Prédication du 24.12.25 - 16h (à deux voix avec l'abbé G. Carrel)
Lectures bibliques: Luc 2, 1-7 et Romains 8, 31-35 + 37-39
J: César Auguste, empereur de Rome...
G: En voilà un qui se moquait pas mal de Dieu, du Seigneur d’Israël, et de tous ses projets. Il était au-dessus de tout ça. À des kilomètres!
J: César Auguste, en plus, avait tellement à faire. Quand on est empereur romain, qu’on domine sur l’univers, eh bien on n’a pas le temps de s’occuper de Dieu, ni de l’écouter, - encore moins d’en tenir compte.
G: L’ennui, vous savez, c’est qu’il n’y a pas que les empereurs romains qui n’ont pas de temps à perdre avec Dieu... Hum!
J: César Auguste a donc son travail, important; un travail d’empereur. Et ce travail, c’est de dénombrer, de recenser, d’additionner... Oui, les empereurs aiment toujours compter.
G: L’ennui, vous savez, c’est qu’il n’y a pas que les empereurs qui aiment compter...
J: “En ces jours-là, donc, parut un décret de César Auguste, pour dénombrer tout l’univers.”
G: Car Auguste veut mesurer toute sa puissance. Les renseignements que lui donnent ses gouverneurs ne lui suffisent pas. Il lui faut des chiffres précis pour pouvoir apprécier l’étendue de son pouvoir. Et le pouvoir, pour un empereur, c’est tant de sujets, tant de contribuables, tant de soldats... tant d’or dans ses caisses...
J: César Auguste se sentira plus grand quand il saura sur combien de sujets il règne,
G: Combien l’adorent... combien le craignent...
J: Chiffres en main, tout joyeux, ivre de puissance, il dira fièrement:
G: “Je suis le patron révéré de tant de sujets, 50 millions, 60 millions, je suis EMPEREUR, je suis DIEU!”
G: Nous comptons tous, à notre échelle. Nous recensons tous, et peut-être encore plus autour de Noël!
J: Il y a celles et ceux qui dénombrent leur avoir en banque, leurs papiers-valeurs, portefeuilles... immobilier, constructions, rendement...
G: Disques vendus, contrats de sponsors...
J: Il y a celles et ceux qui recensent leur popularité, leur pouvoir médiatique, leur autorité...
G: ... tant de « like », tant de passages à la télé!
J: Y en a même qui additionnent leurs trésors spirituels:
G: ... tant de dons... tant de bonnes actions... tant de prières ou de conversions!
J: Dans quelques Conseils, on en arrive à soupeser l’Église:
G: ... tant de personnes au culte, ... tant de catéchumènes inscrits, ... tant de jeunes qui confirment...
J: Et là, je me sens un peu concerné...
G: L’amour des nombres, n’est-ce pas souvent aussi de l’amour-propre?
G: Une condition que Noël vient nous rappeler, justement:
J: En effet, si Auguste comptait, il y en a un sur qui il ne comptait pas. Et qui apparaît juste au moment où il entre dans les comptes de Rome. Et l’empereur, à supposer qu’il ait eu connaissance de l’événement, l’empereur aurait pu dire:
G: “Un de plus!”
J: Mais, en fait, cette personne supplémentaire allait signifier que tout compterait différemment, dorénavant. À la limite, ce “Un de plus!” veut dire “Tous les autres en moins”, “tout le reste en moins.”...
G: Toute la puissance d’Auguste craque à ce moment précis. Condamnée, murée dans ses livres de comptes.
J: Nous aussi, quand nous entendons parler de Jésus Christ, nous pouvons dire comme l’empereur:
G: “Un de plus!”
J: “Un ami de plus!”
G: “Un soutien de plus!”
J: “Une chance en plus!”
G: “Un de plus, à côté de mon argent, de mes avantages!”
J: Saurons-nous discerner ce que cette personne supplémentaire signifie en fait pour nous: que tout comptera différemment, dorénavant... Qu’à la limite, ce “Un de plus!” veut dire “Tous les autres en moins”, “tout le reste en moins.”...
G: Car ce “un” là, c’est celui qui dit à Auguste, très doucement, avec un respect infini:
J: “Non, ce n’est pas vrai; tu ne possèdes pas 50 ou 60 millions de sujets. C’est à moi qu’ils appartiennent. Et toi avec eux! Mais, tu sais: c’est aussi à eux que je me donne! Tu le vois, la vraie richesse n’est pas où tu croyais, elle réside dans le don pour les autres, dans le cadeau de sa personne, qui fait se lever à nouveau l’espoir!”
G: Et c’est cela, Noël: un cadeau comme on n’en a jamais reçu. C’est Dieu qui déboule en plein cœur de notre vie...
J: ... Notre vie avec ses désirs de puissance, avec ses petits comptes...
G: C’est Dieu qui débarque, comme il y a 2’000 ans au milieu de la cohue et de l’embouteillage du recensement de César Auguste. Il arrive tout simplement, minusculement, fragilement.
J: “Joseph, comme les autres, monta de Galilée pour se faire recenser. Avec Marie, enceinte. Le moment d’accoucher arriva, là, et elle mit au monde son premier-né...”
G: Un simple fait divers. Un souffle infime, face au branle-bas de l’empereur de Rome. D’ailleurs, à part quelques bergers, des demi-sauvages, personne ne s’est dérangé. Jésus a commencé sa vie aussi petitement, aussi banalement que vous et moi l’avons commencée. Dieu soit loué, ça veut dire que c’est notre vie...
J: insignifiante, épuisante, voire tuante...
G: ça veut dire que c’est notre vie qu’il est venu vivre. Et que c’est elle qui conduit à la lumière d’En-Haut. De notre vie maladroite, il dit:
J: “C’est la mienne. Ce n’est pas que je veuille y régenter tous vos détails, oh non, pas du tout! Je ne veux pas te faire obéir, je veux te sauver. Te redonner une liberté sur tes rêves de puissance et sur ta comptabilité. Te remettre debout! Moi, je ne calcule pas, je n’amasse pas, non: je me donne.”
G: C’est cela, Noël, mes amis: tout est changé, et... nous sommes changés!
J: Nous pouvons devenir les reflets d’une lumière différente, qui fait sortir autant des constats de force que des constats de précarité. De déficit ou de manque. Qui aide à compter sur un trésor mille fois autre. Et pourtant gratuit.
G: Et si par hasard nous croyons que nos cœurs, nos vies, ce n’est pas plus reluisant qu’une étable, eh bien, tant mieux: vous le savez, c’est justement là que Jésus a voulu naître!
J: Dites, si c’était cela, notre cadeau de Noël: que nous puissions aussi y naître?
Amen !
Jean-Jacques Corbaz






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