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dimanche 17 décembre 2017

(Pr, Co) Le saule le trésor et la lumière du monde

Prédication du 17.12.17

Lectures: 2 Corinthiens 4, 6-9; Matthieu 13, 44


C’est l’histoire de François Mallet, il y a longtemps, pendant la guerre. François a trente ans, et rêve de se marier. Depuis la mort de ses parents, il est seul dans la ferme, trop grande. Il n’a avec lui qu’un vieux domestique de campagne, Armand. Et puis quelques économies: une épaisse liasse de billets, de l’argent qu’il a hérité de ses parents, et qu’il garde précieusement dans un petit coffre, pour rénover sa maison, le jour où il se mariera.

Hélas, François ne pourra pas réaliser ses rêves. Un jour, le facteur lui apporte une grosse lettre: il est mobilisé. Départ dans quelques jours pour l’armée. La guerre.

Armand, le domestique, est trop âgé pour être appelé sous les drapeaux. Alors, François lui confie la ferme et les travaux des champs. “Ne t’en fais pas, dit Armand, tu peux compter sur moi!”

Rassuré, François peut partir délivré de ce souci. Mais lui reste un problème: que faire avec le coffre et l’argent? Les banques risquent de tomber entre les mains des ennemis, c’est trop risqué. La ferme elle-même peut être attaquée. Donc, il faut cacher son petit trésor. Mais où?

Tout-à-coup, il a une idée: les saules! En effet, il y a, à côté de sa grange, une rangée de vieux saules creux où il allait jouer quand il était petit. Depuis longtemps, il n’y a plus d’enfant dans la ferme, et personne n’y va plus. Ce sera une excellente cachette!

François va vers les saules et les examine bien, ils n’ont pas changé. Il voit que le cinquième saule est profond, ça ira extra!   Il monte sur une échelle, et laisse descendre son précieux coffret au bout d’une corde. Personne ne l’a vu, ouf!

Et puis François passe chez son voisin, le père Jules. Il lui explique ce qu’il a fait. “Je sais que je peux te faire confiance, Jules.   Je n’ai pas d’enfant. Si des fois je ne reviens pas de cette guerre, j’aimerais que mon argent soit donné à Armand, il m’a tellement aidé. Si je devais mourir, serais-tu d’accord de simplement lui indiquer la cachette et de lui dire de profiter de cet argent pour ses vieux jours?”

Jules accepte, bien sûr, et promet à François de ne jamais divulguer son secret. “Ne t’en fais pas, tu peux compter sur moi!”

                            



Pendant six mois, François est sous les drapeaux, sans avoir la moindre nouvelle. Et puis, pas de chance, il est fait prisonnier. Il reste quatre ans en Allemagne, dans un camp. Et ce n’est que lorsque la paix est revenue qu’il peut enfin rentrer à la maison.

Et ce qu’il redoutait est arrivé: l’armée ennemie a pris le village; et sa ferme, comme la plupart des autres, est à moitié détruite, portes enfoncées, fenêtres arrachées; à l’abandon. On lui raconte qu’Armand, son domestique, n’a pas réussi à empêcher les soldats de piller la maison. Et qu’il a dû aller travailler dans un village voisin.

Le coeur battant, François se dirige vers les saules. Son argent ne sera pas de trop pour réparer sa ferme et racheter quelques vaches. Ouf, les arbres creux sont toujours là. Un, deux, trois, quatre... François monte dans le cinquième, et cherche son coffret. Hélas, rien! Pas le moindre objet à l’intérieur du vieux saule!

Plein de colère, il court chez le père Jules et lui tombe dessus: “Mon argent! Mon coffret! Qu’en as-tu fait?”

Etonné, Jules jure ses grands dieux qu’il n’a pas touché ni l’arbre ni la cassette. Et qu’il n’a rien dit à personne.

- Menteur! crie François, dans une fureur noire. Tu m’as volé, sale hypocrite! Il traite Jules de tous les noms. Et s’en va, en claquant la porte.


                             



Quelques jours après, il y a un décès au village. C’est la vieille Marguerite, la plus pauvre de la commune. À cette occasion, François revoit son ancien domestique, Armand. Ce dernier lui raconte ses tribulations, et son impuissance à empêcher l’armée ennemie de s’emparer de la ferme.

Puis ils parlent de Marguerite. “Elle n’avait pas tous les jours à manger, se souvient l’ancien domestique, tant la misère l’accablait. Un hiver, la foudre est tombée sur un des saules à côté de la ferme. Alors, j’ai coupé à la hache tous les morceaux de cet arbre cassé, et je les ai donnés à Marguerite, pour qu’elle puisse se chauffer...”

En entendant cela, aussitôt, François se lève. Tout pâle, il prend Armand par les épaules, et sa voix tremble quand il demande:
- “C’était... quel saule?”

- Ben, c’était le premier depuis la grange. Pourquoi?

Aussitôt, François court vers les arbres. Et dans le quatrième saule, il trouve son précieux coffret. Et l’argent qu’il avait caché!


 
C’est Armand qui m’a raconté cette histoire. Il a ajouté que François lui avait donné deux gros billets, pour le remercier. Et qu’ensuite, François avait couru chez le père Jules, pour tout lui expliquer. Et lui demander, tout honteux, de l’excuser. Depuis, les deux paysans se sont réconciliés et ils s’entraident pour leurs travaux.

                            



“Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile”. Il y a le trésor, et il y a ce qui le contient: un saule creux, un pot de terre... une armoire. Le trésor est important, il a beaucoup de valeur; mais ce qui contient le trésor est tout aussi important, même s’il n’a aucune valeur en lui-même. Tout aussi important justement parce qu’il contient le trésor! Ce n’est plus un vieux saule comme il y en avait des milliers, un vieux saule qui ne valait trois fois rien; il est devenu un arbre d’une immense valeur! Quelle différence de prix entre le quatrième saule et le cinquième, tout à coup! À cause de ce qui est dedans!

“Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile”. Nous sommes faibles, mal foutus, écrasés par les accidents de la vie. Nous sommes fissurés, fêlés, à deux doigts de la rupture. Pourtant, toujours, nous restons debout dans notre espérance, parce que Dieu a fait de nous les dépositaires de sa lumière fabuleuse. Le trésor de sa passion pour nous, de ses promesses de pardon, il l’a placé dans nos coeurs. Par le Christ, nous devenons non plus de simples saules (encore moins des saules pleureurs!); non plus de simples ensembles de muscles, de peau, de sang: nous devenons enfants de Dieu, adoptés par amour.

Davantage encore, nous devenons ainsi, logiquement, frères et soeurs, appelés à vivre réconciliés, comme François et Jules; à reconstruire un monde où règnent la justice et la paix.
                                   

  
Dans le Nouveau Testament, nous sommes tous des saint(e)s. Savez-vous que les auréoles ont été inventées, au Moyen Âge, pour montrer que les chrétiens (tous les chrétiens!) étaient habités d'une lumière vive, reçue d'En-Haut, et qui rayonnait autour d'eux? Ce disque lumineux autour de la tête voulait dire: "Voilà quelqu'un qui a su laisser vivre en lui la Clarté majuscule de Dieu, quelqu'un qui sait aussi la diffuser autour de lui par ses paroles ou par ses actes".

La lumière de Noël nous est donc donnée pour qu’elle rayonne et pétille autour de nous! Gestes de bonté, de respect pour celles et ceux qui nous entourent; gestes de confiance et d’espérance; gestes de reconnaissance aussi: nous reconnaissons être les dépositaires de ce trésor immense. Qui que nous soyons. Tout ébréchés que nous sommes: n’est-ce pas à travers nos fêlures que la clarté de Dieu peut sortir de nous?

À Noël, le Christ nous dit: “Tu es un vase qui contient le trésor du Père, sa lumière. Tu es mille fois précieuse, mille fois précieux. Puisse la clarté du Ciel illuminer le monde autour de toi! Paix sur la Terre à chacun(e) de vous les bienaimés, les passionnaimés de Dieu”.  Amen


 
Jean-Jacques Corbaz  


Et après l’interlude, cette jolie phrase de Jean-François Ramelet: 
“C’est parce que Jésus Christ ne fait d’ombre à personne qu’il est lumière du monde.”

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