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Vous trouverez sur ce blog différentes sortes de contributions:
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- image (Im),
- liturgie (Li),
- poésie (Po),
- prédication (Pr),
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- sciences bibliques (SB),
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Bonne balade entre les mots!
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vendredi 30 mars 2018
(Pr) Jésus est mort. En quoi est-ce une bonne nouvelle?
Prédication de Vendredi saint 30 mars 18, Huémoz
«Je n’ai rien voulu savoir d’autre»
Lectures: Matthieu 27, 27-50; 1 Corinthiens 2, 1-2 (+ Ps. 118 introït)
L’année chrétienne est jalonnée de fêtes.
Certaines sont hyper-connues, par exemple Pâques et Noël. Et d’autres beaucoup moins, comme l’Ascension et Pentecôte, qui ne doivent qu’à leur jour de congé de ne pas être tombées dans l’oubli.
Et Vendredi saint, que nous célébrons aujourd’hui? Quelle est sa place?
Vous l’avez entendu, lorsque l’apôtre Paul veut exprimer en un seul mot ce qu’il a découvert au centre de la foi, il ne mentionne ni Pâques ni Noël. Pour lui, le coeur de l’Evangile, c’est la croix. La Bonne Nouvelle, qui est bonne pour chacun(e), parce qu’elle est capable de renouveler toute personne, quelle qu’elle soit, c’est d’abord l’évènement de Vendredi saint, Jésus crucifié!
“J’ai décidé, écrit Paul aux Corinthiens, j’ai décidé de ne rien savoir d’autre parmi vous que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié”.
L’acte décisif de notre salut, il se place ce vendredi-là, que nous appelons à juste titre “Vendredi saint”. Et dont on dit même que c’est une fête.
Pourquoi donc? Pourquoi les chrétiens ont-ils pris comme centre de leur foi ce qui est d’abord un échec, ce qui paraît le comble de la souffrance et de l’abaissement? Pourquoi le signe, le symbole des croyants au Christ est-il la croix?
Dans les évangiles, on lit que les disciples ont ressenti la mort de Jésus comme une écrasante défaite, qui les a laissés désemparés. Comment se fait-il qu’un peu plus tard, ces mêmes disciples s’acharnent à mettre en évidence cette catastrophe? Dans l’optique d’une évangélisation efficace, le simple bon sens aurait commandé de porter l’accent sur autre chose que la fin désastreuse du fils de Dieu, non?
D’où vient cette insistance de Paul et de beaucoup d’apôtres? “Parmi vous, je n’ai rien voulu savoir d’autre que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié”.
Ce changement de perspective vient du fait capital que, pour les disciples, ce qu’ils avaient d’abord ressenti comme l’échec de Jésus s’est révélé sa victoire. Leur interprétation des évènements a été tournée à l’envers par un fait nouveau, et ce fait nouveau c’est la résurrection.
Les disciples ont été témoins, d’abord stupéfaits, souvent incrédules, témoins que leur maître après sa mort était toujours vivant et agissant. Petit à petit s’est glissée en eux la certitude que dans cette mort même Dieu avait montré le plus fort de sa puissance créatrice. Il y avait fait la démonstration éclatante que la mort n’est pas une défaite; autrement dit, que quand on est relié à Dieu, même la mort peut avoir un sens.
À partir de ce bouleversement, toute la foi des disciples s’est restructurée, reconstruite, autour de Vendredi saint. Comme le disait déjà le Psaume 118: “La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée est devenue la pierre de l’angle, la pierre principale” (v. 22).
Ainsi, la foi dans le Christ ressuscité a fait réinterpréter toute la vie et la mort de Jésus, son enseignement et ses actes... On s’est aperçu que la croix n’était pas une fin un peu étrange, mais un signe, une preuve même que Dieu est avec nous partout, y compris dans la souffrance la plus horrible, y compris dans la pire injustice, y compris dans l’échec le plus intolérable. Que partout Dieu est avec nous comme créateur, ouvreur d’horizons nouveaux, espoir et vie!
Les victimes de violences, les innocents sacrifiés le trouveront à leur côté infiniment proche, qu’ils soient dans les camps de concentration nazis, dans les salles de torture en Turquie ou dans les bateaux qui coulent en Méditerranée, surchargés de migrants; qu’ils soient dans nos hôpitaux ou dans les cimetières de nos villages. “Même quand je passerai par la vallée de l’ombre de la mort, je n’aurai pas peur, Seigneur, car tu es avec moi. Tu me conduis, tu me protèges. Auprès de toi, je suis en sécurité” (Ps. 23).
Sachez-le: c’est la résurrection, au matin de Pâques, qui nous permet de vivre Vendredi saint comme une fête, vraiment. Une fête qui fait de Jésus crucifié le signe de l’amour de Dieu, le signe d’un amour fou, inconcevable; d’un amour comme on n’en verra jamais de pareil. Le signe de son pardon. De sa victoire sur toute forme de désespoir.
Il est génial (et je pèse mes mots!), il est génial que notre religion ait compris le véritable visage de Dieu, le but ultime de sa révélation: que c’est justement dans la pire catastrophe, dans le sommet de l’injustice que le Christ est venu planter sa présence lumineuse, sa victoire. C’est justement en priorité pour les victimes de toutes les atrocités qu’il s’est fait proche, qu’il s’est montré sauveur, et réconciliateur, et bon berger. Pour tous ceux qui, à la suite de Jésus, s’identifient à l’auteur du Psaume 22, priant dans la détresse: “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?” (v. 2).
Ainsi, les humains ont bénéficié de multiples manières de l’évènement de Golgotha. Beaucoup y ont reçu un signe d’amour, de solidarité, de proximité de Dieu. Si certains ont appris à pardonner, tous ont pu connaître qu’ils étaient pardonnés. À cause de Jésus, plusieurs ont pu mourir sereins, mais certains ont compris qu’il fallait combattre et vivre.
À cause de Jésus mort sur la croix, quelques-uns ont pu donner leur vie en mourant, tel le lieutenant-colonel Arnaud Beltrane, ce croyant convaincu dont vous avez pu lire l’histoire dans les journaux tout récemment; quelques-uns ont pu donner leur vie en mourant, et d’autres l’ont donnée en vivant, en assumant leurs responsabilités, en portant visiblement la passion de Dieu pour tout être qui vit, de manière chaleureuse et rayonnante!
Pour cette mort, que nous fêtons, oui, fêtons aujourd’hui, disons MERCI! Et que ce Vendredi saint nous remette au coeur, et à l’esprit, cet appel de l’évangile à laisser Dieu nous rejoindre; à laisser Dieu nous aimer; à laisser Dieu vaincre, en nous. Amen
Jean-Jacques Corbaz
dimanche 4 mars 2018
(Pr, Li) Dieu, et la violence?
Prédication du 4 mars 2018, Ollon et liturgie de bénédiction
«La jalousie de Dieu - la guerre sainte»
Lectures: Nombres 25, 1-5; 2 Samuel 18, 31 – 19, 5; Jean 3, 14-17
Nous n’aimons pas la violence. Et nous avons cent fois raison. Nous pressentons bien que Dieu non plus n’aime pas la violence! Mais que faut-il faire de ces passages de l’Ancien Testament (AT) qui prônent l’extermination des infidèles? Que faut-il penser de ces soi-disant “missionnaires” qui, il y a quelques siècles à peine, obligeaient les prétendus “sauvages” à choisir: soit la conversion au christianisme, soit la mort violente?
Les musulmans intégristes ont vite répondu à cette question: pour eux, la guerre aux infidèles serait non seulement tolérée par Allah, mais encouragée. Or, attention, cette attitude n’est le fait que d’une minorité de musulmans, fanatiques et intolérants. Dommage, évidemment, qu’on parle d’eux bien davantage que de la majorité, infiniment plus ouverte et pacifique!
Chez les chrétiens aussi, du reste, on trouve des demi-fous qui appellent à la croisade. Au Moyen Âge, nos Eglises étaient en plein dans cette violence.
Evitons donc les schémas simplistes, du style “les musulmans tout noirs, les chrétiens tout blancs”; ou “y en a point comme nous”! Evitons aussi, bien sûr, à l’opposé d’accuser la foi en l’évangile de tous les maux, comme certains l’ont fait.
La réalité, c’est que la violence est au coeur de l’être humain. De tout être humain, en moi comme en chacun(e) de vous! Sinon nos ancêtres des cavernes n’auraient pas survécu, d’ailleurs. La violence est au coeur de chacun, et seules quelques toutes grandes personnalités, comme Gandhi ou Martin Luther King, sont arrivées à extirper totalement cette violence de leur être.
Or, Dieu s’est révélé à nous à travers des paroles humaines; à travers des systèmes de pensées, à travers des schémas humains. Dieu s’est montré à nous, dans toute la Bible, en passant par nos tripes, en passant par nos sentiments, nos épaisseurs humaines; en passant par nos intelligences limitées et orientées, en passant donc aussi par nos préjugés, nos défauts, nos oeillères. Et nos violences!
Pour dire qui est Dieu, il a bien fallu utiliser nos mots maladroits, nos raisonnements imparfaits, nos cultures imprégnées de petitesses toutes humaines!
Si vous deviez expliquer à une abeille ce qu’est l’amour maternel, dans un langage abeille (à supposer que vous la connaissiez, cette langue!), quel serait le résultat? ... Vous parleriez de leurs larves; mais que savons-nous des sentiments des abeilles pour les larves? Vous parleriez de prendre soin, de veiller sur, de protéger... alors que tout ça n’a aucun sens pour une abeille, surtout que c’est une ouvrière qui ne peut pas se reproduire!! Bref, c’est sans espoir.
Tout cela pour vous aider à mesurer l’impossible défi que représente l’envie de Dieu de se faire connaître à l’humanité! Dieu qui est cent mille fois plus différent de nous que nous ne le sommes d’une abeille! L’impossible défi aussi, bien sûr, de parler de lui à nos enfants, à nos contemporains, ou aux peuples à qui nous annonçons l’évangile, à travers ce qu’on appelle la mission.
Depuis la première mission, celle de Dieu lui-même, c’était la plantée garantie, vous êtes d’accord?!
Donc, il a bien fallu, il faut bien, aujourd’hui encore, passer par nos étroitesses, nos sentiments faussés; en sachant que le résultat sera de toute façon incomplet, décevant. En sachant que tout ce que nous disons de Dieu est une projection à partir de nos vécus humains, une déformation imposée par notre langage et nos raisonnements trop particuliers. Pour dire Dieu tout spécialement, traduire, c’est trahir!
Un bon exemple, c’est le thème d’aujourd’hui: la jalousie de Dieu. Pour les peuplades guerrières et à moitié civilisées qui vivaient au temps de Moïse, il était nécessaire de parler d’un Dieu qui ne supporte pas la concurrence d’autres divinités. Cela pour éviter que les religions ne se mélangent, pour éviter que les peuples convertis au Dieu d’Israël ne conservent en même temps leurs anciennes traditions religieuses; leurs adorations païennes; leurs superstitions, incompatibles avec la nouvelle foi.
- Et nous savons que ce mélange a été extraordinairement difficile à éviter; qu’il a fallu batailler à de nombreuses reprises pour qu’Israël ne sombre pas dans une “puissante” mixture avec les Baal, Astarté, et autres divinités de Babylone ou de Canaan.
Donc, il fallait, pour que la foi survive, dire que Dieu était jaloux. Mais la jalousie, en ce temps-là, s’exprimait par la violence, en cas d’infidélité. C’était automatique. À cette époque, une jalousie sans violence aurait été comme une loi sans amende ou autre sanction en cas d’infraction: inimaginable. Ç’aurait été un aveu de désintérêt, de faiblesse. Impossible!
Voilà pourquoi de nombreux passages de l’AT décrivent Dieu comme exigeant une entière adhésion, sans compromis - ce qui est toujours d’actualité! Mais avec des sanctions qui vont souvent jusqu’à la mort. C’était la norme, alors. Une norme qui est “joyeusement” appliquée par Moïse, dans notre récit du livre des Nombres.
Avez-vous remarqué? Comme Elie avec les prophètes de Baal dans l’épisode du sacrifice au Carmel, Moïse va bien plus loin que ce que Dieu demande. Il commet un énorme excès de zèle! Dieu lui dit de pendre les chefs du peuple, mais Moïse fait exécuter tous les Israélites idolâtres.
Pourtant, je vous l’ai dit, Dieu a essayé de relever le défi. Il a parfois réussi à ouvrir de petites brèches dans ces normes pesantes. Tout-à-coup, une phrase ou une image montre un aspect de Dieu qui tranche avec les croyances de l’époque. Une parole “avant-gardiste”, dirait-on aujourd’hui. Dans la Bible, on dit: une parole prophétique.
C’est ainsi qu’Elie, après le massacre du Carmel, doit fuir au désert; et là, à l’Horeb, à la montagne sainte, c’est l’épisode du souffle fragile, qui lui fait découvrir que Dieu n’est pas dans la violence, mais qu’il se donne dans la faiblesse. Annonçant ainsi la crucifixion de Jésus.
Parole prophétique, c’est aussi le cas de ce récit du roi David, dont nous avons entendu un extrait tout-à-l’heure. David, séducteur impénitent; David à qui le pouvoir était monté à la tête, jusqu’à faire tuer un de ses meilleurs officiers pour s’approprier son épouse; ce même David, à la fin de sa vie, est traité comme il a traité les autres: ses propres fils lui font la guerre, obnubilés par le pouvoir royal et ses richesses. Eh bien David, quand il apprend que la guerre civile s’est achevée par la défaite de son fils rebelle, Absalom, et par sa mort, David pleure en répétant: “Absalom, mon fils, que ne suis-je mort à ta place? Absalom, mon fils, que ne suis-je mort à ta place?”
Parabole! Superbe image! Cet épisode nous parle de Dieu! En même temps que sa jalousie; juste à côté de son refus des compromis religieux, il nous fait découvrir son immense tendresse, infiniment plus grande encore que son intransigeance. À travers David pleurant, Dieu nous dit, à nous aussi, à nous pécheurs, à nous qui le trahissons si souvent, Dieu nous dit aussi: “Mon fils, que ne suis-je mort à ta place?”
Il le dit, et il le fait, en Jésus Christ, il meurt à notre place pour nous libérer de nos culpabilités!
Voilà comment l’AT (et le Nouveau également, bien entendu) sont des mélanges d’épaisseurs humaines et d’éclairs prophétiques lumineux, qui annoncent les dimensions toujours nouvelles de l’amour de Dieu!
Ne dites jamais: “Dieu est comme ceci, c’est écrit dans la Bible”, sans ajouter: “Mais il est aussi très différent, c’est également écrit dans la Bible”! - La Bible qui n’est que le pâle reflet de la lumière indescriptible de Dieu, indicible (soit: impossible à dire).
Ne tirez jamais des conclusions exclusives d’un seul passage biblique, sans regarder encore tout ce qui le nuance, le complète, le corrige. Nos langages humains sont incapables de dire autre chose que des caricatures, des simplifications extrêmes, quand ils essaient de décrire la transcendance.
Vous me direz: la Bible n’est-elle pas la parole de Dieu? Oui, mais c’est une parole immergée, figée, réduite dès qu’elle est exprimée dans nos mots humains, dans nos cultures terrestres. On ne peut pas représenter la quatrième dimension dans nos trois dimensions sans l’appauvrir considérablement.
Et c’est pour cela que nous avons besoin de quatre évangiles, et non d’un seul, pour esquisser le message de Jésus. Et c’est pour cela que nous avons besoin de 66 livres bibliques, dans leur diversité, pour parler de Dieu sous autant d’angles différents. Et c’est pour cela que nous avons besoin du Saint-Esprit, du souvenir dynamique du Christ, pour éclairer notre lanterne trop souvent embuée par nos préjugés!
Alors, dans nos limites, dans nos maladresses, redisons-nous souvent cet autre éclair prophétique de notre livre saint: “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne soit pas perdu, mais qu’il ait la vie éternelle. Dieu n’a pas envoyé son fils dans le monde pour nous condamner, mais pour nous sauver”.
Amen
Jean-Jacques Corbaz
Bénédiction finale:
Dans le livre des Actes, il est dit aux apôtres: “Ne regardez pas vers le ciel” (mais vers la Terre)...
La Bible entière aujourd’hui nous dit: “Regardez le ciel! Regardez la Terre! Regardez-vous vous-mêmes!
Fermez les yeux, parfois! Ouvrez-les parfois sur le monde et ses peines!
C’est par ces mille regards différents que vous pourrez mieux discerner Dieu votre Père, lui dont la hauteur; lui dont la largeur; lui dont la profondeur dépassent toujours infiniment tout ce que vous pouvez comprendre de lui, et de son amour passionné!”
Tels que nous sommes, et tel qu’il est, Dieu nous bénit, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen
«La jalousie de Dieu - la guerre sainte»
Lectures: Nombres 25, 1-5; 2 Samuel 18, 31 – 19, 5; Jean 3, 14-17
Nous n’aimons pas la violence. Et nous avons cent fois raison. Nous pressentons bien que Dieu non plus n’aime pas la violence! Mais que faut-il faire de ces passages de l’Ancien Testament (AT) qui prônent l’extermination des infidèles? Que faut-il penser de ces soi-disant “missionnaires” qui, il y a quelques siècles à peine, obligeaient les prétendus “sauvages” à choisir: soit la conversion au christianisme, soit la mort violente?
Les musulmans intégristes ont vite répondu à cette question: pour eux, la guerre aux infidèles serait non seulement tolérée par Allah, mais encouragée. Or, attention, cette attitude n’est le fait que d’une minorité de musulmans, fanatiques et intolérants. Dommage, évidemment, qu’on parle d’eux bien davantage que de la majorité, infiniment plus ouverte et pacifique!
Chez les chrétiens aussi, du reste, on trouve des demi-fous qui appellent à la croisade. Au Moyen Âge, nos Eglises étaient en plein dans cette violence.
Evitons donc les schémas simplistes, du style “les musulmans tout noirs, les chrétiens tout blancs”; ou “y en a point comme nous”! Evitons aussi, bien sûr, à l’opposé d’accuser la foi en l’évangile de tous les maux, comme certains l’ont fait.
La réalité, c’est que la violence est au coeur de l’être humain. De tout être humain, en moi comme en chacun(e) de vous! Sinon nos ancêtres des cavernes n’auraient pas survécu, d’ailleurs. La violence est au coeur de chacun, et seules quelques toutes grandes personnalités, comme Gandhi ou Martin Luther King, sont arrivées à extirper totalement cette violence de leur être.
Or, Dieu s’est révélé à nous à travers des paroles humaines; à travers des systèmes de pensées, à travers des schémas humains. Dieu s’est montré à nous, dans toute la Bible, en passant par nos tripes, en passant par nos sentiments, nos épaisseurs humaines; en passant par nos intelligences limitées et orientées, en passant donc aussi par nos préjugés, nos défauts, nos oeillères. Et nos violences!
Pour dire qui est Dieu, il a bien fallu utiliser nos mots maladroits, nos raisonnements imparfaits, nos cultures imprégnées de petitesses toutes humaines!
Si vous deviez expliquer à une abeille ce qu’est l’amour maternel, dans un langage abeille (à supposer que vous la connaissiez, cette langue!), quel serait le résultat? ... Vous parleriez de leurs larves; mais que savons-nous des sentiments des abeilles pour les larves? Vous parleriez de prendre soin, de veiller sur, de protéger... alors que tout ça n’a aucun sens pour une abeille, surtout que c’est une ouvrière qui ne peut pas se reproduire!! Bref, c’est sans espoir.
Tout cela pour vous aider à mesurer l’impossible défi que représente l’envie de Dieu de se faire connaître à l’humanité! Dieu qui est cent mille fois plus différent de nous que nous ne le sommes d’une abeille! L’impossible défi aussi, bien sûr, de parler de lui à nos enfants, à nos contemporains, ou aux peuples à qui nous annonçons l’évangile, à travers ce qu’on appelle la mission.
Depuis la première mission, celle de Dieu lui-même, c’était la plantée garantie, vous êtes d’accord?!
Donc, il a bien fallu, il faut bien, aujourd’hui encore, passer par nos étroitesses, nos sentiments faussés; en sachant que le résultat sera de toute façon incomplet, décevant. En sachant que tout ce que nous disons de Dieu est une projection à partir de nos vécus humains, une déformation imposée par notre langage et nos raisonnements trop particuliers. Pour dire Dieu tout spécialement, traduire, c’est trahir!
Un bon exemple, c’est le thème d’aujourd’hui: la jalousie de Dieu. Pour les peuplades guerrières et à moitié civilisées qui vivaient au temps de Moïse, il était nécessaire de parler d’un Dieu qui ne supporte pas la concurrence d’autres divinités. Cela pour éviter que les religions ne se mélangent, pour éviter que les peuples convertis au Dieu d’Israël ne conservent en même temps leurs anciennes traditions religieuses; leurs adorations païennes; leurs superstitions, incompatibles avec la nouvelle foi.
- Et nous savons que ce mélange a été extraordinairement difficile à éviter; qu’il a fallu batailler à de nombreuses reprises pour qu’Israël ne sombre pas dans une “puissante” mixture avec les Baal, Astarté, et autres divinités de Babylone ou de Canaan.
Donc, il fallait, pour que la foi survive, dire que Dieu était jaloux. Mais la jalousie, en ce temps-là, s’exprimait par la violence, en cas d’infidélité. C’était automatique. À cette époque, une jalousie sans violence aurait été comme une loi sans amende ou autre sanction en cas d’infraction: inimaginable. Ç’aurait été un aveu de désintérêt, de faiblesse. Impossible!
Voilà pourquoi de nombreux passages de l’AT décrivent Dieu comme exigeant une entière adhésion, sans compromis - ce qui est toujours d’actualité! Mais avec des sanctions qui vont souvent jusqu’à la mort. C’était la norme, alors. Une norme qui est “joyeusement” appliquée par Moïse, dans notre récit du livre des Nombres.
Avez-vous remarqué? Comme Elie avec les prophètes de Baal dans l’épisode du sacrifice au Carmel, Moïse va bien plus loin que ce que Dieu demande. Il commet un énorme excès de zèle! Dieu lui dit de pendre les chefs du peuple, mais Moïse fait exécuter tous les Israélites idolâtres.
Pourtant, je vous l’ai dit, Dieu a essayé de relever le défi. Il a parfois réussi à ouvrir de petites brèches dans ces normes pesantes. Tout-à-coup, une phrase ou une image montre un aspect de Dieu qui tranche avec les croyances de l’époque. Une parole “avant-gardiste”, dirait-on aujourd’hui. Dans la Bible, on dit: une parole prophétique.
C’est ainsi qu’Elie, après le massacre du Carmel, doit fuir au désert; et là, à l’Horeb, à la montagne sainte, c’est l’épisode du souffle fragile, qui lui fait découvrir que Dieu n’est pas dans la violence, mais qu’il se donne dans la faiblesse. Annonçant ainsi la crucifixion de Jésus.
Parole prophétique, c’est aussi le cas de ce récit du roi David, dont nous avons entendu un extrait tout-à-l’heure. David, séducteur impénitent; David à qui le pouvoir était monté à la tête, jusqu’à faire tuer un de ses meilleurs officiers pour s’approprier son épouse; ce même David, à la fin de sa vie, est traité comme il a traité les autres: ses propres fils lui font la guerre, obnubilés par le pouvoir royal et ses richesses. Eh bien David, quand il apprend que la guerre civile s’est achevée par la défaite de son fils rebelle, Absalom, et par sa mort, David pleure en répétant: “Absalom, mon fils, que ne suis-je mort à ta place? Absalom, mon fils, que ne suis-je mort à ta place?”
Parabole! Superbe image! Cet épisode nous parle de Dieu! En même temps que sa jalousie; juste à côté de son refus des compromis religieux, il nous fait découvrir son immense tendresse, infiniment plus grande encore que son intransigeance. À travers David pleurant, Dieu nous dit, à nous aussi, à nous pécheurs, à nous qui le trahissons si souvent, Dieu nous dit aussi: “Mon fils, que ne suis-je mort à ta place?”
Il le dit, et il le fait, en Jésus Christ, il meurt à notre place pour nous libérer de nos culpabilités!
Voilà comment l’AT (et le Nouveau également, bien entendu) sont des mélanges d’épaisseurs humaines et d’éclairs prophétiques lumineux, qui annoncent les dimensions toujours nouvelles de l’amour de Dieu!
Ne dites jamais: “Dieu est comme ceci, c’est écrit dans la Bible”, sans ajouter: “Mais il est aussi très différent, c’est également écrit dans la Bible”! - La Bible qui n’est que le pâle reflet de la lumière indescriptible de Dieu, indicible (soit: impossible à dire).
Ne tirez jamais des conclusions exclusives d’un seul passage biblique, sans regarder encore tout ce qui le nuance, le complète, le corrige. Nos langages humains sont incapables de dire autre chose que des caricatures, des simplifications extrêmes, quand ils essaient de décrire la transcendance.
Vous me direz: la Bible n’est-elle pas la parole de Dieu? Oui, mais c’est une parole immergée, figée, réduite dès qu’elle est exprimée dans nos mots humains, dans nos cultures terrestres. On ne peut pas représenter la quatrième dimension dans nos trois dimensions sans l’appauvrir considérablement.
Et c’est pour cela que nous avons besoin de quatre évangiles, et non d’un seul, pour esquisser le message de Jésus. Et c’est pour cela que nous avons besoin de 66 livres bibliques, dans leur diversité, pour parler de Dieu sous autant d’angles différents. Et c’est pour cela que nous avons besoin du Saint-Esprit, du souvenir dynamique du Christ, pour éclairer notre lanterne trop souvent embuée par nos préjugés!
Alors, dans nos limites, dans nos maladresses, redisons-nous souvent cet autre éclair prophétique de notre livre saint: “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne soit pas perdu, mais qu’il ait la vie éternelle. Dieu n’a pas envoyé son fils dans le monde pour nous condamner, mais pour nous sauver”.
Amen
Jean-Jacques Corbaz
Bénédiction finale:
Dans le livre des Actes, il est dit aux apôtres: “Ne regardez pas vers le ciel” (mais vers la Terre)...
La Bible entière aujourd’hui nous dit: “Regardez le ciel! Regardez la Terre! Regardez-vous vous-mêmes!
Fermez les yeux, parfois! Ouvrez-les parfois sur le monde et ses peines!
C’est par ces mille regards différents que vous pourrez mieux discerner Dieu votre Père, lui dont la hauteur; lui dont la largeur; lui dont la profondeur dépassent toujours infiniment tout ce que vous pouvez comprendre de lui, et de son amour passionné!”
Tels que nous sommes, et tel qu’il est, Dieu nous bénit, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen
dimanche 25 février 2018
(Pr) Carême, ne pas nous priver!
Prédication du 25 février 18, Villars, «Les vraies valeurs - le bonheur»
Lectures: Luc 12, 13-21; Amos 8, 4-7; 2 Corinthiens 4, 14-18
Vous connaissez la chanson de Gilles: “Le bonheur est chose légère, que toujours notre coeur poursuit, mais en vain, comme la chimère, on croit le saisir, il s’enfuit”.
Chers amis, chers paroissiens: qu’est-ce qui vous rend heureux, vraiment? Qu’est-ce qui est le plus important pour vous?
On nous a tant seriné que “l’argent ne fait pas le bonheur, mais... qu’il y contribue”...
Alors bon, je ne vous apprends rien, la Bible nous invite à garder de la distance par rapport aux valeurs matérielles. Et chacun(e) le sait: notre fortune, nos mérites, nos achats, nos titres de gloire, voire nos médailles olympiques... tout cela est bon, voire agréable, mais nous ne les emporterons pas avec nous, au jour de notre mort. Nous ne les emporterons pas au paradis, au sens littéral!
Vous le savez, bien sûr. Tout le monde le sait. Tout le monde le dit.
Mais pourquoi alors tant de gens vivent-ils exactement le contraire? Comment se fait-il qu’aujourd’hui une immense majorité de gens soient obnubilés par les valeurs matérielles, au point de tout penser, tout juger, tout évaluer en termes économiques? Notre société semble incapable de voir autre chose que ce qui se monnaie de manière sonnante et trébuchante. Même le monde politique est devenu secondaire face au commerce et à la finance. Une seule règle, une seule priorité: faire du bénéfice.
Et la morale, l’éthique, dans tout ça? "Mais mon vieux, c’est du passé, c’est dépassé, c’est démodé, une antiquité!! On ne fait plus de sentiment, quand on peut faire de l’argent..."
Pourtant, voilà que ce système est en train de révéler ses limites: par le chômage, d’abord, bien sûr; par toutes les personnes qui sont rejetées dans la bordure, larguées par une société qui ne sait plus qu’en faire... car les assistés coûtent cher!
Le système montre ses limites aussi par la dépression, et par les multiples formes de “casse” que nous connaissons, comme le burn-out, lorsque le corps ou l’esprit ne peuvent plus résister aux pressions de la vie quotidienne. Lorsque les personnes humaines se sentent obligées de répondre aux demandes d’efficacité et de rentabilité qu’elles reçoivent plutôt que de respecter leurs limites physiques ou psychologiques.
Et voilà, encore, que le vide spirituel est en train de nous exploser à la figure, avec la multiplication des sectes, et des fanatismes de toutes sortes. Avec ces groupes qui se rassemblent autour d’un gourou, en quête désespérée de sens à leur vie. Avec ces gens qui se font plumer comme des pigeons parce qu’ils essaient de fuir notre monde trop matérialiste. Tragique!
Hier c’était l’Ordre du temple solaire, et aujourd’hui le djihad. Il n’y aurait pas toutes ces victimes si, chez nous, tant de personnes soi-disant éclairées n’avaient pas jeté l’évangile aux oubliettes pour s’intéresser en priorité au cours de l’aluminium ou aux mille façons de s’enrichir sans fatigue!?!
Et vous voyez que, là, nous sommes concernés. Tous. En tant qu’Eglise, en tant que croyants libérés en Christ, nous avons à mieux dire, et à mieux vivre les vraies valeurs de notre foi. À mieux les chanter, à mieux les danser dans notre quotidien!
Je sais, ça n’est pas facile. Mais nos contemporains déboussolés ont besoin de modèles -pas modèles au sens d’exemple parfait, bien sûr, mais au sens de référence, d’exemple parmi d’autres. Nos contemporains ont besoin de voir, de sentir (j’ai presque envie de dire de humer, de palper) des chrétiens authentiques, que leur espérance transforme, rende plus légers, plus souriants, plus chaleureux, et moins suffisants. Bref, des antidotes à cette morose course au fric qui n’amuse que la toute petite minorité qui gagne à ce jeu-là!
Il est ici, l’enjeu pour nous, en ce début de siècle; la mission qui nous est proposée pour cette année, et les suivantes! Que les disciples du Christ deviennent plus visibles, plus colorés, plus joyeux! “Un chrétien triste, a-t-on dit, est un triste chrétien”!
Si l’Eglise passe à côté de cette mission-là, j’ai bien peur que ce ne soit une dé-mission!
Savons-nous encore défendre nos valeurs? Pas les armes à la main, évidemment, mais savons-nous encore nous enthousiasmer pour nos valeurs spirituelles, et, du coup, contribuer à enthousiasmer les autres?
Dans 24 Heures d’hier, un psychiatre qui a beaucoup travaillé sur cette question du bonheur dit des choses qu’on pourrait croire tirées de l’évangile: “les résultats de notre étude montrent que le secret du bonheur (...) ne réside pas dans un compte en banque ou un statut social, mais dans le succès de nos relations affectives, dans la qualité des contacts que l’on entretient avec les autres”. Le bonheur vient aussi du “sentiment que l’on mène une vie qui a du sens”. (1)
Depuis dix jours, nous vivons le temps du Carême, de la Passion. Seriez-vous d’accord de faire un essai? Non pas prendre le sac et la cendre pour nous rabaisser, bien sûr, mais plutôt nous alléger. Elaguer dans notre vie ce qui nous sépare de l’appel de l’évangile. Faire des choix, pour que notre quotidien se débarrasse des valeurs matérielles qui entravent notre mission. Peut-être acheter moins, et vivre plus proches des autres. Cultiver nos relations, nos affections, nos amours... Laisser davantage de place à nos richesses humaines: tendresse, patience, accueil... sourire et paix... Laisser davantage de place, aussi, à la nature et aux trésors qu’elle offre à nos yeux, à nos oreilles, à nos odorats (c’est bientôt le printemps!).
Donc non pas nous priver, mais bien au contraire: nous combler de ce qui nous rend heureux!
D’accord? Allez, je vous fais un prix: un modeste bonheur du Bon Dieu, à l’essai pendant 40 jours. Bien sûr, c’est gratuit! Amen
Jean-Jacques Corbaz
(1) Dr Théodore Hovaguimian, 24 Heures des 24-25 février 2018, p. 24
Lectures: Luc 12, 13-21; Amos 8, 4-7; 2 Corinthiens 4, 14-18
Vous connaissez la chanson de Gilles: “Le bonheur est chose légère, que toujours notre coeur poursuit, mais en vain, comme la chimère, on croit le saisir, il s’enfuit”.
Chers amis, chers paroissiens: qu’est-ce qui vous rend heureux, vraiment? Qu’est-ce qui est le plus important pour vous?
On nous a tant seriné que “l’argent ne fait pas le bonheur, mais... qu’il y contribue”...
Alors bon, je ne vous apprends rien, la Bible nous invite à garder de la distance par rapport aux valeurs matérielles. Et chacun(e) le sait: notre fortune, nos mérites, nos achats, nos titres de gloire, voire nos médailles olympiques... tout cela est bon, voire agréable, mais nous ne les emporterons pas avec nous, au jour de notre mort. Nous ne les emporterons pas au paradis, au sens littéral!
Vous le savez, bien sûr. Tout le monde le sait. Tout le monde le dit.
Mais pourquoi alors tant de gens vivent-ils exactement le contraire? Comment se fait-il qu’aujourd’hui une immense majorité de gens soient obnubilés par les valeurs matérielles, au point de tout penser, tout juger, tout évaluer en termes économiques? Notre société semble incapable de voir autre chose que ce qui se monnaie de manière sonnante et trébuchante. Même le monde politique est devenu secondaire face au commerce et à la finance. Une seule règle, une seule priorité: faire du bénéfice.
Et la morale, l’éthique, dans tout ça? "Mais mon vieux, c’est du passé, c’est dépassé, c’est démodé, une antiquité!! On ne fait plus de sentiment, quand on peut faire de l’argent..."
Pourtant, voilà que ce système est en train de révéler ses limites: par le chômage, d’abord, bien sûr; par toutes les personnes qui sont rejetées dans la bordure, larguées par une société qui ne sait plus qu’en faire... car les assistés coûtent cher!
Le système montre ses limites aussi par la dépression, et par les multiples formes de “casse” que nous connaissons, comme le burn-out, lorsque le corps ou l’esprit ne peuvent plus résister aux pressions de la vie quotidienne. Lorsque les personnes humaines se sentent obligées de répondre aux demandes d’efficacité et de rentabilité qu’elles reçoivent plutôt que de respecter leurs limites physiques ou psychologiques.
Et voilà, encore, que le vide spirituel est en train de nous exploser à la figure, avec la multiplication des sectes, et des fanatismes de toutes sortes. Avec ces groupes qui se rassemblent autour d’un gourou, en quête désespérée de sens à leur vie. Avec ces gens qui se font plumer comme des pigeons parce qu’ils essaient de fuir notre monde trop matérialiste. Tragique!
Hier c’était l’Ordre du temple solaire, et aujourd’hui le djihad. Il n’y aurait pas toutes ces victimes si, chez nous, tant de personnes soi-disant éclairées n’avaient pas jeté l’évangile aux oubliettes pour s’intéresser en priorité au cours de l’aluminium ou aux mille façons de s’enrichir sans fatigue!?!
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| Chappatte |
Je sais, ça n’est pas facile. Mais nos contemporains déboussolés ont besoin de modèles -pas modèles au sens d’exemple parfait, bien sûr, mais au sens de référence, d’exemple parmi d’autres. Nos contemporains ont besoin de voir, de sentir (j’ai presque envie de dire de humer, de palper) des chrétiens authentiques, que leur espérance transforme, rende plus légers, plus souriants, plus chaleureux, et moins suffisants. Bref, des antidotes à cette morose course au fric qui n’amuse que la toute petite minorité qui gagne à ce jeu-là!
Il est ici, l’enjeu pour nous, en ce début de siècle; la mission qui nous est proposée pour cette année, et les suivantes! Que les disciples du Christ deviennent plus visibles, plus colorés, plus joyeux! “Un chrétien triste, a-t-on dit, est un triste chrétien”!
Si l’Eglise passe à côté de cette mission-là, j’ai bien peur que ce ne soit une dé-mission!
Savons-nous encore défendre nos valeurs? Pas les armes à la main, évidemment, mais savons-nous encore nous enthousiasmer pour nos valeurs spirituelles, et, du coup, contribuer à enthousiasmer les autres?
Dans 24 Heures d’hier, un psychiatre qui a beaucoup travaillé sur cette question du bonheur dit des choses qu’on pourrait croire tirées de l’évangile: “les résultats de notre étude montrent que le secret du bonheur (...) ne réside pas dans un compte en banque ou un statut social, mais dans le succès de nos relations affectives, dans la qualité des contacts que l’on entretient avec les autres”. Le bonheur vient aussi du “sentiment que l’on mène une vie qui a du sens”. (1)
Depuis dix jours, nous vivons le temps du Carême, de la Passion. Seriez-vous d’accord de faire un essai? Non pas prendre le sac et la cendre pour nous rabaisser, bien sûr, mais plutôt nous alléger. Elaguer dans notre vie ce qui nous sépare de l’appel de l’évangile. Faire des choix, pour que notre quotidien se débarrasse des valeurs matérielles qui entravent notre mission. Peut-être acheter moins, et vivre plus proches des autres. Cultiver nos relations, nos affections, nos amours... Laisser davantage de place à nos richesses humaines: tendresse, patience, accueil... sourire et paix... Laisser davantage de place, aussi, à la nature et aux trésors qu’elle offre à nos yeux, à nos oreilles, à nos odorats (c’est bientôt le printemps!).
Donc non pas nous priver, mais bien au contraire: nous combler de ce qui nous rend heureux!
D’accord? Allez, je vous fais un prix: un modeste bonheur du Bon Dieu, à l’essai pendant 40 jours. Bien sûr, c’est gratuit! Amen
Jean-Jacques Corbaz
(1) Dr Théodore Hovaguimian, 24 Heures des 24-25 février 2018, p. 24
samedi 24 février 2018
jeudi 22 février 2018
(Ci, Ré) Christ ne nous offre pas le ciel
Guilhem Lavignotte
"Le Christ ne nous offre pas le ciel, il nous offre le salut. Le salut c’est être délivré de tous ses enfermements pour toujours progresser dans la vie avec le Christ comme dans un cœur à cœur pour voir avec ses yeux, toucher avec ses mains, entendre avec ses oreilles.
C’est cela le salut qu’il nous offre comme il était au commencement, comme il est et comme il sera pour les siècles des siècles. Le Christ ça n’est pas un paradis ou un ciel à gagner. Son salut est une liberté qu’il nous offre dès à présent et qui ne finit pas. Mais vous pouvez l’appeler le ciel si vous voulez, mais sachez que ce ciel commence ici et qu’il est déjà offert."
"Le Christ ne nous offre pas le ciel, il nous offre le salut. Le salut c’est être délivré de tous ses enfermements pour toujours progresser dans la vie avec le Christ comme dans un cœur à cœur pour voir avec ses yeux, toucher avec ses mains, entendre avec ses oreilles.
C’est cela le salut qu’il nous offre comme il était au commencement, comme il est et comme il sera pour les siècles des siècles. Le Christ ça n’est pas un paradis ou un ciel à gagner. Son salut est une liberté qu’il nous offre dès à présent et qui ne finit pas. Mais vous pouvez l’appeler le ciel si vous voulez, mais sachez que ce ciel commence ici et qu’il est déjà offert."
dimanche 4 février 2018
(Pr, Hu) Entre Dieu et le rire, quel rapport?
Prédication du 4 février 18, Ollon, 10h «Dieu et humour?!»
Lectures: Psaume 2, 1-4; Jean 9, 24-40; 1 Corinthiens 1, 27-29
Le philosophe grec Aristote disait ”le rire est le propre de l’homme”. On peut en conclure avec un clin d’oeil que le rire n’est pas sale! Voire peut-être qu’il nous nettoie! Qu’il purifie l’esprit, et l’âme!
Blague à part, Aristote voulait souligner que le rire (ou, de manière plus générale, l’humour) est un élément essentiel pour le genre humain. Mais serait-il essentiel aussi pour les questions dernières que nous nous posons, celles sur le sens de la vie, celles sur notre finalité humaine? Autrement dit, les questions spirituelles, au sens religieux du terme, ont-elles quelque chose en commun avec les traits d’esprit, les réparties spirituelles, au sens humoristique cette fois?
Le fait que ce soit le même mot pour les deux domaines indique en tout cas un lien!

Première piste de réponse: le recul. Trop souvent, l’être humain prend les choses au premier degré. Il subit les évènements le nez dans le guidon, sans beaucoup réfléchir à ce qui donne à sa vie un sens, une direction, une vérité profonde. L’humour peut souvent permettre ce recul indispensable; il peut nous proposer une échelle des valeurs qui redonne une juste proportion aux malheurs de l’existence ou à ce qui nous fait peur, notamment. C’est ce qu’enseignait déjà Confucius: “Celui qui ne parvient pas à regarder la réalité de loin, eh bien il verra les ennuis de près!”
Les humoristes d’aujourd’hui, les clowns, les comédiens utilisent abondamment ce ressort. On pourrait citer presque toute l’oeuvre de Fernand Raynaud, par exemple. Vous vous souvenez de cet étranger qui avait été chassé parce qu’il “venait manger le pain des Français”. Depuis son départ, pourtant, au village “on n’a plus de pain du tout: car il était boulanger”!
En prenant ainsi à rebrousse-poil nos manies, nos préjugés, les humoristes montrent le décalage entre nos vies et ce qu’elles pourraient être (ou devraient être). Par surprise, ils nous interrogent sur nos vraies valeurs, et sur ce qu’elles changent ou non, sur nos actes. Pour moi, c’est une démarche hautement spirituelle, Devos ou Raynaud ont été d’excellents moralistes.
Citons encore ce mot du cinéaste Woody Allen, passé maître dans de tels décalages comiques entre les problèmes de fond et les soucis de surface: “Le doute me ronge: et si tout n’était qu’illusion? Et si rien n’existait? Dans ce cas, j’aurais payé ma moquette beaucoup trop cher!”
Deuxième piste: l’humour peut même aller jusqu’à poser la question de Dieu; ouvrir à la foi.
Cette affirmation étonne certains, qui pensent que le comique se moque du sacré, et que la religion est quelque chose de sérieux. C’est ce que devait se dire cette dame qui achetait de la lecture pour une amie hospitalisée. La libraire lui demande si elle envisage un livre religieux; l’autre lui répond: “Oh mon Dieu non! Elle va déjà beaucoup mieux!”
Pour moi, le rire nous rappelle nos limites, nos impossibilités. Donc il nous redit qu’il y a, dans la foi, cette instance supérieure, Dieu, qui dépasse, qui transcende nos épaisseurs humaines, et qui nous promet de nous recréer à neuf, ressuscités, dans un monde de perfection cette fois, lorsque nous verrons face à face!
C’est au fond toute la collision entre le fini et l’infini qui se joue dans l’humour; la collision entre la perfection et l’imperfection. J’aime ainsi ce sketch de Raymond Devos où il renverse le slogan “Dieu existe, je l’ai rencontré”. L’humoriste raconte qu’il a vu le Seigneur alors que ce dernier était en plein doute: dans son église, Dieu ne voyait plus personne, et il en arrivait à douter de l’existence de l’homme! Apercevant Devos, le Créateur s’écrie: “Oh, miracle! Une humaine apparition!” Puis il remonte au ciel tout heureux pour y annoncer: “L’homme existe, je l’ai rencontré”!
Troisième piste: l’humour met en question nos idées toutes faites dans le domaine religieux aussi! Nous oublions trop souvent qu’on ne possède jamais la vérité, que c’est elle qui nous éclaire. Dans la foi, rien n’est jamais acquis: on n’est jamais chrétien, on le devient toujours, disait Kierkegaard.
L’humour peut donc mettre le doigt sur nos faux sérieux qui nous éloignent du Christ, lui qui “n’avait pas de lieu où reposer sa tête”. Il rappelle que la foi doit constamment lutter contre les fausses évidences, les dogmes sclérosés, les banalités qu’on récite... C’est ce qu’a découvert ce pasteur qui parlait avec un paysan des récoltes, terriblement maigres cette année-là. “Il faut prier, mon cher!” disait le ministre. Et l’autre de rétorquer: “La prière ne sert à rien. C’est du fumier, ici, qu’il faudrait!”
Quatrième chapitre: l’humour est tout spécialement utile lorsque c’est l’Eglise elle-même qui se prend trop au sérieux! Quand la foi devient une institution, souvenons-nous que cette institution est humaine et imparfaite! Le rire est un bon antidote contre le cléricalisme, ou quand l’Eglise se prend pour son propre but, à l’image des pharisiens dans l’évangile de Jean.
C’est comme une fois y avait Ouin-Ouin qui se fait “attraper” par le pasteur, parce qu’il ne l’a plus revu au culte depuis... oh, bien longtemps. “Monsieur Ouin-Ouin, vous ne croyez donc plus en Dieu?” “Ben, le Dieu du ciel que oui, répond l’autre. Mais c’est son personnel au sol qui ne m’inspire plus trop confiance”! ... C’est vrai, et c’est bien dit. Nous, le “personnel au sol”, pouvons faire obstacle à la foi. Et nous avons besoin de cet humour-là pour nous le rappeler.
Un pasteur et un chauffeur de taxi arrivent en même temps devant la porte du paradis. Or, le ministre est envoyé au purgatoire, tandis que l’autre est directement accueilli au Ciel. Le pasteur rouspète, bien sûr, mais il s’entend répondre: “Tu sais, il a plus de mérite que toi! Quand tu prêchais, les gens dormaient. Mais quand lui les conduisait, eh bien, ils... priaient”!”
Cinquième et dernière piste (et c’est une piste d’envol plutôt qu’une piste d’atterrissage)! Je lis dans la Bible que Dieu lui-même a de l’humour. Par la manière dont il échappe à nos mainmises, à nos tentatives de le mettre de notre côté. Dieu se rit de nos prétentions humaines, dit le Psaume 2. Il transcende, il dépasse toujours nos définitions, nos lois terrestres, nos récupérations de sa sainteté.
C’est un pasteur qui voit avec colère qu’on lui vole des raisins de sa treille, pendant la nuit. Alors, il y met un panneau où il écrit: “Dieu voit tout”. Le lendemain, les dernières grappes ont disparu; et une main anonyme a rajouté sur la pancarte: “Dieu voit tout... mais il ne dénonce pas!!”
Dieu n’est pas le gardien de notre morale, il échappe à nos emprises. C’est nous qui sommes appelés à entrer dans sa vérité, qui toujours dépasse les nôtres de plusieurs kilomètres!
Voilà quelques réflexions que j’avais envie de partager avec vous, ce matin, sur le rire dans sa relation avec Dieu. Bien sûr, il ne s’agit pas de “sanctifier” n’importe quel humour. Il y a des comiques tellement peu spirituels! Mais je me demande si l’humour, dans son ouverture à l’inattendu, n’est pas l’un des véhicules privilégiés de la liberté de Dieu, et de celle du chrétien. Liberté qui, vous le savez, est un fruit éminent du Saint-Esprit. Car “là où est l’esprit du Seigneur, écrit Paul, là est la liberté”. Amen
Jean-Jacques Corbaz
Lectures: Psaume 2, 1-4; Jean 9, 24-40; 1 Corinthiens 1, 27-29
Le philosophe grec Aristote disait ”le rire est le propre de l’homme”. On peut en conclure avec un clin d’oeil que le rire n’est pas sale! Voire peut-être qu’il nous nettoie! Qu’il purifie l’esprit, et l’âme!Blague à part, Aristote voulait souligner que le rire (ou, de manière plus générale, l’humour) est un élément essentiel pour le genre humain. Mais serait-il essentiel aussi pour les questions dernières que nous nous posons, celles sur le sens de la vie, celles sur notre finalité humaine? Autrement dit, les questions spirituelles, au sens religieux du terme, ont-elles quelque chose en commun avec les traits d’esprit, les réparties spirituelles, au sens humoristique cette fois?
Le fait que ce soit le même mot pour les deux domaines indique en tout cas un lien!

Première piste de réponse: le recul. Trop souvent, l’être humain prend les choses au premier degré. Il subit les évènements le nez dans le guidon, sans beaucoup réfléchir à ce qui donne à sa vie un sens, une direction, une vérité profonde. L’humour peut souvent permettre ce recul indispensable; il peut nous proposer une échelle des valeurs qui redonne une juste proportion aux malheurs de l’existence ou à ce qui nous fait peur, notamment. C’est ce qu’enseignait déjà Confucius: “Celui qui ne parvient pas à regarder la réalité de loin, eh bien il verra les ennuis de près!”
Les humoristes d’aujourd’hui, les clowns, les comédiens utilisent abondamment ce ressort. On pourrait citer presque toute l’oeuvre de Fernand Raynaud, par exemple. Vous vous souvenez de cet étranger qui avait été chassé parce qu’il “venait manger le pain des Français”. Depuis son départ, pourtant, au village “on n’a plus de pain du tout: car il était boulanger”!
En prenant ainsi à rebrousse-poil nos manies, nos préjugés, les humoristes montrent le décalage entre nos vies et ce qu’elles pourraient être (ou devraient être). Par surprise, ils nous interrogent sur nos vraies valeurs, et sur ce qu’elles changent ou non, sur nos actes. Pour moi, c’est une démarche hautement spirituelle, Devos ou Raynaud ont été d’excellents moralistes.
Citons encore ce mot du cinéaste Woody Allen, passé maître dans de tels décalages comiques entre les problèmes de fond et les soucis de surface: “Le doute me ronge: et si tout n’était qu’illusion? Et si rien n’existait? Dans ce cas, j’aurais payé ma moquette beaucoup trop cher!”
Deuxième piste: l’humour peut même aller jusqu’à poser la question de Dieu; ouvrir à la foi.
Cette affirmation étonne certains, qui pensent que le comique se moque du sacré, et que la religion est quelque chose de sérieux. C’est ce que devait se dire cette dame qui achetait de la lecture pour une amie hospitalisée. La libraire lui demande si elle envisage un livre religieux; l’autre lui répond: “Oh mon Dieu non! Elle va déjà beaucoup mieux!”
Pour moi, le rire nous rappelle nos limites, nos impossibilités. Donc il nous redit qu’il y a, dans la foi, cette instance supérieure, Dieu, qui dépasse, qui transcende nos épaisseurs humaines, et qui nous promet de nous recréer à neuf, ressuscités, dans un monde de perfection cette fois, lorsque nous verrons face à face!
C’est au fond toute la collision entre le fini et l’infini qui se joue dans l’humour; la collision entre la perfection et l’imperfection. J’aime ainsi ce sketch de Raymond Devos où il renverse le slogan “Dieu existe, je l’ai rencontré”. L’humoriste raconte qu’il a vu le Seigneur alors que ce dernier était en plein doute: dans son église, Dieu ne voyait plus personne, et il en arrivait à douter de l’existence de l’homme! Apercevant Devos, le Créateur s’écrie: “Oh, miracle! Une humaine apparition!” Puis il remonte au ciel tout heureux pour y annoncer: “L’homme existe, je l’ai rencontré”!
Troisième piste: l’humour met en question nos idées toutes faites dans le domaine religieux aussi! Nous oublions trop souvent qu’on ne possède jamais la vérité, que c’est elle qui nous éclaire. Dans la foi, rien n’est jamais acquis: on n’est jamais chrétien, on le devient toujours, disait Kierkegaard.
L’humour peut donc mettre le doigt sur nos faux sérieux qui nous éloignent du Christ, lui qui “n’avait pas de lieu où reposer sa tête”. Il rappelle que la foi doit constamment lutter contre les fausses évidences, les dogmes sclérosés, les banalités qu’on récite... C’est ce qu’a découvert ce pasteur qui parlait avec un paysan des récoltes, terriblement maigres cette année-là. “Il faut prier, mon cher!” disait le ministre. Et l’autre de rétorquer: “La prière ne sert à rien. C’est du fumier, ici, qu’il faudrait!”
Quatrième chapitre: l’humour est tout spécialement utile lorsque c’est l’Eglise elle-même qui se prend trop au sérieux! Quand la foi devient une institution, souvenons-nous que cette institution est humaine et imparfaite! Le rire est un bon antidote contre le cléricalisme, ou quand l’Eglise se prend pour son propre but, à l’image des pharisiens dans l’évangile de Jean.
C’est comme une fois y avait Ouin-Ouin qui se fait “attraper” par le pasteur, parce qu’il ne l’a plus revu au culte depuis... oh, bien longtemps. “Monsieur Ouin-Ouin, vous ne croyez donc plus en Dieu?” “Ben, le Dieu du ciel que oui, répond l’autre. Mais c’est son personnel au sol qui ne m’inspire plus trop confiance”! ... C’est vrai, et c’est bien dit. Nous, le “personnel au sol”, pouvons faire obstacle à la foi. Et nous avons besoin de cet humour-là pour nous le rappeler.
Un pasteur et un chauffeur de taxi arrivent en même temps devant la porte du paradis. Or, le ministre est envoyé au purgatoire, tandis que l’autre est directement accueilli au Ciel. Le pasteur rouspète, bien sûr, mais il s’entend répondre: “Tu sais, il a plus de mérite que toi! Quand tu prêchais, les gens dormaient. Mais quand lui les conduisait, eh bien, ils... priaient”!”
Cinquième et dernière piste (et c’est une piste d’envol plutôt qu’une piste d’atterrissage)! Je lis dans la Bible que Dieu lui-même a de l’humour. Par la manière dont il échappe à nos mainmises, à nos tentatives de le mettre de notre côté. Dieu se rit de nos prétentions humaines, dit le Psaume 2. Il transcende, il dépasse toujours nos définitions, nos lois terrestres, nos récupérations de sa sainteté.
C’est un pasteur qui voit avec colère qu’on lui vole des raisins de sa treille, pendant la nuit. Alors, il y met un panneau où il écrit: “Dieu voit tout”. Le lendemain, les dernières grappes ont disparu; et une main anonyme a rajouté sur la pancarte: “Dieu voit tout... mais il ne dénonce pas!!”
Dieu n’est pas le gardien de notre morale, il échappe à nos emprises. C’est nous qui sommes appelés à entrer dans sa vérité, qui toujours dépasse les nôtres de plusieurs kilomètres!
Voilà quelques réflexions que j’avais envie de partager avec vous, ce matin, sur le rire dans sa relation avec Dieu. Bien sûr, il ne s’agit pas de “sanctifier” n’importe quel humour. Il y a des comiques tellement peu spirituels! Mais je me demande si l’humour, dans son ouverture à l’inattendu, n’est pas l’un des véhicules privilégiés de la liberté de Dieu, et de celle du chrétien. Liberté qui, vous le savez, est un fruit éminent du Saint-Esprit. Car “là où est l’esprit du Seigneur, écrit Paul, là est la liberté”. Amen
Jean-Jacques Corbaz
dimanche 31 décembre 2017
(Pr) La relation entre Dieu et nos années
Prédication du 31 décembre 17, «Le temps de Dieu...»
Lectures: Apocalypse 1, 4-8; Luc 13, 6-9; Genèse 1, 14-19
Je vais sans doute vous étonner: l’année qui vient, 2018, vous allez voir Dieu! Oui, en 2018, vous allez voir Dieu!
Rassurez-vous, je ne me suis pas converti à l’une de ces sectes braquées sur la fin du monde. Je n’ai pas non plus reçu une révélation prophétique extraordinaire! Vous allez voir Dieu parce que ça fait partie de sa nature, ça fait partie de sa façon d’être. Je vais m’expliquer.
Beaucoup de chrétiens pensent que, pour Dieu, le temps n’a aucune importance. N’est-il pas l’Eternel, l’Infini, celui qui traverse les siècles sans jamais vieillir? Pour bien des gens, la vocation humaine serait justement d’essayer d’échapper aux limites d’ici-bas pour rejoindre le monde éternel de l’au-delà. Le but de la religion serait de nous faire accéder au royaume divin, là où tout est lumière et paix, au-dessus de cette terre de souffrances.
Cette perspective, cette idée est très importante dans les religions orientales, surtout pour le bouddhisme: quitter ce temps, cette terre pour s’élever et rejoindre Dieu.
Et aujourd’hui, dans une société où les incertitudes se font durement ressentir, et les bouleversements, et le manque d’espoirs concrets, on comprend que beaucoup de gens sont fascinés par cette recherche d’un monde immuable et sûr, au-delà des pénibles réalités.
Pourtant, la Bible nous dit des choses différentes, et à mon goût plus stimulantes! Pour elle, Dieu est au-dessus du temps, c’est sûr: “devant lui, mille ans sont comme un jour”. Mais il n’est pas un Être Suprême figé dans son éternité et sa divinité: il bouge, il se déplace!
L’Apocalypse insiste beaucoup sur ce mouvement: elle décrit Dieu comme “celui qui est, qui était et qui vient”. Formule géniale! “Celui qui est, qui était et qui vient”, c’est-à-dire celui qui dépasse les catégories du temps, celui qui ne se laisse enfermer dans aucune époque; et celui qui bouge vers nous!
Dieu n’est pas hors du temps, comme dans les religions orientales. Au contraire, le temps, notre temps, n’est pas étranger à Dieu, pas plus que l’espace! Dès la première page de la Bible, le Créateur s’inscrit dans nos mesures humaines de temps: “Que la lumière soit - et la lumière fut... Il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le premier jour”.
Cette évocation des débuts du monde est une manière imagée de proclamer ceci: le temps n’est pas une fatalité mauvaise, dont il faudrait sortir. Mais c’est un cadre dans lequel Dieu inscrit volontairement sa création.
Vous savez peut-être que la Genèse s’inspire beaucoup des récits des origines venus des autres religions du Proche-Orient. Or, aucune de ces autres religions ne décrit les débuts de l’univers dans un tel cadre de journées. C’est bien une originalité de l’Ancien Testament que de valoriser le temps de cette manière!
Pour la Genèse, chaque jour qui passe, aujourd’hui encore, est un jour où Dieu crée, un jour que Dieu habite, puisque la vie continue de jaillir, autour de nous, et à travers nous. La création n’est pas finie, elle se prolonge dans notre temps, ici-même!
On remarquera encore que la Genèse situe au quatrième “jour” la création des astres: soleil, lune et étoiles. Ils ont deux rôles: celui d’éclairer la terre jour et nuit; mais d’abord celui de servir de “signes pour les fêtes, pour les jours et pour les années” dit la Bible. Alors que les religions voisines, par exemple à Babylone, les adoraient comme des divinités, les astres pour l’Ancien Testament sont les marques du temps, créés par Dieu. Des repères pour nos calendriers.
Le temps est donc un cadeau du Créateur. Mais un cadeau où il s’est emballé lui-même, si j’ose dire! Emballé dans les deux sens du terme! Emballé au sens où il s’y est placé, volontairement; il s’y est inscrit. Et emballé au sens où il le fait avec enthousiasme! Dieu s’emballe pour nous, dans sa passion pour l’humanité, cette humanité pourtant si mal foutue!
Autrement dit, Dieu s’engage dans notre temps, afin de faire alliance avec nous. Depuis le fameux récit de l’arc-en-ciel, au sortir du Déluge, jusqu’à Jésus-Christ, en passant par Abraham, Moïse, Jérémie et tous les autres, Dieu travaille dans notre temps. Il le fait pour y semer des graines de bonheur et de paix.
L’histoire où nous vivons n’est donc ni vouée à la perdition, ni livrée au hasard. Elle a un but. Dans notre histoire, Dieu intervient régulièrement, il agit lui-même à travers tous les évènements où les auteurs bibliques ont reconnu la main de leur Seigneur.
Et bien sûr, vous l’avez déjà pensé, ces interventions de Dieu culminent dans l’évènement que nous avons célébré il y a une semaine, la venue de Jésus, en qui les apôtres ont discerné la venue de Dieu lui-même! Epiphanie! Révélation!
Depuis Noël -comment pouvons-nous en douter?-, le salut du monde ne se joue pas en-dehors du temps, mais à l’intérieur de notre histoire, à l’intérieur de notre monde: dans le temps. Et l’évangile va insister là-dessus: Jésus est né “alors que Quirinius était gouverneur de Syrie”; puis “il a souffert sous Ponce Pilate”. C’est dans un temps bien précis, concret, que tout a basculé en faveur de notre salut. Comme l’a chanté Jo Akepsimas: “Jésus était bien de son temps, et c’est pour ça qu’il est du nôtre”.
Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui encore, le Christ nous sert de repère pour compter les années. Quand on dit “2018”, est-ce que nous réalisons que nous prenons comme axe de notre temps le point culminant de l’action de Dieu dans notre histoire? Est-ce que nous réalisons encore qu’ainsi, nous décrivons la succession des années non pas comme un éternel recommencement, à l’image des religions hindoues par exemple, mais comme un mouvement qui part d’un début et qui va vers une fin? “Au commencement, Dieu créa...”. Le temps ne tourne pas en rond, Dieu y travaille! Et il voudrait nous y faire travailler avec lui!
Mais attention! N’allez pas en déduire que l’humanité avance sans cesse, en progressant constamment. On est bien revenu de cette théorie moderniste. Il suffit d’ailleurs de regarder comment va notre terre!
Non, l’histoire du monde, selon la Bible, elle est plutôt décrite comme une succession de crises où se manifestent à la fois l’orgueil humain et la ténacité de la fidélité de Dieu! Chaque jour, chaque année sont des invitations à renverser le premier, l’orgueil, pour faire mieux place au second, le projet de Dieu.
Le temps est donc précieux, il nous est donné comme une matière première à transformer, ou un terrain à cultiver. Rien n’est moins biblique que de chercher à “tuer le temps” ou à le fuir. Au contraire, mettez-le à profit, inscrivez votre temps dans celui de Dieu! Le temps du travail; celui des loisirs; celui du repos; celui dédié à la famille ou aux amis: le temps qui nous est donné est une chance: faites-y fleurir l’espérance, la solidarité, la paix qui viennent de Dieu!
Et même si vous n’y parvenez pas, ne craignez rien. Dieu connaît nos limites. Souvenez-vous de la parabole du figuier, lui qui n’avait donné aucun fruit en trois ans. Le vigneron, c’est-à-dire le Christ, insiste pour lui offrir encore une chance. Il sait que nous avons besoin de beaucoup de temps. Et il nous le donne. Il nous le donne.
Je disais tout-à-l’heure que vous allez voir Dieu, l’année prochaine. Vous avez peut-être compris en cours de route que Dieu est dans notre temps; et que nous l’y verrons, si nous savons le regarder! Que Dieu travaille dans notre temps, et que nous l’y verrons, si nous retroussons nos manches à ses côtés! En disant “2018”, déjà nous disons que Dieu y est venu, dans notre histoire, en Jésus. Espérons que le “politiquement correct” n’en arrive pas à bannir cette référence au Christ!
À la veille de cette année, j’ai envie de terminer par un voeu. Celui-ci: que notre temps, celui de l’action et celui de la prière, celui de la fête et celui de la souffrance, celui de l’amour... que les temps et les moments qui se succéderont pour nous cette année deviennent mieux un antidote efficace contre le découragement; contre l’égoïsme et la peur! Un ferment d’espérance! Un champ où puissent éclore les fleurs colorées de l’amour de Dieu. Amen.
Jean-Jacques Corbaz
Lectures: Apocalypse 1, 4-8; Luc 13, 6-9; Genèse 1, 14-19
Je vais sans doute vous étonner: l’année qui vient, 2018, vous allez voir Dieu! Oui, en 2018, vous allez voir Dieu!
Rassurez-vous, je ne me suis pas converti à l’une de ces sectes braquées sur la fin du monde. Je n’ai pas non plus reçu une révélation prophétique extraordinaire! Vous allez voir Dieu parce que ça fait partie de sa nature, ça fait partie de sa façon d’être. Je vais m’expliquer.
Beaucoup de chrétiens pensent que, pour Dieu, le temps n’a aucune importance. N’est-il pas l’Eternel, l’Infini, celui qui traverse les siècles sans jamais vieillir? Pour bien des gens, la vocation humaine serait justement d’essayer d’échapper aux limites d’ici-bas pour rejoindre le monde éternel de l’au-delà. Le but de la religion serait de nous faire accéder au royaume divin, là où tout est lumière et paix, au-dessus de cette terre de souffrances.
Cette perspective, cette idée est très importante dans les religions orientales, surtout pour le bouddhisme: quitter ce temps, cette terre pour s’élever et rejoindre Dieu.
Et aujourd’hui, dans une société où les incertitudes se font durement ressentir, et les bouleversements, et le manque d’espoirs concrets, on comprend que beaucoup de gens sont fascinés par cette recherche d’un monde immuable et sûr, au-delà des pénibles réalités.
Pourtant, la Bible nous dit des choses différentes, et à mon goût plus stimulantes! Pour elle, Dieu est au-dessus du temps, c’est sûr: “devant lui, mille ans sont comme un jour”. Mais il n’est pas un Être Suprême figé dans son éternité et sa divinité: il bouge, il se déplace!
L’Apocalypse insiste beaucoup sur ce mouvement: elle décrit Dieu comme “celui qui est, qui était et qui vient”. Formule géniale! “Celui qui est, qui était et qui vient”, c’est-à-dire celui qui dépasse les catégories du temps, celui qui ne se laisse enfermer dans aucune époque; et celui qui bouge vers nous!
Dieu n’est pas hors du temps, comme dans les religions orientales. Au contraire, le temps, notre temps, n’est pas étranger à Dieu, pas plus que l’espace! Dès la première page de la Bible, le Créateur s’inscrit dans nos mesures humaines de temps: “Que la lumière soit - et la lumière fut... Il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le premier jour”.
Cette évocation des débuts du monde est une manière imagée de proclamer ceci: le temps n’est pas une fatalité mauvaise, dont il faudrait sortir. Mais c’est un cadre dans lequel Dieu inscrit volontairement sa création.
Vous savez peut-être que la Genèse s’inspire beaucoup des récits des origines venus des autres religions du Proche-Orient. Or, aucune de ces autres religions ne décrit les débuts de l’univers dans un tel cadre de journées. C’est bien une originalité de l’Ancien Testament que de valoriser le temps de cette manière!
Pour la Genèse, chaque jour qui passe, aujourd’hui encore, est un jour où Dieu crée, un jour que Dieu habite, puisque la vie continue de jaillir, autour de nous, et à travers nous. La création n’est pas finie, elle se prolonge dans notre temps, ici-même!
On remarquera encore que la Genèse situe au quatrième “jour” la création des astres: soleil, lune et étoiles. Ils ont deux rôles: celui d’éclairer la terre jour et nuit; mais d’abord celui de servir de “signes pour les fêtes, pour les jours et pour les années” dit la Bible. Alors que les religions voisines, par exemple à Babylone, les adoraient comme des divinités, les astres pour l’Ancien Testament sont les marques du temps, créés par Dieu. Des repères pour nos calendriers.
Le temps est donc un cadeau du Créateur. Mais un cadeau où il s’est emballé lui-même, si j’ose dire! Emballé dans les deux sens du terme! Emballé au sens où il s’y est placé, volontairement; il s’y est inscrit. Et emballé au sens où il le fait avec enthousiasme! Dieu s’emballe pour nous, dans sa passion pour l’humanité, cette humanité pourtant si mal foutue!
Autrement dit, Dieu s’engage dans notre temps, afin de faire alliance avec nous. Depuis le fameux récit de l’arc-en-ciel, au sortir du Déluge, jusqu’à Jésus-Christ, en passant par Abraham, Moïse, Jérémie et tous les autres, Dieu travaille dans notre temps. Il le fait pour y semer des graines de bonheur et de paix.
L’histoire où nous vivons n’est donc ni vouée à la perdition, ni livrée au hasard. Elle a un but. Dans notre histoire, Dieu intervient régulièrement, il agit lui-même à travers tous les évènements où les auteurs bibliques ont reconnu la main de leur Seigneur.
Et bien sûr, vous l’avez déjà pensé, ces interventions de Dieu culminent dans l’évènement que nous avons célébré il y a une semaine, la venue de Jésus, en qui les apôtres ont discerné la venue de Dieu lui-même! Epiphanie! Révélation!
Depuis Noël -comment pouvons-nous en douter?-, le salut du monde ne se joue pas en-dehors du temps, mais à l’intérieur de notre histoire, à l’intérieur de notre monde: dans le temps. Et l’évangile va insister là-dessus: Jésus est né “alors que Quirinius était gouverneur de Syrie”; puis “il a souffert sous Ponce Pilate”. C’est dans un temps bien précis, concret, que tout a basculé en faveur de notre salut. Comme l’a chanté Jo Akepsimas: “Jésus était bien de son temps, et c’est pour ça qu’il est du nôtre”.
Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui encore, le Christ nous sert de repère pour compter les années. Quand on dit “2018”, est-ce que nous réalisons que nous prenons comme axe de notre temps le point culminant de l’action de Dieu dans notre histoire? Est-ce que nous réalisons encore qu’ainsi, nous décrivons la succession des années non pas comme un éternel recommencement, à l’image des religions hindoues par exemple, mais comme un mouvement qui part d’un début et qui va vers une fin? “Au commencement, Dieu créa...”. Le temps ne tourne pas en rond, Dieu y travaille! Et il voudrait nous y faire travailler avec lui!
Mais attention! N’allez pas en déduire que l’humanité avance sans cesse, en progressant constamment. On est bien revenu de cette théorie moderniste. Il suffit d’ailleurs de regarder comment va notre terre!
Non, l’histoire du monde, selon la Bible, elle est plutôt décrite comme une succession de crises où se manifestent à la fois l’orgueil humain et la ténacité de la fidélité de Dieu! Chaque jour, chaque année sont des invitations à renverser le premier, l’orgueil, pour faire mieux place au second, le projet de Dieu.
Le temps est donc précieux, il nous est donné comme une matière première à transformer, ou un terrain à cultiver. Rien n’est moins biblique que de chercher à “tuer le temps” ou à le fuir. Au contraire, mettez-le à profit, inscrivez votre temps dans celui de Dieu! Le temps du travail; celui des loisirs; celui du repos; celui dédié à la famille ou aux amis: le temps qui nous est donné est une chance: faites-y fleurir l’espérance, la solidarité, la paix qui viennent de Dieu!
Et même si vous n’y parvenez pas, ne craignez rien. Dieu connaît nos limites. Souvenez-vous de la parabole du figuier, lui qui n’avait donné aucun fruit en trois ans. Le vigneron, c’est-à-dire le Christ, insiste pour lui offrir encore une chance. Il sait que nous avons besoin de beaucoup de temps. Et il nous le donne. Il nous le donne.
Je disais tout-à-l’heure que vous allez voir Dieu, l’année prochaine. Vous avez peut-être compris en cours de route que Dieu est dans notre temps; et que nous l’y verrons, si nous savons le regarder! Que Dieu travaille dans notre temps, et que nous l’y verrons, si nous retroussons nos manches à ses côtés! En disant “2018”, déjà nous disons que Dieu y est venu, dans notre histoire, en Jésus. Espérons que le “politiquement correct” n’en arrive pas à bannir cette référence au Christ!
À la veille de cette année, j’ai envie de terminer par un voeu. Celui-ci: que notre temps, celui de l’action et celui de la prière, celui de la fête et celui de la souffrance, celui de l’amour... que les temps et les moments qui se succéderont pour nous cette année deviennent mieux un antidote efficace contre le découragement; contre l’égoïsme et la peur! Un ferment d’espérance! Un champ où puissent éclore les fleurs colorées de l’amour de Dieu. Amen.
Jean-Jacques Corbaz
mardi 26 décembre 2017
(Co, Pr) Le Noël d’Ahmed
Culte d’Ollon, le 25 décembre 2017
Lectures : Luc 2, 1-20; Esaïe 2, 2-5
C’est l’histoire d’un jeune homme appelé Vincent. Vincent fait partie d’une caravane qui traverse le Sahara, au mois de décembre. Avec ses compagnons, il avance lentement, au pas tranquille des chameaux lourdement chargés, dans le désert rempli de lumière et de soleil.
Jour après jour, il ne se passe presque rien: le matin, le guide réveille la caravane en chantant ses prières... Tous boivent leur café puis se remettent en selle. Et après, le temps passe à regarder l’horizon, le sable et les dunes, le vide et... le silence...
Parfois, un chameau trébuche, ou bien une gourde tinte. Ou encore, le guide se met à chanter d’une voix chaude et sereine, et le désert devient plus lumineux encore.
Le soir, le camp s’organise. L’un fait le pain, un autre le feu. La nuit tombe; et, dans l’obscurité, les caravaniers contemplent les étincelles danser au-dessus des flammes et s’en aller rejoindre les étoiles.
Mais un jour, Vincent et ses compagnons reçoivent une visite. Imprévue. C’est un jeune garçon qui porte un long vêtement très ample et un turban enroulé sur le visage; ça lui donne un air de profond mystère. On ne lui voit que les yeux, immenses.
Le jeune garçon tend une théière vide à Vincent, pour demander de l’eau. Puis, satisfait, il s’assied sans un mot.
Le lendemain, quand la caravane repart, il prend la route avec eux. Il marche sur la piste au même rythme lent que les chameaux. Et cela tous les jours suivants aussi. Au bout d’une semaine, Vincent apprend qu’il s’appelle Ahmed, et peu à peu ils deviennent presque amis.
Ahmed est chamelier. Il va chercher trois dromadaires dans un village, au-delà du désert. Avant de rencontrer la caravane, il se déplaçait seul, avec son bâton, sa gourde et sa théière.
Chaque jour, il apprend quelque chose à Vincent: il lui enseigne à distinguer les dunes, à repérer la piste quand elle se perd dans le sable; il lui montre comment reconnaître de loin les arbustes dont il cueille les branches pour les sucer. Les caravaniers appellent ces plantes les “arbres-brosses-à-dents”.
Ahmed apprend aussi à Vincent à verser le thé le plus haut possible sans en renverser une goutte... A deviner les points d’eau si utiles, puisque le précieux liquide est rare. Et que sans lui, on est perdu.
Ce jeune garçon qui n’a rien, c’est lui qui sait tout. Il apprend à ses nouveaux amis simplement à regarder.
Mais, le soir du 24 décembre, c’est à Vincent d’apprendre quelque chose à Ahmed. Il lui raconte l’histoire de Noël. La naissance de Jésus... La fête à l’église... Les sapins qu’on décore... Les bougies, qui sentent si bon... Les cadeaux dans la cheminée... Le Père Noël... Les surprises...
Ahmed écoute en silence, bouche ouverte. À chaque nouveau détail, ses yeux s’agrandissent encore, on dirait qu’ils vont pousser jusque sur son turban!
Mais ça n’est pas facile d’expliquer Noël au milieu du désert... pas facile d’imaginer un sapin dans ce pays sans arbre... ni surtout une cheminée sur cette terre brûlante!
- Tu vois, fait Vincent, Noël, c’est la fête des enfants. C’est le plus beau jour de l’année!
- Ah, mais non, ça n’est pas possible, réplique Ahmed. Le plus beau jour de l’année, c’est le premier jour de pluie après la sécheresse... quand l’herbe ne poussait plus tellement il faisait sec, que les bêtes avaient soif, si soif... Et puis tout à coup, voilà l’eau qui tombe, et tombe, comme une promesse! Ce jour-là, les femmes se mettent à chanter et danser, c’est la joie! Les chèvres tirent la langue pour attraper les gouttes au passage! Les enfants sautent dans les flaques d’eau! Et j’appelle mes chameaux, et je danse avec eux! Quand il recommence à pleuvoir, toute la vie renaît, c’est vraiment le plus beau jour du monde!
Ahmed s’arrête, essoufflé. Puis il réfléchit un temps; et demande:
- En fait, tu as dit que le Père Noël apporte des cadeaux à tous les enfants de la terre. Alors, pourquoi il n’est jamais venu vers moi?
- Euh, fait Vincent, c’est peut-être parce qu’il n’y a pas de sapin...
- Ou pas de soulier, dit un autre... Tu n’as que des sandales...
- Ou pas de cheminée, dit un troisième...
Ahmed quitte ses compagnons et grimpe sur une petite dune, légèrement à l’écart. Debout, immobile, il reste là longtemps, comme s’il avait un problème difficile à résoudre. Le vent du soir s’est levé, et fait danser la toile de son habit autour de son corps dressé. Seul, ainsi, Ahmed a l’air d’un roi. Debout face au désert. Dans ce pays trop sec, même les larmes ne coulent pas.
Quand Ahmed redescend enfin, il fait nuit. Alors, près du feu, il apporte de grosses pierres et... il construit... une cheminée!?
Il plante son bâton dans le sable durci, et, avec quelques petites branches d’“arbre-brosses-à-dents”, il fabrique... quelque chose qui ressemble un peu à... à un sapin?! Il enroule la longue étoffe de son turban autour de son drôle d’arbre, y accroche sa théière en guise de guirlande... Avec quelques cailloux qui brillent au clair de lune, avec les étoiles dans le ciel, on dirait presque une décoration de Noël.
- Vincent, demande Ahmed, peux-tu me prêter une de tes bottes?
Vincent sourit, mais il est en même temps un peu embarrassé. Pas à cause de la botte, bien sûr. Mais parce que la belle légende du Père Noël a fait rêver Ahmed, rêver tellement fort que le réveil, demain, va être pénible.
Tandis que le jeune bédouin chante sa prière tout plein d’espoir avant de dormir, Vincent réfléchit. Soudain, il a une idée! Et tous les Européens de la caravane pensent la même chose.
Arrive le matin. Ahmed se réveille en même temps que les autres. Et tout de suite, il court vers sa cheminée improvisée, et la botte qui se dresse fièrement devant.
A l’intérieur de la chaussure, il voit un petit paquet entouré de papier doré, comme un trésor. Le jeune bédouin ouvre, très vite. Il découvre une photo, une photo qui représente une jolie maison européenne avec deux personnes assises devant. Un homme et une femme, aux cheveux gris.
Rien d’autre? Ahmed retourne le cliché. Derrière, une écriture élégante qu’il peine à déchiffrer:
“Je souhaite un très joyeux Noël à mon ami Ahmed. Je suis tombé en panne avec mon hélicoptère, impossible de lui amener les cadeaux que je lui destine. Je les lui apporterai l’année prochaine, le 25 décembre, dans la maison de la photo. Signé: le Père Noël.”
Les yeux du jeune chamelier paraissent encore plus grands que la veille.
- Eh mais! dit Vincent en feignant l’étonnement, mais c’est ma maison! Ce sont mes parents! Ahmed, l’année prochaine, tu viendras passer Noël chez moi! Tu seras notre invité!
Et c’est ainsi qu’un petit chamelier a pu voir, réellement, la fête de la naissance de Jésus; et en découvrir de l’intérieur la dimension extraordinaire de la générosité. Celle des êtres humains, qui reflète celle, infinie, de Dieu. Ça s’est passé en Suisse, pas loin d’ici. Une année après l’étonnante histoire que je viens de vous raconter.
Vincent ne l’a jamais oublié.
Nicolas-Jean Bréhon. Adaptation J-J Corbaz
À méditer aussi ce mot de l’homme politique et chrétien engagé Pierre Aguet:
“Jésus a résumé et précisé les règles de l’humilité et de l’amour du prochain en montrant l’exemple. L’une de ces règles n’est autre que la générosité. J’ose comparer un pommier qui donne beaucoup de fruits à un humain sans cesse au service des autres. Toute vie est faite pour démultiplier la générosité. C’est le sens même de la vie. Ceux qui, bloqués par l’égoïsme, s’écartent de cette règle se privent de ce qui conduit à l’harmonie et au véritable bonheur.”
Lectures : Luc 2, 1-20; Esaïe 2, 2-5
C’est l’histoire d’un jeune homme appelé Vincent. Vincent fait partie d’une caravane qui traverse le Sahara, au mois de décembre. Avec ses compagnons, il avance lentement, au pas tranquille des chameaux lourdement chargés, dans le désert rempli de lumière et de soleil.
Jour après jour, il ne se passe presque rien: le matin, le guide réveille la caravane en chantant ses prières... Tous boivent leur café puis se remettent en selle. Et après, le temps passe à regarder l’horizon, le sable et les dunes, le vide et... le silence...
Parfois, un chameau trébuche, ou bien une gourde tinte. Ou encore, le guide se met à chanter d’une voix chaude et sereine, et le désert devient plus lumineux encore.
Le soir, le camp s’organise. L’un fait le pain, un autre le feu. La nuit tombe; et, dans l’obscurité, les caravaniers contemplent les étincelles danser au-dessus des flammes et s’en aller rejoindre les étoiles.
Mais un jour, Vincent et ses compagnons reçoivent une visite. Imprévue. C’est un jeune garçon qui porte un long vêtement très ample et un turban enroulé sur le visage; ça lui donne un air de profond mystère. On ne lui voit que les yeux, immenses.
Le jeune garçon tend une théière vide à Vincent, pour demander de l’eau. Puis, satisfait, il s’assied sans un mot.
Le lendemain, quand la caravane repart, il prend la route avec eux. Il marche sur la piste au même rythme lent que les chameaux. Et cela tous les jours suivants aussi. Au bout d’une semaine, Vincent apprend qu’il s’appelle Ahmed, et peu à peu ils deviennent presque amis.
Ahmed est chamelier. Il va chercher trois dromadaires dans un village, au-delà du désert. Avant de rencontrer la caravane, il se déplaçait seul, avec son bâton, sa gourde et sa théière.
Chaque jour, il apprend quelque chose à Vincent: il lui enseigne à distinguer les dunes, à repérer la piste quand elle se perd dans le sable; il lui montre comment reconnaître de loin les arbustes dont il cueille les branches pour les sucer. Les caravaniers appellent ces plantes les “arbres-brosses-à-dents”.
Ahmed apprend aussi à Vincent à verser le thé le plus haut possible sans en renverser une goutte... A deviner les points d’eau si utiles, puisque le précieux liquide est rare. Et que sans lui, on est perdu.
Ce jeune garçon qui n’a rien, c’est lui qui sait tout. Il apprend à ses nouveaux amis simplement à regarder.
Mais, le soir du 24 décembre, c’est à Vincent d’apprendre quelque chose à Ahmed. Il lui raconte l’histoire de Noël. La naissance de Jésus... La fête à l’église... Les sapins qu’on décore... Les bougies, qui sentent si bon... Les cadeaux dans la cheminée... Le Père Noël... Les surprises...
Ahmed écoute en silence, bouche ouverte. À chaque nouveau détail, ses yeux s’agrandissent encore, on dirait qu’ils vont pousser jusque sur son turban!
Mais ça n’est pas facile d’expliquer Noël au milieu du désert... pas facile d’imaginer un sapin dans ce pays sans arbre... ni surtout une cheminée sur cette terre brûlante!
- Tu vois, fait Vincent, Noël, c’est la fête des enfants. C’est le plus beau jour de l’année!
- Ah, mais non, ça n’est pas possible, réplique Ahmed. Le plus beau jour de l’année, c’est le premier jour de pluie après la sécheresse... quand l’herbe ne poussait plus tellement il faisait sec, que les bêtes avaient soif, si soif... Et puis tout à coup, voilà l’eau qui tombe, et tombe, comme une promesse! Ce jour-là, les femmes se mettent à chanter et danser, c’est la joie! Les chèvres tirent la langue pour attraper les gouttes au passage! Les enfants sautent dans les flaques d’eau! Et j’appelle mes chameaux, et je danse avec eux! Quand il recommence à pleuvoir, toute la vie renaît, c’est vraiment le plus beau jour du monde!
Ahmed s’arrête, essoufflé. Puis il réfléchit un temps; et demande:
- En fait, tu as dit que le Père Noël apporte des cadeaux à tous les enfants de la terre. Alors, pourquoi il n’est jamais venu vers moi?
- Euh, fait Vincent, c’est peut-être parce qu’il n’y a pas de sapin...
- Ou pas de soulier, dit un autre... Tu n’as que des sandales...
- Ou pas de cheminée, dit un troisième...
Ahmed quitte ses compagnons et grimpe sur une petite dune, légèrement à l’écart. Debout, immobile, il reste là longtemps, comme s’il avait un problème difficile à résoudre. Le vent du soir s’est levé, et fait danser la toile de son habit autour de son corps dressé. Seul, ainsi, Ahmed a l’air d’un roi. Debout face au désert. Dans ce pays trop sec, même les larmes ne coulent pas.
Quand Ahmed redescend enfin, il fait nuit. Alors, près du feu, il apporte de grosses pierres et... il construit... une cheminée!?
Il plante son bâton dans le sable durci, et, avec quelques petites branches d’“arbre-brosses-à-dents”, il fabrique... quelque chose qui ressemble un peu à... à un sapin?! Il enroule la longue étoffe de son turban autour de son drôle d’arbre, y accroche sa théière en guise de guirlande... Avec quelques cailloux qui brillent au clair de lune, avec les étoiles dans le ciel, on dirait presque une décoration de Noël.
- Vincent, demande Ahmed, peux-tu me prêter une de tes bottes?
Vincent sourit, mais il est en même temps un peu embarrassé. Pas à cause de la botte, bien sûr. Mais parce que la belle légende du Père Noël a fait rêver Ahmed, rêver tellement fort que le réveil, demain, va être pénible.
Tandis que le jeune bédouin chante sa prière tout plein d’espoir avant de dormir, Vincent réfléchit. Soudain, il a une idée! Et tous les Européens de la caravane pensent la même chose.
Arrive le matin. Ahmed se réveille en même temps que les autres. Et tout de suite, il court vers sa cheminée improvisée, et la botte qui se dresse fièrement devant.
A l’intérieur de la chaussure, il voit un petit paquet entouré de papier doré, comme un trésor. Le jeune bédouin ouvre, très vite. Il découvre une photo, une photo qui représente une jolie maison européenne avec deux personnes assises devant. Un homme et une femme, aux cheveux gris.
Rien d’autre? Ahmed retourne le cliché. Derrière, une écriture élégante qu’il peine à déchiffrer:
“Je souhaite un très joyeux Noël à mon ami Ahmed. Je suis tombé en panne avec mon hélicoptère, impossible de lui amener les cadeaux que je lui destine. Je les lui apporterai l’année prochaine, le 25 décembre, dans la maison de la photo. Signé: le Père Noël.”
Les yeux du jeune chamelier paraissent encore plus grands que la veille.
- Eh mais! dit Vincent en feignant l’étonnement, mais c’est ma maison! Ce sont mes parents! Ahmed, l’année prochaine, tu viendras passer Noël chez moi! Tu seras notre invité!
Et c’est ainsi qu’un petit chamelier a pu voir, réellement, la fête de la naissance de Jésus; et en découvrir de l’intérieur la dimension extraordinaire de la générosité. Celle des êtres humains, qui reflète celle, infinie, de Dieu. Ça s’est passé en Suisse, pas loin d’ici. Une année après l’étonnante histoire que je viens de vous raconter.
Vincent ne l’a jamais oublié.
Nicolas-Jean Bréhon. Adaptation J-J Corbaz
À méditer aussi ce mot de l’homme politique et chrétien engagé Pierre Aguet:
“Jésus a résumé et précisé les règles de l’humilité et de l’amour du prochain en montrant l’exemple. L’une de ces règles n’est autre que la générosité. J’ose comparer un pommier qui donne beaucoup de fruits à un humain sans cesse au service des autres. Toute vie est faite pour démultiplier la générosité. C’est le sens même de la vie. Ceux qui, bloqués par l’égoïsme, s’écartent de cette règle se privent de ce qui conduit à l’harmonie et au véritable bonheur.”
(Po) Noël, le coeur de Dieu
Noël, c’est le coeur de Dieu posé sur notre terre,
Offert à nos aveux, fragile, insondable mystère
Et pourtant, sous nos yeux, obstinément lumière;
C’est tout l’amour de Dieu, sa tendresse de père
Vivante à l’infini.
Noël, c’est le regard de Dieu posé sur notre monde,
La vie qu’il a bâtie, qu’il espère et qu’il veut,
Qu’il sème et qu’il féconde;
C’est un amour de frère qui veut ouvrir la ronde
D’un univers guéri de ses pires folies.
Noël, c’est une mort, offerte un vendredi
Qui s’annonce à l’aurore
Pour nous rendre plus forts.
Noël, c’est notre vie.
Jean-Jacques Corbaz
Offert à nos aveux, fragile, insondable mystère
Et pourtant, sous nos yeux, obstinément lumière;
C’est tout l’amour de Dieu, sa tendresse de père
Vivante à l’infini.
Noël, c’est le regard de Dieu posé sur notre monde,
La vie qu’il a bâtie, qu’il espère et qu’il veut,
Qu’il sème et qu’il féconde;
C’est un amour de frère qui veut ouvrir la ronde
D’un univers guéri de ses pires folies.
Noël, c’est une mort, offerte un vendredi
Qui s’annonce à l’aurore
Pour nous rendre plus forts.
Noël, c’est notre vie.
Jean-Jacques Corbaz
mardi 19 décembre 2017
(Ci, Ré) La paix se construit dans le dialogue
Anselm Grün à propos de la paix de Noël
"Souvenons-nous qu’en grec ancien (la langue d’origine des textes du Nouveau Testament qui parlent de paix), le mot "eirene" (paix) vient de la musique, et signifie le fait que plusieurs sons différents jouent ensemble. Le mot latin "pax" (paix) renvoie à la négociation, au fait de tomber d’accord sur quelque chose dont on discute.
Une vraie paix ne naît que si les personnes, avec leurs besoins et leurs opinions propres, sont chacune reconnue pour ce qu’elles sont, et se parlent. Il ne s’agit pas alors d’aboutir à une opinion uniforme, mais plutôt de cheminer dans le dialogue, pour reconnaître les raisons et les fondements propres à l’opinion de chacun.
Le récit de l’Evangile de Luc (Luc 1.78-79, version Parole de Vie) nous rapporte le cantique de Zacharie : « Notre Dieu est plein de tendresse et de bonté. Il a fait briller sur nous une lumière venue d’en haut, comme celle du soleil levant. Elle éclairera ceux qui vivent dans la nuit et dans l’ombre de la mort, elle guidera nos pas sur la route de la paix ».
La paix est un chemin, une route à parcourir. Elle n’a rien de statique, elle est un parcours à poursuivre ensemble dans l’échange. C’est ainsi qu’elle se fait jour, comme une lumière apaisante, dans les paroles et les regards reçus et donnés."
Anselm Grün
"Souvenons-nous qu’en grec ancien (la langue d’origine des textes du Nouveau Testament qui parlent de paix), le mot "eirene" (paix) vient de la musique, et signifie le fait que plusieurs sons différents jouent ensemble. Le mot latin "pax" (paix) renvoie à la négociation, au fait de tomber d’accord sur quelque chose dont on discute.
Une vraie paix ne naît que si les personnes, avec leurs besoins et leurs opinions propres, sont chacune reconnue pour ce qu’elles sont, et se parlent. Il ne s’agit pas alors d’aboutir à une opinion uniforme, mais plutôt de cheminer dans le dialogue, pour reconnaître les raisons et les fondements propres à l’opinion de chacun.
Le récit de l’Evangile de Luc (Luc 1.78-79, version Parole de Vie) nous rapporte le cantique de Zacharie : « Notre Dieu est plein de tendresse et de bonté. Il a fait briller sur nous une lumière venue d’en haut, comme celle du soleil levant. Elle éclairera ceux qui vivent dans la nuit et dans l’ombre de la mort, elle guidera nos pas sur la route de la paix ».
La paix est un chemin, une route à parcourir. Elle n’a rien de statique, elle est un parcours à poursuivre ensemble dans l’échange. C’est ainsi qu’elle se fait jour, comme une lumière apaisante, dans les paroles et les regards reçus et donnés."
Anselm Grün
dimanche 17 décembre 2017
(Pr, Co) Le saule le trésor et la lumière du monde
Prédication du 17.12.17
Lectures: 2 Corinthiens 4, 6-9; Matthieu 13, 44
C’est l’histoire de François Mallet, il y a longtemps, pendant la guerre. François a trente ans, et rêve de se marier. Depuis la mort de ses parents, il est seul dans la ferme, trop grande. Il n’a avec lui qu’un vieux domestique de campagne, Armand. Et puis quelques économies: une épaisse liasse de billets, de l’argent qu’il a hérité de ses parents, et qu’il garde précieusement dans un petit coffre, pour rénover sa maison, le jour où il se mariera.
Hélas, François ne pourra pas réaliser ses rêves. Un jour, le facteur lui apporte une grosse lettre: il est mobilisé. Départ dans quelques jours pour l’armée. La guerre.
Armand, le domestique, est trop âgé pour être appelé sous les drapeaux. Alors, François lui confie la ferme et les travaux des champs. “Ne t’en fais pas, dit Armand, tu peux compter sur moi!”
Rassuré, François peut partir délivré de ce souci. Mais lui reste un problème: que faire avec le coffre et l’argent? Les banques risquent de tomber entre les mains des ennemis, c’est trop risqué. La ferme elle-même peut être attaquée. Donc, il faut cacher son petit trésor. Mais où?
Tout-à-coup, il a une idée: les saules! En effet, il y a, à côté de sa grange, une rangée de vieux saules creux où il allait jouer quand il était petit. Depuis longtemps, il n’y a plus d’enfant dans la ferme, et personne n’y va plus. Ce sera une excellente cachette!
François va vers les saules et les examine bien, ils n’ont pas changé. Il voit que le cinquième saule est profond, ça ira extra! Il monte sur une échelle, et laisse descendre son précieux coffret au bout d’une corde. Personne ne l’a vu, ouf!
Et puis François passe chez son voisin, le père Jules. Il lui explique ce qu’il a fait. “Je sais que je peux te faire confiance, Jules. Je n’ai pas d’enfant. Si des fois je ne reviens pas de cette guerre, j’aimerais que mon argent soit donné à Armand, il m’a tellement aidé. Si je devais mourir, serais-tu d’accord de simplement lui indiquer la cachette et de lui dire de profiter de cet argent pour ses vieux jours?”
Jules accepte, bien sûr, et promet à François de ne jamais divulguer son secret. “Ne t’en fais pas, tu peux compter sur moi!”
Pendant six mois, François est sous les drapeaux, sans avoir la moindre nouvelle. Et puis, pas de chance, il est fait prisonnier. Il reste quatre ans en Allemagne, dans un camp. Et ce n’est que lorsque la paix est revenue qu’il peut enfin rentrer à la maison.
Et ce qu’il redoutait est arrivé: l’armée ennemie a pris le village; et sa ferme, comme la plupart des autres, est à moitié détruite, portes enfoncées, fenêtres arrachées; à l’abandon. On lui raconte qu’Armand, son domestique, n’a pas réussi à empêcher les soldats de piller la maison. Et qu’il a dû aller travailler dans un village voisin.
Le coeur battant, François se dirige vers les saules. Son argent ne sera pas de trop pour réparer sa ferme et racheter quelques vaches. Ouf, les arbres creux sont toujours là. Un, deux, trois, quatre... François monte dans le cinquième, et cherche son coffret. Hélas, rien! Pas le moindre objet à l’intérieur du vieux saule!
Plein de colère, il court chez le père Jules et lui tombe dessus: “Mon argent! Mon coffret! Qu’en as-tu fait?”
Etonné, Jules jure ses grands dieux qu’il n’a pas touché ni l’arbre ni la cassette. Et qu’il n’a rien dit à personne.
- Menteur! crie François, dans une fureur noire. Tu m’as volé, sale hypocrite! Il traite Jules de tous les noms. Et s’en va, en claquant la porte.
Quelques jours après, il y a un décès au village. C’est la vieille Marguerite, la plus pauvre de la commune. À cette occasion, François revoit son ancien domestique, Armand. Ce dernier lui raconte ses tribulations, et son impuissance à empêcher l’armée ennemie de s’emparer de la ferme.
Puis ils parlent de Marguerite. “Elle n’avait pas tous les jours à manger, se souvient l’ancien domestique, tant la misère l’accablait. Un hiver, la foudre est tombée sur un des saules à côté de la ferme. Alors, j’ai coupé à la hache tous les morceaux de cet arbre cassé, et je les ai donnés à Marguerite, pour qu’elle puisse se chauffer...”
En entendant cela, aussitôt, François se lève. Tout pâle, il prend Armand par les épaules, et sa voix tremble quand il demande:
- “C’était... quel saule?”
- Ben, c’était le premier depuis la grange. Pourquoi?
Aussitôt, François court vers les arbres. Et dans le quatrième saule, il trouve son précieux coffret. Et l’argent qu’il avait caché!
C’est Armand qui m’a raconté cette histoire. Il a ajouté que François lui avait donné deux gros billets, pour le remercier. Et qu’ensuite, François avait couru chez le père Jules, pour tout lui expliquer. Et lui demander, tout honteux, de l’excuser. Depuis, les deux paysans se sont réconciliés et ils s’entraident pour leurs travaux.
“Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile”. Il y a le trésor, et il y a ce qui le contient: un saule creux, un pot de terre... une armoire. Le trésor est important, il a beaucoup de valeur; mais ce qui contient le trésor est tout aussi important, même s’il n’a aucune valeur en lui-même. Tout aussi important justement parce qu’il contient le trésor! Ce n’est plus un vieux saule comme il y en avait des milliers, un vieux saule qui ne valait trois fois rien; il est devenu un arbre d’une immense valeur! Quelle différence de prix entre le quatrième saule et le cinquième, tout à coup! À cause de ce qui est dedans!
“Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile”. Nous sommes faibles, mal foutus, écrasés par les accidents de la vie. Nous sommes fissurés, fêlés, à deux doigts de la rupture. Pourtant, toujours, nous restons debout dans notre espérance, parce que Dieu a fait de nous les dépositaires de sa lumière fabuleuse. Le trésor de sa passion pour nous, de ses promesses de pardon, il l’a placé dans nos coeurs. Par le Christ, nous devenons non plus de simples saules (encore moins des saules pleureurs!); non plus de simples ensembles de muscles, de peau, de sang: nous devenons enfants de Dieu, adoptés par amour.
Davantage encore, nous devenons ainsi, logiquement, frères et soeurs, appelés à vivre réconciliés, comme François et Jules; à reconstruire un monde où règnent la justice et la paix.
Dans le Nouveau Testament, nous sommes tous des saint(e)s. Savez-vous que les auréoles ont été inventées, au Moyen Âge, pour montrer que les chrétiens (tous les chrétiens!) étaient habités d'une lumière vive, reçue d'En-Haut, et qui rayonnait autour d'eux? Ce disque lumineux autour de la tête voulait dire: "Voilà quelqu'un qui a su laisser vivre en lui la Clarté majuscule de Dieu, quelqu'un qui sait aussi la diffuser autour de lui par ses paroles ou par ses actes".
La lumière de Noël nous est donc donnée pour qu’elle rayonne et pétille autour de nous! Gestes de bonté, de respect pour celles et ceux qui nous entourent; gestes de confiance et d’espérance; gestes de reconnaissance aussi: nous reconnaissons être les dépositaires de ce trésor immense. Qui que nous soyons. Tout ébréchés que nous sommes: n’est-ce pas à travers nos fêlures que la clarté de Dieu peut sortir de nous?
À Noël, le Christ nous dit: “Tu es un vase qui contient le trésor du Père, sa lumière. Tu es mille fois précieuse, mille fois précieux. Puisse la clarté du Ciel illuminer le monde autour de toi! Paix sur la Terre à chacun(e) de vous les bienaimés, les passionnaimés de Dieu”. Amen
Jean-Jacques Corbaz
Et après l’interlude, cette jolie phrase de Jean-François Ramelet:
“C’est parce que Jésus Christ ne fait d’ombre à personne qu’il est lumière du monde.”
Lectures: 2 Corinthiens 4, 6-9; Matthieu 13, 44
C’est l’histoire de François Mallet, il y a longtemps, pendant la guerre. François a trente ans, et rêve de se marier. Depuis la mort de ses parents, il est seul dans la ferme, trop grande. Il n’a avec lui qu’un vieux domestique de campagne, Armand. Et puis quelques économies: une épaisse liasse de billets, de l’argent qu’il a hérité de ses parents, et qu’il garde précieusement dans un petit coffre, pour rénover sa maison, le jour où il se mariera.
Hélas, François ne pourra pas réaliser ses rêves. Un jour, le facteur lui apporte une grosse lettre: il est mobilisé. Départ dans quelques jours pour l’armée. La guerre.
Armand, le domestique, est trop âgé pour être appelé sous les drapeaux. Alors, François lui confie la ferme et les travaux des champs. “Ne t’en fais pas, dit Armand, tu peux compter sur moi!”
Rassuré, François peut partir délivré de ce souci. Mais lui reste un problème: que faire avec le coffre et l’argent? Les banques risquent de tomber entre les mains des ennemis, c’est trop risqué. La ferme elle-même peut être attaquée. Donc, il faut cacher son petit trésor. Mais où?
Tout-à-coup, il a une idée: les saules! En effet, il y a, à côté de sa grange, une rangée de vieux saules creux où il allait jouer quand il était petit. Depuis longtemps, il n’y a plus d’enfant dans la ferme, et personne n’y va plus. Ce sera une excellente cachette!
François va vers les saules et les examine bien, ils n’ont pas changé. Il voit que le cinquième saule est profond, ça ira extra! Il monte sur une échelle, et laisse descendre son précieux coffret au bout d’une corde. Personne ne l’a vu, ouf!
Et puis François passe chez son voisin, le père Jules. Il lui explique ce qu’il a fait. “Je sais que je peux te faire confiance, Jules. Je n’ai pas d’enfant. Si des fois je ne reviens pas de cette guerre, j’aimerais que mon argent soit donné à Armand, il m’a tellement aidé. Si je devais mourir, serais-tu d’accord de simplement lui indiquer la cachette et de lui dire de profiter de cet argent pour ses vieux jours?”
Jules accepte, bien sûr, et promet à François de ne jamais divulguer son secret. “Ne t’en fais pas, tu peux compter sur moi!”
Pendant six mois, François est sous les drapeaux, sans avoir la moindre nouvelle. Et puis, pas de chance, il est fait prisonnier. Il reste quatre ans en Allemagne, dans un camp. Et ce n’est que lorsque la paix est revenue qu’il peut enfin rentrer à la maison.
Et ce qu’il redoutait est arrivé: l’armée ennemie a pris le village; et sa ferme, comme la plupart des autres, est à moitié détruite, portes enfoncées, fenêtres arrachées; à l’abandon. On lui raconte qu’Armand, son domestique, n’a pas réussi à empêcher les soldats de piller la maison. Et qu’il a dû aller travailler dans un village voisin.
Le coeur battant, François se dirige vers les saules. Son argent ne sera pas de trop pour réparer sa ferme et racheter quelques vaches. Ouf, les arbres creux sont toujours là. Un, deux, trois, quatre... François monte dans le cinquième, et cherche son coffret. Hélas, rien! Pas le moindre objet à l’intérieur du vieux saule!
Plein de colère, il court chez le père Jules et lui tombe dessus: “Mon argent! Mon coffret! Qu’en as-tu fait?”
Etonné, Jules jure ses grands dieux qu’il n’a pas touché ni l’arbre ni la cassette. Et qu’il n’a rien dit à personne.
- Menteur! crie François, dans une fureur noire. Tu m’as volé, sale hypocrite! Il traite Jules de tous les noms. Et s’en va, en claquant la porte.
Quelques jours après, il y a un décès au village. C’est la vieille Marguerite, la plus pauvre de la commune. À cette occasion, François revoit son ancien domestique, Armand. Ce dernier lui raconte ses tribulations, et son impuissance à empêcher l’armée ennemie de s’emparer de la ferme.
Puis ils parlent de Marguerite. “Elle n’avait pas tous les jours à manger, se souvient l’ancien domestique, tant la misère l’accablait. Un hiver, la foudre est tombée sur un des saules à côté de la ferme. Alors, j’ai coupé à la hache tous les morceaux de cet arbre cassé, et je les ai donnés à Marguerite, pour qu’elle puisse se chauffer...”
En entendant cela, aussitôt, François se lève. Tout pâle, il prend Armand par les épaules, et sa voix tremble quand il demande:
- “C’était... quel saule?”
- Ben, c’était le premier depuis la grange. Pourquoi?
Aussitôt, François court vers les arbres. Et dans le quatrième saule, il trouve son précieux coffret. Et l’argent qu’il avait caché!
C’est Armand qui m’a raconté cette histoire. Il a ajouté que François lui avait donné deux gros billets, pour le remercier. Et qu’ensuite, François avait couru chez le père Jules, pour tout lui expliquer. Et lui demander, tout honteux, de l’excuser. Depuis, les deux paysans se sont réconciliés et ils s’entraident pour leurs travaux.
“Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile”. Il y a le trésor, et il y a ce qui le contient: un saule creux, un pot de terre... une armoire. Le trésor est important, il a beaucoup de valeur; mais ce qui contient le trésor est tout aussi important, même s’il n’a aucune valeur en lui-même. Tout aussi important justement parce qu’il contient le trésor! Ce n’est plus un vieux saule comme il y en avait des milliers, un vieux saule qui ne valait trois fois rien; il est devenu un arbre d’une immense valeur! Quelle différence de prix entre le quatrième saule et le cinquième, tout à coup! À cause de ce qui est dedans!
“Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile”. Nous sommes faibles, mal foutus, écrasés par les accidents de la vie. Nous sommes fissurés, fêlés, à deux doigts de la rupture. Pourtant, toujours, nous restons debout dans notre espérance, parce que Dieu a fait de nous les dépositaires de sa lumière fabuleuse. Le trésor de sa passion pour nous, de ses promesses de pardon, il l’a placé dans nos coeurs. Par le Christ, nous devenons non plus de simples saules (encore moins des saules pleureurs!); non plus de simples ensembles de muscles, de peau, de sang: nous devenons enfants de Dieu, adoptés par amour.
Davantage encore, nous devenons ainsi, logiquement, frères et soeurs, appelés à vivre réconciliés, comme François et Jules; à reconstruire un monde où règnent la justice et la paix.
Dans le Nouveau Testament, nous sommes tous des saint(e)s. Savez-vous que les auréoles ont été inventées, au Moyen Âge, pour montrer que les chrétiens (tous les chrétiens!) étaient habités d'une lumière vive, reçue d'En-Haut, et qui rayonnait autour d'eux? Ce disque lumineux autour de la tête voulait dire: "Voilà quelqu'un qui a su laisser vivre en lui la Clarté majuscule de Dieu, quelqu'un qui sait aussi la diffuser autour de lui par ses paroles ou par ses actes".
La lumière de Noël nous est donc donnée pour qu’elle rayonne et pétille autour de nous! Gestes de bonté, de respect pour celles et ceux qui nous entourent; gestes de confiance et d’espérance; gestes de reconnaissance aussi: nous reconnaissons être les dépositaires de ce trésor immense. Qui que nous soyons. Tout ébréchés que nous sommes: n’est-ce pas à travers nos fêlures que la clarté de Dieu peut sortir de nous?
À Noël, le Christ nous dit: “Tu es un vase qui contient le trésor du Père, sa lumière. Tu es mille fois précieuse, mille fois précieux. Puisse la clarté du Ciel illuminer le monde autour de toi! Paix sur la Terre à chacun(e) de vous les bienaimés, les passionnaimés de Dieu”. Amen
Jean-Jacques Corbaz
Et après l’interlude, cette jolie phrase de Jean-François Ramelet:
“C’est parce que Jésus Christ ne fait d’ombre à personne qu’il est lumière du monde.”
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