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lundi 6 octobre 2014

(CF, Li) Jamais Dieu


Jamais Dieu n'aime la souffrance,
Jamais il ne culpabilise ou punit.
Jamais Dieu ne préfère les puissants aux fragiles,
Jamais il n'accepte d'être le monopole d'une race ou d'une Eglise.

Je ne crois pas en un Dieu qui demanderait la guerre ou l'injustice,
Qui enverrait le sida, la cancer ou toute autre maladie,
Un Dieu qu'on pourrait utiliser pour bénir des armes.
Je ne crois pas en un Dieu qu'on ne pourrait prier que sous certaines formes,
Et qui favoriserait les riches à cause de leur argent.

Pour moi, le Dieu de Jésus n'est pas un ennemi du plaisir,
Il dépasse toujours nos catégories morales.
Je crois que le Dieu de l'évangile nous aime comme nous sommes, sans nous juger,
Qu'il n'a rien contre l'avortement, l'amour avant le mariage et l'homosexualité.

Je ne crois pas en un Dieu qui expliquerait tout, manipulerait tout,
Et qui nous priverait de notre liberté,
Je ne crois pas que la Bible soit un livre de science ou d'histoire,
Qui ait réponse à tout
Et qui s'oppose aux théories de l'évolution.

Jamais Dieu n'aime la souffrance,
Jamais il ne culpabilise ou punit.
Toujours, il marche avec nous, discret, fragile,
Mais toujours il sera infiniment autre que ce que je comprends de lui!

Jean-Jacques Corbaz



(Co, Pr, Li) Le mystère de la licorne, tintin pour Noé!

Saynète:
La licorne se prélasse chez elle. Dehors, la pluie tombe dru. Noé arrive devant la porte de la licorne, muni d'un pébroc.


Noé: Toc, toc, toc! ... Mme Licorne!?
Licorne: J'ai déjà donné!
Noé: Toc, toc, toc!
Licorne: Vous ne savez pas lire: ma maison est interdite aux chiens et aux démarcheurs.
Noé: Mais je ne suis pas un chien!
Licorne: Eh bien, prouvez-le!
Noé: Je m'appelle Noé.
Licorne: C'est un nom de chien, ça!
Noé: Ah non, c'est un nom de prophète!
Licorne: Oui, mais c'est bien connu, les prophètes sont des... marcheurs. Démarcheurs!! Hahaha!
Noé: (sortant de son personnage) Ecoute, si tu commences comme ça, on ne va pas s'en sortir!
Allez, on recommence.
Licorne: Bon, si tu veux!
Noé: Toc, toc, toc!
Licorne: Qui c'est?
Noé: C'est l'plombier! Euh non: je ne suis ni un chien ni un démarcheur.
Licorne: Dans ce cas-là, entrez!
Noé: Il était temps, je suis trempé...
Licorne: Enchanté, moi c'est Licorne.
Noé: Mais non, mais non, je voulais dire que je suis complètement mouillé!
Licorne: Ah, d'accord! Et quel bon vent vous amène?
Noé: C'est Dieu!
Licorne: Ciel! Mais quel dieu? Celui de la fertilité? Celui de la lune, des légumes, des agrumes...
Noé: Vous prenez le ciel pour un supermarché!? Mais non, je vous parle de Dieu, du vrai, du seul!
Licorne (faussement intéressée): Ah, bon... ce vieux barbu... et comment se porte-t-il?
Noé: Il se porte mal, il ne les supporte plus!
Licorne: Il ne supporte plus qui?
Noé: Mais les humains. Parce qu'ils sont rats, parce qu'ils sont gras, parce qu'ils sont... beuarrk! Depuis le meurtre d'Abel, tout va Caïn-caha!
Licorne: Et alors?
Noé: Et alors: zou! Tout le monde à la flotte!
Licorne: Mais je ne sais pas nager, moi, sans ma bouée!
Noé: Et c'est là que j'interviens!
Licorne: Vous savez nager, vous?
Noé: Non, mais je vous ai construit un grand bateau, pour tous les animaux.
Licorne: Un bateau? Mais où ça?
Noé: Eh bien, ici!
Licorne: Mais nous sommes en montagne, il y a des kilomètres jusqu'à la mer.
Noé: Comprenez: nous n'irons pas aux eaux. Mais les eaux d'en haut descendront en bas, et les eaux d'en bas monteront en haut. C'est clair!
Licorne: Clair comme de l'eau. Vous êtes tombé dedans quand vous étiez petit?
Noé: Mais non!
Licorne: Ce n'est pas un bateau qu'il vous faut, mais un psychiatre!
Noé: Alors, comment expliquez-vous qu'il soit déjà si plein?
Licorne: Le psychiatre?
Noé: Mais non, le bateau!
Licorne: Plein de quoi?
Noé: Plein de couples de chaque espèce! C'est un zoo pour affronter les eaux!
Licorne: (lubrique) Oh! Excitant, ça!
Noé: (soupir) Ce doit être la corne!
Licorne: Quoi, ma corne? Qu'est-ce qu'elle a, ma corne?
Noé: Elle vous rend borgne! Une paire de mules ferait moins d'histoires.
Licorne: Encore heureux! La licorne est à la mule ce que le soulier verni est à la savate.
Noé: Et qu'est-ce qu'il décide, le soulier verni?
Licorne: Il préfère le plancher des vaches!
Noé: Les vaches, elles, elles préfèrent le plancher de mon bateau!
Licorne: Pouah! Des vaches sur un bateau! Bonjour l'hygiène!!
Noé: Mais ce sont des vaches croyantes! Les vaches croyantes sont anti-sceptiques... Hem! (Gag pour connaisseurs!) C'est une question de foi.
Licorne: Justement, mon foie à moi ne pourra jamais supporter ça!
Noé: (soupir) Pour l'amour du Ciel, Licorne, cessez de vous contempler l'ombilic. Pensez à votre avenir!
Licorne: Monter sur un bateau en pleine montagne, c'est pas ça qui va faire avancer ma carrière.
Noé: Alors, c'est non?
Licorne: C'est non! Croyez-moi! Dans ces montagnes, j'aurais l'air moins ridicule sur des skis!
Noé: Que c'est triste Licorne: bientôt, pour tous, vous ne serez plus qu'une légende. Je me souviendrai de vous.
Licorne: Ah! Moi aussi, je me souviendrai de vous. Franchement, avec votre bateau, ici, vous êtes un cas, Noé! Hahaha! Canoë!! (elle rit lourdement)


Olivier Arnéra, Patricia Chalm et JJ Corbaz




(après la saynète et la phrase d'orgue)

J'aime cette histoire de Noé, à cause de la liberté qu'elle souligne! Elle nous rappelle que Dieu a un projet pour nous; il a des rêves; des promesses. Il veut nous sauver, comme les vaches et la licorne de notre saynète, et les autres. Mais il nous laisse toujours entièrement libres d'accepter ou de refuser sa main tendue. Exactement comme les catéchumènes seront libres de demander le baptême ou non; ou bien de le confirmer ou non, s'ils sont déjà baptisés. Cela sans esprit de jugement ou de comparaison. Avec respect, toujours.

Attention, pourtant: quand on dit que Dieu veut nous sauver, n'imaginons pas trop ce mot "sauver" dans un sens céleste ou désincarné: toute la Bible nous le répète: la relation avec Dieu veut nous faire du bien, ici et maintenant, sur cette terre, d'abord! Cette amitié avec Dieu voudrait nous libérer des rancunes et des violences, autant celles que nous commettons que celles que nous subissons. Elle voudrait nous débarrasser des jugements et des condamnations, autant ceux que nous commettons que ceux que nous subissons. La foi veut nous aider à embellir notre vie, ici-bas déjà! Pour Dieu, tout être humain est infiniment précieux!

Pour rester dans l'histoire du déluge: on raconte que les animaux qui se trouvaient dans l'arche se sont posé mille questions en voyant embarquer Noé et sa famille. Les plus lucides, sachant déjà combien les êtres humains peuvent être nuisibles sur la terre, se disaient: "Tu crois que c'est raisonnable de les laisser monter... eux?"  ...

Chers paroissiens, et vous tous présents ce matin: Dieu n'a pas sauvé des êtres parfaits, et loin de là (je m'en souviens chaque fois que je regarde un miroir...). Dieu ne cherche pas des personnes au-dessus de tout reproche. Non, c'est de nous qu'il a besoin, comme nous sommes. Femmes ou hommes, ou adolescents, ou enfants, il ne souhaite qu'une chose: que nous puissions donner à celles et ceux que nous rencontrons le goût d'une vie légère, colorée, libérée, bref d'une vie spirituelle. Sur les pas du Christ.

Pour les catéchumènes que nous entourons aujourd'hui, et pour tous ceux et celles qui leur ressembleront, puissions-nous devenir de tels repères...

Vous savez, un re-père: c'est un reflet du père. Ici: du Père majuscule! Amen





Bénédiction:
La foi, disait Bernanos, la foi c'est 24 heures de doutes moins une minute d'espérance. Que cette minute-là nous ouvre à une vie ensoleillée et féconde, avec le Christ!
Allons en paix,
Dieu nous bénit, le Père, le Fils et le St-Esprit. Amen

mercredi 24 septembre 2014

(Co, Bi) Le dragon


Ouvrir des portes
 
Il était une fois une petite fille qui vivait dans un beau pays entouré de montagnes impressionnantes.


Un jour, montrant le plus haut de ces sommets, la gamine demande: «Qu'y a-t-il là-derrière?» Mais personne ne lui répond. Tous les adultes paraissent très effrayés ou embarrassés par cette question.


À force de s'interroger, la petite fille n'y tient plus. Elle décide d'aller voir elle-même. Elle grimpe sur la montagne, sans demander la permission. Parvenue au sommet, elle voit effectivement quelque chose d'effrayant: un énorme dragon, menaçant, vit là, derrière la montagne.


Terrorisée, elle veut s'enfuir. Mais elle aperçoit à ce moment un berger près du monstre. L'homme vient à sa rencontre en lui faisant signe. Puis il prend la fillette par la main et l'invite à s'approcher du dragon. Elle le suit. O surprise, plus elle s'approche, et plus le monstre rapetisse. Pour finir, il est tellement minuscule qu'elle le prend dans sa main. Tout à fait rassurée, elle lui demande son nom. Le dragon répond: «la peur».

 


Aujourd'hui, il y en a tant et tant, de ces gens qui nous font peur. Requérants d'asile, mendiants Rom, étrangers, musulmans, jeunes excités... la liste est longue ! Or, tous ces gens, eh bien, le Christ, berger des coeurs, rêve de nous les présenter de très près. Saura-t-il faire fondre nos craintes?

Vous le savez, il n'a pas de baguette magique pour réussir. Ça dépend de nous, aussi.


Nous pourrions, peut-être, nous y aider les uns les autres?


JJ Corbaz

 

dimanche 14 septembre 2014

(Pr) Secte ou cadeau, l'offrande - prédic du 14 9 14

Matthieu 10, 1-8; 2 Corinthiens 8, 1-9 + 13-15; Matthieu 25, 31-40

Une paroissienne me disait un jour: "Pour moi, ce qui caractérise une secte, c'est qu'elle demande de l'argent..."

Oups! J'ai souri, euh... un peu jaune, en pensant à quel point notre Église a besoin de la générosité des siens aujourd'hui. Nous sommes de moins en moins soutenus par l'État, et donc nous devons solliciter de plus en plus le porte-monnaie, ou plutôt le portefeuille de chacun(e). Vous vous souvenez peut-être de ce superbe dessin de Burki, paru dans 24Heures il y a 5 ans:


L'Église Réformée du Canton de Vaud a été longtemps une institution dans notre pays. Les pasteurs étaient salariés par l'État, et les lieux de culte ou les salles de paroisses étaient entièrement pris en charge par les communes. Nous avons pris l'habitude de ce train de vie confortable.

Or, aujourd'hui, la situation a bien changé. Je souhaite vous en parler ce matin, pas tellement pour faire pression sur vous et vous inciter à donner davantage (ce qui est bien peu évangélique!), mais pour que vous puissiez mieux comprendre le pourquoi de nos sollicitations financières! J'aimerais que vous puissiez entendre cette prédication sans culpabiliser. À titre d'information. Et pour cela, je vous invite d'abord à faire un peu d'histoire récente.

En 1970, le peuple vaudois a accepté le "statut des catholiques", stipulant que l'État se charge du salaire d'autant de prêtres de l'Église catholique que de pasteurs protestants, en proportion de la population des deux confessions. C'était très équitable.

Mais ce système nous a joué des tours! Car nos frères catholiques n'ont jamais reçu la totalité de ce à quoi ils avaient droit. En effet, ils n'avaient pas assez de prêtres pour occuper tous les postes que l'État devait leur payer. Le Canton a ainsi économisé environ 36 salaires pendant une trentaine d'années!

Et quand la nouvelle constitution vaudoise est entrée en vigueur, le statut a été modifié: les Églises reçoivent non plus les salaires de X postes, mais des subventions globales. La somme totale versée aux deux Églises sur les dernières années a alors été répartie, toujours en proportion de la population des deux confessions. Attention, la somme totale versée, donc sans les 36 postes catholiques reconnus mais non occupés. Par conséquent nous, réformés, avons perdu ainsi les salaires de 18 pasteurs, juste parce que les catholiques n'utilisaient pas l'entier de la dotation à laquelle ils avaient droit... Et cela, alors que la population du canton, même des protestants, augmente régulièrement. Et que les besoins spirituels croissent eux aussi de manière importante. Ne nous reste que le choix de payer nous-mêmes ces postes, ou de les supprimer...

Regretter le passé ne nous avancera pas. Et revenir en arrière est impossible. Essayons plutôt de trouver du positif dans ce qui nous arrive. Car cette "entrée choc" dans le 21è siècle peut nous amener à progresser dans trois dimensions (au moins!): elle peut nous faire progresser en responsabilité; elle peut susciter en nous davantage d'enthousiasme et de vigueur missionnaire; et enfin elle peut nous faire grandir spirituellement.


Reprenons l'un après l'autre ces trois bénéfices (si j'ose dire... Oui, j'ose: bénéfices!).

D'abord, ce changement de régime financier peut nous enrichir en responsabilité. Il est devenu impossible, aujourd'hui, d'entrer dans l'Église comme dans un hôtel cinq étoiles, tout confort. Chacune des personnes qui s'y engage est invitée à retrousser ses manches: soit en soutenant financièrement les activités de sa communauté chrétienne; soit en assumant des responsabilités dont certaines étaient autrefois du resssort des pasteurs, comme le catéchisme, ou les visites; ou quantités de démarches que seuls peuvent mesurer les membres d'un conseil paroissial. Autrement dit, si nous voulons que l'Eglise vive, c'est à nous de lui en donner les moyens, sans compter d'abord sur les autres.

Ensuite, ce changement peut susciter en nous plus de vigueur missionnaire et d'enthousiasme. En effet, nous aurons avantage à être plus nombreux à partager ces tâches et ce soutien. Il s'agira d'intéresser davantage de monde à nos actions, à notre message. Nous apprendrons à mieux communiquer, à mieux mettre en évidence nos valeurs, nos points forts. Par exemple des promesses de l'évangile vécues dans le respect de chacun(e), sans jugement ou exclusion; la priorité du spirituel sur le matériel; un amour reçu sans conditions. Nous gagnerons à nous présenter comme des artisans de changement, porteurs de projets pour notre société, et non plus comme des gens qui perpétuent un ron-ron que certains considèrent comme légèrement désuet.

Et puis, en faisant cela, nous retirerons automatiquement le troisième bénéfice, celui de grandir spirituellement. Car nous devrons nous remettre en question; ne rien considérer comme acquis; chercher toujours à nous rapprocher des vérités de l'évangile. Nous deviendrons plus pauvres au sens des Béatitudes, c'est-à-dire mieux conscients de nos fragilités; donc plus disponibles à la proximité de Dieu.

Voilà, je suis convaincu que le grand virage que nous prenons en ce début de siècle peut devenir une chance pour nous. Celle de former une communauté chrétienne plus vivante et plus rayonnante, pétillante, stimulante.

Nous l'avons entendu, Jésus disait à ses disciples: "Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement!" Pourrons-nous encore vivre notre foi ainsi, ces prochaines décennies? Ah, je l'espère. À mon sens, il serait regrettable de devoir faire passer les familles à la caisse pour un baptême, un mariage ou un service funèbre. Et ce sera toujours un "plus" pour nous de réaliser l'énorme gratuité du cadeau que Dieu nous offre. Ses promesses de pardon, de salut. Le fait que, chacun(e), nous sommes pour lui infiniment précieux.

Vous commencez à vous en rendre compte sérieusement, j'imagine, cela va changer de manière importante notre manière de vivre l'offrande. Nos engagements financiers pour notre paroisse, notre Eglise, vont être repensés. Et, peut-être, stimulés (je l'espère!)... Je repense à ce vieux pasteur du Midi qui lançait à ses paroissiens, un jour de fête de l'offrande: "Dieu ne s'intéresse pas à ce que vous donnez, mais à ce que vous gardez"!

Bien sûr, il y a (toujours!) la tentation du repli. La tentation de nous dire qu'au fond, nous pourrions diminuer nos versements à la caisse de l'EERV, à Lausanne, et que tant que notre paroisse fonctionne, c'est l'essentiel...

Mais ce serait ignorer que la caisse de l'EERV, à Lausanne, c'est nous aussi. Par exemple, l'Etat nous laisse maintenant gérer les ministres et autres personnes employées par l'Eglise. Cela signifie calculer les fiches de paie, remplir les formulaires pour l'AVS, pour les assurances accident, pour les impôts; trouver des remplaçants quand c'est nécessaire, pour les postes vacants, les maladies ou autres arrêts de travail; organiser la desserte la meilleure possible du canton, en tenant compte des particularités de tous... Pour accomplir ces tâches administratives qui étaient autrefois assumées par l'Etat, il faut salarier plusieurs personnes.

Et puis, les paroisses ne peuvent plus tout faire. Il y a de plus en plus de tâches qui doivent être empoignées au niveau cantonal ou au niveau régional: le journal Bonne Nouvelle; les sites internet; la présence dans les EMS, les hôpitaux et autres institutions; les aumôneries de jeunesse, des gymnases ou des Hautes Ecoles, qui font un superbe boulot pour la nouvelle génération; la préparation de matériel attractif pour les enfants et les catéchumènes, c'est important. Sans oublier les animations comme celles de St-François ou de Crêt-Bérard, qui sont suivies par un large public, pas toujours celui de nos paroisses... Il y en a encore des ratapées! Tout cela, ce sont nos contributions à la caisse de l'EERV qui permettent.

Enfin, n'oublions pas la solidarité, qui se développe continuellement, puisque les misères augmentent encore plus vite! Centre Social Protestant, entraides, Terre Nouvelle, réfugiés... Notre Eglise trouve essentiel de vivre sa foi aussi dans la dimension de la générosité pour les plus fragiles, les démunis, qui sont la présence du Christ parmi nous, selon l'évangile.

Oui, les besoins sont immenses. Et notre Eglise est sans cesse confrontée à l'impossible défi de vouloir d'une part être présente et agissante au mieux, le plus largement possible; et en même temps de "faire avec" les contributions des paroisses, et leurs pauvretés. Sachez-le: notre Eglise accomplit le maximum avec ce qu'elle reçoit, et elle traque le gaspi partout où elle peut!

Pour terminer, laissez-moi revenir à la paroissienne qui disait: "Ce qui caractérise une secte, c'est qu'elle demande de l'argent..."  Je lui ai répondu en lui parlant de l'Eglise Libre que j'ai connue dans mon enfance. Elle n'était absolument pas soutenue par les pouvoirs publics, elle dépendait de la seule générosité de ses fidèles. Malgré cela (ou à cause de cela, peut-être?), elle a été un terreau extraordinairement fertile de conviction ouverte; d'engagement responsable; de mission enthousiaste et de rayonnement évangélique. Tout cela, sans le moindre esprit sectaire!

Amen

JJ Corbaz

dimanche 7 septembre 2014

(Pr, SB, FA, Vu) Les géants tombés de Genèse 6, prédication du 7 sept 2014


Lectures: Genèse 6, 1-4; Matthieu 20, 25-28
 

Que voilà un passage biblique étonnant! On se croirait en pleine mythologie grecque, avec des dieux qui s’unissent à des terriennes, et des demi-dieux, et des héros fameux... Mais qu’est-ce qu’on peut en tirer pour un chrétien, aujourd’hui? Qui sont ces Fils de Dieu? Et ces filles des hommes? Et ces géants, ces personnages célèbres?

J’ai eu envie de prêcher sur ces versets énigmatiques pour essayer de voir avec vous si de tels textes ont leur place dans notre culte. Alors, attachez vos ceintures, vous donnerez votre réponse vous-mêmes dans 20 minutes!



 

Quand un passage est obscur, le mieux est de consulter plusieurs traductions; voire si possible de revenir au texte original, dans la langue où il a été écrit. Comme j’en vois parmi vous qui ne maîtrisent pas tout à fait (!) l’hébreu, la langue de l’Ancien Testament (AT), je vous en propose tout de suite une traduction littérale, au mot-à-mot, la plus fidèle possible à l’original.

(1) Et il arriva, quand l’être humain commença à se multiplier sur le sol, et des filles leur furent nées,
(2) que les fils des dieux virent les filles de l’être humain, qu’elles étaient belles (ou bonnes), et ils prirent pour eux des femmes de tout ce qu’ils choisirent.
(3) Et YHWH dit: “Mon esprit ne demeurera pas dans l’être humain pour toujours, car lui aussi est chair, et ses jours sont de 120 ans.”
(4) Les “tombés” étaient sur la terre en ces jours-là, et aussi après, chaque fois que les fils des dieux venaient vers les filles de l’être humain et qu’elles enfantaient pour eux; ce sont les héros d’autrefois, les hommes de nom (ou de renom).


Quelques mots d’explication sur certains termes. D’abord, bien sûr, ces “fils des dieux” (ou fils de Dieu?). Il faut savoir que le mot “fils” (en hébreu: “BEN”) désigne un individu membre d’un groupe. Par exemple, un “fils de célibataire”, dans la langue de l’AT, ne veut pas dire un enfant illégitime, mais un individu qui fait partie de l’ensemble des célibataires. En français, on dira simplement “un célibataire”. Un “fils de cheval”, c’est un cheval (mâle ou femelle, d’ailleurs). Et quand la Bible parle, souvent, des “enfants d’Israël” (vous vous souvenez d’avoir beaucoup lu cette expression dans l’AT), c’est le même mot “ben” au pluriel; les “enfants d’Israël”, il ne s’agit pas des gamins du peuple, mais de l’ensemble des hommes, des femmes et des enfants. En français, là encore, on dira juste: les Israélites.

Au vu de cela, on comprend mieux que les “fils des dieux” peuvent être traduits par “les dieux”; les individus appartenant à l’ensemble “Dieu(x)”. Mais on n’est pas beaucoup plus avancé...

Un détail important: le passage que nous lisons aujourd’hui est dû à un auteur de l’AT qu’on appelle le Yahwiste; parce qu’il nomme toujours Dieu “YHWH”, c’est-à-dire l’Eternel, ou le Seigneur. Or: les “fils de dieux” ne sont pas, en hébreu, fils de YHWH, mais fils d’Elohim. Elohim, un mot au pluriel qu’on traduit dans l’AT par “Dieu”.

Par conséquent, le mot “dieux”, ici, ne désigne pas le Seigneur, l’Eternel.

Il reste donc trois possibilités:
(1) soit les fils des dieux seraient des dieux, au pluriel; les divinités d’une religion polythéiste (à plusieurs dieux), comme les Grecs ou les Romains. Mais dans la Bible, ce serait étonnant.
(2) soit notre expression désignerait des anges, des êtres célestes qui vivent auprès de Dieu. C’est le choix de la Bible en français courant, qui traduit “les habitants du ciel” au lieu de “fils des dieux”.
(3) enfin, troisième possibilité: à plusieurs reprises, l’AT utilise le mot elohim, dieux, pour désigner des humains, mais des humains spécialement puissants, au pouvoir étendu. Le roi d’Israël est souvent appelé “dieu”, ainsi que les principaux magistrats, les juges; les roitelets de provinces, les chefs d’armée. Pourquoi on les appelle “dieux”? Parce que leur pouvoir élevé les a promus à un rang proche de celui de Dieu, ils sont un peu ses représentants, sa famille.

(Entre parenthèses, c’est cette étrange coutume qui explique qu’on a rapidement appelé Jésus, lui aussi, “fils de Dieu”). Fermons la parenthèse, et lisons le Psaume 82, où Dieu juge les puissants du monde en les appelant dieux, eux aussi.

Dieu est là, entouré de son conseil;
au milieu des dieux il rend la justice:
«Jusqu'à quand jugerez-vous avec partialité,
en acquittant les coupables?
Faites plutôt justice au faible, à l'orphelin,
respectez les droits du pauvre, du misérable.
Relâchez le faible et le malheureux,
arrachez-le aux griffes des méchants.
«Mais vous ne comprenez rien,
vous êtes dans le noir, avançant à tâtons;
et toute la terre est ébranlée.
Je le déclare, vous êtes des dieux,
vous êtes tous des fils du Très-Haut,
pourtant vous mourrez comme les hommes,
vous “tomberez” comme n'importe quel chef.  (Ps. 82, 1-7)


La tradition juive a, le plus souvent, choisi cette troisième possibilité concernant les “fils des dieux” de notre passage. Et la plupart des chercheurs, aujourd’hui, confirment cette interprétation. Avec eux, lisons donc, derrière ces gens énigmatiques qui couchent avec des terriennes, non pas des êtres célestes, des anges (lesquels d’ailleurs n’ont pas de sexe, dit-on... hum!), mais des hommes puissants, des gens haut placés, qui ont beaucoup de pouvoir.


 

Et qu’ont-ils fait, ces hommes? Ils voient que les femmes sont attirantes; alors ils les prennent pour se marier. C’est la seule fois, dans l’AT, que le mariage est décrit par ce mot tout seul, prendre. Partout ailleurs, on raconte ou bien que les parents offrent leur fille, ou bien que l’homme et la femme se donnent l’un à l’autre (et vous connaissez les dialogues romantiques du Cantique des cantiques); ou bien encore c’est Dieu qui conduit les époux l’un vers l’autre. Ici, aucune mention du don: les puissants prennent, ils s’emparent des femmes, c’est tout.

Il ne s’agit donc ni de femmes fatales, ni de sexe contre nature entre être humains et divins. Nos versets dénoncent le fait que les détenteurs du pouvoir en ont abusé (qui a dit “Berlusconi”?! - ou le roi David!?); ils ont utilisé leur puissance pour leur propre avantage au lieu du bien de tous, au lieu de la justice, comme l’affirme le Ps. 82 que nous venons de lire. Arrogance et orgueil, quand on se croit tout-puissant.

Ces haut placés ont agi comme si Dieu n’existait pas. Et c’est pourquoi le Créateur reprend son esprit. Deuxième énigme, cette sentence: YHWH dit: “Mon esprit ne restera pas dans l’être humain pour toujours, car lui aussi est chair, et ses jours sont de 120 ans.”

Ce n’est pas une punition décidée souverainement, donc! Mais c’est la conséquence logique du choix des puissants: “Ils ignorent mon existence, alors je ne peux plus leur donner la force qui les fait vivre”. Pour le Yahwiste, l’homme est fait de terre (Adam veut dire, en hébreu, “le terreux”), l’homme est fait de terre, + de l’esprit de Dieu. Donc si l’Eternel enlève son souffle de vie, l’homme retourne à l’état de poussière.




Troisième partie de notre passage; et troisième mystère. Je cite: “Les “tombés” étaient sur la terre en ces jours-là, et aussi après, chaque fois que les fils des dieux venaient vers les filles de l’être humain et qu’elles enfantaient pour eux; ce sont les héros d’autrefois, les hommes de nom (ou de renom).” Mais qui sont donc ces héros, ces géants? Et que veut nous dire l’auteur par cette phrase?

Ce verset utilise volontairement un style qui ressemble aux mythologies orientales: emphatique. Mais il le fait pour souligner le contraire: ces hommes de renom, ces héros fameux, on ne dit justement pas comment ils s’appellent! Quand on connaît l’importance du nom pour les juifs, c’est un indice révélateur. Ces géants, littéralement ces “tombés”, (le mot qui désigne les gens de très grande taille vient du verbe “tomber”), ces surhommes, on n’en a pas gardé de souvenir important, ils sont insignifiants, puisque leur nom, prétendument fameux, il est... tombé dans l’oubli! Vous voyez qu’il y a, quand on parle en hébreu de ces géants, un jeu de mots intraduisible en français!

Par contraste, il y a juste avant notre passage une liste impressionnante de noms: les ancêtres de Noé sont tous cités, et nommés quatre fois en quatre phrases consécutives! Davantage encore, Noé lui-même, le véritable héros de l’histoire qui commence avec notre passage, Noé, on voit son nom écrit des dizaines de fois. Comme pour dire: ces prétendus surhommes, ils ne sont rien de rien, à côté de Noé; et même à côté du moindre de ses ancêtres.

Et voilà que nous débouchons tout naturellement sur le récit du déluge. Les hommes ne sont que chair, c’est-à-dire qu’ils sont faillibles, mortels. Ils agissent comme si Dieu n’existait pas. Alors, l’Eternel va leur retirer son souffle de vie.

Après avoir dû limiter l’existence humaine à 120 ans, le Seigneur décide de balayer de toute la terre ces hommes qui le renient. Voici le passage qui suit immédiatement les quatre versets que nous essayons de comprendre:
Le Seigneur vit que les hommes étaient de plus en plus malfaisants dans le monde, et que les penchants de leur cœur les portaient de façon constante et radicale vers le mal. Il en fut attristé et regretta d'avoir fait des hommes sur la terre. Il se dit: «Il faut que je balaye de la terre les hommes que j'ai créés, et même les animaux, grands ou petits, et les oiseaux. Je regrette vraiment de les avoir faits.»
Mais Noé trouva grâce aux yeux du Seigneur.




Pause. Merci de m’avoir suivi jusqu’ici! Mais il faut revenir à notre question de départ: qu’est-ce que ce passage peut nous dire, à nous chrétiens, aujourd’hui?

Selon notre exégèse, le Yahwiste nous propose l’alternative: ou bien vivre en relation avec Dieu; ou alors choisir notre propre bien, et prendre ce qu’on veut, et ainsi se couper de l’esprit du Créateur. Ceux qu’on croyait à première vue des fils de Dieu, ce sont en fait des types d’hommes comme on en voit beaucoup aujourd’hui: ceux qui font leurs choix; ceux qui regardent, et qui s’emparent, qui veulent faire carrière, et saisir les bonnes occasions, et s’enrichir sans tenir compte des autres, ni de l’Autre avec majuscule! Les Khadafi de la politique, ou de l’économie, ou de la religion! Mais aussi les roitelets du quartier, ou du club, ou de la famille! Arrogance et orgueil, quand on se croit tout-puissant. Pas toujours facile d’échapper à ce travers, même dans nos petites responsabilités, dans nos bribes de pouvoir! Pas simple de résister aux tentations de manipuler les autres, de les faire passer là où ça nous arrange, de chercher notre seul intérêt.

Lorsque les (soi-disant) “grands” de ce monde n’ont pour priorité que leur égoïsme, ils se condamnent à la plus dure des chutes: retomber pour n’être plus que poussière.

À l’opposé nous est proposé l’exemple de Jésus. Lui n’a pas cherché son propre bien, son intérêt. Il s’est abaissé jusqu’à la mort, la mort sur la croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au rang de souverain; il lui a donné le nom qui est au-dessus de tous les autres noms, afin qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse, dans le ciel, sur la terre et sous la terre, et que chacun reconnaisse Jésus comme Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. (Philippiens 2, 8-11)

Puissions-nous, dans nos pouvoirs, nos valeurs et nos choix, nous inspirer de ce seul vrai Fils de Dieu. Amen


Dessin: Auderset


(après l’interlude: traduction JJC):

(1) Lorsque les hommes commencèrent à proliférer sur la terre, et qu’ils donnèrent vie à des filles,
(2) les puissants du monde virent que ces femmes étaient attirantes. Ils s’en emparèrent pour se marier avec elles. Ils les choisirent selon leur bon plaisir.
(3) Alors, le Seigneur constata: “Mon souffle de vie ne va pas donner indéfiniment sa force à l’homme. Il est limité; il ne vivra pas plus de 120 ans.”
(4) C’était l’époque où il y avait des géants sur la terre. Il y en eut encore par la suite, d’ailleurs: chaque fois que les puissants s’approchaient des femmes du peuple, et qu’elles leur faisaient des enfants. Ce sont les héros d’autrefois, aux noms célèbres, fameux... Vous les connaissez, non?


Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 17 août 2014

(Hu) diplomate et femme du monde

Pour sourire: connaissez-vous la différence entre un diplomate et une femme du monde?
Quand un diplomate dit "oui", ça veut dire "peut-être". Quand il dit "peut-être", ça veut dire "non". Et s'il dit "non", ce n'est pas un diplomate.
La femme du monde? Quand elle dit "non", ça veut dire "peut-être". Quand elle dit "peut-être", ça veut dire "oui". Et si elle dit "oui", ce n'est pas une femme du monde...

Eh bien Dieu, lui, il nous dit "oui". Toujours. Et ça ne veut pas dire "peut-être"!


J-J Corbaz

 

(Pr, SB, Vu) « L’autre joue - la violence », prédication du 17 août 2014

Lectures: Luc 6 : 27-36, Ps. 3, et II Cor. 12 : 7-10

“Au commencement était... la violence, et rien de ce qui existe n’a été fait sans elle”... - Vous sursautez? À la bonne heure! Car nous n’aimons pas tellement la violence, nous avons plutôt tendance à la cacher, à l’oublier, à vouloir la faire disparaître. On nous a tellement dit que la violence, c’est mauvais.

Pourtant, tout le monde est violent. Pas besoin d’aller au Proche-Orient: chacune de nos journées comprend de la violence, depuis les coups de klaxon agacés au feu vert, jusqu’au moustique écrasé dans la nuit... Faites le compte, dans votre quotidien!


Tout le monde est violent; mais pas parce que nous sommes tous mauvais, ou pécheurs. Tout simplement parce que ça fait partie de la vie. Survivre est une violence. Manger est une violence faite aux espèces animales ou végétales qui nous nourrissent. La lutte pour la survie est une violence. Protéger son existence est un combat (déjà contre les microbes!)... Écoutez: même Dieu est violent! Le psaume 3 n’écrit-il pas: “Tu frappes à la joue mes ennemis, tu casses les dents aux méchants...”

La Bible est pleine de violence. Et même la venue de Jésus provoque elle aussi des cascades d’agressions: depuis le massacre des innocents jusqu’à la mort de Judas, la trahison de Pierre et la lâcheté des autres... Le comble: Jésus lui-même, vous le savez, a fait usage de violence: contre les marchands du temple, et contre les scribes et les pharisiens, injuriés de manière bien peu pacifique! Il comparait sa Parole à une épée bien tranchante, et c’est le même qu’on présente comme un agneau qui se laisse tondre sans ouvrir la bouche.

“Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre”. Comment comprenez-vous ce verset?

On l’interprète en général comme une invitation à ne pas riposter à la violence; à se laisser faire passivement, sans réagir. Rester stoïque et sans réaction, quand on nous attaque. Céder.

Eh bien, non! En nous demandant de tendre l’autre joue, Jésus ne nous invite pas à nous laisser faire violence, passivement, sans réagir. D’ailleurs, nous l’avons vu, ce n’est pas ainsi qu’il a agi lui-même. Ne pas répondre à la violence par la violence, ça oui, bien sûr! Mais ne pas réagir du tout, rester passifs, céder; alors non, ce n’est pas ce que dit Jésus.

La violence est partout, nous le disions. Et il est important, vital, de ne pas l’amplifier. Sinon c’est la loi de la jungle, la volonté du plus fort qui l’emporte. Il est essentiel de contenir la violence, de la dresser comme une bête féroce qui cherche à vous sauter dessus. Pour sortir du cercle vicieux, il faut être plus fort que les agressions, les brutalités, la haine...

Être plus fort: non pas passifs, mais actifs. Ne pas baisser les bras, mais les utiliser au mieux. Non pas ne rien faire, mais... tendre l’autre joue.


L’autre joue: savez-vous que le Nouveau Testament, écrit en grec, exprime là quelque chose d’intraduisible en français? Pour dire “autre”, il y a en grec deux mots: “allos” et “heteros”. “Heteros” (d’où vient le terme “hétérosexuel”, par exemple), c’est l’autre parmi deux choses, ou deux personnes; quand il n’y a que deux possibilités. “Allos”, c’est l’autre parmi plus de deux objets ou personnes. Ainsi, quand je dis: “Mes parents sont malades: l’un a la grippe, et l’autre une bronchite”, l’autre, c’est “heteros”, car je n’ai que deux parents. Par contre, pour “Un de mes paroissiens est à Lausanne, un autre est resté chez lui”, l’autre, ce sera “allos”, puisqu’ils sont, en tout, plus que deux!

Tout ça pour vous dire que: dans “tendre l’autre joue”, pour “l’autre”, ce n’est pas “heteros” qui est employé par l’évangile (alors qu’on n’a que deux joues, pourtant); ce n’est pas “heteros”, c’est “allos”. Présenter l’autre joue, c’est donc tendre une autre joue, une joue différente. C’est réagir d’une manière nouvelle, qui aide à sortir du cercle vicieux de la violence.

Vous l’avez tous expérimenté: de répondre à l’agressivité par l’agressivité, ça engendre l’escalade de la violence. Mais à l’opposé, un mot, un geste, un acte à contre-courant peut tout changer; désamorcer l’agression, dés-armer la haine.

Ainsi un joueur de football, victime d’un méchant coup tordu de la part d’un adversaire qui voulait lui prendre le ballon, est allé au bord du terrain lui offrir une autre balle, rien que pour lui! Un enseignant, traité de noms d’oiseaux trop vulgaires pour être rapportés ici, a fourni à ses étudiants une liste plus complète d’injures, un peu comme Cyrano dans la tirade des nez... Le judo connaît bien ce principe: pour faire reculer quelqu’un, il vaut mieux faire semblant de le tirer en avant, car l’autre résiste, et il recule spontanément!


Rompre la symétrie. Encore faut-il bien du courage et de l’imagination, de l’esprit et de l’à-propos. Et de la force intérieure, ô combien, pour résister à la tentation de la colère qui monte! C’est en cela, et en cela seulement, que nous osons nous demander les uns aux autres, selon les termes de l’évangile, d’être parfaits (chez Matthieu) ou pleins de bonté (chez Luc) comme l’est notre Père céleste. C’est-à-dire non pas de nous abstenir de toute faute -c’est impossible, évidemment- mais, avec Dieu, tout imaginer, tout mettre en oeuvre pour désamorcer la violence, la sortir des mécanismes qui la font se reproduire et se multiplier à l’infini...

Et cela, vous l’imaginez bien, c’est exactement le contraire de la passivité! C’est mettre en action un amour, un respect, une espérance dont nous ne sommes capables que parce que Dieu nous les donne, d’abord, en Jésus-Christ.

Ainsi, l’attitude chrétienne, dans un conflit, ce n’est pas plus céder que répondre avec les mêmes armes. L’attitude chrétienne, c’est rompre la symétrie, en puisant nos forces dans celles de Dieu. Car, vous vous en rendez bien compte, si Dieu ne nous avait pas “tendu une autre joue”, en Christ, face à nos péchés, si Dieu nous avait donné la réciproque, eh bien, nous serions morts!

Voilà le chemin nouveau que Jésus nous appelle à parcourir, derrière lui. Savoir que la violence existe, en moi, en nous; l’utiliser quand on ne peut pas faire autrement, mais en la maîtrisant, en cherchant à la dominer nous-mêmes plutôt que d’être dominés par elle. Éduquer des enfants, par exemple, est impossible sans un minimum de violence: quand mes enfants, tout bébés, avaient 39°5 de fièvre, il fallait bien les forcer à accepter un suppositoire, malgré leurs refus et leurs pleurs...

Savoir donc qu’on n’échappe pas à la violence, mais en même temps chercher à la désamorcer partout où c’est possible; sortir du cercle vicieux par une “autre joue”, une autre réponse. -Ce qui est exactement le sens du mot “non-violence”, mais ce terme a été si souvent employé de manière fausse que je n’aime plus guère l’utiliser.- Chercher à dominer l’agressivité. Or, je ne peux pas maîtriser quelque chose que je ne vois pas, que je ne veux pas regarder. Ainsi, je ne pourrai pas être non-violent tant que je ne reconnaîtrai pas la part de violence qu’il y a en moi. Je ne pourrai pas “feinter” l’agressivité, je serai incapable de me jouer d’elle en lui tendant une autre face, si je fais semblant qu’elle n’existe pas.


“Au commencement était la violence...” Oui. Et le chrétien, à cause de son Seigneur, n’est ni masochiste ni lâche. Il ne se laisse pas marcher sur les pieds. Mais il sait qu’en Christ il a reçu assez de force et d’esprit pour essayer de vaincre cette violence avec d’autres armes.

Cette apparente faiblesse, c’est la vraie force. Amen.

 Jean-Jacques Corbaz




vendredi 15 août 2014

(Ci, FA, Ré, Vu) Assomption?

Aujourd'hui 15 août, nous fêtons l'Assomption. Késako??? Merci à la professeure Claire Clivaz pour ses explications que voici:

Cette fête a des racines dans des textes apocryphes comme la Dormition de Marie, et une longue tradition dans l'Eglise ancienne. Toutefois, Eglise catholique romaine et Eglise orthodoxe perçoivent très diversement ce point de la mariologie.
Côté catholique romain, il s'agit du dernier dogme marial prononcé en 1950. Il découle du dogme de l'Immaculée conception prononcé au siècle précédant: si Marie a été conçue sans péché, alors elle n'a pas connu la corruption de la mort et a été directement enlevée aux cieux. Dans la foulée, il avait été envisagé de promulguer aussi la co-rédemption de Marie, mais la lecture du "Christ seul médiateur" de l'Epître aux Hébreux avait heureusement dissuader le pape de l'époque d'aller jusque-là.
Côté orthodoxe, si Marie est très importante et vénérée, si sa "dormition" est fêtée, le fait qu'on ait pu dogmatiser sa conception immaculée et l'extraire ainsi du statut du commun des mortels est insupportable. Les deux dogmatisations de l'Immaculée Conception et de l'Assomption sont une blessure oecuménique pour les orthodoxes.
Pour nous comme protestants, c'est important de considérer cette thématique avec les points de vue catholique et orthodoxe.
A titre personnel, on est clairement dans l'excès avec ces deux dogmes modernes, qui auraient pu aller jusqu'à la co-rédemption de Marie.
Que Marie compte et soit à revisiter pour nous est évident. Le livre "Marie de Nazareth" de France Quéré est somptueux. 


mardi 29 juillet 2014

(Ci) Les âges de la vie

"Nous sommes tous des gens du voyage. Et ce voyage est la vie. 
Nous traversons l'un après l'autre des pays où les perspectives et les aventures ne se comparent pas entre elles, où change jusqu'à la perception que nous avons des êtres, des choses, du temps et de l'espace. (...)

Une révélation guette celui qui avance le cœur et les yeux ouverts- sans précipitation et tant qu'il se peut sans regret. 
Après s'être vu dépouillé en chemin de ce qu'il avait un temps possédé, le voilà bientôt, à sa grande surprise, comblé d'autres biens dont il ne soupçonnait jusqu'alors, ni l'existence ni le prix.
Il apprend- et sa reconnaissance n'a pas de bornes- que rien ne lui est ôté en cours d'existence, sans qu'autre chose d'aussi précieux ne lui soit donné en contrepartie. "

Christiane Singer. "Les âges de la vie"

 

mardi 22 juillet 2014

(Bi) pour cet été, si...



Une suggestion pour cet été, si voyage, visite ou découverte sont au menu: que vous alliez près ou loin, pourquoi pas vous rendre le dimanche à un culte ou une messe? Vous pourrez ainsi faire connaissance d'une Eglise, probablement différente de la vôtre, et dont les membres seront heureux de vous expliquer les particularités. Echanges, enrichissement, dialogue fraternel. Je vois déjà notre Père à tous sourire de bonheur!

Si vous osez cette rencontre, SVP transmettez les salutations amicales de votre Eglise. Vous manifesterez ainsi notre fraternité universelle. Et puis, vous reviendrez avec des salutations à ramener à votre propre communauté. C’est là le coeur de Terre Nouvelle: appartenir à la famille des enfants de Dieu, présente partout dans le monde. Se sentir davantage reliés. Pour se faire des amis, c'est encore mieux que Facebook!

À toutes et tous bon été... si vous en trouvez un derrière un nuage!!

Jean-Jacques Corbaz

dimanche 13 juillet 2014

(Pr) “Amour et reproches: comme toi-même?” - 13.7.2014

Lectures: Lévitique 19, 17-18; Galates 6, 1-2; Jean 15, 9-13

“Tu aimeras ton prochain comme toi-même”: tarte à la crème du christianisme? Rengaine moralisante? Banalité poussiéreuse? Monsieur le pasteur, changez de disque, SVP!

Et le pasteur dit “non”! Non, ce n’est pas ce que vous croyez, si vous pensez qu’aimer son prochain comme soi-même, c’est être gentil, peut-être? Ou avoir des sentiments d’affection, de tendresse, à l’exemple de Jésus? Pourquoi pas se laisser flageller ou tondre par les autres, sans rien dire, et “tendre l’autre joue”, selon le mot de l’évangile?

Alors asseyez-vous, bouclez votre ceinture et partons ensemble à  l’aventure! À la découverte de l’amour du prochain.

Première surprise: ce n’est pas Jésus qui a inventé la formule. Ni les 10 commandements de Moïse. La plus ancienne mention, dans la Bible, de “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”, c’est ce passage du livre du Lévitique que nous avons ouvert ce matin. Un texte qui a été rédigé probablement pendant l’Exil à Babylone, dans un temps où les déportés vivaient une situation désespérante. Nous y reviendrons.

Deuxième surprise: “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” ne nous est pas donné comme une morale, ou une manière de savoir-vivre, Mais plutôt comme la conséquence d’une bonne gestion des conflits! Je m’explique. Le passage commence par ces affirmations inattendues (traduction la plus fidèle possible): “Tu ne laisseras pas de haine dans le secret de ton coeur à l’égard de ton frère, tu n’hésiteras pas à lui faire des reproches afin de ne pas te charger d’un péché envers lui. Tu ne te vengeras pas toi-même et tu ne garderas pas de rancune contre tes compatriotes. C’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur”.

Avant donc de nous parler d’aimer, la Bible nous demande d’exprimer nos reproches, de réprimander! On nous avait pourtant bien appris que ce n’est pas gentil de gronder, de chicaner, de blâmer! Et pourtant, selon ce passage du Lévitique, aimer son prochain, c’est d’abord lui adresser des réprimandes, sans hésiter, si nous en avons sur le coeur!

Faire des reproches à son prochain, c’est encore se rapprocher de lui. Et vous avez bien entendu qu’il y a la même racine dans ces trois mots. Reproches, prochain, se rapprocher: il y a toujours l’adjectif “proche”.

Troisième surprise: ce commandement de réprimander son frère (ou sa soeur) n’est pas une bonne action, à bien plaire, un petit “plus” facultatif pour bons élèves, Non, ce commandement nous est donné (je cite le Lévitique) “afin de ne pas te charger d’un péché envers lui”! “Tu n’hésiteras pas à le réprimander afin de ne pas te charger d’un péché envers lui”. Purée! La Bible sort vraiment l’artillerie lourde, sur ce verset! S’abstenir de dire nos reproches, c’est un péché!?

Pour bien comprendre cela, il faut se souvenir que le péché, dans l’Ancien Testament (AT), ce n’est ni une mauvaise action parmi les autres, ni la porte de l’enfer. Dans l’AT, le péché, c’est tout ce qui nous sépare de Dieu. Tout ce qui nous sépare de Dieu, et, par conséquent des autres humains. Oui, le péché, c’est une rupture de relation avec Dieu et avec l’humanité où il nous appelle à vivre en communauté.

Si donc je garde mes reproches par-devers moi, si je laisse mes ressentiments macérer sans les exprimer, je coupe ma relation avec mon prochain, et du même coup (!) avec Dieu. Haïr en secret, c’est refuser de rencontrer l’autre, c’est fuir la relation avec ce frère. Au contraire, dire mes réprimandes, c’est permettre au lien de se reconstituer. Vous voyez que nous sommes très proches de la notion de paix dans l’AT; le shalom, la paix qui n’est pas l’absence de conflit, mais le fait de vivre en relation. La paix, c’est, au milieu des conflits, de se tendre la main. Et de se dire ce qu’on a sur le coeur.

Et la petite phrase qui conclut ce passage (je cite): “Je suis le Seigneur”, eh bien elle n’est pas là pour faire joli; ni pour donner un air plus pieux à ces exigences. Mais elle souligne que ces commandements viennent de Dieu, et que Dieu s‘engage lui-même dans leur mise en pratique. Les appliquer, c’est vivre notre relation avec Dieu, c’est ne pas pécher, donc ne pas nous couper de lui.

Résumons. Les réprimandes que nous avons sur l’estomac, Dieu nous demande de ne pas les laisser tourner en rancunes ou vengeances sournoises. Au contraire, n’hésitons pas à adresser des reproches à notre prochain, pour nous rapprocher de lui; et du même coup pour nous rapprocher de Dieu. Autrement dit, des réprimandes constructives! Vous imaginez le slogan sur les panneaux d’affichages de la SGA: “Des reproches au prochain, ça rapproche”!



 

Si vous n’êtes pas trop fatigués, j’aimerais ajouter deux ou trois choses. (Rassurez-vous, je n’ai pas de réprimandes à vous exprimer!). J’ai envie de faire encore quatre remarques.

1° Première remarque. J’ai fait une allusion à “tendre l’autre joue”; est-ce que ça ne dit pas exactement le contraire de notre passage? Eh bien non. J’ai beaucoup étudié ce verset, et je suis convaincu, avec de nombreux théologiens aujourd’hui, qu’il ne veut pas dire “se laisser frapper et encore frapper”, mais qu’il signifie “tendre une joue autre, différente, sortir de la relation “frappeur-frappé”; briser le cercle vicieux de la violence. Je reviendrai sur cette question avec une exégèse de ce verset dans quelques semaines. *

2° Deuxième remarque: il y a aimer et aimer. Nous entendons fréquemment ce verbe comme l’expression d’un sentiment. Mais un sentiment, ça ne se commande pas! Il est parfaitement inutile d’exiger qu’on aime. L’AT, quand il parle d’aimer, pense à l’autre aspect du mot: se comporter, concrètement, comme des gens qui s’aiment. La Bible ne nous demande jamais des inclinations, des émotions, des élans spontanés vers notre prochain. Elle nous invite à une conduite, à des gestes, des attitudes d’amour - ce qui est tout autre chose!

3° Troisième remarque, le prochain. Vous allez me dire “mais on ne peut pas aimer le monde entier comme cela. On s’y épuiserait!” - Et vous aurez mille fois raison.
Le livre du Lévitique s’adresse aux juifs en Exil, disions-nous. Dans un temps de grand désespoir, il s’agit de resserrer les liens du peuple déporté. On demande d’aimer les frères, les prochains, les compatriotes. L’AT ne demande pas de vivre ces “reproches qui rapprochent” avec tout le monde, mais à l’intérieur seulement d’Israël.

Ouf, pensez-vous! Cependant, n’oublions pas que Jésus, dans l’évangile, a étendu Israël au monde entier. C’est l’Eglise, universelle, qui est le nouveau peuple saint! Donc rien n’est simple, avec Dieu! Heureusement que le Christ, sur la croix, a donné sa vie par amour total pour nous, qui aimons si imparfaitement. Ne l’oublions jamais.

 
4° Dernière remarque: “comme soi-même”. Savez-vous qu’on trouve l’expression “aimer comme soi-même” dans un édit du roi d’Assyrie (donc un païen!) en 670 avant JC. Soit avant la rédaction du livre du Lévitique! Moralité: si Jésus n’a rien inventé sur ce chapitre, l’AT non plus. Nous avons affaire à une expression courante déjà dans l’antiquité. Et cette expression voulait dire, en général, que les sujets d’un roi, à la guerre, devaient être prêts à donner leur vie pour leur souverain; ils montreraient ainsi qu’ils aiment leur roi comme eux-mêmes.

Dans le Lévitique, comme plus tard dans l’évangile, il ne s’agit pas de se battre, bien sûr. Mais nous recevons aussi une exigence de nous conduire à l’égard des autres sans penser à soi d’abord. Pourtant, il faudrait une seconde prédication pour dire haut et fort aujourd’hui qu’il est parfois plus difficile de s’aimer soi-même que d’aimer autrui... À méditer...

Conclusion. “Tu ne laisseras pas de haine dans le secret de ton coeur à l’égard de ton frère, tu n’hésiteras pas à le réprimander afin de ne pas te charger d’un péché envers lui. Tu ne te vengeras pas toi-même et tu ne garderas pas de rancune contre tes compatriotes. C’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur”. La possibilité de haïr n’est pas niée. Il est normal d’en vouloir à une autre personne. Mais c’est le silence qui est coupable. C’est le silence qui nous coupe du prochain et de Dieu. Ce qui détruit, ce n’est pas la haine, mais c’est de ne pas l’exprimer. C’est de la laisser croupir, et macérer. Et tourner en rancune, ou vengeance mesquine.

Parler pour renouer le lien. Reprocher pour se rapprocher du prochain. Et de Dieu. Aimer, c’est se battre pour préserver ces relations-là. Amen

Jean-Jacques Corbaz



* “Tendre l’autre joue”: je développerai cette exégèse le 17 août 14



dimanche 29 juin 2014

(Pr) La multiplication des pains, possible? du vent? "gonflé"!

Lecture: Matthieu 14, 13-21

Multiplier les pains, et la nourriture? Ah, ce serait le rêve! Si seulement Jésus revenait aujourd’hui, il pourrait nourrir tous les affamés du Tiers et du Quart Monde. Mieux même: il devrait multiplier l’argent. Ce serait génial!

Un jour, un petit malin a réussi à multiplier l’argent. Il a publié une annonce qui disait: “Si vous versez 1’000.- sur mon compte, je vous enverrai la recette infaillible pour devenir millionnaire en quelques semaines”. Et à ceux qui versaient la somme demandée, il envoyait son truc. Vous le voulez? Gratis? Son truc, il l’exprimait en trois mots: “Faites comme moi”!


Bon, cessons de fantasmer. Vous savez, les miracles servent en fait à illustrer les paroles et la vie de Jésus. Un peu comme les images dans un journal aujourd’hui. Et puis, on a découvert qu’il y a des miracles dans toutes les religions.

Je vous recommande donc de ne pas vous arrêter à l’histoire au premier degré qui nous est racontée. Ni pour en voir le compte-rendu historique d’un acte magique. Ni pour se bloquer, à l’opposé, en disant “Mais ce n’est pas possible que ça se soit passé ainsi”. Les miracles sont des illustrations de quelque chose de beaucoup plus profond et important.

J’aime ce proverbe qui dit: «Quand on montre la lune du doigt, l’imbécile regarde le doigt». Le miracle, c’est donc un doigt qui montre le sens que prend la vie de Jésus dans l’évangile. Ne restons pas braqués sur le doigt, nous ne pourrons pas voir ce qu’il nous désigne!

Si vous avez besoin de vous demander si ça s’est réellement passé, cette histoire de la multiplication des pains, alors, faites-le. Mais ce n’est pas là l’important.

L’important? Qu’est-ce que montre le doigt, ici? Ecoutez: notre récit commence par “Quand Jésus entendit cette nouvelle”. Quelle est l’information qui va déterminer toute notre histoire? Eh bien, c’est le fait que Jean Baptiste (l’ancien maître de Jésus, son précurseur) a été cruellement assassiné par le roi Hérode.

Le Christ veut alors s’isoler pour digérer l’évènement. Sans doute pressent-il que cette mort violente annonce la sienne. Il se rend compte... que le sien est bon (de compte!). D’ailleurs, de nombreux signes insistent sur les oppositions qu’il rencontre, sur les juifs qui complotent sa mort...

Mais les foules poursuivent Jésus. Impossible pour lui d’être seul. Ces gens ont tant besoin de guérison et de consolations. L’évangile souligne par trois fois que Christ est ému, touché par leur détresse. Alors, il cède, et reste avec eux dans cet endroit retiré. Personne ne voit le temps passer... Et le soir, quand tous les magasins sont fermés (euh, cherchez l’anachronisme!), le soir, il n’y a que 5 pains et 2 poissons pour ces milliers de personnes.

Pourtant, tous seront nourris. En abondance! Jésus répond, nous dit ce miracle, Jésus répond aux menaces de mort et aux détresses du petit peuple en multipliant la nourriture. Signe de consolation et de sécurité. Comme pour nous dire: “Vous voyez? Quand les difficultés, quand les obstacles s’additionnent, eh bien les pains se multiplient! Quand plus rien ne semble marcher, alors Dieu se révèle beaucoup plus présent, bien plus proche qu’on ne l’imaginait.”


Aujourd’hui, nous sommes pareils aux disciples de Jésus: bien conscients des détresses de cette terre, mais si peu puissants. Nous voudrions nourrir les affamés. Mais nous avons si peu à partager...

Vous avez remarqué? Jésus non plus, n’a rien! Mais rien de chez rien! Pour que le miracle ait lieu, il faut la rencontre de: nos pains mille fois trop petits - avec les mains vides du Christ! Il faut que nous reconnaissions nos insuffisances, que nous n’imaginions pas pouvoir sauver l’humanité avec nos seules forces; et il faut aussi que nous remettions entre les mains de Jésus ces bribes de nourriture. Ces bribes qui, ainsi, deviendront surabondance!

Quand les obstacles s’additionnent, les pains se multiplient. Face à la haine qui grandit contre lui, Christ a besoin de nos bouts de pain pour créer le festin! Sans nous, il n’est rien; sans notre foi, sans nos aveux d’impuissance. Comme nous ne sommes rien sans lui.

C’est vraiment multiplier trois fois rien avec du vent. Et pourtant ça rassasie 5’000 familles. Ça marche!

Moi, je ne sais pas faire de miracle sur commande. Mais je vais quand même vous montrer un truc étonnant, pour illustrer cette étrange multiplication. Dans cette petite enveloppe, il y a un objet; pas gros du tout, vous pensez bien! Pourtant, je vais le faire grossir plus de mille fois en quelques secondes. Regardez... (je sors un ballon de baudruche et le gonfle). C’est ce que Jésus a fait, et ce qu’il nous demande de faire... Ce n’est pas du vent!



Face aux menaces, quand la peur grandit, Dieu veut se montrer tout proche; pour nous aider à rester calmes et agissants, sans panique ni découragement. Il nous souffle (oui, souffle!) à l’oreille: “N’aie pas peur, je suis là. Aide-toi, et le Ciel t’aidera!”

Si nous savons ouvrir notre vie à son souffle, nous avancerons fort, comme un voilier qui tend sa toile à une puissance qu’il ne voit pas.

C’est ce que vivent bien des personnes engagées dans notre Eglise, ministres ou laïcs; chanteurs de gospel ou autre musiciens du sacré. Et c’est ce que chacun(e) de vous, chers amis membres de notre Conseil paroissial, peut essayer de réaliser.

Allez, pour vous en donner un signe, une dernière fois, je vous propose de concrétiser ce souffle, ici-maintenant-tout-de-suite! C’est vous, chers amis de notre Conseil paroissial, qui allez finir cette prédication. Vous me trouvez gonflé? Vous allez finir cette prédication en gonflant, vous aussi, chacun(e), un ballon coloré pour décorer cette église. Et pour dire, du même coup, que vous commencez à tendre vos voiles au souffle de Dieu, qui multiplie nos modestes forces!

(YM distribue un ballon à chaque membre du Conseil, qui le gonfle, le noue et l’attache à une colonne).


Amen

Jean-Jacques Corbaz