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mardi 26 décembre 2017

(Co, Pr) Le Noël d’Ahmed

Culte d’Ollon, le 25 décembre 2017

Lectures : Luc 2, 1-20; Esaïe 2, 2-5

C’est l’histoire d’un jeune homme appelé Vincent. Vincent fait partie d’une caravane qui traverse le Sahara, au mois de décembre. Avec ses compagnons, il avance lentement, au pas tranquille des chameaux lourdement chargés, dans le désert rempli de lumière et de soleil.

Jour après jour, il ne se passe presque rien: le matin, le guide réveille la caravane en chantant ses prières... Tous boivent leur café puis se remettent en selle. Et après, le temps passe à regarder l’horizon, le sable et les dunes, le vide et... le silence...

Parfois, un chameau trébuche, ou bien une gourde tinte. Ou encore, le guide se met à chanter d’une voix chaude et sereine, et le désert devient plus lumineux encore.

Le soir, le camp s’organise. L’un fait le pain, un autre le feu. La nuit tombe; et, dans l’obscurité, les caravaniers contemplent les étincelles danser au-dessus des flammes et s’en aller rejoindre les étoiles.
 


Mais un jour, Vincent et ses compagnons reçoivent une visite. Imprévue. C’est un jeune garçon qui porte un long vêtement très ample et un turban enroulé sur le visage; ça lui donne un air de profond mystère. On ne lui voit que les yeux, immenses.

Le jeune garçon tend une théière vide à Vincent, pour demander de l’eau. Puis, satisfait, il s’assied sans un mot.

Le lendemain, quand la caravane repart, il prend la route avec eux. Il marche sur la piste au même rythme lent que les chameaux.   Et cela tous les jours suivants aussi. Au bout d’une semaine, Vincent apprend qu’il s’appelle Ahmed, et peu à peu ils deviennent presque amis.

Ahmed est chamelier. Il va chercher trois dromadaires dans un village, au-delà du désert. Avant de rencontrer la caravane, il se déplaçait seul, avec son bâton, sa gourde et sa théière.

Chaque jour, il apprend quelque chose à Vincent: il lui enseigne à distinguer les dunes, à repérer la piste quand elle se perd dans le sable; il lui montre comment reconnaître de loin les arbustes dont il cueille les branches pour les sucer. Les caravaniers appellent ces plantes les “arbres-brosses-à-dents”.

Ahmed apprend aussi à Vincent à verser le thé le plus haut possible sans en renverser une goutte... A deviner les points d’eau si utiles, puisque le précieux liquide est rare. Et que sans lui, on est perdu.

Ce jeune garçon qui n’a rien, c’est lui qui sait tout. Il apprend à ses nouveaux amis simplement à regarder.
 

 
 

Mais, le soir du 24 décembre, c’est à Vincent d’apprendre quelque chose à Ahmed. Il lui raconte l’histoire de Noël. La naissance de Jésus... La fête à l’église... Les sapins qu’on décore... Les bougies, qui sentent si bon... Les cadeaux dans la cheminée... Le Père Noël... Les surprises...

Ahmed écoute en silence, bouche ouverte. À chaque nouveau détail, ses yeux s’agrandissent encore, on dirait qu’ils vont pousser jusque sur son turban!

Mais ça n’est pas facile d’expliquer Noël au milieu du désert... pas facile d’imaginer un sapin dans ce pays sans arbre... ni surtout une cheminée sur cette terre brûlante!

- Tu vois, fait Vincent, Noël, c’est la fête des enfants. C’est le plus beau jour de l’année!

- Ah, mais non, ça n’est pas possible, réplique Ahmed. Le plus beau jour de l’année, c’est le premier jour de pluie après la sécheresse... quand l’herbe ne poussait plus tellement il faisait sec, que les bêtes avaient soif, si soif... Et puis tout à coup, voilà l’eau qui tombe, et tombe, comme une promesse! Ce jour-là, les femmes se mettent à chanter et danser, c’est la joie! Les chèvres tirent la langue pour attraper les gouttes au passage! Les enfants sautent dans les flaques d’eau! Et j’appelle mes chameaux, et je danse avec eux! Quand il recommence à pleuvoir, toute la vie renaît, c’est vraiment le plus beau jour du monde!

Ahmed s’arrête, essoufflé. Puis il réfléchit un temps; et demande:

- En fait, tu as dit que le Père Noël apporte des cadeaux à tous les enfants de la terre. Alors, pourquoi il n’est jamais venu vers moi?

- Euh, fait Vincent, c’est peut-être parce qu’il n’y a pas de sapin...

- Ou pas de soulier, dit un autre... Tu n’as que des sandales...

- Ou pas de cheminée, dit un troisième...

Ahmed quitte ses compagnons et grimpe sur une petite dune, légèrement à l’écart. Debout, immobile, il reste là longtemps, comme s’il avait un problème difficile à résoudre. Le vent du soir s’est levé, et fait danser la toile de son habit autour de son corps dressé. Seul, ainsi, Ahmed a l’air d’un roi. Debout face au désert. Dans ce pays trop sec, même les larmes ne coulent pas.

   


Quand Ahmed redescend enfin, il fait nuit. Alors, près du feu, il apporte de grosses pierres et... il construit... une cheminée!?

Il plante son bâton dans le sable durci, et, avec quelques petites branches d’“arbre-brosses-à-dents”, il fabrique... quelque chose qui ressemble un peu à... à un sapin?! Il enroule la longue étoffe de son turban autour de son drôle d’arbre, y accroche sa théière en guise de guirlande... Avec quelques cailloux qui brillent au clair de lune, avec les étoiles dans le ciel, on dirait presque une décoration de Noël.

- Vincent, demande Ahmed, peux-tu me prêter une de tes bottes?

Vincent sourit, mais il est en même temps un peu embarrassé. Pas à cause de la botte, bien sûr. Mais parce que la belle légende du Père Noël a fait rêver Ahmed, rêver tellement fort que le réveil, demain, va être pénible.

Tandis que le jeune bédouin chante sa prière tout plein d’espoir avant de dormir, Vincent réfléchit. Soudain, il a une idée! Et tous les Européens de la caravane pensent la même chose.

   

Arrive le matin. Ahmed se réveille en même temps que les autres. Et tout de suite, il court vers sa cheminée improvisée, et la botte qui se dresse fièrement devant.

A l’intérieur de la chaussure, il voit un petit paquet entouré de papier doré, comme un trésor. Le jeune bédouin ouvre, très vite. Il découvre une photo, une photo qui représente une jolie maison européenne avec deux personnes assises devant. Un homme et une femme, aux cheveux gris.

Rien d’autre? Ahmed retourne le cliché. Derrière, une écriture élégante qu’il peine à déchiffrer:

 “Je souhaite un très joyeux Noël à mon ami Ahmed. Je suis tombé en panne avec mon hélicoptère, impossible de lui amener les cadeaux que je lui destine. Je les lui apporterai l’année prochaine, le 25 décembre, dans la maison de la photo. Signé: le Père Noël.”

Les yeux du jeune chamelier paraissent encore plus grands que la veille.

- Eh mais! dit Vincent en feignant l’étonnement, mais c’est ma maison! Ce sont mes parents! Ahmed, l’année prochaine, tu viendras passer Noël chez moi! Tu seras notre invité!

 
 
Et c’est ainsi qu’un petit chamelier a pu voir, réellement, la fête de la naissance de Jésus; et en découvrir de l’intérieur la dimension extraordinaire de la générosité. Celle des êtres humains, qui reflète celle, infinie, de Dieu. Ça s’est passé en Suisse, pas loin d’ici. Une année après l’étonnante histoire que je viens de vous raconter.

Vincent ne l’a jamais oublié.


Nicolas-Jean Bréhon.  Adaptation J-J Corbaz   



 

À méditer aussi ce mot de l’homme politique et chrétien engagé Pierre Aguet:

“Jésus a résumé et précisé les règles de l’humilité et de l’amour du prochain en montrant l’exemple. L’une de ces règles n’est autre que la générosité. J’ose comparer un pommier qui donne beaucoup de fruits à un humain sans cesse au service des autres. Toute vie est faite pour démultiplier la générosité. C’est le sens même de la vie. Ceux qui, bloqués par l’égoïsme, s’écartent de cette règle se privent de ce qui conduit à l’harmonie et au véritable bonheur.” 
 


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