ô stupeur, ...un sandwich! "Mais alors, l'avons-nous entendu murmurer, surpris, mais alors, qu'est-ce que j'ai mangé dans le bus?"
 
C'est un étonnement tout aussi grand que connaissent les enfants de 7 à 107 ans quand on leur explique le véritable sens de Pâques. On a tant parlé de cette fête comme une histoire pour les petits; on s'est tellement centré sur les lapins en chocolat ou les oeufs teints que son sens profond s'est évanoui au fond de nos cultures ou de nos mémoires.

Qui se souvient que Pâques, c’est d'abord un renversement des valeurs? Car l'étonnante vie de Jésus, son approche de la mort sans peur, son respect absolu de la non-violence, son amour pour chacune et chacun, même pour ses bourreaux: tout cela montre que cet homme de Nazareth n'a pas été vaincu par le supplice de la croix. Qu'au contraire, c'est lui qui sort la tête haute de cet affrontement. Dans sa logique dite «spirituelle», c'est lui le vainqueur!

Ses premiers disciples ont traduit cela par «il est ressuscité», il est sorti vivant de la tombe. Pas facile de mettre des mots sur de tels constats. Surtout en ce temps-là! 

Malgré sa mort, il est libre! Aujourd'hui encore, il nous montre le chemin d'une telle liberté.

Pâques, c’est donc une conviction fragile qui vient, très discrète, petit à petit ébranler le pouvoir de la souffrance, et des tyrans, et de la mort: Jésus, homme de Dieu, vit encore après la tombe, dans l’Esprit de ses disciples. Ses apprentis-apôtres vont manifester, par leur rayonnement et leur liberté intérieure, que ce Dieu faible est plus fort que la Grande Faucheuse, et que tout Pouvoir. La fin tragique de la Croix n’est pas une défaite face aux Romains, c’est la victoire de la non-violence et de l’amour des autres.

Aujourd’hui encore, 2000 ans après: ce qui emprisonne; ce qui détruit; ce qui terrifie; ce qui réduit en esclavage; ce qui ratatine ou résigne; tout cela est contesté, miné de l’intérieur par cette force paisible. Cette immense tendresse qui toujours chante la vie!

Pâques? C’est, chaque année, la fête de cette liberté. La célébration que cette puissance d’espoir est aussi pour nous. Sachez-le, cette conviction fragile peut repeindre nos existences et nos luttes en couleurs de joie.
   

Dire «joyeuses Pâques», c'est ainsi se souhaiter, les uns aux autres, de vivre de cette vie-là; de mieux goûter à ces valeurs de respect d'autrui, de résistance aux violences et au matérialisme, de courage, de don de soi, bref, à cette étonnante liberté. C’est une offre fabuleuse de courage et d’espoir. Poser un lapin à la mort sous toutes ses formes! Le Ressuscité nous donne un avenir: aucun échec, aucune résignation ne peut être pour nous le dernier mot de l’amour de Dieu.

Joyeuses Pâques!

Amicalement avec vous


Jean-Jacques Corbaz 

(Bi) Car, à partir de 50 ans...



Quand j’ai fêté mon demi-siècle, ma sœur (aînée!) m’a dit: «Tu verras, à partir de 50 ans, si tu n’as mal nulle part… c’est que t’es mort!!»

Vous qui me lisez, je ne sais pas si vous avez mal, mais je sais une chose: vous êtes vivants! Quelles que soient vos souffrances, vous possédez le bien que beaucoup de gens estiment le plus précieux au monde.

La pandémie du coronarrêtdebus (sic) aura eu au moins cet effet bénéfique: la vie nous semble plus belle; plus chère; plus riche et plus profonde. Les relations avec les autres. Pouvoir les toucher, les serrer dans nos bras, les embrasser…

N’est-ce pas le message de Pâques, aussi: parce qu’il a traversé la mort, Jésus donne un «sacré» goût de neuf à la vie?!

Jean-Jacques Corbaz



(Bi, Re) Samedi Saint

Le Samedi Saint a ceci de spécial dans l'histoire de la chrétienté qu'il est le seul jour où Dieu se tait. Son fils mort, le Saint Esprit non encore descendu, c'est un jour de silence.

C'est comme un temps suspendu. Tout comme ce que nous vivons ces jours. 

À chaque Samedi Saint j'essaie d'imaginer ce qu'ont dû éprouver ces disciples qui ont tout quitté pour suivre un homme dans lequel ils ont cru et qui est mort de la pire des façons. Ils ont dû se sentir inquiets, déboussolés, angoissés, en danger.

Plusieurs parmi nous vivent ces temps de coronavirus de la même manière (et on le serait à moins): peur de l'avenir, perte d'une partie ou de tout moyen d'existence, remise en question intime, peur de la maladie et/ou de la mort.

Mais après ce jour de silence et d'angoisse, il y a, dans la tradition chrétienne, la résurrection: l'espoir renouvelé, la confiance retrouvée, un nouveau départ.

Je crois que c'est aussi ce qui a pu se passer ces dernières semaines. Par des gestes de solidarité individuels (faire les courses pour un.e voisin.e) ou collectifs (applaudir aux balcons ou rester chez soi) nous avons donné ou reçu l'espoir. 

Par les appels via les réseaux sociaux aux ami.e.s et à la famille nous avons dit et senti que nous n'étions pas seul.e.s. Nous avons fait confiance à ces gestes, qui si ils ne remplacent pas la présence physique, disent la vérité du lien d'amitié.

Au-delà de l'obscurité que nous traversons (et mes pensées vont évidemment vers celles et ceux qui vivent un deuil), nous savons et nous avons dû y mettre de l'espoir et de la confiance.

C'est ce que je nous souhaite. À toutes et tous.

Ada Marra


vendredi 10 avril 2020

(Hu, Im) Bon Vendredi saint!





Précisons toutefois que la Galilée n'a pas grand-chose à voir... Ça se passait à Jérusalem, et de toute façon la Judée vivait sous l'occupation romaine. C'était donc la loi de ces derniers qui s'appliquait.



lundi 30 mars 2020

(Re, Vu) Dieu tout-puissant???

Dieu tout-puissant: mot qui dérange  




Il y a des mots aimés ou incompris, comme "tout-puissant".

Ce terme amène une fausse image d'un Dieu qui déciderait qui sauver (ou aider, note de JJC) ou pas. Cette image nous induit en erreur, parce que ce mot n'est pas traduit correctement.

En grec, pantocrator (qu'on traduit par "tout-puissant", note de JJC) désigne le commandant des armées ou le détenteur du pouvoir au plus haut niveau. Le pantocrator a certes un grand pouvoir, mais cela ne fait pas de lui un tout-puissant. C'est pareil avec Dieu.

À l'opposé, écarter sa toute-puissance ne revient pas à le déclarer impuissant; car sa puissance est d'un autre ordre. La puissance de Dieu est cette puissance de l'effacement.

De la naissance jusqu'à la résurrection du Christ, Dieu manifeste sa grandeur. Une grandeur qui se déploie en amour, en respect et en liberté pour chacun(e).

La toute-puissance de Dieu n'est pas une puissance absolue et magique.

Au contraire, sa puissance lui permet de se mettre à notre niveau pour nous accompagner. Sa puissance nous rejoint justement là où on ne 'attend pas. La toute-puissance de Dieu se trouve dans nos fragilités.

Emmanuelle Jacquat


Article paru dans Réformés d'avril 2020, p. 35




(Bi, Re, Ci) Dieu n'est pas celle que vous croyez

"Dieu n'est pas un bouche-trou; il doit être reconnu non à la limite de nos possibilités *, mais au centre de nos vies, à cause de Jésus-Christ".

Dietrich Bonhoeffer  


* Note de JJC: cela signifie qu'il n'est pas un magicien qui répondrait à nos prières d'enfant en transgressant les lois de la nature et de la physique.



jeudi 19 mars 2020

(Hu, Im) Pâques sous (Co)Vid

Un fabuleux dessin! Merci à son auteur (dont je n'arrive pas à déchiffrer le nom)!





lundi 9 mars 2020

(Pr) “Frères et soeurs” - Caïn et Abel - (presque) comme nous


Prédication du 9 mars 2020

Introduction aux lectures: 
Nous vivons les 40 jours du Carême. Aujourd'hui, ce temps évoque surtout la privation (les gens qui font Carême de chocolat, d'alcool, de réseaux sociaux...). Or, le sens fondamental de cette "quarantaine" n'est pas là. Elle nous est offerte d'abord pour réfléchir et méditer au sens des souffrances et de la mort de Jésus: que veulent-ils dire, pour nous? à quoi nous invitent-ils? 
Pour cela, je vous propose ce matin de revenir au tout début de la Bible, aux sources de la violence; je parle de l'histoire de Caïn et Abel: premier meurtre, première injustice. Puis nous entendrons quelques versets de la lettre aux Ephésiens, qui lui répondent avec à-propos.



Lectures bibliques: Genèse 4, 1-15; Ephésiens 2, 13-17

“Chers frères et soeurs”, dit M. le pasteur en commençant son sermon. Et quand il dit ça, M. le pasteur, il veut en général souligner que nous sommes proches; égaux; semblables.


Pourtant, ce n’est pas simple, d’être frères et soeurs. Depuis Caïn et Abel jusqu’aux chrétiens qui s’entretuent. En Irlande,  quand catholiques et protestants se massacrent parmi, c’est plutôt rude à avaler! Au Proche-Orient, quand musulmans et chrétiens se balancent des bombes, on se demande quelle mouche les pique. Il y a quelques années, on a même vu, au Liban, des chrétiens partir en guerre contre d’autres chrétiens... On a envie de dire comme la Bible: “Caïn, qu’as-tu fait de ton frère?”

Le premier drame de l’homme, c’est donc cette propension incroyable à croire qu’on va régler les difficultés par la violence. Taper sur son semblable: dominer, agresser; jalouser, zigouiller...

Dès ses premières pages, la Bible aborde ce thème... universel. Les premiers frères, Caïn et Abel, sont aussi le premier meurtrier et la première victime.
 


Pour éviter de nous égarer, disons tout de suite que ce récit n’a aucune prétention historique. Les débuts de l'humanité ne sont pas passés comme ça, c’est une image, un mythe. La preuve: Caïn dit “le premier homme qui me rencontrera va me tuer”. Puis il se marie et s’établit dans une ville! Ne cherchons donc pas un compte-rendu sur la vie du premier couple sur terre et de ses enfants. Le récit du meurtre d’Abel s’intéresse à tout autre chose: il veut nous faire réfléchir sur notre violence. À nous.

C’est à nous que Dieu dit, à travers ce texte, les paroles qu’il adresse à Caïn, des paroles étonnantes d'actualité et de pertinence. Vous l'avez entendu, Dieu dit: “Le péché de la violence, il est en toi, tapi à ta porte, comme une bête féroce. C’est à toi de le maîtriser! Domine-le, sinon c’est lui qui te dominera!”

Ne nous mettons donc pas trop vite à la place du juge. Ou à la place de Dieu. N’accusons pas trop rapidement Caïn, ou le président Syrien El-Assad, ou les terroristes. Ceux qui tuent, qu’ils soient nazis, ou membres de l’Etat islamique, ou despotes sanguinaires, ce sont des humains, des fils d’Adam et des filles d'Eve. Ce sont nos soeurs et nos frères. Et c’est justement là le drame. Nos semblables. En faire des monstres n’avance à rien. Quand on a arrêté la secrétaire des Brigades Rouges, en Italie, c’était une vieille dame de 75 ans, d’apparence toute gentille...

Ils ont l’air bien braves aussi, ces écoliers qui veulent “casser du nègre”. Ou ces Fribourgeois qui ont tué un réfugié Kurde, il y a quelques années. Nos semblables.

Ce que la Bible veut nous dire, à travers ce meurtre d’Abel, c’est qu’il n’y a pas d’un côté une race perverse (les assassins) et de l’autre les gentils, donc nous. Mais il y a des frères et des soeurs, qui tous portent en eux une violence quotidienne! Et que cette violence, elle peut éclater; ou bien être maîtrisée.


Mais la Genèse va plus loin: Caïn tue son frère. Sa victime lui ressemble. Ils sont presque identiques. Et c’est dans ce “presque”, et c’est dans cette différence infime que sa haine a germé.

On rejette souvent les autres quand ils sont différents. Pourtant, voilà que Hitler n’extermine pas les Noirs, mais les juifs. Les Turcs ne massacrent pas les Tamouls, mais les Kurdes. Et en Syrie, ce sont des Syriens qui persécutent d’autres Syriens. Au Proche-Orient, des musulmans souvent massacrent d’autres musulmans.

En 1939, le juif allemand est presque un Allemand. Ce “presque” devient insupportable, car le plus petit avantage semble une énorme injustice. On va donc élargir le fossé, accentuer les différences. On exagère l’influence des juifs, leur pouvoir: “ils tiennent tout”, dit-on, “ils nous dominent”...

On les caricature, on les peint en diable sur la muraille: nez crochu, pieds fourchus! On les accuse de tous les maux: chômage, récession, misère...

C’est l’histoire de deux Allemands au bistrot. “Toutes les catastrophes viennent des juifs”, dit l’un. “Toutes? fait l’autre. Même le naufrage du Titanic?”. Ce à quoi le premier répond: “Iceberg, c’est pas un nom juif, ça?”


Dans ce climat de haine et de frustrations, il suffit d’une minuscule étincelle pour déclencher le drame. Caïn a le sentiment que Dieu préfère l’offrande de son cadet - et il tue Abel!

Si la Bible était un livre de morale et de bons conseils, il faudrait sans doute en arracher la page où on peut lire cette histoire. Il faudrait d’ailleurs en arracher presque tout l’Ancien Testament!

Mais la Bible n’est pas un modèle: elle reflète ce que nous sommes. Son univers, c’est le nôtre! Elle met en scène des gens comme vous et moi; des femmes et des hommes qui essaient de dire pourquoi le monde est comme il est, avec ses injustices et ses scandales; et avec les paroles de Dieu, qui voudrait le transformer! 

N’arrachez pas de votre Bible les pages de l’Ancien Testament, non, mais lisez-les toujours en les mettant en rapport avec le changement total que Jésus a introduit: aimez vos ennemis; pardonnez aux autres; depuis la croix, chacun reçoit gratuitement le pardon pour ses péchés; chacun reçoit gratuitement le pardon pour ses violences, pour ses attitudes injustes qui attisent la colère; Dieu veut nous réconcilier, avec lui et les uns avec les autres. C’est ça, le centre, l’essentiel du Nouveau Testament.


À notre époque, les mouvements des populations nous mettent en contact avec de plus en plus d’humains qui sont nos frères et nos soeurs, presque comme nous. Mais pas tout à fait. Nous sommes désécurisés, et on est tenté par des raisonnements simplistes, du genre “tout ça c’est la faute aux juifs” (ou aux réfugiés, ou aux musulmans, ou à ceux qui ne votent pas comme nous...).  

Par la Bible, Dieu nous dit: “Regarde d’abord la violence qui est en toi, tapie à ta porte, c’est à toi de la maîtriser! Domine-la, sinon c’est elle qui te dominera!”

Dieu nous appelle à la vigilance contre toutes les formes de mépris, de violence, de haine. En particulier celles qui ont pour cibles nos presque semblables; jusqu’aux plus anodines: les histoires belges des Français, ou nos witz sur les Fribourgeois, qui accentuent les différences avec des tout proches. Et nos réactions, nos jalousies à l’égard d’un ancien copain d’études qui réussit mieux que nous: “M'enfin! Il n’est pourtant pas plus malin que moi. J’aurais dû aussi y avoir droit!”

Et puis, toutes les fois où j’exagère ce qu’a dit untel, parce que je ne suis pas d’accord avec lui. Je le caricature pour mieux le rabaisser! Je grossis les défauts des autres, comme si du coup ça me rendait meilleur! Je critique, sans respecter la règle d’or qui est: ne jamais dire en l’absence de quelqu’un ce qu’on ne dirait pas s’il était présent. Et même, en présence de l’autre, veiller à le respecter aussi, bien sûr!

Oui, je sais, c’est très difficile. Je n’y arrive pas souvent, moi non plus! Mais au fond, le seul moyen de désamorcer la haine, de respecter la différence de l’autre, n’est-ce pas de le regarder avec la bienveillance fondamentale de Jésus-Christ? N’est-ce pas de croire que Dieu l’aime autant que moi, - et moi autant que lui?

“Chers frères et soeurs”... Dans la Bible, il y a beaucoup de frères qui s’entretuent, depuis Caïn jusqu’aux enfants du roi David. Relèverons-nous le défi de montrer que Jésus a changé tout ça, que “par la Croix, il a détruit la haine”, qu’”il nous donne la paix et nous réconcilie”, comme dit la lettre aux Ephésiens? Il nous appartient, à chacun(e), de réaliser cela, de le concrétiser, chaque jour. Quand nous pouvons le vivre, cela nous fait porter vraiment le nom de chrétiens, frères et soeurs en Christ.  Amen

  


Jean-Jacques Corbaz